Un enterrement, un autre. On se rappelle les pourcentages et l'espérance de vie plutôt très bonne à en croire les toubibs. Mais les probabilités ne sont que des probabilités, pas vrai ? Je crois que les pourcentages le mâchent, je crois qu'ils sont tous là, dans son cercueil, en train de le digérer. Je ne me souviens même plus de la dernière fois où nous nous sommes revus, des derniers mots entre nous échangés, derniers regards, derniers silences aussi. Si je reviens vers lui après les pourcentages c'est que le temps m'y porte. Quelqu'un prononce la phrase « On a peur, on s'imagine avoir peur ».
#199
Par Guillaume Vissac
Je connais cette lampe. Elle est plantée droit dans mes yeux depuis des heures, des jours, des mois et puis les mots qui sont derrière, qui me mitraillent sont tous les mêmes : « essayez de vous souvenir ». Le mec qui parle a dans ses mains un beau FAMAS tout neuf qui n'a, je crois, jamais tiré la moindre balle. Mes mots à moi aussi je les mitraille. Sa tête je l'ai pas vue, sa face pas mieux et son visage idem. Tout ce que j'ai vu c'est son coupe-ongles, il était bleu, est-ce que ça, c'est utile ? Ce que le mec exige : une info pertinente. Je lui dit qu'il était grand, sans doute, avec lui aucune bombe ni même aucun colis suspect : simplement un coupe-ongles. Autre chose, et bien oui, il portait aussi un boxer multicolore qui dépassait derrière son cul sous son baggy bien noir car, oui, quand il s'est levé j'ai regardé.
#198
Par Guillaume Vissac
Sera-t-elle brute ou fine ou sèche ou même réelle ou fantasmée ? Va-t-elle s'organiser sur un plateau télé, devant des yeux éparpillés, ou bien mimer une scène quelconque d'un film ou d'une série quelconque où des bouts de corps sont mitraillés droits dans les murs, où des cadavres prochainement morts se font planter en pleine extase sur le décor d'en face ? Le goût, la vue, l'odeur du sang seront-ils bien réels ou camouflés sous des odeurs ou bien des goûts imitation plastique ? D'abord l'annonce. La voix du mec dans la cabine, celui qui voit que tout explose. Son ordre : dégager et le plus vite possible il y a une bombe, une bombe à l'intérieur ! À l'intérieur de quoi, elle n'explique pas, oui mais voilà la foule s'emporte. Les mecs se marchent dessus, les ombres piétinent les ombres, les semelles accrochent les gorges pour avancer plus vite. J'attends que finalement l'explosion bien réelle anesthésie le tympan. J'incline le siège en position couchée pour un meilleur confort.
2011 janv. 20
#197
Par Guillaume Vissac
Étouffer, suffoquer, se noyer : c'est pire. Dans un verre d'eau littéralement. Les larmes remplissent les larmes. Tout ce qui non chialé tout d'un coup se déverse, dans la gorge et poumons. Je regarde ailleurs. Trop de larmes, et bien, tue.
2011 janv. 13
#196
Par Guillaume Vissac
Je sors mon portable (appelé aussi « téléphone cellulaire »). Mon numéro le 486 555 0100. Apparaît alors dans mes mains, dans mon dos, un arsenal de flingues, de guns, grenades (appelé aussi « set d'armes améliorées ») qui pèsent que dalle. Va pour le sniper, j'ouvre la fenêtre et zoome. Destination des balles, le coin de la rue. Deux suffisent pour éclater la gueule des ceux qui s'époumonent. Il est 8h30, ils ont improvisé petit concert de cornemuses sur le parking, touchante attention. Les flics sont avertis. Mon indice de recherche fait clignoter l'étoile, une c'est acceptable. Dégainer le même portable. Je pourrais appeler le 267 555 0100 pour corrompre un fonctionnaire de police respectable et me mettre à l'abris des poursuites mais préfère 227 555 0175 pour faire apparaître au coin de la rue une Porsche Comet non licenciée. Peut-être plus long de semer les flics que de les faire tout simplement disparaître, mais aussi plus vivant, plus fun et plus approprié à la situation.
2010 déc. 23
#195
Par Guillaume Vissac
Elle va vraiment finir, cette conne (cette conne !) par m'énerver. Elle va vraiment finir (finir !) par m'en trouver du boulot.
2010 déc. 20
#194
Par Guillaume Vissac
Disons simplement qu'à côté de lui la respiration par la bouche s'impose. Et ce n'est pas sa puanteur qui me retourne, me force à me retourner contre la vitre à gauche, mais bien sa bile pendante, depuis le menton jusqu'à la paume de ses genoux, et ce bouquin entre les mains, faudrait pas, faudrait vraiment pas qu'il en reçoive des gerbes, tout simplement car il ne m'appartient pas.
2010 déc. 19
#193
Par Guillaume Vissac
Des jours, des mois, des semaines qu'on ne m'appelle plus. J'ai vérifié : mon téléphone fonctionne, la ligne est valide et le numéro inchangé. Mais que dalle dans l'Iphone : ni voix ni maître. Mais c'est une erreur, vraiment : il m'arrive d'être appelé. Souvent, même. Mais derrière ces appels aucune figure humaine. On m'appelle depuis des poches éparpillées, oubliées, depuis des vestes, des sacs, des coutures décousues. On ne me confie plus aucun mot mais uniquement des murmures, des éclats de rires dispersés, au loin, derrière le tchac-tchac-tchac du métro ou le vrombissement des autoroutes. Un seul mot résiste, entre leurs voix muettes et la mienne, insatisfaite, et ce mot sonne « allo ». Et d'autres « allo » encore. Pas de réponse.
2010 déc. 13
#192
Par Guillaume Vissac
Au bout des quais à l'attendre. Est-il seulement majeur ? Pas sûr. Mais il attend. Au bout des quais il attend. Et lorsque le corps attendu débarque (soutane, faux col, sourire oecuménique), il sourit. Il prononce des mots invisibles. Lui serre la main longuement. Je ne vois pas où est le problème : c'est de la paranoïa, vraiment. De l'anticléricalisme primaire, si ça existe. De l'intolérance religieuse, si c'est possible. Il l'attend au bout des quais, et bien quoi ? Il lui serre la main, et alors ? Il va sans doute finir par la lâcher, cette main. … non ?
#191
Par Guillaume Vissac
Au fond quelle importance ? Qu'il aille où il souhaite, traverse qui il veut, c'est son problème. Et qu'il détale, fuite au bout du monde pour n'en jamais revenir, au fond, ce ne serait qu'obéissance à l'une de mes sorties verbales balancée sans trop penser et qui l'encourageait à « aller se faire foutre », ni plus ni moins.
2010 déc. 10
#190
Par Guillaume Vissac
Elle me fait des avances, là, juste là, sous la table. Elle invite, et moi bien sûr j'obéis. Elle voudrait rejouer, il paraît, La maladie de la mort. Je lui dis moi les femmes j'ignore vraiment comment ça marche. Elle me dit justement. Elle demande l'addition. Y a-t-il un sens caché ?
2010 déc. 8
#189
Par Guillaume Vissac
À force de coups de hachoir, à force d'amputer arbitrairement la page, de ne laisser sur l'écran que quelques moignons de texte, Coup de tête prépare pour lui-même une version réduite du roman. Au bout du bout des corrections ambulantes, ne restera qu'un seul chapitre, un paragraphe, une phrase, un tweet. Ça pourrait donner, je pense, ceci : « Ma main, main droite, elle tombe. Merde alors. » #toutçapourça
2010 nov. 30
#188
Par Guillaume Vissac
La tumeur que j'ai toujours vue flotter dans ma tête et s'accrocher aux parois poreuses de mon crâne en réalité n'y est pas, mais dans le ventre du minuscule, prostré par terre à même le plastique, tremblant de fièvre. Et si le docteur des lapins lui-même nous dit qu'on ne peut rien faire, c'est qu'on ne peut rien faire, n'est-ce pas ? Certainement pas de la chirurgie amateur avec nos petits scalpels et petits gants en latex.
2010 nov. 26
#187
Par Guillaume Vissac
De déteindre en silence dans le gris d'arrière fond. De me dissoudre à l'air libre, de laisser fondre ma peau comme un Dafalgan qu'on avale. De perdre mes membres les uns après les autres. De me laisser colorier par une main invisible et une couleur idem. D'avaler mes dents, de vomir mes os. De voir mon sang boucher mes veines. De voir le liquide se gélifier, le solide se liquéfier, le gazeux s'éparpiller. Qu'on me dise mais monsieur c'est trop tard. Que la greffe ne prenne pas. Qu'il n'y ait plus assez de place dans mon corps pour en faire un moignon, que les prothèses soient folles, les savants fous peureux et qu'aucune plaque d'étain puisse m'habiller afin que je puisse l'habiter. Que Nick Chopper ne soit pas moi, que je ne sois pas Nick Chopper. Que je sois pire que la Charpie, que je sois pire que tout. Que mon esprit, mon âme, mon cul ou ce qu'il en reste soit vite happé par les hélices bruyantes d'un hélico malsain. Que mes mots s'éternisent et s'éteignent en même temps que ma langue. Que derrière l'amputation du moi il n'y ait aucune main tendue pour me retenir au sol. La question était : de quoi avez-vous peur ?
2010 nov. 21
#186
Par Guillaume Vissac
Qui de mieux placé pour m'autopsier qu'un autre double de moi ? Je lui confie la tâche posthume de cette enquête. Il ouvrira au cutter ma cage thoracique et disséquera les poumons atrophiés : il y trouvera des poils, de poils bien fins de lapin blanc qu'Alice elle-même n'aurait pas osé suivre. Que moi j'ai suivi. Il en trouvera aussi dans ma gorge et mes yeux, sur ma langue, dans ma tête. Son verdict sera imprimé noir sur blanc dans ma notice nécrologique ou sur une pierre tombale, au dessus de la flamme de l'auteur inconnu : la mécanique du corps s'est trouvée encrassée par un excès de réalité. Une réalité blanche, fine, un sable très organique qui lentement, très lentement, asphyxie.
#185
Par Guillaume Vissac
Si j'étais un insecte ou une larve d'insecte ou l'ombre d'une larve dans l'ombre, pourrais-je seulement tenir le corps par les couilles pour lui ordonner l'arrêt total et immédiat de tout fonctionnement conscient ? Pourrais-je réellement ?
2010 nov. 20
#184
Par Guillaume Vissac
Quel est le pire truc qui pourrait m'arriver ? Que je me plante, que je sois planté, qu'on se fiche éperdument de ce que je fais ou bien qu'un autre aigu salaud tapi dans l'ombre se réveille pour me placarder droit dans sa page, ma tête couverte de merde et mon visage photoshopé pour y faire pendre une bite pleine de pixels mal détourés ? C'est une bonne question.
2010 nov. 9
#183
Par Guillaume Vissac
C'est pas moi c'est le miroir : il me dit sans un mot ce que je vois dans lui : je me suis trompé de t-shirt. Le mien fictif normalement devrait dire Please follow me you hot pieces of ass et attirer tous les corps huilés quatre étoiles environnant. Le mien réel dit en fait Please follow me during a zombie attack. J'ai des capotes et du poppers mais ça me sert à rien, pas vrai ? La foule déjà me piétine : j'ai pas le vocabulaire qu'il faut pour les rassurer.
#182
Par Guillaume Vissac
Est-ce que c'est vraiment possible de se faire bouffer par ses orbites ? Une momification interne, progressive, sournoise, ça se tiendrait scientifiquement ? La folie : un symptôme possible de cet état ? La folie, ça voudrait dire vieillesse ? Est-ce que le diagnostique est sûr ? Fiable ? Plausible ? Comment peut-on savoir ? Et elle ? Est-ce qu'elle le sait ? Peut-on vraiment faire prendre des antidépresseurs à quelqu'un à son insu ? Vous pouvez répondre au moins à une de ces questions ?
2010 nov. 6
#180
Par Guillaume Vissac
Ma peur primaire la pire n'est pas une peur, n'est pas la pire, c'est une vision plutôt, et le qualificatif le plus approprié serait vraisemblable. Dans ma peur primaire la pire qui ne l'est pas, l'homme (il y a toujours un homme), de dos (il est toujours de dos), arrache un livre d'une vieille bibliothèque gavée. Il feuillette des pages blanches, repose le livre sur une table vide et quitte le champ, le cadre, l'image. Alors la vue s'élève, en plongée sur le livre, qui s'appellerait simplement Autobiographie(s), et au-dessus du titre mon nom. Au dos, quatrième de couverture, une seule phrase le résume, sous forme de définition : Autobiographie(s) : n.f., récit d'un mec qui n'avait rien à dire.
2010 oct. 31
#179
Par Guillaume Vissac
J'écris des crottes de carte-postale, des paysages couché de soleil par dessus la mer bleue, des slogans pour anniversaire, de belles notules chargées de grave mélancolie. Il y a un mot pour saisir ces instants là et ce mot ce serait cul-cul. L'être, le fuir, le devenir, serait, en soit, une peur primaire de plus, une peur primaire qui craint.
2010 oct. 30
#178
Par Guillaume Vissac
Le vide est un roc qui te tire par les pieds. Il te tire par les pieds, évidemment quand je regardais pas, et il te pousse vers le sol, c'est à dire vers la mer, c'est à dire d'autres rocs encore. Tu sais très bien que je pourrais pas grimper jusqu'au bord du vide pour te voir disparaître cinquante mètres plus bas. Et si je garde le dos tourné, le dos collé au roc trop chaud, trop rassurant, peut-être le vide te lâchera les chevilles et te rendra à l'air libre ?
#177
Par Guillaume Vissac
Je craque, croque, craque, ai craqué. Les flics m'ont tout fait : good cop / bad cop, lampe dans les yeux, passage à tabac, garde à vue à la française, bluff, crampes, taser, torture psychologique, chantage, deal, torgnolles. Je craque, croque, craque, ai craqué. Je l'ai balancé, lui plutôt que moi. C'est pas moi j'ai dit, pas moi, j'ai fini par dire. C'est lui. Je l'ai vu sortir de nulle part, frapper comme un sourd sur le disque en marche, plusieurs fois, plusieurs coups, plusieurs pêches dans ta tête de lecture. Il était hors de lui, out of control, j'ai rien pu faire pour l'empêcher. Alors je craque, croque, craque, ai craqué. Je balance. Et le fardeau de l'interrogatoire – celui des mots – passera sur lui, pèsera sur lui plutôt que sur moi, je m'en excuse, j'ai honte mais pas pu, pas pu, pas pu faire autrement que dire.
2010 oct. 24
#176
Par Guillaume Vissac
Le standard m'a pas appelé mais convoqué plutôt. D'ailleurs les Genius ne sont pas seuls : accompagnés de deux flics de chaque côté pour boucher les sorties : des matraques dans les paumes qui résonnent : des flingues en cuir collés aux hanches prêts à servir : des menottes des menottes des menottes qui vibrent encore sous l'air du déjà-vu qui pointe : on les claque ensemble avant de les tendre sur mes poignets sur mes moignons sur mes os crus qui tombent : clic : clac : on m'annonce que je suis en garde à vue : on me dit l'heure qu'il est. Je demande naïvement pour quels motifs et je sais d'avance les mots qui s'approchent : coups et blessures sur disque dur en marche. Apple n'est pas dupe. Ils ont vu les marques gravées dans le disque, ils ont reconstitué le geste initial : le point sur le disque en marche : les tranchées découpées sur le disque par la tête de lecture à chaque impact. Ils savent. Emportent mon corps démembré hors de l'Apple Store, hors du Carrousel, hors des souterrains. Direction le panier à salade, l'interrogatoire lampe dans les yeux qui crève l'œil, la comparution immédiate.
#175
Par Guillaume Vissac
Tous les corps croisés sont mon père, et ce n'est pas un rêve. Des wagons entiers, des avions, des foules, des queues, des pipelines. Tous autant qu'ils sont. Tous fragments d'une seule météorite originelle éparpillée. Et si je me faufile suffisamment discrètement dans leurs dos uniques, pourrais-je au moins leur échapper ?
2010 oct. 21
#174
Par Guillaume Vissac
Je crache, tu craches, il crash. Le MacBook c'est le il. Ralenti dans toutes ses applications : un clic droit prend des heures, une fenêtre Safari des années de rotation disque et stimulation de la mémoire vive. Il ne s'allumera plus jamais. Les mois de travail piégés à l'intérieur ? Claquement de doigt : éparpillés. Faudra bientôt partir à leur recherche aux quatre coins du monde. Une fois retrouvés les sept fragments du disque, les réunir pour faire apparaître le dragon chinois Chronodisk qui daignera éventuellement m'accorder le voeu de la récupération de données. Ça vous fera 1000€, il dira et je dirai oh boy / ah bravo.
2010 oct. 19
#173
Par Guillaume Vissac
Evidemment que tout va bien. Bien sûr que c'est pas de ta faute. Faut pas chercher : je nage dans le bonheur, je savoure mieux les yeux fermés, les mâchoires sèches, la nuque brûlante. Pourquoi j'aurais envie de m'arracher la gorge et de chialer des glaires ? Je te laisse inventer toi-même la réponse ou la cause parce que moi j'en ai pas.
2010 oct. 15
#172
Par Guillaume Vissac
Un bris de verre dans la pupille, un morceau de glace sous l'oeil. Ça coupe quand on regarde en l'air et quand on frotte ça brûle dans la largeur. Le cristal est invisible à l'oeil nu : même dans le reflet du reflet du miroir. Suffit de regarder ailleurs, disent les ombres en blouse blanche. Je regarde ailleurs. Le verre, l'éclat, découpe des arcs dans mon champ de vision. Le soleil au zénith est tatoué méridiens de sang.
2010 oct. 10
#171
Par Guillaume Vissac
Il suffit d'un seul mec pour détruire deux ans de travail. Il te regarde avec ses yeux qui lui sortent de la gueule, il lève la tête pour te fixer dans le front et il te dit : je suis aussi là pour les mauvaises nouvelles et aussi : je préfèrerais, moi, distribuer des primes. Mais au lieu de ça, je liquiderai toute votre activité. Et aussi : tu es viré. Et aussi : faute grave. Et enfin : prends tes affaires et dégage. Et je dégagerais bien volontiers si j'avais réellement quelque part où aller.
#170
Par Guillaume Vissac
Toutes ces seringues qui s'enfoncent droit dans mon corps : c'est pas un viol si c'est consentant. Dans ma tête on force semoule trop cuite qui déborde juste. Dans mes os de la sciure. Dans mes veines, je crois, du sable. Dans mes pompes de la boue qui s'accroche. Le bitume a été remplacé par du ciment, le ciment par de la terre, la terre par des sables mouvants. Paraît que faut pas bouger quand on s'enfonce, sinon on crève. Alors je fais ce que je sais faire de mieux, c'est à dire rien.
2010 oct. 9
#169
Par Guillaume Vissac
Droit dans le mur, droit vers la cessation de paiement, la banqueroute même. Tous viré un à un comme des connards, pour faute grave, gravissime même, sans indemnités de départ. Une ressource humaine est un corps est une marchandise comme les autres. Ou pire : pire : ils ne nous vireront pas et il faudra continuer à travailler avec eux ad vitam. Salops de bourreaux.
#168
Par Guillaume Vissac
Une panne de tuner TNT n'est pas, en soit, un motif d'horreur ou d'angoisse suffisamment fort ou précis pour motiver sa qualification respectueuse de peur primaire, j'en ai conscience. Mais une panne de toutes les chaînes télé sauf M6 ? Je vous pose la question.
2010 oct. 1
#167
Par Guillaume Vissac
C'est pas la télé qui déconne, c'est pas les piles qui rament, c'est pas la pelouse qui pèle, c'est juste le son qui crache. Les vuvuzelas sortent du mur. Les vuvuzelas me bourdonnent la tête jusqu'à minuit. Les vuvuzelas caressent mes rêves. Les vuvuzelas remplacent la sonnerie mécanique du réveil. Les vuvuzelas tartinent mon café, celui que je bois pas. Les vuvuzelas poussent fort les portes pour retenir à quai le premier métro. Les vuvuzelas après leur show nous demandent à tous si on a pas quelque chose à leur filer, c'est pour manger m'sieurs dames. Les vuvuzelas signalent au boss que je suis en retard. Les vuvuzelas remplacent sonneries de tous les téléphones. Les vuvuzelas créent dans le combiné quelques interférences. Les vuvuzelas censurent les insultes à l'autre bout. Les vuvuzelas signalent aussi quand je surfe ailleurs pendant le boulot. Les vuvuzelas m'aident à manger light le midi. Les vuvuzelas échangent avec le PDG des blagues de cul dans le combiné. Les vuvuzelas caressent l'espoir d'une augmentation (mais ils rêvent les salauds !). Les vuvuzelas complètent les tableurs sur l'écran. Les vuvuzelas m'aident à booker un container prêt en départ pour l'Afrique : les vuvuzelas m'épellent aussi leur cargaison bien colorée : des vuvuzelas, disent-ils. Les vuvuzelas font des heures sup'. Les vuvuzelas reprennent le train. Les vuvuzelas voyagent hors zone, prennent une amende. Les vuvuzelas sifflotent quand la nuit tombe. Les vuvuzelas trafiquent la sonnerie, même l'interphone, pour que chaque son sonne bien comme eux, comme des vuvuzelas. Les vuvuzelas s'installent droit dans le canap' pour la finale de la Nouvelle Star : hors de question d'encore subir du foot ce soir. Les vuvuzelas mangent des chips et boivent des bières. Les vuvuzelas votent pour Luce. Les vuvuzelas se grattent les couilles. Les vuvuzelas ne font pas la vaisselle. Les vuvuzelas se tapent des queues avant d'aller dormir. Les vuvuzelas laissent sur la table basse une ligne de coke non consommée. Les vuvuzelas se couchent bien tard. Les vuvuzelas pètent au lit. Les vuvuzelas reprendront demain ce qu'aujourd'hui a déjà esquissé.
2010 sept. 25
#166
Par Guillaume Vissac
Finalement fait : un suicide, on dirait. Mais je lui ai pas fourni le flingue et le chargeur non plus. C'est pas comme si j'avais acheté moi-même en ligne le flacon d'Arsenic. Et j'ai jamais aiguisé la lame du truc. C'est pas comme si j'avais laissé exprès la fenêtre ouverte. Et j'ai pas rempli la baignoire avant. C'est pas comme si j'avais branché le mixeur. Et j'ai pas trié les barbyturiques par couleurs. C'est pas comme si j'avais moi-même noué la corde. Et je l'ai pas souhaité non plus. C'est pas comme si je l'avais tartiné dans ma tête et puis de ma tête vers l'écran trois mois plus tard. Et c'est pas arrivé en fait. C'est pas comme si c'était crédible. C'est pas, j'espère, c'est vraiment pas.
2010 sept. 20
#165
Par Guillaume Vissac
Diktat de la censure : corps voisins / frôlés / cognés / au loin sont sans visage : sans regard : barre noire bloque l'oeil si bien dans la largeur : même son écho s'échappe : on le voit nulle part : tous mutés muets : devenus témoins anonymés par l'écran vache : barre noire bien noire plantée dans la tête droite : aucun regard : pas d'oeil nulle part : que des carcasses : et au suivant.
#164
Par Guillaume Vissac
Les portes du métro, d'accord, elles s'ouvrent, mais personne sort. La toile trop bien tendue sature l'espace à l'intérieur des rames. Les fils c'est pas des fils, juste des câbles bien blancs d'Ipod trop secs et trop nombreux. Brochette de corps pris à l'intérieur, nous sommes ses prisonniers. Les portes s'ouvrent, d'accord, mais elles se ferment, et personne sort. On végète juste en attente de lente dégustation. On se demande quelle tête, au fait, aura l'araignée-pomme quand elle osera se pointer. Apple nous guette. On patiente moite dans les cocons qu'il nous a fait, tout chaud, tout doux, tout prêt pour lui.
2010 sept. 18
#163
Par Guillaume Vissac
Voilà, on a « coulé la boite ». RIP PDG 2007 – 2010 . On gardera peut-être une photo dans un cadre, un cadre au placard, un placard fermé. Quelques indemnités. D'autres chats à fouetter. Dans quelques années à peine, des réunions d'anciens se remémorant la boite quand elle était encore et se dire, ensemble c'est à dire peu, que vraiment, ça aurait pu cartonner, il manquait pas grand chose.
#162
Par Guillaume Vissac
Dans un couloir, six rockers assommaient un autre rocker et le dépouillèrent de ses bottes. (Manchette, La position du tireur couché). Une peur primaire surprenante, curieuse tout du moins, puisque des bottes, je n'en porte jamais.
#161
Par Guillaume Vissac
Ils sont morts et déjà c'est une douleur dans la cage thoracique qui prend forme et propage entre les os ses rayons. L'autre douleur est textuelle. La phrase « Ils sont morts », il faut l'écrire et demain elle sera lue. À chaque lecture les rayons fouetteront encore un peu plus la peau, dedans, dehors et même entre. Et ne pas l'écrire ce serait pire. Alors quoi ? Peut-être l'écrire en codes ? En braille ? En hiéroglyphe ?
2010 sept. 13
#160
Par Guillaume Vissac
Note Cahier jaune du 04/10/08 : Mon pire cauchemar : n'avoir jamais les couilles de vivre la vie des autres. Peur primaire (tenace), mais avant l'heure.
#159
Par Guillaume Vissac
They say we're young and we don't know / We won't find out until we grow... Sonny and Cher travestis Bowie / Marianne Faithfull résonnent encore. Le jour sans fin choisit son camp et trouve la foire. Les corps jetés en pâture aux corps. Les heures interminables. L'écartèlement lente du squelette en verre. L'emplacement choisi est maniaque et cruel : entre les vendeurs d'aspirateurs et les chiottes japonais. Demain viendra le jour où la journée d'hier, anciennement aujourd'hui, devra revivre encore et aucune tentative de suicide comique ne m'en délivrera.
2010 sept. 8
#158
Par Guillaume Vissac
Une main ouverte chaparde l'iPhone. Se dégager désespérément du siège pour rattraper le corps, rattraper l'objet. Je coure après pour sa mémoire, pas pour sa valeur. Je veux mes photos enfouies dans la carte sous la batterie. Je veux mes prises de notes quotidiennes depuis des mois. Je veux ma tête, mon oeil, mes viscères. Un couteau dans le bide je poursuis l'agresseur, le poignarde à son tour. Il tombe rouge dans les marches d'escalier, sa tête entre les portes empêchent la fermeture. Tant pis si c'est encore un gosse, tant pis s'il porte couche et tétine, tant pis s'il ne sait pas marcher : poussez-le hors du train, je gueule aux autres, et rendez-moi ma tête.
2010 sept. 6
#157
Par Guillaume Vissac
Plus haut ils percent : marteaux piqueur sur du placo. Alors on perce, on creuse, on tombe. Alors on meurt. Comme ça, regard jeté vers le ciel, le suppliant d'enfin taper sur nos crânes trop froids. Le squelette explose, l'image exagère : les os sont en cristal, les miettes pleuvent sur le sol. On se fondrait sous le plâtre comme un tapis de cendre qui attendrait d'être soufflé.
2010 sept. 5
#156
Par Guillaume Vissac
Le wagon bute, lumières coupées : panne de courant six pieds sous terre. Les clostros hurlent, les corps se tordent, répètent : mad world, mad world... Je cherche partout, nulle part, la languette Flamby qui doit coincer quelque part : « pour démouler c'est plus rigolo ». Suffit de tirer sur elle pour que s'inversent enfin les lois banales du bas et du haut.
2010 sept. 4
#155
Par Guillaume Vissac
gvissac dorénavant ne parle qu'à coup d'#hashtags et d'@robase, au son des gazouillis numériques & ne lâchera plus un seul mot à voix haute
2010 sept. 1
#154
Par Guillaume Vissac
J'arpente les couloirs de métro jusqu'à ce qu'un corps en sens inverse me remarque et m'aborde et me touche, me parle. J'arpente encore, j'arpente longtemps. Les murs recouvrent aussi mes yeux ternis par l'absence. Fondu transparent je m'enfonce dans l'asphalte, le souterrain du dessous. Je traverse des boulevards de clodos, des Colisées de clébards, des galaxies d'aveugles. Je découvre des stations inconnues au coeur d'Infiniment-petit : la cité secrète qui sévit sous la terre. On déverse des rames entières de vêtements sans porteurs contre-sens face à moi. On me demande l'aumône. On me réclame la faim. On me dévore déjà trop rêche comme dans une sachet de chips ouvert la veille. On me bouscule. On m'arrache mes membres un à un. On les revend déballés sur le sol au croisement des lignes porteuses de flux. On m'emporte à la sauvette. On me composte dans les tourniquets. On me contrôle passé les miradors. On me surveille au moindre pas. Mais qui pour m'aborder, toucher, parler ? J'en suis réduit à clore les routes. À frapper fort les corps inattentifs. À suivre dans les allées ceux qui m'ignorent. À courir jusqu'aux escalators. À bousculer ceux qui, salauds, s'interposent. À imposer main sur l'épaule, genou dans la cuisse, doigts sous la gorge et griffes en chair. Après l'acte je repartirai avec sous mes ongles un peu de leur peau, dans la bouche gouttes de sang, dans les os traces des leurs, sous mon torse un coeur nouveau, bouillant, et jeune encore. Le sans-visage laissé victime derrière mon dos se débrouillera à son tour, s'il est fort, pour en trouver un autre et remplacer le sien.
2010 août 20
#153
Par Guillaume Vissac
La foule est là, devant, sans bras, sans mot. Tous en bonnet de bain, orteils, lunettes, moulebites. Les pieds tremblants sur le plongeoir. Pas si haut pourtant. Allez tant pis, et saut de l'ange renversé pour pas qu'on voit : qu'on voit qu'au fond c'est bien sur eux qu'on va plonger.
2010 août 19
#152
Par Guillaume Vissac
Le bus ondule comme de la gelée framboise au fond du frigo : des corps collés à l'intérieur. On a la barre métallique d'untel qui taillade un peu les jambes, traverse un peu la peau. Vieux type tout rouge, panique, se colle à moi. Fréquence cardiaque en hausse, tachycardie sous carotide. Le vieux type tombe et vrai verdict collé sur lui s'appelle coma. Sauf qu'il tombe sans chute. La pression des corps est telle qu'il tombe debout et ne bouge pas. Debout encore il perd la tête, les yeux, le sang, debout encore il meurt si loin (pourtant tout contre) et son poids coule.
2010 août 10
#151
Par Guillaume Vissac
Le dernier remède est aussi le plus radical. Le médecin bouche tordue me présente la lame et désolé réclame ma nuque. Pas de tête, dit-il, pas de migraine.
2010 août 9
#150
Par Guillaume Vissac
Le contentieux remonte sans doute à l'hors-champ de la rue précédente. Le scooter hurle sous son casque puis remonte la file pour se porter à hauteur de la Mercedes. Main tendue sous le gant, doigts ouverts sous le cuir : coup de pied droit sur la portière. La Mercedes s'écarte puis volant gauche et ressert. Le Scooter chute, Continental arrière gauche et (clac) fait rouler le casque au centre de l'avenue. Lundi matin.
2010 août 8
#149
Par Guillaume Vissac
Un autre jeu de chaises musicales. Au signal sonore qui fixe la fermeture automatique des portes plus rien n'existe : personne ne bouge : filet d'air frais figé et gueules béantes renversées par les regards accusateurs : qui a perdu ? Peut-être celui qui geint encore au milieu du wagon, les bras ballants, capuche flottante autour des yeux. Sa mère depuis les limbes lui demande d'arrêter de renifler. S'il continue encore reniflera tout le wagon et nous autres corps au hasard décomposés dans un filet de morve entre ses narines. Les officiers bleu marine le trainent de force hors du wagon : les règles sont les règles : il a perdu, il a perdu.
#148
Par Guillaume Vissac
C'est officiel, le fer à lisser a remplacé le gel sur le marché très pointu des coiffures hypes adolescentes. Le gel Vivel machin, les crêtes sont directement rangés au rayon des bouclettes et bananes, tout contre vieux tube de brillantine, au fond du musée des horreurs capillaires et du temps qui passe, section « has been », rayon « ringardos à souhait ».
#147
Par Guillaume Vissac
Entre la journée internationale de la femme et la journée nationale de l'audition existe la moins connue mais tout aussi subtile journée universelle de la mauvaise humeur. Elle est célébrée le lundi seulement, lendemain de vacances scolaires. On l'assaisonne souvent de promiscuité dans le métro, de coude dans les mâchoires, de semelles sur le jean et de « vous m'avez poussé madame », de « t'as un problème » et autres gémissements perpétuels. C'est l'Armée des douze singes appliquée lundi matin tous les jours de la semaine et dans tous les sens. Mais (officiellement) une seule fois dans l'année.
2010 août 4
#146
Par Guillaume Vissac
Insomnie s'épèle tachycardie profonde s'épèle mes yeux vont péter sous les orbites putain (ou quelque chose comme ça). Les veines deviennent nœud coulant quelque part qui bloque l'afflux sanguin vers ailleurs, alors le sang pulse où il peut, cisaille l'hémorragie interne. Je vais me vider dans l'absence, mais à l'intérieur. Au moins que la mort soit propre, immaculée : dedans je serai noir mais dehors un semblant de sommeil. C'est déjà ça.
2010 août 3
#145
Par Guillaume Vissac
Cette fois c'est moi qui pars, craque, fume. Moi qui porte fermée derrière, moi qui bagages faits dans l'urgence, moi qui fuites chroniques désincarnées. Je regarde pas derrière : y a déjà plus rien. Plus rien à sauver, plus rien à croire. Mais tout ça dans ton dos. Car je sais que si je vois ton visage et regard devant moi mes idées ne seront plus que fictions. Peurs primaires-cauchemars venues de moi. Désamorcées devant tes yeux.
#144
Par Guillaume Vissac
Fini les ongles, je me bouffe les doigts, la peau, la chair, le sang. Phalange après l'autre entre mes dents, je serre, croque, arrache. Je mâche et mâche encore, crache les articulations, m'étouffent sous les os minuscules, racle la peau avec les incisives, les molaires broient les métacarpes, mes mains sont des moignons, mes moignons des manchons de poulet qu'on fait revenir à la poile. J'ai l'odeur de l'huile encore dans la tête et les dents mais ne suis pas rassasié.
#143
Par Guillaume Vissac
Depuis matin les lapins morts défilent. Sur les routes, dans les trains, crachés par les eaux usés, flottés à la surface des verres, stagnants sous les paupières, dépecés entre mouvements de tête hachés, les j'y pense pas, j'y pense pas, j'y pense pas. Leurs cadavres se détournent et me rassurent par leur absence, une fois leur absence aveuglante réinventée.
#142
Par Guillaume Vissac
Homme sandwich aux couleurs d'SFR pénètre chez moi par effraction. Il défonce la porte à coup de mousse. Il déboule dans mon salon, bouscule les choses et les corps qui s'y trouvent. Sa voix est un mégaphone greffée aux lèvres, sa bouche est grise métallisée. Son costume est rectangle, est noir, est monolithe. Sur son corps écran tactile. Mains géantes autour de la bouche il hurle : JEAN PIERRE TREIBER S'EST SUICIDE SAMEDI DANS SA CELLULE. Cliquez sur le lien (px connex Internet mobile) http://be3a.it/acnFralm_c . À en croire le service clients SFR : l'option Iphone Full Internet est intrusive, oui, mais c'est écrit noir sur blanc dans les conditions générales de vente.
2010 juil. 17
#141
Par Guillaume Vissac
Je te cherche, tu es loin, on m'a bouffé les yeux. Je ne vois plus que de près, aperçois dans les rayons l'écran fluo des emballages, le slogan des promos temporaires. Je te cherche, on m'a bouffé les yeux. C'est pire qu'un rêve, vraiment, je colle mon oeil malade sur les visages croisés, je cherche le tien, le tien uniquement, mais jamais tu n'existes. Combien de corps sans âme à disséquer pour t'y voir ? Combien de cadis trainés, combien de surgelés-carton dans les rayons frais ? Je traverse tout le magasin mais tu n'y es jamais. Je m'excuse à chaque visage retourné qui ne t'appartient pas. Peut-être as-tu profité de ma myopie temporaire pour t'enfuir, disparaître de mon champ de vision fictif ? Peut-être as-tu bien fait de détaler à ton tour ?
2010 juil. 11
#140
Par Guillaume Vissac
Mon double est un corps démembré qui m'accompagne, de l'autre côté de la vitre du train, de l'autre bord, sur l'autre rive. Je le vois ébouriffé par la vitesse, main gauche soudée par la paume dans le fuselage extérieur du wagon. Je le vois à mesure que le matin progresse et que le froid grésille, il se laisse dévorer par le gel. Sa peau bleuit à vue d'oeil. Ses lèvres se détachent. Sa voix se perd. Son oeil de verre. Et chaque matin un train, n'importe quel, siffle et souffle en sens inverse et le traverse. Corps minuscule décomposé en petits dés congelés dont les reflets interminables pourraient me capturer. Ces dés retombent entre les rails et sur le toit du train et moi je souffle. Sais déjà qu'il ne reparaîtra pas ce soir, pour le retour, mais demain matin encore, se coltiner un autre aller.
#139
Par Guillaume Vissac
Ramassé par le petit gris du matin : ils seraient de retour ? Pris en stop pendant la nuit, lune de jour à peine pointée entre les tours. Des secousses au décollage, des doigts froids sur mes 37° le matin et peau bouillante au pouls pressé. Pleins phares trop noirs dans les yeux : observation méthodique. On me souffle sous acide des monoxydes de carbone dans les dents, les narines. On me laisse sur la banquette bouillante d'un passé vieux de trente ans : et des convulsions sous la tête.
2010 juil. 6
#138
Par Guillaume Vissac
Pleins phares depuis le bout du bout de la rue braqués sur moi, et : non pas crissements de gomme sur l'asphalte mais glissade smooth sur le sol ondulé, et : la tôle pénètre la tôle pénètre la tête, et : en travers les dents et clavicules quelques pare-chocs incarcérés dans la chair. Depuis reflet diffracté dans pare-brise qui l'est plus, on dirait que je serais bionique. Bionique et amputé, du sang plein l'éclat de rire.
2010 juin 29
#137
Par Guillaume Vissac
Un arc électrique ça fait VLAM ! ça fait SPLATCH ! et ça fait CHTUCK ! Un arc intracrânien, entre écouteur Apple right et écouteur Apple left ça fait SHEBAM ! POW ! BLOP ! WIZZ ! Décharge droite-gauche au bord de la foule qui s'écarte (les cheveux dégagent rouge une odeur de cramé) sur fond de Initials B.B. : Jusques en haut des cuisses, elle est bottée !
2010 juin 22
#136
Par Guillaume Vissac
Toutes ces phrases que j'aurais un jour voulu écrire mais que j'ai laissées filer faute de temps, envie, clavier sous les doigts et page entre les yeux. Ces phrases un jour rassemblées dans un Livre oublié des syllabes en miettes que je ne pourrais jamais lire : si ça ce n'est pas, réellement, viscéralement, une vraie bonne peur primaire qui te colle au ventre et décape bien la gorge, je ne m'y connais plus.
#135
Par Guillaume Vissac
La grippe A n'est plus mais la gastro menace. Et tellement de visions de nausées fragmentées et éclats déversés sur les crânes que je ne peux retenir plus la psychose qui dévore : je me recouvre les mains, la peau, le sang, de gel antibactérien sans rinçage et je frotte, frotte, frotte. Une fois séché je tartine à nouveau l'aminomethyl propanol pomme-poire, je me frictionne le corps, jusqu'à épuisement du gel dans la bouteille plastique, jusqu'à décapement de la peau sur les os, jusqu'à ce que tout pique et tout brûle : la bonne odeur de propreté à l'envers du corps.
2010 juin 8
#134
Par Guillaume Vissac
Il n'avait, en réalité, jamais posé l'oeil sur mes trucs. Et maintenant qu'il les a lus il se prend la tête à deux mains : c'est son oeil qui se venge. Comment peut-on seulement cautionner une merde pareille ? Mais c'est trop tard déjà, le processus est lancé, et même si aucun contrat n'a été signé, la publication reste en ligne de mire. C'en est trop, il ne peut pas envisager que son nom puisse être trainé dans ces mots là, ces phrases. Alors flingue dans la bouche et canon glacé, à vos marques, prêt, feu, etc.
#133
Par Guillaume Vissac
Il n'a pas fait de bruit car il est n'est plus là, ouste, disparu. N'a jamais été là d'ailleurs, nuit froide et vide dans le silence, dans mes neurones et dans les leurs. Répète après moi : il – est – parti. A fermé doucement la porte pour pas que je sache qu'il était vrai et a laissé cette note sans mot que je ne lirai pas. Des années de silence m'attrapent déjà par les pieds. Oh boy / Ah bravo.
2010 mai 30
#132
Par Guillaume Vissac
Elle me chuchote à l'oreille des ouvre, ouvre, ouvre la fenêtre, des vas-y, ouvre-la, des t'attends quoi ?, des je t'aime, et moi, à ma folie, ma voix perchée derrière l'oreille, qu'est-ce que j'ai à lui répondre ? Simplement rien. Juste : casse-toi, juste : t'essayes de m'attirer vers l'accident de personne, juste : concrétiser mes visions. Alors bon.
2010 mai 26
#131
Par Guillaume Vissac
Voilà je hurle des eh oh à l'aide dans le noir d'une fin de minuterie. Escalier glacé et silence sec d'avant l'hiver. Voilà suis recouvert de poubelles éventrées, ombres gluantes et jus d'ordure coulé dans le dos. Voilà du sang sur la peau peut-être, car l'impression que l'os ici rebute et dépasse là-bas. Voilà je hurle des oh eh à point d'heure, immeuble désert sans doute, odeur nauséabonde entre les dents, le froid anesthésie bientôt les muscles, et c'est même pas mes chaussures. Demain, enfin, les éboueurs viendront me ramasser avec le reste de ces organes qui finissent de couler.
2010 mai 18
#130
Par Guillaume Vissac
Curé seul au coeur du wagon, auréole sous la tête et sourire dans la bouche, se masturbe, veines saillantes sous la gorge, en extase au milieu de ses ouailles.
2010 mai 16
#129
Par Guillaume Vissac
Nil dans un coin sombre dévoré par les failles temporelles sourit sans dents. Il sourit sans dents et il déballe son sac plastique. Il déballe son sac plastique et il prend son couteau. Il prend son couteau et il s'épluche la bite. Il enlève délicatement le papier alu, d'abord, et ensuite il épluche. Il est comme ça, Nil : il épluche.
2010 mai 10
#128
Par Guillaume Vissac
Le wagon entier est une gueule et chaque gueule pré-mâchée à l'intérieur est une gueule en sommeil : assemblée face à moi qui roupille, respiration croissante à mesure que le train accélère. Portes fermées, fenêtres idem, je n'ai plus le choix que de me laisser dissoudre par leurs ronflements insupportables.
#127
Par Guillaume Vissac
Bouge-tes yeux, qu'elle dit, sa mini-jupe ouverte entre ses cuisses. Pardon ? , je lui dis, tes yeux, qu'elle fait. Le jour où t'auras une bite peut-être que je regarderais, je réponds, alors la ferme connasse, sur quoi hache sortie d'une manche je la décapite et le sang gicle chaud sur le public au premier rang qui applaudit. Le train s'arrête. C'est mon arrêt, je lui dis, à la prochaine ?
#126
Par Guillaume Vissac
Le sempiternel j'veux pas y aller du lundi matin est en réalité un odieux mensonge : je veux y aller, j'adore y aller. Les matins dès 6h je frissonne de plaisir et d'avance à l'idée d'enfin retrouver la vie professionnelle. La mienne. Enfoncé dans mon fauteuil, projeté dans mon écran d'ordinateur, noyé dans mes tableurs je rayonne. Atteint midi, sunset de ma journée, j'orgasme au coeur de mes dossiers et circulaires. Si seulement je pouvais, souaité-je à voix ouverte, si seulement je pouvais juste m'arrêter d'écrire et me consacrer enfin à mon travail. Mais non, je corrige : je ne peux pas. Paraît que ça s'appelle les contingences financières.
2010 mai 1
#125
Par Guillaume Vissac
Qu'il m'étouffe enfin, coussin pressé fort sur le visage, et que le noir me remplisse la tête, qu'on en finisse. Mais il ne m'étouffe pas et le noir se décolle : derrière lui son sourire, et quel dommage : instant raté encore qui refuse d'apparaître.
2010 avr. 25
#124
Par Guillaume Vissac
Chaque flash est un déclic, chaque cliché déclenché une détonation, et tous les touristes en équilibre sur le bord des ponts des cadavres en puissance. Il suffirait d'un signal, onde magnétique des Kodak-Canon actionnés ensemble, pour que chaque touriste immortalisé passe à son tour par dessus bord au moment clé. Alors attendre. Faut cadrer juste la carte postale inanimée. Faut poser. Faut dire cheese.
2010 avr. 13
#123
Par Guillaume Vissac
Activité cardiaque : signal électrique qui frôle le court-circuit au moindre battement. Battement hors du coeur, à côté de la cage thoracique, déversé sur la peau. Le système s'arrête, le système s'écrase, comme le corps sur ciment. La rue est vide, le poids des os sur le sol écrase la nuque, enfonce le sol. Je m'approche. L'appelle. Frappe. Étrangle. Silence radio. J'appelle les numéros d'urgence : je les appelle tous : c'est trop tard : c'est un cadavre arraché au monde. Je hurle, pleure, mords. J'attends. Passé l'enterrement quelques salles surchauffées où l'on apprend sauvetage urbain, CPR, sauver les vies qui filent. Je presse encore les torses plastiques des mannequins noyés. Je montre l'exemple, raconte mon histoire, enseigne ces « gestes simples qui sauvent la vie », pour que ces « minutes atroces ne se reproduisent jamais jamais plus ». Sourire photo pour le journal local. Et tout est faux. Je sauve personne. Chaque mannequin aux côtes écrasées est un échec de plus, le temps malaxe en boucle idem images. Sous mes paumes toujours le même cadavre que j'agresse, les mêmes os que je broie. Chaque geste, pensée, gorgée d'air, est un échec à la vie, court-circuit véridique qui charcute sec la gorge et pourtant se prolonge.
2010 avr. 12
#122
Par Guillaume Vissac
They say we're young and we don't know / We won't find out until we grow... Cette journée partie pour durer toujours. Chaque matin se répéter, chaque soir rembobiner. Demain il nous faudra manger la dinde encore, fourrée à l'ail au réveil, et les gratins, le foie gras, Homard, St-Jacques. Demain vingt personnes dans la tête viendront hurler qu'ils existent et que moi non. Les paroles seront les mêmes, les gestes, les goûts, les corps seront les mêmes. Et tout reprendra encore lendemain, surlendemain, semaine suivante. On en guérira pas et tous les jours faire encore semblant d'adorer ça.
#121
Par Guillaume Vissac
Si un train passe, si le ciment perfore, si les rails lâchent, si le pont se déboîte, si trois tonnes cinq projetées dans le vide, si la tôle de la caisse malaxée, si ma tête en bas, si ciment sur l'asphalte en sandwich, si ceci, si cela, et attendre que le feu passe au vert.
#119
Par Guillaume Vissac
Traversée du désert, Alaska sous les pieds, neige aux coudes. Je me fraye un chemin dans les congères de décembre, bagages main droite, lapin main gauche. Plaque de verglas, traitresse sous la semelle. Perds mes appuis et bascule à l'envers. La cage s'ouvre et détale. Lapin envolé, bientôt perdu trop blanc dans la neige. Arrêt sur image pendant la chute, yeux exorbités. Retour arrière : ne pas céder à la boucle du sol.
2010 mar. 22
#118
Par Guillaume Vissac
Exploit sportif : je me claque entre deux marches avant les quais. Douleur étoilée qui grésille au creux de la cuisse. Mais non, je continue de marcher comme si, prends l'air digne de ceux qui ne s'aperçoivent pas, j'avale aussi douleur entre les dents.
2010 mar. 14
#117
Par Guillaume Vissac
Sa main glisse, le métro freine : il vacille : il tombe. Disparaît au coeur de la foule, son corps aspiré par le bas, caché par les corps alentour. Il tombe en tanguant, c'est à dire dégringole. Personne ne le voit. Les visages fixent encore - silence - leurs reflets respectifs dans le flou de la vitre. Je m'approche pour le chercher mais le manque : aspiré par le sol et les câbles, a sans doute basculé dans une autre dimension, celle de l'envers des rails. Ou quelque chose comme ça.
2010 mar. 11
#116
Par Guillaume Vissac
M. Lapin est mort. La tristesse m'est interdite puisqu'aux yeux des autres c'est « juste un lapin ».
2010 mar. 9
#115
Par Guillaume Vissac
Condylure étoilé dans la tête, on me dévore l'orbite et déforme l'oeil droit. Parfois durant le jour il migre à gauche. Bientôt rongera la chair et les os et quittera crâne et tempe où il s'est tapi. Attendons ensemble ce moment.
2010 mar. 8
#114
Par Guillaume Vissac
Le train s'arrête, salle des machines déconnectée. Où qu'on soit on s'enlise, les voix nous poussent. Dehors les corps compacts sur les bandes asphalte entre les voies : ils nous empêchent d'avancer. Pas un centimètre carré de sol où nous pourrions atterrir. Sol recouvert de peaux et visages à perte de vue. Nous ne pourrons pas sortir et ce train là (terminus tout le monde descend destination les garages ne prendra plus de voyageur) notre dernier tombeau. Ici ou ailleurs. S'y faire.
2010 mar. 4
#113
Par Guillaume Vissac
Je lis debout, piquet planté au bord du gouffre. Autour de moi déferlent les flux continus de bras, bustes et jambes. Souvent leurs coudes, hanches, épaules me frôlent, voire m'emportent, mais je tiens bon. Bon piquet planté sur mon quai je résiste. Jusqu'à ce qu'un os plus pressant que les autres me bouscule, frappe, m'accroche. Le corps de la vague malaxe le mien, vaincu déjà. Je pars avec eux. Les foules m'emportent. Bouquin échappé, mains battues en l'air, je glisse avec eux, attrapé par le col, et on ne me reverra plus.
2010 fév. 26
#112
Par Guillaume Vissac
Le tout fragmentaire a fini de conquérir ma vie. Je ne m'exprime plus que par bribes saccadées, énumérées sur le bout d'un carnet de notes, qui accumule en lui toutes mes déclinaisons, mes fuites verbales. Ensuite je donne la possibilité à mon interlocuteur de choisir quel fragment conserver, lequel prendre en compte. Reste des dizaines d'autres tentatives, désamorcées, laissées vides et défaites, inutiles au bord des marges. On oublie bientôt l'importance des fragments récalcitrants, ceux qui ont été conservés au bout du processus de sélection. Je ne vois plus que les ratés, les échecs entre deux mots, les paragraphes abandonnés. Que pourrait-on bien en faire ?
2010 fév. 21
#111
Par Guillaume Vissac
Oeil ouvert à gauche, à droite, aucun doute, image parallèle plaquée partout : tous les visage croisés sont découpés à angle aigu. Tous les regards traversés accusent strabisme exacerbé. Scène qui pourrait découler directement du film Dans la peau de Guillaume V., fictif et à venir, dans lequel la réalité s'imprimerait dépareillée sous forme d'hystérie frontale et collective. Tête brusquée droite, gauche, deux visages isolés, deux regards trop singuliers, les autres corps poursuivent leurs manèges quotidiens. Ce n'était rien qu'un mauvais rêve...
#110
Par Guillaume Vissac
Douleur aiguë qui siffle à gauche, dans le bas du dos. Coupe le souffle et brouille la vue. Kidney stones ! dit l'autre, mais on secoue la tête en rigolant, idée balayée dans les pulsations, c'est sans doute une autre aiguille avalée qui ne passe pas comme elle devrait, une autre, une de plus.
2010 fév. 18
#109
Par Guillaume Vissac
Un métro fou lâché plein quai grésille, ses roues découpent des étincelles dans le carrelage. Panique, les usagés roulent pour échapper au monstre : pas de freins, pas de chauffeur. Quelques corps démembrés, quelques bras, quelques pirouettes. Beaucoup d'usagés ont trouvé refuge sur les voies. Ils hurlent ensemble une peur commune, haine grise, des mots dans leurs bouches inversés et je comprends mon erreur : ce monde défait est un reflet : les corps sans âme à nouveau déambulent sur les quais : le métro repart.
2010 fév. 14
#108
Par Guillaume Vissac
Il prend place au milieu de nous, ses doigts pressés sur la barre en tête de wagon, crache à voix haute des mots incompréhensibles. Ça y est, nous y voilà : un attentat sur la ligne 14 : l'un de ces fameux suppositoires à détonation programmée par téléphone portable dont ils parlent à la radio. Seul un mot clé pourra lancer la bombe. Kit mains libres déplié, il articule des mots les uns après les autres. Lequel provoquera-seconde l'explosion péri-anale qui nous décapitera ? : colère, encore, banana, méphistophélique ? Suspens...
2010 fév. 8
#107
Par Guillaume Vissac
Je rentre le soir, pousse la porte laissée ouverte. Les interrupteurs basculés sur du vide, je les actionne plusieurs fois, sans succès. Une ombre se détache du fond de l'appartement et se rapproche, monstre brun fait de tôles assemblées. Je lui demande où est-ce qu'il est ? qu'est-ce t'en as fait ? Pas de réponse. Il reste là embarrassé dans le hall, à attendre que je rouvre les yeux. Je rouvre les yeux. Déverrouille la porte verrouillée depuis matin. Et derrière, personne. Pas le moindre gramme de présence humaine (pas même la mienne).
#106
Par Guillaume Vissac
Je m'extrais du wagon titubant, gerbe concentrique sur la foule périphérique. Les corps et vêtements recouverts, les visages ulcérés, orbites énuclées : les corps autour de moi se rassemblent et se pressent, je leur dis on se calme, je leur dis s'il vous plaît. Ils me tombent dessus, je glisse. Je leur dis grippe A, d'accord, mais j'ai aussi du gel antibactérien sans rinçage, je vous en prête, pas de problème ! Les visages dégoulinent de boue brune semi épaisse. Battement d'oeil, quart de seconde, haut le coeur.
2010 fév. 3
#105
Par Guillaume Vissac
Les quais débordent encore de corps désassemblés. Un seul mouvement vers l'avant, plus ou moins brusque, pourrait déjà précipiter quelques pantins sous les roues du prochain train. Ce mouvement là vient de l'arrière, je m'y plie puis retiens. Comme imaginé les usagés tombent comme des quilles et le meurtre arrive, la chaire découpée méthodique, le sang giclé par dessus pare-brise et cravates. La police se pointe, coup de filet, commissariat. Ils nous interrogent les uns après les autres. Vient mon tour. Ils me plaquent devant l'oeil tiré des rapports interminables, je réponds « oui mais » à la moindre de leurs questions. Deux preuves sont maintenues contre moi au procès : la pièce à conviction A qui est une capture d'écran de mon ''Livre des peurs primaires'', fragment isolé #98 (on me dit quelle coïncidence et je réponds « oui mais ») et la pièce à conviction B qui est une capture d'écran de ma tête, quelques secondes avant le triple meurtre, au moment où naissait en moi cette seconde peur primaire, flashback-remake de la première. Silence profond dans le tribunal, on m'emmène, costume orange, des chaînes entre les pieds. Mais le bip de fermeture des portes découpe toute réalité. Le mouvement par l'arrière devient pression qui nous aspire à l'intérieur du wagon. Compressés contre les autres nous savourons enfin notre liberté retrouvée, notre mort évaporée. Nos chaines se brisent de trop de chair entremêlée, nous suffoquons ensemble entre deux aisselles les mêmes « enfin », les mêmes « ouf », les mêmes « n'arrivera jamais ».
2010 janv. 18
#104
Par Guillaume Vissac
Bras droit sans force tombe littéralement depuis la barre fixée plafond. Perte d'équilibre, je m'étends au milieu des chevilles avant que le métro annonce Châtelet. Tout est flou, rien ne bouge, l'ouï ne siffle pas mais claquée sèche ne retranscrit plus rien. Des mains invisibles me soulèvent, elles me retournent. Portes ouvertes jusqu'au quai, on m'y transporte attentionnés, on me dépose et on remonte à bord. Les corps bien au chaud à l'intérieur, maintenant je peux les voir, regards braqués sur moi. Avant que les portes du métro se referment je leur souffle des mots qui s'échappent en buée : bande d'enculés. Les portes du métro se referment, il repart, les wagons frottent contre ma tempe au moindre passage, j'attends seul et froid que quelqu'un arrive et m'emmène. Mais non, c'est une erreur. J'ai encore la force de m'extraire moi-même des corps et du wagon, de me jeter par terre sur le quai : je sortirai moi-même mes propres ordures. On me recueille. Je n'insulte personne. Le métro repart. Et d'autres suivent, arrivent, repartent. Combien je ne sais pas. Pas compté. Pendant ce temps mes tempes scintillent.
#103
Par Guillaume Vissac
Sérieux les gens fichent la trouille. Celui-là ombre inversée dans la vitre, capuche renversée sur les yeux, dans un instant tirera de sa poche un calibre 12, détente forcée dans le wagon, cervelle giclée sur la vitre qui recouvrira mon reflet : pire, j'aurais le temps de le voir (le voir !), le temps d'une giclée de sang dans les neurones, voir recouvrir sur l'ombre noire la matière grise. Mais profiter d'un temps mort (éclair, lueur, tunnel ?) et taper un coup contre le verre, voir si le sang circule encore, souffler un peu.
2010 janv. 16
#102
Par Guillaume Vissac
Transféré papier il se désarticule à son tour sur ce lit d'hôpital qui ne devrait pas être le sien. Il expire rauque et grave l'un de ses derniers souffles. Derrière lui l'oreiller déjà vide d'une absence à venir mais déjà consommée. Mais non, je corrige, revenir en arrière, sauter quelques pages, remonter la reliure, faire en sorte que ces passages tragiques, péripéties, éléments perturbateurs, n'aient tout simplement pas lieu, n'émergent pas dans l'économie narrative, se retiennent d'apparaître.
#101
Par Guillaume Vissac
L'aspirateur est un cheval de Troie (mais plus poussiéreux). Je m'en approche, oeil collé-plastique et boum, détonation, plastique aussi, étages (ma foi) éradiqués. Mais non. Je colle l'oreille contre le tuyau (plastique) et sous le ventre de l'appareil. Rien ne tique, rien ne tac. L'explosion avortée entre fil bleu et fil rouge ne soufflera pas. Je retourne m'asseoir et ne mourrai jamais.
2010 janv. 15
#0 à #100
Par Guillaume Vissac
Les archives des Fictions du bord de l'oeil constituent, semble-t-il, le contenu du Livre des peurs primaires. Les fragments identifiés de #0 à #100 sont disponibles dans ce fameux livre, paru chez Publie.net en janvier 2010. Pour le consulter, cliquer ici.
