mardi 5 février 2008
Par Guillaume,
mardi 5 février 2008 à 15:34 :: Altérations
Lors de ma tournée d'adieu en juin dernier, Virginie nous avait demandé quel était le métier qu'éthiquement on ne pourrait jamais faire. J'ai répondu prof, sans parvenir à l'expliquer correctement d'ailleurs. Instinctif.
Aujourd'hui, je m'arrête littéralement de vivre ou presque – je reste ancré devant mon écran d'ordinateur, je vérifie mes mails toutes les deux minutes, vérifie que mon portable est toujours allumé toutes les trente secondes, le fixe à portée de main, incapable de penser à autre chose, ni même à lire, complètement aliéné par la situation – dans l'attente de ce coup de fil (ou mail ou peu importe) qui ne vient pas et qui me permettrait d'avoir ce rendez-vous, cet entretien pour devenir prof. Free-lance. Vacataire. Je ne suis pas compétent pour ça. Je n'ai aucune formation pour ça. Ce sont des gamins qui préparent le bac pour la plupart. Je serai nul pour ce truc. Mais pas plus nul qu'un autre j'imagine. Et le fric que ça fait. Deux fois mieux payé que téléacteur et deux fois moins d'heures. Aussi clair et simple que ça. Et aussi : c'est ce que je veux, pas tellement pour ce que c'est, mais pour ce que ça provoque en moi, c'est à dire l'espérance de. C'est à dire un truc au bout de la ligne droite. C'est à dire une carotte pour vivre à moitié. C'est à dire que ça me fait patienter. Même si cette attente, aussi pénible soit-elle d'ailleurs, m'empêche d'écrire.
J'attends que ça sonne, qu'on me réponde, qu'on me convoque, qu'on m'engage. De suite.
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jeudi 10 janvier 2008
Par Guillaume,
jeudi 10 janvier 2008 à 20:11 :: Cahier bleu
Je parle flou dans mes blizzards. Étrange été brisé en moi. Je l'ai décrit dans les strates molles de mes vingts pages. Ces images nues, attirées vers moi, ces rêves derniers où je me croyais vivre étaient une tare. Ces baïonnettes entre mes lobes. Nous n'avons pas su les rétracter, étancher leurs soifs. Les os et la moelles entre ça et moi. Il aurait fallu éponger les restes. Mais nous avons manqué nos cibles, à terre.
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Par Guillaume,
jeudi 10 janvier 2008 à 19:59 :: Cahier bleu
Je voudrais parler avec l'homme dans la lune et les phares allumés dans ma direction.
Ébloui et usé par la foule, je coulerais droit dans les veines de mon cou.
Je fermerais les yeux.
Et avec eux la pluie tout autour.
Le vent s'arrêterait de battre contre les murs. Mes pieds ne me porteraient plus. Mes yeux fermés par dessus leurs délires. Eux aussi disparaîtraient sous peu. Et l'homme dans la lune, devenu moi, fendrait la mer. Inexistante.
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mardi 1 janvier 2008
Par Guillaume,
mardi 1 janvier 2008 à 00:56 :: Altérations
Des fois je rêve que je ne suis plus ici, que je traverse la vitre et que je m'écorche au passage, ou que je ne m'écorche pas, ça dépend, et je disparais quelque part dans la parallèle de ma vue, éternellement absent, certes, mais cette fois ci évacué moi-même.
Une seule chose que je ne voulais pas cette année : le réveillon ici et moi tout seul encore au milieu des autres. Même ça je ne peux pas l'avoir. En espérant que les trains demain rouleront : coincé ici jusqu'à nouvel ordre. Je déteste l'obligation d'être heureux tous ensemble. J'exècre les gens que je côtoie parce qu'il le faut, que je suis là . Je ne supporte pas ces trucs et tout ce que je demandais au fond, c'était pas des rires ou de la bouffe, c'était juste être avec lui et même ça je ne peux pas l'avoir. Chaque syllabe de ces phrases pesées lourdement contre ma pomme. Crevé. Las. Marre. L'année prochaine, je ne reviendrai pas. Si seulement je pouvais tenir ma promesse interne, pour une fois.
J'aurais préféré passer ma soirée aux urgences, où finalement mamé n'est plus présente, rentrée chez elle. J'aurais préféré passer ma soirée dans le train ou dans les halls de gare d'ailleurs. Juste : j'aurais préféré. Mais c'est à croire que je suis maudit des jours de l'an et des jours d'avant sur tout. Maudit : pas tellement, juste la poisse. Marre, quoi.
L'autre jour, déjà marre, je sortais marcher jusqu'à l'hôpital, à pied cette fois, et les passages obligés : le musée, le lycée, d'autres encore. Les souvenirs qui y glissent. D'une idée à l'autre sans vraiment prendre la peine de le contrôler. Simplement : l'idée de peut-être tout écrire et tout rassembler, et le texte lui-même qui errerait d'une idée à l'autre, d'un nom à l'autre, d'une tête à l'autre, et gérer l'hypertextualité avec ça ; plus pratique. Pas de titre. Pas d'envie d'ailleurs.
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vendredi 28 décembre 2007
Par Guillaume,
vendredi 28 décembre 2007 à 16:40 :: Altérations
Ma mère parlait au téléphone, peut-être que je n'étais pas censé l'entendre, c'est possible, mais je venais de raccrocher moi-même et je lisais, la porte de mon ancienne chambre entrouverte. Au téléphone avec Dominique, ma mère, je crois. Plus tôt dans la journée : la tournée des grand-mères, jour de Noël oblige. Mamie à la MAPAD, Mamé à la clinique encore. Par deux fois elles m'ont tenu la main.
Maman parlait justement de ça, comment Noémie avait pas supporté de voir Mamé « comme ça » et comment moi je l'avais pris. Très touché par ces prises de mains, elle disait, ces contacts, et les deux fois, les deux grand-mères. Beaucoup touché, elle rajoute, comme si c'était vrai, et sans doute qu'elle le croit quand elle le dit.
Ces deux instants, ces deux contacts : très différents mais au fond, les mêmes. Mamie prend ma main par instinct, peut-être parce qu'il ne lui reste plus que le contact du corps, de la peau, ces passages là . Ma main elle ne voudra pas la lâcher quand on devra s'en aller, ma main froide. Mamé dans son lit, à la clinique, méconnaissable et sa balafre sur la joue. Toute petite. Sa main je l'ai prise aussi et la chaleur bientôt entre nos deux peaux l'une sur l'autre. Moite. Mais pas touché du tout, non. Juste : combler ce silence pathologique par une prise de contact autre. Sans doute. Donner l'impression de. Faire quelque chose. Réduire un peu, juste un peu, cette impression d'inutilité chronique en moi. Mais pas touché, non. Pas ému. Vide à l'intérieur. Le faire parce qu'il fallait le faire et parce que sans doute, ça fait plaisir aux autres, ça donne une bonne (une meilleure) image de moi. Mais pas touché, non. Vide à l'intérieur.
Et l'impression, non, la certitude, d'avoir plus ressenti, à l'intérieur justement, lors de la mort de Mark Greene, lors de la mort de Nate Fisher, lors de l'annonce de la maladie de Swann, que dans ces deux instants figés. La fiction plus concentrée que le reste moins vrai.
L'impression que ma mère voudrait combler en moi ces blancs qu'elle distingue mal, régurgiter ces fragments de fragilité, de sensibilité, qu'elle sait absent des autres. Alors qu'en réalité : glacial et inutile. Vide. Le temps qui passe, pas plus lentement qu'ailleurs. D'autres images, d'autres idées en tête.
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