Activité cardiaque : signal électrique qui frôle le court-circuit au moindre battement. Battement hors du coeur, à côté de la cage thoracique, déversé sur la peau. Le système s'arrête, le système s'écrase, comme le corps sur ciment. La rue est vide, le poids des os sur le sol écrase la nuque, enfonce le sol. Je m'approche. L'appelle. Frappe. Étrangle. Silence radio. J'appelle les numéros d'urgence : je les appelle tous : c'est trop tard : c'est un cadavre arraché au monde. Je hurle, pleure, mords. J'attends. Passé l'enterrement quelques salles surchauffées où l'on apprend sauvetage urbain, CPR, sauver les vies qui filent. Je presse encore les torses plastiques des mannequins noyés. Je montre l'exemple, raconte mon histoire, enseigne ces « gestes simples qui sauvent la vie », pour que ces « minutes atroces ne se reproduisent jamais jamais plus ». Sourire photo pour le journal local. Et tout est faux. Je sauve personne. Chaque mannequin aux côtes écrasées est un échec de plus, le temps malaxe en boucle idem images. Sous mes paumes toujours le même cadavre que j'agresse, les mêmes os que je broie. Chaque geste, pensée, gorgée d'air, est un échec à la vie, court-circuit véridique qui charcute sec la gorge et pourtant se prolonge.