Omega Blue
|||

Potentiellement fictif. | Bio/Contact | Flux RSS | Radio

6 madeleines aux œufs frais

Par Menear, dimanche 6 juillet 2008 à 11:25 - Journal - Carnet de bord
Voilà plus de six mois que je garde précieusement ce paquet de mini madeleines (vide) sur mon bureau. Acheté (et mangé) lors de mes repérages Gare de Lyon et conservé depuis. Je le garde pour Coup de tête, parce qu'une scène nécessite que mon narrateur (qui, c'est décidé, n'aura définitivement pas de nom : je le gomme du quatrième jet en ce moment même) déchiffre le texte imprimé sur l'emballage (ingrédients, code barre et autres). Du coup j'ai demandé à Hugo de ne surtout surtout pas le jeter
L'impression d'être ma mère quand elle mettait de côté les rouleaux de PQ et les boites de yaourt parce que ça pourrait peut-être lui servir pour sa classe un de ces jours.
ne sachant pas réellement quand la nécessité de recopier l'emballage se ferait sentir. Comme les choses ont traîné et que la réécriture de la première partie a pris du temps, le passage en question je n'y suis toujours pas. Mais je me vois mal embarquer ma barquette de mini madeleines avec le reste de mes affaires pour le déménagement. Du coup je saute le pas, j'anticipe. Je retranscris tout quelque part, c'est à dire ici. Probablement que seule la partie ingrédients m'intéresse réellement mais, dans le doute, je prends tout, on ne sait jamais.
6 madeleines extra moelleuses
Le Guillou
recette gourmande aux oeufs frais
07 02 08 lot 284 AF1 11:43
Dégustez les madeleines extra moelleuses aux œufs frais Le Guillou. Intactes grâce à la barquette, elles vous accompagneront pour toutes vos pauses gourmandes, seul ou entre amis.
6 madeleines aux œufs frais
Ingrédients : Farine de blé – Sucre – Huile de colza – Oeufs frais 14% - Sirop de glucose – Stabilisant : sirop de sorbitol – Blancs d'oeufs – Poudre à lever : diphosphate disodique, carbonate acide de sodium – Dextrose – Sel – Emulsifiants : E471, E472e – Gélifiants : carraghénanes, farine de graines de guar – Conservateurs : E202, E282 – Arômes – Maltodextrines – Correcteur d'acidité : acide citrique. Fabrication dans un atelier utilisant : Lait, soja et fruits à coque.

3 248253 820205
Fabriqué en France par / Made in France by :
Pâtisserie Gourmandes SA BP 217 – 22602 Loudéac Cedex – France
Poids net / Net weight :
84g/2.8 oz e
A consommer de préférence avant le : voir sur l'emballage

Prologue

Par Menear, mercredi 2 juillet 2008 à 17:42 - Journal - Carnet de bord
Je termine de réécrire le prologue de Coup de tête. Cela fait partie de mes relectures de la première partie (quatrième jet) terminée il y a peu. Je crois que j'ai à présent atteint une version plausible : je m'approche d'un résultat qui pourrait tout à fait ressembler au résultat final. Je n'avais pas prévu de mettre ce petit bout de texte en ligne, mais l'idée me plaît finalement. Il ne s'agit que du prologue, en revanche, je ne compte pas tout publier au fur et à mesure.
Prologue. Jour zéro.



Et toi Ajay, tu t'es déjà cherché dans les reflets turquoises d'une piscine municipale ? Ton visage entre les lames mosaïques qui ondulent à l'ombre du fond. Tes yeux déformés quelque part à la surface. Ce goût de chlore raclé contre la gorge.
Je les vois, ces lignes striées au fond du bassin, je les vois qui se défont à mesure que l'eau par dessus les recouvre. Je les vois, aujourd'hui ou ailleurs, parce qu'elles sont gravées sur le revers de mes pupilles, je crois.
Cherche-moi. A la ligne d'eau numéro quatre. Les orteils crispés au bord du plongeoir. Les frissons circulaires sur la peau. De haut en bas et inversement. Mon corps paré, immobile. Ne reste plus que le départ à donner. J'attends que le signal éclate.
A ma droite, je tourne la tête, au premier couloir, je reconnais le corps de Nil. Un seul coup d'oeil est suffisant. Ses épaules déjà luisantes. Il a posé son gros sac bleu dans le coin et il sert l'élastique de ses lunettes. Il porte des palmes au bout des chevilles. Son regard et le haussement de sourcils qu'il me lance. Ses lèvres bougent, il se tourne vers Arjeen-Mangel au couloir deux. De là où je me trouve, j'entends pas vraiment ce qu'ils se disent. Mais je la vois, elle, sourire du bord des cils, un de ces rictus qu'elle a des fois, et puis elle laisse pivoter son corps en arrière. Sa peau reflète à son tour les reflets bleus-verts du chlore en suspend. Son maillot de bain rouge tatoué sur ses hanches et sur ses seins. Ses jambes croisées, sa peau nette glacée sur le carrelage. Est-ce qu'elle sait au moins qu'on n'est pas censé fumer dans une piscine municipale ?
Mais je me concentre, Ajay. Mes yeux fixés sur le bout de la ligne, ta silhouette en toile de fond. Pas question de perdre cette course, je pense – j'explique, j'entends.
Tout contre le rebord de ma pupille, à droite, je laisse glisser les mains et les bras de ce corps que j'essaie d'ignorer. C'est lui, tu sais. Lui : le monstre d'avant. Lui que j'ai déjà trop souvent eu le temps d'oublier. Ses cheveux bleus en vrac sous un bonnet jaune vif. Ses bras et ses épaules moulinés, brassés dans l'air contre ma pupille, à droite. Son torse tracé dans le prolongement. Je garde la tête fixe, je me dis. Ne jamais croiser son regard, je me dis. Je me laisse pas déconcentrer. On ne nage pas pour les autres.
Ces lignes qui ondulent, qui perdent leur justesse sous la surface, quand on les fixe trop longtemps, on finit par perdre tout sens des perspectives. On a la vue qui tangue. Dingue.
T'as remarqué l'homme-grenouille juste à ma gauche ? Il est assis sur le plongeoir, à l'envers du sens de l'eau. Sa combinaison le recouvre des pieds à la tête. Il porte une bouteille d'oxygène sur le dos. De là où je me trouve, j'aperçois seulement la base de sa nuque, fondue, moulée dans la combinaison. Peut-être que je le connais, Ajay, mais en réalité je sais pas. Je me dis qu'il a rien à faire ici. J'ai bien une petite idée de qui ça pourrait être, mais quand j'y pense je me ravise. C'est juste impossible.
On me fait signe que le départ risque d'être retardé à nouveau. Tout ce sang dans mes chevilles tape contre le sol. Je me décrispe les muscles. C'est jamais très bon de rester figé dans la même position pendant des heures. Je décolle mes pieds de la surface du plongeoir. Je laisse vriller mes bras autour de mes épaules pour les délier. Je tourne le dos à la tribune à moitié vide sur la droite. Je reconnais pourtant des visages que je souhaiterais fuir. Effacer. J'aperçois aussi, dans la parenthèse de l'instant, la lettre M taguée en gras sur le rebord de la tribune. La peinture continue de couler un petit peu. Elle glisse entre les rainures des carreaux. Soupir.
Peut-être parce que je suis tendu, peut-être parce que je m'ennuie, je vais jusqu'à me pencher contre la surface de l'eau. La fraîcheur, un instant. Le chlore saturé. Je glisse les doigts de ma main droite entre les fils de l'eau. Je regarde ailleurs. Je ne sens rien, mais je fais comme si.
Entre les couloirs six et sept, j'aperçois sans le vouloir leurs deux corps qui se frôlent, plus ou moins par accident. Je ne m'en détourne pas. Ils font bien ce qu'ils veulent. Ercini-Fort et son maillot noir qui luit contre sa peau. Elle se rapproche de Karl et de son corps délavé qu'il plante par dessus son short de bain. Aucune chance qu'il arrive à gagner avec ça, je pense, parce que c'est pas réglementaire. Et puis aussi : ça ralentit. Une fois immergé, ça glisse mal, ça glisse moins. Leurs épaules respectives se trouvent par moments. Ils ne prêtent pas attention à l'horloge qui continue de tourner. Pas sérieux, je pense.
On nous fait signe, enfin. Tous les sept participants prêts à se lancer à l'eau. Les pieds fondus contre la moiteur du plongeoir, les orteils crispés tout au bord.
Dis-moi, Ajay, pourquoi quand je ferme les yeux et que je pense à toi, c'est toujours ta main tendue que j'imagine en premier ?
Nous n'attendons plus que le signal éclate, aigu entre les crânes.
J'ai attendu toute ma vie que le signal éclate.
Nous n'attendons plus que l'eau glaciale enfin nous recouvre.
Nous n'attendons plus.
Parce que la course a déjà eu lieu.
Je ne sais pas qui a gagné. Je suis resté à quai. Le carrelage défait sous ma peau. Mes bras chauds autour de mes genoux. A frissonner. Suffoquer.

Je te le demande, Ajay, as-tu seulement vu tous ces corps rassemblés au même endroit auparavant ? Et pour autant, je pense, est-ce qu'on est obligé d'appeler ça mentir ?

« Cette vie » : Refus #8 & #9

Par Menear, samedi 28 juin 2008 à 19:15 - Journal - Carnet de bord
As usual...



Notes sur l'amputation #3

Par Menear, dimanche 22 juin 2008 à 16:50 - Journal - Carnet de bord
Deux personnes très différentes ont déjà accepté de répondre à mes questions vis à vis de l'amputation. Deux amputés, dont l'un médecin, mais deux amputés de membres inférieurs. Mon personnage-narrateur étant privé de sa main, sa main droite, il était important que je parvienne à débusquer quelqu'un qui soit directement concerné par ce problème là. Un amputé membre supérieur. C'est C. qui me permet ce contact en me donnant les coordonnées de M. M. n'a pas d'adresse e-mail : une nouvelle fois, l'entretien se déroulera de vive voix, via le téléphone. Entretien une nouvelle fois enregistré, puis retranscrit.

M. me raconte tout d'abord son histoire personnelle. Que c'est-il passé au juste ? Je fabriquais des petits pétards moi-même, il commence, et puis un jour j'ai fait une mauvaise manipulation et ça m'a pété dans la main. Le temps d'attendre les secours, j'avais la main et un morceau de la cuisse arrachés. En gros c'est ça. Je ne m'intéresse pas forcément aux détails crus et aux causes directes de l'accident, le gros de cette période étant, dans « Coup de tête », situé hors texte, mais je lui demande de poursuivre, ce qu'il fait d'un ton très dégagé. Le truc c'est que ma main était décollée de l'avant-bras, retenue par un tendon sur deux trois centimètres et il me restait plus que l'index. Sur l'index, y avait plus de peau, y avait que l'os et la chair dessus. Et ma cuisse était pas mal ouverte aussi avec un gros trou au dessus du genou. Après ça, je me suis allongé par terre, j'ai appelé au secours, on est venu, on m'a fait un garrot, des points de compression en attendant le SAMU. Je suis restée une bonne demie heure allongé comme ça. Comme c'était délicat de me transporter après, ils m'ont plongé dans un coma artificiel. Je me suis réveillé trois semaines après, j'étais en salle de réveil. Quand on aborde la question de ses premières impressions, au réveil, M. me raconte très calmement quel était son état d'esprit du moment : à son réveil, sa main était déjà cicatrisée, cachée sous un gros pansement. Sa cuisse également. Ils m'ont fait une greffe de peau sur la cuisse, il me dit aussi, j'avais la chair à vif. M. m'explique ensuite qu'on le monte au treizième étage, comme si le chiffre treize gardait son importance plusieurs années plus tard, où il peut bénéficier d'une chambre simple. Il reste au treizième étage de l'hôpital pendant deux mois et demi.

De son propre aveux, la rééducation se déroule de façon plutôt rapide. Les médecins me disaient que je me remettais très vite, qu'ils avaient jamais vu ça. Il me précise qu'il avait alors un gros mental et que dans ce genre de rééducation, le mental, c'est au moins cinquante pour cent du boulot. Il m'explique ensuite les différentes étapes indispensables pour l'appareillage. Je me permets de les omettre pour cet article puisque la question de l'appareillage ne m'intéresse pas vis à vis de« Coup de tête ». Je retiens simplement cette phrase, prononcée à la suite de ses explications : en réalité ma prothèse, je ne m'en sers pas. Parce qu'il n'y a pas grande nécessité à s'en servir.

A une main, on ne peut plus faire autant de gestes qu'avant. Des gestes banales. Du quotidien. Ça, évidemment, j'en ai pris conscience depuis longtemps. Mais quand il s'agit d'identifier ces gestes, on ne se rend pas forcément compte. Pris par le déroulement naturel de l'écriture et toutes les contraintes qui s'y fixent, j'oublie souvent que telle ou telle capacité physique n'est plus envisageable pour quelqu'un qui ne bénéficie plus de ses deux mains. A la relecture, du coup, je me trouve forcé à répéter moi-même les gestes en question. Voir si c'est possible. Voir si ça colle. Si ça ne colle pas, je m'adapte.
M. me parle de certains de ces gestes : je peux pas me couper un steak, par exemple. Ou alors, au début, j'avais beaucoup de mal à m'habiller. Mettre des boutons à une main ou mettre un jean's c'est très dur. Même si évidemment, avec le temps, on prend l'habitude. Je m'intéresse tout particulièrement au problème de la poignée de main parce qu'elle est lourde de symbolisme. Comment on fait, quand on est droitier, pour faire face à cette obligation d'admettre physiquement devant l'autre qu'on n'est pas réellement comme lui ? Réponse : je sers la main de la main gauche maintenant. Je retourne ma main et je sers la main de la main gauche pour que ça s'emboîte bien avec la main droite. Des fois certaines personnes se posent des questions mais ça va pas plus loin. Je le fais comme ça parce que j'ai pas le choix.

Comme avec P. et C. j'aborde également avec M. le chapitre de la douleur, pour moi capital. Et plus j'aurais un « panel » de témoignages représentatifs, mieux ce sera. M. m'explique que plusieurs années après l'accident, il ressent toujours certaines douleurs propres à l'amputation (pour des explications plus techniques, se reporter aux témoignages du Dr C.). Ça brûle, il m'explique, comme si on sentait sa main. Ça brûle du matin au soir. Y a comme des décharges électriques dans toute la main, les doigts... C'est souvent sur un doigt ou deux, ça donne l'impression qu'il y a de l'électricité, des fois ça lance. C'est très spécial comme douleur. Je prends des médicaments pour ça, mais y a pas de douleur zéro. Ça revient toujours. J'ai jamais arrêté d'en prendre depuis mon opération. La question du moral découle d'elle même : bien sûr que les douleurs jouent aussi sur le moral. Quand on est fatigué, quand on est énervé, on a beaucoup plus mal. Ça affecte le mental. C'est le soir avant de dormir que les douleurs sont le plus intenses, par exemple. Quand il y a des baisses de moral, aussi, les douleurs reviennent beaucoup plus fortes. Ça dépend de la météo aussi : quand il fait mauvais dehors, c'est encore un peu plus douloureux. Pareil quand les saisons changent... Il me précise enfin le nom du médicament qu'il prend le plus souvent : Rivotril. A prendre le soir, à la fois pour apaiser les douleurs et également pour l'aider à mieux dormir. Le Rivotril fait aussi office de somnifère.

De son propre aveux, s'il y a bien un élément plus pénible encore dans sa situation que la douleur elle-même, c'est le regard des autres. Ça c'est quand même assez casse pieds, me lâche-t-il. Mais si M. fait partie de ceux qui ont accepté de répondre à mes questions (m'est avis qu'aucun amputé « non assumé » aurait accepté de le faire, évidemment), c'est qu'il est parvenu à dépasser ses premières pénibles impressions : je suis resté comme j'étais. J'allais pas me cacher parce que les gens me regardaient. Maintenant y a aucun problème. Tout le monde le sait. C'est pas que ça me dérange pas, c'est juste que j'ai pas le choix. Il y a beaucoup de préjugés de la part des autres... C'est comme ça, et puis c'est tout.
Au niveau du moral, il admet cela dit que cette situation peut-être usante à la longue. Il me raconte pour appuyer son point de vue une petite anecdote : j'ai passé des tests pour être guichetier à la SNCF il y a quelques mois. Niveau physique, ça allait mais j'ai été recalé par la psychologue qui m'a dit que j'avais plus un profil technique ou manuel que commercial. Ça veut dire quoi ça ? Je veux dire : je fais comment pour faire un boulot technique ? C'est des petites détresses comme ça qui démoralisent. Et puis on se dit que c'est reparti, que c'est pas important.

Je termine notre conversation en lui demandant s'il n'est pas, depuis son accident, sujet à certains traumatismes. Sujet délicat auquel il répond par l'affirmative sans dévier. Il m'explique : maintenant j'ai un peu de mal à m'approcher d'une bouteille de gaz pendant l'été. Avant je faisais pas attention à ces trucs là. Maintenant, c'est différent.

Après cette conversation d'une demie-heure environ, je pense avoir récolté suffisamment d'informations et de points de vue sur la question. Je conserve tout de même les coordonnées de P., C. et M., au cas où. D'autres informations plus factuelles sont faciles à trouver, également. A travers ces entretiens, ces témoignages, je cherchais surtout à traquer un ressenti. Plusieurs, en l'occurrence. Et grâce à leurs voix, parvenir à mieux cerner la personnalité de C.D., mon personnage, que j'ai parfois eu du mal à tenir. Comprendre comment il souffre, c'est comprendre comment il pense et donc comment il dit. Je ne pourrais pas l'écrire sans avoir ces renseignements là. C'est pourquoi je profite de ces quelques lignes, de ces quelques pages, pour remercier une nouvelle fois mes trois témoins tout en terminant cette série de notes sur l'amputation, que je mets en ligne ici pour permettre d'apercevoir l'envers du texte.

Laisser reposer entre virgules

Par Menear, samedi 21 juin 2008 à 16:12 - Journal - Carnet de bord
« Coup de tête » en stand-by, voilà qui est habituel. L'écriture du quatrième jet s'est poursuivi jusqu'à aujourd'hui (hier en réalité), date à laquelle j'ai tapé un point final imaginaire à ma première partie (Ville I). Partie encore à remanier, bien sûr, mais on s'approche grosso modo de ce qu'on avait en tête à la base. Voilà une version dont je n'aurais pas (trop) à rougir en la reprenant dans les semaines à venir.

Je ne laisse pas reposer le texte pour le plaisir, cela dit. Simplement que la semaine (les semaines) à venir va (vont) probablement être assez chargée (chargées). Nous avons un déménagement à préparer. Et avant ça : un appartement à dénicher. Du coup : on profite du brevet de la semaine prochaine (pas de cours pendant le brevet) pour aller prospecter. Quelques appartements à visiter, quelques agences à harceler. Ce devrait être l'affaire de deux, trois jours, on verra selon ce qu'on trouve. D'ici là, éventuellement, des nouvelles au jour le jour, si connexion wifi dans l'hôtel où on restera dormir.

« Coup de tête » en stand-by parce que pas le choix, du coup. Je ne trouverai pas le temps d'écrire dans les jours prochains. Je profite donc de ce faux point final posé au bas de la première partie pour m'autoriser une pause. Pas vraiment une mise entre parenthèses, plutôt une mise entre virgules. Ce quatrième jet devra être repris une fois installation terminée, peu importe où. Et puis que cette interruption forcée m'amène au moins un peu de recul pour mieux me permettre de juger le travail effectué ces deux derniers mois, ce sera toujours ça de pris.

Croquis #1

Par Menear, samedi 7 juin 2008 à 13:34 - Journal - Carnet de bord - Exercices
Dans le tram d'hier depuis République jusqu'à terminus, bout de course sur (entre autres) Right.


- dégarni à la brochure sécurité sociale écouteurs fixés dans les oreilles
- noir Converse au mp3 regard fixe hors de la fenêtre tape du pied en rythme au sol
- vieille à la béquille qui roule contre la vitre au démarrage puis se laisse tomber sur le siège préalablement retenu par quelqu'un qui l'aide à s'asseoir
- t-shirt orange Van's marrons mal rasé casquette large noire cheveux bouclés mi-longs en dessous poils du torse légers dans l'ouverture du t-shirt lunettes fumées regard en transparence derrière assurance superbe le dos très droit ses yeux fixes
- jeune crête au gel éparpillé lunettes montures larges fashion ou presque
- jeune veste costume noire sur chemise noire deux boutons ouverts au col jean's ceinture rouge sombre toutes petites lunettes de soleil comme un mauvais méchant d'un mauvais film de Hong-Kong un bouquet de fleurs enplastiquées dans la main droite
- fille jupe orange tendance hindou sur gilet blanc laine trois fleurs enplastiquées dans la main gauche sac bleu ornements dorés par dessus mal à l'aise s'assume mal
- robe mauve et grise seize ans chaussures de gamine de six et blouson cuir marron au coude
- air renfrogné lunettes sur le front cheveux attachés-détachés sac blanc cassé sur robe noire sac Eastpack aux pieds et sac Etam à côté par terre des airs de Carla Bruni ado
- sonnerie Soupe aux choux un moment puis décroche
- veste jaune mascara bleu petit sac forme trapèze cuir marron
- blouson rose sac turquoise trop gentille pour être vraie
- changement chauffeur faux playboy veste noir cheveux courts
- lycéen jean's gris sur chemise blanche deux boutons ouverts au col et chevilles visibles car jean's remonté par position assise et chaussettes baissées sous la malléole couché dans l'herbe en sortant face patinoire écoute musique électro-cheap qui crachote depuis portable accroché à la ceinture
- lycéen jean's bleu sombre chemise blanche ouverte sur faux maillot foot ou basket inscription bleu ciel sur fond blanc avec liserets bleus bras autour des genoux un moment assis dans l'herbe en sortant face patinoire
- mamie veste bleu et corsage ocre bouquet jaune bleu rouge dans main droite cheveux frisés-laqués grosses lunettes grosses montures boucles d'oreilles clipées en forme de boules sac de fringues à ses pieds chaussures blanches assise à l'envers du banc en sortant face patinoire bracelets qui brillent au soleil compte avec les doigts de sa main gauche regard dans le vide

question : ai-je épuisé tout le monde ?

EDEN (Ville I, troisième jour)

Par Menear, mardi 3 juin 2008 à 15:01 - Journal - Carnet de bord
Des passages à problème y en a toujours. Celui-là plus que les autres. Et dans la durée en plus. Depuis deux ans que ça dure et pas deux fois je l'ai écrit pareil. Je l'ai toujours modifié, je l'ai toujours transformé, bouleversé. Parce qu'il y a un truc qui cloche. Quoi, je sais pas encore. Mais ça bloque, ça bute, ça fait chier.

On est dans la première partie du truc (Ville I), on se situe à la fin du troisième jour. Dans les versions précédentes, c'était pas exactement le troisième jour. Des fois c'était le quatrième ou le cinquième. Des fois ça se passait plutôt ici et puis ensuite plutôt là (fac en vacances, Méliès en relâche, EDEN en friches). Ça bougeait, ça évoluait, c'était jamais fixe. A chaque réécriture, je me disais, tiens et si plutôt et puis je faisais encore autre chose et je déménageais tout une fois de trop. En pleine troisième (ou quatrième, je sais plus) réécriture, il faudrait peut-être arriver à un compromis. Se fixer une bonne fois pour toute. Je croyais y être parvenu mais nom de| qu'est-ce que c'est laborieux.

Le truc, c'est que le passage en question (Ville I, troisième jour) a d'abord trouvé son utilité pour raccorder deux passages entre eux. Autrement dit : meubler. Autrement dit : se-planter-comme-c'est-pas-permis. Pourtant au fil des réécritures, le passage en question est resté, a gagné en importance, si bien qu'il est aujourd'hui essentiel. Il ne s'agit plus de meubler. En première plongée, cela dit, j'ai l'impression de me faire avoir quand même.

Le truc (l'autre), c'est que le passage en question nécessitait également une série de renseignements formels que j'avais du mal à débusquer. Mon passage se déroule dans un squat. Il me fallait donc une ambiance, des impressions d'ensemble. Or jusque là, ma façon de faire était toujours la même : caser des évènements et des personnages fictifs dans des lieux réels. Là, inversement, patatra : assembler des conversations réelles dans un lieu fictif. Et je patauge. Et même avec les informations que m'a gentiment confiées Virginie il y a quelques mois, et même avec tout un tas de visites diverses sur tout un tas de réseaux internet sur la chose, je ne me sens toujours pas dans mon élément. Parce que la phase de repérages me fait défaut. Parce que je ne peux pas repérer quelque chose qui n'existe pas.



Les astuces ne manquent pas. Je ne me prive pas de les utiliser d'ailleurs. J'ai opté pour une retranscription stroboscopique de la soirée. Parce que mon personnage-narrateur ne reçoit que quelques impressions fixes. Parce qu'il capte aléatoirement ce qui lui coule devant les yeux. Je me sers aussi du film La quatrième guerre mondiale vu avant-hier comme outil pour hacher le rythme (plus qu'il ne l'est déjà).
Avant hier je regarde le documentaire avec mon cahier bleu (anciennement vert) sous la main histoire de prendre des notes. Je traque les phrases clé, j'épluche les sous-titres. Pendant que les explosions pleuvent et que les corps s'entassent et que les récits miséreux glissent, moi je me penche sur ma page et j'écris ce que je viens d'entendre ou de lire
j'écris
- d'un côté, un système d'une rare violence et de l'autre, nous...
- leur guerre anéantit le langage
- occupation veut dire que chaque jour tu meures et le monde te regarde en silence
- en me promenant dans les rues de Séoul de nuit, même moi j'arrive presque à croire
- les rues sont pleines de fantômes
- nous luttons pour un nouveau monde
- nous sommes tous des clandestins
- l'autre c'est moi
- la mort des gens c'est toujours pareil : comme si personne n'était mort, rien
- nous refusons de nous rendre
- et les rues nous appartiennent
- c'est l'heure de la dignité
- marche et parle
- notre regard avance
- tu ne seras plus toi, maintenant tu es nous
content d'avoir enfin ce que je cherche et là Hugo se tourne vers moi et me dit Tu m'étonneras toujours, alors je tourne la tête, j'appuie sur la barre d'espace pour mettre le documentaire en pause et je lui dis, mon stylo encore entre les dents : pourquoi ?
Mais quelque chose manque encore et si le résultat actuel est résolument meilleur que n'importe laquelle des étapes précédentes ce n'est toujours pas ça.

Cette manière de buter de façon répétée sur les mêmes erreurs, sur les mêmes ratés, au fur et à mesure des réécritures, mine de rien, ça plombe. Parce que je sais que ce Ville I, troisième jour n'est qu'une des multiples étapes à franchir.
Parce que toute la deuxième partie est elle-même un passage à problème.
Parce que la fin de la troisième partie est hésitante.
Parce que la quatrième est encore neuve.
Parce que la cinquième est probablement encore susceptible de changer d'ici à ce que je la rattrape.
Parce que le troisième jet (bancal et chaotique) était tellement mauvais, qu'il faudra encore de nombreux efforts pour rectifier le tir.

J'ai mis deux ans à trouver l'équilibre idéal entre le poids de la narration et la personnalité de mon narrateur. J'ai mis trois réécritures différentes pour comprendre où je devais aller. Mais ces passages-à-problème sont toujours là. Il n'en serait probablement même pas question si j'avais à la base bâti un plan digne de ce nom. Je me console en me disant que je ne fais qu'apprendre et que la prochaine fois je ne me planterai pas.

Repérages « Coup de tête » : Ville 3

Par Menear, mardi 27 mai 2008 à 17:47 - Journal - Images - Carnet de bord
Suite de suite (et fin (bis) ?) des repérages photos pour « Coup de tête ». Je triche un peu en réalité, parce que ces photos, je les ai prises il y a longtemps. Lors de ma dernière rentrée stéphanoise. Je n'avais pas eu le temps et/ou l'envie de les mettre en ligne plus tôt. Peut-être aussi que je les ai un peu oubliées, ces photos. Aujourd'hui je les publie, comme les autres, afin de poursuivre le tracé photographique de mes repérages en série. Ca commence à faire beaucoup mais après tout pourquoi pas ?

Cette série complète les deux premiers volets dédiés à la ville (qui concerne, en l'occurrence la première et la quatrième partie du roman). Ville à l'extrême nord en réalité, où l'on suit le tracé du tram jusqu'à son demi-tour à côté de l'hôpital, un lieu important dans le roman. La plupart des photos se focalise sur le tram ou sur le CHU. Comme souvent, petit florilège dans le corps du billet, et le reste directement dans le répertoire "Images".









Récits anonymes #11

Par Menear, vendredi 23 mai 2008 à 18:14 - Journal - Carnet de bord - Exercices
Dans la rue à longer les trottoirs d'une banlieue résidentielle un peu fadasse. J'y croise un couple de retraités qui marchent lentement le long de la rue. Madame pousse un fauteuil roulant pendant que monsieur regarde ailleurs. Dans le fauteuil roulant, je remarque à plusieurs mètres de là, il n'y a personne. Peut-être qu'elle s'en sert comme d'un déambulateur ou que sais-je encore. Quand j'arrive à leur niveau et que je les croise, je jette un oeil au siège du fauteuil. Contrairement à ce que j'avais d'abord cru, il n'est pas vide. Quelque chose de posé. Un puzzle. Qu'on se comprenne bien : je parle d'une boite de puzzle, bien sûr, et non d'un humanoïde composé de pièces de puzzle en grande quantité. La nuance est importante.
Et s'il s'était réellement s'agit de cet humanoïde, je me mets à penser alors même que j'imagine l'écriture de ces lignes, plusieurs heures plus tard, pendant d'autres déambulations sur d'autres trottoirs, en croisant d'autres corps qui, eux, ne poussent pas de fauteuils roulants. Et si. Alors la personne, l'humanoïde, aurait croisé mon regard, j'aurais croisé le sien, on se serait mutuellement salué peut-être mais probablement que non parce qu'en général je ne vois pas pourquoi j'irais saluer un puzzle que je ne connais pas. Donc admettons qu'on se soit juste traversé du regard l'un et l'autre. Peut-être que j'aurais tourné la tête après ça et que je me serais désintéressé de lui et de ses reflets biseautés par dessus les traits de son visage, de son visage craquelé et de ses yeux-mosaïques. Et puis le fauteuil aurait roulé sur une bosse ou sur du mauvais gravier ce qui aurait entraîné, du coup, la chute silencieuse d'un bout de couleurs malaxés qui serait apparu sur le bord de mon regard. Je l'aurais ramassé, j'aurais interpellé madame qui n'aurait peut-être pas fait attention parce qu'elle a un peu les yeux ailleurs quand elle marche. J'aurais juste dit un truc du genre « scusez- moi, vous avez laissé tomber votre pied » et j'aurais tendu une grosse boule de pièces entremêlées et madame se serait retourné, aurait attrapé la grosse boule en question et m'aurait dit « oh merci, c'est bien gentil, merci » parce qu'après tout il est vrai que je suis éminemment sympathique avec les gens qui perdent une partie de leur anatomie en cours de route.
Je crois que j'ai reconnu sur la couverture de la boite en question la photo d'un paysage de montagne, avec des cimes enneigées dans le fond du fond. La boite était large, elle occupait toute la place sur le siège du fauteuil : ça devait être un vrai puzzle bien dur de 5000 pièces ou un truc dans le genre.R

Ceux qu'on effleure

Par Menear, dimanche 18 mai 2008 à 17:25 - Journal - Carnet de bord
Broutille.

Je le dis parce que je l'expérimente ces temps-ci (expérimente ne convient pas vraiment, je devrais plutôt dire que je le ressens) mais en réalité je crois que c'est un truc qui revient régulièrement. Le truc en question : l'intérêt que l'on porte plus facilement pour les personnages (très) secondaires, ceux qu'on aperçoit à peine au détour d'une page (ou d'une image ou d'un plan). Plus que ceux qui monopolisent les premiers rôles, ce sont les absents qui me séduisent. Ceux qu'on voit cinq minutes à peine et qui n'ont aucune incidence sur rien. Ceux là, ceux qu'on ne fait qu'effleurer et encore.

Je parle dans la fiction, bien sûr.

Des exemples, des noms, dans le vrac de mes souvenirs, je peux difficilement en retrouver. Justement parce qu'ils sont anecdotiques, effacés, absents. En général j'en ai un vague souvenir. C'est souvent le fils de, la copine de, le clodo qui, le type chez, l'ex-femme du. Ce genre de trucs. Ils sont les fantômes de personnages qui dépassent par endroits parfois. Ils n'apparaissent qu'en surface. On ne sait jamais rien d'eux et c'est justement pour ça qu'ils me plaisent. Tellement pleins de possibilités, tellement pleins de creux et de vide en eux qu'on ne peut que se mettre à les remplir soi-même. Parce qu'ils ne sont que des brouillons en pointillés à relier et reproduire à sa guise. Voilà pourquoi.

Ce genre de personnage tout en creux à l'intérieur s'est de lui-même imposé à moi dans l'écriture de « Coup de tête ». Je lui ai choisis un nom bien précis dont je travestis l'orthographe dans ma tête pour le garder à moi. Je n'imagine que sa silhouette. Et encore. Il ne parle jamais. Il est presque absent. On l'effleure en permanence. Il n'est personne. Il y a quelques jours je me suis mis à imaginer ce qu'il pourrait être dans le contexte d'une fiction bien à lui. Ce que j'y ai vu m'a plu. Évidemment, je laisserai cette partie de l'iceberg sous la surface de l'eau. Qu'il reste vide autour et à l'intérieur de lui. C'est important.

Broutille, certes, mais broutille qui me tient à cœur.