Exercice minimaliste
Par Menear, dimanche 26 mars 2006 à 15:45 :: Journal :: #94 :: rss
Il y a un livre que j’affectionne particulièrement. Il est signé Chuck Palahniuk (l’auteur de Fight Club) et il s’appelle Stranger than Fiction (je donne le titre original, non pas par snobisme, mais simplement parce que le titre français est grotesque). Ce livre, qui n’est pas un roman, regroupe en fait beaucoup de petites anecdotes, pensées et tout ce que vous voulez de cet auteur que j’apprécie beaucoup, et pour cause, en plus d’être un « disciple » de Tom Spanbauer (je vous parlerais un jour de cet homme, il a écrit mon livre culte) il est simplement brillant.
Dans le passage qui m’intéressera aujourd’hui (un chapitre nommé Amy, parce qu’il y parle, entre autres, de Amy Hempel, auteur (autrice) éminemment minimaliste), Palahniuk parle du minimaliste et débute comme suit :
Quand vous étudiez le minimalisme dans l’atelier d’écriture de Tom Spanbauer, le premier texte qu’il vous fait lire, c’est The Harvest d’Amy Hempel. Puis vous vous attaquez à Strays de Mark Richard.
Et après ça, vous êtes démoli.
Si vous aimez les livres, si vous aimez bouquiner, c’est une ligne que vous ne devriez jamais franchir.
Je ne plaisante pas.
Parce que dans le cas contraire, ensuite, vous trouvez nuls tous les romans que vous ouvrez. Tous ces pavés à la troisième personne bourrés d’intrigues piquées dans les journaux… Après Amy Hempel, vous économiserez un paquet de temps et de pognon.
Je garde quelques réserves concernant les « pavés à la troisième personne bourrés d’intrigues piquées dans les journaux », ce n’est pas mon genre ni mon but de ne subir l’influence que d’un seul courant, quel qu’il soit. Pas question, donc, de dénigrer d’autres auteurs ou d’autres mouvements sous prétexte que j’apprécie cette démarche minimaliste. Bref.
En relisant ce petit chapitre, et les quelques « instructions minimalistes » (que j’ai, bien sûr, soit accepté, soit ignoré selon mes désirs) j’ai décidé de me livrer à un petit exercice. Je voulais écrire, depuis hier, un petit « fragment » sur le non-dit. Un instantané du non-dit, en fait. Je me suis donc laissé tenter par l’optique d’écrire un premier jet que je remodèlerais par la suite, dans un mouvement de simplification (peut-on parler de minimalisme dans ce cas précis, à vrai dire je n’en sais rien, mais ce n’est pas vraiment ça qui importe). J’ai donc écrit quatre versions du même texte (qui fait moins d’une page). Ou en fait non, j’ai écrit une version qui s’est par la suite vu amélioré trois fois. Je suis donc toujours resté sur la base de mon premier jet puisque, de toute façon, il n’y a que comme ça que j’arrive à quelque chose (je vous parlerais un jour, peut être, de mon attachement au premier jet). Voici donc les résultats :
Non-dit, deuxième version.
Non-dit, troisième version.
Non-dit, quatrième version (définitive).
Ce petit exercice est assez révélateur de la façon dont j’écris. Le premier jet constitue une sorte de grosse statue obèse, que j’affine au fur et à mesure jusqu’à en arriver à la forme voulue, plus fine, plus mince. Maintenant, je ne respecte pas toutes les règles du minimalisme dont parle Palahniuk dans son chapitre. J’ai essayé, une fois, de me lancer dans un projet de ce type, projet qui n’a abouti sur rien car, si le texte en lui-même me satisfaisait je savais pertinemment qu’il s’agissait d’un « texte à la manière de » (en l’occurrence, à la manière de Tom Spanbauer) et ce genre d’entreprise ne m’intéresse pas. J’ai donc pris ce que je voulais dans ces règles et j’ai laissé le reste. J’ai complété le tout par mes propres envies, mes propres idées, sans quoi je ne ferais jamais rien de réellement satisfaisant. Tout ça pour dire qu’en fait, le titre de ce billet est trompeur… Mais peu importe, n’hésitez pas à commenter cette évolution (plus ou moins bien réussie d’ailleurs) de ce petit « fragment ».











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