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mercredi 3 mars 2010

Tétris

Je n'ai pas mis les bons verres, pourtant c'est les bons, peut-être un problème de pupille alors, ou de filtre directement déposé sur le panorama frontal. J'ai l'impression de marcher sur des tessons de bouteille, de flotter contretemps entre deux air. Le décor bouge mais ce ne sont pas des vertiges. Mon abonnement Publie.net se termine. J'ai émergé d'un rêve où la mort d'un anonyme remplissait tout l'écran : encore un deuil que je ne pourrais jamais connaître mais qui lui me traverse. Dans l'après-midi une voix téléphonique me dit « vous êtes merdique ». Moi perdu entre deux lignes tableurs sur mon écran, confondues puis retournées, brouillées déjà dans ma tête, je lui réponds « oui quelque chose », sans me débattre, signe que déjà je sais, j'avoue, j'assume, je suis merdique et toutes mes voix ont raison. Au retour je laisse le Pont de l'Alma me mener par le bout : je m'y perds, vaincu déjà par les microfictions. Je cherche ce que je lirai ensuite. Je n'ai pas trouvé. Sur l'Iphone je traque application utile pour dissiper l'ennui : existe en version payante 7.99€ un Tétris érotique où les corps s'empilent, ce qui me rappelle une scène particulière d'Heavy Rain, mais à l'envers. Hier je me suis dit peut-être écrire une fable où des corps tomberaient inanimés du ciel et il faudrait que tu les répares.

mardi 9 février 2010

Coming out d'écriture

Je n'ai jamais caché à personne que j'écrivais : alors mon titre est faux. Mais pas faux comme on croirait qu'il pourrait être : je détourne simplement les choses.


Au boulot tout le monde sait que j'écris : c'est à dire qu'ils ne savent rien. Je n'ai pas pris trente-six pseudonymes pour rien : j'ai toujours eu en tête l'idée de cloisonner les vies, les périodes : étant par exemple vendeur-éclair de librairie, il n'était pas question que je recommande un livre frappé de mon propre nom. Il en va de même pour les autres fragments de carrières que j'ai brièvement traversées, essayées, puis reposées.

Je travaille chez PdG depuis novembre : autrement dit je ne les connais pas, là-bas, je les côtoie, c'est tout. Ils n'ont peut-être pas à savoir ce qui s'écrit, ce qui se montre : je n'ai pas besoin d'une autocensure de plus entre les touches du clavier. Je ne les connais pas, d'accord : pas comme on pourrait penser, mais sept heures par jour je suis avec eux et sept heures par jour nous traversons des tempêtes ensemble. Tempêtes de bureaucratie pure, oui : mais tempêtes aussi.

Écrire, aussi, surtout, est prise de risque. En bloquant sciemment ce regard là je fais encore ce que je sais faire de mieux : je me retiens, je me protège. Contre quoi : ça je ne sais pas.

Là-bas on ne sait pas exactement ce que j'écris : lorsqu'on me demande, je résume simplement Coup de tête par « une histoire d'amputé cherchant sa main », mais je ne m'étends pas sur la question. Le laboratoire qu'est le blog, les fictions complémentaires et parallèles que j'éparpille : ça je n'en parle pas. Même 17h34 n'est officiellement qu'un « projet d'archives personnelles pour transformation de la vie privée en sanctuaire désespérant » : privé, lui aussi, de fenêtre sur cour, d'angle ouvert au public. Alors voilà comment on se construit soi-même sa propre petite coquille numérique : voilà comment moi je l'ai tracée, et voilà comment elle se développe.

Et maintenant, depuis Cyclososmia, depuis Publie.net, je serais une sorte d'auteur (je ne sais pas si j'ai le droit d'utiliser ce mot ?) : peut-être que c'est différent. Je pourrais ôter les verrous puisque j'écris, cette fois, sans italique : je prise de risque.

Il y a quelques mois coup de sang qui m'a conduit à supprimer d'un geste toutes les photos identifiables de mon compte Facebook et celles du blog : ne reste plus que les reflets incongrus quotidiens de mes 17h34 successifs. À la suite de cette pulsion frénétique, touche échap martelée, croisé F. pour une de nos trop rares conversations numériques qui m'avait dit : « tu me rappelles C. : son cauchemar est que l'on sache qu'il écrit ». Il est inutile de savoir ici qui est C. : moi-même, je ne suis plus très sûr de savoir, car je mélange maintenant les initiales amputées, ne retrouve plus toujours les corps auxquels ils correspondent. Peut-être que mon cauchemar est que l'on sache, non pas que j'écris, mais ce que j'écris : et peut-être que pour cette raison, sans italique encore, je prise le risque. Dois le prendre. Mais, comme à mon habitude, avec discrétion : discrétion méticuleuse : discrétion slash invisibilité.

mercredi 3 février 2010

Couloirs de fictions

1

Depuis que je bosse pour PDG je ne traite plus directement avec les clients, ça ne me manque pas. Les yeux perdus dans des tableurs à longueur de journée je n'ai contact avec personne sinon formules Excel =somme(L6:L12) et autres listes + pourcentage & moyenne statistique. Mon téléphone perso en ligne de mire, rarement utilisé, ligne fermée souvent, simplement décroché pour contact direct avec la chaîne de production pour préciser des évidences quand il en manque. Mais non, la voix des clients soufflée-outrée dans micro-casque ne me manque pas : me manque en revanche les montagnes de conneries balancées pour les calmer, détourner, perturber, les couloirs de fiction déversés à coup de casse transport + palette perdue + mauvais tracking + dysfonctionnement paroxystique transitoire pour masquer nos erreurs à tous, nos incohérences à tous, nos lacunes à tous : mais qu'au moins l'entreprise ne soit pas responsable des problèmes rencontrés. Des jours c'était : aujourd'hui je serai honnête avec tout le monde et sur tous les sujets, mais jamais j'y parvenais.

2

Un jour H. et moi partions pour trois semaines, voyage en transsibérien jusqu'en Chine, au moins. En train, assis, je rêve de train, je suis comme ça. Le poivrot à ma gauche me déborde et me presse contre la vitre glacée : il sent l'orange ou mandarine gelée.

3

Depuis ce matin 17h34 est de nouveau accessible : j'ai renseigné à la main le fichier conf défiguré il y a quinze jours. D'autres couloirs de fiction s'apprêtent à déferler.

4

Salon K., la dépressive me coiffe encore. Pas un mot du début à la fin, pas un sourire. Je sais bien que c'est une requête spéciale de ma part pour qu'on me foute la paix mais a-t-elle besoin d'être mutique à ce point ?

David Menear, Journal des sens vol 3.

lundi 7 décembre 2009

Prétérition

pdg.jpgJe ne parlerai pas de mon premier jour chez PDG car il n'y a rien à en dire. Je suis arrivé à l'heure, ai pris ma pause à l'heure, suis reparti à l'heure. Les yeux derrière l'écran, je sais faire. L'écran est grosso modo le même qu'avant, peut-être un peu plus grand, et les bureaux idem, plus spacieux sans doute, plus confortables. Les visages traversés sont les mêmes, ils ont simplement d'autres traits, mais derrière les traits les mêmes personnes, caractères, tics et syndromes. L'entreprise est la même, elle ne rend pas exactement les mêmes services, ne vend pas les mêmes produits. D'ailleurs que vend-on ? Je ne sais toujours pas. Pour moi les produits manufacturés, importés, dédouanés, expédiés, livrés, ne sont que des références informatiques que je dois classer dans des suites de tableurs sans fin. Je n'ai pas d'image, de nom, de fiche qui puissent me permettre d'en deviner leur usage ou leur utilité. Je ne connais pas même leur prix, simplement leurs poids, et le coût transport qu'ils représentent, de la Chine vers la France et de la France vers la France (parfois la Belgique, l'Italie ou l'Espagne, mais c'est rare).

Je ne parlerai pas de mon premier jour chez PDG, mes collègues sont les mêmes sans en être, ils me parlent, me surveillent et m'encadrent, veillent sur moi, je suis le petit nouveau, je suis celui qui assiste, je suis celui qui corvée, qui assume, qui dit oui. Mes collègues sont les mêmes, j'aurais tout aussi bien pu ne pas changer de boite, ça n'aurait rien changé, justement. Mes collègues sont les mêmes, me voient comme un extra-terrestre sans doute, un de ceux qui lisent et qui ne parlent pas, un de ceux pour qui l'ambition professionnelle et les bonus de fin d'année ne représentent rien, un de ceux pas comme nous qu'on aimerait bien connaître mais qu'on ne sait pas par quel bout accrocher.

Je ne parlerai pas de mon premier jour chez PDG, je suis parti à l'heure. Montre en main, chronomètre, afin de savoir exactement où être et à quel heure franchir tel ou tel point de passage : déterminer pour plus tard les standards de transport et horaires subis quotidien, afin de savoir, justement pour plus tard, comment rentrer chez moi, et surtout quand, et surtout quels délais. Je ne suis plus aux portes des Halles dans un bureau minuscule, je suis dans un bureau de taille respectable, dans le 17e arrondissement, aux portes de Clichy, qui possède d'ailleurs, entre autres, un micro-ondes : je n'aurais plus à faire la queue devant les fast-food et boulangeries hors de prix de la rue du L.. Mes trajets sont donc minutés et je teste aujourd'hui montre en main mon premier essai retour : quel temps à l'entrée du métro ? Quel temps à St Lazare ? Quel temps à Invalides ? Quel temps à Orsay ? Quel temps Austerlitz ? Quel temps Oberkampf ? Quel temps Gare de Lyon ? Mon but dans les couloirs de métro comme face à l'écran Ubuntu de mon ordinateur au bureau : rentabiliser au mieux mes déplacements, c'est à dire mon temps, c'est à dire de l'argent. Aujourd'hui : retour porte à porte une heure trente sept montre en main : peux mieux faire.

jeudi 19 novembre 2009

Broutille

L'entretien de lundi 14h30 reporté ce matin 10h, commencé 10h15 peut-être, « j'ai horreur de prendre mes rendez-vous en retard mais », arrivé rue P., Paris 17e, une demi-heure plus tôt, je lui ai serré la main, il m'a serré la main, m'a présenté à quelqu'un dont le nom lui est tombé des lèvres et s'est perdu en route, « notre directeur financier », nous a fait asseoir, je me suis assis, regard au sol trainé, ses mains sentaient fort le gel antibactérien parfum pomme poire et donc les miennes aussi. « Je reprends rapidement votre CV et... », on connaît la suite.

Correction : j'ai sonné à l'interphone (initiales de l'entreprise PDG, troisième étage gauche) à 9h50 au moins, peut-être 9h47, une voix m'a dit « on descend », la porte déverrouillée, m'a emmené à l'écart, trois numéros plus loin dans la rue P. sur la droite, de là cinéma fermé, ouvert quand même, une salle obscure allumée rouge, « merci de patienter une minute, je vais chercher mon collègue et... », est reparti, m'a laissé dans cette grande salle vide. Appareil sorti entre deux yeux cachés : photo, photo, photo. Au fond, lettres détachées sous l'écran derrière le rideau : Défense de fumer. Il est revenu 10h15, 14 peut-être « j'ai horreur de », etc.

cinema.jpg

« On ne peut pas recevoir au bureau, la salle de réunion est occupée », j'ai dit bien sûr, mais ne suis pas dupe, s'agit là d'une fiction orale, le bureau n'étant sans doute pas assez présentable pour y accueillir un entretien, j'apprends au fil des mois à parler cette langue. Plus tard m'explique que ce cinéma dans lequel nous nous trouvons, allée déserte entre nos deux sièges rouges, face à face de trois quarts, directeur financier derrière, appartient à l'actionnaire majoritaire de PDG, lequel « possède le quartier ». Crâne secoué, acquiescement bête. « C'est plus pratique comme ça ».

Pas une fois son regard dans le mien, toujours en travers ou à côté, mais des croquis sur le papier, bien expliquer l'organigramme de l'entreprise et l'imbrication des sociétés les unes dans les autres. « Comment voyez-vous votre rôle dans l'entreprise ? » J'aimerais répondre que ma tâche préférée est celle « d'assister » : j'assiste particulièrement bien tout ce qui nécessite mon assistance, mais maquille ma réponse qui se détache dans des mots aléatoires : à force de répétition ces mêmes mots s'épuisent : répétez après-moi : assister, assister, assister, assister... Un pauvre imbécile secrétaire, je résume. Je suis, fidèle, le manuel du parfait postulant. Je suis souriant. Je suis disponible. Je suis motivé. Je travaille en équipe. Je mens sans sourciller.

On me décrit le poste mis en jeu et je m'y retrouve. Je me suis toujours senti à ma place dans la non-importance, mieux encore dans le vide d'entre deux chaises ou bureaux. « Ne pas croire qu'il n'y a pas possibilité de progresser dans l'entreprise, au contraire », mais ça ne m'irait pas. Je préfère le temporaire, l'indéterminé me rassure et le kleenex me va comme un gant.

Il traverse ses croquis, tourne les pages, tourne les yeux entre les sièges de l'allée voisine et l'écran. Je ne comprends pas réellement de quoi il parle, mains agitées pomme poire autour de lui, mais fasciné par sa propre passion pour du vide, ou ce que je crois être du vide, je l'écoute. Croquis, flèches, schémas. Slogans, modèles, business. Ces choses là je n'y suis pas. « C'est excitant de faire partie d'une équipe qui démarre, tout reste à inventer ». Absolument. Lui au moins est passionné par quelque chose qui ne se défait pas une fois tournée la tête : je l'envie, aimerais qu'un contact entre nous intervertisse nos personnalités et nos yeux : attendre que ce contact tombe sans pour autant y croire.

« Je crois que nous avons fait le tour. » On a fait le tour. « Nous vous tiendrons au courant. » J'attends votre appel. Poignée de mains pomme poire. « Avez-vous d'autres questions ? » Silence. Je n'ai simplement pas compris, au juste, quel genre de produits vend PDG et quel est, réellement, son utilité, mais broutille.

lundi 9 novembre 2009

Assistanat

anpe.gifAutre annonce, elle appelle d'autres perspectives : Au sein de la *** rattaché directement à la direction du *** de l'entreprise ***, vous contribuerez à la meilleure circulation des flux physiques et financiers des marchandises dans les respect des législations, des stocks et assisterez le responsable. Vous possédez une bonne maîtrise de l'outil informatique (traitement de texte, Excel) ainsi qu'une bonne capacité de rédaction. Vous savez gérer les priorités et prendre des initiatives. Vous savez faire preuve de rigueur, disponibilité, dynamisme et souplesse. Vous possédez une expérience solide dans le secrétariat et respectez scrupuleusement les procédures de l'entreprise. Vous êtes docile, vous obéissez aux ordres de votre supérieur. Vous exécutez. Vous décidez de répondre à cette annonce en précisant votre parcours et vos coordonnées. Vous lustrez votre CV, barricadez votre lettre de motivation. Motivé, justement, vous l'êtes à l'idée de travailler pour une entreprise telle que la nôtre. Vous décidez de parler autour de vous de cette candidature en la qualifiant de vous même de « plutôt bonne opportunité ». Vous vous dîtes « prêt à aller au bout de votre projet pour décrocher un entretien et, peut-être, au-delà, le poste lui-même ». Vous ouvrez votre boite aux lettres électronique toutes les cinq minutes pour vérifier si une réponse n'est pas déjà tombée. Vous contrôlez aussi le dossier « courrier indésirable » car vous savez qu'un mail d'un interlocuteur inconnu peut être maltraité par votre messagerie. Vous rechargez votre téléphone portable et appelez régulièrement votre messagerie vocale, ainsi que celle de votre téléphone fixe, à côté duquel vous n'êtes pas toujours en attente et qui aurait tout aussi bien pu sonner durant votre absence. Lorsque vous sortez, votre téléphone est rangé dans la poche droite de votre pantalon, car c'est à cet endroit que vous pourrez au mieux le sentir lorsqu'il se mettra à vibrer, « contre toute attente ». Vous perdez patience. Vous commencez à croire que cette réponse ne viendra jamais et que notre entreprise ne vous contactera pas, que vous avez manqué votre chance et qu'il était déjà trop tard lorsque vous avez postulé : le poste était peut-être déjà occupé. Vous regrettez d'avoir fait part si vite de votre enthousiasme à vos proches et redoutez les prochaines conversations que vous aurez avec eux, notamment celles où vous leur avouerez que « finalement ça n'a pas marché ». Vous vous dites que le chômage et la crise n'arrange pas vos affaires et que jamais plus une telle opportunité ne se présentera, que vous êtes finalement un bon à rien, incapable de trouver le moindre « petit boulot » et qu'à présent que les loyers s'enchaînent et que les dépenses augmentent, il ne vous reste plus d'autre espoir que la fuite, vivre une nouvelle vie, une vie de ruines et de rues, une vie que l'on appelle tout bas « de clodo » et, tout haut, « de sans domicile fixe », somme toute une vie de pauvre, au mieux ; au pire de « marginal ». Vous êtes au bord du gouffre. Vous ne savez plus vers qui vous tourner. Vous avez honte de votre condition d'assisté, de profiteur de la société, de moins que rien. Vous êtes maintenant à point ou, comme nous aimons le dire nous même, « à notre merci ». Votre téléphone sonne. Cela fait longtemps que cette histoire d'annonce ANPE vous est sorti de la tête, votre téléphone gît, déchargé, à l'autre bout de votre appartement. Un message est laissé. Vous l'écoutez. Votre candidature a été retenue, vous explique la voix suave et ferme de notre entreprise, vous êtes sommé de rappeler tel numéro au plus vite afin de fixer un rendez-vous pour votre entretien. Vous avez bien entendu. « Votre entretien ». Vous vivez à présent un rêve éveillé. Vous ne savez plus qui remercier dans l'euphorie de votre bonheur. Vous rappelez illico le numéro annoncé. Votre taux d'adrénaline n'en finit plus de battre. La sonnerie retentit. Bientôt une voix s'ouvrira à votre désir. Notre entreprise vous tend les bras. Cela ne fait que commencer.

mardi 3 novembre 2009

Perspectives (d'emploi) #9

Une foule d'opportunités professionnelles m'attend, je n'ai qu'à tendre la main (mais laquelle ?).

anpe.gif
LIVREUR/LIVREUSE DE PIZZAS H/F
(Code Métier ROME 43113)
VOUS LIVREREZ LES PIZZAS EN SCOOTER ET LES ENCAISSEREZ. POSTE A TEMPS PARTIEL, LES HORAIRES SONT A DEFINIR AVEC L'EMPLOYEUR. Type de contrat
CONTRAT A DUREE INDETERMINEE
Nature d'offre
CONTRAT DE TRAVAIL
Expérience
DEBUTANT ACCEPTE
Formation et connaissances
AUCUNE FORM SCOL SOUHAITE(E)
Qualification
Employé non qualifié
Salaire indicatif
HORAIRE 8,82 Euros (57,86 F)
Durée hebdomadaire de travail
20H00 HEBDO

AGENT SPECIALISE DE PISTE H/F
(Code Métier ROME 44314)
VOUS ASSUREZ LE PLEIN DE FUEL DES A VIONS, LE RAVITAILLEMENT EN EAU POTABLE ET LA VIDANGE DES EAUX USEES, POSSIBILITE D'EVOLUTION (POUR POSTE D'AGENT DE TRAFIC) AVEC FORMATION. POSTE A TEMPS PARTIEL AVEC EVOLUTION(HORAIRE DECALE) POSTE A POURVOIR A ORLY
Type de contrat
TRAVAIL INTERIMAIRE DE 3 MOIS
Nature d'offre
CONTRAT DE TRAVAIL
Expérience
SOUHAITEE DE 1 A 3 ANS
Qualification
Employé non qualifié
Salaire indicatif
MENSUEL DE 1 400 A 1 500 Euros (9 183,40 A 9 839,36 F)
Durée hebdomadaire de travail
15H00 HEBDO HORAIRES VARIABLES

MONTEUR/MONTEUSE FILM H/F
(Code Métier ROME 21227)
PRODUCTEUR DE FILMS DESTINES A LA COMMUNAUTE GAY ET RESERVES AUX ADULTES. POSTE A PLEIN TEMPS OU TEMPS PARTIEL. INTERMITTENT OU SALARIE. BONNE CONNAISSANCE DE FINAL CUT ET ADOBE PREMIERE.
Type de contrat
CONTRAT A DUREE INDETERMINEE
Nature d'offre
CONTRAT DE TRAVAIL
Expérience
SOUHAITEE DE 1 A 5 ANS
Qualification
Technicien
Salaire indicatif
MENSUEL DE 1 500 A 2 000 Euros (9 839,36 A 13 119,14 F)
CHEQUE REPAS
Durée hebdomadaire de travail
39H00 HEBDO

VENDEUR/VENDEUSE EN LINGERIE FEMININE A DOMICILE H/F
(Code Métier ROME 14223)
STATUT VDI(VENDEUR INDEPENDANT)APRESUNE FORMATION AUX PRODUITS DE 1H30 PAR SEMAINES,VOUS POURREZ A TEMPS CHOISI EN PARALLELE A VOTRE ACTIVITEPRINCIPALE, VENDRE EN REUNIONS NOS PRODUITS.VOUS APPRENDREZ A GERER VOTRE TEMPS ET A PROSPECTER UNE CLENTELE POUR L'ENTREPRISE CHARLOTT'
Type de contrat
PROFESSION COMMERCIALE
Nature d'offre
EMPLOI NON SALARIE
Expérience
DEBUTANT ACCEPTE
Qualification
Employé qualifié
Salaire indicatif
%TAGE SUR LES VENTES REALISEES
PORTEUR/PORTEUSE H/F
(Code Métier ROME 11141)
MISE EN BIERE JUSQU'A INHUMATION. ASTREINTES DE NUIT POUR LES MISSION DE REQUISITION. TENUE ET PRESENTATION SOIGNEES. CAPACITE AU PORT DE CHARGES LOURDES.
Type de contrat
CONTRAT À DURÉE INDÉTERMINÉE
Nature d'offre
CONTRAT DE TRAVAIL
Expérience
DÉBUTANT ACCEPTÉ
Qualification
Employé non qualifié
Salaire indicatif
MENSUEL DE 1450 A 1451 EUROS SUR 12 MOIS
CHÈQUE REPAS+MUTUELLE
Durée hebdomadaire de travail
37H HEBDO

Demain je me suis fixé comme objectif d'envoyer dix lettres de motivation au hasard de mes courses internet, soit le double des lettres envoyées jusque là depuis fin août et qui n'ont rien donné. Suite à l'actualité concernant le CV anonyme j'ai décidé de prendre de l'avance et de n'envoyer qu'un code-barre. Dans la partie « expérience professionnelle » j'ai indiqué comme donnée : Dossier vide, 512 MO de libre.

vendredi 16 octobre 2009

Sens unique

La touche zéro de mon téléphone ne fonctionne plus, n'a jamais réellement fonctionné, cela fait des mois que je ne peux plus ajouter de nouveaux contacts à mon répertoire autrement qu'en trichant, en en copiant d'autres, en modifiant les chiffres qui suivent, gardant le zéro introducteur. Si le numéro que je souhaite ajouter possède un autre zéro en plus dans le corps, en revanche, ce n'est pas possible, raison pour laquelle, sans doute, je n'enregistre plus de nouveaux numéros dans ma mémoire, je ne garde que les anciens contacts. A présent le zéro n'est plus la seule touche défectueuse : le trois ne répond plus, la touche de direction haut et la touche de sélection gauche également, celle qui permet les annulations, les retours arrière. Une fois engagé dans l'ouverture d'une nouvelle fiche contact, me rendant compte qu'il ne m'est plus possible d'ajouter le numéro souhaité, je ne peux plus revenir en arrière. L'écran reste figé dans la création d'une fiche qui ne verra jamais le jour, ne se met pas en veille, jusqu'à ce qu'un événement autre vienne bousculer la carte du téléphone, à savoir : un appel, une alarme, un texto, une extinction des batteries. J'en viens à souhaiter ne jamais plus rencontrer de nouveaux corps, donc de nouveaux noms, susceptibles d'être ajoutés dans la mémoire de mon téléphone, j'en viens à souhaiter de ne plus jamais rien bousculer de cet agenda qui n'en est pas un et qui ne retient plus que du vide. Je peux le dire – l'écrire – maintenant ça suffit, je connais assez de corps. Pas un de plus.
Aujourd'hui texto de X. qui souhaite me voir au salon de la revue, où je ne suis pas, donc décline. J'aimerais lui dire que je ne suis pas de ceux qu'on rencontre, car on n' sempe3.jpg a aucun intérêt à me rencontrer, aucun intérêt réellement, il ne vaut mieux pas, mais me retiens pour ne pas avoir l'air. De quoi, ça je n'en sais rien.
Demain éplucher à nouveau toutes les fiches de paye reçues depuis un an jusqu'à août, débusquer la moindre fraude, soupçonner le moindre chiffre : qu'avant de revenir à la charge auprès d'eux pour récupérer l'argent qu'ils me doivent je puisse au moins avoir une idée précise de l'ampleur des dégâts, savoir si je me suis réellement fait – pardonnez l'expression – enculer par l'entreprise ou si c'est une erreur de calcul, une mauvaise virgule mentalement déplacée.

jeudi 8 octobre 2009

Re : Devis

Retrouvé dans mes archives, daté du 8 juillet, période où les soldes atteignent un pic d'appels et commandes, période parallèle où mon dégoût profond pour l'humanité toute entière, lui aussi, suit une courbe ascendante qui ne veut plus redescendre. Enregistré dans les brouillons de mon mail anciennement professionnel, à présent futur-ex-tout, toujours pas déconnecté, qui continue de se remplir malgré les semaines écoulées.
Bonjour Madame I.,

Suite à nos récents échanges je reviens vers vous concernant votre dernière demande de devis envoyée à mon intention pour une livraison X. rue de etc. dans le 94. Après vérifications les références PB802-X44-DOM-L et PFO1005-000-460 sont bien disponibles en stock en quantité suffisante pour pouvoir honorer cette commande. Les délais de livraison concernant ces articles seraient, conformément à ce qui est indiqué sur notre site, de quatre à six semaines.

Malheureusement et malgré votre demande je ne peux à l'heure actuelle vous envoyer ce devis pour les raisons énoncées ci-après. Lors de vos deux précédents achats sur notre site vous m'avez eu pour interlocuteur depuis l'enregistrement de la commande jusqu'à l'accomplissement de la livraison en passant par les diverses difficultés d'expédition ou de transport que nous avons rencontrées. Par deux fois j'ai traité personnellement votre dossier jusqu'à sa résolution totale et je me félicite des issues heureuses et des compromis que nous sommes parvenus à trouver malgré nos divergences. Après vérifications en interne auprès de mon responsable, la prise en charge de vos deux commandes et les dossiers litiges qui y ont été rattachés ont nécessité 213 minutes d'enregistrements informatiques, rédactions d'emails et courriers, argumentations et dialogues téléphoniques et déplacements à la Poste pour envoi des diverses pièces détachées ou échantillons réclamés à l'époque. Après analyse de ces chiffres et comparaison avec notre moyenne de temps accordé par dossier sur l'ensemble de l'année 2009 mon responsable et moi-même avons pris la décision de ne pas poursuivre notre relation commerciale actuelle. C'est la raison pour laquelle je ne peux accéder à votre demande d'enregistrement d'une nouvelle commande sur notre site. Nous nous réservons le droit de sélectionner nos clients en fonction de critères qui nous sont propres et refusons dorénavant de recevoir votre argent : comparées aux efforts et au temps dépensés sur vos précédents dossiers, les marges réalisées sur vos commandes précédentes ne sont pas suffisantes pour nous permettre de vous proposer à nouveau nos services ; il est à présent avéré qu'une relation commerciale avec vous n'est pas rentable.

Par conséquent et conformément aux éléments précédemment énoncés, je vous demanderai de ne plus nous contacter pour quelque raison que ce soit. Votre numéro de téléphone ayant été blacklisté par nos serveurs, vous ne pourrez plus nous contacter par le biais du standard habituel du service client. Vos emails seront automatiquement classés en courrier indésirable à compter d'aujourd'hui et votre compte client a été désactivé ce matin. Je vous prierai donc de bien vouloir vous abstenir de rentrer en contact avec nous à compter de ce jour. Dans le cas d'un litige futur concernant nos accords ou transactions précédents, merci de nous contacter uniquement par le biais d'envois postaux en courrier recommandé, comme le préconisent actuellement les articles de loi régissant la vente à distance.

Le refus d'enregistrement de votre nouvelle commande et l'arrêt immédiat de toute relation commerciale avec vous ne nous forcent pas pour autant à nous désintéresser de la suite de vos achats dans notre secteur. Ainsi, afin de vous aiguiller au mieux et de ne pas vous décourager de la vente sur internet, nous vous recommandons chaudement à nos concurrents actuels dont vous trouverez une liste exhaustive en annexe. Ceux-ci sont tous dotés de services client compétent qui pourront sans doute, du fait de leur meilleure organisation et leur plus grosse densité d'effectifs, mieux gérer vos dossiers futurs.

En vous souhaitant malgré tout une bonne journée et une bonne continuation pour la suite veuillez recevoir, Madame, l'expression de mes sentiments distingués.

Cordialement,

Guillaume Vissac

mardi 29 septembre 2009

Réclamation SDTC [6612]

J'imagine que la fenêtre est la même que la mienne, quelques semaines plus tôt, ouverte sur écran et logiciel embarqué d'un autre âge. Les onglets du haut sont anglais sans doute et le titre dit Réclamation SDTC suivi d'un numéro de dossier attribué arbitrairement par la technique. J'imagine que la personne issue du service comptabilité qui remplit ce dossier dont nous parlons tant est un visage semblable au mien, qui cherche à trouver les mots sans les avoir, à brasser de l'air en feignant le concret, à donner des délais tout en dégageant d'autres points de fuite. Si j'en crois l'expérience de mes quelques mois passés là-bas, la face ouverte de ce fameux dossier censé être le mien doit ressembler à quelque chose comme ça. Au-delà, les conversations des ombres argumentant qu'on « manque de cash » et qu'on « n'est pas à un mois prêt ».

28/08/09 : Fin de contrat du salarié. Restent X jours de congés non pris et dernier mois de salaire.

04/09/09 : Appel ex-salarié pour informations sur le versement du dernier mois de salaire : virements en retard de la comptabilité pour tous les salariés, virement prévu le 07/09.

08/09/09 : Appel ex-salarié suite non versement du dernier mois de salaire. Finalement versement groupé avec solde de tout compte prévu sous peu.

11/09/09 : Relance par mail.

16/09/09 : Relance par mail.

18/09/09 : Message téléphonique et relance par mail. Mise en copie du responsable d'enseigne et directeur financier.

25/09/09 : Relance par téléphone plus énervée, « somme importante », « nécessité de », etc. Ok pour versement du total dès fin du mois, maximum début octobre. Degré de d'importance du dossier modifié de « Bas » à « Normal ».

mercredi 16 septembre 2009

Sinnlos #2

Je ne me suis pas encore habitué à mon nouveau rythme (c'est à dire non-rythme) d'inactif. Même déconnecté moins dix, mon réveil sonne toujours mentalement sur le coup des 6h34 et sur le coup des 6h34 je me tourne vers lui pour lire l'heure en rouge sur noir. Ma première pensée du matin va à ces jours que j'aurais pu vivre avec des si ou en partant du principe que. Puis généralement je me rendors. 

Plus tard, mêmes pensées parallèles, horaires différents. Les jours de la semaine se confondent un peu, mais la machine à si les propulse, réels, vers leur ancienne identité. Je m'imagine lundi arrivé plus tôt au matin, repartir plus tard, les appels se succédant. Vendredi arriver plus tôt aussi, repartir plus tôt, en week-end au cœur de la foule souterraine. Le matin les appels pleuvent, les après-midi construisent des galeries entières de fichiers, dossiers et archives. Le téléphone sonne, parfois je décroche le sourire professionnel aux lèvres, la réplique toute prête à la bouche (puis me ravise). Il m'arrive de me rendre de temps à temps sur leur site pour voir comment évoluent les gammes et produits maintenant que je ne suis plus là pour les suivre au quotidien. J'ai ouvert mon ancienne boite mail ce matin, anciens identifiants, mots de passe, toujours valides, archives et dossiers en cours qui s'accumulent. J'imagine que mon remplaçant, ma remplaçante, prendra le relais des affaires courantes. Celle-ci peut-être pas.  Mail tatoué gras en haut de la page sans aucun titre. Je l'ouvre. Je reconnais vaguement le nom de celui qui me l'envoie sans pour autant retrouver précisément quelle affaire le concerne. Le corps du message est bref et sans ponctuation :  M. V. vous êtes un personnage malhonnête et je vais porter plainte contre vous

Autre horaire indiqué qui me rappelle à mon ancienne vie : j'ai gardé  la sonnerie quotidienne du 17h34 malgré la rupture d'objectif dont a été victime mon Kodak il y a quinze jours. Je l'ai gardé  enregistrée entre circuits pour pouvoir encore imaginer la photo qui aurait pu m'être imposée si jamais, etc. Je les garde en tête deux jours, trois peut-être et elles s'évanouissent. Je me demande, au même moment, quel cliché exactement embrasse le clone de X. censé me remplacer dans ma tâche et dont je n'ai plus la moindre nouvelle. Deux clichés différents mais similaires se superposent l'un à l'autre entre deux images cristaux liquides d'une quelconque représentation télévisuelle ou vidéoludique. Les calques s'appliquent et se défont et puis j'oublie. 

Le soir je vois rentrer les trains. A heures fixes ils défilent. Je me dis : si on est mardi je suis (c'est à dire un autre moi-même parallèle au premier, parfois superposé) dans celui-là. Si on est hier (c'est à dire lundi, c'est à dire avant-hier) je serai dans le prochain. Parfois le prochain se perd, je crois comprendre qu'il est annulé. Alors je suis certainement quelque part entre Gare de Lyon et C. et j'attends le suivant. Quoiqu'il arrive, quelqu'un, quelque part, attend le suivant, ces choses ne changent pas.

vendredi 28 août 2009

Kreuznach

Mon appareil photo cassé aujourd'hui met fin aux quelques mois de 17h34 – une photo quotidienne à la même heure de ce qui me fait face au moment où, mis en ligne sur blog parallèle – rideau. La dernière photo sera sans doute noire car elle n'a pas pu se faire. L'objectif s'est ouvert après allumage puis écran noir alors refermé. Le clic a bien retenti, mais derrière aucun cliché n'a été conservé. Un autre train est parti sans photo pour le capturer.



Aujourd'hui dernier jour de mon contrat qui, officiellement, se termine demain. Je suis resté devant mon écran comme les autres jours à attendre que les heures s'épuisent. Je les ai vu préparer un petit quelque chose pour mon départ (« tu peux encore rester tu sais nous on a besoin de toi ici », petit sourire en coin, roulement d'épaule, non merci je m'en vais). Comment se faire à l'idée même de l'indéterminé ? Moi je ne peux pas, donc restons-en là. La petite fête préparée pour mon départ a lieu un peu après la fin de ma garde (standard). Je leur dis une seconde je descends je reviens, prétexte bidon trouvé par terre. J'ai pris toutes mes affaires avec moi et j'ai filé. La petite fête sans moi et j'ai fermé mon portable. J'ai toujours préféré partir par la fenêtre, pendant que personne ne regarde, je me laisse disparaître et on ne s'en aperçoit pas. Et puis les fêtes, même organisées en mon honneur, ne me concernent pas.
Entre les tempes toujours Les chansons d'amour qui me flinguent et bouleversent à la fois. Les personnages du film continuent à vivre MP3 et je suis triste de ne pas être eux, lui ou lui, encore une fois. Le rien n'est suffisant revient et pointe à chaque chanson traversée.
Un peu plus tôt ce matin, aperçu à nouveau le sosie de X. qui n'est pas vraiment lui (vérifications faites auprès du X. réel), que j'ai déjà croisé hier dans le métro. Aujourd'hui également, attendait pour le même train, même poteau, même wagon. Ensuite même correspondances, mêmes arrêts, destinations. Il est allé au delà de mon terminus, continuant un peu vers le nord, sans doute le croiserais-je encore dans les jours à venir. Mais il n'est pas X. Probablement une version parallèle de moi-même ou de ce que j'aurais pu être. Nous pourrions peut-être, un jour ou deux, une semaine, un mois qui sait, s'échanger nos parcours mutuels, et par conséquent nos vies, je serais lui et lui serait moi, ce pourrait être rafraîchissant. A ce moment là je lui confierais la tâche de poursuivre 17h34 et il portera les quelques centaines de photos manquantes lui-même, sans moi, je me contenterais de les regarder de temps à autre, au fur et à mesure de leur mise en ligne. Et je verrais ma vie telle qu'elle aurait pu être (ou telle qu'il croirait qu'elle devrait être, ce qui n'est pas tout à fait la même chose).

jeudi 20 août 2009

Lynché

Bureau vidé pendant la nuit, ne reste qu'une planche branlante posée sur des tréteaux contre le mur du fond. Derrière il est écrit (tag noir sur toute la largeur) : NEVER INSTALL TELEPHONE WIRING DURING A LIGHTNING STORM. Sur la planche un ordinateur qui n'est pas le mien, quelques documents. Je suis seul, la porte laissée grande ouverte et la surface parquet trop lisse au sol, quelques moutons roulent contre les plinthes, la cuisine vidée elle aussi et les montagnes de dossiers, casiers, factures, ont disparu dans la nuit. Une chaise pliante contre le mur à déplier, le téléphone bientôt se remettra à sonner. Sur les tableaux Véléda accrochés au mur, quelques inscriptions gravées sur la surface : des mots, des heures datés 2008, des délais depuis longtemps expirés. Les affiches aux murs ont aussi disparu. J'allume l'ordinateur : l'électricité fonctionne encore. Internet toujours valide via routeur posé derrière. Comme dans un rêve où j'ignorerais tout de ma tâche supposée (rêve et réalité, parfois, se confondent et s'inversent tellement qu'au fond il devrait être possible de pouvoir créer, ici ou ailleurs, des semi-fictions, afin de ne plus douter des cases à remplir et catégories à cocher lors de l'archivage des idées, pensées et impressions). Un homme entre et se pose devant moi, bonjour m'sieur vous partez ? signez-là s'il vous plaît merci m'sieur au revoir, il repart, me laisse entre les mains des documents TNT que je ne sais pas où classer. Les étiquettes sur la pochette, fond orange, sont écrits en chinois, en chinois littéralement. Une femme entre et se pose devant moi, quand est-ce putain que vous aller répondre au téléphone ? quand ? et je lui dis mais enfin le téléphone ne sonne pas, l'ordinateur est bloqué sur mute, je n'ai pas vu les appels défiler, je ne comprends pas comment elle, déjà absente et repartie, au juste, a pu les entendre à ma place, la femme remonte, venez voir il y a un braquage et elle sourit pour montrer que c'est une bonne nouvelle, oui, une bonne nouvelle, puis ressort comme elle était entrée, porte grande ouverte encore, je me poste à la fenêtre, vue plongeante sur la scène, une autre femme sortie de sa décapotable menace un groupe de convoyeurs de fond, elle gueule qu'est-ce que vous foutez bande de trous du cul ?! et les agents en arme recroquevillés à l'intérieur du camion ne sortent pas, et la femme gueule encore espèce de bande de fils de pute, elle se retourne, ce n'est pas un flingue qu'elle tient entre les mains mais son téléphone portable, elle se plante au milieu du carrefour et prend des photos Iphone, peste des mots inaudibles car chuchotés seulement, tape dans son pare choc arrière, l'un des convoyeurs regarde par la vitre blindée, une main sur son arme de service, la femme prend d'autres photos, sa décapotable enfoncée sur l'aile gauche et l'aile droite engloutie contre la barrière plastique qui protège les travaux, le boulevard est gorgé de travaux depuis des mois, les klaxons se déchaînent, seuls les scooters parviennent à se faufiler, la femme appelle quelqu'un sur son Iphone et dit putain c'est pas possible puis elle raccroche, allume une cigarette, robe d'été petites fleurs au col, attend contre les barrières, les convoyeurs de fond sortent du véhicule, arme entre les doigts à la ceinture, ils disent madame qu'est-ce qu'il se passe ici, et la femme ne répond rien quoi qu'elle puisse en penser, ils regardent ensemble les dégâts sur l'aile de la décapotable et celle, intacte, du camion et voilà qu'on se gratte l'arrière de la nuque à répétition. Un coup de téléphone affiché privé sur mon portable, je décroche, une voix brouillée que je connais peut-être mais situe mal me demande est-ce que les documents sont arrivés. Je réponds oui, un colis TNT est arrivé tout à l'heure, la voix demande qu'est-ce que c'est, je lui réponds j'en sais rien, c'est écrit en chinois, et je me retiens de lui préciser que les lettres imprimées sont des caractères chinois, je ne voudrais pas qu'il croit que je parle par métaphore, je me rattrape en lui lisant les caractères intelligibles, c'est à dire le plus souvent des chiffres, que j'enchaîne à voix haute sans trop savoir ce qu'ils désignent et je lui dis c'est bon ? et il ne répond pas, pas tout de suite, ensuite seulement il me dit d'autres documents vont arriver, il faut absolument que tu sois là pour les récupérer, appelle-moi lorsque tu les auras et je viendrai vous chercher, ok ? Et il raccroche sans m'avoir donné l'occasion de lui demander son numéro de téléphone, car sans doute croyait-il que je l'avais identifié, ce qui est faux, et sans doute par conséquent dois-je le connaître, d'une façon ou d'une autre, probablement que j'ai son numéro de téléphone quelque part, simplement je ne peux pas appeler tous mes contacts pour leur demander s'ils sont bien la voix que je viens d'avoir à l'instant pour une histoire de documents chinois, n'est-ce pas ? Je me demande aussi si par "vous chercher", il entendait moi et quelqu'un d'autre, quelqu'un qui ne se trouve ici nulle part et qui peut-être est censée nous, me rejoindre, ou bien moi et les documents, précieux documents que je n'ai pas en totalité et dont j'ignore et l'origine et l'usage. Quel choix puis-je bien avoir ? Je m'assois à côté de mon téléphone, le vrai, le mien et le téléphone métaphorique qui s'affiche déstructuré sur mon écran. Ce n'est même pas mon écran, me dis-je, puis le reste suit son cours et moi je suis là à attendre. La voix rappelle, numéro masqué toujours, me demande tu as mangé ? je réponds non, bien sûr, les documents sont, mais il me coupe, ok, ok, il fait, maintenant le plus important : ne mange pas, puis il raccroche, tonalité dans l'écouteur, on frappe, y a quelqu'un ? je réponds oui par ici, au fond, et le type se rapproche, j'ai un colis pour XXX, je dis oui, ok, je viens, je signe, vous avez un stylo ?, et je signe papier puis écran et au revoir, bonne journée, c'est un tout un cortège d'inconnus en chasuble qui quitte mon bureau : mon bureau, c'est à dire celui qui ne sera très bientôt plus le mien. Le téléphone sonne à nouveau. Tu as les documents ?, je lui fais oui. Il me dit maintenant rejoins-moi, note : la ligne X puis changement Z à Y, direction B par A sur C, rue F, numéro D, le digicode est, etc. Il me demande de lui amener les documents et ce qu'il reste au bureau. Ce qu'il reste ? je fais, tout ? Il me dit tout, tout ce qui dépasse, et raccroche. Je prends deux sacoches harnachées dans mon dos, deux sacs et cartons, j'y entasse tous les documents, ordinateurs, téléphones, routeurs, câbles, tout ce qui traîne encore dans le grand bureau vide et sort, direction la ligne X, je me traine péniblement entre les boyaux souterrains, je ne passe pas tous les portiques, trop de bagages derrière moi, les yeux sur moi tombent et me défigurent comme si je portais malgré moi les bacilles buboniques d'une peste encore à venir, nouvelle souche non encore éclatée, ce qui n'est d'ailleurs pas totalement impossible, ces dossiers et colis chinois n'indiquant pas leur contenance, pas dans une langue intelligible en tout cas. Je continue ma course et m'étale sur un siège du métro, la sueur du jour accumulée dans le dos. Le métro me porte jusqu'à une autre ligne, autre correspondance, fourche, déviation et boucle par la surface, puis retour de chez les morts, j'émerge de la station enfin, la bride de mes harnais me tire vers l'arrière et j'avance de moins en moins vite, les harnais me coupent le torse et sous thorax le souffle se défait. Arrivé bon numéro je fais le code qui ne prend pas. Nouvel appel : tu es au numéro tant ? je dis oui, il me dit maintenant fais demi-tour, rue K le long des quais puis numéro bis en contrebas, puis raccroche. Je m'exécute. Je suis le plan mental encore un peu flou, relance ce qui me reste de mémoire tampon, le long des quais puis numéro bis en contrebas, une ombre devant moi se présente qui ne se retourne pas. Nouvel appel : laisse les documents à mes pieds, emporte le reste, je lui dis pardon ? il me dis tu m'as entendu puis me demande : tu as regardé ? regardé quoi ? tu as posé la question ? quelle question ? tu n'as rien demandé ? je lui dis non m'sieur, rien demandé, posé aucune question, et il me dit maintenant rentre chez toi, repose-toi et dors, dors beaucoup, sue ce qu'il te reste et oublie ce que tu as dans la tête, on ne se reverra plus et moi je pense : est-ce qu'on s'est déjà vu une fois auparavant ? Sur ma poitrine deux traces rouges en forme de X, stigmates des harnais qui me retiennent encore vers l'arrière alors que je tente de repartir, m'enfoncer dans d'autres boyaux, faire demi tour, d'autres traces rouges latérales me découpent les poignets, une sur chaque, je les remarque en tournant les paumes, mais celles-là j'ignore d'où elles proviennent.

mercredi 19 août 2009

CB

Non monsieur, le petit cadenas doré ou le https n'a pas besoin de s'inscrire sur toutes les pages de notre site pour prouver qu'il est sécurisé.

Non monsieur, nous ne notons pas les numéros de carte bleue sur un bout de papier, nous les tapons directement sur l'écran.

Non monsieur, nous ne faisons aucune copie ni sauvegarde des numéros que nous inscrivons, nous les soumettons directement à la plateforme en ligne.

Non monsieur, nous ne tapons pas à proprement parler les numéros sur un clavier, nous utilisons un clavier virtuel où chaque chiffre est sélectionné par le passage de la souris.

Non monsieur, aucune copie d'écran n'est faite de la page sur laquelle nous nous trouvons lorsque nous nous connectons à la plateforme, les informations sont directement transmises à notre banque.

Non monsieur, personne à la banque ne peut voir les numéros véritablement, ceux-ci sont cryptées et transmis au terminal.

Non monsieur, les transactions ne sont pas protégées par un pare-feu, trop perfectible, mais directement transmises à la banque par oral.

Non monsieur, les lignes téléphoniques de notre bâtiment ne sont pas protégées, c'est la raison pour laquelle nous nous passons d'intermédiaire afin de transmettre directement vos informations bancaires.

Non monsieur, aucun stagiaire n'est chargé de porter les numéros de votre carte jusqu'à notre banque, notre responsable financier en personne se charge de cette tâche importante.

Non monsieur, il n'y aucun risque pour que notre responsable financier faillisse à son devoir ni que vos numéros de carte s'égarent : ils sont directement hurlés au mégaphone depuis nos fenêtres vers celles de notre banque, de cette façon l'échange est quasi instantané.

Oui monsieur, vous pouvez également nous régler par chèque.

jeudi 30 juillet 2009

3079

1

Les soldes ont entraîné des pics de commandes, donc des pics d'expéditions, donc de livraisons, donc des retards accumulés, donc plus de problèmes de SAV, donc plus d'échanges à organiser, donc plus de retours à prévoir, donc plus de remboursements à demander, donc plus d'appels à gérer, donc plus de clavier frappé et de dossiers ouverts, fermés, mis entre parenthèses, donc plus retards intercalés entre les cas, donc plus d'appels à nouveau, plaintes, mails, messages, courriers, éclats de voix furieux, insultes, menaces, crises de nerf, automutilations, suicides, etc.

La fin des soldes a brisé net la spirale, quand bien même les prix, eux, n'ont pas tellement changé. Depuis des jours : retards amassés éléphantesques, quasiment impossibles à rattraper en sous-effectif durant l'été. Parfois, je suis arrivé devant la porte close du bureau, car je n'ai pas la clé, avec l'envie de repartir aussi sec et d'oublier toutes ces lignes de données qui me réveillent la nuit (six heures trente du matin, yeux ouverts, paupières fermées, ce n'est pas vraiment le matin). Je compte à présent les jours, même si les piles de cas lentement se défont depuis hier, et ne regrette pas de ne jamais posséder le précieux sésame, faux porte-clé, qui m'ouvrirait enfin au quotidien les portes du bureau, du moins de celui-là.

2

Terminer 2666, encore une fois, me brise le cœur. J'aborde aujourd'hui les dernières lignes comme j'avais entamé les premières : dans la carcasse bouillante d'un train lancé direct entre un point A et un point B, bien qu'entre temps inversés l'un par rapport à l'autre. Je pourrais encore citer longtemps, je garde en réserve ces phrases qui me viennent pour une chronique future, sans doute dimanche. Je pourrais citer, citer et citer plus ou mieux : je pourrais tout reprendre.

Le livre n'est plus dans le même état qu'aux premières pages découvertes : entre temps trois semaines, des milliers de kilomètres avalés, même si statiques au fond. Je prenais soin les premiers jours ne pas trop casser le livre, ne pas trop corner la couverture, plier les pages, forcer la colle, défaire la forme. Je tenais les pages du bout des doigts. Puis je l'ai attrapé, attrapé vraiment par les épaules et j'ai forcé ouvert les grands pectoraux, muscles trapèze et deltoïdes, et maintenant le livre est dans un état épouvantable, et les pages sont cornées, et la couverture rebiffe, et la crasse intérieure de mon sac s'est étalée sur la tranche, et certaines empreintes d'objets lâchés en orbite autour des pages ont mordu dedans. Je me suis fait à cette idée. Le long de ma lecture, le livre, avec moi, a éprouvé. Je n'aimerais pas l'idée qu'il puisse garder forme nette après milles pages parcourues, comme si rien ne s'était produit, comme si l'ombre des choses n'avait pas été vue, pesée. En revenant ce soir j'ai posé 2666 sur une étagère et dans dix, vingt, trente ans, au fil de mes lectures, il se décomposera progressivement et je serai heureux qu'il se défasse, s'affaisse, parallèle à moi-même.

3

Je repense aux heures, jours, minutes qui ont précédé il y a un peu plus de deux ans maintenant mon départ de St-Étienne et premier déménagement.

J'y pense puisque hier, après le travail, j'ai pris un autre train d'une autre ligne pour une autre gare, autre destination ; y retrouver N., fraîchement installé dans le 77 et découverte de la ville dans laquelle il s'est posé et l'appartement dans lequel progressivement il emménage. Nous avons passé une bonne soirée, je crois, avons croisé, durant nos déambulations de centre ville, quantité de restaurants ou traiteurs asiatiques qui ressemblaient en tous point à ceux qu'on aurait pu trouver n'importe où ailleurs.

Durant les préparatifs et nettoyage de ce qui fut ma chambre, durant le déplacement des choses d'un coffre à un autre ou durant les minutes pour lesquelles je n'avais aucune utilité (je fixais le mur et H. était à côté de moi), je me répétais sans lassitude que c'était un moment important. Je l'ai déjà écrit quelque part, j'y repense. Et puisqu'il s'agissait d'un moment important, je me sentais dans l'obligation de le ressentir comme tel. Je me disais : c'est un moment important c'est un moment important c'est un moment important c'est un moment important mais la réalité des choses qui m'entouraient n'étaient pas modifiée pour autant. Je l'ai ancré très fort dans l'arrière de ma tête afin de ne pas l'oublier, mais c'était déjà peine perdue, car malgré mes efforts tout défilait naturellement comme le reste de mes heures habituelles. Et puis ces heures-là ont passé et ne se sont pas révélées particulièrement importantes puisque moi je les ai vécues.

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