Dexter
Par Menear, samedi 26 mai 2007 à 21:29 :: Chroniques :: #282 :: rss

Le concept de la série est simple et efficace : le spectateur suit Dexter Morgan (à la fois personnage principal et narrateur/voix off de la série), « rat de laboratoire » de la police de Miami, spécialisé dans les taches de sang et, accessoirement, tueur en série à ses heures perdues. Dexter est ainsi méticuleux, rigoureux et professionnel, ne laissant jamais rien au hasard, n'oubliant derrière lui aucun indice ou preuve compromettante. Il faut dire que c'est son flic de père adoptif (Harry Morgan) qui lui a tout enseigné : s'étant rendu compte de la « particularité » de son fils, il lui inculque un « code » pour lui permettre de survivre. Il lui enseigne également un semblant de morale : il ne doit tuer que ceux qui le « méritent » (assassins, violeurs, trafiquants, tous inaccessibles des services de police ou ayant bénéficié de failles du système), lui permettant ainsi d'assouvir ses pulsions (son identité) tout en rendant un minimum « justice » à la société.
| Dexter est donc un de ces héros/antihéros que l'on arrive pas vraiment à cerner comme il en apparaît beaucoup ces derniers temps sur nos petits écrans (Tony Soprano des Sopranos et Vic Mackey de The Shield en tête). Difficile de ne pas l'aimer : « Dex » est le gendre idéal, gentil, serviable, efficace dans son travail et toujours prêt à simuler un semblant d'humanité. Mais difficile également de cautionner ses pratiques, qui mettent souvent le spectateur dans une position assez inconfortable. La frontière entre bien et mal s'efface progressivement et quelques relations perverses se mettent vite en place entre les différents personnages, instaurant de fait un climat perpétuellement inhabituel, d'où naît l'originalité de la série. |
On remarque d'ailleurs bien vite que Dexter n'est pas le seul à simuler sa normalité (grande thématique de la série, si ce n'est la plus importante) : chacun s'insère dans le jeu permanent du manège social, chacun modèle un masque différent pour cacher son « moi obscur ». Il devient d'ailleurs vite bien plus intéressant de suivre les efforts de ces personnages pour paraître normaux, Dexter en tête, plutôt que de s'attacher à comprendre des intrigues policières souvent assez banales et prévisibles. Là n'est pas la question, de toute façon, car Dexter privilégie d'avantage les « plongées » dans les profondeurs de ses personnages que ses intrigues criminelles. L'affaire principale qui occupe l'intégralité de la saison 1 en est d'ailleurs le parfait exemple : très peu de suspens concernant ce « tueur au camion frigorifique » (« ice truck killer »), qui se met à jouer avec Dexter en lui proposant un petit parcours mortuaire au sein de ses propres souvenirs. Les indices et les meurtres s'accumulent (le tout sans une seule goutte de sang, comme vous pouvez le voir sur le second extrait), mais l'on s'intéresse bien plus aux réactions du dit Dexter qu'à l'accomplissement de l'enquête. Le tour de force de la série aura d'ailleurs été de proposer des épisodes totalement « vierges », où il ne se passe presque rien, pour permettre l'approfondissement des caractères des uns et des autres. C'est à ce genre de détail que l'on reconnaît les bonnes séries.

Mais peu importe ces écueils, je les ai formulés pour la forme ; ils titillent légèrement le plaisir du spectateur sans jamais le gêner. Dexter demeure un OVNI très intéressant. Inclassable (ni série policière, ni vraiment autre) Dexter s'impose comme une très bonne surprise, extrêmement bien réalisée, scénarisée et interprétée. On passe volontiers sur les quelques maladresses qui jalonnent ça et là le déroulement de cette première saison et on préférera se focaliser sur les points positifs. Très prenante, cette série mérite également que l'on y revienne plusieurs fois, puisque la trame policière n'en constitue pas le seul et unique intérêt.
Se positionnant comme une série aux limites de la moralité (moralité bien plus malmenée que ne le laisse supposer l'apparent « code de Harry » qui est maladroitement exposé lors du pilote), on se prend bien vite à adorer Dexter ainsi que lui même, secrètement, souhaiterais qu'on l'adore, au grand jour, sans secret, et qu'on le connaisse sous son vrai visage, car c'est bien ça le point fondamental de la série : plonger dans les tréfonds complexes de l'âme humaine pour pouvoir y retrouver une réalité masquée, qu'on ne peut laisser entrevoir aux autres. En cela, bien sûr, Dexter, c'est un peu tout le monde.











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