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jeudi 11 mars 2010

Croquis #20


si c'est un homme, il est superbe

si c'est une femme, elle me fascine

mardi 9 mars 2010

Quantique

Si c'était Heavy Rain, plaqué derrière l'algorithme y aurait des choix préétablis qu'on pourrait faire, des canaux pré-tracés qu'on pourrait prendre. Comme changer d'aiguillage, même brutalité dans l'orientation des rails. On suivrait par défaut l'autorail général, celui qui conduit les pas quotidiens, celui qui dit wagon 4, quai 2, escalier C, voie D, ligne 14, changement St Lazare, et d'un coup sans prévenir secouer fort la manette pour changer d'angle, prendre la 3 au lieu de la 13, s'arrêter Opéra et de là suivre les corps qu'on connaît pas. Les choix sont toujours un peu secs1, limite caricaturaux. Moi j'ai toujours aimé suivre les inconnus, j'expliquerais à l'X, mon PNJ accompagnateur, même dans ce que j'écris les fictions s'arrangent souvent pour mettre en abyme la filature, c'est mon côté voyeur. Par exemple dans Coup de tête, le personnage qu'on mate et qu'on suit, justement, s'appelle l'X. Abyme encore. Derrière suivre deux types qui sont ensemble peut-être sans l'être. La possibilité qu'ils le soient m'accompagne et on trouve ça un peu touchant, en tout cas notable, ce couple de types qui se trahissent en se regardant et moi je m'attache. Ils sont jeunes. Baignent encore dans l'alternativité (parmi lesquels, sans doute, quelques peurs primaires), c'est à dire qu'ils marchent sans autorail, et moi aussi je veux en être.

AiguillageAnime.gif

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1 Lapsus clavier : un peu sex.

samedi 6 mars 2010

4 tentatives d'attraper au vol l'accident de personne quand il se jette sous nos roues

Pont de l'Alma, livre des coïncidences, m'impose lecture de cet accident de personne, peu avant la fin du livre, fin de semaine, hier, instant où je m'assois dans mon train en attente de départ, peu après avoir pris notes encore (tactiles, toujours) de quelques morts en plus pour mon propre projet d'Accident de personne qui se prépare en coulisse et pour lequel je traque les suicidés comme des médailles (plus de 100 notes à présent), instant où le retard de ma rame pourrait après tout être lié à un l'un de ces accidents de personnes tacites qu'on préférerait nous cacher, peut-être, peut-être, on ne sait jamais...
Soudain le train s'arrêta en rase campagne, juste après deux heures de l'après-midi. Par haut-parleur on nous annonça qu'un accident de personne s'était produit sur la voie, telle fut l'expression utilisée. Plus tard les employés du chemin de fer nous expliquèrent qu'un homme d'environ quatre-vingts kilos s'était jeté sous le train, qui allait à près de cent soixante kilomètres à l'heure. Il ne manquait plus que de préciser le poids de la locomotive ; mais avant d'entendre cette description d'un combat aussi inégal...

...sur un chemin à côté de la voie plusieurs voitures sont passées, l'une de pompiers et l'autre du personnel du service médical d'urgence, le SAMU, et on nous a informés peu après que la locomotive n'avait pas été endommagée. Mais qu'il fallait du temps pour débloquer les freins et surtout faire venir un nouveau conducteur pour remplacer son collègue, qui devait encore être sous le...

...un garçon aux cheveux en brosse demeurait plongé dans la lecture de son roman policier de la Série Noire. Je me rappelle que lorsqu'il leva enfin la tête de son livre, comme s'il sortait d'un rêve, et apprit, tout étonné, ce qui venait de se passer, il fit ce seul commentaire, dont je notai les paroles : Il y a des gens qui ont du mal à vivre. À quelques pas de là, la demoiselle en tailleur noir venait de dire au téléphone : C'est la dernière fois que je vais à...

...passer sous ma vitre des employés du SAMU, qui ramassaient les restes du suicidé dans de grands sacs en plastique noir, et ma voisine de place se couvrit le visage de ses mains. Le train s'ébranla lentement et soudain, comme si la machine l'avait aussi déchaînée, à moins que ce ne soit un deus ex machina théâtral, une pluie torrentielle s'abattit, rideau qui cachait à nos yeux le lieu de la tragédie.

Julián Ríos, Pont de l'Alma, Tristram, trad : Albert Bensoussan et Geneviève Duchêne, entre les pages 288 et 290.

vendredi 5 mars 2010

1 tentative d'expliquer comment j'ai pu rater Dans un autre monde

Ils parlent beaucoup trop, impossible de se concentrer sur le texte, la voix dans la tête qui lit, superposée aux autres, hors tête, qui disent, mélangent et recouvrent. J'ai pris la tête du wagon, deuxième wagon, vue plongeante sur l'escalier, étage. Les voix qui disent sont derrière ou à gauche, sur l'autre rangée de sièges. Les filets de voix qui traversent la mienne, muette et monocorde sur la page, est toujours prétexte à écouter ailleurs ce qui se passe mieux qu'ici. Je lis mais perds le texte. Les yeux lisent mais ne suivent pas. Le texte avance sans moi. J'écoute l'autre voix. Pour reprendre le texte j'ai ma technique : le texte gueule. La voix de tête – celle du narrateur du livre en cours, mettons Pont de l'Alma puisque c'est le cas – hurle littéralement le contenu des mots imprimés sur la page, exemple P.48 :
INTÉRÉSSÉ PAR LES MACHINS ÉROTIQUES ET LA PORNOGRAPHIE. SON PREMIER ACHAT, ET LE GRAND PATRON EN RIAIT, AVAIT ÉTÉ UNE STATUETTE DE SAINT NICOLAS AVEC HALO, QUI DEVENAIT PHALLUS QUAND ON LA RETOURNAIT. ELLE SE RAPPELA ALORS QUE SON GRAND-PÈRE LUI AVAIT PARLÉ DE LA BELLE AURORE CAR, AU TEMPS OÙ ELLE ASPIRAIT À ÊTRE PEINTRE, ELLE AVAIT ÉVOQUÉ UN JOUR L'ÉVENTUALITÉ DE PARTAGER UNE PÉNICHE SUR LA SEINE AVEC D'AUTRES ARTISTES, ET IL AVAIT AFFIRMÉ QU'ELLE SERAIT MALADE DU MATIN AU SOIR COMME SI ELLE SE TROUVAIT EN PLEINE MER, IL SE SOUVENAIT TRÈS BIEN QUE LA BELLE AURORE ÉTAIT BALLOTÉ À CHAQUE FOIS QU'UNE AUTRE EMBARCATION, etc.

Julián Ríos, Pont de l'Alma, Tristram, trad : Albert Bensoussan et Geneviève Duchêne, p.48
Ils se racontent leur vie, leur vie m'indiffère, pourtant je prends notes mentales du déroulement des évènements, succession de scènes, coïncidences croisées, hasards découpés. Les voix périphériques (comme autant de bouches qu'on voudrait coudre) recouvrent. Le narrateur a beau gueuler, c'est déjà mort. Le texte est mort. Cette fraction de texte est morte. Défile comme un générique de film sur l'écran surexposé. Personne ne lit tous les noms des techniciens un par un. Personne ne prend les mots dénués de leur contexte pour le simple principe qu'il faut continuer à lire. Je lis sans lire pourtant j'ai besoin d'air, copie conforme de cette seconde où Tom Yorke trouve l'air et respire, chanson Jigsaw falling into place, album In Rainbows, minute 2'16, Tom Yorke trouve l'air et respire, puis crache des the beat goes round and round (x 2), puis crache encore come on and let it out (x 4). Le texte (qui continue de défiler) n'a plus aucun sens, se confond avec lui-même, entortillé sur la page, et sur la page elle-même se révèlent multitudes de caractères à l'endroit/l'envers qui s'enchevêtrent, métaphore plein soleil sur la page verticale, lorsque le texte verso s'imprime aussi recto sur la même transparence. C'est le même effet, le texte est le même, le même sans s'imprimer.

danslautremonde.JPG

C'est toute la partie VI de Pont de l'Alma « Dans un autre monde » que j'ai lu sans la lire.

jeudi 4 mars 2010

Croquis #19

grand brun, regard de poulpe à l'encre brute, cowboy à la ceinture, rugueux comme on pourrait pas dire

retraités en groupe, voyage organisé, étreintes poignantes du presque-après, adieux, la bise, et au revoir : salut Josette, salut Marcelle, salut Lulu...

quelques loups dans le corps d'un garçon

adolescent / emo / cheveux plaqués noirs / plaqués front / acheté par un couple de noirs pour divertissement nocturne

sweat Quicksilver, rasé d'hier : la tête dans les béquilles et cheville apparente

lui tête baissée sous la capuche, elles discutent sodomie avant/après en reniflant sous les écharpes : dès que je perds du poids (dit-elle) je perds des seins automatiquement

mercredi 3 mars 2010

Tétris

Je n'ai pas mis les bons verres, pourtant c'est les bons, peut-être un problème de pupille alors, ou de filtre directement déposé sur le panorama frontal. J'ai l'impression de marcher sur des tessons de bouteille, de flotter contretemps entre deux air. Le décor bouge mais ce ne sont pas des vertiges. Mon abonnement Publie.net se termine. J'ai émergé d'un rêve où la mort d'un anonyme remplissait tout l'écran : encore un deuil que je ne pourrais jamais connaître mais qui lui me traverse. Dans l'après-midi une voix téléphonique me dit « vous êtes merdique ». Moi perdu entre deux lignes tableurs sur mon écran, confondues puis retournées, brouillées déjà dans ma tête, je lui réponds « oui quelque chose », sans me débattre, signe que déjà je sais, j'avoue, j'assume, je suis merdique et toutes mes voix ont raison. Au retour je laisse le Pont de l'Alma me mener par le bout : je m'y perds, vaincu déjà par les microfictions. Je cherche ce que je lirai ensuite. Je n'ai pas trouvé. Sur l'Iphone je traque application utile pour dissiper l'ennui : existe en version payante 7.99€ un Tétris érotique où les corps s'empilent, ce qui me rappelle une scène particulière d'Heavy Rain, mais à l'envers. Hier je me suis dit peut-être écrire une fable où des corps tomberaient inanimés du ciel et il faudrait que tu les répares.

lundi 1 mars 2010

Peur d'être au monde

mangezmoi.jpgMangez-moi est un texte proposé par Marina Damestoy sur Publie.net depuis une petite semaine. Dans la lignée de La crise, lu dans le même mouvement, dans le même mouvement de tête aussi, regard de l'oeil nu sur le trottoir, réalité fragmentée d'un monde en dessous du nôtre qui est pourtant le nôtre. Comme La crise encore (mais aussi comme celle du logement & des peurs primaires ?), le format suivi est celui du fragment : forme courte, notes prises en marchant, et compilées après, plus tard. Mais les notes restent : de terrain bien sûr, embarquées, au plus près du sujet. a href="http://www.publie.net/tnc/spip.php?article309">Mangez-moi est une chronique vivante (et politique) de notre rapport au monde, rapport à l'autre, rapport à la ville. Extraits (quatre).
Quand la ville nous rend stériles. Quand un poids indicible écrase nos visages. Nous en sommes à absorber ce qui peut nous hisser hors du lieu où nous choisissons de vivre... lutter contre ce pourquoi nous travaillons, ce à quoi chacun contribue.
Je regarde sur l'étalage : un médicament pour calmer les nerfs, le stress, le surmenage, la fatigue mentale, les troubles psychiques, les tentions anxieuses, l'instabilité émotionnelle, les manifestations somatiques de notre peur d'être au monde, les troubles fonctionnels, spasmes, convulsions, cachexie,... Le nom du produit : Xanax, Prozac, Urbanil, annihilateur de ce que nous extirpe de la ville.
Médicament pour citadins, produit par la ville et pour la ville. Autrement dit, substances issues de ce qui consti-tue nos maux, crées par eux pour nous permettre de nous armer contre eux, afin de mieux en faire partie.
Être contre, c'est être tout contre, lisais-je. Je ne vois plus de choix, j'en gobe pas mal.

Marina Damestoy, Mangez-moi, Publie.net, P.35
Je laisse traîner mes pensées sur des phrases. Je laisse tomber ces mots-véhicules au hasard de papiers que des yeux survolent. Je laisse glisser ces feuilles entre des mains intruses et l'autre devient détective, témoin – voyeur qui s'ignorait.

P.101
Un squat est une maison de bris d'ardoise pour mauvais élèves. Sous la craie, poudre de dope, je suis l'agneau planqué qu'on va bientôt bouffer.

P.104
Angoisse parce qu'en moi est la merde. Mon ventre porte éventuellement la vie mais surtout la chair putréfiée des aliments. Comment s'épanouir sachant que ces denrées ingérées en mon sein me font vivre par fermentation, asphyxie, déliquescence. Je vis par la mort et détruit par mon transit. Intestins, symboles de la gadoue-ma vie.

P.131
Message à V. : voilà un truc susceptible de t'intéresser !

samedi 27 février 2010

Quatre

Coup de tête est malade : je relis (encore) Coup de tête. Compilation des trois premières parties bouclées (ou presque), c'est la première fois que je les lis à la suite en format livre. Besoin de me replonger dans le texte, puisque la dernière mouture date de novembre. Besoin aussi de voir comment s'articulent ensemble ces parties distinctes, écrites à part, séparément. Pour ça je me suis forcé à couper ma lecture, j'ai bousculé l'ordre habituel des paragraphes : je me suis arrêté avant la fin de telle ou telle scène pour mieux pouvoir ensuite lire l'entre deux dans la continuité. De cette façon j'ai pu tracer un pont entre les parties. Et je vois que ça fonctionne, première satisfaction. L'autre, c'est que le texte vit, il pourrait être écrit par quelqu'un d'autre, il pourrait être livre, il serait cohérent. Je serais quidam et je lirais ce livre écrit par un autre, je ne serais peut-être pas bouleversé, mais j'irais au bout de ma lecture et je ne demanderais pas remboursement à l'éditeur. Alors ce n'est pas parfait (la première partie, notamment, la plus ancienne, devra être remaniée), mais je commence à voir.



Coup de tête est malade car je dois (encore) m'y remettre. Et me remettre à ce texte, dans ce texte, dans l'écriture brute, est une douleur, chaque fois. Je freine avant de voir poindre le jour où il faudra encore écrire quelque chose. Je freine par pure paresse, bien sûr, parce que s'y remettre m'engage loin, m'engage pour des mois. Je freine aussi car je sens venir la fin, toujours la même, et que je veux la retarder le plus possible.

J'ai abandonné l'idée de réécrire un plan complet pour la dernière partie. Le plan composé en 2008 n'est plus bon, mais peu importe, je ne le suis pas de toute façon. Je sais d'avance grosso modo la façon de procéder. Fragmenter plus et taper plus fort. Je voulais y aller à l'aveugle, fragmenter tout seul. Semi échec. Me faut pourtant des notes tracées sur la page. Alors j'ai repris le plan 2008, je l'ai recouvert d'annexes manuscrites à la va vite. C'est sans sens, sans ordre, sans temps : comme la partie IV elle-même. Demain je reprendrai où je me suis arrêté aujourd'hui.

vendredi 26 février 2010

Douleurs comparatives

migrainemachine.png
Les migraines d'hiver ne sont pas celles d'été1. Paradoxalement plus chaudes, elles prennent en dessous des yeux avant de remonter frontales ou temporales. Elles se respirent dans la sueur du chauffage électrique plaqué à même la peau, s'intensifient sous les sinus, propulsées par la grippe, retenues par la morve. Fouettées par les écarts de températures, revigorées par le gel du dehors, l'étuve d'intérieur. Les migraines d'hiver sont grises, les migraines d'été sont solaires et irradiées. Glaciales comme la lumière blanche d'après Paris qui tape sur les vitres du train et se répandent sur la pupille. Celles-là sont moins couvées, plus brutales, nerveuses, rarement paroxystiques. Brèves mais sèches, lame couleur alu qui décape la tête, prend droit dans les yeux et s'ancre avec pulsations dans l'orbite, un côté après l'autre. Parfois elles remontent pariétales comme un écho de l'arrière sur l'avant. Curieusement février est un point de bascule entre ces deux couleurs. Plus vraiment l'une sans jamais cesser d'être l'autre. Le soleil couchant d'après Paris bascule à nouveau sur le côté ouest du train, rangée où je ne peux plus m'aventurer avant, au moins, le mois d'octobre.

(L'image Migraine Machine est empruntée au site Brotron.)

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1 Comme, d'ailleurs, les migraines du lundi (tendues, assourdissantes mais brèves quand elles arrivent) n'ont rien à voir avec celles du vendredi. Celles-ci pâteuses, qui coulent doucement depuis les yeux vers la partie intérieure du visage, à commencer par les mâchoires. Le poids de la semaine pèse depuis le front jusqu'à la gorge et bat trop lent dans les tempes. Migraine du vendredi qu'on autorise et qu'on admet, justement, parce que « c'est le week-end » et que le week-end permet tout.

mercredi 24 février 2010

Pipe & goudron

On n'a pas encore vu les affiches dans la rue qu'on les a déjà vues. Sur écran, mitraillées par les dépêches, ponctuées guillemets : « le message est sain mais », « on peut choquer avec le tabac mais », « l'Etat participe aussi à ces actes de viols ». C'est une campagne anti-tabac pour DNF déclinée en trois tableaux : même image : trois modèles.

Fumer.jpg


Nadine Morano (secrétaire d'Etat à la Famille) dit : il y a d'autre moyens pour expliquer aux jeunes que la cigarette rend dépendant, au moment où on lutte contre la pédopornographie.
Christiane Therry (déléguée générale de l'association Familles de France) dit : on abaisse les jeunes devant une autorité d'adulte / ça laisse à penser qu'on assiste à une fellation / on humilie la jeunesse / les photos auraient sans doute été moins choquantes s'il y avait eu une femme à la place de l'homme
Roselyne Bachelot (ministre de la Santé) dit : on peut avoir des images chocs sans avoir ce type de connotation qui peut abîmer ou gêner

La campagne a touché juste : on en parle, on fait parler. Les photos sont belles : on en a peu parlé. Toutes cadrées idem & même configuration de l'image. Les couleurs délavées confondent le corps (ici le visage) avec le fond. Le regard est aspiré vers l'hors-champs, en haut, c'est à dire le visage supposé de l'homme, toujours propre, toujours quarante/cinquante ans (on suppose), toujours une main sur la tête, toujours au-dessus. Le reste du corps est plongé vers l'hors-champs, en bas, et toujours ouvert au niveau du cou, peau apparente, gorge fixe, clavicules présentes, car quand jeunesse suce, jeunesse s'apprête aussi à avaler. Le regard aspiré en haut tire vers lui l'espace : il est aussi fragment de fascination pure. Ces photos sont des images, ces images parenthèses de pornographie urbaine. À la prochaine diapo peut-être, giclée de goudron sur la face des modèles ? Paraît que ce serait moins choquant si seules les femmes étaient esclaves sur les affiches (et c'est une femme qui le dit). Paraît que placées à la sortie des collèges/lycées, le taux d'achat clopes & goudron explosera car campagne pilotée en sous main par les industries du tabac. Campagne de fabrication d'un désir interdit, les commentateurs ont vu à côté. Clope n'est pas soumission mais fantasme de masochisme inassouvi. Nous allons fabriquer des générations de fumeurs. Et le conflit générationnel un détail, puisque depuis toujours l'adulte viole la jeunesse et jeunesse perpétue.

Adolescent anonyme (croisé dans le train, endormi sur son Eastpak, bras croisés, Converse aux pieds) dit (sous le panneau publicitaire) : t'aurais pas une clope ? Allez, s'te plaît...

lundi 22 février 2010

100222

odoramaiphone.jpgRéveillé 4h30 par ce qu'on peut appeler une rupture de sommeil : d'un coup les yeux ouverts, d'un coup blanc dans la tête, d'un coup pulsé dans les épaules comme endorphines, endorphines convulsées. Je tourne ensuite et tourne encore : éventre des rêves agressifs dans lesquels je me frotte, épines et os pointus, contre la peau des autres mais ça ne passe pas. Levé 6h30. Averse. Trop chaud et dix degrés déjà. Clodo (jeune) me dit bouge-toi, me faut 10 000€. Clodo (vieux) me demande 50 centimes. RER : wagon ouvert, une odeur de cadavre et d'alcool. Regards croisés des uns contre les autres, on tente d'identifier la source : qui c'est qui pue comme ça ? J'ai mes favoris. J'ai mon tiercé quinté gagnant. Je les vois déjà classés ligne d'arrivée. J'ouvre Mangez-moi (Marina Damestoy). Je me dis l'odeur c'est fait pour aller avec le livre, c'est un livre en odorama. J'ai du mal à me concentrer. Une vieille débarque, gare de C., tartine un mouchoir de parfum plastique quelle se colle dans les narines pour sentir mieux. L'odeur plastique recouvre les sièges. Quelle odeur est la pire ? Bifurque premier étage, balcon sur puanteur, assaut de mp3 crépité, conversations insipides. Je peux plus lire. Quelle nuisance est la pire ? Douleur fixée tempe gauche que les nerfs alimentent : c'est optique : c'est viscéral. Des lapins morts défilent derrière mes yeux. Wagon arrière, voix mexicaine, commentateur de catch, El Pollo Loco s'élance, écrase des mâchoires et hurle à la victoire. Maintenant il chante. J'entends des voix ? Je lance Hallo Spaceboy version Live in Dublin pour enfoncer marteau-piqueur ma migraine sous le crâne. Ça marche : elle se fige au soleil. J'entends des voix.

samedi 20 février 2010

Tigre de métal

tigre1.jpg
Signalons, une semaine après la bataille, la sortie en kiosque du nouveau Tigre (ou Tigre nouvelle formule), désormais quinzomadaire, disponible à 2.50€.

Boulevard Louis-Salvator, 17h - sur un mur, un graffiti utopiste en lettres capitales est apparu : "Le monde est à nous"; et juste en-dessous, pour préciser, de la même main, mais en plus petit : "Sait baise la police"

mardi 16 février 2010

Secteur 7

1

Depuis l'hiver, ils ont ressortis les vieux trains allu des années soixante-dix, les p'tits gris, les trains du secteur 7. Le chauffage plonge depuis les sièges et sèche une fois dissipé sous les cuisses. Ils n'ont qu'un étage. Ils s'entassent, cimetière des trains de V. Triage, on les voit longer les vitres et l'immobilité. Le soleil basculé fin février se reflète sur leurs toits de zinc. La tôle ondule sous la lumière. Les aiguillages les éparpillent entre les boites à chaussures qui émergent et annoncent plus loin l'apparition des villes, des bouts de villes, banlieues. Depuis le haut des immeubles on les voit serpenter, aiguilles entre les arcs électriques des prochains 17h34. Je dis à H. : un jour j'aimerais habiter un de ces immeubles, vue par dessus les voies, je pourrais compter les trains et deviner, montre en main, le nom de leurs destination, par coeur, les jours se répéteraient...

secteur7.png

2

Soit un nombre composé de 140 chiffres : soit 100 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 de possibilités pour la composition d'un tel nombre (il est probable que mes calculs soient faux : j'autorise N., et N. seulement, à me corriger). Application de la démonstration à une phrase composée de 140 caractères : combien de possibilités peut-il y a avoir ? Combien de phrases parallèles pourrait-on recenser, classifier, archiver ? Et sur ce chiffre choc, combien d'entre elles pourraient être intelligibles ? Et sur ce chiffre bis, combien d'entre elles pourraient traquer, tracer et dire le suicide dans les transports en commun ? Et sur ce chiffre ter, combien d'entre elles pourraient faire sens ? Voilà le dilemme posé par Accident de personne, projet twitter encore en cours, et voilà pourquoi je me dois de le résoudre.

samedi 13 février 2010

Semaine Bolaño


Mardi dernier sortait (comme vu précédemment) le volume III de la revue Cyclocosmia. Reçue lundi, lue cette semaine, vous y trouverez (outre Ernesto & variantes, signé de ma main) le très singulier Martha le matin d'Alban Orsini que j'ai beaucoup aimé. En voici un extrait (le début en réalité).
La gourmandise faite à Martha voudrait que ma main coure sur son dos couché, à niveau dans l'horizontal. La gourmandise faite à Martha voudrait que je me colle contre son corps, que j'en possède l'espace et en goûte l'essence. Y râle un peu, juste pour voir, dans le murmure et tout. La gourmandise faite à Martha devrait m'occuper l'esprit à la mesure d'une idée fixe, tatouée dans mon âme comme elle l'est si bien, elle, dans les draps. La gourmandise faite à Martha voudrait que je lui coule dans l'oreille les trois petits mots qu'elle m'a appris dans la nuit et qu'elle en sourie pour réponse, un frisson d'elle m'irait tout aussi bien. La gourmandise faite à Martha voudrait que je sois le plus heureux des hommes à la voir ainsi nue et arrondie sur mon lit, le drap en seule équivoque à moitié replié, abandonné, dans le haut de ses épaules à la manière de. La gourmandise faite à Martha voudrait que je lui plie les cheveux dans le cou, que je les verse dans le creux de la clavicule et des salières pour lui baiser la nuque.

Alban Orsini, Martha le matin in Cyclocosmia III, L'association minuscule, P.180.
Également présent (et bien présent) dans ce volume III un dossier critique assez large centré sur (bien évidemment) Roberto Bolaño. Mention spéciale pour l'article d'Eric Bonnargent, alias Bartleby, et son étude du roman policier chez Bolaño.
Le mal est absolu lorsque ses causes ne peuvent être clairement identifiées et c'est de ce mal dont il est question dans Les détectives sauvages. On ne peut rien contre ce qui, comme la rose, est sans pourquoi ; on ne peut que constater les dégâts et essayer de s'en tirer. Cela explique pourquoi il ne saurait y avoir de véritable romans policiers chez Bolaño. Les écrivains qui expliquent, les écrivains qui, tels les auteurs de romans policiers, réduisent la complexité des choses et rationalisent à tout-va ne sont que des imposteurs. Le mal est là, rien ne peut le résoudre. L'un des rôles de l'écrivain est simplement d'en rendre compte le plus discrètement possible.

Eric Bonnargent, L'auberge espagnole chez Roberto Bolaño in Cyclocosmia III, L'association minuscule, P.120.
Semaine Bolaño aussi par l'évocation chez les voisins du Fric-Frac Club de la parution future du Troisième Reich « nouveau roman posthume » du chilien à paraître chez Christian Bourgois en avril. Enfin semaine qui se termine ce week-end avec la programmation de la pièce 2666, adaptation du bouquin éponyme de qui vous savez par Pablo Ley et Alex Rigola, du 11 au 14 février (jusqu'à demain, donc) au festival Le Standard Idéal au MC93 de Bobigny. Nous y serons.

jeudi 11 février 2010

Croquis #18

costume cravate au corps, eastpack encore balancé sur l'épaule

casquette envers et yeux baissés, déjà ailleurs où il n'est pas mais pourrait être, filtre froid entre ses lèvres tuméfiées

l'oeil pressé sur son Iphone elle se repoudre et son fond de teint déteint tactile entre les lettres

elle quadrille le monde en rouge sur blanc, chiffres et tableurs empilés papier / il révise consciencieux la conjugaison des verbes choir et défaillir

piercing narine, coiffure iroquois, de près : odeurs de chaussures neuves

Narcisse en cuir enchaîné à la barre de métro, plongé dans la vitre

seize ans dans ses petits souliers (de ministre)

jeune guévariste casquette blanche, barbe éparse, et seulement pouvoir le frôler, si seulement le frôler juste

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