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mercredi 28 juillet 2010

Cache

Lorsque lundi le disque dur, précédemment crashé, ensuite extrait du MacBook et placé dans un boitier vierge, a décidé d'allumer ses loupiottes DATA et est apparu sur le MacBook de H. prêté pour l'occasion, les fichiers copiés de suite en priorité ont été les suivants (dans leur ordre d'importance) :

- 550 pages de journal quotidien non mis en ligne
- le fichier Livre des peurs primaires comprenant la totalité des 171 fragments écrits jusqu'à ce jour, y compris les 30 encore non mis en ligne
- le fichier Accident de personne reprenant les 130 fragments écrits jusqu'à ce jour, également éparpillés dans mes iPod / iPhone respectifs
- le fichier Prudhommes.rtf qui me servira vendredi a récapituler la procédure actuelle lors de mon entretien préalable a un licenciement 
- la dernière version de Coup de tête intitulée 18-07-10 (all) 3 qui contient les dernières corrections du texte

Depuis lundi : je respire. Depuis lundi : je fais des sauvegardes.

dimanche 25 juillet 2010

Crache

Si j’en crois les génies d’Apple, le crash du Macbook concernerait soit le disque dur, soit la carte mère, soit les deux. La garantie court jusqu’à fin septembre, je n’ai donc pas à me soucier du remplacement matériel. Ce qui me tord la tête, encore, c’est bien la question de la récupération des données.

asw-terrified-big.gif

Après avoir tout essayé cette semaine et ce week-end qui était à ma portée, ne reste plus l’option, vraisemblable, d’une récupération chez des professionnels de la récupération. Autrement dit : ça fait ch(i)er. Et c’est cet entre-deux usant qui me retourne le crâne : entre l’absence de ces données et la possibilité d’une récupération possible : si tout espoir était perdu, au moins, dans ma colère, je n’aurais d’autre choix que de me plonger devant et me remettre petit à petit dans les mots. Mais ce n’est pas possible. Coup de tête est en arrêt complet. Tant que je n’aurais pas fait une croix sur la possibilité de récupérer la dernière version finalisée le week-end dernier, je ne pourrais pas le reprendre. Je ne pourrais donc pas tenir mes propres deadlines persos. Et je ne parviens pas à me mettre en conditions pour écrire autre chose : pour m’occuper la tête le temps de résoudre cette mécanique qui déraille.

Le cas de Prudhommes.rtf est différent. Je l’ai repris hier pour réécrire un mois plus tard ce qui a déjà été entamé. L'exercice est pénible au possible, car je suis incapable de reprendre le texte dans les détails, de là où je me trouve je n’ai maintenant plus que les grandes lignes. Mais je dois “profiter” d’être encore dedans pour recomposer ces dix pages, au cas où la récupération ne donne rien. Au pire, la récupération échoue et je pourrais me rabattre sur cette version de secours. Au mieux, la récupération est un succès et je peux me baser sur deux versions parallèles pour boucler un texte complet. Alors dans le doute je continue de recomposer ces notes, ces drafts, ces fragments pris en cour de route et qui me serviront de base de travail pour un projet futur. Quoiqu’il en soit je n’écris plus rien sur le DD du Dell prêté par H. pour dépanner. Tout fichier ouvert est saisi directement en ligne via Google docs. Je n’ai plus confiance en la mémoire statique. Idem pour les sauvegardes qu’on veut régulières mais qu’on oublie de poursuivre passés quelques mois de prudences. Si tout est en ligne, je risque peu.

mercredi 21 juillet 2010

Crash

Si le crash disque dur du Macbook survenu dimanche après l'attaque de Rafael Valls dans le Col de Pailhères mais avant le cirque Schleck / Contador dans l'ascension (comme il semblerait que cela se confirme dans les jours qui viennent) et si aucune récupération des données n'est possible, cela signifierait la perte de :

- 40 pages de corrections Coup de tête effectuées samedi ainsi que toutes les versions intermédiaires effectuées depuis septembre 2009
- 550 pages de journal quotidien non mis en ligne
- environ 130 fragments compilés d'Accident de personne
- 30 fragments du Livre des peurs primaires
- 5 pages de kiss bye boy
- environ 10 pages de Prudhommes.rtf
- tous les brouillons de tous les machins, écrits ou pensés
- tous les machins commencés, oubliés et jamais terminés
- tous les fichiers sources d'Omega-Blue, Qu'est-ce qu'un logement. et Fuir est une pulsion

C'est pas vraiment pire que le pire de mes cauchemars mais c'est pas terrible non plus : le pire est sauf (Coup de tête pas mort, Accident de personne éparpillé dans mes Ipod/Iphone) et toutes les pertes concernent surtout le back office : c'est à dire le labo du texte. Mais à suivre...

dimanche 18 juillet 2010

Nickel #2

J'ai trois jours de retard sur mon planning mental : autant dire que je suis dans les temps (ou presque). Je m'étais fixé le 15 pour clore les relectures de la partie 2 (Coup de tête) et je termine ce matin. Je suis donc dans les temps (ou presque).

La partie 2 était facile, je le savais avant de reprendre. Mises à part quelques virgules je n'ai pas touché grand chose. J'ai supprimé un peu (bien sûr), j'ai épuré encore le nombre de caractères récalcitrants, mais c'était clair déjà, c'était bien mis. J'ai juste un peu coupé ce qui dépassait derrière. Le prochain objectif, c'est fin juillet : la partie 3, elle aussi quasiment terminée. Je relirai quand même, pour être sûr.

En parallèle progresse la mise en page du site fantôme destiné à remplacer Omega Blue. J'ai changé le titre de la catégorie Journal, comme prévu, en Journal, etc. ou Journal (est une pulsion, etc.), ce qui revient au même. Dans la version compilation de mes journaux, journaux parallèles, journaux fictifs et journaux bis qui couvrent la période 2006 – 2008, le titre choisi devrait être le suivant : Fuir (journal, etc. 2006 – 2008).

mercredi 14 juillet 2010

Juste vivre dans sa tête


Quiconque a le bon sens d'établir son testament ne peut qu'être sain d'esprit. Sa famille était prête à la re-avouer. Ils fondirent en larmes, tant leur coeur était ému.
Mais don Quichotte était un monstre sans coeur.
- Voici la preuve que je suis saine d'esprit :
« AU CHIEN : je lègue tout à mon chien. Je t'en prie, chien, pardonne mon égoïsme ; je t'en prie, par tous les moyens je je t'ai pas compris, car je n'ai pas été assez maligne et je n'ai pas su ce qu'était l'amour. Je te souhaite d'être très heureux pour le restant de tes jours et, de plus, je sais que tu le seras, car tu es fort, patient, avide de comprendre, plus encore que moi, bien que tu sois fou.
Le chien l'interrompit : « Je ne veux pas que vous vous en alliez. »
Don Quichotte : « Il faut ce qu'il faut. »
Le chien : « Vous mourez parce que je ne vous aimais pas. »
Don Quichotte : « Non. »
Don Quichotte retourna à ses dernières volontés et enseignements :
« À MON FILS AVORTÉ : si tu épouses quelqu'un, homme ou femme, qui n'est pas richissime, tu seras dans la dèche. Sinon tu seras dans la dèche.
« À MOI-MÊME : j'avais tort d'avoir raison, d'écrire, d'être chevalier, d'essayer de faire quelque chose, n'importe quoi : parce qu'avoir un rêve, c'est juste vivre dans sa tête. Être un fanatique te sépare des autres. Si tu es comme tout le monde, tu crois l'opinion commune ou ce qu'on te dit. Qu'y a-t-il d'autre ? Ô néant, je dois avoir des visions, je ne peux avoir de visions, je dois aimer : je dois avoir tort pour écrire.
Quand elle eut fini de rédiger ces enseignements profonds, étant vieille et épuisée, elle réaffirma sa croyance en l'inexistence de l'amour humain et mourut. « Pour moi seule tu es né, et moi pour toi. On n'est qu'un, même si on se fait des misères et du mal. Tu es mon maître et je suis la servante ; je suis ta maîtresse et tu es mon serviteur. Je suis malade à en mourir parce que j'ai tenté de t'échapper, amour. Je te cède de tout mon coeur ou esprit. Nul autre remède à la maladie que cette imbrication de nos appareils génitaux. Il n'est pas nécessaire d'écrire ni d'avoir raison vu qu'écrire ou avoir raison c'est créer plus d'illusion : il est nécessaire de détruire et d'avoir tort. »

Kathy Acker, Don Quichotte, Éditions Laurence Viallet, trad : Laurence Viallet, P. 39.

lundi 12 juillet 2010

4

Déçu par Quién es ? Je saurais pas trop dire pourquoi, sinon qu'il traine trop de comparaisons. Et je n'y étais pas. Et ce n'était que quatre-vingt pages pourtant c'était des semaines. Pourtant c'est sans doute un bon truc. Pas un roman, je crois, mais un bon truc.

17h, Gare de Lyon, j'ai laissé sciemment un mec se gourer de train. Vu qu'il voulait partir vers le nord, savais qu'il se dirigeait vers le sud avec moi, rien dit. Il m'a pas demandé. J'ai vu sur sa gueule, quand il a su qu'il s'était planté et quand il a vu que je le regardais, que moi je savais, que je savais depuis le début. Mais rien dit. J'ai tourné la tête et j'ai regardé ailleurs, indifférent.

Commencé le Don Quichotte de Kathy Acker : voilà un texte que j'aurais rêvé pouvoir étudier il y a trois ans. J'ai repensé à cette conversation, quatre mois plus tôt, entre X., H. et moi G. sur la question de la littérature féminine. Ce genre de livre ramène vers moi l'idée de littérature féminine. Et au fond ce n'est pas tant que je ne crois pas en l'existence de la littérature féminine : j'y crois : je m'en veux d'y croire : j'adorerais ne pas y croire. Je pense à V.

Retour de H. ce matin, croisé 7h27 sous l'orage. Tu étais très vrai ce matin, H. me dit. Je lui demande si d'après lui c'était dû à la pluie.

samedi 10 juillet 2010

Qu'est-ce qu'un logement. 66

q.gifEncore évolutif, le texte enfle : j'ai l'impression qu'ils enflent tous (ceux dont la méthode de composition choisie est le fragment, toujours). Parce que la question des murs je me la pose encore, parce que les murs je les traverse encore et les lâcherai jamais. Aujourd'hui le fragment 66 est une particule détachable, un trait d'union possible entre Qu'est-ce qu'un logement. et Prudhommes.rtf qui ne verra jamais le jour.
66

J'ouvre les yeux sur des murs pourtant toujours présents mais que je découvre. Des ombres et des paupières entre deux. Désormais seul dans cet espace connu par coeur je me demande encore s'il est mien, s'il m'a apprivoisé (ou bien l'inverse). Je regarde partout dans la pièce, même dans les coins, mais ne trouve pas la réponse. J'écoute sans croire et elle refuse d'y être.

Je me souviens d'une nuit passée entre ces murs : une nuit, une seule. Trop tard pour le dernier métro, trop tôt pour repartir. J'ai dormi trois heures dans un fauteuil en cuir. Est-ce qu'une nuit suffit à faire d'un lieu un lieu ? De transformer en murs les cloisons ? Est-ce qu'un lieu où on souffle, un lieu où on souffre, un lieu où ennuie, c'est pas aussi un lieu où on vit quand même ? Je regarde partout dans la pièce, même dans le coins, mais ne trouve pas la réponse.

jeudi 8 juillet 2010

La réunion des ratés

Plus fort que Fuck America : Le nazi et le barbier, sorti cette année chez Attila. Plus fort, plus inégal. « Le nazi et le barbier fut, trente ans avant Les bienveillantes, le premier roman sur l'Holocauste écrit du point de vue du bourreau. L'humour (noir) en plus. » (dit la quatrième de couverture). À lire sur fond de Nazi Rock (dit la quatrième de couverture). La veille d'un Allemagne – Uruguay de Coupe du monde (dit la quatrième de couverture). Au moins.

Finalement nous avons réussi à dénicher une bonne place debout – non loin de l'autel. En me retournant, j'ai eu un choc : derrière nous, ils étaient des millions.
« Moi qui pensais... qu'il ne viendrait que les gens de Wieshalle et des environs, j'ai dit à Monsieur Siegfried Stick von Sel. Il y en a d'autres. Beaucoup d'autres ! Je dirais des millions !
- Presque toute l'Allemagne est réunie, a dit Monsieur Stick von Sel.
- Presque toute l'Allemagne, c'est-à-dire ?
- Tous les mécontents, a dit Siegfried Stick von Sel. Ici sont réunis les mécontents de toute l'Allemagne !
- Les communistes ? »
Mon ancien professeur d'allemand a secoué la tête.
« Les autres, il a dit... les autres mécontents. Voyez-vous, il existe un autre mécontentement. Et celui-là le communisme ne pourra jamais le guérir. »
Monsieur Stick von Sel a eu un petit sourire, puis il a dit :
« Du moins pas aussi radicalement.
- Mais qui ? j'ai demandé. Qui peut le guérir ?
- Adolf Hitler, a dit Siegfried Stick von Sel. C'est lui, le grand guérisseur. »
Mon ancien professeur d'allemand s'est curé le nez un petit moment, puis il a dit :
« Ici sont réunis tous ceux qui un jour ont reçu un coup sur la tête, du bon Dieu ou des hommes.
- Ah d'accord, j'ai dit, c'est ça l'histoire.
- Oui c'est ça, a dit Siegfriend Stick von Sel, ici c'est la réunion des ratés. Il y a les dégonflés, il y a les lèche-culs professionnels, et d'autres qui ont loupé le coche, soit parce qu'ils manquaient de souffle, soit parce qu'ils n'ont jamais appris à ramper dans les règles de l'art, ou que le cul qu'ils léchaient n'en avait jamais assez.

Mon ancien professeur d'allemand a ricané un petit moment, perdu dans ses pensées.
« Et bien sûr tous les autres, il a dit, pensif, en me regardant d'un air grave. Comment j'ai dit tout à l'heure ? Tous ceux qui un jour ont reçu un coup sur la tête, du bon Dieu ou des hommes. Les chauves par exemple. Ils sont tous là. Regardez autour de vous : il y a les trop maigres, les trop gros, les trop courts sur pattes, les trop hauts sur pattes, les trop jeunes, les trop vieux, les pervers solitaires, les impuissants, les étrangleurs qu'on a empêché jusque-là d'étrangler, n'autorisant que la caresse ; les hommes à lunettes sont là, les femmes à lunettes sont là, car 'IL' a dit 'LAISSEZ VENIR À MOI LES PETITS ENFANTS'. Mais : ses petits enfants sont frustrés – Oui, c'est ça a dit Monsieur Stick von Sel, des frustrés. Pas que. Mais quand même. Des qui aimeraient y arriver, mais qui n'y arrivent pas.
- Mais vous, pourquoi êtes-vous là, Monsieur Stick von Sel ? j'ai demandé. Pour vous, tout baigne, non ?
- À cause du poivre, a dit Siegfried von Sel.
- Quel poivre ? j'ai répondu.
- Celui que ma femme verse tous les matins dans mon café, a dit Siegfried Stick von Sel en chouinant.
- Pourquoi elle fait ça ?
- Aucune idée, a dit Siegfried Stick von Sel.
- Et il n'y a rien à faire ?
- Rien du tout, a dit Siegfried Stick von Sel, abattu. Je ne peux rien faire. La nuit je ronfle pour me venger, mais ça ne change rien.
- C'est affreux, j'ai dit. Et moi qui pensais... quelqu'un avec une belle position comme vous, il a toutes les raisons de sourire. »

Edgar Hilsenrath, Le barbier et le nazi, Attila, trad: Jörg Stickan & Sacha Zilberfarb, P. 52-54.

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lundi 5 juillet 2010

Symptomatique

Je suis pas triste parce que je perds mon boulot : je suis triste d'avoir à en chercher un autre. Rien n'est vrai, je peux pas encore en parler : disons simplement qu'un fichier nommé Prudhommes.rtf est apparu dans mes docs de travail. D'écriture j'entends.

Et je n'ai plus envie de lire : c'est symptomatique. Écrire, pas mieux. Ça va ensemble. Et c'est pile le moment chaud a négocier : faut enchainer tout de suite avec les relectures de Coup de tête 2 : faut pas attendre. Et faut foncer, foncer juste. Et j'ai que 24 ans bordel, 24 voire 22, c'est la rage que je devrais avoir, c'est violent que je devrais écrire et, pire, composer. Mais ce qui sort c'est juste du vide, du bon sinnlos en boite sans date de péremption. Je pensais que le taf c'était seulement alimentaire mais non : un bon moyen, 35 heures par semaine au moins, de me détourner de mon identité misérable.

Mais je bosse quand même. Je fais semblant. J'attends de voir filer ces deux derniers mois : ceux censés finir Coup de tête. En espérant ne pas les perdre et perdre encore du temps dans mes errances. En espérant reprendre demain le texte, le seul qui compte, et poursuivre imperturbable son épuration. Hier j'ai commencé. J'ai pas beaucoup coupé.

samedi 3 juillet 2010

Publie.net change de peau

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Ou plutôt de squelette. Depuis cette semaine Publie.net, coopérative d'édition numérique, affiche une nouvelle version, deux ans et demi après son lancement et quelques 300 textes plus tard. Jusque là administré sous Spip, le site passe désormais sous gestion de l'Immateriel. Va donc falloir mettre son flux RSS à jour pour mieux suivre l'actualité du site puisque la suite est déjà là. La période se prête d'ailleurs aux mutations : avec l'arrivée de l'Ipad, la lecture numérique est sans doute à un tournant important en France. Alors faut suivre.

Ci-dessous accès aux deux titres que je propose sur Publie.net :

mardi 29 juin 2010

La rage, oui, la rage

isidoro.jpgLautréamont est le premier poète que j'ai acheté et lu. Pas le premier que j'ai acheté, ni le premier que j'ai lu, mais le premier que j'ai acheté ET lu. C'était y a pas longtemps et j'en avais dix-sept, âge idéal pour le lire. Isidoro retrace par le biais de la fiction une traversée : l'Atlantique et une autre : la traversée à l'intérieur de Doucassé Isidoro, double fictif d'Isidore Ducasse (et Lautréamont son double littéraire). Le Lautréamont du texte est un vampire, un charognard aussi, la bouche en sang. C'est bien ce qui perce et qui accroche : la rage, oui, la rage. Aujourd'hui à la lecture, sept ans après le vrai, je l'ai aussi la rage (oui, la rage).
Ils se chamaillaient dans la chambre de Georges lorsqu’Isidore avait eu une idée. Ils joueraient tour à tour à être boucher égorgeur et poulet égorgé. Georges avait endossé le rôle de la victime et s’était étendu sur son lit ; Isidore, du tranchant de la main, avait fait semblant de lui couper la tête et de le saigner. Puis, il avait fait mine de lui arracher les plumes, de le vider, de l’assaisonner. Georges ne pouvait s’empêcher de rire, et Isidore avait dû lui mettre la main sur la bouche. Il ne restait plus qu’à le faire cuire. Georges se tortillait encore de rire, et Isidore sentait ses dents humides contre sa paume. Si tu ne t’arrêtes pas de rire, je te mangerai comme du bouilli froid. Isidore était monté sur le lit et s’était assis sur le ventre de Georges, qui avait enfin cessé de rire – le poids d’Isidore lui écrasait les côtes.

Lentement, il s’était penché sur lui – Georges avait-​il cru qu’il allait coller sa langue contre la sienne ? Erreur : il allait le manger, il l’avait prévenu. Il sentait la rage, oui, la rage qui montait en lui. Il avait mordillé le nez de Georges, sa joue, son menton ; ses dents avaient fini par s’enfoncer, avec une lenteur inouïe, dans son épaule. Il avait soudain eu l’impression de résider tout entier dans ses muscles maxillaires, et une envie incontrôlable s’était emparée de lui – il aurait voulu briser les os de l’épaule sous la seule pression de ses molaires, comme font les chiens, mais les cris et les pleurs de Georges s’étouffaient au creux de sa paume, et il s’était ressaisi. Georges, en se relevant, avait ôté sa chemise. Isidore avait été parcouru d’un frisson lorsqu’il avait découvert l’empreinte de ses dents incrustée dans la peau de Georges ; le sang en sourdait encore. Il avait léché la blessure, et avait été surpris : ça goûtait le métal – exactement comme une pièce de cinq francs. Son propre sang n’avait aucune saveur.

Audrey Lemieux, Isidoro, Publie.net, P. 35-36.

dimanche 27 juin 2010

Nickel

De potable atteindre nickel : visiblement deux semaines sont nécessaires. La partie 1 de Coup de tête est enfin bonne pour la casse : pour l'impression. J'ai terminé ce qu'il fallait terminer avant fin juin. Suis dans les temps. Ai même fait lire à H. les passages qui accrochaient encore et j'ai trouvé ce que j'y cherchais : la certitude qu'à part peut-être deux/trois virgules y aura plus rien à modifier.

nickel.png

Les derniers doutes portaient notamment sur l'incipit : le vrai : hors prologue. Comment bien propulser le bonhomme ? Il a fallu pour ça s'arracher les cheveux et changer un mot à la fois par petites touches. Les dernières étapes de transition, entre le week-end dernier et ce week-end, sont les suivantes :
1 - Parler de Jour J maintenant, c'est n'avoir rien compris à la chronologie, c'est croire qu'on peut fermer la porte et la retenir dans le même mouvement. Alors je sors le dos en sueur, déjà, et sueur idem, depuis deux ans qu'elle coule.

2 - Parler de Jour J maintenant, c'est n'avoir rien compris à la chronologie, c'est croire qu'on peut fermer la porte et la retenir dans le même| Je pète la porte sans la claquer, avale les marches brûlantes, évite l'ascenseur. Je sors le dos en sueur, déjà, et sueur idem, depuis deux ans qu'elle coule.

3 - Parler de Jour J maintenant, c'est n'avoir rien compris à la chronologie, c'est croire qu'on peut| Péter la porte sans la claquer, avaler les marches brûlantes, éviter l'ascenseur : je sors le dos en sueur, déjà, et sueur idem, depuis deux ans qu'elle coule.
Alors ce qu'on garde c'est l'infinitif. Comme ça que le texte part mieux, comme ça qu'on sent que le truc se propage bien. Après le mouvement est donné et le reste peut suivre.

La chaleur du texte d'ailleurs sort de l'écran pour peser lourd au dernier étage : mis à part les échos saturés de RNB de masse du voisin d'en face (on contre en mettant plein pot par la fenêtre La reine de la nuit version Florence Foster Jenkins) on n'entend plus que les vibrations des ventilos (tous : les vrais et ceux des ordis qui crachotent). Chaleur qui me ferait presque oublier qu'hier H. m'explique que Fuites chroniques comme titre du prochain blog ça passe moyen : paraîtrait que ça évoquerait plutôt des fuites urinaires ! Genre beaucoup ?, je lui demande. Genre beaucoup, il répond. Genre pire que Les gouttes de Dieu ?, je lui demande. Genre presque, il répond. Depuis je ne pense qu'à ça en voyant le titre. Serai sûrement bien obliger de le changer, sans doute en Journal, etc., plus sobre. On n'en est pas encore là mais ce serait bien que le blog soit prêt avant la fin de Coup de tête.

Cette semaine j'attaquerai la partie 2, et je sais qu'il y a peu à reprendre, rafraîchir les dialogues, couper un peu dans le ventre-mou sûrement, ça devrait aller vite.

mercredi 23 juin 2010

D'ici là 5 : Le cœur est voyageur, l’avenir est au hasard

Signalons la mise en ligne, hier, du cinquième numéro de la revue numérique D'ici là, via Publie.net.

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Sommaire du numéro :

Gilles Amalvi, Joël Baqué, Perceval Barrier, Étienne de Bary, Daniel Cabanis, Luc Dall’Armellina, Philippe De Jonckheere, Caroline Diaz, Michèle Dujardin, Elisa Espen, Michel Falempin, Claude Favre, Jean-Yves Fick, Jean-Marc Flahaut, Stéphane Gantelet, Nathanaël Gobenceaux, Christine Jeanney, Anne Kawala, Klimperei, Stéphane Korvin, Elise Lamiscarre, David Lespiau, Laurent Margantin, Stéphane Massa-Bidal, Pierre Ménard, Juliette Mezenc, Sandra Moussempès, Régis Nivelle, Florence Noël, Grégory Noirot, Jean-Noël Orengo, Isabelle Pariente-Butterlin, Arnold Pasquier, Daniel Pozner, Pierremannuel Proux, Alain Robinet, Anne Savelli, Joachim Séné, Nicolas Vasse, Guillaume Vissac, Colette Tron, Éva Truffaut

42 auteurs / 135 pages

Le petit texte que je propose pour ce numéro s'appelle Vraie vie dans un vingt pieds, c'est une histoire de containers, je crois.

lundi 21 juin 2010

Die terrified

J'ai les yeux secs, caressés par la craie. La tête trainée par terre sur un terrain stabilisé. Des épines de suie suspendues sous les paupières. Scotchées à l'envers. Attendent que l'oeil cligne pour éventrer la cornée. La banlieue de banlieue défile : je cherche des métaphores : j'en trouve.

homereyes.jpg

Le mois de juin est glacial : même à pieds, de St Lazare à Porte de Clichy, une demi-heure, Mappy collé au nez, je sue des sueurs froides. J'ouvre la fenêtre en arrivant au bureau une demi-heure en retard. Mon t-shirt noir dit : « I'd rather die terrified than live forrever » et je le pense. Je ferme la fenêtre en allumant l'ordi. Une voix téléphonée m'explique que d'homme à homme on se comprend pas, que je suis sûrement pas, moi, sur le terrain, que je suis sans doute derrière un bureau, que le terrain c'est sûr je connais pas. Je réponds oui je suis derrière un bureau. Oui je mets des croix dans des cases. C'est comme ça. Pas la première fois qu'on nous sort que le terrain on connaît pas, qu'on vit vraiment dans le virtuel. Je sais pas quoi répondre. Mon terrain à moi, ben c'est l'écran. Voilà ce que j'aurais envie de répondre. À la place je réponds rien. Je réponds pire : soit, ok.

Repris ce matin Isidoro, d'Audrey Lemieux. J'explique à P. le truc du livre. C'est une vision fictive de Lautréamont, je lui dis, une version homosexualisée. C'est tout ce que tu retiens ?, il me demande. Et je réponds non : c'est ce que j'ai bien envie de retenir. Ensuite P. plus là répond plus rien. Le mot correct aurait plutôt été « vampirisée », en fait. Ailleurs le texte éclabousse un peu de sang sur la chemise du voisin d'en face (train fuyant dans la banlieue de banlieue) : peut-être pas du sang (d'ailleurs), plutôt de la fraise ou du sirop (de fraise). En face de lui qui pionce ça sent la naphtaline : ça veut dire que ça sent bien vieux, pas forcément la naphtaline : d'ailleurs comment décrire l'odeur inconnue ? : simplement juste ça sent bien vieux et je décide de le savoir : ça sentira la naphtaline.

Coup de tête aujourd'hui, demain, repose. Mercredi relire encore la partie 1 et puis trancher. Faudra finir avant fin juin, ensuite passer à la 2.

dimanche 20 juin 2010

Zanzibar Quarterly n°1

Quarterly : truc trimestriel.
Zanzibar Quarterly : truc trimestriel proposé par les éditions Zanzibar. Comporte des « nouvelles, poésies, courts essais, interviews, articles remarquables et illustrations mêlés. » Le truc précise : « Foutraque mais propre sur lui. Onéreux mais généreux. Égoïste mais amical. »

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Bel objet, Zanzibar Quarterly n°1 coûte 29€, c'est cher, oui « ça coûte chaud » comme dit l'édito, mais bel objet, vraiment, couverture en dur, papier épais, graphisme soigné. Le livre avec la jaquette est top ; le livre sans la jaquette est classe (aussi).

Foutraque, Zanzibar Quarterly n°1 l'est aussi et assume : c'est dit d'entrée. Une tendance se dégage quand même (assumée là encore, revendiquée même) : la littérature US. Parfois au-delà des auteurs présents au catalogue de Zanzibar Editions (et dont le Quarterly servira aussi de vitrine, c'est le but), comme avec ce portrait plus interview de David Foster Wallace, qui lance pratiquement ce numéro.
Il a écrit quelque part : « Aujourd'hui j'ai reçu environ 500 00 bits d'informations diverses, dont peut-être seulement 25 sont intéressants. Je considère comme mon boulot d'essayer de donner un peu de sens à tout cela. » Il avait « le désir d'écrire ce qu'est la vie plutôt que d'écrire pour se soulager de cette vie. »

David Lipsky, Les années perdues et les derniers jours de David Foster Wallace in Zanzibar Quarterly n°1, Zanzibar Editions, trad : Xavier Vanault, P.23.
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L'autre point fort de cette première fournée, c'est un dossier Billy the Kid plutôt bien foutu, ponctué notamment par un bref extrait de Quien és ? de Sébastien Doubinsky qui remplit parfaitement son rôle : motiver l'achat du bouquin (en plus certains collègues approuvent).

D'autres pièces sont plus inattendues (le très étonnant extrait BD Feed the wife de Zac Sally) mais se fondent bien dans le décor très patchwork du bouquin. La fin du numéro s'ouvre sur une dominante musicale (Les habitués, Won't get fooled again, notamment) qui marque une couleur très blues/folk, couleur déteinte sur l'ensemble du bouquin. La dernière page propose d'ailleurs une playlist particulière pour séduire une femme qui porte de la lingerie de qualité : osons.

« Truc foutraque », bouquin « à géométrie variable », ce Quarterly séduit. Le prochain numéro, ce sera pour Noël (curieusement). Tirage limitée à 1500 exemplaires, on lit, « C'est le moment de vous le procurer. »

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