Livre des peurs primaires
Par Guillaume Vissac le jeudi 19 mars 2009, 20:27 - Journal - Lien permanent
J'évoquais il y a quelques semaines, au détour d'une note laconique, mes idées de compilation étrange de moments qui me traversent au quotidien. Il s'agissait de fixer quelques parts toutes ces visions parallèles que je peux avoir, tout ce que je crains, ce qui pourrait se produire mais qui n'arrive jamais. Un train qui déraille, un meurtre qu'on échappe, une chute mortelle dans les escaliers à Châtelet. Ce genre de trucs.Depuis ces quelques semaines, ce fichier je le tiens. Il s'appelle Livre des peurs primaires et il grossit lentement dans mon disque dur, en parallèle du reste. Je travaille depuis quelques jours à sa mise en ligne. Aujourd'hui il est temps de dévoiler la chose. La plateforme choisie est celle du blog (Dotclear, tant qu'à faire), avec lecture en flux vertical uniquement. Il n'y a pas de catégories ni de tags. La page affichée est unique, elle grossira en fonction des mises à jour. Le design du blog est épuré à l'extrême, du noir sur blanc et puis point barre. La lecture en flux vertical est également permise (souhaitée) via le flux RSS avec agrégateur quelconque. Il s'agit d'une littérature numérique avant tout, quotidienne, évolutive.
J'ai attendu un petit peu avant de mettre la plateforme en ligne. Je ne tiens pas à exposer mes peurs quotidiennes en direct. J'ai attendu d'avoir trente fragments d'avance. Je mettrai en ligne au fur et à mesure des nouvelles compositions. Cela signifie qu'il y aura toujours trente fragments d'écarts entre le temps de l'écriture et celui de la mise en ligne. De cette façon, un mois ou plus s'y intercale et je me sens (chimère) moins exposé.
En ligne, le livre est rebaptisé Fictions du bord de l'œil, j'aurais tout aussi pu choisir Fictions quotidiennes d'images demi-paupière. L'idée est là. Ce sont ces instants que j'aperçois en rêvant éveillé et qui me marquent quelque part, restent sous la peau. Pour m'en défaire je vérifie que le sang bat bien sous mon poignet droit et je me dis que non, ce n'est pas possible, ça n'arrivera jamais. Phrase rituelle qui achèvera, d'une façon ou d'une autre, chaque fragment de ce livre qui n'en est pas un.
Quelque part et paradoxalement peut-être, c'est bien ce projet qui traduit au mieux le réel que je traverse (traduit). Celui qui me serre le plus au corps, le plus exact.
Pour la suite : changez de page, passez sur la blanche ou sur le flux via les adresses suivantes (le livre est en train de s'écrire, à ce jour 19 mars il n'y a qu'un seul fragment) :
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Commentaires
IL y a quelques mois, je découvrais cette grande phrase d'un ami de Bob Dylan (devise que Dylan avait faite sienne, lui aussi) :
No fear, no envy, no meanness.
... ou comment devenir un dieu. Depuis, en y réfléchissant un peu, je me suis rendu compte que cette phrase est, outre une maxime que tout ambitieux -tout artiste donc- doit faire sienne, un bon moyen de se connaître. La question qu'on devrait tous poser quand on rencontre quelqu'un, ce n'est pas "et toi, tu fais quoi dans la vie?" ; mais "et toi, de quoi tu as peur dans la vie?".
Titre génialissime donc, selon moi que celui de 'livre des peurs primaires".
Mauvaise idée par contre, trouvé-je, que le contenu par toi annoncé (trop limité à l'anecdotique, trop delermisant et pongieux ; trop blogueur et pas assez poète) et qui semble faire du mot "primaires" davantage un synonyme de "éructatives" (comme dans "besoins primaires") que de "fondamentales" (comme dans "instinct primaire"). Quel gâchis ! La peur mérite d'être mieux disséquée, fouillée plus profond. Puisque tu l'abandonnes (le titre), je te le volerais bien pour un prochain roman...
Je te laisse le titre volontiers, tant mieux s'il plaît, mais c'est pour moi un titre de travail, un titre dans ma tête, donc
.
Pour le reste je ne suis pas d'accord (évidemment ; je vais défendre un peu mon truc !), la peur est véritablement un "besoin primaire", une espèce de saleté qu'on se traîne quotidienne et qui a rapport aux fonctions du corps les plus basses. Les peurs traversées, mises bout à bout, peuvent devenir fondamentales comme tu dis, mais prises en fragment/instant (et c'est mon intention) elles sont forcément absurdes et instantanées.
Après, l'introspection ("plus profond" tu dis), ça ne m'intéresse pas, voilà tout, et je voulais faire de ce projet une logique de flux continu, flux sur la page (la plateforme blog est là pour ça), et flux au fil des jours qui ne se pourra jamais se tarir. Disséquer, ce n'est pas mon intention dans cette affaire :esquisser plutôt. L'anatomie générale du truc, s'il y en a une, elle se développera d'elle-même au fur et à mesure des remplissages du carnet.