NPAI      

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Journal

Fil des billets

jeudi 21 octobre 2010

Fuir est une pulsion

Omega Blue n'est plus, enfin. Comme expliqué plusieurs fois par le passé, le blog Omega Blue a servi de béquille pour Coup de tête, et à présent que le roman est terminé, il n'a plus de raison d'être. À compter d'aujourd'hui le blog arrive donc en bout de course, il restera en ligne encore quelques temps comme archives de la période 2006-2010 de mon journal, mais ne sera plus réactualisé. Les articles restent totalement accessibles, les commentaires, eux, sont verrouillés.



La suite, elle, se situe sur Fuirestunepulsion.net, alors merci de mettre à jour vos flux RSS et à très bientôt j'espère !

jeudi 14 octobre 2010

Disparaître

Le blog, je crois, a pris fin le jour où j'ai écrit « point final » au terme d'un manuscrit vieux de plus de quatre ans. Pour ça précisément que c'est assez calme, en ce moment. Le rythme de publication reprendra (j'espère) une fois mis en ligne le nouveau site censé prendre place de l'autre. Sans doute bientôt, mais j'ignore quand.

lundi 11 octobre 2010

11 10 10 : 12h13

Dans le train juste avant départ, retour Paris dans la brume, le wagon quasi vide et pourtant l'ombre d'un corps derrière le mien, qui sort un sandwich, midi oblige, et respire fort entre chaque bouchées, tellement fort qu'il en aspire le siège derrière et les pages de Vies de saints que j'essaye de lire, relire plutôt, sans succès, car sa simple présente derrière, juste, me déprime, et je me retournerais bien comme au cinéma pour lui demander la paix mais on demande pas à un mec qu'on a jamais vu de sa vie d'arrêter un peu de respirer merci, n'est-ce pas ? Alors je m'abstiens. Le mec à gauche, rangée opposée, lui, vissé portable depuis qu'il est monté, essaie désespérément d'expliquer à sa voix dans l'oreille droite que ça suffit cinq minutes de faire tout un bordel de rien et qu'il faudrait lui foutre la paix putain. J'approuve.

Une demi-heure après départ, Google Agenda m'envoie un mail pour me rappeler départ, numéro de train, horaire, au cas où j'aurais zappé de partir et que je souhaiterais, qui sait, remonter le temps pour le reprendre.

Hier j'ai revu F., le jour d'avant L., I., et revenir ici (cet ici qui, tandis que j'écris ces lignes, redevient progressivement là-bas) c'est un peu retomber quatre ans, cinq ans, en arrière, sans réellement y parvenir, alors les rencontres ne sont pas tout à fait les mêmes que celles qu'elles auraient dû, pu être.

Dans l'Iphone Florent Marchet chante « qui je suis, dis-moi qui je suis » et le répète.

Sur la gauche du train, derrière la vitre, des mecs jouent les acrobates sur les pylônes d'une centrale électrique qui jouxte les voies.

Je reprends, donc, Vies de saints :
Oui, Canciones Tristes.
Une ville dans le coma. Immobile et en transe ; mais allez savoir ce qui se passait derrière ses portes et ses fenêtres closes, comme des paupières qui auraient suivi une thérapie intensive. Une ville qui – m'avait-on prévenu à la rédaction de Rieles – regorgeait de saints ou, du moins, de candidats à la sanctification. De perpétuelles opportunités d'alléluias. Une concentration maximale de martyrs et de prodiges. Tout était miraculeux ou digne de le devenir : « Vous ne vous souvenez donc pas de ce jour où le soleil ne s'est pas levé, et de la veuve qui saignait à la messe comme un immense jet d'eau, et de l'autruche qui parlait le latin à la perfection ? »

Rodrigo Fresán, Vies de saints, Passage du Nord Ouest, trad : Serge Mestre, P.220.

mercredi 6 octobre 2010

Vigipirate

Rentré hier pour St-Etienne, chez mes parents jusqu'à lundi. Pris le train Gare de Lyon au milieu des flics et des Fa-Mas. Après qu'un mec assez jeune, bègue, me demande un euro pour aller à X. (je n'ai pas compris où il souhaitait aller) et que je lui file (sans doute parce que le mec assez jeune, bègue, me rappelait William of Heaven, narrateur de In the city of shy hunters), les flics sont venus nous voir, nous ont demandé de « reculer par soucis de sécurité ». Nous avons reculé. Un sac plastique abandonné au milieu du grand hall était gardé très strictement par des militaires, flingues collés au corps. J'ai pris une photo (sur la photo, malheureusement, le sac plastique n'est pas visible). Le sac plastique, à ma connaissance, n'a pas explosé.

vigipirate.jpg

Plus tard, dans le train cette fois, à trois quarts d'heure de Lyon environ, un autre mec qui puait la clope et l'alcool s'est assis sur le siège d'à côté, m'a réveillé, m'a demandé s'il pouvait s'asseoir sur le siège d'à côté, m'a remercié derrière mon oui, s'est coupé les ongles intégralement (mais sauf les pieds), m'a demandé à quelle heure on arriverait à Lyon, m'a remercié mec après ma réponse, et s'est barré. Je me suis vaguement demandé quel genre de bombe il aurait pu planquer, quand il aurait pu la faire péter et sous quel siège. J'ai sorti mon MacBook pour écrire quelques peurs primaires. J'en ai oublié une (tant pis). J'ai rechargé mon Iphone. Je me suis rendormi.

mercredi 29 septembre 2010

Double Meetic

Ce matin trop peu dormi, parti retrouver Juliette Mézenc au Louvre, déjeuner au Num (décidément), saumon je crois. Ce matin 8h H. me réveillait car j'avais laissé la clé sur la porte et la porte (donc) n'ouvrait pas. J'ai dit franchement, 8h, quoi, 8h... M'a dit fallait pas laisser la clé gros malin. Me suis recouché.

Dans le train pour venir poursuite Vies de saints, un mec bourré derrière explique qu'à l'enterrement on lui a rien filé mais on lui a tout pris. Et hier croisé P., très brièvement, sur messagerie instantanée me demandant pourquoi j'avais flingué kiss bye boy et lui répondant que ce n'était pas très important, que c'était foutu déjà, il se vexe. Et qu'est-ce que ça me coûterait de l'ajouter au site Fuir est une pulsion qui prendra la suite du blog dans quelques semaines, me suis demandé. Réponse à venir. "La suite sous peu." (© g@rp)
« Moi, j'ai fait la guerre, Max, et pas toi », pense Alejo. « Toi, tu es plus jeune que Nina et ça me dégoûte un peu, je ne sais pas très bien pourquoi. Tous ces muscles ne peuvent certainement pas cacher plus de dix-huit, dix-neuf ans. Tu es un petit gamin du millénaire et moi j'appartiens à cette espèce bizarre en voix d'extinction. Pour toi, je suis un animal préhistorique. Le fait que tu puisses me tuer à coups de pied sans grand effort n'empêche pas que je sois bien plus digne d'attention pour le monde entier, que je possède plus de valeur et que je sois plus important que toi. Cela dit, il est vaguement vraisemblable qu'un petit gamin de notre millénaire soit mieux assemblé qu'un légitime survivant des inoubliables et lointaines années 1980. C'est vaguement vraisemblable... »

Rodrigo Fresán, Vies de saints, Passage du Nord Ouest, trad : Serge Mestre, P.93.
Juste avant de se retrouver cour carrée du Louvre Juliette, ne m'ayant jamais rencontré précédemment et ne sachant pas précisément quelle tête j'avais, a visiblement accosté un de mes doubles qui n'était, sauf lourde erreur de ma part, pas moi. Le double lui a répondu je ne suis pas Guillaume mais bon courage et a pensé, sans doute, à une rencontre Meetic ou un blind date occasionnel. Je ne sais pas quelle tête avait ce double et si son ombre était réellement une déclinaison possible de la mienne (j'aime le penser) mais je me pose la question de savoir quelle a été, par la suite, la progression de sa journée. Peut-être l'envers de la mienne.



Plus tard, au Num, entre deux saumons, Juliette m'explique la poursuite du journal du brise-lames dont j'avais accueilli ici-même un épisode lors d'un vase communicant précédent. Je lui explique mon chômage tombé du ciel, la fin de Coup de tête. Je prononce même la phrase, très improbable mais bien réelle « je vendais des chiottes, et oui, sur internet ».

Un peu plus tard, après que Juliette soit repartie de son côté, achat du dernier Philippe Vasset. Achat aussi de Tanganyika Project, de Sylvain Prudhomme, sans doute pour fêter silencieusement l'annonce de la poursuite du Tigre.

samedi 25 septembre 2010

Fini

Je pourrais faire plus bref encore et relayer mon tweet de début d'après-midi.

tweetcdt.png

Je pourrais aussi faire plus long et détailler point par point toute la chronologie nécessaire à l'élaboration, la destruction, la réécriture et la finalisation de Coup de tête mais ce serait pure redite. Pour ça : explorez les liens, remontez les archives.

La dernière relecture était presque accessoire : sur liseuse pour faire tout comme, lentement et à cheval sur les parties pour avoir une bonne vision d'ensemble. Quasiment aucune modification, sinon des petits ajustements de typographie pure (sauts de lignes, essentiellement), quelques remplacements d'un mot pour un autre. Tout au plus trois ou quatre phrases supprimées (dont la dernière). Rien de bien méchant. Fallait juste s'assurer que c'était bon, juste vérifier une dernière fois au cas où. Désormais c'est chose faite.

La période de corrections & relectures en réalité a commencé début juin, après avoir terminé la partie écriture de la partie 4, la dernière. Entre cette date et aujourd'hui, 18 000 signes ont sauté, parce qu'il fallait, ramenant le poids total du truc à 300 000 signes environ. 5% du texte a donc été charcuté pour un meilleur impact, pour densifier la trame. J'en suis très satisfait. Enfin satisfait.

Je ne pense plus modifier quoi que soit, mais attendons de voir les retours des bêta lecteurs à qui j'ai envoyé ou vais envoyer le texte. Ensuite ce sera déjà hors de mes mains.

jeudi 23 septembre 2010

Lune - Nuit - Hélium

Je poursuis mon exploration viscérale de la banlieue de banlieue et tapant plus près de Paris, ligne A et non plus D, Vincennes, Fontenay sous bois, Joinville le pont. Rendez-vous hier anciens collègues pour comparer respectivement nos expériences de Pôle Emploi. J'explique Svetlana, ma conseillère perso à moi, qui tient à me voir tous les quinze jours et squatte depuis lundi déjà ma boite mail. Alors faire semblant de chercher quelque chose tout en s’évertuant de surtout, surtout, ne pas trouver. Je vis plutôt bien mon chômage (ou plutôt j'en profite).

Traverser de nuit banlieue de banlieue en bus démultiplie sans trop le vouloir le sens de la géographie. Ça veut dire le temps, ça veut dire l'espace, ça veut dire la lune qui rôde en haut comme un chaman rempli d'hélium. Serpenter dans la nuit, le béton minuscule, les bretelles autoroute, diffracte aussi la carte telle que je l'avais en tête ; j'en profite pour écouter podcast d'Eden matin midi et soir (Chloé Delaume via France Culture) et recommande vivement.
Vide, tu es je suis vide. L’esprit en appel d’air, organes fantoches et cœur aride. Une âme stérile, une voix de pierre. Des cailloux plein la bouche, des crachats de silex. Mais aucune étincelle n’affleure aux commissures, aucune, jamais.

(Voir aussi Arnaud Maïsetti pour lecture et écoute du podcast)
lune-helium.JPG

Coincé Gare de Lyon, comme le narrateur bien anonyme de Coup de tête je cherche Nil, Nil est nulle part, ou plutôt si, des Nils, c'est à dire des clodos, y en a partout, certains même n'en sont pas, ils puent l'alcool, ils dorment par terre. Gare de Lyon coincée la nuit ressemble en fait à Gare de Lyon ouverte le jour. Quelques corps en moins. Mais grosso modo la même absence de temporalité : la nuit, le jour, là-bas, sous terre, comme dans un Casino en fait, c'est juste exactement la même chose. La même lumière, les mêmes annonces. On fait, au fond, pas trop la différence. Est-ce que j'ai pensé ne serait-ce qu'une seconde aux risques d'attentat dans les transports ou même ailleurs, aux bombes disséminées partout sur, sous et dans les rails, les wagons, les caténaires, est-ce que j'en ai profité pour en construire une peur primaire de plus à ajouter au catalogue ? Même pas. J'y pense maintenant, mais a posteriori.

Coup de tête, deux mots, juste pour dire que la dernière des dernières relectures est en cours, se terminera d'ici demain, samedi au plus tard. Ensuite ce sera terminé, ça fait bizarre rien que de le penser, mais c'est bien vrai. Après je ferai lire.

Pour passer le temps dans la nuit tartinée au néon j'ouvre 79 carré nuit blancs de Jean Gilbert acheté au pif il y a un mois. Ce livre de poésie fiévreuse est en réalité une traversée en Insomnie. Je me rappelle lecture d'Arnaud Maïsetti, « Où que je sois encore... il y a quelques semaines et j'insomnise. Il faudra que je relise, faudra aussi en reparler.

lundi 20 septembre 2010

48.545275, 2.576658

Hier dimanche, direct Corbeil – Melun. Le train s'appelle ZIPE, il traverse la campagne, la campagne d'une banlieue de banlieue bien écartée de Paris. Retrouve N., chez lui, plus tard sommes rejoints par E. Bien des années plus tôt, encore à la fac, nous passions nos journées, heures, semaines, grosso modo tous les trois. Aujourd'hui, plus ou moins dispersés dans la carte et le territoire, c'est un miracle si on arrive à s'accrocher tous trois trois fois par an. Dans le ZIPE aussi je termine Lichen, lichen, d'Antoine Emaz, car le bouquin n'est pas à moi et que je dois le rendre à ma mère, prochainement.
Faire figure est fatigant. Mieux vaut tenir tête, ou même simplement se tenir, être à la hauteur, pas davantage. Bref ne pas séparer le poète du commun des mortels : une peau, des os, des mots.

Antoine Emaz, Lichen, lichen, Editions Rehauts, P.9
Le RER entre Corbeil et Melun longe la Seine. Très peu de corps pris dans l'habitacle, beaucoup de sièges libres, quelques écluses bien monstrueuses à quelques points névralgiques de l'eau. Certaines, plus gigantesques encore, plantent sur l'eau des grues métalliques et surréelles.
Dans chaque poème il y a au moins un point où, si l'on poussait plus loin, tout s'effondrerait, et nous avec. On retournerait, plus bas, dans l'agitation muette qui a précédé.
Ecrire reviendrait donc à s'écarter, puis se rapprocher sans rejoindre, sous peine de se perdre à nouveau.

P.30
Arrêt Saint-Fargeau-Ponthierry. En face, derrière la Seine, qui dépasse sous l'ombre des arbres, un autre métallique, celui-là plus imposant, et des pylônes qui crépitent au soleil. Et au sommet des ces pylônes, tout en haut du zinc, au-delà de l'alu, et bien, juste, rien, car ils soutiennent que dalle.
S'il n'y a pas d'issue, explorons la cage. Elle deviendra plus vaste.

P.37
Et est-ce une carcasse, est-ce un OVNI, est-ce superman ? Est-ce que, déjà, c'est quelque chose et si oui où, quand et pourquoi ?
Le manque est moteur.

(…)

Pas besoin de beaucoup d'espace si on creuse.

P.40
Si c'est un OVNI, c'est crashé, si c'est ailleurs, pourtant, c'est bien là, et si c'est un homme c'est un géant, un de ces poteaux électriques à forme humaine qui galopent en Islande.
Noter, c'est comme être à côté. On sait que l'on n'a pas la meilleure place, mais à un moment, peut-être, on aura le meilleur angle de vue.
Noter, c'est un travail de photographe. Penser, c'est du cinéma.

P.48
Les rails tournent autour de la forme : je la retrouve à Boissise-le-roi. Je n'ai pas meilleure prise sur la forme car la forme est cachée : ne dépasse que les pylônes. Je n'ai même pas pensé à sortir le Kodak pour en prendre une photo. Simplement je me suis dit : back home passer par dessus, Google Earth, et voir vraiment ce qui s'étale sous le métal, ce que cache la forêt et ce qu'abrite la forme.
« la nuit tombe / jusqu'où // tout un sac de nerfs nus / et chacun serré cherchant de quoi / rire »
Ensuite le poème a versé, s'est perdu, est devenu incontrôlable ; une plongée sur plusieurs pages vers rien.

P.66
Back home, en effet, j'ai dégainé Google Earth, mais Google Earth ne m'a rien offert. J'ai trouvé le lieu mais aucun corps de métal à l'intérieur. Les pylônes, écrasés par la perspective, littéralement bouffés par la vue satellite, se fondent pratiquement avec le nu du sol. Il faut zoomer fort pour les apercevoir. Et autour, juste, rien. Même pas usine, même pas centrale électrique, même pas prison, même pas, même rien. Simplement, peut-être, quelques antennes extra-terrestres, légèrement décollées du sable pour émettre vers un ailleurs plus vrai puisque, justement, bien ailleurs.

forme2.png

Mélancolie, spleen n'ont pas de point de départ visible. C'est brusquement et sans raison sentir le vide de vivre, creuser la mort dans vivre. On ne s'explique pas ce basculement dans le dégoût de tout, l'inertie, l'insipidité, sinon par un masque tombé, celui du clown ou du vainqueur, peu importe.

P.92
Google Maps, pas mieux. J'espérais un nom, un code, une forme sur la carte dépouillée du cadastre. Mais là encore, que dalle. Juste un point A planté nulle part dans le vide du décor, celui précisément du Livre blanc de Philippe Vasset : une carte vierge de territoire, un gouffre dans la cartographie du réel.

forme1.png
« Bird, I cannot see a thing. / It's all in your mind »

vendredi 17 septembre 2010

17 sept.

Paris gare de Lyon en travaux : bientôt gare va s'extirper de l'ombre dans laquelle je l'ai fixée en écrivant Coup de tête. Ce n'est pas, en soit, un sacrifice puisque la gare telle que je l'ai arpentée en repérages et fréquentée au quotidien n'a jamais pu correspondre au lieu évoqué dans le texte, le temps du récit étant situé quelques années trop tôt. V. me demandait autrefois pourquoi ces détails liés aux lieux étaient si importants : je n'ai pas vraiment pu répondre à l'époque, je n'ai toujours pas la réponse aujourd'hui.

J'attends, Gare de Lyon, l'arrivée de E. au pied du TGV : c'est pour cette raison que je traverse encore cette gare. Rien à voir avec Coup de tête. E. arrive à l'heure, son TGV sur les épaules. Aux guichets, près des Départs Express Pro dont il est brièvement question dans la deuxième partie elle change son billet de retour. Midi différé quatorze heures mangeons thaï au Num proche les Halles. Plus loin Tuileries via le Louvre. Météo : soleil, 15 degrés de septembre. Je lui raconte mercredi, mon entretien Pôle Emploi. Les phrases retenues sont les suivantes : 
1) Pôle Emploi n'est pas là pour vous trouver du travail
2) les licenciés économiques comme vous ne sont pas comptabilisés dans les chiffres du chômage et
3) désormais c'est un cabinet privé qui va vous prendre en charge.
E. me parle de faire le tour du monde. Je lui dis tous les deux on se supporterait pas, quelque part ce serait marrant. Je lui dis je sais pas trop si faire un tour du monde ça me tenterait. Je lui dis tu crois pas qu'au fond on y retrouverait quand même notre même petite vie banale, même au bout du monde ? Elle me dit si. Derrière nous des mecs jouent au foot, se foutent à poil. Au cœur de Paris elle me déplie New York, la ville qui n'existe pas. Elle me parle de ceux qu'elle croise. Sans prononcer son nom, elle demande P., des nouvelles ? Je lui réponds nous avons disparu simultanément l'un pour l'autre. Peut-être, sans doute, est-ce une fiction factice de plus qu'il me faudra gommer. Et kiss bye boy n'existe plus.

Avant de repartir je lui demande si elle veut bien lire Coup de tête une fois que le truc sera bien terminé. Elle me laisse pas finir ma phrase pour accepter.

En quittant Gare de Lyon je me rends compte que tous les Escalators traversés aujourd'hui étaient inversés depuis mes derniers jours de boulot. Bizarre. Ça fait déjà un mois, ça fait à peine deux heures. 

mercredi 15 septembre 2010

Des hologrammes

Depuis fin Août Publie.net fait aussi sa « rentrée littéraire » en proposant simultanément plusieurs nouveaux textes tout à fait stimulants. Aujourd'hui encore la coopérative d'édition numérique poursuit son évolution en relayant notamment des textes de Robert ne veut pas lire, éditeur numérique québécois. À découvrir, notamment, l'excellent Tokyo Québec de Leroy K. May, nouveauté d'hier : je l'ai lu en suivant sa parution par épisodes il y a quelques mois, je le relirai avec plaisir en format complet, et en profiterai pour en parler plus en détail prochainement.

signescliniques.png Parmi les textes proposés à la rentrée, Signes cliniques de Christine Jeanney. Texte court, une ville, un hôpital, une femme et l'attente de cette femme, dans cette ville, dans cette hôpital, l'attente d'une opération. Le texte est très précis, c'est à dire qu'il est affûté, c'est à dire qu'il progresse, depuis l'attente physique dans le coeur de la ville (voir vivre en bas les corps et les hologrammes de corps qui gravitent autour de l'hôpital) jusqu'à l'après épidermique de l'opération. Les hologrammes traversent le livre. Quelques lézards, également, s'y lézardent. C'est un livre très net.
Comme elle est petite, l’immédiat se mesure immédiatement : à gauche un fauteuil, une table ; au fond à droite, un rétrécissement et deux portes, salle de bain et couloir ; la table roulante pour les repas ; un chevet avec tiroir, téléphone, sonnette, télécom- mande. Et au centre le lit, dernier cité parce qu’évi- dent, fusionné avec moi. Nous sommes tous deux soudés au centre de la pièce. Là où je suis il est, même lorsque je me lève, car j’en suis capable. De- bout, il reste intégré à mon dos sans qu’on le remar- que, son hologramme flotte, parallèle au linoléum.

À moins que ce ne soit moi. Des gens entrent, sortent, me prennent le bras, me saluent, déposent des choses, me questionnent, mon hologramme ré- pond Hier, Le mois dernier, Monsieur H, Merci, en  s’arrangeant pour que les réponses concordent, pen- dant que, dans une forêt à l’est mon vrai corps mar- che avec persévérance, cela explique le flottement, la distance inconstante située entre menton et cou, et la sensation d’être un crâne piqué au bout d’un manche télescopique.

À moins que ce ne soit eux. Des hologrammes de silhouettes humaines avancent dans des chaussures confortables, à l’intérieur de leur poche un stylo et sur le revers de celle-ci un badge aux lettres tapées à la machine. Ils poussent des chariots (ou ce qui sem- ble l’être, peut-être des images de chariots scannés), en sortent des contenants, bouteilles, compresses, tubes et bassines en forme de cacahuètes géantes, couleur de métal ou de papier mâché. Ils se déplacent assortis de paroles reconstituées générées aléatoire- ment par un ordinateur central. Ça pourrait fonc- tionner. C’est une question de technique.

Christine Jeanney, Signes cliniques, Publie.net, P.10-11.


Je suis pas surpris de savoir que si je le voulais : si je le voulais vraiment : je pourrais clore Coup de tête avant la fin de cette semaine. Bien sûr que je le sais. Bien sûr que je fais durer.

J'ai procédé hier à un découpage brutal du texte : c'est à dire que j'y ai glissé des pages blanches pour faire respirer un peu les phrases. Au fond j'ai fait qu'appliquer à l'ensemble du livre la fragmentation narrative mise en place pour la partie 4. À présent (j'espère) tout est plus équilibré, plus vrai, plus cohérent.

J'ai relu aujourd'hui l'intégralité de la partie 3, vraisemblablement bouclée. Quand je dis relu je veux dire lu : lu à voix haute. Pour voir si le texte suivait et si la gorge s'écorchait pas, parfois, sur des caillasses oubliées. C'est le cas (un peu), c'est corrigé. Le fichier d'enregistrement de cette lecture dure près d'une heure : une heure entière : j'aurais pas cru. Je pensais pas non plus en ressortir épuisé, tabassé par mon souffle, que je n'ai plus. À un moment dans la partie 3 le narrateur dit : «  la tête propulsée dans l'ailleurs de l'en haut : ça tangue ». Vraiment je pensais pas.

Derrière la partie 4 qui reste encore à relire (ensuite l'ensemble, réuni, et faire comme si c'était le livre d'un autre), étant la plus jeune, il est probable qu'elle ait droit à plus de corrections. Alors bien sûr que je pourrais finir cette semaine, faut plutôt se demander si j'en ai juste envie.

Comme je l'expliquais à H. avant hier : au fond, ces trucs, ces corrections que je fais, c'est juste des broutilles, rien pour changer véritablement le fondement, le corps, du texte. Alors autant y aller, finir, faire ça au mieux, et puis tout clore, comme si c'était le livre d'un autre, et passer vite vite à autre chose, complètement autre. Et tant pis si ça m'emmerde d'avoir à l'envoyer à droite, à gauche, et refaire le même cirque encore une fois.

- page 1 sur 43