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dimanche 30 novembre 2008

Variations histaminiques

J'ai deux idées de texte court à soumettre au PJEF d'ici février prochain. La première est issue d'un rêve sur Beauregard, sorte de déambulation de travestis dans les rues nocturnes de Careysall. La seconde directement déviée des soixante-cinq pages préparatoires pour Cette mort. La narratrice est la même, avant ou après (il est plus probable que ce soit avant, mais sait-on jamais) les évènements de Cette mort. La narratrice, dont on ignore le nom et ça n'a pas d'importance, perd la mémoire, celle-ci s'efface de l'envers de son crâne. Elle revient à Careysall pour y dérober un crâne, justement, dans le but de reprendre des recherches vieilles de plusieurs années. Elle s'égare en chemin dans une chambre d'hôtel en compagnie d'un Amaury de passage (peut-être ou peut-être pas prostitué, ce ne sera probablement pas précisé).

De là, deux possibilités, l'espace de la nouvelle ne pouvant pas s'étendre à deux moments déterminés : se focaliser sur l'instant où la narratrice s'endort, le corps du jeune à ses côtés, ses certitudes de perte de mémoire à venir portées dans sa chair et une seringue prise d'histamine enfoncée sous la peau pour le lendemain (pour aller contre sa mémoire diffuse, elle se marque le corps piqûres et blessures, dans l'espoir d'y fixer là des souvenirs bruts). Ou bien (deuxième solution), s'intéresser au matin suivant, la narratrice s'éveillant dans une chambre qu'elle ne connaît pas, aux côtés d'un corps qu'elle pense lui être nuisible puisque résolument étranger, sa piqûre bombées prise au creux du coude qui la démange, des images aléatoires rattachées mais illisibles sur sa peau, et ses carnets brouillons qu'elle parvient mal à relire, confuse par le flou du matin. Deux moments différents, l'un envers de l'autre, l'un sérénité tacite doublé des peurs du lendemain et l'autre panique physique de l'incertitude d'hier.

J'ai déjà le titre (contrainte du mot unique répétée). La nouvelle s'appellera Histamine (singulier ou pluriel, je n'ai pas encore tranché), tout simplement. Reste une décision à prendre pour ne garder qu'une seule de ces deux variations. L'option nocturne serait probablement plus simple à écrire, mais nécessairement moins intéressante, sans doute, puisque trop calme, sereine, diluée ; et inversement pour la piste matinale, peut-être trop chaotique et difficile à tenir en focalisation interne + présent dans un texte court comme celui-là. Une seule certitude : je n'écrirai pas les deux à la suite, cette perspective me ferait perdre tout ce que je n'aurais pas coupé, l'intérêt de ces textes là se trouvant précisément dans ce qui n'est pas écrit.
Après quelques heures de réflexion, c'est tout de même la première option qui me séduit le mieux, puisqu'elle seule me permettrait d'instaurer une ambiance et non une série d'évènements, une atmosphère plutôt qu'une mini-intrigue. Ça tombe bien, puisque c'est exactement le genre de choses que l'on me reproche pour ce type de concours de nouvelles. A voir, donc ; l'important étant, de toute façon, de pouvoir faire en sorte que ces soixante-cinq pages préparatoires plus ou moins abandonnés puissent accoucher d'une petite dizaine de pages fixées, calibrées, pertinentes, histoire de sauver ce qui peut l'être.

A l'époque de Cette mort, rapidement rebaptisé Sous l'ecchymose, le récit débutait comme suit :
1

Le passé n'a pas d'encre, les mots sont toujours faux. Mes notes, comme la mémoire elle-même, échouent à retranscrire la réalité de ces jours. Certitude. Cela m'est resté.

dimanche 9 novembre 2008

Titre à une voix

melliphage.jpgJe ne cesse de répéter dans ce carnet de bord que je ne suis pas un bon donneur de titres. J'en suis rarement satisfait ; je les attrape au vol et les fixe dans la foulée par pure haine de voir un fichier anonyme, un dossier-point-d'interrogation. Alors je trouve des titres provisoires, rarement fameux, et à force d'habitude, de provisoires ils passent définitifs. Pire encore pour les titres reliés au recueil-à-venir sur Careysall, forcés de se limiter à un mot, ce qui entrave bien évidemment toute marge de manœuvre. Je travaille depuis jeudi sur un nouveau texte court censé figurer dans Careysall. Je lui donne aujourd'hui le titre suivant : Melliphage, peut-être provisoire, peut-être pas.

Melliphage naît de deux choses, outre la volonté de poursuivre la fragmentation de l'univers Careysall : ma lecture actuelle de Paradiso de José Lezama Lima et ce bout de zapping daté du 6 aperçu ces jours-ci ; on pouvait y voir les bras d'un homme dévorés par des verrues tropicales, gonflées sur sa peau comme des écailles, élargies au bout des doigts comme des racines. Bluffant et beau à la fois. Je l'ai intégré à Melliphage en cours de route et ne le regrette pas.

Comme tous les fragments issus de Careysall (à ce jour : Ochracé, Scapulaire et Sablier dont il pourrait constituer la suite possible), Melliphage développe (poursuit) l'idée d'une obsession du temps fragmenté, découpé, modulé. Je m'en suis rendu compte après coup, ce n'était pas volontaire, mais la corrélation existe. Le temps est étendu dans Sablier, claustrophobique, ralenti ; il est coupé dans Ochracé pour permettre les instants précipités ; il est mer d'huile dans Scapulaire où le passé se superpose au présent, suivant le rythme des pas de Sarl. Melliphage poursuit cette drôle de destruction temporelle ciblée tout en déclinant une idée déjà utilisée pour Perf via le concours JE (texte lauréat du dit concours et qui, soit dit en passant, a été très récemment lu et enregistré en studio par Eva-Li pour le site du Scriptocrate Avisé, suivre le lien pour y voir plus clair). A voir ; pour l'instant je nage surtout en terre inconnue.
Careysall, ville du temps mort ou déplacé, ce n'était pas spécifiquement recherché, la coïncidence est venue d'elle-même, je la remarque en traçant ces dernières pages. Mais c'est évident à présent : c'est aussi la ville de Cette mort (exemple de titre mauvais, non-définitif, que je ne parviens pas à chasser, même si d'autres bien meilleurs se sont précipités depuis) dont la narratrice souffre de la maladie de la mémoire. C'est aussi cette ville au temps rythmé par les jours de soufre et les jours de suie ; le vent coloré par ce qu'il porte et qui tartine sans vergogne les façades des immeubles jusqu'au centre-ville.

Mais le titre est foutu, je le sais déjà, il a pris place dans ma tête, il a colonisé mon perfectionnisme lacunaire. Alors Melliphage ce sera ; cinq pages à peines, une dizaine de milliers de signes, sans doute l'un des textes anecdotiques du recueil-à-venir-sauf-qu'on-sait-pas-quand. Melliphage : la toute première phrase commence par alors, c'est une accroche (réitérée) qui me plaît bien.

mardi 14 octobre 2008

Et le vent souffle, qu'est-ce qu'on y peut

Et cette chanson en gros je l'avais grossièrement oubliée, dommage puisqu'il s'agit de la seule chanson d'Arcade Fire que j'aime vraiment, capable de l'écouter vingt fois de suite malgré les répétitions. Puis de cette chanson vers des instants régurgités comme une éponge. Je me rappelle un air qui me trotte en tête et le contexte de leurs écoutes importantes se libèrent. En l'occurrence dans une rue de Morlaix sous le crachin breton.

Je marchais sec sur les pavés d'une rue piétonne au nom sans importance, puis j'arrivais place Allende,


des fois c'était le marché dès neuf heures du matin avec les poissons et les odeurs autour, des fois je me contentais juste d'enjamber les poireaux écrasés par terre et, bien sûr, d'autres fois c'était pas le marché, c'était juste un parking avec des rues piétonnes normales


il crachotait vaguement et moi je me glissais mon MP3 autour de la tête histoire de capter une ou deux (souvent deux) chansons avant d'aller bosser à la librairie. Souvent passait Cold wind rarement par hasard d'ailleurs. D'autres fois, souvent, c'était Like a rolling stone parce qu'à ce moment là je découvrais Dylan en lisant François Bon. Des fois Cold wind je le mettais deux fois de suite, puis encore au retour après midi pour regagner le Marchallac'h. En marchant sec sur les pavés piétons, Cold Wind par dessus le vrai vent froid crachoté, je me disais que cette chanson, elle convenait parfaitement à Coup de tête et qu'au moment de me lancer dans l'écriture du troisième jet encore en gestation, il me faudrait travailler avec elle, avec cet air, avec sa voix. Puis de mois en mois, j'ai laissé les pavés humides-piétons et Morlaix avec et j'ai oublié cette histoire de chanson. Je suis même incapable aujourd'hui de me souvenir pourquoi, au juste, cette chanson, plutôt qu'une autre, conviendrait parfaitement à Coup de tête.


En réalité chanson empruntée à l'atmosphère audio de Six Feet Under. Avant-dernier épisode de la dernière saison (511), DVD 4. A la base c'est comme ça que je la découvre et après tout peut-être n'existe-t-elle nulle part ailleurs. L'épisode s'appelle Static

Je ne regarde pas la caméra arriver vers moi parce que je regarde dans le vide, contrairement à tous ces autres corps qui comatent en silence dans le silence du bus. Ma voiture crashée-retournée sur un chemin en pleine cambrousse, mon corbillard vert foutu, vendu huit cents et quelques dollars pour les pièces détachées. Mon regard perdu sur l'ombre extérieure, il fait nuit, nuit éclatée de lumières électriques ici et là, ville en sommeil qui ne dort pas, on voit mon visage flou au premier plan mais net dans le reflet de la vitre, perdu dehors et pris dedans, traversé par les lueurs trop ternes puis

Je ferme les yeux secs, rictus dur d'un visage lourd, mon corps gonflé par ma peau grasse, le ventre rond d'un gosse pas assez cuit qui sort trop tôt. Je cris déformé par mes traits tirés puis bascule vers l'arrière sur l'oreiller blanc. Mon bébé va bien dites moi est-ce que mon bébé va s'en sortir ? puis

Je la regarde depuis l'envers de mon masque, quel soulagement qu'elle puisse m'avoir, elle ne peut pas voir combien j'ai peur, je lui tiens la main, son corps meurtri par les contractions, je ne sais pas si sa question m'est adressée et si je suis censée y répondre mais je le fais. Juste continue de pousser continue de pousser et je lui tiens les mains mon Dieu c'est bien tout ce que je peux faire, c'est bien la dernière chose je peux faire pour lui puis

Je la regarde le temps d'un battement de paupière jusqu'à ce qu'elle comprenne que je ne peux pas la regarder car je n'existe pas je suis juste la figure inquiète de ses propres petits cauchemars paranoïaques puis

Je pousse une dernière fois et le gosse ne tombe pas je dis putain comme si je le pensais et mes yeux déformés par la pression par dessus qui s'y pose, la souffrance que ça peut être parce que la musique traîne avant l'habituel fondu au blanc puis noir et crédits qui s'enchainent.


et on se demande franchement comment c'est censé se passer plus mal, et si c'est possible que ça se passe plus mal, avant qu'encore une fois tout se termine. Mais la musique reste et revient sous l'air aléatoire de l'Archos, depuis ma poche de blouson, anciennement droite, désormais gauche.

.


Coup de tête avance bon train, avance en double si je puis dire : poursuite des relectures de la première partie (un peu plus de la moitié à présent) et réécriture en parallèle de la deuxième. Pas même besoin de retourner Gare de Lyon car tout est déjà clair. Puis de poser ma tasse

thé-thérapeutique pour soigner crève récalcitrante ramenée de ce week-end sans doute


boire du thé citron (et je n'en bois généralement que lorsque je suis malade en réalité) me ramène vers ces jours de froid où l'on s'enfermait au Voltaire, face de la Fac, au lieu d'aller bosser sur Dieu sait quoi on avait pas envie de bosser, puis commander un thé citron avec la rondelle au fond de la tasse et le sucre que j'avais même pas besoin de rajouter


puis boire du thé-citron-chimique entre deux heures d'anglais le lundi matin directement piqué depuis le gobelet à F. également


sur le bureau côté gauche avec notes étalées en vrac sur le plateau en dessous et futurs livres à lire posés au dessus, écran allumé sur ma page de Coup de tête du moment, ça me donne l'impression d'avoir exactement ce que j'ai toujours voulu : ma vie centrée sur et par l'écriture (et ce ne sont pas mes douze heures hebdomadaires de tire-bouchon qui viendront vraiment bouleverser tout ça).

D'autres projets parallèles aussi, des concours de courts pour la plupart, car j'aimerais commencer à caser quelques textes dans diverses revues ou anthologies ou autres. Des idées frémissantes mais une idée centrale qui devrait articuler les autres, celle d'une infirmière ou aide-soignante de Careysall

car plus j'y pense et plus j'en viens à croire que Careysall est un terrain de nouvelles, de fictions courtes, d'évènements brefs


qui s'appellerait Johnny Silmograth ou quelque chose comme ça mais peut-être qu'on ne connaîtrait pas son nom

les noms de personnages, c'est tellement accessoire et dispensable que je trouve parfois peu naturel et obscène de les mentionner textuellement


et qui s'éprendrait de l'un de ses patients genre phase terminale. Parfois, ce patient est un adolescent type Amaury, parfois c'est une femme d'âge indéterminé victime de la mémoire (Cette mort). Parfois c'est encore une forme vague d'homme replié et mou plongé en terre. A creuser (jeu de mot).

Enfin, dernier truc apparu, ce concours de synopsis contre l'homophobie lancé par le Ministère de la Santé. Au bout, la réalisation d'une poignée de courts-métrages censés prêcher contre l'homophobie. Un peu moins de quatre milles cinq cents caractères torchés tout à l'heure dans l'inspiration du moment. Ce serait un texte-témoignage qui s'intitulerait Martyr plastique (avec Manuel Jodorov en gay-star) mais je le vois plus comme un exercice de style que comme un synopsis. Assez motivé par le truc mais le truc en lui-même est relativement difficile à satisfaire

votre histoire est, ça dit, imaginaire ou réelle, triste ou gaie, mais traitée de manière positive pour ne jamais susciter le désespoir


puis en lisant ça je me vois dans un reflet fictif et je me dis hmm tu n'es pas vraiment du genre à ne pas susciter le désespoir.


donc honnêtement je pense être totalement hors-sujet, comme souvent lorsque j'envoie des courts.

hypothèse vis à vis du pourquoi du comment : je me sabote plus ou moins consciemment en envoyant des textes inadaptés aux concours ou appels à texte que je sélectionne pour ne pas avoir à échouer en jouant selon les règles. Je ne mets pas mon baudrier, quoi, selon ma propre petite métaphore personnelle.


Peu importe, l'idée est forte, s'est imposée d'elle-même, c'est un signe. Au pire, je publierai l'histoire ici ou ailleurs.

mardi 26 février 2008

D #6 ~ Careysall

La série des descriptions se poursuit. Un texte entamé le 3 février dernier, terminé aujourd'hui. Fictif : l'univers que l'on retrouve en filigrane dans plusieurs de mes textes tels que Sablier, peut-être Décompte et Ochracé.

On entre par le canal. On glisse. Lentement la silhouette informe de la ville se dessine. Entre sable et suie. Choisis ton fardeau. Il dépend de la direction du vent. Si c'est un vent d'est, c'est une mer de suie qui déferle. Depuis le sud-ouest, le sable rouge et ocre des mines, des hauts-plateaux. La variance de couleurs dépend de l'orientation des rafales, de la composition des sables, de son intensité, des obstacles sur sa course.
On entre par le canal. On glisse. On pose le pied sur le ciment du port. Épingle étendue aux portes des usines, des manufactures, des chantiers maritimes. Dans l'air, l'arrière-goût de charbon. Les relents à demi-solide, presque. On traîne derrière soit des valises entière. On demande de l'aide, on ne connaît pas les lieux. On demande à un type. L'hôtel Arctique. S'il vous plaît.

L'hôtel Arctique, qu'il nous dit, c'est bien plus loin après l'avenue Hafen-sall, faut longer les docks un moment et puis revenir dans la direction du centre, pendant quelques mètres et puis chercher la petite Maritime-sall, de là on peut voir facilement la devanture de l'hôtel, pas bien grand, hein, mais suffisamment pour qu'on puisse l'apercevoir d'un peu loin. De là, le centre est à vingt minutes à peine, mais ça dépend ce qu'on entend par « centre », et ça dépend aussi ce qu'on entend par « à peine », parce que selon qu'on se traîne à pied jusque là-bas ou qu'on commande un taxi, c'est pas exactement la même chose. Bizarrement, peut-être bien que c'est à pied qu'on va le plus vite parce qu'à cette heure-ci du matin, les rues c'est un peu engorgé alors ça traîne, ça traîne... Pour ce qui est du centre, ça dépend bien d'où qu'on veut aller, et faut bien choisir ses heures parce qu'en début de matin comme ça avec les usines qui tournent à plein régime et le vent d'est à pleine barre, sûr qu'on peut se prendre des déferlantes de suie en plein la tronche et sûr que c'est pas bien agréable, surtout quand on connaît pas par ici. Si ça arrive, le conseil c'est de se cramer dans un bar le temps que ça passe et de surveiller un peu en zyeutant la fenêtre de temps en temps pour vérifier si ça se calme ou bien. En plus c'est tout bon pour la ville, ça fait vivre les bars du quartier, c'est bien, c'est bien. Les transports en commun, faut pas trop y compter, surtout aux heures de pointe, y a presque que dalle et pas deux jours de suite ça marche correct, alors... Si c'est pour zyeuter les grands grattes-ciel des grands quartier, faut prendre direction nord un moment et rebiffer à l'ouest passée Canada-sall, mais là c'est pas trop utile de décrire trop parce que les grandes tiges, on les voit depuis trois plombes à l'avance, alors... Si c'est pour contourner le centre, alors faut penser à tracer plein sud pour gagner les hauts-plateaux puis les pleines d'après avec les mines et tout, pas grand chose à voir là-bas, et puis gare aux jours de sable ou aux jours de souffre parce qu'alors on zyeute que dalle à trois gars et puis surtout ces coups de ventouse, ça te décoiffe la tête et ça rend aveugle parce que ça rentre dans les globes au niveau des yeux, vraiment, faut faire gaffe, c'est pas ce qu'il y a de plus agréable par ici. Si c'est pour aller tracker dans les pleines, aussi, y a des parcours à suivre des fois, parce qu'à l'aveugle comme ça, c'est pas une bonne idée, on peut se paumer facilement, y en a qui se sont déjà fait prendre. Pour la gare en revanche, c'est pas le sud qu'il faut attraper, c'est plutôt le nord en fait, même si en vrai y a la voie de chemin de fer qui traverse la ville de long en large, on peut pas la louper, sur les ponts, même si des fois elle se terre dans les tunnels, enfin, suffit de la remonter et on tombe facilement sur la gare après, je crois qu'elle est à hauteur de la BMM, la Bourse des Marchés Maritimes ça veut dire, la BMM c'est sur Berg-sall, je crois. Après les liaisons pour les autres villes, difficile de dire comme c'est fichu, dans ces quartiers c'est plutôt le bateau qu'on prend, hein. Voilà, qu'il nous dit, c'est bien clair ? C'est pour les concerts de l'autre Jodorov-machin qu'vous êtes là ? il demande aussi.

On trouve que l'odeur du type ressemble à celle des œufs pochés.

jeudi 14 février 2008

Ochracé

Ma dernière nouvelle mise en ligne sur le blog, c'était en août. Six mois plus tard, c'est un troisième texte "papier" qui vient garnir le sommaire de cette catégorie de nouvelles, disons, traditionnelles. Ce qui l'est moins (traditionnelle), c'est la genèse du projet qui a donné naissance à Ochracé ; à l'origine, cette nouvelle est une sorte de commande. Il y a un mois, en effet, Elise m'appelle pour me raconter l'un de ses rêves : j'ai pensé à toi tout de suite en me réveillant, elle me dit, ce qui pourrait être flatteur, mais en réalité la trame du rêve étant relativement tordue voire malsaine, c'est un peu plus délicat. Qu'importe, elle me le raconte et puis me demande de le mettre en mots. Le projet me tente dès le début, parce que je sais d'avance comment je vais m'y prendre. J'ai déjà un univers tout prêt dans ma tête, il ne me reste plus qu'à intégrer la trame en question, que je respecte quasi religieusement. Cet univers, c'est aussi celui de Sablier, celui de Décompte. J'en reparlerai sans doute.

L'écriture glisse toute seule. Contrairement à Scapulaire, je ne rencontre pas ou peu de difficulté. En quelques semaines, c'est bouclé, j'en suis content, satisfait. A en juger par les premiers échos que j'ai reçu d'Elise, elle est également satisfaite, sa commande est bien accueillie. Je me dis que je vais monter une entreprise d'écriveur de rêves, les gens viendraient ou m'appelleraient ou m'écriraient la trame général de leurs rêves, et moi je les mettrai en forme. Je ferai des nouvelles, des recueils, des romans, des sagas familiales. Des rêves. Agréable comme idée.
En attendant, et avec l'accord de ma première cliente, je propose cette première tentative que je mets en ligne à l'instant même. Je précise au passage que le fichier mis à disposition est un fichier PDF, parce que la mise en page (bricolée) de la nouvelle nécessite une forme fixe. Commentaires bienvenus, of course.

La terre bleue compresse le temps, l'impression qu'on en a. Les heures, broyées en minutes. Les instants, gonflés jusqu'à l'absurde, sont des semaines entières.
Les aiguilles de ma montre sous mon poids dérapent. Mes yeux plissés laissent glisser la poussière. Signe que la terre en moi se laisse couler, elle aussi, que ses effets fonctionnent. En moi elle gagne centres nerveux, sinus, siège de la parole. Mes pensées s'altèrent, fixées pourtant sur ces grains sales. Ce n'est pas la première fois que je prends de la terre bleue. Mais pour la première fois dans ces quantités.

On se sert ensemble sur la banquette arrière de la voiture. Quatre corps les uns à la suite des autres, contre les autres. Les roues vrombissent sur l'asphalte écaillé, les hauts-plateaux défilent contre les vitres, sur les côtés. Les lignes rouges tracées le long de la route fusent, avalées-courbées entre les deux pare-chocs. Je ne connais pas le conducteur. Peut-être que la terre en lui se diffuse également, c'est possible, ça ne me surprendrait pas.
La terre bleue compresse le temps, l'impression qu'on en a. On m'a tendu le sachet et sept cristaux ridicules ont roulé contre ma paume. Et du creux de ma paume à l'espace confiné entre mes gencives et l'intérieur de ma lèvre inférieure. Je les y ai placés un par un. Les picotements salés et le goût du sang un peu qui se mêle à mon haleine. Les effets sont dilués dans ma bouche. Ça coule un peu entre mes dents, mais l'hémorragie ne dure pas. Les boucles de la route sur les hauts-plateaux s'enchaînent, s'enroulent entre elles. En une minute peut-être les kilomètres sont broyés. La voiture s'arrête, les portes s'ouvrent. Le paysage souffreteux ; des maisons terreuses sur le haut des plateaux.


Lire la suite.

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Ajout du 27 juillet 2008

Ci-dessous copie des deux lettres reçues de l'Espace Pandora et Fabienne Swiatly en réponse à ma participation au concours Quelles nouvelles ?.

Le jury du concours Quelles nouvelles ? s'est réuni suite à un long examen des nouvelles reçues : 182 cette année. De nombreux textes ont fait l'objet de vives discussions. Nous avons le regret de vous informer que votre nouvelle n'a pas été retenue pour faire partie de la future anthologie. Cependant, nous tenons à souligner le fait que votre nouvelle a suscité les encouragements du jury.

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En tant qu'écrivain, je fais partie du jury Quelles nouvelles ? de l'Espace Pandora, je voulais personnellement vous faire part que votre texte Ochracé n'a pas été retenu pour le recueil de nouvelles 2008.
Mais par cette lettre, il faut que vous sachiez qu'il y a eu une belle discussion autour de ce texte. Et que l'ayant défendu, je me permets de vous faire quelques remarques.

Certaines audaces d'écriture m'ont vraiment séduite alors qu'elles pourraient apparaître comme de simples trucs. Ainsi vos traits continus qui mènent à la ligne, définissent un espace-temps narratif intéressant.

D'ailleurs votre texte explore bien cet espace-temps de la conscience altérée. Pas facile. Cela m'a fait penser à certains textes de Jean-Michel Maulpoix ou encore Le livre des ciels de Leslie Kaplan sans que je puisse dire exactement pourquoi.

Vous parvenez à décrire la fière qu'elle soit émotionnelle ou chimique.
On y est. On vous croit.

Par contre, l'histoire en sa deuxième partie - l'arrivée du "père" nous a semblé moins convaincante et mal amenée. Soudain, la tension se dilate. L'histoire se décentre mollement (même s'il y a violence). Dommage.

L'histoire de la seringue n'est pas très crédible. Le narrateur se démultiplie et quelque chose ne fonctionne plus aussi bien. La nouvelle devient artificielle.
Et la question qui me vient est : la nouvelle est-elle une forme littéraire qui vous est familière ?
Et peut-être qu'en conservant une histoire racontée de la femme et uniquement de la femme, le texte aurait tenu jusqu'au bout. Peut-être.
Mon propos est très direct, mais si nous n'avions pas été séduits par une partie du texte, cette lettre ne se justifierait pas.

Et vous dire aussi, que nous serions très heureux que vous participiez au concours 2009 en tenant compte ou pas (mais alors il faudra mieux affirmer ce qui semble m'avoir échappé ici) de mes remarques.

En espérant que vous comprendrez que cette lettre est un encouragement.

Avec mes salutations les plus cordiales

lundi 28 janvier 2008

It's a fire

Cieux louésiens, la suite. Quelques photos du ciel rouge des jours de souffre parce que c'est le genre de décor que je souhaite pour ma nouvelle en cours (celle pour Elise), un décor qui aurait aussi bien convenu à Sablier, ça tombe bien, ça se passe grosso modo au même endroit. It's a fire, donc, Portishead pour la musique, voir ici pour les paroles, et les photos des cieux en flammes, aussi, quand même :











samedi 12 janvier 2008

Débuter

J'ai rarement du mal à débuter mes textes, quels qu'ils soient d'ailleurs. En général, ça se passe comme ça : j'ai mon idée. Je la rumine. Je l'imagine. Je m'y jette, sans trop réfléchir. Je reviens dessus, constate que c'est très mauvais et
a) je l'abandonne ou
b) je la réécris jusqu'à ce qu'elle fonctionne, jusqu'à ce qu'elle existe.

Jusque là ça se passait comme ça. Et puis... Et puis voilà que je me penche sur un projet de nouvelle, une nouvelle pour un concours et voilà que ça ne tourne pas rond. Impossible de débuter. Ai commencé fin décembre, quand j'étais toujours à Sainté. Ai continué dès mon retour à Nuggets City. Mais rien. Ou plutôt si : plein de débuts différents. A chaque nouvelle tentative, un nouveau début, une nouvelle narration, un nouveau personnage. Mais jamais ça ne fonctionne (jusqu'à hier). Résultats : six débuts différents, tous aussi insatisfaisants les uns que les autres. Six débuts, dans l'ordre, ça donne ça :

C'était comme écrit dans le journal du jour d'avant. Ils avaient publiés une lettre prémonitoire sans le voir, sans le comprendre. Elle était signée SARL. Lui il savait. Il avait compris la dimension prophétique du geste, même si l'idée de le copier n'était venu qu'après. Il avait comme tué un homme et le sang sur le sol avait giclé fort et puis glissé ensuite, sans bruit. Le ciment encore liquide entremêlé là-bas dedans. La sécheresse froide de ces nuits là. Le décor noir de la nuit par dessus, exactement le même que cette esquisse qu'il avait faite et que j'avais récupérée dans la poubelle du Mingelton's Caricaturist, l'esquisse à l'encre noire sur une serviette en papier. Sarl était seul ce soir là, un peu avant. On a dit que son épaule saignait un peu et que par dessus il la tenait, son épaule, comme blessée. On a dit beaucoup de choses, les journaux racontent n'importe quoi.

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Ça commence à une table dans un restaurant où ce type, le journal ouvert devant lui, sans un mot, lit la lettre qu'ils ont publié dans le courrier des lecteurs et qui est signée SARL. Plutôt : cette lettre qui pourrait être la sienne. Plutôt : cette lettre qui devrait être la sienne. Le journal ouvert devant lui, posé par dessus son assiette vide qu'il a décalé sur le côté et un vase vide à la place en face de la sienne. Le serveur : absent. D'autres clients : le brouhaha habituel de ces gens là. Le journal ouvert, posé devant lui. Son assiette vide. Il décide qu'il s'appelle Sarl à présent.

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Quatre lettres, ça suffisait. Imprimées à la suite sur son journal, il avait décidé que c'était les bonnes. Dorénavant, ce serait son nom. Il serait l'ancre sur la page grisonnante, ni plus ni moins.

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Quatre lettres, ça suffisait. Imprimées à la suite sur son journal, il avait décidé que c'était les bonnes. Le texte qui s'y rattachait n'avait pas d'importance. Le nom recouvrait tout.

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D'abord il y a l'homme. Son décor : la salle non-fumeur d'un restaurant. Éclairage tamisé. Le journal ouvert par dessus l'assiette. L'assiette poussée à la place d'en face, inoccupée. Un vase vide décalé sur le côté. Les pages du journal, une à une, qui s'enroulent. Ambiance feutrée. Confidentielle. Les quatre lettres, noires sur gris, dans son esprit ; ça se déclenche. Ses lettres. Son nom. Publié dans le courrier des lecteurs, enfin.

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Il est assis dans un restaurant et il n'a pas encore de nom. A une table seule, dans le fond de la salle. L'éclairage est tamisé. L'ambiance : feutrée. Confidentielle. Un journal ouvert par dessus son assiette. Vide, poussée à la place d'en face, inoccupée. Les pages du journal, une à une, qui s'enroulent, se déroulent. La lettre qu'il lit, noir sur gris, publiée dans le courrier des lecteurs. Il est assis dans un restaurant, il s'appelle Sarl, à une table seule, dans le fond. Il s'appelle Sarl.

Alors bien sûr : des récurrences. Des certitudes, même. Des trucs que je sais importants. Indispensables. L'histoire, fractionnée, dans un coin de ma tête, à fixer. Mais impossible de correctement traverser les difficultés. Simplement : se poser devant l'ordi, devant le clavier et y aller comme ça, sans filet, et s'écraser au fond. Et recommencer chaque jour et échouer encore. Légèrement frustrant, même si je sais ce qui n'a pas fonctionné.
Sans trop en dire (pas envie de tout dévoiler ici), je veux faire de cette nouvelle (« Scapulaire », ça s'appelle) une tentative de texte-mosaïque. Poursuivre ce que j'avais déjà timidement expérimenté dans « Sablier ». Bouleverser l'agencement du texte et des lettres, insérer d'autres choses. Offrir un objet multiple et différent : agrafer les papiers sur la page et tout relier par des fils apparents (de quoi saborder d'avance mes chances pour le concours, mais c'est habituel, je fais souvent ça). Et du coup : comme une impossibilité de véritablement visualiser le résultat. Comme une trouille de ne pas savoir comment gérer les enjeux de la mise en page (enjeux primordiaux). Ne pas savoir comment s'y prendre, par quel bout commencer. Alors dans le doute, parce que je me sais capable de foirer le projet, j'ai peut-être inconsciemment voulu évacuer le problème en ne m'y confrontant pas : rester bloqué dans la jungle des premières lignes, voilà la solution.

Ce constat, il valait pour mes tentatives ratées de cette semaine.
Depuis hier, j'ai réussi à organiser mes trucs. Mes idées, mes envies. Mes propres capacités, aussi. J'ai même réussi à dépasser le cap de la première page (tout en tremblant perpétuellement de dépasser au final les 27000 signes requis, la limite). Je ne sais pas encore exactement comment tout va s'organiser mais ça prend forme. Dans ma tête tout du moins. La mise en page se dessine, quoiqu'un peu floue encore. Je sais juste que j'aurais besoin de mes logiciels de retouche d'image sans doute. Certainement.
Quant à savoir pour quand elle sera prête, c'est une autre histoire. La date limite du concours court jusqu'à fin avril mais j'aimerais la boucler assez vite. Avant la fin du mois par exemple. « Coup de tête » en stand-by pendant ce temps et les 154 pages du troisième jet, imprimées, qui m'attendent sur mon bureau, prêtes à être corrigées. Et un autre projet de nouvelle aussi, un truc dont Elise m'a parlé au téléphone avant-hier. A voir : j'attends de ses nouvelles par écrit.

Et ces six incipit ratés, écrits sans réfléchir, au fil de la plume, inutilisables mais pas inutiles pour autant. Ai décidé de les mettre en ligne après tout. Le Carnet de bord sert aussi à ça.

lundi 18 juin 2007

Sablier

En marge de la Version 2.1, je vous propose (enfin) un texte digne de ce nom sur ce blog. Il s'agit de ma première nouvelle achevée (ainsi que je le disais l'autre jour), elle s'intitule "Sablier" et, à la base, elle a été pensée (puis écrite) pour participer un appel à texte de Griffe d'encre sur le thème de la Terre. L'idée était surtout d'écrire sur une représentation anxiogène et claustrophobique de la terre. Le narrateur parle à la première personne, à mesure qu'il se remémore des souvenirs pour occuper son enfermement. La nouvelle n'a pas été sélectionnée pour l'anthologie "Terre" de Griffe d'encre, tant pis. Le jour où je recevrai un refus argumenté je vous expliquerai peut-être pourquoi.
Voilà, "Sablier", mon travail le plus abouti à ce jour et, surtout, le texte que je prends le plus de plaisir à lire, je vous le propose à présent. Je l'ai écrit entre septembre et novembre 2006 et j'ai attendu la réponse de Griffe d'encre, puis la mise en place d'Omega Textes pour la mettre en ligne. J'attends évidemment des retours, des commentaires, des critiques et tout simplement des lectures ; s'il ne devait y avoir qu'un seul texte à lire sur ce blog, ce serait celui-là.

Quand on est dans le genre de merde dans laquelle je me trouve, la première chose qu'on se dit c'est : de quoi je me souviens ? Et c'est là qu'on cherche. On rembobine, jusqu'à trouver quelque chose d'exploitable. Une image égarée, une parole, une odeur, peu importe. Au point où j'en suis, je me rattacherais à n'importe quoi. Et ce n'importe quoi, c'est une jeep. Une jeep comme dans les films de guerre, comme dans les bulletins d'infos de vingt-heures, une jeep de la télé. Ce genre de jeep. Une couche de poussière sur le capot, une couche de poussière sur les sièges, du sable collé sur la surface des pneus et les nuages qu'elle soulève et qui me font tousser. Je me rappelle bien cette toux. Une douce, douce irritation qui traverse mon larynx, retourne ma gorge. Cette douce irritation...

Et puis le paysage qui défile, aussi. Le paysage rouge, la terre rouge. Les fentes rouges dans la terre rouge et, au loin, des montagnes rouges sous un ciel rouge au soleil absent. Je revois les reflets sur la carrosserie sèche de la jeep.

Et tout ce vent dans mes cheveux, dans mes yeux, dans ma bouche. Un goût de sable. Un irrésistible goût de sable...

Et puis plus rien. Juste ces quelques images mises bout à bout. Rien de plus. Le trou noir. Ou bien rouge, sans doute. Et il faut tout refaire encore. Remonter plus loin, peut être.

On rembobine.


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