AMF n'est plus tout à fait AMF passée la porte de son appartement. Si c'était bien son appartement. Et je n'en suis pas si sûr. Peut-être que c'était celui de l'autre fille. Ou n'importe quel autre en réalité.
Ce soir là , AMF ne m'a pas appelé, je ne l'ai pas appelée. C'est cette fille qui a utilisé son portable et s'est fait passer pour elle. Une adresse. Moi, j'y suis allé. Et j'ai ouvert la porte. J'ai trouvé cette fille qui n'était pas AMF, n'avait rien à voir avec elle. Elle ne m'a même pas souris. Elle a seulement dit un truc, j'ai oublié quoi, et puis elle poussé son corps contre la porte et moi au milieu et elle m'a mordu la lèvre en m'embrassant. Elle avait la peau brûlante, il commençait déjà à faire très chaud dehors. Elle avait juste un débardeur par dessus et un petit short qui la serrait à mi-cuisses.
AMF de retour bien après qu'il ait commencé à faire nuit. Elle ne s'étonne pas de me trouver là , chez elle, devant elle, entre la fille qui vit chez elle et elle. Elle a peut-être dit un truc, j'ai oublié quoi, et puis elle s'est retournée, à défait ses chaussures, ses pieds dessous étaient rouge, et puis elle a simplement dit : Ambre. En réaction, la fille a glissé jusqu'à elle, elle était en soutif, et elle s'est collée dans son dos, elle lui a défait la fermeture de sa robe qu'elle avait dans le dos. Je me suis dit après coup que Ambre, c'était probablement son nom à l'autre fille. Ensuite, AMF s'est retournée, s'est enfoncée dans la salle de bain et a laissé couler le robinet de longues secondes. Elle est revenue les cheveux humides et elle s'est accoudé sur la rebord de la fenêtre. Elle s'est allumée une clope. Un peu plus tôt, avant qu'elle revienne, cette Ambre m'avait dit qu'elles n'avaient jamais fait l'amour ensemble, mais je ne sais jamais qui croire dans ces affaires. Et puis de toute façon je m'en fous.
AMF sur le rebord de la fenêtre : elle balance le mégot sans effort, elle se décolle de la bordure. Elle se retourne vers nous et nous on ne sait pas quoi lui dire. Sauf Ambre, qui lui demande : t'as perdu combien ? Et elle s'écarte complètement de la fenêtre, AMF : la paume ouverte, le pouce rabattu au centre de sa main. La chaise sur laquelle Ambre est assise n'arrête pas de grincer, on dirait un squelette qu'on déboîte de la tombe. Ensuite AMF nous passe devant comme des ombres, elle est en soutif elle-aussi. La chaleur ne la fait même pas transpirer : les gouttelettes d'eau qui lui roulent sur la peau, c'est l'eau du robinet qu'elle a du faire couler sur ces cheveux un peu plus tôt.
AMF ne nous a plus adressé la parole ensuite. Je l'ai juste vue longer le couloir, errer vers la porte, revenir. Elle s'est murée dans la cuisine ensuite. Je l'ai vue dans le reflet du miroir de l'entrée, elle a laissé la porte grande ouverte. Elle s'est collée contre la gazinière, elle a fait chauffé de l'eau. Elle a eu un mouvement de recul quand elle a laissé tomber le sachet de riz dans la casserole.
J'ai demandé à Ambre quel était le problème. Qu'est-ce que j'en sais, moi, elle m'a répondu, comme si elle ne savait rien. Et puis elle s'est allongée dans la largeur du canapé et elle m'a dit : oublie.
« Cette vie » : Refus #6 & #7
Par Menear,
samedi 10 mai 2008 à 17:46
- Journal
- Carnet de bord
Ces lettres là arrivent par paire. On n'épilogue pas sur la première : habituelle, disons.


La seconde, en revanche, a au moins le mérite de proposer quelques lignes (manuscrites) histoire d'expliquer le pourquoi du comment. Aucune idée de ce que je suis censé penser de ces lignes là (je veux dire : je ne sais même pas quelle réaction j'ai lu en les parcourant), si ce n'est que ces particularités pointés dans le texte sont toutes justes. Mais c'était un peu le but de la manœuvre. Enfin bref, je reste sur cette dernière phrase absolument charmante : tout ceci sonne un peu faux. Précisément.


La seconde, en revanche, a au moins le mérite de proposer quelques lignes (manuscrites) histoire d'expliquer le pourquoi du comment. Aucune idée de ce que je suis censé penser de ces lignes là (je veux dire : je ne sais même pas quelle réaction j'ai lu en les parcourant), si ce n'est que ces particularités pointés dans le texte sont toutes justes. Mais c'était un peu le but de la manœuvre. Enfin bref, je reste sur cette dernière phrase absolument charmante : tout ceci sonne un peu faux. Précisément.
Ce Dieu se nomme Abraxas
Par Menear,
vendredi 9 mai 2008 à 17:02
- Journal
- Notes de lecture
Parce que la série Utena y faisais tacitement référence, je m'étais laissé séduire par Demian, un Bildungsroman (roman d'apprentissage) exemplaire de Hermann Hesse. Ce passage en particulier, parce que directement concerné par la référence dont je faisais allusion. Ça, plus : le nom de ce-Dieu-Abraxas qui résonne parfaitement à l'oreille.
Alors, sur une autre feuille, je me suis mis à peindre l'oiseau du blason. Je ne me rappelais plus exactement comment il était, et, de près aussi, on n'aurait pu voir grand-chose car le blason était vieux et avait été repeint plusieurs fois. L'oiseau était posé sur quelque chose, peut-être sur une fleur, ou une corbeille ou un nid, ou sur la cime d'un arbre. Je ne m'en souciai pas et commençai par ce que je me rappelais nettement. Mû par un besoin obscur, je me mis à peindre tout de suite avec des couleurs très vives. Sur ma feuille, la tête de l'oiseau était jaune d'or. En me laissant guider par ma fantaisie, je continuai mon travail et, en peu de jours, j'eus terminé.
Mon image représentait un oiseau de proie avec un bec acéré, hardi d'épervier. Il émergeait à mi-corps d'une sphère terrestre, de couleur sombre, semblable à un oeuf géant dont il cherchait à se dégager, et il se détachait sur un fond de ciel bleu. En examinant la feuille, il me sembla qu'elle ressemblait de plus en plus au blason colorié tel qu'il m'était apparu dans mon rêve.
Il m'aurait été impossible d'écrire une lettre à Demian, même si j'avais su où il se trouvait. Mais je décidai, en obéissant au pressentiment obscur qui déterminait alors toutes mes actions, de lui envoyer l'image avec l'épervier, qu'elle lui parvînt ou non. Je n'écrivis rien dessus, pas même mon nom. Je coupai soigneusement les bords, achetai une grande enveloppe sur laquelle j'écrivis l'ancienne adresse de mon ami, puis je l'expédiai.
(...)
L'oiseau de mes rêves que j'avais peint était en route, à la recherche de mon ami. Une réponse me parvint, d'une manière vraiment bizarre.
Dans la salle de classe, je trouvai à ma place, après une récréation, un billet dans mon livre. Il était plié comme nous avions l'habitude de plier les billets qu'au cours d'une leçon nous nous faisions parvenir en cachette. Je m'étonnai seulement de recevoir un billet de cette sorte, car je n'avais ce genre de rapport avec aucun camarade. Je pensai qu'on me demandait par là de participer à quelque farce d'écolier ; or, comme je n'y tenais pas, je remis le billet dans mon livre sans l'avoir lu. Pendant la leçon, il tomba par hasard de nouveau entre mes mains.
Je jouai avec le papier, le dépliai machinalement et y trouvai quelques mots écrits. J'y jetai un regard ; l'un d'eux retint mon attention. Je m'y effrayai et lus, tandis que mon coeur se contractait comme par un grand froid devant la destinée.
« L'oiseau cherche à se dégager de l'oeuf. L'oeuf est le monde. Celui qui veut naître doit détruire un monde. L'oiseau prend son vol vers Dieu. Ce Dieu se nomme Abraxas. »
Hermann Hesse, Demian, Le livre de poche, trad : Denise Riboni, P. 105-109.
Notes sur l'amputation #2
Par Menear,
jeudi 8 mai 2008 à 18:30
- Journal
- Carnet de bord
La première page des notes sur l'amputation (« Coup de tête ») retranscrivait quelques échanges entretenus avec P. il y a de cela plusieurs mois. P. a donc été mon premier « contact » sur la question. Par la suite, j'ai aussi eu le loisir de dialoguer, par mail et de vive voix, avec C., médecin de son état et amputé lui-même. Il était important – indispensable – que je m'entretienne avec ceux qui vivent l'amputation au quotidien mais la perspective de poser ma série de questions à un médecin – quelqu'un capable de m'en expliquer la mécanique et la tuyauterie – n'était pas non plus négligeable. Rencontrer quelqu'un qui possède la double casquette, comme il me le disait lui-même, tombe donc très bien. J'échange plusieurs mails avec lui jusqu'à ce qu'il me donne son numéro de téléphone et me propose un créneau où je pourrais le joindre. Ce que je fais. Ce jour là , notre conversation (enregistrée, retranscrite, cartographiée) dure plus d'une heure et demi.Il me confirme d'abord ce que m'expliquait déjà P. quelques semaines plus tôt : la procédure s'effectue en relative urgence. L'amputation est bien évidemment la dernière option : on ne s'y résout qu'une fois que la chirurgie de réparation a échoué. Concernant l'opération en elle-même, ce n'est pas très long : elle dure moins d'une heure mais tous les chirurgiens ne connaissent pas toujours la technique. Il y a des règles à respecter pour permettre un bon appareillage. Il arrive même parfois qu'il faille réopérer (comme ce fut le cas pour P.), lorsque notamment les opérations en urgence ne sont pas bien faites ou si des complications interviennent au niveau cutané.
Par la suite, la rééducation se compte en semaines : elle est conditionnée par l'appareillage. Il faut attendre la cicatrisation, que ça dégonfle le plus vite possible (on utilise des pansements et des bandages compressifs pour résorber d'œdème au niveau du moignon). Il m'explique également qu'il est important de lutter contre les « positions vicieuses », comme garder les membres en flexion par exemple. Il vaut mieux ne pas laisser le moignon tourné vers le bas mais le maintenir en hauteur, sinon il gonfle plus facilement. Le moignon cicatrise partiellement en deux à trois semaines. Il faut compter deux mois pour une cicatrisation complète. C. me précise au passage que concernant les amputations de membres supérieurs (c'est le cas de C.D. Dans « Coup de tête »), la moitié environ des amputés refuse d'être appareillé.
Passé le chapitre de la prise en charge médicale de l'amputation, j'enchaîne sur un point qui me paraît central dans mes recherches (d'autant plus que ce point là ne relève pas de l'information pure mais du ressenti personnel propre à chacun) : la douleur. Petite gène de mon côté quand il faut soulever la question. Jamais une évidence d'interroger quelqu'un qu'on ne connaît pas sur des sensations personnels. Mais C. a probablement l'habitude, par le biais de l'ADEPA, de répondre à ce genre de questions. Il me met à l'aise. J'essaye de ne plus y prêter attention.
En réalité, m'explique-t-il, les douleurs qui dues à la procédure de l'amputation en elle-même ne sont pas très fortes. Celles qui le sont vraiment sont les douleurs propres à l'amputation, c'est ce qu'on appelle les « douleurs du membre fantôme » ou « douleurs de désafférentation ». Ces douleurs, de part leur spécificité, doivent être prises en charge dès l'amputation voire même, parfois, avant. Elles ne surviennent pas directement après l'amputation d'ailleurs : quelques fois elles apparaissent quelques jours voire quelques semaines après.
C. en profite alors pour m'en expliquer le fonctionnement plus en profondeur : ce qui explique les douleurs fantômes, c'est que le membre absent n'envoie plus d'informations au cerveau. Il y a donc une discordance entre le cerveau qui était habitué à recevoir des informations et ces informations qui n'arrivent plus. Il insiste également sur la différence entre les « douleurs fantômes » et les « sensations fantômes ». Les sensations fantômes surviennent lorsqu'on a l'impression de percevoir son membre amputé à nouveau. Après l'amputation, on perçoit encore notre membre. On a l'impression qu'il est toujours là . On a même l'impression de pouvoir le bouger, parfois. Au début, c'est une perception continue, et puis ça s'estompe avec le temps. Au début je sentais mon pied, et puis au bout de plusieurs années je le sentais au bout de mon moignon, j'avais l'impression qu'il s'était déplacé avec le temps. Ce n'est pas douloureux, en revanche, ni même désagréable.
Les douleurs fantômes peuvent durer des semaines, voire des mois, après l'amputation, et, le plus souvent, elles ont tendance à disparaître avec le temps. Vis à vis du traitement : continuer à le suivre après l'amputation n'est pas forcément une obligation. On peut le suivre pendant quelques semaines ou quelques mois et l'arrêter par la suite. Il se peut, en revanche, que les douleurs deviennent plus fréquentes voire insupportables (ce que m'expliquera M., par la suite, plusieurs semaines plus tard). De la même façon, la fréquence et l'intensité de la douleur varie d'un individu à l'autre : par exemple, quelqu'un qui n'aura mentalement pas assumé son amputation pourra être sujet à des douleurs plus fortes que quelqu'un qui l'aurait accepté. Il y a donc une certaine « composante psychologique » dans ces douleurs, admet C., même si les douleurs en elles-mêmes ne sont pas des douleurs psychologiques. On peut dire que c'est un facteur aggravant.
Vis à vis de mon personnage, je m'intéresse au moins autant aux manifestations physiques de l'après amputation (les douleurs, donc) qu'aux effets psychologiques qui peuvent en découler. Ces questions là sont à la fois importantes, mais également difficiles à poser à des témoins qui, au contraire de CD, sont parvenus à accepter leur handicap. C. me confirme tout de même que c'est très pesant au niveau du moral, au début tout du moins. On vit à travers des contraintes énormes qui peuvent facilement nous miner. Mais ça aussi, ça s'estompe avec le temps, on finit par s'y habituer. Au début, il y a deux choses à gérer : les contraintes matérielles, et puis l'acceptation de la modification du corps. Et il faut également gérer ça à la fois par rapport à soi et par rapport aux autres. La question du sport va également dans ce sens. Le sport m'intéresse à la fois parce qu'il cristallise le rapport au corps, mais également parce que c'est une discipline qui ne peut bien souvent plus être abordée de la même façon après l'amputation, ce que me confirme C. La question qu'on se pose, c'est : est-ce que c'est encore possible ? Ça dépend des situations, mais en général c'est plus compliqué. Parfois, on peut même ne plus du tout pratiquer certains sports. Concernant ma propre expérience, il fallait que j'arrive à accepter mon handicap, mais ce n'était pas non plus une raison pour ne rien faire, bien au contraire. Il ne faut pas se lamenter sur ce qu'on ne peut plus faire : on refait du sport, mais d'une façon différente, le plus souvent. Et du sport découle presque naturellement la problématique du regard des autres : le problème de beaucoup d'amputés vis à vis du sport, c'est d'assumer le regard des autres. Faire du sport en étant amputé, ça signifie se montrer, avec ou sans prothèse, et là il y en a beaucoup qui abandonnent. C'est le problème d'assumer son image.
Assumer son image, on touche du doigt un problème important. C'est un peu la peur d'être regardé, continue C. Il y aussi ceux qui veulent passer inaperçus, et comme ils ne passent pas inaperçus, ça les met mal à l'aise. Lorsque nous discutons du rapport à entretenir avec les valides, il temporise : en réalité ça ne va jamais plus loin que quelques regards surpris. Ça se passe beaucoup dans la tête. A partir du moment où l'on n'est pas à l'aise avec ça, ça fait cogiter. Je suis peut-être un peu pessimiste, mais je pense que cette question d'image de soi posent problème à 80 ou 90% des amputés. Et il en profite pour me confronter directement à son estimation statistique : t'en vois beaucoup, toi, des amputés, quand tu marches dans la rue ?
Piles de livres à lire
Par Menear,
mercredi 7 mai 2008 à 19:51
- Images
Tout ça au pluriel : j'achète (ou bien j'emprunte ou bien je me fais offrir) plus vite que je ne lis. Du coup, ça s'empile sur mon bureau, devant mes yeux.


Damages
Par Menear,
lundi 5 mai 2008 à 21:00
- Chroniques
J'apprends après coup que Canal + avait mis en place des moyens impressionnants pour assurer la promotion et le lancement de sa nouvelle série phare, il y a deux mois. Des affiches un peu partout, de la promo (ou de l'autopromo) dans tout un tas d'émission. Des moyens que l'on prête plus habituellement au cinéma. Sa nouvelle série phare, disais-je : Damages. En tête d'affiche : Glenn Close. C'est d'ailleurs comme cela qu'on résume le plus souvent la série : une nouvelle série acclamée par la critique... avec Glenn Close !

Glenn Close avait déjà fréquenté le petit monde merveilleux des séries US (elle interprétait le capitaine Monica Rawling, personnage récurrent dans la quatrième saison de The Shield, notamment) mais jusque-là toujours en guest star. Avec Damages, il s'agit désormais de sa série. Elle y interprète le personnage central : celui de Patty Hewes, l'une des plus brillantes avocates de Manhattan qui ne vit que pour gagner les procès dans lesquels elle s'engage et qui fait toujours tout pour parvenir à ses fins (et tant pis pour la morale). Après Vick Mackey, Tony Soprano ou Dexter (entre autres), voilà donc un nouveau personnage peu fréquentable qui devient le centre d'intérêt d'une série US.
Toute la saison 1 se concentre sur la grosse affaire qui occupe Patty et son cabinet : elle attaque (dans tous les sens du terme !), dans le cadre d'un recourt collectif en justice, le PDG corrompu d'une société qui a ruiné ses employés. Un magnat de la finance qui n'a, lui non plus, pas vraiment rien à se reprocher. Et entre ces deux personnages, entre ces deux égos, tout un tas d'autres personnages enchaînés les uns aux autres par divers intérêts contradictoires et autres magouilles plus ou moins secrètes. (Pour un résumé tout-en-image, le plus simple est encore de vous rediriger vers la vidéo insérée à la fin de l'article.)
Premier bon point, la série réussit à éviter un écueil que l'on pouvait redouter au début : on substitue au personnage de Patty Hewes une autre « héroïne », Ellen Parsons, jeune avocate ambitieuse fraîchement diplômée. Le spectateur suivra donc l'affaire à travers son regard (forcément neuf et naïf de prime abord), ficelle courante qui permet au passage d'aborder en douceur l'environnement, les décors et autres relations entre les personnages que le spectateur doit découvrir en même temps que l'héroïne. De cette manière, le personnage de Patty Hewes est d'entrée légèrement mis à distance, ce qui laisse plus de liberté et de souplesse à la série pour avancer ; elle n'est pas d'entrée phagocytée par l'emprise de Glenn Close (qui, elle, est pourtant bien réelle).

Damages est une série prenante et c'est probablement là que se trouve son principal point fort : toute la saison compose un thriller savamment orchestré. En plus de l'affaire en elle même (et celle-ci ressemble plus à une suite de fragments d'enquête policière qu'à une réelle plongée dans le monde judiciaire) se superpose une deuxième affaire : le premier épisode débute ainsi avec, à l'image, une Ellen Parsons paniquée qui déambule dans la rue à moitié nue, son fiancé retrouvé mort dans sa salle de bain. Les lettres « Six mois plus tôt » s'inscrivent alors sur l'écran : le gros de la série se déroulera dans donc un gigantesque « flash-back » qui viendra, au fil des épisodes, peu à peu rejoindre les scènes du « présent » qui s'écoulent régulièrement, petit à petit, en parallèle. Un double suspens se met alors en place : celui, naturel, qui concerne l'avancement de l'affaire principale et l'autre, plus flou, qui invite à raccorder les deux intrigues entre elles. Le mode de fonctionnement est osé mais il fonctionne impeccablement ; l'excellente qualité du montage n'y est probablement pas étrangère.
Le casting est également bien géré. Outre la fascinante Glenn Close, Rose Byrne (Ellen Parsons) évolue très bien avec son personnage et Željko Ivanek campe un avocat de la partie adverse très intéressant. On note également pour l'anecdote qu'on retrouve au générique un ancien second rôle de Friends : Tate Donovan (l'éternel bras droit de Patty, Tom Shayes), qui interprétait Joshua dans quelques épisodes de la saison 6.

Damages est une excellente série, aux mécanismes très bien huilées (plus régulière que Dexter par exemple), habile, qui séduit très facilement. La performance de Glenn Close n'y est évidemment pas étrangère (sans elle, il s'agirait probablement d'une bonne série, certes, mais banale), ce qui peut parfois la mettre en difficulté mais son omniprésence, parfois lourde, est bien contrebalancée par le rôle d'Ellen Parsons ; l'équilibre est parfois difficile à tenir mais il tient. Au rayon des bémols, on peut aussi remarquer que l'évolution de la saison est un peu déséquilibrée : un ou deux épisodes au coeur de la saison font un peu trop figure de « ventre mou » alors que la fin a tendance à trop vite se précipiter (beaucoup d'éléments à concentrer en peu de temps). La fin du dernier épisode semble également maladroite (disons que ce n'est pas la plus subtile façon d'annoncer une deuxième saison). La bande-son, quant à elle, est bien souvent anecdotique.
Damages, disais-je : excellente série. Addictive, agréable, souvent drôle (il faut aimer la cruauté et la manipulation à tous les étages mais, si, si, c'est drôle). Assurément la série qui invite le plus à pousser des « aaaaaaaah, mais elle est vraiment affreuse ! », interdit devant son écran. A voir (et à revoir) si on aime le genre. Et puis se tenir prêt pour la suite : deux nouvelles saisons ont été signées aux Etats-Unis.

Glenn Close avait déjà fréquenté le petit monde merveilleux des séries US (elle interprétait le capitaine Monica Rawling, personnage récurrent dans la quatrième saison de The Shield, notamment) mais jusque-là toujours en guest star. Avec Damages, il s'agit désormais de sa série. Elle y interprète le personnage central : celui de Patty Hewes, l'une des plus brillantes avocates de Manhattan qui ne vit que pour gagner les procès dans lesquels elle s'engage et qui fait toujours tout pour parvenir à ses fins (et tant pis pour la morale). Après Vick Mackey, Tony Soprano ou Dexter (entre autres), voilà donc un nouveau personnage peu fréquentable qui devient le centre d'intérêt d'une série US.
Toute la saison 1 se concentre sur la grosse affaire qui occupe Patty et son cabinet : elle attaque (dans tous les sens du terme !), dans le cadre d'un recourt collectif en justice, le PDG corrompu d'une société qui a ruiné ses employés. Un magnat de la finance qui n'a, lui non plus, pas vraiment rien à se reprocher. Et entre ces deux personnages, entre ces deux égos, tout un tas d'autres personnages enchaînés les uns aux autres par divers intérêts contradictoires et autres magouilles plus ou moins secrètes. (Pour un résumé tout-en-image, le plus simple est encore de vous rediriger vers la vidéo insérée à la fin de l'article.)
Premier bon point, la série réussit à éviter un écueil que l'on pouvait redouter au début : on substitue au personnage de Patty Hewes une autre « héroïne », Ellen Parsons, jeune avocate ambitieuse fraîchement diplômée. Le spectateur suivra donc l'affaire à travers son regard (forcément neuf et naïf de prime abord), ficelle courante qui permet au passage d'aborder en douceur l'environnement, les décors et autres relations entre les personnages que le spectateur doit découvrir en même temps que l'héroïne. De cette manière, le personnage de Patty Hewes est d'entrée légèrement mis à distance, ce qui laisse plus de liberté et de souplesse à la série pour avancer ; elle n'est pas d'entrée phagocytée par l'emprise de Glenn Close (qui, elle, est pourtant bien réelle).

Damages est une série prenante et c'est probablement là que se trouve son principal point fort : toute la saison compose un thriller savamment orchestré. En plus de l'affaire en elle même (et celle-ci ressemble plus à une suite de fragments d'enquête policière qu'à une réelle plongée dans le monde judiciaire) se superpose une deuxième affaire : le premier épisode débute ainsi avec, à l'image, une Ellen Parsons paniquée qui déambule dans la rue à moitié nue, son fiancé retrouvé mort dans sa salle de bain. Les lettres « Six mois plus tôt » s'inscrivent alors sur l'écran : le gros de la série se déroulera dans donc un gigantesque « flash-back » qui viendra, au fil des épisodes, peu à peu rejoindre les scènes du « présent » qui s'écoulent régulièrement, petit à petit, en parallèle. Un double suspens se met alors en place : celui, naturel, qui concerne l'avancement de l'affaire principale et l'autre, plus flou, qui invite à raccorder les deux intrigues entre elles. Le mode de fonctionnement est osé mais il fonctionne impeccablement ; l'excellente qualité du montage n'y est probablement pas étrangère.
Le casting est également bien géré. Outre la fascinante Glenn Close, Rose Byrne (Ellen Parsons) évolue très bien avec son personnage et Željko Ivanek campe un avocat de la partie adverse très intéressant. On note également pour l'anecdote qu'on retrouve au générique un ancien second rôle de Friends : Tate Donovan (l'éternel bras droit de Patty, Tom Shayes), qui interprétait Joshua dans quelques épisodes de la saison 6.

Damages est une excellente série, aux mécanismes très bien huilées (plus régulière que Dexter par exemple), habile, qui séduit très facilement. La performance de Glenn Close n'y est évidemment pas étrangère (sans elle, il s'agirait probablement d'une bonne série, certes, mais banale), ce qui peut parfois la mettre en difficulté mais son omniprésence, parfois lourde, est bien contrebalancée par le rôle d'Ellen Parsons ; l'équilibre est parfois difficile à tenir mais il tient. Au rayon des bémols, on peut aussi remarquer que l'évolution de la saison est un peu déséquilibrée : un ou deux épisodes au coeur de la saison font un peu trop figure de « ventre mou » alors que la fin a tendance à trop vite se précipiter (beaucoup d'éléments à concentrer en peu de temps). La fin du dernier épisode semble également maladroite (disons que ce n'est pas la plus subtile façon d'annoncer une deuxième saison). La bande-son, quant à elle, est bien souvent anecdotique.
[Article également disponible sur Culturopoing]
Voilà qui est seyant, mais il pue !
Par Menear,
dimanche 4 mai 2008 à 20:12
- Journal
- Notes de lecture
Un passage hilarant (bien qu'un peu long) de Moby Dick : le Pequod traverse la route d'un baleinier français, le Bouton de rose, qui traîne derrière lui deux cadavres de baleine putréfiés. L'odeur infecte recouvre le Pequod lorsque Stubb va à la rencontre du bateau français... (Même remarque que la semaine dernière concernant l'absence de références pour la traduction.)
_____________
By this time the faint air had become a complete calm; so that whether or no, the Pequod was now fairly entrapped in the smell, with no hope of escaping except by its breezing up again. Issuing from the cabin, Stubb now called his boat’s crew, and pulled off for the stranger. Drawing across her bow, he perceived that in accordance with the fanciful French taste, the upper part of her stem-piece was carved in the likeness of a huge drooping stalk, was painted green, and for thorns had copper spikes projecting from it here and there; the whole terminating in a symmetrical folded bulb of a bright red colour. Upon her head boards, in large gilt letters, he read ‘Bouton de Rose,’—Rose-button, or Rose-bud; and this was the romantic name of this aromatic ship.
Though Stubb did not understand the BOUTON part of the inscription, yet the word ROSE, and the bulbous figure-head put together, sufficiently explained the whole to him.
‘A wooden rose-bud, eh?’ he cried with his hand to his nose, ‘that will do very well; but how like all creation it smells!’
Now in order to hold direct communication with the people on deck, he had to pull round the bows to the starboard side, and thus come close to the blasted whale; and so talk over it.
Arrived then at this spot, with one hand still to his nose, he bawled—‘Bouton-de-Rose, ahoy! are there any of you Bouton-de-Roses that speak English?’ ‘Yes,’ rejoined a Guernsey-man from the bulwarks, who turned out to be the chief-mate.
‘Well, then, my Bouton-de-Rose-bud, have you seen the White Whale?’
‘WHAT whale?’
‘The WHITE Whale—a Sperm Whale—Moby Dick, have ye seen him?
‘Never heard of such a whale. Cachalot Blanche! White Whale—no.’
‘Very good, then; good bye now, and I’ll call again in a minute.’
Then rapidly pulling back towards the Pequod, and seeing Ahab leaning over the quarter-deck rail awaiting his report, he moulded his two hands into a trumpet and shouted—‘No, Sir! No!’ Upon which Ahab retired, and Stubb returned to the Frenchman.
He now perceived that the Guernsey-man, who had just got into the chains, and was using a cutting-spade, had slung his nose in a sort of bag. ‘What’s the matter with your nose, there?’ said Stubb. ‘Broke it?’
‘I wish it was broken, or that I didn’t have any nose at all!’ answered the Guernsey-man, who did not seem to relish the job he was at very much. ‘But what are you holding YOURS for?’
‘Oh, nothing! It’s a wax nose; I have to hold it on. Fine day, ain’t it? Air rather gardenny, I should say; throw us a bunch of posies, will ye, Bouton-de-Rose?’ ‘What in the devil’s name do you want here?’ roared the Guernseyman, flying into a sudden passion.
‘Oh! keep cool—cool? yes, that’s the word! why don’t you pack those whales in ice while you’re working at ‘em? But joking aside, though; do you know, Rose-bud, that it’s all nonsense trying to get any oil out of such whales? As for that dried up one, there, he hasn’t a gill in his whole carcase.’
‘I know that well enough; but, d’ye see, the Captain here won’t believe it; this is his first voyage; he was a Cologne manufacturer before. But come aboard, and mayhap he’ll believe you, if he won’t me; and so I’ll get out of this dirty scrape.’
‘Anything to oblige ye, my sweet and pleasant fellow’.
(...)
By this time their destined victim appeared from his cabin. He was a small and dark, but rather delicate looking man for a sea-captain, with large whiskers and moustache, however; and wore a red cotton velvet vest with watch-seals at his side. To this gentleman, Stubb was now politely introduced by the Guernsey-man, who at once ostentatiously put on the aspect of interpreting between them.
‘What shall I say to him first?’ said he.
‘Why,’ said Stubb, eyeing the velvet vest and the watch and seals, ‘you may as well begin by telling him that he looks a sort of babyish to me, though I don’t pretend to be a judge.’
‘He says, Monsieur,’ said the Guernsey-man, in French, turning to his captain, ‘that only yesterday his ship spoke a vessel, whose captain and chief-mate, with six sailors, had all died of a fever caught from a blasted whale they had brought alongside.’
Upon this the captain started, and eagerly desired to know more.
‘What now?’ said the Guernsey-man to Stubb.
‘Why, since he takes it so easy, tell him that now I have eyed him carefully, I’m quite certain that he’s no more fit to command a whale-ship than a St. Jago monkey. In fact, tell him from me he’s a baboon.’
‘He vows and declares, Monsieur, that the other whale, the dried one, is far more deadly than the blasted one; in fine, Monsieur, he conjures us, as we value our lives, to cut loose from these fish.’
Instantly the captain ran forward, and in a loud voice commanded his crew to desist from hoisting the cutting-tackles, and at once cast loose the cables and chains confining the whales to the ship.
‘What now?’ said the Guernsey-man, when the Captain had returned to them.
‘Why, let me see; yes, you may as well tell him now that—that—in fact, tell him I’ve diddled him, and (aside to himself) perhaps somebody else.’
‘He says, Monsieur, that he’s very happy to have been of any service to us.’
Herman Melville, Moby Dick, Peguin Popular Classics, P.386-389.
La brise faible avait laissé place au calme plat, de sorte que le Péquod était maintenant pris au piège de cette odeur, sans espoir de délivrance si le vent ne venait pas à se lever à nouveau. Au sortir de la cabine, Stubb manda l’équipage de sa baleinière puis se mit en devoir d’aller rendre visite à l’étranger. En passant sous sa proue, il vit que, conformément au goût fantasque des Français, la partie supérieure en était sculptée en forme d’énorme tige inclinée, peinte en vert, et qu’en guise d’épines des pointes de cuivre en jaillissaient ici et là , le tout se terminant en un bourgeon replié d’un rouge vif. En lettres d’or, sur son pavois de poulaine, il put lire « Bouton-de-Rose », tel était le nom romantique porté par ce vaisseau parfumé. Bien que Stubb ne comprît pas le sens du mot bouton, le mot rose et le bourgeon pris ensemble lui furent une explication suffisante.
– Un bouton de rose en bois, hein ! s’écria-t-il en portant une main à son nez, voilà qui est seyant, mais il pue !
Afin de pouvoir parler à ceux qui étaient sur le pont, il dut contourner l’étrave et se rendre à tribord du navire, devant ainsi entretenir la conversation par-dessus le cachalot ballonné.
De là , se tenant toujours le nez, il brailla :
– Ohé, du Bouton-de-Rose, y a-t-il parmi vous des boutons de rose qui parlent anglais ?
– Oui, répondit un homme de Guernesey penché au bastingage et qui se révéla être le premier second.
– Eh bien, ma fleur en bouton, avez-vous vu la Baleine blanche ?
– Quelle baleine ?
– La Baleine blanche, un cachalot, Moby Dick, l’avez-vous vu ?
– Jamais entendu parler d’une baleine pareille ! Cachalot blanc ! Baleine blanche ! Non !
– Bon, alors ! au revoir, je reviens dans une minute.
Il fit force de rames vers le Péquod et voyant Achab qui, penché sur la lisse du gaillard d’arrière, attendait sa réponse, il mit ses mains en porte-voix et hurla : non, sir non ! Sur quoi Achab se retira, et Stubb retourna vers le Français. L’homme de Guernesey se trouvait dans les porte-haubans avec sa pelle à découper et Stubb remarqua qu’il s’était fourré le nez dans une sorte de sac.
– Qu’est-ce qu’il y a qui ne va pas avec votre nez ? Cassé ?
– Je voudrais bien, je préférerais encore n’en pas avoir du tout, répondit l’homme qui ne semblait pas faire ses délices de son travail. Mais pourquoi tenez-vous le vôtre ?
– Oh ! pour rien ! Il est en cire, je dois le tenir en place. Belle journée, n’est-ce pas ? Je dirais même qu’on se croirait dans un jardin… Envoyez-nous un bouquet de fleurs des champs, voulez-vous, bouton de rose ?
– Du diable, que nous voulez-vous ? rugit l’homme de Guernesey pris brutalement de colère.
– Oh ! restez froid, oui froid, c’est bien le mot ! Pourquoi n’emballez vous pas vos baleines dans de la glace pour y travailler ? Mais blague à part maintenant. Savez-vous, bouton de rose, qu’il est vain d’espérer de l’huile de telles baleines, c’est une sottise ! Quant au séchon, là , il n’en contient pas un gallon.
– Je sais bien, mais, voyez-vous, le capitaine ne veut rien croire, c’est son premier voyage, il était fabricant d’eau de Cologne auparavant. Venez donc à bord, il vous croira peut-être plus facilement que moi et je me tirerai de ce sale pétrin.
– Tout à votre service, mon doux et charmant ami dit Stubb en grimpant aussitôt sur le pont.
(...)
Leur future victime sortit de sa cabine. Il était petit et brun, d’apparence plutôt frêle pour un marin, nanti toutefois de puissantes moustaches et de favoris, et portait une veste de velours de coton rouge et des breloques à sa montre au côté. Stubb fut courtoisement présenté à ce monsieur par l’homme de Guernesey qui prit aussitôt fonction avantageuse d’interprète.
– Que dois-je lui dire pour commencer ?
– Eh bien, répondit Stubb en jetant un oeil sur la veste de velours, sur la montre et sur les breloques, vous feriez bien de lui dire d’abord qu’il me paraît un peu puéril quoique je n’ai pas la prétention d’en juger.
– Il dit, Monsieur, dit l’autre en se tournant vers le capitaine, que pas plus tard qu’hier son navire a rencontré un vaisseau dont le capitaine, le premier second et six matelots sont morts d’une fièvre provoquée par une baleine ballonnée qu’ils avaient amarrée.
Le capitaine tressaillit et manifesta son désir d’en savoir davantage.
– Et maintenant ?
– Du moment qu’il le prend ainsi, dites-lui que maintenant que l’ayant bien regardé, je suis tout à fait sûr qu’il n’est pas plus fait pour commander un navire baleinier que ne le serait un singe de l’île San Jago. En fait, dites-lui de ma part qu’il est un babouin.
– Il affirme sur l’honneur, Monsieur, que cette autre baleine, la sèche, est encore plus meurtrière que l’autre bref, Monsieur, il nous adjure, si nous tenons à nos vies de larguer ces poissons.
Le capitaine se précipita sur-le-champ à l’avant et donna, d’une voix forte, l’ordre à son équipage de cesser de hisser les caliornes et de couper instantanément les câbles et les chaînes qui amarraient les cachalots.
– Et maintenant ? demanda l’homme de Guernesey lorsque le capitaine fut revenu.
– Bon, laissez-moi réfléchir… oui, vous pouvez lui dire que… que… je l’ai roulé et… (à part) peut-être quelqu’un d’autre du même coup.
– Il dit, Monsieur, qu’il est très heureux d’avoir pu nous rendre service.
Quelques centimètres de mine en moins
Par Menear,
samedi 3 mai 2008 à 18:50
- Journal
- Carnet de bord
Je termine aujourd'hui les relectures du « troisième jet » de « Coup de tête ». Voilà qui m'aura pris un mois, grosso modo, un peu moins peut-être, j'ai fait une pause d'une semaine au milieu. Un mois, et quelques centimètres de mine en moins (j'ai facilement usé la moitié d'un crayon de papier et probablement une demie-mine de critérium) ; le nombre de litres de texte que j'ai raturé sans vergogne ; le nombre de fois où je me suis dit « ça va pas » et où j'ai marqué autre chose dans la marge.

Je l'avais déjà pressenti après avoir disséqué la première partie : ce n'est pas bon. Ce n'est pas ça. Pas encore. J'ai corrigé un premier jet à nouveau. Mais un premier jet vieux de deux ans, ça épuise. Ça décourage. Ça énerve. Ça me fait baigner dans une spirale de négativité que je n'aime pas. Ça soûle, c'est tout.
La dernière fois, j'identifiais les problèmes majeurs qui entravaient le bon déroulement du projet. Cette fois il va peut-être falloir que je dégage des solutions. Des hypothèses, au moins.
L'une d'entre elle serait la suivante : je m'y suis pris comme un manche. Parce qu'écrire l'intégralité du texte d'abord en temps réduit (moins d'un mois en l'occurrence), après tout, pourquoi pas. C'est épuisant mais j'y tiens. Mais les corrections ne fonctionnent pas pareil. Tout reprendre en intégralité, linéairement, ça ne fonctionne pas. On stagne. C'est sans fin. C'est ce que j'expliquais la dernière fois.
C'est d'autant plus étrange que ce n'est pas du tout comme ça que j'ai fonctionné avec « Cette vie ». Avec « Cette vie », j'ai fait ce qu'il fallait. J'ai appliqué les mêmes méthodes qu'avec mes nouvelles. Simplement : le texte étant trop long, je l'ai découpé en fragments. Je travaillais sur un fragment à la fois. Avant de tout remettre en commun ensuite. J'étais plus efficace, plus méticuleux, plus précis. Je ne me décourageais pas (ou si peu). J'étais plus productif, plus rentable. Résultat : en moins de six mois c'était bouclé et, me semble-t-il, bien bouclé.

Pour « Coup de tête » je me perds, je me disperse. A moi de recouper (découper) le texte à nouveau. Cinq grandes parties. Vingt-neuf jours. Une bonne soixantaine de « fragments ». Un prologue à rajouter, éventuellement (à voir). Je vais m'y atteler. Une fois le plan clairement élaboré, intégralement recopié, je vais m'y atteler. Et ne pas dévier vers autre chose. Ou alors le moins possible (il est vrai que « Cette mort » s'écrit sans avoir à y penser). Aucune idée de combien de temps ça me prendra, en revanche ; « Coup de tête », c'est quand même plus du double de « Cette vie » en quantité. A voir... L'impression quand même de m'être perdu ; perdu dans ce que j'écris, perdu dans ce que je lis, dans ce que j'écoute, dans ce que je regarde ; perdu entre mes fictions blanches.

Je l'avais déjà pressenti après avoir disséqué la première partie : ce n'est pas bon. Ce n'est pas ça. Pas encore. J'ai corrigé un premier jet à nouveau. Mais un premier jet vieux de deux ans, ça épuise. Ça décourage. Ça énerve. Ça me fait baigner dans une spirale de négativité que je n'aime pas. Ça soûle, c'est tout.
La dernière fois, j'identifiais les problèmes majeurs qui entravaient le bon déroulement du projet. Cette fois il va peut-être falloir que je dégage des solutions. Des hypothèses, au moins.
L'une d'entre elle serait la suivante : je m'y suis pris comme un manche. Parce qu'écrire l'intégralité du texte d'abord en temps réduit (moins d'un mois en l'occurrence), après tout, pourquoi pas. C'est épuisant mais j'y tiens. Mais les corrections ne fonctionnent pas pareil. Tout reprendre en intégralité, linéairement, ça ne fonctionne pas. On stagne. C'est sans fin. C'est ce que j'expliquais la dernière fois.
C'est d'autant plus étrange que ce n'est pas du tout comme ça que j'ai fonctionné avec « Cette vie ». Avec « Cette vie », j'ai fait ce qu'il fallait. J'ai appliqué les mêmes méthodes qu'avec mes nouvelles. Simplement : le texte étant trop long, je l'ai découpé en fragments. Je travaillais sur un fragment à la fois. Avant de tout remettre en commun ensuite. J'étais plus efficace, plus méticuleux, plus précis. Je ne me décourageais pas (ou si peu). J'étais plus productif, plus rentable. Résultat : en moins de six mois c'était bouclé et, me semble-t-il, bien bouclé.

Pour « Coup de tête » je me perds, je me disperse. A moi de recouper (découper) le texte à nouveau. Cinq grandes parties. Vingt-neuf jours. Une bonne soixantaine de « fragments ». Un prologue à rajouter, éventuellement (à voir). Je vais m'y atteler. Une fois le plan clairement élaboré, intégralement recopié, je vais m'y atteler. Et ne pas dévier vers autre chose. Ou alors le moins possible (il est vrai que « Cette mort » s'écrit sans avoir à y penser). Aucune idée de combien de temps ça me prendra, en revanche ; « Coup de tête », c'est quand même plus du double de « Cette vie » en quantité. A voir... L'impression quand même de m'être perdu ; perdu dans ce que j'écris, perdu dans ce que je lis, dans ce que j'écoute, dans ce que je regarde ; perdu entre mes fictions blanches.
Mécanismes Episode 24 (Frédéric Ozanam)
Par Menear,
jeudi 1 mai 2008 à 13:48
- Fictions
- Octets - Mécanismes
Bon : plus que deux (en plus de celui-là ) ; ça se tire...
Résumé des épisodes précédents
Luca Pacioli et Arto Pizzetti, respectivement proie et chasseur durant la saison 2, vivent désormais dans le même corps : le corps d'un être hybride répugnant. Après avoir passé dix-huit mois à Istanbul, loin des enquêtes sur la disparition de l'un ou de l'autre, Erin Bakura, ancienne collègue de Pizzetti, vient les chercher en Turquie. Forcé de retourner en France, l'hybride décide de se mettre en chasse du corps de Pizzetti, manquant, afin de résoudre cette affaire. Pour ce faire, il emprunte l'identité fictive de Léon Bloy, enquêteur des Affaires Etrangères, et se lance dans cette enquête identitaire. Après avoir retrouvé la trace de son ancien domicile, Bloy découvre, stupéfait, que quelqu'un d'autre a continué de vivre sous les traits d'Arto Pizzetti, celui qu'il était avant son "traumatisme". Bloy se met donc dans l'idée de le retrouver. Après une tentative ratée aux portes du ministère, il se procure les dossiers confidentiels du faux Pizzetti dans le but de retrouver sa trace...
La chambre d'hôtel réservée par Léon Bloy à l'Hôtel de l'Échelle dans le quatorzième arrondissement, n'était pas grande : un lit, un petit bureau dans un coin, une fenêtre donnant sur les restes d'un champ improbable. Le stricte nécessaire, somme toute. L'hybride n'avait pas besoin de plus. La petite somme récupérée dans l'ancien appartement d'Arto Pizzetti peu à peu se décomposait dans ses poches de pantalon. Avec ce qu'il lui restait, il ne pouvait que prolonger son séjour à l'hôtel de quelques jours, repas compris. En tout et pour tout, ces économies si furtivement dilapidées lui avaient permis de tenir deux semaines. Il allait, pour la suite, devoir se débrouiller autrement.
Dans cette chambre d'hôtel régnait un bazar indescriptible. Il avait explicitement demandé au personnel d'entretien de ne pas s'occuper de sa chambre. Depuis deux semaines, son état ne faisait qu'empirer. Des restes de nourriture s'échelonnaient dans les coins, des vêtements gisaient, sales et froissés, sur le sol, le matelas sortait des limites du sommier et tenait là , en équilibre, au-dessus du sol. Et sur la surface du plancher, occupant l'intégralité des quinze mètres carrés de la pièce, des dizaines de feuilles détachées, agrafées, découpées, déchirées, de l'encre indélébile sur les plinthes, des dossiers vidés de leur substance, des notes prises sur le moment et raturées ensuite... Et au centre de ce capharnaüm deux étoiles : le corps de Léon Bloy, à demi couché sur le sol, les yeux collés contre ces feuilles de papiers mélangées et salies. Il décryptait, une à une, ces lettres griffonnées à la hâte et à moitié illisible.
Lire la suite.
Résumé des épisodes précédents
Luca Pacioli et Arto Pizzetti, respectivement proie et chasseur durant la saison 2, vivent désormais dans le même corps : le corps d'un être hybride répugnant. Après avoir passé dix-huit mois à Istanbul, loin des enquêtes sur la disparition de l'un ou de l'autre, Erin Bakura, ancienne collègue de Pizzetti, vient les chercher en Turquie. Forcé de retourner en France, l'hybride décide de se mettre en chasse du corps de Pizzetti, manquant, afin de résoudre cette affaire. Pour ce faire, il emprunte l'identité fictive de Léon Bloy, enquêteur des Affaires Etrangères, et se lance dans cette enquête identitaire. Après avoir retrouvé la trace de son ancien domicile, Bloy découvre, stupéfait, que quelqu'un d'autre a continué de vivre sous les traits d'Arto Pizzetti, celui qu'il était avant son "traumatisme". Bloy se met donc dans l'idée de le retrouver. Après une tentative ratée aux portes du ministère, il se procure les dossiers confidentiels du faux Pizzetti dans le but de retrouver sa trace...
La chambre d'hôtel réservée par Léon Bloy à l'Hôtel de l'Échelle dans le quatorzième arrondissement, n'était pas grande : un lit, un petit bureau dans un coin, une fenêtre donnant sur les restes d'un champ improbable. Le stricte nécessaire, somme toute. L'hybride n'avait pas besoin de plus. La petite somme récupérée dans l'ancien appartement d'Arto Pizzetti peu à peu se décomposait dans ses poches de pantalon. Avec ce qu'il lui restait, il ne pouvait que prolonger son séjour à l'hôtel de quelques jours, repas compris. En tout et pour tout, ces économies si furtivement dilapidées lui avaient permis de tenir deux semaines. Il allait, pour la suite, devoir se débrouiller autrement.
Dans cette chambre d'hôtel régnait un bazar indescriptible. Il avait explicitement demandé au personnel d'entretien de ne pas s'occuper de sa chambre. Depuis deux semaines, son état ne faisait qu'empirer. Des restes de nourriture s'échelonnaient dans les coins, des vêtements gisaient, sales et froissés, sur le sol, le matelas sortait des limites du sommier et tenait là , en équilibre, au-dessus du sol. Et sur la surface du plancher, occupant l'intégralité des quinze mètres carrés de la pièce, des dizaines de feuilles détachées, agrafées, découpées, déchirées, de l'encre indélébile sur les plinthes, des dossiers vidés de leur substance, des notes prises sur le moment et raturées ensuite... Et au centre de ce capharnaüm deux étoiles : le corps de Léon Bloy, à demi couché sur le sol, les yeux collés contre ces feuilles de papiers mélangées et salies. Il décryptait, une à une, ces lettres griffonnées à la hâte et à moitié illisible.
Lire la suite.
Perspectives (d'emploi) #6
Par Menear,
mercredi 30 avril 2008 à 19:42
- Journal
Je reçois il y a quelques jours une sorte-de-proposition via le site de l'ANPE et mon espace personnel. Il s'agirait de bosser dans un tabac-maison de la presse. Encaisser, renouveler les commandes, renseigner, faire des sourires, ce genre de trucs. Il s'agit d'un CDD, probablement de plus d'un mois, qui commencerait fin mai. Compliqué si ça s'étend trop ; aucune envie de m'éterniser à Nuggets City plus que le strict nécessaire. Et puis surtout ça ne m'intéresse pas ; je préfère lorgner du côté des vacations-à -venir qui certainement se précisent à mesure que les ponts du mois de mai approchent. Je le disais déjà la semaine dernière : plus intéressant, moins d'heures, mieux payé. Pas besoin d'y réfléchir cent set ans.
Hier je reçois une relance du rectorat pour m'inscrire dès à présent sur leurs listes en prévision de la rentrée prochaine (plus contractuel que vacataire, du coup ?) mais ils n'ont pas compris que je ne serai plus dans l'académie l'année prochaine. Du coup, petit mail à N.G. pour préciser ma situation. Et rappeler que je suis toujours disponible et motivé. Nuggets City, Le Mans et sa banlieue, voilà mon territoire. Et pourquoi pas retourner au collège MH si d'autres profs de français de chez eux sont absents. Après tout, et je le précise dans le corps du mail, M. Berléand, le principal, m'avait confié juste avant ma dernière heure de cours, qu'il était plus que probable qu'ils fassent à nouveau appel à moi d'ici la fin de l'année. Voilà qui m'irait très bien. Je sais déjà où c'est, comment y aller, j'ai déjà croisé les gens de là -bas. Plus pratique.
Aujourd'hui je reçois un appel, vers midi. L'écran de mon nouveau-portable-tecktonik n'affiche rien. Appel privé. Je n'aime pas du tout qu'on m'appelle en privé. Parce qu'en général, c'est toujours pour me faire chier. Là , c'est un peu différent. Bonjour, ça me dit, ici Machine de chez Communicator, je vous appelle pour savoir si vous êtes toujours disponible en vue d'une mission pour le mois prochain ?
Communicator, le truc de téléprospecteur pour lequel j'ai été officiellement « pris » il y a quelques temps. Quelques temps, c'est à dire deux mois et demi. Ça remonte à mi-février.
Je réponds que non, je suis pas disponible en vue d'une mission le mois prochain.
Hier je reçois une relance du rectorat pour m'inscrire dès à présent sur leurs listes en prévision de la rentrée prochaine (plus contractuel que vacataire, du coup ?) mais ils n'ont pas compris que je ne serai plus dans l'académie l'année prochaine. Du coup, petit mail à N.G. pour préciser ma situation. Et rappeler que je suis toujours disponible et motivé. Nuggets City, Le Mans et sa banlieue, voilà mon territoire. Et pourquoi pas retourner au collège MH si d'autres profs de français de chez eux sont absents. Après tout, et je le précise dans le corps du mail, M. Berléand, le principal, m'avait confié juste avant ma dernière heure de cours, qu'il était plus que probable qu'ils fassent à nouveau appel à moi d'ici la fin de l'année. Voilà qui m'irait très bien. Je sais déjà où c'est, comment y aller, j'ai déjà croisé les gens de là -bas. Plus pratique.
Aujourd'hui je reçois un appel, vers midi. L'écran de mon nouveau-portable-tecktonik n'affiche rien. Appel privé. Je n'aime pas du tout qu'on m'appelle en privé. Parce qu'en général, c'est toujours pour me faire chier. Là , c'est un peu différent. Bonjour, ça me dit, ici Machine de chez Communicator, je vous appelle pour savoir si vous êtes toujours disponible en vue d'une mission pour le mois prochain ?
Communicator, le truc de téléprospecteur pour lequel j'ai été officiellement « pris » il y a quelques temps. Quelques temps, c'est à dire deux mois et demi. Ça remonte à mi-février.
Je réponds que non, je suis pas disponible en vue d'une mission le mois prochain.










