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Fictions

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vendredi 8 octobre 2010

Kolontar

Question : Kolontar était-il le point de départ d'une « insurrection environnementale » comme il a été dit ?

Réponse : L'expression « insurrection environnementale » est venue de la bouche de pantins qui n'ont jamais mis ni les pieds ni les mains dans la soude, c'est une jolie petite formule pour livre d'Histoire pour les nuls. Kolontar a surtout marqué le point de départ de la ROUILLE, une convergence de contestations jusque là très diffuse et fragmentée. Kolontar nous a offert la visibilité qui nous manquait, notre 11 septembre en quelque sorte.

Q : Quel a été l'enjeu de la négociation qui a précédé le dynamitage des cuves ?

R : Il n'y a pas eu de négociation. Simplement une alerte qui n'a pas été relevée par les officiels de l'époque. Notre but a toujours été la contamination du territoire. Nous n'avions rien à demander en échange.

Q : On a longtemps entretenu la rumeur d'une demande de quitter l'Union Européenne, qu'en est-il exactement ?

R : L'Europe était déjà crevée, elle ne nous intéressait pas.

Q : La catastrophe écologique qui a résulté de cette action était-elle un objectif déterminé ou un dommage collatéral ?

R : Comme je l'ai dit, notre but était de contaminer le territoire. Beaucoup de membres de la ROUILLE, présent à l'époque ou qui s'apprêtait à nous rejoindre après Kolontar, étaient de grands fans de littérature et de cinéma de science-fiction apocalyptique. L'idée est venue de là. Et Tchernobyl était notre modèle. Le monde fonctionnait de cette façon. Chaque territoire est préservé à cause de sa valeur marchande. Après Tchernobyl, tout le monde a déserté la zone et la zone est devenue parallèle, libre à être investie, un Eden radioactif sans contraintes. Ou plutôt si : la zone était barricadée par la milice gouvernementale. Nous fallait donc reproduire le schéma Tchernobyl, mais ailleurs, trouver une zone prête à être investie rapidement et qu'on ne pourrait pas nous refuser.

Q : La cible Kolontar a donc été choisie...

R : Exactement.

Q : Pourquoi là-bas plutôt qu'ailleurs ?

R : A cause de la proximité du Danube. C'est tout ce que je peux en dire.

Q : C'était surtout une position centrale en Europe de l'Est qui permettait de mettre en place l'activité de piraterie de la ROUILLE, non ?

R : C'est tout ce que je peux en dire.

Q : N'aviez-vous pas peur d'établir votre camp de base à Kolontar, ne craignez-vous pas la contamination du sol ?

R : Vous savez qu'on cultive maintenant des fruits et des légumes sur l'ancien site de Tchernobyl ? Que la vie animale a repris son cours ? Que la zone même est devenue une sorte de réserve naturelle spontanée pour une quantité d'espèces animales ? La réalité, ce qu'on veut nous faire croire, c'est que toute l'activité humaine est nuisible, nuisible à l'environnement et à l'Homme lui-même mais c'est faux. Il suffit simplement de bien connaître la composition chimique des éléments qui sont intervenus dans la contamination, savoir comment ils fonctionnent et comment ils se propagent. Nous avions avec nous des yeux très attentifs à la composition chimique du sol, de la faune et de la flore. Nous savions que nous ne risquions rien, à partir du moment où nous suivions spécifiquement leurs recommandations.

Q : N'y-a-t-il pas eu pourtant des cas de contaminations humaines parmi votre groupe ?

R : Nous sommes encore tous là aujourd'hui, n'est-ce pas ? Et puis, la couleur de la soude a redéfinit le paysage de façon miraculeuse. Je n'ai jamais vécu dans d'aussi beaux pays ni sur d'aussi belles terres qu'à l'époque de mon séjour à Kolontar. Grâce à la soude, grâce à la ROUILLE, les photos satellites prises de la région à cette époque et dans les mois, années, qui ont suivies, sont devenues les plus miraculeuses des oeuvres d'art. J'en garde encore des souvenirs spectaculaires.

Q : Est-ce l'amateur de science-fiction apocalyptique qui parle ?

R : C'est l'amoureux des belles choses qui parle.

kolontar.jpg

Q : N'avez-vous jamais eu le moindre remord vis à vis des victimes des actions terroristes que vous avez organisées, à Kolontar principalement ?

R : Je n'ai jamais eu le moindre remord vis à vis des victimes de la soude. Tout le monde meurt, vous savez. Mais certains ont perdus des membres, des jambes ou des bras, je me souviens, et ça, c'est vrai, ce n'est pas bien. Tout le monde meurt un jour ou l'autre, moi aussi, ce n'est pas grave. Mais les mutilés, c'est autre chose...

samedi 4 septembre 2010

Danger

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On écrivait sur les murs
des slogans qui disait
le futur c'est maintenant

On écrivait
de loin
avec nos mégaphones et nos mains
et nos os et nos yeux et nos dents

On fabriquait de la nitro réglo
on allumait des mèches
même si y en avait pas

On actionnait ce que les micros appellent
les mandibules de l'action totalisante

Armé de bombes minuscules
ouais on
totalisait

Lettre anonyme pour destinataire inconnu

lundi 17 mai 2010

Mate la révolution

Il mate la révolution. Jumelles ou sniper dans l'oeil, c'est pareil. Il mate les corps minuscules contrebas qui s'agitent. Le champ de bataille c'est terrain vague. Le terrain vague des voies ferrées. Les voies ferrées points de fuite éteints sur l'horizon qui crame. Les toits des immeubles maintenant des balcons où on mate. Il est fatigué de mâcher une vie qui est loin d'être la sienne. Plus bas il reconnaît l'un des corps, grenade F-1 à la main prêt à dégoupiller. Foulard collé au cou qui l'étouffe à moitié mais protège bien des vagues lacrymo. Lunettes de ski, de nage ou plongée pour pas chialer. Épaule en sang, droite ou gauche. S'abrite derrière un quai fauché par une mine. Attend le bon moment. Voit dans ses verres défiler un passé minuscule. Sous sa gorge le viseur du sniper, objectif des jumelles, le marqueur pour voir juste le bordel trop lointain. Pression du doigt cramerait d'un coup sa vie, la grenade lui péterait dans les moignons. Mais il hésite. Son taf à lui c'est dire ce qu'il voit et il se tait. Son taf à lui c'est faucher par balles traçantes la vie des autres à découvert, sauf qu'il fauche pas. Il a encore dans son chargeur les 7 cartouches déjà chargées mais sans détente. Il attend de voir. Il mate le show. L'autre en bas sort de son trou, balance derrière sa bombe. La grenade pète : kilos de sable que ça soulève : rails éventrés, points de fuite foutus, et quelques corps s'enfoncent sous la fumée. La fumée masque l'oeil du sniper, il perd sa trace. Il le cherche entre les dunes de zinc mais aucun corps à l'horizon pour porter le même foulard, les mêmes lunettes, la même ceinture de TNT autour des hanches. Quand il le trouve il a changé. C'est peut-être plus le même. Le sang séché sur l'autre épaule, foulard défait, lunettes fondues. Il arme un peu le PGM Hécate II et il vise sec juste à côté de ses pompes. Presse la détente. Tire. L'autre en bas se jette par terre, lève la tête et voit. Il lance des codes à coup de miroir qu'on bouge face au soleil et qui veulent dire : réponds-moi, j'y comprends rien. Et il attend sa réponse.



Je mate la révolution. Jumelles ou sniper dans l'oeil, c'est pareil. Je mate les corps minuscules contrebas qui s'agitent. Le champ de bataille c'est terrain vague. Le terrain vague des voies ferrées. Les voies ferrées points de fuite éteints sur l'horizon qui crame. Les toits des immeubles maintenant des balcons où on mate. Je suis fatigué de mâcher une vie qui est plus la mienne. Plus bas je reconnais l'un des corps, grenade F-1 à la main prêt à dégoupiller. Foulard collé au cou qui l'étouffe à moitié mais protège bien des vagues lacrymo. Lunettes de ski, de nage ou plongée pour pas chialer. Épaule en sang, droite ou gauche. S'abrite derrière un quai fauché par une mine. Attend le bon moment. Je vois dans ses verres défiler un passé minuscule. Sous sa gorge le viseur du sniper, objectif des jumelles, le marqueur pour voir juste le bordel trop lointain. Pression du doigt cramerait d'un coup sa vie, la grenade lui péterait dans les moignons. Mais j'hésite. Mon taf en fait c'est dire ce que je vois et je ferme ma gueule. Mon taf en fait c'est faucher par balles traçantes la vie des autres à découvert, et moi je regarde. J'ai encore chaud dans mon chargeur les 7 cartouches déjà chargées mais sans détente. J'attends de voir. Je mate le show. L'autre en bas sort de son trou, balance derrière sa bombe. La grenade pète : kilos de sable que ça soulève : rails éventrés, points de fuite foutus, et quelques corps s'enfoncent sous la fumée. La fumée m'étouffe, je perds sa trace. Je le cherche entre les dunes de zinc mais aucun corps à l'horizon pour porter le même foulard, les mêmes lunettes, la même ceinture de TNT autour des hanches. Quand je le retrouve il a changé. C'est peut-être plus le même. Le sang séché sur l'autre épaule, foulard défait, lunettes fondues. Je charge un peu le PGM Hécate II et je vise droit contre ses pompes. Presse la détente. Tire. L'autre en bas se jette par terre, lève la tête et voit. Je lance des codes à coup de miroir qu'on bouge face au soleil et qui veulent dire : réponds-moi, j'y comprends rien. Et j'attends sa réponse.



Tu mates la révolution. Jumelles ou sniper dans l'oeil, c'est pareil. Tu mates les corps minuscules contrebas qui s'agitent. Le champ de bataille c'est terrain vague. Le terrain vague des voies ferrées. Les voies ferrées points de fuite éteints sur l'horizon qui crame. Les toits des immeubles maintenant des balcons où tu mates. T'es fatigué de mâcher une vie qui est peut-être pas la tienne. Plus bas tu reconnais un corps, grenade F-1 à la main prêt à dégoupiller. Foulard collé au cou qui l'étouffe à moitié mais protège bien des vagues lacrymo. Lunettes de ski, de nage ou plongée pour pas chialer. Épaule en sang, droite ou gauche. S'abrite derrière un quai fauché par une mine. Attend le bon moment. Vois dans ses verres défiler un passé minuscule. Sous sa gorge le viseur du sniper, objectif des jumelles, le marqueur pour voir juste le bordel trop lointain. Pression du doigt cramerait d'un coup sa vie, la grenade lui péterait dans les moignons. Mais t'hésites. Ton taf en vrai c'est dire ce que tu vois et tu la fermes. Ton taf en vrai c'est faucher par balles traçantes la vie des autres à découvert, sauf que tu mates. T'as encore dans ton chargeur les 7 cartouches déjà chargées mais sans détente. Alors t'attends de voir. Tu mates le show. L'autre en bas sort de son trou, balance derrière sa bombe. La grenade pète : kilos de sable que ça soulève : rails éventrés, points de fuite foutus, et quelques corps s'enfoncent sous la fumée. La fumée t'arrache la gueule, tu perds sa trace. Tu cherches entre les dunes de zinc mais aucun corps à l'horizon pour porter le même foulard, les mêmes lunettes, la même ceinture de TNT autour des hanches. Quand tu le retrouves il a changé. C'est peut-être plus le même. Le sang séché sur l'autre épaule, foulard défait, lunettes fondues. Tu charges sans âme le Hécate II et tu vises juste, mais à côté de ses pompes. Presses la détente. Tires. L'autre en bas se jette par terre, lève la tête et voit. Tu lances des codes à coup de miroir qu'on bouge face au soleil et qui veulent dire : réponds-moi, j'y comprends rien. Et t'attends sa réponse.

mercredi 28 avril 2010

2 x Rimbaud

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On parle au on, c'est mieux quand le je bégaye. On reçoit domicile des fax à en-tête « cabinet neuro-psychiatrique mon cul » qui disent « rappelez-nous c'est urgent » mais
1) la hotline elle déborde
2) c'est faux numéro
3) y a pas de téléphone

Alors on parle au on, c'est mieux que le ils, ça fait moins faux. On fabrique des photos inédites. Des portraits de Rimbaud jamais vus. Quand il marche c'est à l'envers sur les voies ferrées désamorcées. Les cratères déforment le rail. Les gravats charcutent les plots. Il fuse intacte, trace impeccable dans les champs de mine. On essaye de suivre sa trace mais
1) l'envers est pas prenable
2) le sens de lecture c'est autre chose
3) l'ombre de l'ombre elle coule trop loin

Alors on stagne. Alors on fuit. Paraît que certaines zones de la ville sont propices au genre d'exploration qu'on souhaite. La chasse au corps c'est populaire. On traque le mâle. On traque le jeune. Pour fabriquer aussi le Rimbaud qui nous échappe. Une bombe humaine prête à péter. Les corps aussi sont juste des corps à apprêter. Les modèles ils prennent tout. Après on coupe. Après on colle. Charcute. Redresse les épaules. Écarte le torse. Bois la lumière. Faut pas bouger pendant qu'on te peint le ventre. Dedans ficher les bouts de Semtex chinois reçu la veille au port. Le signal déclencheur c'est ton portable. Le mot de passe c'est genre un code. Le code une autre connerie en prose. Et fais ce qu'on te dit. Et tiens-toi droit. Et force dehors droit vers la ville pour qu'on te voit bien. Entre autres, là-bas, tirs de roquette, quelques appels au meurtre. Mais toi comme t'es, beau comme tout avec ton masque qu'on t'a craché, ils te butteront pas. On parle au tu pour t'impliquer, que tu comprennes mieux comment là-bas ça va tracer mais
1) oublie pas que le déguisement c'est temporaire
2) fais juste comme si t'étais pas toi et
3) on réserve la traduction

dimanche 18 avril 2010

Les avions volent notre air(e) #2

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Les avions volent notre air(e) : on vole aussi le leur. Nuages entiers pulvérises au dessus des pistes pour clouer les avions au sol et rire. Le reste de la poudre sert aussi pour contaminer les moteurs, saboter les infrastructures, amputer les couloirs aériens. Le ciel devient silence. On fait pas ça pour sauver la planète : on fait ça parce qu'on maîtrise les données du transport ferroviaire. On fait ça parce que le business le dicte. On arpente les rails armés de FAMAS pour escorter les convois et avancer nos pions dans la lutte territoriale qui quadrille le sol. Plus à l'ouest les trains de banlieue bondés serviront la cause des dynamiteurs qui coupent les rails à leurs tours et amputent le trafic. Demain ce sera autre chose, hier c'était ailleurs, voilà comme ça progresse.

Image empruntée à la brigade anti-pub.

vendredi 26 mars 2010

FAMAS


On remarquerait plus facilement les mouvements de foule. On les suivrait du bout du monde, à bord d'un téléobjectif propulsé en orbite, son bord dicté par des programmes qu'on saurait plus lancer, maintenir encore moins. Les images arriveraient directement placardées sur l'écran qui cracherait automatique des impressions en chaîne. On l'appellerait le mappage des extrêmes, le calvaire des corps, l'exode des sans rien.

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De plus en plus s'articuleraient en MEUTES, toujours adolescentes, colonisant des ZONES, toujours périurbaines, et la masse des corps écrasés s'afficherait rouge ou bleu sur le blanc des diagrammes.

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Plus loin, enfoncées dans la topographie, certaines MEUTES réactiveraient la production de FAMAS artisanaux d'après vieux schémas obsolètes, poutant remis au goût du jour. Ceux là connaissent le chinois et traduisent les notices avec enthousiasme et approximations.

jeudi 18 février 2010

Mâchoires à leur place


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Ils ont poussé si loin les poings que l'os tremble, articulations forcées ouvertes, joues bleues sous les coups, hématome et relief sur l'épiderme. Lunettes émiettées : branches tordues, verre incrusté pommettes, éclats de glace sous les paupières. Les coups se taisent. Les poings dans les poches, poches battues contre les cuisses. On marche ailleurs, on n'est plus là. Les néons battent. Le sang se tait. Marques de semelles brunes sur le thorax et sous la gorge, sur le dos moulés le nom de la marque et le logo. Silence capitonné, lieu inédit. Mâchoires sous les mâchoires, upercut seulement les remettraient en place. Terre grasse dans les cheveux. Cheveux traînés dans la terre, le sol, des étincelles au bord des barres électriques. Séquelles pour ceux qui dorment comme des cadavres, séquelles soufflées dans les poumons. Avant de partir, après avoir poussé si loin les poings, ont précisé : avec ça dans les dents il devrait la fermer. Mais gueule ouverte pourtant, mâchoires sous les mâchoires, douleurs mécaniques tracées jusqu'au crâne, il crache, il dit, il chante : parole est la dernière pornographie, parole est la dernière pornographie, etc.

lundi 11 janvier 2010

Les avions volent notre air(e)

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« Moi j'y crois. Pas parce que j'sais ou j'crois vraiment ou parce que c'est graphé sur les murs du métro mais parce que celui qui nous le hurle dans la tête le hurle à coup de bombe au torse et de détonateur dans les dents. » Témoignage anonyme, un jour.

Collectif, Apologie de la lutte armée en milieu souterrain, Editions des sans, P.182.
Image empruntée à la brigade anti-pub.

vendredi 1 janvier 2010

Gefahr

Avant, bien avant. Le contexte politique c'était : ils interdisaient les rassemblements, les visages masqués, interdisaient les cagoules et les trucs sur les yeux, interdisaient qu'on s'approche des voies, les voies ferrées, parce qu'on pouvait « foutre la terreur ». Le contexte politique c'était aussi : ils cassaient les grèves en nous remplaçant par des intérimaires. On savait pas trop qui c'était ni d'où ils venaient mais on savait qu'ils étaient pas trop là pour longtemps et qu'ils faisaient que passer, mais ils étaient partout puisque tout était devenu provisoire.

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En passant dans les rues on pouvait traverser les contrôles, mais jamais longtemps. Les yeux doivent être visibles, ils disaient. Le visage dégagé. On doit voir la peau, ils disaient. Elle est où ta peau ? ils demandaient.

On maquillait les meurtres. Ils tuaient les clodos comme on ramasse les branches d'arbre pourries passé l'hiver : en tas. On disait : il volait de l'alcool dans les magasins, on disait : c'est une insulte à notre mode de vie, on disait : faut qu'on se défende. Puis à quatre contre un ils l'ont bloqué et tabassé en attendant que « la police fasse son travail », sauf que c'était déjà fait. Les rapports d'autopsie disaient : « asphyxie mécanique par compression de la cage thoracique », ça fait beaucoup de poids sur un corps juste pour une bouteille de bière, non ? Mais eux ils disaient : on a fait notre travail, ils disaient : on a fait ce qu'il fallait. Sauf que juste : les clodos dans les magasins c'était pas que des voleurs, c'était des dynamiteurs et on voulait pas que ça se sache et on voulait pas que ça enfle. Eux ils avaient pas besoin d'avoir de masque ou de cagoule parce qu'ils avaient déjà plus de visage. Et comme ils avaient plus de visage on leur compressait la cage thoracique.

C'était avant, pendant et après les grandes grèves. On parlait de ça dans les journaux et les bulletins d'infos permanents. Tout le monde savait tout et tout le temps. Mais personne avait peur. Ils ont commencé à prendre peur quand les premiers trains ont sauté. Les journaux parlaient de nitroglycérine tous les jours. Fabrication artisanale peu coûteuse, ils disaient. Hautement instable, ils disaient. C3H5(ONO2)3 + 3/2 O2 ----> 3/2 N2 + 3 CO2 + 5/2 H2O + ¼ O2, ils disaient. La formule était dans les gros titres. Tout le monde pouvait s'amuser à en faire. Les composants venaient de Chine dans des containers bleus. On dépotait au Havre et tout le monde laissait faire.

dimanche 15 novembre 2009

Monnayeurs

Peu avant l'épicentre de la Crise, celle qui s'écrit majuscule point d'exclamation, une entreprise de plus sans visage avait convié les foules à une distribution gratuite d'argent papier, heure où l'argent papier existait encore. Les foules ont traversé la ville en cortèges affamés, cortèges où les paroles disaient : « je crois plus au père noël, mais moi je crève la gueule écrasée par terre, je croirai ce qu'on me dira de croire ». Les cortèges ont gonflé avec le froid et les vapeurs buccales des corps toujours plus nombreux. Ils ont traversé les rues, longé le palais Brongniart, planté des drapeaux gorgés de A et de slogans rouges. Un écriteau de plus placardé sur les grilles, marqueur noir sur carton : « Sautez bande d'enculés ! ».

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La foule s'est arrêtée, tour Eiffel panorama arrière. Les premiers costumes-cravate ont défilé les poches vides pour des discours sans micro. L'argent déjà disparu, happé par les gouffres sans fond des grilles ouvertes et bouches d'égouts. Mouvement de foule, slogans hurlés : « on est là pour l'oseille », têtes décapitées défilées sur des pics, paupières cousues, langues arrachées, cravates nouées aux fronts poisseux couverts de sang. On a renversé des voitures. On a brisé des vitrines. On a piétiné « la gueule écrasée par terre » ceux qui crevaient déjà la gueule écrasée par terre depuis des mois de faim et de squelettes brisés. Les hommes en bleu ont dit : « il faut pas croire les promesses des autres ». Les hommes en bleu ont dit : « on va faire deux rangs, on tire à balles réelles ». Les slogans pleuvaient encore : « du sang ou du fric, du fric ou des morts ». Après l'émeute, les hommes en bleu encore, paroles soufflées dans leur radio crachée et leurs ondes saturées : « faites venir les agents d'entretien, c'est des pelleteuses qu'il faudrait ».

samedi 7 novembre 2009

Synthèse vocale

Ceci est un message du comité général de lutte contre la contagion des masses et la propagation sinistre des maladies infectieuses. newworldorder.jpg UN. Toujours non identifiés, les miasmes continuent de se propager. Chaque jour de nouveaux cas recensés dans les villes et provinces, chaque jour de nouveaux symptômes indétectables qui rendent difficile l'élaboration d'une classification précise et exhaustive des agents infectieux actuellement à l'oeuvre dans les populations. DEUX. Les recherches menées sur le terrain pour l'identification des miasmes n'ont pour l'heure apporté aucune réponse précise sur ces épidémies, leurs symptômes, ou leur traitement possible. TROIS. Les miasmes progressent malgré la prévention. Qui peut savoir comment ceux-ci se propagent est un menteur. Liste des cas de transmissions recensés, à ce jour : par contact de la peau, des muqueuses, frôlements, postillons, haleines, regards, pensées. Tout existe, tout mouvement est désormais susceptible de porter en lui les germes dégénérescents présents et à venir. QUATRE. Ne pas céder à la panique. Eviter les rassemblements de corps interdits. La parole orale est prohibée. Les contacts autorisés, sous réserve de plastification des peaux. Les grossesses actuellement en cours doivent être désamorcées jusqu'à nouvel ordre. CINQ. La parole orale est prohibée. SIX. Paradoxe, injustice. Personne ne peut vivre sans mot. Viendra le jour où le prochain mot, éclat de gorge, soupir, sera soufflé à nouveau sur les autres. Ce jour-là anéantira des mois de mutisme. Prévision : les parlants seront traqués, chassés et exécutés par les masses silencieuses. SEPT. Est-ce une vie pour nous autres habitants de ces ruines ? HUIT. Colère, révolte : pourquoi se plier à la fatalité du silence ? Pourquoi aucune solution n'a encore été inventée ? NEUF. Réponse, soulagement : ces solutions existent. La synthèse vocale, doublée d'une totale et sécurisante plastification des peaux, nous permet déjà de pouvoir briser notre silence, de rassembler à nouveau nos corps et nos âmes. DIX. Soulagement : ces solutions existent. Nouveaux artefacts de synthèse vocale vendus et manufacturés exclusivement par les lycanthropes dans votre ville. ONZE. Ces solutions existent. Nouveaux artefacts de synthèse vocale disponibles dès à présent au nouveau Forum des Trocs, place Carrée souterraine. Stock limité ! Prix à débattre ! Venez nombreux ! Ceci est un message du comité général de lutte contre la contagion des masses et la propagation sinistre des maladies infectieuses.
(Synthèse vocale via GhostReader)

mercredi 28 octobre 2009

À vendre

Ils remontent les voies par troupeau, maintenant ils traversent les villes. Ils avancent en silence, battent le gravier, tordent les muscles et les os. Certains sont poussés hors des rangs, ils toussent leurs poumons tuberculeux agenouillés par terre, on leur tape dans le dos à coup de semelle, ils se relèvent, font quelques pas, s'effondrent encore, toussent par terre le peu de poussière qui leur reste. Les autres en tête continuent d'avancer, maintenant ils traversent les villes.

On les observe depuis les étages et les clochers, on les compte. Les doigts s'animent et déroulent le long des mains, phalanges dépliées. Certains s'arrêtent pour boire aux fontaines, robinets, flaques. D'autres défilent sous les murs, exhibent des panneaux à vendre délavés dont on sait qu'ils se servent aussi pour se protéger des pluies torrentielles de novembre. Ils circulent plusieurs minutes, face aux fenêtres, le panneau décalé, puis se retournent pour se montrer aux bâtiments d'en face. La boue leur gèle les chevilles et déferlent entre les jambes décomposées. La peau craquelée crépite au soleil, ceux dont la toue fait convulser les os ne trouvent jamais preneur. Dans les villes comme ailleurs, on a peur des maladies qui ne portent pas de nom.

Les troupeaux après quelques gorges rassasiées aux abreuvoirs repartent ou, si la nuit tombe, cherchent un abri pour y dormir. Ils ne s'éloignent jamais des voies ferrées, à l'aube il faudra reprendre la marche. Certains corps sont happés par les étages, les panneaux à vendre posés au bas des portes, les portes closes plusieurs minutes. Ils en ressortent le ventre plein, souvent, les plus chanceux repartent avec du cuivre ou du laiton, qu'ils pourront revendre dans la prochaine ville, dans le dos des macro-trafiquants. Certains laissent leurs panneaux à vendre et ne repartent pas. La plupart ne croit pas aux délires idéologiques des réfugiés climatiques mais se contentent de suivre la meute. Aux marges subsistent de petits groupes déstructurés, comme ceux qui récoltent le corps, les membres, des malades, parfois des fioles remplies de sang, d'urine ou de salive. Ceux là trafiquent dans les villages pour quelques brouettes rouillées ou bâches plastique qu'ils découpent. Parfois ils accrochent à leurs brouettes d'autres enseignes à vendre héritées des vieilles agences immobilières et se rassemblent sur les anciennes places du marché pour faire le leur. Les réfugiés climatiques crachent sur les fossoyeurs quand ils les tolèrent, les gens des villes crachent sur les réfugiés climatiques quand ils se traversent.

mardi 1 septembre 2009

Poignée de terre

Annonce sous la condensation des souffles : train bloquée à quai jusqu'à nouvel ordre. Micro ouvert, micro fermé, la transition grinçante des fiches entre les deux. La plupart des corps immobiles le reste et d'autres se laissent tomber du quai, remontent doucement entre les rails, pas après pas après pas sur les graviers. Les premiers anonymes ont mis leurs masques blancs déjà teintés gris sur les lèvres et on ne se parle pas, les soupirs sous les masques crachotent. Bientôt la nuit, toujours quelques récalcitrants sur le quai, ils attendent, attendent encore, des si jamais accrochés sous les lèvres. Lorsque les lumières de la gare s'éteignent ils perdent espoir, ne l'ont jamais vraiment eu. Ils forcent ouvertes les portes du wagon, s'installent à l'intérieur, déposent tenailles et pieds de biche, s'allongent entre les sièges, masques noirs remontés sur les yeux depuis la bouche. Certaines gorges toussent, on s'écarte. Des familles occupent des rangées entières, s'endorment en chuchotant. J'apprends peu après que l'immobilisation de la ligne est due à un nouveau vol de câbles électriques et qu'aucun train sur cette voie ne pourra reprendre mouvement avant des jours. Je m'installe avec eux et attends venir demain.

lundi 17 août 2009

Un nouveau colis piégé a bloqué la voie Z. Ils ont déroulé le scotch rouge en haut des marches, poussé tout le monde dehors. Une autre de ces bombes sans détonateur, ou avec détonateur désamorcé trop tôt, avant impact, ce qui revient au même. Les démineurs des services souterrains ont ratissé les quais en plaisantant, sans combinaison de sécurité. Un agent planté en haut des marches, derrière le scotch rouge, chargé de répéter la phrase : merci d'emprunter les autres lignes. Plusieurs jeunes types intercalés entre lui, moi, et le scotch rouge, lui ont dit : tu me fous la gerbe toi et toute ta putain de clique, et ils lui ont craché au visage. Ces jeunes types n'ont plus peur d'attraper les saloperies des autres, d'autant plus qu'ils se foutent de contaminer qui que ce soit avec Dieu sait quoi. L'un d'entre eux s'est approché pour lui coller un coup de genoux dans les couilles, l'agent a roulé jusqu'en bas du quai. L'un d'entre eux (un autre) l'a poursuivi en bas des marches pour lui coller son autocollant A4 sur la poitrine, celui qui fait :

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On en voit partout des trucs comme ça. Un peu plus loin tag décalqué sur le quai voisin de l'autre ligne :

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Qui prête encore attention à ces images ?

Dans le train qui nous éloigne de l'épicentre en filigrane (a jamais passé et toujours à venir), un jeune type a le temps de jouer un peu avec sa barbe de six jours avant de déclencher le signal d'urgence. Ce n'est pas un exercice, il hurle. Probablement vrai, sinon il n'aurait pas autant insisté sur la première syllabe et la négation derrière. Il sent la sueur et un parfum de synthèse comme il y en a tant, peut-être amande ou pin, je ne sais pas. Je fais semblant de me coller à lui lorsqu'il nous bouscule. Il ressemble un peu à ceux que je ramène le soir dans les couloirs déserts et avec lesquels je m'enfonce.

mardi 11 août 2009

6693-16-103-01

DSC00055.JPGJe monte dans le premier train sans savoir qu'il en existe un deuxième, plus loin sur le quai, amarré au premier, et combien d'autres encore, enchaînés cul-tête les uns aux autres sur des kilomètres de rail et graviers. Je pourrais tout aussi bien ne plus être un nom, prénom, identité valsée sur la surface des vitres, mais une lettre, un âge, un code ou souffle que personne ne pourrait traduire ni comprendre. Disons simplement que je glisserais sur le quai comme un fantôme, fantôme que les miroirs pourraient capter, que le circuit interne de climatisation pourrait happer et laisser racler entre la coque et les gaines. La porte s'ouvre.

Je remonte appui-tête après l'autre l'allée centrale, premier étage, à rebours du sens de la marche encore à venir. Je remonte face contre tête contre corps voisin sur l'accoudoir, déchiffre le A et B ou 9 ou 8 de mon code client imprimé sur le billet, le numéro de voiture, de train, de place, fenêtre-couloir, étage ou pas. Entre les sièges, la chaleur progressivement se décompose et le roulis de la climatisation tressaute.

Surgissent depuis le quai les vibrations crissées de corps qu'on fourre dans le ventre du train. Les sièges sont tous occupés. Les visages tournés vers dehors, attendant que dehors défile et que dedans décolle. Les premiers voyageurs de trop s'excusent : vous êtes à ma place, disent-ils, ce à quoi on leur répond, voix de gorge mal à l'aise qui crépite sous climatisation : ça franchement ça ça m'étonnerait. On compare billet à billet, peau contre peau, pouce sous l'index, les numéros de train, voiture, place, étage, fenêtre, couloir, horaire, ville, destination, date, horaire encore, train encore, voiture encore. Toutes les informations imprimées sur chacun des deux billets sont à la fois correctes et absurdes mais les deux adjectifs ne peuvent cohabiter, l'un étant toujours en contradiction avec l'autre. Il n'y a aucune place libre dans le wagon et, à en juger par la foule qui s'épaissit sous ma fenêtre et qui enfle doucement depuis le bord du quai, aucune voiture ne semble plus pouvoir accueillir de voyageurs, clients, usagers ou ombres mortes.

L'heure du départ sonnée, le train ne démarre pas, le quai s'accroche bondé bruyant à la fenêtre côté droit.

L'heure tourne. Il n'y a plus un seul contrôleur SNCF dans ce train ou sur le quai voisin. Chaque passager déjà installé voit apparaître un double qui le défie : sortez votre billet et voyons qui à tort. L'opération se répète plusieurs fois : ils sortent, déballent, mesurent et comparent. Les numéros sont identiques. Personne n'a tort. Les moins patients abandonnent et se frayent un chemin entre les corps vers la sortie, empruntent l'accès souterrain vers la gare et disparaissent. Les autres font front, regardent de haut les corps qui s'accumulent encore sur le bord des quais. Je me vois reflété, moitié bouffé par le ciel grisâtre, moi qui n'ai encore été défié par personne.

Personne ne capitule, les foulent s'épuisent. Debout sous cagnard d'août tout contre rail, la moitié des passagers a déserté le quai. Les assis s'accrochent à la mousse des sièges seconde classe comme à leurs privilèges. Un même train réservé deux fois : seule la moitié des passagers pourra partir. Peu à peu la voiture 16 reprend forme humaine. Il n'y a plus que quelques ombres errantes sur les quais qui, peut-être, peut-être, ne font qu'attendre un prochain train, prochains rails, prochaine destination, et n'ont plus rien à voir avec celui-là, déjà saturé de paroles et arguments.

Un dernier corps se présente et se plante devant moi, doigts dépliés sur son billet ouvert et dit : c'est ma place je crois, comme tant d'autres avant lui, mais cette fois devant moi, moi qui regardais ailleurs et dois maintenant me retourner. A notre tour encore nous comparons les codes et les mots. Nos deux billets sont identiques. Sans accord trouvé entre nous, le train ne partira pas. Tous les regards, littéralement ou par l'intermédiaire des reflets détournés, ceux des vitres ou bien des bandes plastiques collées-vissées sous plafond, se tournent maintenant tout contre nous.

Le double statique devant moi, jean râpé noir sur t-shirt blanc cassé trop lâche et col ouvert, gorge et peau brune cheveux courts-brillants, me dit quelque chose comme il faudrait ou il faudrait que ou j'ai besoin de, mais j'écoute ailleurs et comprends mal. Je lui explique simplement sans m'excuser que je suis le dernier qu'ils attendent (je dis « ils » comme s'ils existaient, justement, et que le train prenait corps comme une entité symbiotique et que moi aussi j'en faisais partie) et qu'il est hors de question hors de question que je cède. Cette place que j'ai payée, et donc que je possède, est la mienne et je ne la lâcherai pas. Ne cèderai pas.

Regard sur le ciel haut à droite qui s'étend, les rails s'ouvrent et le train démarre, lentement, très lentement d'abord. Paradoxalement, le quai béton fumé s'épaissit sous la vitre. La voie vers Paris s'ouvre et contre elle un retour chez moi. Je me lève, rappelle mon double, le train s'arrête, peut-être dans un ordre différent : je ne cède pas car j'ai déjà cédé. Je lui montre mon billet à nouveau et il me tend le sien. Composté l'autre non, j'ignore dans quel ordre. Je ne lui dis pas c'est d'accord, ni allons-y ou finissons-en mais ok c'est bon, sans une syllabe supplémentaire. Nous nous écartons et fuyons l'allée étriquée de la voiture seize, étage, où tout le monde s'est remis à nous fixer, et marchons jusqu'à l'entre-deux voitures, quelque part entre les miroirs, toilettes, escaliers et portes coulissantes, là où, à l'ombre des regards, nous serons moins visibles. T-shirt blanc cassé contre le mien trop gris, pantalon noir contre pantalon blanc, peaux communes presque interchangées. Le contraste aperçu entre son thorax et le mien, l'un presque noir et l'autre blanc plaqué. Je ferme par dessus moi la fermeture éclaire de son jean, son billet ou le mien rangé-froissé dans ma poche arrière droite, c'est à dire la sienne. Salut, au revoir et je m'en vais, nous n'avons pas besoin de plus. Je vois le train sortir depuis le quai. Je m'éloigne et m'enfonce dans le bourdonnement de la gare souterraine. Je ne le regarde pas disparaître, la voie vers Paris s'est ouverte. J'ignore encore vers quelle direction je vais à présent me tourner.

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