J'arpente les couloirs de métro jusqu'à ce qu'un corps en sens inverse me remarque et m'aborde et me touche, me parle. J'arpente encore, j'arpente longtemps. Les murs recouvrent aussi mes yeux ternis par l'absence. Fondu transparent je m'enfonce dans l'asphalte, le souterrain du dessous. Je traverse des boulevards de clodos, des Colisées de clébards, des galaxies d'aveugles. Je découvre des stations inconnues au coeur d'Infiniment-petit : la cité secrète qui sévit sous la terre. On déverse des rames entières de vêtements sans porteurs contre-sens face à moi. On me demande l'aumône. On me réclame la faim. On me dévore déjà trop rêche comme dans une sachet de chips ouvert la veille. On me bouscule. On m'arrache mes membres un à un. On les revend déballés sur le sol au croisement des lignes porteuses de flux. On m'emporte à la sauvette. On me composte dans les tourniquets. On me contrôle passé les miradors. On me surveille au moindre pas. Mais qui pour m'aborder, toucher, parler ? J'en suis réduit à clore les routes. À frapper fort les corps inattentifs. À suivre dans les allées ceux qui m'ignorent. À courir jusqu'aux escalators. À bousculer ceux qui, salauds, s'interposent. À imposer main sur l'épaule, genou dans la cuisse, doigts sous la gorge et griffes en chair. Après l'acte je repartirai avec sous mes ongles un peu de leur peau, dans la bouche gouttes de sang, dans les os traces des leurs, sous mon torse un coeur nouveau, bouillant, et jeune encore. Le sans-visage laissé victime derrière mon dos se débrouillera à son tour, s'il est fort, pour en trouver un autre et remplacer le sien.