Je lis debout, piquet planté au bord du gouffre. Autour de moi déferlent les flux continus de bras, bustes et jambes. Souvent leurs coudes, hanches, épaules me frôlent, voire m'emportent, mais je tiens bon. Bon piquet planté sur mon quai je résiste. Jusqu'à ce qu'un os plus pressant que les autres me bouscule, frappe, m'accroche. Le corps de la vague malaxe le mien, vaincu déjà. Je pars avec eux. Les foules m'emportent. Bouquin échappé, mains battues en l'air, je glisse avec eux, attrapé par le col, et on ne me reverra plus.