La vie des autres
Par Guillaume Vissac le samedi 10 février 2007, 16:23 - Chroniques - Lien permanent
Je vois assez peu de films allemands. D'ailleurs, le très sympathique Good bye Lenin mis à part et le dernier Haneke (tourné en langue française), je crois que je n'ai jamais vraiment vu aucun film allemand. Il n'y a pas vraiment de raison à cela, c'est simplement dû au fait qu'il s'agit d'un cinéma assez peu représenté en France, certainement. Ce ne m'a pas empêché de filer voir La vie des autres avec Nico hier midi (séance à 3€50 au Méliès), convaincu par pas mal de bonnes critiques (que ce soit chez Matoo ou bien dans l'émission Le Cercle, sur Canal +). Je ne l'ai pas regretté.

L'intrigue du film prend place en Allemagne de l'Est, un peu avant la chute du mur de Berlin. Le dramaturge Georg Dreyman (Sebastian Koch), un des rares auteurs « non-subversif » du pays est placé sous la surveillance de la STASI, et par la même occasion celle qui partage sa vie, l'actrice Christa-Maria Sieland (Martina Gedeck). L'agent qui se charge de la surveillance, Hauptmann Gerd Wiesler (Ulrich Mühe), est un homme froid et méthodique, une incarnation brute des services secrets qu'il sert. Il se met à surveiller l'appartement de l'écrivain jour et nuit et supervise lui-même les opérations. Peu à peu, il se laisse attendrir par la vie quotidienne du couple qui le place dans une position de spectateur permanent. Dès lors, le film devient une sorte de théâtre où les regards se croisent à travers des miroirs sans teint et des téléphones sur écoute. Les personnages, eux, errent jusqu'à se détourner de ce qu'ils étaient jusqu'alors.

Ce qui frappe tout d'abord lorsque l'on regarde La vie des autres, c'est l'extrême justesse de sa mise en scène (sobre, froide, méthodique) combiné à une direction d'acteur exemplaire. Les personnages sont incarnés et non simplement évoqués, mention particulière à Ulrich Mühe, très impressionnant de calme et de froideur d'abord, puis d'humanité ensuite. Il personnalise à lui seul la STASI pour qui il sacrifie toute sa vie, dans un jeu tout en verticalité (une silhouette petite, discrète, effacé, ses vêtements gris, ses mains dans ses poches ; une ombre parmi les ombres qu'il file, qu'il interroge, qu'il surveille). Un personnage qui deviendra, au fil de l'intrigue, de plus en plus piégé, pris entre son organisation et la « sécurité d'Etat » qu'ils sont censés protégés et son intérêt personnel, humain, affectif pour ceux qu'il surveille (un étau qui se ressert, superbement illustré par une remarquable scène d'interrogatoire, LA scène du film).
D'abord, on se dit que ça va être un de ces films où on place le spectateur dans la peau d'un salaud et ainsi de suite et ainsi de suite... Mais ce n'est pas exactement ça. Parce que ce qui intéresse le réalisateur (Florian Henckel von Donnersmarck, nom particulièrement simple à se remémorer, vous enconviendrez), ce n'est pas tellement de mettre en place une intrigue résolument cohérente, non, il s'agit plutôt de bâtir un espace vraisemblable où pourront se débattre les personnages.
Car le personnage, la notion de personnage, semble primer sur tout le reste. Le spectateur se retrouve assez vite dans la position de celui qui « entre » dans cet anti-héros de l'ordinaire, agent secret de la STASI pas franchement sympathique à première vue : il devient, comme lui, le voyeur, celui qui surveille, celui qui écoute les faits et gestes du couple central, de leur vie intime à leur vie publique. Si bien que très rapidement, les réactions du personnage deviennent celles espérées par le spectateur, un peu comme dans Shortbus avec le personnage du voyeur.

Mais là où le film frise le coup de maître pour ce qui n'est, je le précise, qu'un premier long métrage, c'est dans la peinture d'une époque à la fois révolue (l'avant chute du mur) et également universel (il s'agit d'observer ici les rouages du totalitarisme en général). On assiste, impuissant, à la mise en mouvement d'une organisation tellement dure qu'elle brise tout individu qui risque de l'approcher, jusqu'à se briser elle même dans une sorte d'implosion progressive et sclérosée. On remarque alors une confrontation étonnante de deux réalités qui ne parviennent pas à se rejoindre, mimétisme d'une situation géo-politique qui coupe l'Allemagne en deux. Le monde des opposants, tourné vers l'Ouest, n'est pas celui de la STASI qui, peu à peu dénué de toute idéologie, bâtit des dossiers parallèles où sont surveillés des citoyens aux noms codés, aux témoignages dénaturés... Deux mondes vivant côtes à côtes et se détestant plus ou moins secrètement.

L'équilibre ne se trouvera jamais, sinon à la fin du film, épilogue contestable où le rythme se destructure peu à peu et où la continuité temporelle explose en douceur, dans de délicates scènes où le réalisateur procède par petites touches, petites retouches qui achèvent un film fort, un film qui, qui sait, lancera peut-être un nouvel élan pour le cinéma Allemand que je suis impatient de connaître, désormais. Pour vous donner une idée, voici la bande annonce (après la pub) en VOST.

L'intrigue du film prend place en Allemagne de l'Est, un peu avant la chute du mur de Berlin. Le dramaturge Georg Dreyman (Sebastian Koch), un des rares auteurs « non-subversif » du pays est placé sous la surveillance de la STASI, et par la même occasion celle qui partage sa vie, l'actrice Christa-Maria Sieland (Martina Gedeck). L'agent qui se charge de la surveillance, Hauptmann Gerd Wiesler (Ulrich Mühe), est un homme froid et méthodique, une incarnation brute des services secrets qu'il sert. Il se met à surveiller l'appartement de l'écrivain jour et nuit et supervise lui-même les opérations. Peu à peu, il se laisse attendrir par la vie quotidienne du couple qui le place dans une position de spectateur permanent. Dès lors, le film devient une sorte de théâtre où les regards se croisent à travers des miroirs sans teint et des téléphones sur écoute. Les personnages, eux, errent jusqu'à se détourner de ce qu'ils étaient jusqu'alors.

Ce qui frappe tout d'abord lorsque l'on regarde La vie des autres, c'est l'extrême justesse de sa mise en scène (sobre, froide, méthodique) combiné à une direction d'acteur exemplaire. Les personnages sont incarnés et non simplement évoqués, mention particulière à Ulrich Mühe, très impressionnant de calme et de froideur d'abord, puis d'humanité ensuite. Il personnalise à lui seul la STASI pour qui il sacrifie toute sa vie, dans un jeu tout en verticalité (une silhouette petite, discrète, effacé, ses vêtements gris, ses mains dans ses poches ; une ombre parmi les ombres qu'il file, qu'il interroge, qu'il surveille). Un personnage qui deviendra, au fil de l'intrigue, de plus en plus piégé, pris entre son organisation et la « sécurité d'Etat » qu'ils sont censés protégés et son intérêt personnel, humain, affectif pour ceux qu'il surveille (un étau qui se ressert, superbement illustré par une remarquable scène d'interrogatoire, LA scène du film).
D'abord, on se dit que ça va être un de ces films où on place le spectateur dans la peau d'un salaud et ainsi de suite et ainsi de suite... Mais ce n'est pas exactement ça. Parce que ce qui intéresse le réalisateur (Florian Henckel von Donnersmarck, nom particulièrement simple à se remémorer, vous enconviendrez), ce n'est pas tellement de mettre en place une intrigue résolument cohérente, non, il s'agit plutôt de bâtir un espace vraisemblable où pourront se débattre les personnages.
Car le personnage, la notion de personnage, semble primer sur tout le reste. Le spectateur se retrouve assez vite dans la position de celui qui « entre » dans cet anti-héros de l'ordinaire, agent secret de la STASI pas franchement sympathique à première vue : il devient, comme lui, le voyeur, celui qui surveille, celui qui écoute les faits et gestes du couple central, de leur vie intime à leur vie publique. Si bien que très rapidement, les réactions du personnage deviennent celles espérées par le spectateur, un peu comme dans Shortbus avec le personnage du voyeur.

Mais là où le film frise le coup de maître pour ce qui n'est, je le précise, qu'un premier long métrage, c'est dans la peinture d'une époque à la fois révolue (l'avant chute du mur) et également universel (il s'agit d'observer ici les rouages du totalitarisme en général). On assiste, impuissant, à la mise en mouvement d'une organisation tellement dure qu'elle brise tout individu qui risque de l'approcher, jusqu'à se briser elle même dans une sorte d'implosion progressive et sclérosée. On remarque alors une confrontation étonnante de deux réalités qui ne parviennent pas à se rejoindre, mimétisme d'une situation géo-politique qui coupe l'Allemagne en deux. Le monde des opposants, tourné vers l'Ouest, n'est pas celui de la STASI qui, peu à peu dénué de toute idéologie, bâtit des dossiers parallèles où sont surveillés des citoyens aux noms codés, aux témoignages dénaturés... Deux mondes vivant côtes à côtes et se détestant plus ou moins secrètement.

L'équilibre ne se trouvera jamais, sinon à la fin du film, épilogue contestable où le rythme se destructure peu à peu et où la continuité temporelle explose en douceur, dans de délicates scènes où le réalisateur procède par petites touches, petites retouches qui achèvent un film fort, un film qui, qui sait, lancera peut-être un nouvel élan pour le cinéma Allemand que je suis impatient de connaître, désormais. Pour vous donner une idée, voici la bande annonce (après la pub) en VOST.






Commentaires
Un excellent film vu il y a deux jours seulement et je suis encore sous son influence.
) me conforte dans mes impressions. D'accord avec toi, Ménéar.
La superbe présentation que je viens de lire ici (lien transmis par Dame Tisseuse
J'ai bien aimé aussi le "Good bye Lénin". Le cinéma allemand serait-il condamné à rester confidentiel ? Dommage.
Ravis de partager ton avis sur ce film qui mérite amplement son Oscar du meilleur film étranger décerné il y a quelques semaines je crois
. Ravis aussi de recevoir une telle publicité et tant d'éloges de la part de Tisseuse à travers la blogosphère ! 
Oh, moi tu sais je fais juste des liens !
Lorsque je vois que des personnes que j'aime parlent de choses qu'ils aiment, je leur fais savoir
que ce soit des livres, des films, des auteurs, des ginkgos.....
Et puis tu le sais bien, je trouve que ton blog est super, et, c'est vrai, je tiens à le faire savoir aux gens que j'apprécie
Avec ton accord, Menear, je rajouterai bien un lien vers ta chronique dans le texte de la mienne.
Puis-je également te citer dans ma liste de liens pour faire bonne mesure ?
D'accord avec Tisseuse. Quand c'est bien, faut en parler.
Bien sûr, bien sûr ! J'en serai très content bien évidemment, c'est toujours flatteur de se voir cité chez les autres
!
Eh bien, voilà qui est fait pour la chronique.
Pour le lien, ce sera fait dès que je veux trouver la bonne formule de présentation.
A bientôt ici ou ailleurs.
Il y en a un bien avant "good bye Lénin", c'est Cours Lola, cours ! (Lola rennt auf deutsch). Si tu l'as raté, loue le, c'est un tres bon film allemand lui aussi !