Le tout fragmentaire a fini de conquérir ma vie. Je ne m'exprime plus que par bribes saccadées, énumérées sur le bout d'un carnet de notes, qui accumule en lui toutes mes déclinaisons, mes fuites verbales. Ensuite je donne la possibilité à mon interlocuteur de choisir quel fragment conserver, lequel prendre en compte. Reste des dizaines d'autres tentatives, désamorcées, laissées vides et défaites, inutiles au bord des marges. On oublie bientôt l'importance des fragments récalcitrants, ceux qui ont été conservés au bout du processus de sélection. Je ne vois plus que les ratés, les échecs entre deux mots, les paragraphes abandonnés. Que pourrait-on bien en faire ?