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mercredi 11 août 2010

Retour

à l'envoyeur. Les vacances sont terminées. Avons quitté Morlaix ce matin 7h30. Arrivé au Mans quatre heures plus tard. On y retrouve les parents de H. pour déjeuner à l'Auberge des 7 plats, notre restaurant favoris au Mans quand on y était. Avant de les retrouver un tour dans la ville pour constater que

a) rien n'a changé depuis deux ans

b) la ville entière est enfermée dans l'air de Divine Comedy (Count Grassi's Passage Over Piedmont, A Lady of a Certain Age) , comme une éponge relâche sa sueur quand on l'écrase (métaphore 1), comme une armoire de vieux enferme sur les vêtements de vieux qu'elle contient une odeur idem (métaphore 2) et ça ne me déplaît pas forcément de réentendre ces airs, faire résonner ces rues : Go back from whence you came...



c) la librairie L'herbe entre les dalles que je fréquentais à l'époque non seulement n'a pas fermé, comme je l'avais craint un moment, mais en plus s'est agrandie, déménagée de la rue des Ponts Neufs, sombre, étroite, minuscule, à la rue de Rostov sur le Don (voisine), plus large et plus passante. J'y trouve deux livres cherchés en vain à Brest et Morlaix (les Nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon et Formation de Pierre Guyotat en poche) ainsi que Atelier 62 de Martine Sonnet, trouvé par hasard et acheté dans la foulée.


Plus tard retour Y., 16h30, les vacances sont terminées. Dans la boîte au lettre un avis de passage, courrier recommandé AR, qui m'annonce très certainement mon licenciement, dernier jour de travail fixé au 20 août. J'irai le prendre demain. Vendredi virée Paris, Apple, Carrousel du Louvre, pour y chercher mon MacBook réparé : ils ont appelé hier : ils ont changé le disque dur (comme prévu) ainsi que la carte mère et le topcase (pas prévu). Lundi entamerai ma dernière semaine blanche de boulot. J'irai sans âme, comme un somnolent (et c'est prévu).

jeudi 8 juillet 2010

La réunion des ratés

Plus fort que Fuck America : Le nazi et le barbier, sorti cette année chez Attila. Plus fort, plus inégal. « Le nazi et le barbier fut, trente ans avant Les bienveillantes, le premier roman sur l'Holocauste écrit du point de vue du bourreau. L'humour (noir) en plus. » (dit la quatrième de couverture). À lire sur fond de Nazi Rock (dit la quatrième de couverture). La veille d'un Allemagne – Uruguay de Coupe du monde (dit la quatrième de couverture). Au moins.

Finalement nous avons réussi à dénicher une bonne place debout – non loin de l'autel. En me retournant, j'ai eu un choc : derrière nous, ils étaient des millions.
« Moi qui pensais... qu'il ne viendrait que les gens de Wieshalle et des environs, j'ai dit à Monsieur Siegfried Stick von Sel. Il y en a d'autres. Beaucoup d'autres ! Je dirais des millions !
- Presque toute l'Allemagne est réunie, a dit Monsieur Stick von Sel.
- Presque toute l'Allemagne, c'est-à-dire ?
- Tous les mécontents, a dit Siegfried Stick von Sel. Ici sont réunis les mécontents de toute l'Allemagne !
- Les communistes ? »
Mon ancien professeur d'allemand a secoué la tête.
« Les autres, il a dit... les autres mécontents. Voyez-vous, il existe un autre mécontentement. Et celui-là le communisme ne pourra jamais le guérir. »
Monsieur Stick von Sel a eu un petit sourire, puis il a dit :
« Du moins pas aussi radicalement.
- Mais qui ? j'ai demandé. Qui peut le guérir ?
- Adolf Hitler, a dit Siegfried Stick von Sel. C'est lui, le grand guérisseur. »
Mon ancien professeur d'allemand s'est curé le nez un petit moment, puis il a dit :
« Ici sont réunis tous ceux qui un jour ont reçu un coup sur la tête, du bon Dieu ou des hommes.
- Ah d'accord, j'ai dit, c'est ça l'histoire.
- Oui c'est ça, a dit Siegfriend Stick von Sel, ici c'est la réunion des ratés. Il y a les dégonflés, il y a les lèche-culs professionnels, et d'autres qui ont loupé le coche, soit parce qu'ils manquaient de souffle, soit parce qu'ils n'ont jamais appris à ramper dans les règles de l'art, ou que le cul qu'ils léchaient n'en avait jamais assez.

Mon ancien professeur d'allemand a ricané un petit moment, perdu dans ses pensées.
« Et bien sûr tous les autres, il a dit, pensif, en me regardant d'un air grave. Comment j'ai dit tout à l'heure ? Tous ceux qui un jour ont reçu un coup sur la tête, du bon Dieu ou des hommes. Les chauves par exemple. Ils sont tous là. Regardez autour de vous : il y a les trop maigres, les trop gros, les trop courts sur pattes, les trop hauts sur pattes, les trop jeunes, les trop vieux, les pervers solitaires, les impuissants, les étrangleurs qu'on a empêché jusque-là d'étrangler, n'autorisant que la caresse ; les hommes à lunettes sont là, les femmes à lunettes sont là, car 'IL' a dit 'LAISSEZ VENIR À MOI LES PETITS ENFANTS'. Mais : ses petits enfants sont frustrés – Oui, c'est ça a dit Monsieur Stick von Sel, des frustrés. Pas que. Mais quand même. Des qui aimeraient y arriver, mais qui n'y arrivent pas.
- Mais vous, pourquoi êtes-vous là, Monsieur Stick von Sel ? j'ai demandé. Pour vous, tout baigne, non ?
- À cause du poivre, a dit Siegfried von Sel.
- Quel poivre ? j'ai répondu.
- Celui que ma femme verse tous les matins dans mon café, a dit Siegfried Stick von Sel en chouinant.
- Pourquoi elle fait ça ?
- Aucune idée, a dit Siegfried Stick von Sel.
- Et il n'y a rien à faire ?
- Rien du tout, a dit Siegfried Stick von Sel, abattu. Je ne peux rien faire. La nuit je ronfle pour me venger, mais ça ne change rien.
- C'est affreux, j'ai dit. Et moi qui pensais... quelqu'un avec une belle position comme vous, il a toutes les raisons de sourire. »

Edgar Hilsenrath, Le barbier et le nazi, Attila, trad: Jörg Stickan & Sacha Zilberfarb, P. 52-54.

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dimanche 23 mai 2010

CLX & CdT 1

Vu N. hier, fait beau, un verre, parlé un peu des trucs qu'on s'est pas dits depuis trois mois qu'on s'est pas vus. Me demande comment avance Coup de tête, si tout est terminé, lui réponds que c'est en cours, qu'il ne devrait plus rester que trois ou quatre mois de travail avant de tout boucler. Ça fait trois ans qu'il reste plus que quelques mois de travail, je précise, alors points de suspension. Il m'explique aussi qu'il comprend rien aux trucs que je balance en ligne, si c'est vrai, si c'est pas vrai, prenant exemple entre autres mon récent passage aux urgences psychiatriques évoqué sur Twitter. Je lui réponds que je comprends pas, que rien n'est faux dans mes notes et que jamais je ne me permettrais de balancer de la fiction dans mon Journal. Qu'on se comprenne. J'ai une éthique. Qu'on puisse croire que c'est faux, vraiment, est une sorte de peur primaire en soit. D'ailleurs le Livre des peurs primaires est toujours en pleine expansion, qu'on se le dise, et signalons au passage la chronique récente de Christine Jeanney sur le sujet, merci pour son retour. Plus tard passage à la F.N.A.C. pour achat divers. Si nous étions momentanément transposé dans le Journal d'Andy Warhol je devrais écrire que achat de Nada et du Journal de Manchette, Le troisième reich de Bolaño et DVD Un jour sans fin & La belle personne = 95€. Larbaud pas encore terminé j'achète déjà un nouveau journal car c'est plus fort que moi : et la première page lue en rentrant dans le RER me donne raison : et Manchette n'a alors que 24 ans : dommage que la couverture soit abimée, m'en suis rendu compte après coup. Je reverrai sans doute N. prochainement. D'ici là retour prévu Sainté du 2 au 6 juin, dans deux semaines, billets payés ce jour.



Ce matin reprise Coup de tête partie 1, premier jour repris aux trois quart, je m'attaque maintenant au deuxième, le but premier étant de dynamiser (dynamiter) le dialogue qui sert à présenter le personnage de Nil. L'idéal, je me suis dit en mettant les mains dans le cambouis des mots, ce serait encore de ne faire parler Nil qu'au discours direct et le narrateur qu'au discours indirect & indirect libre mais ce n'est pas vraiment faisable et ce serait (trop) systématique.
- T'es sourd ?, il me gueule. Je te dis que c'est le jeudi ! Est-ce qu'on est jeudi ?
Je lui dis ben non. C'est ma voix qui parle à ma place.
- Non !
Etc.

lundi 17 mai 2010

Mate la révolution

Il mate la révolution. Jumelles ou sniper dans l'oeil, c'est pareil. Il mate les corps minuscules contrebas qui s'agitent. Le champ de bataille c'est terrain vague. Le terrain vague des voies ferrées. Les voies ferrées points de fuite éteints sur l'horizon qui crame. Les toits des immeubles maintenant des balcons où on mate. Il est fatigué de mâcher une vie qui est loin d'être la sienne. Plus bas il reconnaît l'un des corps, grenade F-1 à la main prêt à dégoupiller. Foulard collé au cou qui l'étouffe à moitié mais protège bien des vagues lacrymo. Lunettes de ski, de nage ou plongée pour pas chialer. Épaule en sang, droite ou gauche. S'abrite derrière un quai fauché par une mine. Attend le bon moment. Voit dans ses verres défiler un passé minuscule. Sous sa gorge le viseur du sniper, objectif des jumelles, le marqueur pour voir juste le bordel trop lointain. Pression du doigt cramerait d'un coup sa vie, la grenade lui péterait dans les moignons. Mais il hésite. Son taf à lui c'est dire ce qu'il voit et il se tait. Son taf à lui c'est faucher par balles traçantes la vie des autres à découvert, sauf qu'il fauche pas. Il a encore dans son chargeur les 7 cartouches déjà chargées mais sans détente. Il attend de voir. Il mate le show. L'autre en bas sort de son trou, balance derrière sa bombe. La grenade pète : kilos de sable que ça soulève : rails éventrés, points de fuite foutus, et quelques corps s'enfoncent sous la fumée. La fumée masque l'oeil du sniper, il perd sa trace. Il le cherche entre les dunes de zinc mais aucun corps à l'horizon pour porter le même foulard, les mêmes lunettes, la même ceinture de TNT autour des hanches. Quand il le trouve il a changé. C'est peut-être plus le même. Le sang séché sur l'autre épaule, foulard défait, lunettes fondues. Il arme un peu le PGM Hécate II et il vise sec juste à côté de ses pompes. Presse la détente. Tire. L'autre en bas se jette par terre, lève la tête et voit. Il lance des codes à coup de miroir qu'on bouge face au soleil et qui veulent dire : réponds-moi, j'y comprends rien. Et il attend sa réponse.



Je mate la révolution. Jumelles ou sniper dans l'oeil, c'est pareil. Je mate les corps minuscules contrebas qui s'agitent. Le champ de bataille c'est terrain vague. Le terrain vague des voies ferrées. Les voies ferrées points de fuite éteints sur l'horizon qui crame. Les toits des immeubles maintenant des balcons où on mate. Je suis fatigué de mâcher une vie qui est plus la mienne. Plus bas je reconnais l'un des corps, grenade F-1 à la main prêt à dégoupiller. Foulard collé au cou qui l'étouffe à moitié mais protège bien des vagues lacrymo. Lunettes de ski, de nage ou plongée pour pas chialer. Épaule en sang, droite ou gauche. S'abrite derrière un quai fauché par une mine. Attend le bon moment. Je vois dans ses verres défiler un passé minuscule. Sous sa gorge le viseur du sniper, objectif des jumelles, le marqueur pour voir juste le bordel trop lointain. Pression du doigt cramerait d'un coup sa vie, la grenade lui péterait dans les moignons. Mais j'hésite. Mon taf en fait c'est dire ce que je vois et je ferme ma gueule. Mon taf en fait c'est faucher par balles traçantes la vie des autres à découvert, et moi je regarde. J'ai encore chaud dans mon chargeur les 7 cartouches déjà chargées mais sans détente. J'attends de voir. Je mate le show. L'autre en bas sort de son trou, balance derrière sa bombe. La grenade pète : kilos de sable que ça soulève : rails éventrés, points de fuite foutus, et quelques corps s'enfoncent sous la fumée. La fumée m'étouffe, je perds sa trace. Je le cherche entre les dunes de zinc mais aucun corps à l'horizon pour porter le même foulard, les mêmes lunettes, la même ceinture de TNT autour des hanches. Quand je le retrouve il a changé. C'est peut-être plus le même. Le sang séché sur l'autre épaule, foulard défait, lunettes fondues. Je charge un peu le PGM Hécate II et je vise droit contre ses pompes. Presse la détente. Tire. L'autre en bas se jette par terre, lève la tête et voit. Je lance des codes à coup de miroir qu'on bouge face au soleil et qui veulent dire : réponds-moi, j'y comprends rien. Et j'attends sa réponse.



Tu mates la révolution. Jumelles ou sniper dans l'oeil, c'est pareil. Tu mates les corps minuscules contrebas qui s'agitent. Le champ de bataille c'est terrain vague. Le terrain vague des voies ferrées. Les voies ferrées points de fuite éteints sur l'horizon qui crame. Les toits des immeubles maintenant des balcons où tu mates. T'es fatigué de mâcher une vie qui est peut-être pas la tienne. Plus bas tu reconnais un corps, grenade F-1 à la main prêt à dégoupiller. Foulard collé au cou qui l'étouffe à moitié mais protège bien des vagues lacrymo. Lunettes de ski, de nage ou plongée pour pas chialer. Épaule en sang, droite ou gauche. S'abrite derrière un quai fauché par une mine. Attend le bon moment. Vois dans ses verres défiler un passé minuscule. Sous sa gorge le viseur du sniper, objectif des jumelles, le marqueur pour voir juste le bordel trop lointain. Pression du doigt cramerait d'un coup sa vie, la grenade lui péterait dans les moignons. Mais t'hésites. Ton taf en vrai c'est dire ce que tu vois et tu la fermes. Ton taf en vrai c'est faucher par balles traçantes la vie des autres à découvert, sauf que tu mates. T'as encore dans ton chargeur les 7 cartouches déjà chargées mais sans détente. Alors t'attends de voir. Tu mates le show. L'autre en bas sort de son trou, balance derrière sa bombe. La grenade pète : kilos de sable que ça soulève : rails éventrés, points de fuite foutus, et quelques corps s'enfoncent sous la fumée. La fumée t'arrache la gueule, tu perds sa trace. Tu cherches entre les dunes de zinc mais aucun corps à l'horizon pour porter le même foulard, les mêmes lunettes, la même ceinture de TNT autour des hanches. Quand tu le retrouves il a changé. C'est peut-être plus le même. Le sang séché sur l'autre épaule, foulard défait, lunettes fondues. Tu charges sans âme le Hécate II et tu vises juste, mais à côté de ses pompes. Presses la détente. Tires. L'autre en bas se jette par terre, lève la tête et voit. Tu lances des codes à coup de miroir qu'on bouge face au soleil et qui veulent dire : réponds-moi, j'y comprends rien. Et t'attends sa réponse.

mercredi 14 avril 2010

Croquis #21

oui c'est moi rappelle moi vite stp c'est urgent ça concerne le gorille merci

20 ans, fleurs dans une main : dans son sillage vieillard sur les rotules

elle joue à être un corps mais écrasée par le monde ne relève pas la tête

moi
j'adore
les fesses
des mecs
(dans la sueur de la foule)


il enlève sa casquette entrant dans le métro et se recueille yeux fermés devant la liste des stations desservies

elle fourre les coudes au fond du sac Versace, y sonde enfin aussi un puits sans fond

il marche fier, un parapluie léopard à la main

métro : sa tête et nuque émergent seulement des corps et on dirait qu'il est nu vraiment

mercredi 31 mars 2010

Larsen Déglingue

mboy.jpgÉtonné par ma lecture express de Mannish boy entre hier et demain (passant par là seulement mais suffisamment entraîné par la langue pour bien tourner les pages). Vu de loin intordable le texte saccadé, on passe d'une voix à l'autre, corps à l'autre, langue à l'autre en quelques minuscules phrases syncopées. Pourtant curieusement limpide et frêle à la lecture. On a ôté au texte tout ce qui pouvait défaire. Reste au centre une moelle irréductible au coeur de quoi coule la langue. Fragments de paroles, notes de passage, le tout composé comme une impro solo corsée, « jouant un blues sur sa guitare ». Entre les choeurs des poches de vide, « ennui, morosité familiale ».
Il pleurait à jamais dans la cour de la maternelle. Serrant sa main. Courant vers la barrière qu’elle refermait. Se roulant au carrelage salle à manger. Criant. Cognant rude au dos de son frère. Poin-poin du collège qui traînait en vélo sur le chemin du retour. Le nul en maths. Le paresseux. Ennui, morosité familiale.
Bribes d’une vie en famille. Clichés enfilés. Ce qu’elle savait de lui. Ce qu’elle en disait. Ce qu’il en croyait.
Fin : le type chez lui, seul dans son appart’, jouant un blues sur sa guitare.
Il était là. Étalé en mots. Banalités de circonstance. Peu et rabâché.
Larsen Déglingue. Banale histoire d’un type ordinaire. La haine peut-être à exprimer. Poings serrés au fond des poches. Cette violence...
Hésitait.
Dire aussi le besoin d’air. Envie d’ailleurs.
Pierre serait bien allé boire un verre de cognac au bowling d’à côté. Souffler enfin sous les néons. Affalé au fauteuil. Boire dans le fracas imbécile des quilles qui tombent et des lascars qui glissent au parquet.
Que dire d’eux Ses parents ! Montrer leur vide Clamer leur ennui.
Quitter ce cercle familial un moment. Cercle étroit.
Étriqué. Ce cercle attriste. Ce cercle étouffe.
Né chez Clampin !... Importe à qui
Chanson fanée.Trop monotone.
Portrait Son visage dans la glace du buffet de la gare.
Comment parler de lui Qui voudrait de son texte
Trop peu cultivé pour être brillant, suffisamment pour être malheureux...
Ces pages finiraient dans un tiroir. Passe-temps de monsieur le professeur.
A workin’ class hero is somethin’ to be !...
Classe moyenne. Belle invention ! Fourre-tout où l’on s’enlise.
Dire. Se dire.

Michel Brosseau, Mannish boy, Publie.net, P.97-98.

vendredi 26 mars 2010

FAMAS


On remarquerait plus facilement les mouvements de foule. On les suivrait du bout du monde, à bord d'un téléobjectif propulsé en orbite, son bord dicté par des programmes qu'on saurait plus lancer, maintenir encore moins. Les images arriveraient directement placardées sur l'écran qui cracherait automatique des impressions en chaîne. On l'appellerait le mappage des extrêmes, le calvaire des corps, l'exode des sans rien.

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De plus en plus s'articuleraient en MEUTES, toujours adolescentes, colonisant des ZONES, toujours périurbaines, et la masse des corps écrasés s'afficherait rouge ou bleu sur le blanc des diagrammes.

famas.png

Plus loin, enfoncées dans la topographie, certaines MEUTES réactiveraient la production de FAMAS artisanaux d'après vieux schémas obsolètes, poutant remis au goût du jour. Ceux là connaissent le chinois et traduisent les notices avec enthousiasme et approximations.

mercredi 3 mars 2010

Tétris

Je n'ai pas mis les bons verres, pourtant c'est les bons, peut-être un problème de pupille alors, ou de filtre directement déposé sur le panorama frontal. J'ai l'impression de marcher sur des tessons de bouteille, de flotter contretemps entre deux air. Le décor bouge mais ce ne sont pas des vertiges. Mon abonnement Publie.net se termine. J'ai émergé d'un rêve où la mort d'un anonyme remplissait tout l'écran : encore un deuil que je ne pourrais jamais connaître mais qui lui me traverse. Dans l'après-midi une voix téléphonique me dit « vous êtes merdique ». Moi perdu entre deux lignes tableurs sur mon écran, confondues puis retournées, brouillées déjà dans ma tête, je lui réponds « oui quelque chose », sans me débattre, signe que déjà je sais, j'avoue, j'assume, je suis merdique et toutes mes voix ont raison. Au retour je laisse le Pont de l'Alma me mener par le bout : je m'y perds, vaincu déjà par les microfictions. Je cherche ce que je lirai ensuite. Je n'ai pas trouvé. Sur l'Iphone je traque application utile pour dissiper l'ennui : existe en version payante 7.99€ un Tétris érotique où les corps s'empilent, ce qui me rappelle une scène particulière d'Heavy Rain, mais à l'envers. Hier je me suis dit peut-être écrire une fable où des corps tomberaient inanimés du ciel et il faudrait que tu les répares.

lundi 22 février 2010

100222

odoramaiphone.jpgRéveillé 4h30 par ce qu'on peut appeler une rupture de sommeil : d'un coup les yeux ouverts, d'un coup blanc dans la tête, d'un coup pulsé dans les épaules comme endorphines, endorphines convulsées. Je tourne ensuite et tourne encore : éventre des rêves agressifs dans lesquels je me frotte, épines et os pointus, contre la peau des autres mais ça ne passe pas. Levé 6h30. Averse. Trop chaud et dix degrés déjà. Clodo (jeune) me dit bouge-toi, me faut 10 000€. Clodo (vieux) me demande 50 centimes. RER : wagon ouvert, une odeur de cadavre et d'alcool. Regards croisés des uns contre les autres, on tente d'identifier la source : qui c'est qui pue comme ça ? J'ai mes favoris. J'ai mon tiercé quinté gagnant. Je les vois déjà classés ligne d'arrivée. J'ouvre Mangez-moi (Marina Damestoy). Je me dis l'odeur c'est fait pour aller avec le livre, c'est un livre en odorama. J'ai du mal à me concentrer. Une vieille débarque, gare de C., tartine un mouchoir de parfum plastique quelle se colle dans les narines pour sentir mieux. L'odeur plastique recouvre les sièges. Quelle odeur est la pire ? Bifurque premier étage, balcon sur puanteur, assaut de mp3 crépité, conversations insipides. Je peux plus lire. Quelle nuisance est la pire ? Douleur fixée tempe gauche que les nerfs alimentent : c'est optique : c'est viscéral. Des lapins morts défilent derrière mes yeux. Wagon arrière, voix mexicaine, commentateur de catch, El Pollo Loco s'élance, écrase des mâchoires et hurle à la victoire. Maintenant il chante. J'entends des voix ? Je lance Hallo Spaceboy version Live in Dublin pour enfoncer marteau-piqueur ma migraine sous le crâne. Ça marche : elle se fige au soleil. J'entends des voix.

jeudi 18 février 2010

Mâchoires à leur place


ordre.jpg
Ils ont poussé si loin les poings que l'os tremble, articulations forcées ouvertes, joues bleues sous les coups, hématome et relief sur l'épiderme. Lunettes émiettées : branches tordues, verre incrusté pommettes, éclats de glace sous les paupières. Les coups se taisent. Les poings dans les poches, poches battues contre les cuisses. On marche ailleurs, on n'est plus là. Les néons battent. Le sang se tait. Marques de semelles brunes sur le thorax et sous la gorge, sur le dos moulés le nom de la marque et le logo. Silence capitonné, lieu inédit. Mâchoires sous les mâchoires, upercut seulement les remettraient en place. Terre grasse dans les cheveux. Cheveux traînés dans la terre, le sol, des étincelles au bord des barres électriques. Séquelles pour ceux qui dorment comme des cadavres, séquelles soufflées dans les poumons. Avant de partir, après avoir poussé si loin les poings, ont précisé : avec ça dans les dents il devrait la fermer. Mais gueule ouverte pourtant, mâchoires sous les mâchoires, douleurs mécaniques tracées jusqu'au crâne, il crache, il dit, il chante : parole est la dernière pornographie, parole est la dernière pornographie, etc.

mardi 9 février 2010

Coming out d'écriture

Je n'ai jamais caché à personne que j'écrivais : alors mon titre est faux. Mais pas faux comme on croirait qu'il pourrait être : je détourne simplement les choses.


Au boulot tout le monde sait que j'écris : c'est à dire qu'ils ne savent rien. Je n'ai pas pris trente-six pseudonymes pour rien : j'ai toujours eu en tête l'idée de cloisonner les vies, les périodes : étant par exemple vendeur-éclair de librairie, il n'était pas question que je recommande un livre frappé de mon propre nom. Il en va de même pour les autres fragments de carrières que j'ai brièvement traversées, essayées, puis reposées.

Je travaille chez PdG depuis novembre : autrement dit je ne les connais pas, là-bas, je les côtoie, c'est tout. Ils n'ont peut-être pas à savoir ce qui s'écrit, ce qui se montre : je n'ai pas besoin d'une autocensure de plus entre les touches du clavier. Je ne les connais pas, d'accord : pas comme on pourrait penser, mais sept heures par jour je suis avec eux et sept heures par jour nous traversons des tempêtes ensemble. Tempêtes de bureaucratie pure, oui : mais tempêtes aussi.

Écrire, aussi, surtout, est prise de risque. En bloquant sciemment ce regard là je fais encore ce que je sais faire de mieux : je me retiens, je me protège. Contre quoi : ça je ne sais pas.

Là-bas on ne sait pas exactement ce que j'écris : lorsqu'on me demande, je résume simplement Coup de tête par « une histoire d'amputé cherchant sa main », mais je ne m'étends pas sur la question. Le laboratoire qu'est le blog, les fictions complémentaires et parallèles que j'éparpille : ça je n'en parle pas. Même 17h34 n'est officiellement qu'un « projet d'archives personnelles pour transformation de la vie privée en sanctuaire désespérant » : privé, lui aussi, de fenêtre sur cour, d'angle ouvert au public. Alors voilà comment on se construit soi-même sa propre petite coquille numérique : voilà comment moi je l'ai tracée, et voilà comment elle se développe.

Et maintenant, depuis Cyclososmia, depuis Publie.net, je serais une sorte d'auteur (je ne sais pas si j'ai le droit d'utiliser ce mot ?) : peut-être que c'est différent. Je pourrais ôter les verrous puisque j'écris, cette fois, sans italique : je prise de risque.

Il y a quelques mois coup de sang qui m'a conduit à supprimer d'un geste toutes les photos identifiables de mon compte Facebook et celles du blog : ne reste plus que les reflets incongrus quotidiens de mes 17h34 successifs. À la suite de cette pulsion frénétique, touche échap martelée, croisé F. pour une de nos trop rares conversations numériques qui m'avait dit : « tu me rappelles C. : son cauchemar est que l'on sache qu'il écrit ». Il est inutile de savoir ici qui est C. : moi-même, je ne suis plus très sûr de savoir, car je mélange maintenant les initiales amputées, ne retrouve plus toujours les corps auxquels ils correspondent. Peut-être que mon cauchemar est que l'on sache, non pas que j'écris, mais ce que j'écris : et peut-être que pour cette raison, sans italique encore, je prise le risque. Dois le prendre. Mais, comme à mon habitude, avec discrétion : discrétion méticuleuse : discrétion slash invisibilité.

dimanche 7 février 2010

Au diable


De : G.V.
À : N.J.
Cc: E.D.
Objet : Paris, etc.

Cher N.,

Me suis bien occupé de la p'tite, te la rends (j'espère) en bon état. Nous sommes trouvés 14h55 gare de Lyon sous les destinations, numéros de trains, numéros de quais, entre palmiers. Ensuite avons remonté boulevard Diderot et avenue Philippe Auguste jusqu'au Père Lachaise. N'avons pas vraiment vu les tombes connues mais n'avons pas cherché. À un moment vue de Paris depuis sommet, tombes et caveaux contre-plongé, la même que F. et moi et H. avions fixé plusieurs minutes il y a quelques années, mêmes arbres février, même gris du ciel et silence capitonné.

Nous avons marché plus de cent mètres, sommes à présent lessivés. Passé 17h enfermés dans un bar, retour Châtelet, au Diable des Lombards, proche Beaubourg, parlé de toi aussi un petit peu, mais pas trop. D'après E. les chiottes du Diable sont psychédéliques mais n'ai pas vérifié moi-même. Ai pris plusieurs photos de la petite, séance lumière tamisée mais visage toujours gommé-flou par ailleurs et aspiré derrière, rarement visible (vois par toi-même). Derrière nous couple d'étudiants première année philo qui dissertait concepts entre deux bières puis s'échangeait entre eux des vignettes dinosaures (« pas juste, tu m'as filé tous les herbivores »). E. s'est moquée d'eux et moi aussi un peu.

31


Ensuite séparés 18h10, elle devrait te revenir dans le courant de la soirée. Prends bien soin d'elle.

Merci encore pour Psychose, hier.

À bientôt,

Guillaume

PS : E., j'ai vérifié dans le train ma série photos pour 17h34 du jour, navré de t'apprendre qu'une seule a prise, les autres buguées indéchiffrables, celle où tu grimaces avec les dents. Elle sera mise en ligne dimanche prochain, pensais qu'il valait mieux t'avertir.

mardi 22 décembre 2009

Saratoga

1

saratoga.jpgJe me sens parfois comme Jim Carrey sur Saratoga Avenue (Eternal Sunshine of the Spotless Mind) : coupé du monde. Je suis là sans y être, il y a un film opaque entre moi et le reste. On voit flou dedans, on voit mal. On comprend rien.



2

L'odeur des clopes sur mes fringues me rappelle que j'ai (pourtant) traversé les autres, hier.

3

Quand je vois dans la rue, entre Jules et Natalys, un adolescent qui fait la manche niveau trottoir (le panneau dit « Aidez-moi, j'ai faim », la gamelle du chien est pleine), ma première pensée est : il a des couilles, il est sorti du monde. Deuxième pensée : lui, au moins.

4

Mes obsessions sont le deuil et l'amputation, mais je ne sais pas encore ce qui me manque, ni dans un cas ni dans l'autre. Voilà l'objet de mes recherches.

David Menear, Journal des sens Vol 1 (fragment non daté, simplement identifié comme « Un jour »).


5

nounours

samedi 7 novembre 2009

Synthèse vocale

Ceci est un message du comité général de lutte contre la contagion des masses et la propagation sinistre des maladies infectieuses. newworldorder.jpg UN. Toujours non identifiés, les miasmes continuent de se propager. Chaque jour de nouveaux cas recensés dans les villes et provinces, chaque jour de nouveaux symptômes indétectables qui rendent difficile l'élaboration d'une classification précise et exhaustive des agents infectieux actuellement à l'oeuvre dans les populations. DEUX. Les recherches menées sur le terrain pour l'identification des miasmes n'ont pour l'heure apporté aucune réponse précise sur ces épidémies, leurs symptômes, ou leur traitement possible. TROIS. Les miasmes progressent malgré la prévention. Qui peut savoir comment ceux-ci se propagent est un menteur. Liste des cas de transmissions recensés, à ce jour : par contact de la peau, des muqueuses, frôlements, postillons, haleines, regards, pensées. Tout existe, tout mouvement est désormais susceptible de porter en lui les germes dégénérescents présents et à venir. QUATRE. Ne pas céder à la panique. Eviter les rassemblements de corps interdits. La parole orale est prohibée. Les contacts autorisés, sous réserve de plastification des peaux. Les grossesses actuellement en cours doivent être désamorcées jusqu'à nouvel ordre. CINQ. La parole orale est prohibée. SIX. Paradoxe, injustice. Personne ne peut vivre sans mot. Viendra le jour où le prochain mot, éclat de gorge, soupir, sera soufflé à nouveau sur les autres. Ce jour-là anéantira des mois de mutisme. Prévision : les parlants seront traqués, chassés et exécutés par les masses silencieuses. SEPT. Est-ce une vie pour nous autres habitants de ces ruines ? HUIT. Colère, révolte : pourquoi se plier à la fatalité du silence ? Pourquoi aucune solution n'a encore été inventée ? NEUF. Réponse, soulagement : ces solutions existent. La synthèse vocale, doublée d'une totale et sécurisante plastification des peaux, nous permet déjà de pouvoir briser notre silence, de rassembler à nouveau nos corps et nos âmes. DIX. Soulagement : ces solutions existent. Nouveaux artefacts de synthèse vocale vendus et manufacturés exclusivement par les lycanthropes dans votre ville. ONZE. Ces solutions existent. Nouveaux artefacts de synthèse vocale disponibles dès à présent au nouveau Forum des Trocs, place Carrée souterraine. Stock limité ! Prix à débattre ! Venez nombreux ! Ceci est un message du comité général de lutte contre la contagion des masses et la propagation sinistre des maladies infectieuses.
(Synthèse vocale via GhostReader)

lundi 19 octobre 2009

Chute mécanique

radio_genou.gifJ'ai manqué une marche, escaliers Gare de Lyon, pris le rebord sec sur genou droit : la marque de la marche est restée imprimée sur la peau. Une seconde arrêté le temps de me dire : putain de merde, temps de me demander : est-ce que quelqu'un m'a vu ? je suis remonté sur une jambe, me suis traîné jusqu'à la ligne 14. N'ai pas pu faire une station, me suis retenu de vomir sur les gens autour, ai dit pardon à ceux qui bouchaient la porte, un pardon que j'ai vu prononcé mais pas entendu, les visages autour ont viré flou et je suis tombé contre l'armoire électrique près du wagon de tête. J'ai pensé entre deux souffles : j'étais sûr que je tomberai quelque part et aussi : au moins j'ai pas bloqué le métro (c'était une peur primaire). Deux ombres sans tête m'ont demandé : vous voulez qu'on appelle les secours et j'ai dit oui. Un type est arrivé, m'a demandé qu'est-ce qui s'est passé ? et j'ai raconté. Allongé par terre dans un courant d'air devant les portes du métro je voyais rien, je voyais à peine la tête du type penché sur moi à qui je parlais, je voyais le néon plaqué plafond par dessus moi, me suis dit pendant dix minutes : cette photo tu devrais la prendre, mais l'ai pas prise, de peur que l'autre penché sur moi me dise : mais qu'est-ce que vous foutez ? Le type penché sur moi m'a demandé vous avez froid ? et j'ai dit oui parce que c'était vrai. Il a sorti la couverture allu et attendu à côté de moi que les pompiers arrivent. J'ai attendu avec lui en silence, en me disant : il doit penser que je n'ai aucune conversation et il aurait raison. Sur la droite j'aurais pu compter le nombre de métros entrants, portes ouvertes, corps vidés, échangés, portes fermées, métros sortants : au moins dix, au moins quinze, ce qui me donne vaguement une idée du temps qui passe. Le type penché sur moi m'a dit : vous êtes très pâle quand même, et je lui ai dit non, ça c'est normal.

Quand je suis parti avec les pompiers le type qui jusque là était penché sur moi, je l'ai loupé, je sais pas où il est passé, mais j'ai pas pu lui dire merci au revoir, ce qui était quand même la moindre des choses. On est parti à pieds, mon genou droit me faisait mal, on a pris les escalators. On a pris mon nom, mes coordonnées, ma tension, on m'a dit : vous êtes très pâle quand même et j'ai dit oui je sais, c'est normal. Arrivé devant l'Hôtel Dieu les pompiers ont roulé sur un pigeon et moi j'ai repensé au jour où j'avais accompagné N. à l'hôpital de Bellevue il y a trois ans.

Salle d'attente de l'hôpital, sur la télé fixée au mur ils passent un épisode de Bob l'éponge mais en allemand. J'appelle H. qui me dit j'arrive, je lui dis non, c'est idiot, tu vas pas venir pour ça, puis raccroche, tout en sachant qu'il viendra quand même parce qu'il aura écouté l'inverse de ce que j'aurais pu lui dire et il aura raison de le faire. Je suis pris en charge par une infirmière qui me transfère à Lucy Knight qui fait mon examen. Je raconte pour la cinquième ou sixième fois la même histoire, chaque fois différemment, me disant que chaque version sera archivée dans un rapport et qu'on pourra voir, en les compilant, l'évolution de la scène à mesure que la mémoire avale, déforme ou régurgite la ou les images originelles. Sur son écran d'ordinateur années 90 Lucy Knight écrit : chute mécanique, puis elle me dit je pense que vous avez fait une réaction vaso-vagale suite à la douleur et je lui dis oui, c'était aussi mon diagnostique. Ensuite Lucy Knight me transfère à un interne qui valide le diagnostique après successions d'examens identiques et questions idem. Je sors au bout d'une heure, parvis de Notre Dame. J'appelle H., lui dis ne vient pas, sinon on va se croiser. Je boite jusqu'au métro, puis boite jusqu'aux tapis roulants à Châtelet. Perdue au milieu de la foule une femme demande : can you help me please I don't speak french please alors je lui dis hi, how can I help you ? Je pensais qu'elle cherchait une direction et même si je ne sais pas trop où je me trouve je me dis que j'aurais pu l'aiguiller malgré tout, mais elle me demande de quoi manger et ça je n'ai pas. Je lui dis sorry I don't have any cash right now et c'est vrai, je n'en ai pas, puis je m'éloigne en boitant, rejoins le deuxième tapis roulant plus loin qui m'emporte.

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