Omega Blue
|||

Potentiellement fictif. | Bio/Contact | Flux RSS | Radio

Mécanismes Episode 26 (La sûreté intérieure)

Par Menear, dimanche 1 juin 2008 à 12:50 - Fictions - Octets - Mécanismes
Voilà, ça y est : le dernier épisode de la saison 3 de Mécanismes et, très probablement, le dernier épisode de la série tout court. Pas que je sois allé au bout de toutes mes idées sur le sujet, mais parce qu'écrire dix épisodes par saison c'est très lourd et que le résultat, à l'arrivée, et quand même très médiocre. Donc voilà, rideau comme on dit. En attendant, une conclusion quand même pour cette troisième saison et avant cela un petit...

Résumé des épisodes précédents Léon Bloy, monstre hybride abritant en lui les personnalités d'Arto Pizzetti et de Luca Pacioli, sont parvenus à remonter la piste du faux Arto Pizzetti, un être inconnu qui pouvait être ce voleur de corps qu'ils traquaient depuis leur "incident" au Groënland. Malheureusement, le faux Pizzetti se fait exécuter sous leurs yeux par Clarice Louvet. C'est à ce moment là qu'Erin Bakura et ses hommes choisissent d'intervenir pour arrêter l'hybride. Jusqu'à ce que de mystérieux hommes en noir kidnappe Bloy et disparaissent sans laisser une trace...

Une inextricable aberration mentale et par dessus le marché, le temps n'existait plus. Un jour durait une heure, une heure durait des mois, la nuit se fondait dans le rien, les jours s'étendaient sans limite, ou bien était-ce l'inverse, la notion même de seconde perdait tout son sens : fractionnement grotesque d'une masse si compacte et aliénante qu'elle en devenait monstrueuse ; les jours duraient des heures duraient des mois et des heures à nouveau. Un monstre, voilà ce dont il s'agissait. Et à Léon Bloy, monstre lui-même à l'occasion, de se perdre à jamais dans les errements carcéraux de sa condition actuelle. Il était enfermé depuis des mois, des années peut-être. Il n'avait plus aucune notion du temps, ni même de lui-même d'ailleurs, pas plus qu'il ne comprenait où il était et pourquoi il s'y trouvait. Et depuis combien de temps. C'était bien ce qui l'obsédait, au fond : le temps. En permanence des montres brisées aux mécanismes rouillées s'immobilisaient dans sa tête. Et aucun moyen pour lui d'y remédier.

Lire la suite.

Mécanismes Episode 25 (La mort d'Arto Pizzetti)

Par Menear, jeudi 15 mai 2008 à 14:23 - Fictions - Octets - Mécanismes
La dernière ligne droite : la saison 3 sur le point de s'achever avec l'avant-dernier épisode. Probablement le meilleur, de mon point de vue. Ce qui signifie en réalité : il se passe enfin quelque chose ! Bref : place au...

Résumé des épisodes précédents
Luca Pacioli et Arto Pizzetti, respectivement proie et chasseur durant la saison 2, vivent désormais dans le même corps : le corps d'un être hybride répugnant. Après avoir passé dix-huit mois à Istanbul, loin des enquêtes sur la disparition de l'un ou de l'autre, Erin Bakura, ancienne collègue de Pizzetti, vient les chercher en Turquie. Forcé de retourner en France, l'hybride décide de se mettre en chasse du corps de Pizzetti, manquant, afin de résoudre cette affaire. Pour ce faire, il emprunte l'identité fictive de Léon Bloy, enquêteur des Affaires Etrangères, et se lance dans cette enquête identitaire. Après avoir remonté la piste de Pizzetti, qui semble continuer sa vie comme si de rien n'était et dont il semble évident qu'il s'agisse d'un imposteur, Bloy se fait rattraper par les hommes d'Erin Bakura, toujours sur sa trace. Lors d'un interrogatoire confus, Bloy finit par se libérer et s'échappe de l'entrepôt dans lequel il était tenu prisonnier...

Léon Bloy courait sans jamais se retourner – ne jamais, jamais se retourner ! – remontant les rues au hasard de leurs rencontres, coupant par la gauche, par la droite, quand il le pouvait, longeant les quais, s'écartant des grands axes de communications. Il ignorait la progression de la trotteuse sur le cadran de sa montre, il ignorait combien de temps il était resté enfermé dans cet entrepôt glacial. Peut-être l'après midi commençait-elle à décliner. A moins que la douceur du temps printanier tout simplement n'ait changé d'humeur.
Derrière lui, il les entendait, il les sentait remonter le long de sa colonne, le bruit des pas de ceux qui le poursuivaient, ne le lâchaient pas, ne le lâcheraient jamais ; Erin Bakura et ses hommes. Leur échapper, fuir, cela ne voulait pas forcément dire retrouver la liberté, mais bien gagner suffisamment de temps pour pouvoir rejoindre la rue de Reims et, par conséquent retrouver le faux Arto Pizzetti. Tel était l'enjeu. Ses détours et autres écarts n'avaient pour autre but que de rester le plus longtemps possible hors de leur vue ; leur donner l'impression que oui, en réalité, il fuyait, il fuyait n'importe où. C'était la seule manière de gagner le plus de temps possible dans ces circonstances particulières.


Lire la suite.

Quatre

Par Pierre, dimanche 11 mai 2008 à 19:51 - Fictions - Vie Fictive
AMF n'est plus tout à fait AMF passé la porte de son appartement. Si c'était bien son appartement. Et je n'en suis pas si sûr. Peut-être que c'était celui de l'autre fille. Ou n'importe quel autre en réalité.

Ce soir là, AMF ne m'a pas appelé, je ne l'ai pas appelée. C'est cette fille qui a utilisé son portable et s'est fait passer pour elle. Une adresse. Moi, j'y suis allé. Et j'ai ouvert la porte. J'ai trouvé cette fille qui n'était pas AMF, n'avait rien à voir avec elle. Elle ne m'a même pas souris. Elle a seulement dit un truc, j'ai oublié quoi, et puis elle poussé son corps contre la porte et moi au milieu et elle m'a mordu la lèvre en m'embrassant. Elle avait la peau brûlante, il commençait déjà à faire très chaud dehors. Elle avait juste un débardeur par dessus et un petit short qui la serrait à mi-cuisses.

AMF de retour bien après qu'il ait commencé à faire nuit. Elle ne s'étonne pas de me trouver là, chez elle, devant elle, entre la fille qui vit chez elle et elle. Elle a peut-être dit un truc, j'ai oublié quoi, et puis elle s'est retournée, à défait ses chaussures, ses pieds dessous étaient rouge, et puis elle a simplement dit : Ambre. En réaction, la fille a glissé jusqu'à elle, elle était en soutif, et elle s'est collée dans son dos, elle lui a défait la fermeture de sa robe qu'elle avait dans le dos. Je me suis dit après coup que Ambre, c'était probablement son nom à l'autre fille. Ensuite, AMF s'est retournée, s'est enfoncée dans la salle de bain et a laissé couler le robinet de longues secondes. Elle est revenue les cheveux humides et elle s'est accoudé sur la rebord de la fenêtre. Elle s'est allumée une clope. Un peu plus tôt, avant qu'elle revienne, cette Ambre m'avait dit qu'elles n'avaient jamais fait l'amour ensemble, mais je ne sais jamais qui croire dans ces affaires. Et puis de toute façon je m'en fous.

AMF sur le rebord de la fenêtre : elle balance le mégot sans effort, elle se décolle de la bordure. Elle se retourne vers nous et nous on ne sait pas quoi lui dire. Sauf Ambre, qui lui demande : t'as perdu combien ? Et elle s'écarte complètement de la fenêtre, AMF : la paume ouverte, le pouce rabattu au centre de sa main. La chaise sur laquelle Ambre est assise n'arrête pas de grincer, on dirait un squelette qu'on déboîte de la tombe. Ensuite AMF nous passe devant comme des ombres, elle est en soutif elle-aussi. La chaleur ne la fait même pas transpirer : les gouttelettes d'eau qui lui roulent sur la peau, c'est l'eau du robinet qu'elle a du faire couler sur ces cheveux un peu plus tôt.

AMF ne nous a plus adressé la parole ensuite. Je l'ai juste vue longer le couloir, errer vers la porte, revenir. Elle s'est murée dans la cuisine ensuite. Je l'ai vue dans le reflet du miroir de l'entrée, elle a laissé la porte grande ouverte. Elle s'est collée contre la gazinière, elle a fait chauffé de l'eau. Elle a eu un mouvement de recul quand elle a laissé tomber le sachet de riz dans la casserole.

J'ai demandé à Ambre quel était le problème. Qu'est-ce que j'en sais, moi, elle m'a répondu, comme si elle ne savait rien. Et puis elle s'est allongée dans la largeur du canapé et elle m'a dit : oublie.

Mécanismes Episode 24 (Frédéric Ozanam)

Par Menear, jeudi 1 mai 2008 à 13:48 - Fictions - Octets - Mécanismes
Bon : plus que deux (en plus de celui-là) ; ça se tire...

Résumé des épisodes précédents
Luca Pacioli et Arto Pizzetti, respectivement proie et chasseur durant la saison 2, vivent désormais dans le même corps : le corps d'un être hybride répugnant. Après avoir passé dix-huit mois à Istanbul, loin des enquêtes sur la disparition de l'un ou de l'autre, Erin Bakura, ancienne collègue de Pizzetti, vient les chercher en Turquie. Forcé de retourner en France, l'hybride décide de se mettre en chasse du corps de Pizzetti, manquant, afin de résoudre cette affaire. Pour ce faire, il emprunte l'identité fictive de Léon Bloy, enquêteur des Affaires Etrangères, et se lance dans cette enquête identitaire. Après avoir retrouvé la trace de son ancien domicile, Bloy découvre, stupéfait, que quelqu'un d'autre a continué de vivre sous les traits d'Arto Pizzetti, celui qu'il était avant son "traumatisme". Bloy se met donc dans l'idée de le retrouver. Après une tentative ratée aux portes du ministère, il se procure les dossiers confidentiels du faux Pizzetti dans le but de retrouver sa trace...

La chambre d'hôtel réservée par Léon Bloy à l'Hôtel de l'Échelle dans le quatorzième arrondissement, n'était pas grande : un lit, un petit bureau dans un coin, une fenêtre donnant sur les restes d'un champ improbable. Le stricte nécessaire, somme toute. L'hybride n'avait pas besoin de plus. La petite somme récupérée dans l'ancien appartement d'Arto Pizzetti peu à peu se décomposait dans ses poches de pantalon. Avec ce qu'il lui restait, il ne pouvait que prolonger son séjour à l'hôtel de quelques jours, repas compris. En tout et pour tout, ces économies si furtivement dilapidées lui avaient permis de tenir deux semaines. Il allait, pour la suite, devoir se débrouiller autrement.

Dans cette chambre d'hôtel régnait un bazar indescriptible. Il avait explicitement demandé au personnel d'entretien de ne pas s'occuper de sa chambre. Depuis deux semaines, son état ne faisait qu'empirer. Des restes de nourriture s'échelonnaient dans les coins, des vêtements gisaient, sales et froissés, sur le sol, le matelas sortait des limites du sommier et tenait là, en équilibre, au-dessus du sol. Et sur la surface du plancher, occupant l'intégralité des quinze mètres carrés de la pièce, des dizaines de feuilles détachées, agrafées, découpées, déchirées, de l'encre indélébile sur les plinthes, des dossiers vidés de leur substance, des notes prises sur le moment et raturées ensuite... Et au centre de ce capharnaüm deux étoiles : le corps de Léon Bloy, à demi couché sur le sol, les yeux collés contre ces feuilles de papiers mélangées et salies. Il décryptait, une à une, ces lettres griffonnées à la hâte et à moitié illisible.


Lire la suite.

Mécanismes Episode 23 (Comment traquer son ombre ?)

Par Menear, mardi 15 avril 2008 à 12:39 - Fictions - Octets - Mécanismes
Résumé des épisodes précédents
Luca Pacioli et Arto Pizzetti, respectivement proie et chasseur durant la saison 2, vivent désormais dans le même corps : le corps d'un être hybride répugnant. Après avoir passé dix-huit mois à Istanbul, loin des enquêtes sur la disparition de l'un ou de l'autre, Erin Bakura, ancienne collègue de Pizzetti, vient les chercher en Turquie. Forcé de retourner en France, l'hybride décide de se mettre en chasse du corps de Pizzetti, manquant, afin de résoudre cette affaire. Pour ce faire, il empreinte l'identité fictive de Léon Bloy, enquêteur des Affaires Etrangères, et se lance dans cette enquête identitaire. Après avoir retrouvé la trace de son ancien domicile, Bloy découvre, stupéfait, que quelqu'un d'autre a continué de vivre sous les traits d'Arto Pizzetti, celui qu'il était avant son "traumatisme". Qui est cet autre Pizzetti ? Un imposteur ? Ou bien aurait-il lui-même glissé dans un monde qui n'est plus le sien à présent ? (tintintin)

Arto Pizzetti, longtemps auparavant, avait pris l'habitude, dans ses années parisiennes, de déambuler le long des quais, le temps peut-être de fumer une cigarette ou simplement de se vider l'esprit, de clarifier ses pensées. De longues et lentes marches, les jambes toujours perpendiculaires à ces vagues de la Manche qui, à grands fracas grisâtres, s'échouaient contre les digues de pierre. Au loin, peut-être, pouvait-on apercevoir la Grande Bretagne. Au loin, pourtant, ne se révélait aucun contour, aucune silhouette, ni même la moindre succession de brume.

Luca Pacioli, longtemps auparavant, s'était retrouvé, par hasard et par défaut, sur les quais parisiens, lui aussi, face à la Manche, incertain et résigné. Ce n'était peut-être pas ce quai précisément, mais qu'importe, les quais se ressemblent tous, le port n'était pas loin, après tout, et les souvenirs, sans règles ni lois figées, resurgissent sans prévenir, sans attendre, sans raison. Près de trois ans plus tôt, c'est vrai, Luca Pacioli s'était retrouvé devant cette même mer apathique, un matin à l'aube, le Solferino solidement amarré au port, et lui-même prêt à s'y installer. C'était hier à peine et pourtant si faux et hors d'atteinte dans les incertitudes d'un passé révolu.


Lire la suite.

Mécanismes Episode 22 (Retourner le temps)

Par Menear, mardi 1 avril 2008 à 13:43 - Fictions - Octets - Mécanismes
Résumé des épisodes précédents
Luca Pacioli et Arto Pizzetti, respectivement proie et chasseur durant la saison 2, vivent désormais dans le même corps : le corps d'un être hybride répugnant. Après avoir passé dix-huit mois à Istanbul, loin des enquêtes sur la disparition de l'un ou de l'autre, Erin Bakura, ancienne collègue de Pizzetti, vient les chercher en Turquie. Forcé de retourner en France, l'hybride décide de se mettre en chasse du corps de Pizzetti, manquant, afin de résoudre cette affaire. Pour ce faire, il empreinte l'identité fictive de Léon Bloy, enquêteur des Affaires Etrangères, et se lance dans cette enquête identitaire. Le monde autour de lui semble bouleversé ; il n'a plus rien à voir avec celui qu'il avait jadis connu...

La nuit, les visages s'effacent si facilement et s'oublient sans attendre. On déambule en silence, le regard baissé et le pas discret, on longe les murs vides, on s'enterre dans des sièges grinçants, on s'endort le bras abandonné le long des accoudoirs. Et lorsqu'on dort, personne ne fait plus attention à vous, on s'écarte, on ne se risque pas à poser les yeux sur ce corps las et inanimé, des fois, peut-être, qu'un seul regard puisse le réveiller. Tout est vrai dans cette image. Sauf que Léon Bloy, le corps décousu dans ce fauteuil grinçant, ne dort pas. Ses yeux sont fermés, pourtant : il fait semblant. Parce que de cette façon, seulement, on ne le dérangera pas. Il le sait. Son plan est bien rodé. Sa technique est fiable.

Lire la suite.

Mécanismes Episode 21 (Ils l'appellent l'extase)

Par Menear, dimanche 16 mars 2008 à 16:34 - Fictions - Octets - Mécanismes
Faisons bref : nouvel épisode de Mécanismes. Episode 21. Livré en temps et en heure. Retour en France. Retour au texte. Bien. On peut passer au...

Résumé des épisodes précédents
Luca Pacioli et Arto Pizzetti, respectivement proie et chasseur durant la saison 2, vivent désormais dans le même corps : le corps d'un être hybride répugnant. Après avoir passé dix-huit mois à Istanbul, loin des enquêtes sur la disparition de l'un ou de l'autre, Erin Bakura, ancienne collègue de Pizzetti, vient les chercher en Turquie. Forcé de retourner en France, l'hybride décide de se mettre en chasse du corps de Pizzetti, manquant, afin de résoudre cette affaire. Caché dans un paquebot pour pouvoir retourner en France incognito, l'hybride débarque finalement au port de Marseille.

L'hybride posa le pied sur le sol français un matin étonnamment calme de mars 1922. La mer silencieuse, le vent absent. Le Garibian of Freedom était désormais vide, probablement déjà en chemin pour la Turquie, la Grèce ou quelque autre port méditerranéen. Cela n'avait plus la moindre importance. L'hybride, à présent, marchait en silence le long des quais déserts. Ces petites brises du large ne suffisaient pas à étancher sa soif du grand air. Une semaine entière confiné dans une boîte, et les traces que ça pouvait laisser, tatouées à l'envers de la peau. Son organisme lui-même était désormais affaibli, désorienté. Il ne pouvait pas se permettre de se reposer pour autant. Moins longtemps il resterait sur le territoire français, plus vite il serait à l'abri des investigations qui pesaient contre lui. Mais que faire ? Par où commencer ? Après plus de dix huit mois passés en exil – exil aussi bien physique que mental, son réveil ne datant finalement que d'à peine une semaine – il se retrouvait catapulté à Marseille, ville dans laquelle il n'avait jamais mis les pieds. Et il lui fallait à présent retrouver la trace d'un corps disparu un an et demi plus tôt au Groënland. Comment était-il censé réaliser un tel miracle ? Les compétences d'Arto Pizzetti, anciennement enquêteur pour le compte du Ministère des Affaires Étrangères, seraient probablement les bienvenues, mais pourrait-il seulement encore se servir de ses anciens réseaux, sachant que lui-même devait être porté pour mort depuis plus d'un an et demi ? L'animal était dans une impasse. Il remonta alors jusqu'aux abords du boulevard de Paris : il s'échoua dans l'une de ses rues parallèles. A présent que faire ? Le crâne de l'hybride générait sans cesse des questions auxquelles personne n'avait jamais de réponse. Ni Luca Pacioli, ni même Arto Pizzetti, ne savait réellement pas quel bout attaquer cette traque, car c'était bien ce dont il s'agissait. Ses pensées furent bientôt troublées par un retentissant fracas auquel il ne s'attendait pas : dans son dos s'agitaient des soldats en armes, paradant, en rangs serrés. Ils remontaient le boulevard de Paris. L'hybride s'avança prudemment pour découvrir les raisons d'un tel tintamarre. Il découvrit une soudaine parade militaire qu'il ne s'expliquait pas. Sur les trottoirs environnants, des centaines de riverains et d'autres badauds s'étaient amassés, spectateurs extatiques d'un monstre rassurant.

Lire la suite.

Mécanismes Episode 20 (Deux hémisphères)

Par Menear, samedi 1 mars 2008 à 12:19 - Fictions - Octets - Mécanismes
Nouvel épisode de la saison 3, l'épisode 20 à présent, intitulé "Deux hémisphères". Il s'agit plus ou moins d'un épisode de "transition", un peu spécial, je n'en dis pas plus. Si ce n'est peut-être qu'il s'agit d'un épisode plus lourd que les autres, non pas en terme de texte mais de ressources, il se peut donc que la page rame un peu de temps en temps. Si cela se produit, stoppez la musique. Si c'est toujours moyen, pas grand chose d'autre à faire, j'ai fait de mon mieux à ce niveau-là. Un épisode de transition disais-je, un peu "bricolé" également. Une expérience en réalité.

Résumé des épisodes précédents
L'hybride (Arto Pizzetti, Luca Pacioli et une bête étrange tous rassemblés dans le même corps) voit son passé le rattraper. Erin Bakura, toujours sur la piste de Pacioli, retrouve sa trace à Istanbul. La bête doit donc précipitamment quitter la mafia qui l'employait jusque-là de même qu'Istanbul. Ne sachant trop que faire, il s'embarque dans un navire à destination de Marseille. En ligne de mire, le corps d'Arto Pizzetti, manquant, qui pourrait leur permettre à tous de retrouver leurs corps respectifs...

Il glissait lourdement sur les eaux méditerranéennes, le Garibian of Freedom, ce navire maltais en provenance d'Istanbul : il se rapprochait peu à peu de Marseille, sa destination. Loin dans les profondeurs suffocantes de ses cales, gisait le corps de la bête, l'hybride, les yeux clos, en sommeil, la carcasse allongée dans les tréfonds bringueballants d'une caisse inconfortable.
Voilà trois jours désormais qu'il voyageait incognito dans le secret de son cercueil. Deux fois, déjà, il avait osé une sortie incertaine. Deux fois, il avait longé les parois métalliques de son cimetière, traquant quelque proie invisible pour satisfaire les élans sonores de son appétit. Il n'avait trouvé que quelques rongeurs blafards qu'il avait avalé sans dégoût avant de retrouver le calme silence de son propre caisson de voyage. Entendant au loin les échos lancinants des vagues et de la mer, les sirènes lourdes et graves du navire, il s'était peu à peu laisser aller.


Lire la suite.

Ochracé

Par Menear, jeudi 14 février 2008 à 11:23 - Fictions - Papier
Ma dernière nouvelle mise en ligne sur le blog, c'était en août. Six mois plus tard, c'est un troisième texte "papier" qui vient garnir le sommaire de cette catégorie de nouvelles, disons, traditionnelles. Ce qui l'est moins (traditionnelle), c'est la genèse du projet qui a donné naissance à Ochracé ; à l'origine, cette nouvelle est une sorte de commande. Il y a un mois, en effet, Elise m'appelle pour me raconter l'un de ses rêves : j'ai pensé à toi tout de suite en me réveillant, elle me dit, ce qui pourrait être flatteur, mais en réalité la trame du rêve étant relativement tordue voire malsaine, c'est un peu plus délicat. Qu'importe, elle me le raconte et puis me demande de le mettre en mots. Le projet me tente dès le début, parce que je sais d'avance comment je vais m'y prendre. J'ai déjà un univers tout prêt dans ma tête, il ne me reste plus qu'à intégrer la trame en question, que je respecte quasi religieusement. Cet univers, c'est aussi celui de Sablier, celui de Décompte. J'en reparlerai sans doute.

L'écriture glisse toute seule. Contrairement à Scapulaire, je ne rencontre pas ou peu de difficulté. En quelques semaines, c'est bouclé, j'en suis content, satisfait. A en juger par les premiers échos que j'ai reçu d'Elise, elle est également satisfaite, sa commande est bien accueillie. Je me dis que je vais monter une entreprise d'écriveur de rêves, les gens viendraient ou m'appelleraient ou m'écriraient la trame général de leurs rêves, et moi je les mettrai en forme. Je ferai des nouvelles, des recueils, des romans, des sagas familiales. Des rêves. Agréable comme idée.
En attendant, et avec l'accord de ma première cliente, je propose cette première tentative que je mets en ligne à l'instant même. Je précise au passage que le fichier mis à disposition est un fichier PDF, parce que la mise en page (bricolée) de la nouvelle nécessite une forme fixe. Commentaires bienvenus, of course.

La terre bleue compresse le temps, l'impression qu'on en a. Les heures, broyées en minutes. Les instants, gonflés jusqu'à l'absurde, sont des semaines entières.
Les aiguilles de ma montre sous mon poids dérapent. Mes yeux plissés laissent glisser la poussière. Signe que la terre en moi se laisse couler, elle aussi, que ses effets fonctionnent. En moi elle gagne centres nerveux, sinus, siège de la parole. Mes pensées s'altèrent, fixées pourtant sur ces grains sales. Ce n'est pas la première fois que je prends de la terre bleue. Mais pour la première fois dans ces quantités.

On se sert ensemble sur la banquette arrière de la voiture. Quatre corps les uns à la suite des autres, contre les autres. Les roues vrombissent sur l'asphalte écaillé, les hauts-plateaux défilent contre les vitres, sur les côtés. Les lignes rouges tracées le long de la route fusent, avalées-courbées entre les deux pare-chocs. Je ne connais pas le conducteur. Peut-être que la terre en lui se diffuse également, c'est possible, ça ne me surprendrait pas.
La terre bleue compresse le temps, l'impression qu'on en a. On m'a tendu le sachet et sept cristaux ridicules ont roulé contre ma paume. Et du creux de ma paume à l'espace confiné entre mes gencives et l'intérieur de ma lèvre inférieure. Je les y ai placés un par un. Les picotements salés et le goût du sang un peu qui se mêle à mon haleine. Les effets sont dilués dans ma bouche. Ça coule un peu entre mes dents, mais l'hémorragie ne dure pas. Les boucles de la route sur les hauts-plateaux s'enchaînent, s'enroulent entre elles. En une minute peut-être les kilomètres sont broyés. La voiture s'arrête, les portes s'ouvrent. Le paysage souffreteux ; des maisons terreuses sur le haut des plateaux.


Lire la suite.

Mécanismes Episode 19 (Rupture de cécité)

Par Menear, vendredi 1 février 2008 à 13:54 - Fictions - Octets - Mécanismes
Faisons bref pour une fois : troisième épisode de la saison 3 de Mécanismes mis en ligne comme prévu en ce début de mois. Pour l'épisode 20, au passage, l'attente sera un peu plus longue que d'ordinaire, puisqu'il renvoit au 1er mars. Mais revenons au 19, avec l'habituel...

Résumé des épisodes précédents
Après avoir retrouvé sa proie (le docteur Luca Pacioli) au Groënland, Arto Pizzetti, l'enquêteur borderline du Ministère des Affaires Etrangères se retrouve coincé avecUlui dans le corps d'un hybride homme-animal incompréhensible et fort peu causant. Un an et demi plus tard, on retrouve la "bête" qui poursuit anonymement sa vie au près d'une mafia turque à Istanbul. Employé par Anek, son chef de gang, la bête ne prononce pas une parole et semble n'avoir conscience de rien. Il fait ce qu'on lui dit. On lui fournit un toit et de la nourriture, ça lui suffit. A l'intérieur du corps de l'hybride, Arto Pizzetti et Luca Pacioli semblent étouffés, inconscients...

La frontière entre la cécité et la folie est mince. Cette frontière peut être mesurée : une demie seconde. C'est le temps qu'il fallut – une demie seconde exactement – à la bête pour basculer d'un extrême à l'autre. Et c'est la raison pour laquelle, un matin de février, les brises légères du Bosphore contre sa nuque, il se mit à courir, courir comme il n'avait plus couru depuis des années. En une demie seconde seulement, le temps de comprendre, le temps de refaire son retard. Il n'avait suffit que d'une seule image, un seul visage, un souvenir. Et tout avait basculé.

Lire la suite.