Il y a un livre que j’affectionne particulièrement. Il est signĂ© Chuck Palahniuk (l’auteur de Fight Club) et il s’appelle Stranger than Fiction (je donne le titre original, non pas par snobisme, mais simplement parce que le titre français est grotesque). Ce livre, qui n’est pas un roman, regroupe en fait beaucoup de petites anecdotes, pensĂ©es et tout ce que vous voulez de cet auteur que j’apprĂ©cie beaucoup, et pour cause, en plus d’être un « disciple » de Tom Spanbauer (je vous parlerais un jour de cet homme, il a Ă©crit mon livre culte) il est simplement brillant.

Dans le passage qui m’intĂ©ressera aujourd’hui (un chapitre nommĂ© Amy, parce qu’il y parle, entre autres, de Amy Hempel, auteur (autrice) Ă©minemment minimaliste), Palahniuk parle du minimaliste et dĂ©bute comme suit :

Quand vous étudiez le minimalisme dans l’atelier d’écriture de Tom Spanbauer, le premier texte qu’il vous fait lire, c’est The Harvest d’Amy Hempel. Puis vous vous attaquez à Strays de Mark Richard.
Et après ça, vous êtes démoli.
Si vous aimez les livres, si vous aimez bouquiner, c’est une ligne que vous ne devriez jamais franchir.
Je ne plaisante pas.
Parce que dans le cas contraire, ensuite, vous trouvez nuls tous les romans que vous ouvrez. Tous ces pavés à la troisième personne bourrés d’intrigues piquées dans les journaux… Après Amy Hempel, vous économiserez un paquet de temps et de pognon.

Je garde quelques rĂ©serves concernant les « pavĂ©s Ă  la troisième personne bourrĂ©s d’intrigues piquĂ©es dans les journaux », ce n’est pas mon genre ni mon but de ne subir l’influence que d’un seul courant, quel qu’il soit. Pas question, donc, de dĂ©nigrer d’autres auteurs ou d’autres mouvements sous prĂ©texte que j’apprĂ©cie cette dĂ©marche minimaliste. Bref.

En relisant ce petit chapitre, et les quelques « instructions minimalistes » (que j’ai, bien sĂ»r, soit acceptĂ©, soit ignorĂ© selon mes dĂ©sirs) j’ai dĂ©cidĂ© de me livrer Ă  un petit exercice. Je voulais Ă©crire, depuis hier, un petit « fragment » sur le non-dit. Un instantanĂ© du non-dit, en fait. Je me suis donc laissĂ© tenter par l’optique d’écrire un premier jet que je remodèlerais par la suite, dans un mouvement de simplification (peut-on parler de minimalisme dans ce cas prĂ©cis, Ă  vrai dire je n’en sais rien, mais ce n’est pas vraiment ça qui importe). J’ai donc Ă©crit quatre versions du mĂŞme texte (qui fait moins d’une page). Ou en fait non, j’ai Ă©crit une version qui s’est par la suite vu amĂ©liorĂ© trois fois. Je suis donc toujours restĂ© sur la base de mon premier jet puisque, de toute façon, il n’y a que comme ça que j’arrive Ă  quelque chose (je vous parlerais un jour, peut ĂŞtre, de mon attachement au premier jet). Voici donc les rĂ©sultats :

Non-dit, première version.
Non-dit, deuxième version.
Non-dit, troisième version.
Non-dit, quatrième version (définitive).

Ce petit exercice est assez rĂ©vĂ©lateur de la façon dont j’écris. Le premier jet constitue une sorte de grosse statue obèse, que j’affine au fur et Ă  mesure jusqu’à en arriver Ă  la forme voulue, plus fine, plus mince. Maintenant, je ne respecte pas toutes les règles du minimalisme dont parle Palahniuk dans son chapitre. J’ai essayĂ©, une fois, de me lancer dans un projet de ce type, projet qui n’a abouti sur rien car, si le texte en lui-mĂŞme me satisfaisait je savais pertinemment qu’il s’agissait d’un « texte Ă  la manière de » (en l’occurrence, Ă  la manière de Tom Spanbauer) et ce genre d’entreprise ne m’intĂ©resse pas. J’ai donc pris ce que je voulais dans ces règles et j’ai laissĂ© le reste. J’ai complĂ©tĂ© le tout par mes propres envies, mes propres idĂ©es, sans quoi je ne ferais jamais rien de rĂ©ellement satisfaisant. Tout ça pour dire qu’en fait, le titre de ce billet est trompeur… Mais peu importe, n’hĂ©sitez pas Ă  commenter cette Ă©volution (plus ou moins bien rĂ©ussie d’ailleurs) de ce petit « fragment ».