si c'est une femme, elle me fascine
Mes trucs




Fictions du bord de l'oeil /
17h34 |
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jeudi 11 mars 2010
Par Guillaume Vissac le jeudi 11 mars 2010, 18:35 - Journal
mardi 9 mars 2010
Par Guillaume Vissac le mardi 9 mars 2010, 18:33 - Journal
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1 Lapsus clavier : un peu sex.
dimanche 7 mars 2010
Par Guillaume Vissac le dimanche 7 mars 2010, 17:34 - Chroniques
Je n'ai pas trouvé le gardien ou le conservateur de ce cimetière ni même aucune indication me guidant vers mon Maître, qui demanda à l'occasion à être enterré à la fosse commune, c'est ce qu'il aurait préféré.3 – Étude de mine antipersonnel modèle PMN CEI2 : dimensions : 110x53mm / poids total : 550g / poids de la charge : 240g / utilisée en : Afghanistan, Angola, Cambodge, Ethiopie, Honduras, Koweit, Rwanda, Somalie / autres versions : Type 58 (Chine), HGE (Irak), MKK-F (Albanie) / mine AP cylindrique / plateau de pression recouvert de caoutchouc souple maintenu par un collier de serrage métallique / corps de la mine en Bakélite / deux bouchons sur la circonférence : bouchon de forme aplatie obstrue le logement du détonateur MD9, l'autre cylindrique contient le dispositif de retard d'armement maintenu en place par goupille de sécurité en position stockage / l'arrachement de la goupille de sécurité entraîne la mise en oeuvre du retard d'armement fonctionnant par cisaillement d'une lamelle de plomb / une force de 8 à 25kg exercée sur le plateau de pression entraîne l'abaissement du corps plongeur maintenue en position haute par son ressort, déplacement qui libère le percuteur projetée sous l'influence du ressort sur le détonateur qui initie la charge principale de la mine / durée d'armement variable en fonction de la température ambiante : entre 2,5 et 12 minutes à +40°C, entre 3 et 15 heures à -40°C
À l'entrée, près d'une pompe à eau, il y avait une demi-douzaine d'arrosoirs en plastique vert, observa Bonzo.
Pour arroser les marguerites et les dents-de-lion, ou les daysies et les pissenlits, manquai-je d'envoyer à Bonzo, qui ne connaissait sans doute pas l'expression bouffer des pissenlits par la racine.
Après avoir fait plusieurs tours je tombai sur la dalle de granit sous laquelle gît le corps de mon Maître. Ainsi dit Bonzo. Un ou plusieurs visiteurs m'avaient précédé dans le rituel, ajouta-t-il, car il y avait quatre pierres blanches à côté de la petite croix inscrite sur le coin supérieur gauche de la dalle et plusieurs cailloux plus petits, du gravier, sur le bas.
Au lieu de la croix, dit Bonzo, il aurait été plus juste d'inscrire sur la dalle en majuscules, NON NON NON, c'était bien la seule épitaphe que désirait mon Maître, comme il l'écrivit à un ami.
Julián Ríos, Pont de l'Alma, Tristram, trad : Albert Bensoussan et Geneviève Duchêne, P.106.
Du centre de Paris on arrivait assez vite à ce parc d'Issy-les-Moulineaux en suivant la Seine et Henri Paul dut passer maints samedis par le tunnel de l'Alma pour aller à son tennis et en revenir. Qui sait si la nuit de l'accident ou du triple assassinat il ne choisit pas le tunnel de l'Alma parce qu'il le connaissait bien ? Camille II se demandait en outre s'il avait choisi pour ses matchs du samedi cet endroit, au sud-ouest de Paris, parce qu'il fut le berceau de l'aviation : en réalité la grande passion d'Henri Paul fut de voler et il passa à dix-huit ans son permis de pilote privé. La plus grande frustration du Breton volant fut de ne pouvoir entrer dans l'aviation militaire et piloter un Mirage à cause de son acuité visuelle insuffisante. Il jouait aussi assez bien du piano, Camille, fille de pianiste professionnelle, ne pouvait l'oublier, et elle se rappela qu'il aimait Liszt et Schubert. Aucun des deux, affirma Camille, ne figurait parmi les compositeurs classiques favoris de la Princesse, qui étaient Bach, Mozart, Schumann, Tchaïkovski et Rachmaninov. Le malheureux Schumman croyait au spiritisme et, comme la Princesse, participa à ces séances où les tables tournent ou se font tourner et il tenta aussi de se suicider, comme elle, quoique seulement trois fois. Les musiciens préférés de Diana, excepté Bach, finirent de vilaine manière. Probablement le pilote pianiste interpréta-t-il quelques morceaux de ces musiciens. Il avait reçu deux prix, d'alto et de piano, au conservatoire de sa ville natale.6 – Suicide : en français suicide, en anglais suicide, en allemand Selbstmord, en espagnol Suicidio, en portugais Suicídio, en italien suicidio, en russe Самоубийство, en chinois 自杀, en japonais 自殺, en hébreu התאבד...
P. 269-270.
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1Source : Doctissimo (et les souvenirs d'enfance).
4Source : Géoportail
samedi 6 mars 2010
Par Guillaume Vissac le samedi 6 mars 2010, 16:28 - Journal
Soudain le train s'arrêta en rase campagne, juste après deux heures de l'après-midi. Par haut-parleur on nous annonça qu'un accident de personne s'était produit sur la voie, telle fut l'expression utilisée. Plus tard les employés du chemin de fer nous expliquèrent qu'un homme d'environ quatre-vingts kilos s'était jeté sous le train, qui allait à près de cent soixante kilomètres à l'heure. Il ne manquait plus que de préciser le poids de la locomotive ; mais avant d'entendre cette description d'un combat aussi inégal...
...sur un chemin à côté de la voie plusieurs voitures sont passées, l'une de pompiers et l'autre du personnel du service médical d'urgence, le SAMU, et on nous a informés peu après que la locomotive n'avait pas été endommagée. Mais qu'il fallait du temps pour débloquer les freins et surtout faire venir un nouveau conducteur pour remplacer son collègue, qui devait encore être sous le...
...un garçon aux cheveux en brosse demeurait plongé dans la lecture de son roman policier de la Série Noire. Je me rappelle que lorsqu'il leva enfin la tête de son livre, comme s'il sortait d'un rêve, et apprit, tout étonné, ce qui venait de se passer, il fit ce seul commentaire, dont je notai les paroles : Il y a des gens qui ont du mal à vivre. À quelques pas de là, la demoiselle en tailleur noir venait de dire au téléphone : C'est la dernière fois que je vais à...
...passer sous ma vitre des employés du SAMU, qui ramassaient les restes du suicidé dans de grands sacs en plastique noir, et ma voisine de place se couvrit le visage de ses mains. Le train s'ébranla lentement et soudain, comme si la machine l'avait aussi déchaînée, à moins que ce ne soit un deus ex machina théâtral, une pluie torrentielle s'abattit, rideau qui cachait à nos yeux le lieu de la tragédie.
Julián Ríos, Pont de l'Alma, Tristram, trad : Albert Bensoussan et Geneviève Duchêne, entre les pages 288 et 290.
vendredi 5 mars 2010
Par Guillaume Vissac le vendredi 5 mars 2010, 23:25 - Journal
INTÉRÉSSÉ PAR LES MACHINS ÉROTIQUES ET LA PORNOGRAPHIE. SON PREMIER ACHAT, ET LE GRAND PATRON EN RIAIT, AVAIT ÉTÉ UNE STATUETTE DE SAINT NICOLAS AVEC HALO, QUI DEVENAIT PHALLUS QUAND ON LA RETOURNAIT. ELLE SE RAPPELA ALORS QUE SON GRAND-PÈRE LUI AVAIT PARLÉ DE LA BELLE AURORE CAR, AU TEMPS OÙ ELLE ASPIRAIT À ÊTRE PEINTRE, ELLE AVAIT ÉVOQUÉ UN JOUR L'ÉVENTUALITÉ DE PARTAGER UNE PÉNICHE SUR LA SEINE AVEC D'AUTRES ARTISTES, ET IL AVAIT AFFIRMÉ QU'ELLE SERAIT MALADE DU MATIN AU SOIR COMME SI ELLE SE TROUVAIT EN PLEINE MER, IL SE SOUVENAIT TRÈS BIEN QUE LA BELLE AURORE ÉTAIT BALLOTÉ À CHAQUE FOIS QU'UNE AUTRE EMBARCATION, etc.Ils se racontent leur vie, leur vie m'indiffère, pourtant je prends notes mentales du déroulement des évènements, succession de scènes, coïncidences croisées, hasards découpés. Les voix périphériques (comme autant de bouches qu'on voudrait coudre) recouvrent. Le narrateur a beau gueuler, c'est déjà mort. Le texte est mort. Cette fraction de texte est morte. Défile comme un générique de film sur l'écran surexposé. Personne ne lit tous les noms des techniciens un par un. Personne ne prend les mots dénués de leur contexte pour le simple principe qu'il faut continuer à lire. Je lis sans lire pourtant j'ai besoin d'air, copie conforme de cette seconde où Tom Yorke trouve l'air et respire, chanson Jigsaw falling into place, album In Rainbows, minute 2'16, Tom Yorke trouve l'air et respire, puis crache des the beat goes round and round (x 2), puis crache encore come on and let it out (x 4). Le texte (qui continue de défiler) n'a plus aucun sens, se confond avec lui-même, entortillé sur la page, et sur la page elle-même se révèlent multitudes de caractères à l'endroit/l'envers qui s'enchevêtrent, métaphore plein soleil sur la page verticale, lorsque le texte verso s'imprime aussi recto sur la même transparence. C'est le même effet, le texte est le même, le même sans s'imprimer.
Julián Ríos, Pont de l'Alma, Tristram, trad : Albert Bensoussan et Geneviève Duchêne, p.48
jeudi 4 mars 2010
Par Guillaume Vissac le jeudi 4 mars 2010, 20:17 - Journal
mercredi 3 mars 2010
Par Guillaume Vissac le mercredi 3 mars 2010, 20:07 - Journal
lundi 1 mars 2010
Par Guillaume Vissac le lundi 1 mars 2010, 20:38 - Journal
Mangez-moi est un texte proposé par Marina Damestoy sur Publie.net depuis une petite semaine. Dans la lignée de La crise, lu dans le même mouvement, dans le même mouvement de tête aussi, regard de l'oeil nu sur le trottoir, réalité fragmentée d'un monde en dessous du nôtre qui est pourtant le nôtre. Comme La crise encore (mais aussi comme celle du logement & des peurs primaires ?), le format suivi est celui du fragment : forme courte, notes prises en marchant, et compilées après, plus tard. Mais les notes restent : de terrain bien sûr, embarquées, au plus près du sujet. a href="http://www.publie.net/tnc/spip.php?article309">Mangez-moi est une chronique vivante (et politique) de notre rapport au monde, rapport à l'autre, rapport à la ville. Extraits (quatre).
Quand la ville nous rend stériles. Quand un poids indicible écrase nos visages. Nous en sommes à absorber ce qui peut nous hisser hors du lieu où nous choisissons de vivre... lutter contre ce pourquoi nous travaillons, ce à quoi chacun contribue.
Je regarde sur l'étalage : un médicament pour calmer les nerfs, le stress, le surmenage, la fatigue mentale, les troubles psychiques, les tentions anxieuses, l'instabilité émotionnelle, les manifestations somatiques de notre peur d'être au monde, les troubles fonctionnels, spasmes, convulsions, cachexie,... Le nom du produit : Xanax, Prozac, Urbanil, annihilateur de ce que nous extirpe de la ville.
Médicament pour citadins, produit par la ville et pour la ville. Autrement dit, substances issues de ce qui consti-tue nos maux, crées par eux pour nous permettre de nous armer contre eux, afin de mieux en faire partie.
Être contre, c'est être tout contre, lisais-je. Je ne vois plus de choix, j'en gobe pas mal.
Marina Damestoy, Mangez-moi, Publie.net, P.35
Je laisse traîner mes pensées sur des phrases. Je laisse tomber ces mots-véhicules au hasard de papiers que des yeux survolent. Je laisse glisser ces feuilles entre des mains intruses et l'autre devient détective, témoin – voyeur qui s'ignorait.
P.101
Un squat est une maison de bris d'ardoise pour mauvais élèves. Sous la craie, poudre de dope, je suis l'agneau planqué qu'on va bientôt bouffer.
P.104
Angoisse parce qu'en moi est la merde. Mon ventre porte éventuellement la vie mais surtout la chair putréfiée des aliments. Comment s'épanouir sachant que ces denrées ingérées en mon sein me font vivre par fermentation, asphyxie, déliquescence. Je vis par la mort et détruit par mon transit. Intestins, symboles de la gadoue-ma vie.Message à V. : voilà un truc susceptible de t'intéresser !
P.131
samedi 27 février 2010
Par Guillaume Vissac le samedi 27 février 2010, 20:08 - Journal

vendredi 26 février 2010
Par Guillaume Vissac le vendredi 26 février 2010, 22:16 - Journal

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1 Comme, d'ailleurs, les migraines du lundi (tendues, assourdissantes mais brèves quand elles arrivent) n'ont rien à voir avec celles du vendredi. Celles-ci pâteuses, qui coulent doucement depuis les yeux vers la partie intérieure du visage, à commencer par les mâchoires. Le poids de la semaine pèse depuis le front jusqu'à la gorge et bat trop lent dans les tempes. Migraine du vendredi qu'on autorise et qu'on admet, justement, parce que « c'est le week-end » et que le week-end permet tout.
jeudi 25 février 2010
Par Guillaume Vissac le jeudi 25 février 2010, 20:31 - Chroniques
Une preuve d'existence de « la crise » c'est « la crise ».J'aime La crise, aussi, car c'est un pur produit web. Pensé depuis. Développé par. Propulsé sur. Diffusé entre. On sent d'avance les impulsions Twitter et statuts Facebook. On reconnaît dans la brièveté des messages la forme fixe des 140 caractères max (du moins pour la plupart d'entre eux). On sent que ces plateformes, formats, statuts, sont des rampes de lancement, et derrière programmés par Publie.net pour diffusion numérique. Ce texte n'est pas un déçu du papier, n'aurait pas vraiment eu de sens sur papier.
La vie chère nourrit « la crise » qui nourrit la vie chère.
« La crise » mène la vie chère.
Joachim Séné, La crise, Publie.net, P.10
« La crise », de ses millions de bras musclés sait manier la grue, poser des cloisons de béton armé au trente-septième étage, creuser des tunnels, extraire le pétrole et le diamant tout ça pour un salaire d'une remarquable humilité.Comme Mangez-Moi, proposé depuis le week-end dernier sur Publie, La crise est bien sûr éminemment politique. Il dit en quelques phrases cruelles car lapidaires (et inversement) non pas une réalité économique ou sociale mais une réalité du langage. La crise, après centaine de fragments écumés successifs, n'est plus qu'un son, deux syllabes, sept lettres, qui font échos aux mille et unes paroles d'information de masse qui les dégainent à la moindre dépêche. La crise c'est tout, c'est rien, c'est ce tag sur un mur qui dit : « La crise c'est chaque fin de mois » et qui sert de couverture au texte. La crise est dopée aux anaphores, la crise est mécanique, la crise est un mythe, est une aliénation.
P.15
« La crise » a mis son usine mexicaine à Casablanca, son usine de Gdansk à Skopje, celle de Grenoble à Sfax, Madrid à Dacca, Dakar au Chili, Pékin à Bangkok.La crise commence toujours ses fragments par « La crise » car « La crise » est au centre de tout, comme ils disent, comme on avale, à commencer par La crise.
« La crise » imprime son journal en Pologne sans payer d'impôt.
« La crise » fait des économies.
P.17
« La crise » fouille ta bibliothèque, trouve une échelle et des horaires SNCF de terroriste dans ton garage, t'arrête dans la rue, arrache ta boucle d'oreille, te perce un oeil, te place en garde à vue, laisse les clés sur ton scooter, publie un démenti, mène l'enquête.Il faut lire La crise puisque la Crise, l'autre, avec son C majuscule, s'impose à nous matins, demains, midis et soirs. Il faut lire La crise et en taguer des extraits sur les murs, puisque, la couverture le dit, La crise vient de la rue où elle a pris. Et pour lire La crise, la lire vraiment, extraits ouverts au feuilletoir et texte disponible pour 5.50€ on suit Publie : de là poser l'oeil sur La crise puisque La crise est un oeil.
P.21
mercredi 24 février 2010
Par Guillaume Vissac le mercredi 24 février 2010, 20:46 - Journal

lundi 22 février 2010
Par Guillaume Vissac le lundi 22 février 2010, 19:19 - Journal
Réveillé 4h30 par ce qu'on peut appeler une rupture de sommeil : d'un coup les yeux ouverts, d'un coup blanc dans la tête, d'un coup pulsé dans les épaules comme endorphines, endorphines convulsées. Je tourne ensuite et tourne encore : éventre des rêves agressifs dans lesquels je me frotte, épines et os pointus, contre la peau des autres mais ça ne passe pas. Levé 6h30. Averse. Trop chaud et dix degrés déjà. Clodo (jeune) me dit bouge-toi, me faut 10 000€. Clodo (vieux) me demande 50 centimes. RER : wagon ouvert, une odeur de cadavre et d'alcool. Regards croisés des uns contre les autres, on tente d'identifier la source : qui c'est qui pue comme ça ? J'ai mes favoris. J'ai mon tiercé quinté gagnant. Je les vois déjà classés ligne d'arrivée. J'ouvre Mangez-moi (Marina Damestoy). Je me dis l'odeur c'est fait pour aller avec le livre, c'est un livre en odorama. J'ai du mal à me concentrer. Une vieille débarque, gare de C., tartine un mouchoir de parfum plastique quelle se colle dans les narines pour sentir mieux. L'odeur plastique recouvre les sièges. Quelle odeur est la pire ? Bifurque premier étage, balcon sur puanteur, assaut de mp3 crépité, conversations insipides. Je peux plus lire. Quelle nuisance est la pire ? Douleur fixée tempe gauche que les nerfs alimentent : c'est optique : c'est viscéral. Des lapins morts défilent derrière mes yeux. Wagon arrière, voix mexicaine, commentateur de catch, El Pollo Loco s'élance, écrase des mâchoires et hurle à la victoire. Maintenant il chante. J'entends des voix ? Je lance Hallo Spaceboy version Live in Dublin pour enfoncer marteau-piqueur ma migraine sous le crâne. Ça marche : elle se fige au soleil. J'entends des voix.dimanche 21 février 2010
Par Guillaume Vissac le dimanche 21 février 2010, 20:12 - Chroniques
Je ne veux pas savoir si ces lettres sont fictives ou réelles, mens-moi si tu veux, si tu peux. Moi je peux. Au point dont tu parles : au point du langage du droit. J'écris quelque chose et ça arrive, ça devient. J'écris notre histoire, elle grandit. Mais elle ne deviendra pas comme comme je l'écris, comme je la veux, parce que tu l'écris.Les lettres sont à sens uniques, il n'y a jamais de réponses, on devine parfois les réponses, mais elles ne sont jamais là. Peut-être stockées quelque part, dans un tiroir, ou plus vraisemblablement dossier perdu dans quelque disque dur endormi. On connaît son propriétaire, mais chut, car son nom n'est jamais prononcé.
Emmanuelle Pagano, L'Absence d'oiseaux d'eau, P.O.L, P.17
Nous, c'est notre métier de raconter la vie des gens, privée ou pas. On ne doit jamais se censurer, sinon, autant arrêter tout de suite ce livre. S'il avait fallu se taire, je n'aurais jamais écrit mes romans. Tu sais les libertés que j'ai prises avec eux. Tout est vrai dans mes livres. La fiction n'est que dans l'assemblage. Elle colle ensemble les morceaux de réel hétéroclites que je trouve autour de moi. Elle leur donne une cohérence, elle les tient ensemble, c'est tout.Je cherche les raisons qui me poussent à traverser ce livre sans rien en retirer. Ce n'est pas un mauvais livre et l'autofiction (si c'en est une) ne me pose pas problème. J'ai corné beaucoup de ses pages, souligné beaucoup de ses lignes, même métaphoriquement, la langue n'est pas en cause. Mais comme un somnolent je l'ai lu et c'est un mot très dur : ce livre n'a aucun pouvoir sur moi et moi je ne retiens que son absence.
P. 57
Je suis un de tes personnages. Je suis une femme dans ta tête, un fantasme, juste un fantôme. Mais il suffit que ce fantôme te regarde, te parle, t'écrive, pour que le désir bouge, sorte de mes lettres et s'installe en toi. Je connais ce pouvoir immédiat que j'ai sur toi, ça me donne une sensation de puissance, mêlée de tristesse, dont j'ai envie d'abuser.On dit souvent Emanuelle Pagano, c'est l'écriture du corps. Les corps ne parlent pas mais battent, pulsent, craquent. Ces corps là parlent trop de leurs corps en train d'éprouver : c'est le piège de la lettre. L'érotisme est décalqué voyeurisme mais même ça ce n'est pas le problème. D'autres fois les corps s'éventrent et battent durs en plein sur le texte et là, oui, j'ai corné la page.
P.97
J'ai l'impression que quelque chose à l'intérieur de mon thorax découd mes muscles et ma peau, je ne sais pas bien comment, me défait, crève la plèvre de mes poumons, ça fait mal, je mets mes mains pour retenir mon souffle et mon coeur, pour qu'ils ne sortent pas. Ma respiration s'accélère et me submerge, je ne la maîtrise plus. J'ai l'impression de craquer sous elle, quand je pense à toi, il me semble tendre les bras, comme un joueur d'accordéon sans air, abîmé de musique et le souffle court, ouvrant son geste à s'en décrocher la poitrine. Je me replie dans tes bras de musique, mais il n'y a plus de bras, il n'y a plus de musique. L'air me manque dans le silence envahissant. Je tousse. Cette toux fait le même bruit de déchirure qu'un papier gras dont on se débarrasse. J'essaie doucement de respirer, de rester calme, mais tu as donné à mes poumons des gestes d'accordéoniste malade.En route j'ai abandonné ma chronique, et sans doute n'ai-je jamais eu l'intention de la commencer. Je n'ai pas trouvé quelles étaient les raisons qui m'ont conduit à rater ce livre. Je ne suis donc pas compétent pour en conseiller ou déconseiller la lecture. Je garde seulement les derniers mots du livre, ceux qui accompagnent tellement bien ma lecture, unique et déjà défaite : « C'est juste une carte postale, juste un décor de livre. »
P.256-257
samedi 20 février 2010
Par Guillaume Vissac le samedi 20 février 2010, 18:45 - Journal
Boulevard Louis-Salvator, 17h - sur un mur, un graffiti utopiste en lettres capitales est apparu : "Le monde est à nous"; et juste en-dessous, pour préciser, de la même main, mais en plus petit : "Sait baise la police"
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