Débuter
Par Menear, samedi 12 janvier 2008 à 19:01 :: Journal :: #411 :: rss
J'ai rarement du mal à débuter mes textes, quels qu'ils soient d'ailleurs. En général, ça se passe comme ça : j'ai mon idée. Je la rumine. Je l'imagine. Je m'y jette, sans trop réfléchir. Je reviens dessus, constate que c'est trÚs mauvais et a) je l'abandonne ou
b) je la réécris jusqu'à ce qu'elle fonctionne, jusqu'à ce qu'elle existe.
Jusque là ça se passait comme ça. Et puis... Et puis voilà que je me penche sur un projet de nouvelle, une nouvelle pour un concours et voilà que ça ne tourne pas rond. Impossible de débuter. Ai commencé fin décembre, quand j'étais toujours à Sainté. Ai continué dÚs mon retour à Nuggets City. Mais rien. Ou plutÎt si : plein de débuts différents. A chaque nouvelle tentative, un nouveau début, une nouvelle narration, un nouveau personnage. Mais jamais ça ne fonctionne (jusqu'à hier). Résultats : six débuts différents, tous aussi insatisfaisants les uns que les autres. Six débuts, dans l'ordre, ça donne ça :
C'Ă©tait comme Ă©crit dans le journal du jour d'avant. Ils avaient publiĂ©s une lettre prĂ©monitoire sans le voir, sans le comprendre. Elle Ă©tait signĂ©e SARL. Lui il savait. Il avait compris la dimension prophĂ©tique du geste, mĂȘme si l'idĂ©e de le copier n'Ă©tait venu qu'aprĂšs. Il avait comme tuĂ© un homme et le sang sur le sol avait giclĂ© fort et puis glissĂ© ensuite, sans bruit. Le ciment encore liquide entremĂȘlĂ© lĂ -bas dedans. La sĂ©cheresse froide de ces nuits lĂ . Le dĂ©cor noir de la nuit par dessus, exactement le mĂȘme que cette esquisse qu'il avait faite et que j'avais rĂ©cupĂ©rĂ©e dans la poubelle du Mingelton's Caricaturist, l'esquisse Ă l'encre noire sur une serviette en papier. Sarl Ă©tait seul ce soir lĂ , un peu avant. On a dit que son Ă©paule saignait un peu et que par dessus il la tenait, son Ă©paule, comme blessĂ©e. On a dit beaucoup de choses, les journaux racontent n'importe quoi.Alors bien sĂ»r : des rĂ©currences. Des certitudes, mĂȘme. Des trucs que je sais importants. Indispensables. L'histoire, fractionnĂ©e, dans un coin de ma tĂȘte, Ă fixer. Mais impossible de correctement traverser les difficultĂ©s. Simplement : se poser devant l'ordi, devant le clavier et y aller comme ça, sans filet, et s'Ă©craser au fond. Et recommencer chaque jour et Ă©chouer encore. LĂ©gĂšrement frustrant, mĂȘme si je sais ce qui n'a pas fonctionnĂ©.
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Ăa commence Ă une table dans un restaurant oĂč ce type, le journal ouvert devant lui, sans un mot, lit la lettre qu'ils ont publiĂ© dans le courrier des lecteurs et qui est signĂ©e SARL. PlutĂŽt : cette lettre qui pourrait ĂȘtre la sienne. PlutĂŽt : cette lettre qui devrait ĂȘtre la sienne. Le journal ouvert devant lui, posĂ© par dessus son assiette vide qu'il a dĂ©calĂ© sur le cĂŽtĂ© et un vase vide Ă la place en face de la sienne. Le serveur : absent. D'autres clients : le brouhaha habituel de ces gens lĂ . Le journal ouvert, posĂ© devant lui. Son assiette vide. Il dĂ©cide qu'il s'appelle Sarl Ă prĂ©sent._____________
Quatre lettres, ça suffisait. Imprimées à la suite sur son journal, il avait décidé que c'était les bonnes. Dorénavant, ce serait son nom. Il serait l'ancre sur la page grisonnante, ni plus ni moins._____________
Quatre lettres, ça suffisait. Imprimées à la suite sur son journal, il avait décidé que c'était les bonnes. Le texte qui s'y rattachait n'avait pas d'importance. Le nom recouvrait tout._____________
D'abord il y a l'homme. Son dĂ©cor : la salle non-fumeur d'un restaurant. Ăclairage tamisĂ©. Le journal ouvert par dessus l'assiette. L'assiette poussĂ©e Ă la place d'en face, inoccupĂ©e. Un vase vide dĂ©calĂ© sur le cĂŽtĂ©. Les pages du journal, une Ă une, qui s'enroulent. Ambiance feutrĂ©e. Confidentielle. Les quatre lettres, noires sur gris, dans son esprit ; ça se dĂ©clenche. Ses lettres. Son nom. PubliĂ© dans le courrier des lecteurs, enfin._____________
Il est assis dans un restaurant et il n'a pas encore de nom. A une table seule, dans le fond de la salle. L'éclairage est tamisé. L'ambiance : feutrée. Confidentielle. Un journal ouvert par dessus son assiette. Vide, poussée à la place d'en face, inoccupée. Les pages du journal, une à une, qui s'enroulent, se déroulent. La lettre qu'il lit, noir sur gris, publiée dans le courrier des lecteurs. Il est assis dans un restaurant, il s'appelle Sarl, à une table seule, dans le fond. Il s'appelle Sarl.
Sans trop en dire (pas envie de tout dĂ©voiler ici), je veux faire de cette nouvelle (« Scapulaire », ça s'appelle) une tentative de texte-mosaĂŻque. Poursuivre ce que j'avais dĂ©jĂ timidement expĂ©rimentĂ© dans « Sablier ». Bouleverser l'agencement du texte et des lettres, insĂ©rer d'autres choses. Offrir un objet multiple et diffĂ©rent : agrafer les papiers sur la page et tout relier par des fils apparents (de quoi saborder d'avance mes chances pour le concours, mais c'est habituel, je fais souvent ça). Et du coup : comme une impossibilitĂ© de vĂ©ritablement visualiser le rĂ©sultat. Comme une trouille de ne pas savoir comment gĂ©rer les enjeux de la mise en page (enjeux primordiaux). Ne pas savoir comment s'y prendre, par quel bout commencer. Alors dans le doute, parce que je me sais capable de foirer le projet, j'ai peut-ĂȘtre inconsciemment voulu Ă©vacuer le problĂšme en ne m'y confrontant pas : rester bloquĂ© dans la jungle des premiĂšres lignes, voilĂ la solution.
Ce constat, il valait pour mes tentatives ratées de cette semaine.
Depuis hier, j'ai rĂ©ussi Ă organiser mes trucs. Mes idĂ©es, mes envies. Mes propres capacitĂ©s, aussi. J'ai mĂȘme rĂ©ussi Ă dĂ©passer le cap de la premiĂšre page (tout en tremblant perpĂ©tuellement de dĂ©passer au final les 27000 signes requis, la limite). Je ne sais pas encore exactement comment tout va s'organiser mais ça prend forme. Dans ma tĂȘte tout du moins. La mise en page se dessine, quoiqu'un peu floue encore. Je sais juste que j'aurais besoin de mes logiciels de retouche d'image sans doute. Certainement.
Quant Ă savoir pour quand elle sera prĂȘte, c'est une autre histoire. La date limite du concours court jusqu'Ă fin avril mais j'aimerais la boucler assez vite. Avant la fin du mois par exemple. « Coup de tĂȘte » en stand-by pendant ce temps et les 154 pages du troisiĂšme jet, imprimĂ©es, qui m'attendent sur mon bureau, prĂȘtes Ă ĂȘtre corrigĂ©es. Et un autre projet de nouvelle aussi, un truc dont Elise m'a parlĂ© au tĂ©lĂ©phone avant-hier. A voir : j'attends de ces nouvelles par Ă©crit.
Et ces six incipit ratés, écrits sans réfléchir, au fil de la plume, inutilisables mais pas inutiles pour autant. Ai décidé de les mettre en ligne aprÚs tout. Le Carnet de bord sert aussi à ça.











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