De déteindre en silence dans le gris d'arrière fond. De me dissoudre à l'air libre, de laisser fondre ma peau comme un Dafalgan qu'on avale. De perdre mes membres les uns après les autres. De me laisser colorier par une main invisible et une couleur idem. D'avaler mes dents, de vomir mes os. De voir mon sang boucher mes veines. De voir le liquide se gélifier, le solide se liquéfier, le gazeux s'éparpiller. Qu'on me dise mais monsieur c'est trop tard. Que la greffe ne prenne pas. Qu'il n'y ait plus assez de place dans mon corps pour en faire un moignon, que les prothèses soient folles, les savants fous peureux et qu'aucune plaque d'étain puisse m'habiller afin que je puisse l'habiter. Que Nick Chopper ne soit pas moi, que je ne sois pas Nick Chopper. Que je sois pire que la Charpie, que je sois pire que tout. Que mon esprit, mon âme, mon cul ou ce qu'il en reste soit vite happé par les hélices bruyantes d'un hélico malsain. Que mes mots s'éternisent et s'éteignent en même temps que ma langue. Que derrière l'amputation du moi il n'y ait aucune main tendue pour me retenir au sol. La question était : de quoi avez-vous peur ?