Mon double est un corps démembré qui m'accompagne, de l'autre côté de la vitre du train, de l'autre bord, sur l'autre rive. Je le vois ébouriffé par la vitesse, main gauche soudée par la paume dans le fuselage extérieur du wagon. Je le vois à mesure que le matin progresse et que le froid grésille, il se laisse dévorer par le gel. Sa peau bleuit à vue d'oeil. Ses lèvres se détachent. Sa voix se perd. Son oeil de verre. Et chaque matin un train, n'importe quel, siffle et souffle en sens inverse et le traverse. Corps minuscule décomposé en petits dés congelés dont les reflets interminables pourraient me capturer. Ces dés retombent entre les rails et sur le toit du train et moi je souffle. Sais déjà qu'il ne reparaîtra pas ce soir, pour le retour, mais demain matin encore, se coltiner un autre aller.