AMF n'est plus tout Ă  fait AMF passĂ© la porte de son appartement. Si c'Ă©tait bien son appartement. Et je n'en suis pas si sĂ»r. Peut-ĂȘtre que c'Ă©tait celui de l'autre fille. Ou n'importe quel autre en rĂ©alitĂ©.

Ce soir lĂ , AMF ne m'a pas appelĂ©, je ne l'ai pas appelĂ©e. C'est cette fille qui a utilisĂ© son portable et s'est fait passer pour elle. Une adresse. Moi, j'y suis allĂ©. Et j'ai ouvert la porte. J'ai trouvĂ© cette fille qui n'Ă©tait pas AMF, n'avait rien Ă  voir avec elle. Elle ne m'a mĂȘme pas souris. Elle a seulement dit un truc, j'ai oubliĂ© quoi, et puis elle poussĂ© son corps contre la porte et moi au milieu et elle m'a mordu la lĂšvre en m'embrassant. Elle avait la peau brĂ»lante, il commençait dĂ©jĂ  Ă  faire trĂšs chaud dehors. Elle avait juste un dĂ©bardeur par dessus et un petit short qui la serrait Ă  mi-cuisses.

AMF de retour bien aprĂšs qu'il ait commencĂ© Ă  faire nuit. Elle ne s'Ă©tonne pas de me trouver lĂ , chez elle, devant elle, entre la fille qui vit chez elle et elle. Elle a peut-ĂȘtre dit un truc, j'ai oubliĂ© quoi, et puis elle s'est retournĂ©e, Ă  dĂ©fait ses chaussures, ses pieds dessous Ă©taient rouge, et puis elle a simplement dit : Ambre. En rĂ©action, la fille a glissĂ© jusqu'Ă  elle, elle Ă©tait en soutif, et elle s'est collĂ©e dans son dos, elle lui a dĂ©fait la fermeture de sa robe qu'elle avait dans le dos. Je me suis dit aprĂšs coup que Ambre, c'Ă©tait probablement son nom Ă  l'autre fille. Ensuite, AMF s'est retournĂ©e, s'est enfoncĂ©e dans la salle de bain et a laissĂ© couler le robinet de longues secondes. Elle est revenue les cheveux humides et elle s'est accoudĂ© sur la rebord de la fenĂȘtre. Elle s'est allumĂ©e une clope. Un peu plus tĂŽt, avant qu'elle revienne, cette Ambre m'avait dit qu'elles n'avaient jamais fait l'amour ensemble, mais je ne sais jamais qui croire dans ces affaires. Et puis de toute façon je m'en fous.

AMF sur le rebord de la fenĂȘtre : elle balance le mĂ©got sans effort, elle se dĂ©colle de la bordure. Elle se retourne vers nous et nous on ne sait pas quoi lui dire. Sauf Ambre, qui lui demande : t'as perdu combien ? Et elle s'Ă©carte complĂštement de la fenĂȘtre, AMF : la paume ouverte, le pouce rabattu au centre de sa main. La chaise sur laquelle Ambre est assise n'arrĂȘte pas de grincer, on dirait un squelette qu'on dĂ©boĂźte de la tombe. Ensuite AMF nous passe devant comme des ombres, elle est en soutif elle-aussi. La chaleur ne la fait mĂȘme pas transpirer : les gouttelettes d'eau qui lui roulent sur la peau, c'est l'eau du robinet qu'elle a du faire couler sur ces cheveux un peu plus tĂŽt.

AMF ne nous a plus adressé la parole ensuite. Je l'ai juste vue longer le couloir, errer vers la porte, revenir. Elle s'est murée dans la cuisine ensuite. Je l'ai vue dans le reflet du miroir de l'entrée, elle a laissé la porte grande ouverte. Elle s'est collée contre la gaziniÚre, elle a fait chauffé de l'eau. Elle a eu un mouvement de recul quand elle a laissé tomber le sachet de riz dans la casserole.

J'ai demandé à Ambre quel était le problÚme. Qu'est-ce que j'en sais, moi, elle m'a répondu, comme si elle ne savait rien. Et puis elle s'est allongée dans la largeur du canapé et elle m'a dit : oublie.