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Tag - Boulot

Fil des billets

vendredi 17 septembre 2010

17 sept.

Paris gare de Lyon en travaux : bientôt gare va s'extirper de l'ombre dans laquelle je l'ai fixée en écrivant Coup de tête. Ce n'est pas, en soit, un sacrifice puisque la gare telle que je l'ai arpentée en repérages et fréquentée au quotidien n'a jamais pu correspondre au lieu évoqué dans le texte, le temps du récit étant situé quelques années trop tôt. V. me demandait autrefois pourquoi ces détails liés aux lieux étaient si importants : je n'ai pas vraiment pu répondre à l'époque, je n'ai toujours pas la réponse aujourd'hui.

J'attends, Gare de Lyon, l'arrivée de E. au pied du TGV : c'est pour cette raison que je traverse encore cette gare. Rien à voir avec Coup de tête. E. arrive à l'heure, son TGV sur les épaules. Aux guichets, près des Départs Express Pro dont il est brièvement question dans la deuxième partie elle change son billet de retour. Midi différé quatorze heures mangeons thaï au Num proche les Halles. Plus loin Tuileries via le Louvre. Météo : soleil, 15 degrés de septembre. Je lui raconte mercredi, mon entretien Pôle Emploi. Les phrases retenues sont les suivantes : 
1) Pôle Emploi n'est pas là pour vous trouver du travail
2) les licenciés économiques comme vous ne sont pas comptabilisés dans les chiffres du chômage et
3) désormais c'est un cabinet privé qui va vous prendre en charge.
E. me parle de faire le tour du monde. Je lui dis tous les deux on se supporterait pas, quelque part ce serait marrant. Je lui dis je sais pas trop si faire un tour du monde ça me tenterait. Je lui dis tu crois pas qu'au fond on y retrouverait quand même notre même petite vie banale, même au bout du monde ? Elle me dit si. Derrière nous des mecs jouent au foot, se foutent à poil. Au cœur de Paris elle me déplie New York, la ville qui n'existe pas. Elle me parle de ceux qu'elle croise. Sans prononcer son nom, elle demande P., des nouvelles ? Je lui réponds nous avons disparu simultanément l'un pour l'autre. Peut-être, sans doute, est-ce une fiction factice de plus qu'il me faudra gommer. Et kiss bye boy n'existe plus.

Avant de repartir je lui demande si elle veut bien lire Coup de tête une fois que le truc sera bien terminé. Elle me laisse pas finir ma phrase pour accepter.

En quittant Gare de Lyon je me rends compte que tous les Escalators traversés aujourd'hui étaient inversés depuis mes derniers jours de boulot. Bizarre. Ça fait déjà un mois, ça fait à peine deux heures. 

vendredi 10 septembre 2010

Recommandé AR

Le facteur, je sais pas pourquoi, monte jamais les AR jusqu'à moi, même quand j'y suis. Il laisse toujours l'avis de passage dans la boite, alors je vais les chercher le lendemain à la poste et je me demande si les gueules derrière le guichet se demande aussi au juste pourquoi la mienne se pointe souvent chercher mes AR. Sans doute (sûrement) que tout le monde (bien sûr) s'en fout. Mon dernier courrier bien officiel déplié sur la table, je fais le compte des derniers trucs reçus :

- La première lettre datée du 22 juillet qui commençait par « Monsieur, Nous envisageons de procéder à votre licenciement pour cause économique » et se terminait, au bas de la page, par « Nous vous prions d'agréer, Monsieur, nos salutations distinguées. »

- La deuxième datée du 30 juillet qui commençait par « Monsieur, Dans le cadre de la procédure de licenciement pour cause économique que notre société a dû engager, nous sommes à même de vous proposer, par la présente, une offre de reclassement. » et qui se terminait, au bas de la page, par « Et vous prions d'agréer, Monsieur, nos salutations distinguées. »

- La troisième datée du 10 août qui commençait par « Monsieur, Par la lettre du 22 juillet 2010, nous vous avons convoqué à un entretien préalable qui s'est déroulé comme prévu, etc. » et se terminait, deux pages plus loin, par « Nous vous prions d'agréer, Monsieur, nos salutations distinguées. »

Celle d'aujourd'hui, datée du 20/08/10 mais reçue le 10/09, comprend tous les documents censés m'être indispensables pour la suite de mon parcours administratif, à savoir : bulletin de paie du mois d'août, attestation Assedic, certificat de travail, solde de tout compte. Celle d'aujourd'hui ne commence pas par « Monsieur » ni ne se termine par aucune « salutations distinguées ». Et, détail, le montant indiqué sur ma fiche de paie et sur mon solde de tout compte (dont le virement est prévu « prochainement courant de semaine prochaine ») est incomplet puisque il lui manque l'équivalent d'un mois salaire : mon mois de préavis.

Avant de quitter le bureau le dernier jour, j'avais récupéré un support recommandé, juste au cas où, au cas où il faille gueuler de manière bien AR, bien officielle. Et j'ai bien fait. Car va falloir.

dimanche 29 août 2010

31-2

J'attends le 31 du mois comme si ce 31 là devait être le dernier 31 à jamais voir le jour dans la grille du Temps. Impression étrange. Peut-être car le 31 qui marque généralement la fin des vacances en ouvre pour moi le début. Non pas des vacances, ni même du chômage, mais bien un mois 0, type, qui demanderait qu'à s'éterniser in-dé-fi-ni-ment.

Hier vu N. Je lui explique oralement ce qu'il prenait pour une fiction écrite : je lui refais la chronologie, la même que je répète à droite à gauche pour expliquer pourquoi ce mois 0, ce mois type, sera aussi un mois chômé. Fin juin a été décidé la fermeture du bureau parisien de PDG, je lui explique. Ensuite proposition transmise d'être muté ailleurs, un ailleurs poliment refusé. Ensuite ils ont engagé une procédure de licenciement économique pour certains, fautes graves pour d'autres. Ensuite j'ai pris mes clics et mes clacs et le dernier jour chez PDG est arrivé : c'était la semaine dernière seulement : c'était il y a des siècles.

Passé par la Fnac, achat Vies de saints, de Rodrigo Fresán que j'attends déjà depuis des lustres. Pour l'occasion, et pour profiter de la parution simultanée au Seuil du Fond du ciel, Passage du Nord-Ouest ressort aussi nouvelle édition de Mantra, nouvelle couverture comprise, pour faire de cette « rentrée littéraire » un événement Fresán. Je reparlerai plus en détail du Fond du ciel plus tard, je le relis encore et parce que c'est un livre aliénigène (au moins) il sera nécessaire d'y revenir.

FresanX3.jpg

Par hasard, Fnac toujours, tombé sur 79 carrés Nuit Blancs de Jean Gilbert, acheté par hasard, pour l'avoir si peu feuilleté. Plus loin, Fnac encore, cherché en vain DVD de 2001 l'odyssée de l'espace, pour mieux doubler Le fond du ciel. Passage chez lui, un peu plus tard, après avoir vu avec lui Fenêtre sur cour en DVD et avant d'attraper Le crime était presque parfait sur Arte, N. me prête le DVD de 2001, merci, j'en ai besoin pour disséquer Fresán, pour mieux laisser vibrer au creux des yeux le leitmotiv de la vitesse des choses.

vendredi 20 août 2010

Dernier jour

Dernière entrée Prudhommes.rtf, j'écris : J-0 = Jour J. J'en viens. J'ai fermé la porte du taf. Rendu mes clés, mon badge. Repars avec peu de bribes de mon passage ici : un post-it détaillant les lignes directes de chacun (et leurs noms), un mug offert par le chef many months ago, des stylos tatoués au logo de la boite. J'ai pas vraiment l'impression de jamais revenir. Plus tard, back home, constater que mes accès mails ont disparu : là que je comprends vraiment que j'y suis plus. La dernière entrée Prudhommes.rtf sera pas la dernière. Je poursuis le truc encore un peu. Jusqu'où, encore, je sais pas. Aux prudhommes, je crois (je sais), je n'irai pas. Mais le fichier, lui, ouais, reste. Peut-être, au bout, une fois la boite broyée, foutue, en faire quelque chose, en faire quelque chose de bien, quelque chose de mieux, au fond, que ce qu'il s'est réellement passé, passé depuis deux mois que ça dure, et que ça ose durer.

mardi 17 août 2010

Enterre les monstres

J'attends une demi-heure en gare de C. que le train reparte. En profite pour écouter le premier épisode du Voyage en Transsibérien d'Olivier Rolin sur France Culture (podcast d'hier). Écouteurs vissés près des tympans, n'entends plus rien du monde (le vrai). Les pieds collés au ciment, sur le quai, le train fixe et les rails secs, j'entends pourtant les rails taper, le train filer vers l'est : mais c'est pas le même : l'audio remplace le son. Je termine aussi Les versets de la bière, qui me rappelle Cambouis l'année dernière.
on possède un jardin secret --- la lune n'a pas de profil --- tous les nombres premiers sont ex aequo --- la vie ne tient qu'à un fil --- on peut vendre son sang au détail dans certains pays --- les soldes se déroulent pendant les jours fous fous fous --- on enterre les monstres à six pieds sous terre --- un entrepreneur de démolitions entasse des briques dans son bas de laine --- on fait le plein de larmes aux pompes funèbres --- l'infarctus du myocarde est provoqué par la thrombose des artères coronaires

Lucien Suel, Les versets de la bière, Dernier Télégramme, P.151.
En lisant besoin de placer des voix, des sons, sur les paroles papier (exemple : Quentin Compson est Chet Baker) ; en écoutant parler, lire, digresser Olivier Rolin besoin de placer un corps (une image) entre ses sons : j'y vois Brian Cox.

Olivier Rolin a une belle phrase pour parler des notes à la volées qu'il prend à même le train, des brouillons fracturés de l'écriture, il dit : « comme un sismographe ». Je pense effectivement que la nature des notes que je rassemble actuellement via le fichier Prudhommes.rtf correspond à cette métaphore.

Boulot (ou ce qu'il en reste) : les jours de la dernière semaine blanche s'écoule lentement (J-3) et les métros, les trains, sont bien vides à 15h, bien plus qu'ailleurs.

dimanche 15 août 2010

Kinzoute

Faut que je m'entraîne à jouer du Kinzoute : quelques semaines de vacances blanches m'attendent. J'en ai eu la confirmation hier ou vendredi, la semaine de boulot qui arrive sera bien ma dernière. J'ai quelques papiers à remplir, quelques têtes à vider et simplement faire semblant d'être là (et y être).
Je réponds à l'enquête lancée par Christophe Petchanatz : « Pourquoi j'écris ? ». J'écris d'abord pour dissimuler ce que je pense réellement.

Lucien Suel, Versets de la bière, Dernier télégramme, P. 37.
Je pense occuper ma semaine en recopiant les récentes lettres recommandées AR reçues dans le cadre de ce licenciement à peu près propre pour les ajouter au fichier Prudhommes.rtf dont il est probable que je ne fasse rien.
on est grave --- on est franchement ringard --- on a le cerveau lavé bien profond --- on se regarde dans la glace --- on déborde sur les côtés --- on se fait son petit chorus pour la célébrité --- on se baigne dans l'eau recyclée régénérée réoxygénée --- les poissons aveugles stagnent à la sortie des égouts

P. 56
J'ai récupéré mon MacBook vendredi. Passé le week-end à faire des transferts de données, à réinstaller ce qui ne l'était plus. Le mac est neuf ou quasiment. J'ai gagné presque un an d'utilisation matériel en tapant dessus l'autre jour : c'est mal, oui (oui mais l'avait bien cherché).
Je ne crains pas l'ennui, ni l'adversité, n'attends rien des mutations de la société.
Je compare le terreau de mon jardin et la matière interstellaire. La mort des étoiles produit des atomes qui produiront d'autres étoiles.

P.60
J'ai repris hier les relectures et corrections de Coup de tête partie 3. Il n'y a rien (de neuf) à en dire. Ma deadline initiale a été compromise par le crash du MacBook et reportée d'un mois. Je me fixe à présent fin septembre pour finir. Après se poser la question du qu'en faire et du l'envoyer.
Avril 1997, Pays de Galles, liste des pubs dans lesquels j'ai bu des peintes de bière :
The Holly Bush (St Hillary, The Tavern, Mulligan's, King's Cross (Cardiff), Victoria Inn (Pen-y-Bont), Plough & Harrow (Nash Point)
O'Neill's, The Angel, The Pheasant (Bridgend), The Sawyer's Arms, Malsters Arms (Maesteg), Harry Ramsden's (Cardiff) ; c'est dans celui-ci que j'ai remporté le Harry Ramsden's Challenge : Avaler entièrement un gigantesque fish & chips.

P. 68
J'ai l'impression de prendre le Journal à l'envers : je n'y consigne pas ce que j'ai pu faire, j'anticipe sur les jours, semaines à venir. Des fois même je pipotte, je joue du Kinzoute, je remplis des vides. Je traverse aussi l'étonnant journal (1986 – 2006) de Lucien Suel, et donc il me traverse aussi. J'ai besoin d'autres journaux encore pour mieux vivre d'autres vies. Prochainement, une fois Omega Blue terminé et Fuir est une pulsion ouvert, je mettrai en ligne les archives du Journal préparées initialement pour Publie.net. Une version compilée 2006-2008, ni plus fictive ni moins fausse que la version actuellement en ligne, mais légèrement réécrite et réorganisée.

mercredi 11 août 2010

Retour

à l'envoyeur. Les vacances sont terminées. Avons quitté Morlaix ce matin 7h30. Arrivé au Mans quatre heures plus tard. On y retrouve les parents de H. pour déjeuner à l'Auberge des 7 plats, notre restaurant favoris au Mans quand on y était. Avant de les retrouver un tour dans la ville pour constater que

a) rien n'a changé depuis deux ans

b) la ville entière est enfermée dans l'air de Divine Comedy (Count Grassi's Passage Over Piedmont, A Lady of a Certain Age) , comme une éponge relâche sa sueur quand on l'écrase (métaphore 1), comme une armoire de vieux enferme sur les vêtements de vieux qu'elle contient une odeur idem (métaphore 2) et ça ne me déplaît pas forcément de réentendre ces airs, faire résonner ces rues : Go back from whence you came...



c) la librairie L'herbe entre les dalles que je fréquentais à l'époque non seulement n'a pas fermé, comme je l'avais craint un moment, mais en plus s'est agrandie, déménagée de la rue des Ponts Neufs, sombre, étroite, minuscule, à la rue de Rostov sur le Don (voisine), plus large et plus passante. J'y trouve deux livres cherchés en vain à Brest et Morlaix (les Nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon et Formation de Pierre Guyotat en poche) ainsi que Atelier 62 de Martine Sonnet, trouvé par hasard et acheté dans la foulée.


Plus tard retour Y., 16h30, les vacances sont terminées. Dans la boîte au lettre un avis de passage, courrier recommandé AR, qui m'annonce très certainement mon licenciement, dernier jour de travail fixé au 20 août. J'irai le prendre demain. Vendredi virée Paris, Apple, Carrousel du Louvre, pour y chercher mon MacBook réparé : ils ont appelé hier : ils ont changé le disque dur (comme prévu) ainsi que la carte mère et le topcase (pas prévu). Lundi entamerai ma dernière semaine blanche de boulot. J'irai sans âme, comme un somnolent (et c'est prévu).

mardi 3 août 2010

Je ne veux pas perdre mon boulot

quichotte.jpg
Au bout de la nuit lorsque le matin fut sur le point de commencer, les chiens chantèrent
C'est toi, monde pourri. C'est vous tous mes souvenirs, le monde : qui s'achève à présent.
« C'est vous mère et père qui n'aviez pas envie d'enfant. Père, tu as abandonné ma mère quand elle était enceinte de moi de trois mois. Mère, comme tu avais trop la trouille pour te faire avorter tu t'es contentée de me haïr toute ma vie parce que j'étais la raison pour laquelle ton amant t'avait abandonnée. C'est toi qui n'aurais jamais dû procréer.
« C'est toi, vie broyeuse de gratte-papier. C'est vous, patron, Bonjour, patron, je veux dire Monsieur, je vous en prie pardonnez-moi, Monsieur, je vous en prie je vous en prie pardonnez-moi, Monsieur. Je ne veux pas perdre mon boulot, car je n'ai trouvé d'autre sens à ma vie. Par conséquent je serai ce que vous voulez que je sois : je n'existerai pas. Je je, je ne n'existerai pas. Tout ce que vous voudwez, Patwon, mais je sais, Monsieur Patwon, que je fais jamais 'ien cowectement je suis juste bonne-à-'ien, une vieille pute imbécile, qui labou'ben son champ. Vous savez, je suis follement amouweuse de vous. Je ferais nimpo't quoi pour vous bécoter la bite, Patwon. Je ne devrais pas pa'ler comme ça. Je suis vilaine. Je suis twès twès vilaine. Ah pour suce vous êtes un bon patwon, Monsieur, passque vous savez comment me maltwaiter cowectement, et c'est tout ce que je méwite cowectement ; certains patwons dont je ne mentionnewai pas le nom – en fait ils se compo'tent comme si j'étais une waie personne. À vous on ne vous la fait pas, Monsieur.
« C'est toi, ville. Marché du monde, à savoir, de toutes les représentations. Puisque tu es la seule demeure que j'aie jamais connue, sans ta représentation ou déformation de moi je n'existe pas. À cause de toi, puisque chaque enfant a besoin d'un foyer, chaque enfant est dorénavant un esclave blanc.
« Ville, ma propriétaire. Quand tu attends de moi de la douleur, tu me jettes, parmi tes clodos et les proxo-crapauds qui brandissent des shooteuses pareilles aux chevaleresques épées des temps antiques ou romantiques. Quand tu attends de moi de la joie, tu me rends célèbre, car je suis le bébé, tu es mon seul parent, et la gloire et ton sein.
« Ville ma parente, car je n'ai d'autres parents.
« Laisse-nous tes enfants meutes de chiens sauvages vagabonder dans tes rues à la recherche du premier venu qui aura l'air mangeable.
« Pour nous, qu'est-ce que la pureté ? Qu'est-ce que l'idéalisme, monde ? Les entailles et les taillades de notre sang elles fendent les cieux de l'amour. Par conséquent ceci est notre histoire. Ce que vous appelez histoire et culture est la négation de notre sang qui gicle.
« Au revoir, Don Quichotte.
Les chiens hurlèrent.
Ce sont tes mots, ville. Pureté. Idéalisme. Ta vision est la vision de la fin du monde. Ton monde de propriétaires est le monde de la mort, hurlèrent les chiens.

Kathy Acker, Don Quichotte, Editions Laurence Viallet, trad : Laurence Viallet, P. 209-210.

mercredi 28 juillet 2010

Cache

Lorsque lundi le disque dur, précédemment crashé, ensuite extrait du MacBook et placé dans un boitier vierge, a décidé d'allumer ses loupiottes DATA et est apparu sur le MacBook de H. prêté pour l'occasion, les fichiers copiés de suite en priorité ont été les suivants (dans leur ordre d'importance) :

- 550 pages de journal quotidien non mis en ligne
- le fichier Livre des peurs primaires comprenant la totalité des 171 fragments écrits jusqu'à ce jour, y compris les 30 encore non mis en ligne
- le fichier Accident de personne reprenant les 130 fragments écrits jusqu'à ce jour, également éparpillés dans mes iPod / iPhone respectifs
- le fichier Prudhommes.rtf qui me servira vendredi a récapituler la procédure actuelle lors de mon entretien préalable a un licenciement 
- la dernière version de Coup de tête intitulée 18-07-10 (all) 3 qui contient les dernières corrections du texte

Depuis lundi : je respire. Depuis lundi : je fais des sauvegardes.

samedi 10 juillet 2010

Qu'est-ce qu'un logement. 66

q.gifEncore évolutif, le texte enfle : j'ai l'impression qu'ils enflent tous (ceux dont la méthode de composition choisie est le fragment, toujours). Parce que la question des murs je me la pose encore, parce que les murs je les traverse encore et les lâcherai jamais. Aujourd'hui le fragment 66 est une particule détachable, un trait d'union possible entre Qu'est-ce qu'un logement. et Prudhommes.rtf qui ne verra jamais le jour.
66

J'ouvre les yeux sur des murs pourtant toujours présents mais que je découvre. Des ombres et des paupières entre deux. Désormais seul dans cet espace connu par coeur je me demande encore s'il est mien, s'il m'a apprivoisé (ou bien l'inverse). Je regarde partout dans la pièce, même dans les coins, mais ne trouve pas la réponse. J'écoute sans croire et elle refuse d'y être.

Je me souviens d'une nuit passée entre ces murs : une nuit, une seule. Trop tard pour le dernier métro, trop tôt pour repartir. J'ai dormi trois heures dans un fauteuil en cuir. Est-ce qu'une nuit suffit à faire d'un lieu un lieu ? De transformer en murs les cloisons ? Est-ce qu'un lieu où on souffle, un lieu où on souffre, un lieu où ennuie, c'est pas aussi un lieu où on vit quand même ? Je regarde partout dans la pièce, même dans le coins, mais ne trouve pas la réponse.

lundi 5 juillet 2010

Symptomatique

Je suis pas triste parce que je perds mon boulot : je suis triste d'avoir à en chercher un autre. Rien n'est vrai, je peux pas encore en parler : disons simplement qu'un fichier nommé Prudhommes.rtf est apparu dans mes docs de travail. D'écriture j'entends.

Et je n'ai plus envie de lire : c'est symptomatique. Écrire, pas mieux. Ça va ensemble. Et c'est pile le moment chaud a négocier : faut enchainer tout de suite avec les relectures de Coup de tête 2 : faut pas attendre. Et faut foncer, foncer juste. Et j'ai que 24 ans bordel, 24 voire 22, c'est la rage que je devrais avoir, c'est violent que je devrais écrire et, pire, composer. Mais ce qui sort c'est juste du vide, du bon sinnlos en boite sans date de péremption. Je pensais que le taf c'était seulement alimentaire mais non : un bon moyen, 35 heures par semaine au moins, de me détourner de mon identité misérable.

Mais je bosse quand même. Je fais semblant. J'attends de voir filer ces deux derniers mois : ceux censés finir Coup de tête. En espérant ne pas les perdre et perdre encore du temps dans mes errances. En espérant reprendre demain le texte, le seul qui compte, et poursuivre imperturbable son épuration. Hier j'ai commencé. J'ai pas beaucoup coupé.

lundi 21 juin 2010

Die terrified

J'ai les yeux secs, caressés par la craie. La tête trainée par terre sur un terrain stabilisé. Des épines de suie suspendues sous les paupières. Scotchées à l'envers. Attendent que l'oeil cligne pour éventrer la cornée. La banlieue de banlieue défile : je cherche des métaphores : j'en trouve.

homereyes.jpg

Le mois de juin est glacial : même à pieds, de St Lazare à Porte de Clichy, une demi-heure, Mappy collé au nez, je sue des sueurs froides. J'ouvre la fenêtre en arrivant au bureau une demi-heure en retard. Mon t-shirt noir dit : « I'd rather die terrified than live forrever » et je le pense. Je ferme la fenêtre en allumant l'ordi. Une voix téléphonée m'explique que d'homme à homme on se comprend pas, que je suis sûrement pas, moi, sur le terrain, que je suis sans doute derrière un bureau, que le terrain c'est sûr je connais pas. Je réponds oui je suis derrière un bureau. Oui je mets des croix dans des cases. C'est comme ça. Pas la première fois qu'on nous sort que le terrain on connaît pas, qu'on vit vraiment dans le virtuel. Je sais pas quoi répondre. Mon terrain à moi, ben c'est l'écran. Voilà ce que j'aurais envie de répondre. À la place je réponds rien. Je réponds pire : soit, ok.

Repris ce matin Isidoro, d'Audrey Lemieux. J'explique à P. le truc du livre. C'est une vision fictive de Lautréamont, je lui dis, une version homosexualisée. C'est tout ce que tu retiens ?, il me demande. Et je réponds non : c'est ce que j'ai bien envie de retenir. Ensuite P. plus là répond plus rien. Le mot correct aurait plutôt été « vampirisée », en fait. Ailleurs le texte éclabousse un peu de sang sur la chemise du voisin d'en face (train fuyant dans la banlieue de banlieue) : peut-être pas du sang (d'ailleurs), plutôt de la fraise ou du sirop (de fraise). En face de lui qui pionce ça sent la naphtaline : ça veut dire que ça sent bien vieux, pas forcément la naphtaline : d'ailleurs comment décrire l'odeur inconnue ? : simplement juste ça sent bien vieux et je décide de le savoir : ça sentira la naphtaline.

Coup de tête aujourd'hui, demain, repose. Mercredi relire encore la partie 1 et puis trancher. Faudra finir avant fin juin, ensuite passer à la 2.

lundi 29 mars 2010

S.D.V.N.M.O.R.N.B.

1

Itunes au lieu de charger les playlists fraîchement extirpées du net choisit de les détruire. Je me retrouve au seuil de la porte sans aucun titre enregistré dans la machine. Le silence d'un lundi matin, bleu ciel ou pas, est insurmontable. Le chaos des gens qui vivent, autour, et empiètent sur moi m'agresse. Même sous le vacarme de la rame, ligne 14, trouver le moyen d'entendre ce corps opposé, cravate au col, miettes aux lèvres, qui mastique, racle trop loin la gorge, exhibe en bref salive et pulsations tout contre mon tympan à sec. À la place, autre jour, une playlist que j'aurais choisie moi-même aurait recouvert tout ce calvaire.

2

Quitté plus tard, boulot plus lent. Pot de départ d'un collègue muté à T. J'ai souri quelques fois, soufflé en choeur dans une langue de belle mère, dit bonne chance, bonne continuation. En lui tapant les doigts sur l'épaule, lui dire aussi qu'en lui réside tous les espoirs de la société s'il ne veut pas à son tour « couler la boite ».

3

Chaque traversée du couloir souterrain gare de C. réveille souvenir indistinct d'école maternelle. L'odeur du détergeant fait office de détente, madeleine mécanique inattendue. Rien d'autre ne vient, seul le souvenir de l'odeur qui reste déconnecté du reste. D'un souvenir à l'autre, il déclenche aussi l'image d'un soir à M., je ne sais pas quel âge j'ai ni pourquoi je ne dors pas dans la chambre où habituellement mon frère et moi dormons, où ma mère m'explique que je dois fermer les yeux avant « d'arriver à dormir ». Alors je réalise qu'il faut bien fermer les yeux pour dormir, et non pas s'endormir pour que les yeux se ferment, découverte qui renverse au moins le monde.

4

Je reprends sans rire le fameux Journal des activités migraineuses, échantillonnages de la douleur & tentatives de géolocalisation des crises, en poursuit les éternelles compilations de données fragmentées. Je constate que depuis quelques semaines la douleur évolue. Plus beaucoup de crises mais des douleurs régulières, moins longues, plus diversement localisées. Je ne cherche plus de cohérence dans ces douleurs ni d'origine. Je n'écoute pas H. qui me conseille encore de consulter. Je cartographie simplement l'évolution des sens. Je ferme les yeux dans les trains du retour. Consomme facile les Dafalgan par boite de seize. Je me persuade que ces douleurs sont peut-être liées au stress régulier qui m'habite, aux colères perpétuelles cultivées. Je me force à rester calme, calme, calme, plus que je ne pourrais jamais l'être. Je reprends sans le vouloir mes propres paris de mes 16 ans passés : aujourd'hui, promesse faite à moi-même, je ne serai désagréable, désagréable avec personne.

mercredi 3 mars 2010

Tétris

Je n'ai pas mis les bons verres, pourtant c'est les bons, peut-être un problème de pupille alors, ou de filtre directement déposé sur le panorama frontal. J'ai l'impression de marcher sur des tessons de bouteille, de flotter contretemps entre deux air. Le décor bouge mais ce ne sont pas des vertiges. Mon abonnement Publie.net se termine. J'ai émergé d'un rêve où la mort d'un anonyme remplissait tout l'écran : encore un deuil que je ne pourrais jamais connaître mais qui lui me traverse. Dans l'après-midi une voix téléphonique me dit « vous êtes merdique ». Moi perdu entre deux lignes tableurs sur mon écran, confondues puis retournées, brouillées déjà dans ma tête, je lui réponds « oui quelque chose », sans me débattre, signe que déjà je sais, j'avoue, j'assume, je suis merdique et toutes mes voix ont raison. Au retour je laisse le Pont de l'Alma me mener par le bout : je m'y perds, vaincu déjà par les microfictions. Je cherche ce que je lirai ensuite. Je n'ai pas trouvé. Sur l'Iphone je traque application utile pour dissiper l'ennui : existe en version payante 7.99€ un Tétris érotique où les corps s'empilent, ce qui me rappelle une scène particulière d'Heavy Rain, mais à l'envers. Hier je me suis dit peut-être écrire une fable où des corps tomberaient inanimés du ciel et il faudrait que tu les répares.

mardi 9 février 2010

Coming out d'écriture

Je n'ai jamais caché à personne que j'écrivais : alors mon titre est faux. Mais pas faux comme on croirait qu'il pourrait être : je détourne simplement les choses.


Au boulot tout le monde sait que j'écris : c'est à dire qu'ils ne savent rien. Je n'ai pas pris trente-six pseudonymes pour rien : j'ai toujours eu en tête l'idée de cloisonner les vies, les périodes : étant par exemple vendeur-éclair de librairie, il n'était pas question que je recommande un livre frappé de mon propre nom. Il en va de même pour les autres fragments de carrières que j'ai brièvement traversées, essayées, puis reposées.

Je travaille chez PdG depuis novembre : autrement dit je ne les connais pas, là-bas, je les côtoie, c'est tout. Ils n'ont peut-être pas à savoir ce qui s'écrit, ce qui se montre : je n'ai pas besoin d'une autocensure de plus entre les touches du clavier. Je ne les connais pas, d'accord : pas comme on pourrait penser, mais sept heures par jour je suis avec eux et sept heures par jour nous traversons des tempêtes ensemble. Tempêtes de bureaucratie pure, oui : mais tempêtes aussi.

Écrire, aussi, surtout, est prise de risque. En bloquant sciemment ce regard là je fais encore ce que je sais faire de mieux : je me retiens, je me protège. Contre quoi : ça je ne sais pas.

Là-bas on ne sait pas exactement ce que j'écris : lorsqu'on me demande, je résume simplement Coup de tête par « une histoire d'amputé cherchant sa main », mais je ne m'étends pas sur la question. Le laboratoire qu'est le blog, les fictions complémentaires et parallèles que j'éparpille : ça je n'en parle pas. Même 17h34 n'est officiellement qu'un « projet d'archives personnelles pour transformation de la vie privée en sanctuaire désespérant » : privé, lui aussi, de fenêtre sur cour, d'angle ouvert au public. Alors voilà comment on se construit soi-même sa propre petite coquille numérique : voilà comment moi je l'ai tracée, et voilà comment elle se développe.

Et maintenant, depuis Cyclososmia, depuis Publie.net, je serais une sorte d'auteur (je ne sais pas si j'ai le droit d'utiliser ce mot ?) : peut-être que c'est différent. Je pourrais ôter les verrous puisque j'écris, cette fois, sans italique : je prise de risque.

Il y a quelques mois coup de sang qui m'a conduit à supprimer d'un geste toutes les photos identifiables de mon compte Facebook et celles du blog : ne reste plus que les reflets incongrus quotidiens de mes 17h34 successifs. À la suite de cette pulsion frénétique, touche échap martelée, croisé F. pour une de nos trop rares conversations numériques qui m'avait dit : « tu me rappelles C. : son cauchemar est que l'on sache qu'il écrit ». Il est inutile de savoir ici qui est C. : moi-même, je ne suis plus très sûr de savoir, car je mélange maintenant les initiales amputées, ne retrouve plus toujours les corps auxquels ils correspondent. Peut-être que mon cauchemar est que l'on sache, non pas que j'écris, mais ce que j'écris : et peut-être que pour cette raison, sans italique encore, je prise le risque. Dois le prendre. Mais, comme à mon habitude, avec discrétion : discrétion méticuleuse : discrétion slash invisibilité.

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