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Tag - Carnet de bord

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jeudi 11 mars 2010

Croquis #20


si c'est un homme, il est superbe

si c'est une femme, elle me fascine

jeudi 4 mars 2010

Croquis #19

grand brun, regard de poulpe à l'encre brute, cowboy à la ceinture, rugueux comme on pourrait pas dire

retraités en groupe, voyage organisé, étreintes poignantes du presque-après, adieux, la bise, et au revoir : salut Josette, salut Marcelle, salut Lulu...

quelques loups dans le corps d'un garçon

adolescent / emo / cheveux plaqués noirs / plaqués front / acheté par un couple de noirs pour divertissement nocturne

sweat Quicksilver, rasé d'hier : la tête dans les béquilles et cheville apparente

lui tête baissée sous la capuche, elles discutent sodomie avant/après en reniflant sous les écharpes : dès que je perds du poids (dit-elle) je perds des seins automatiquement

samedi 27 février 2010

Quatre

Coup de tête est malade : je relis (encore) Coup de tête. Compilation des trois premières parties bouclées (ou presque), c'est la première fois que je les lis à la suite en format livre. Besoin de me replonger dans le texte, puisque la dernière mouture date de novembre. Besoin aussi de voir comment s'articulent ensemble ces parties distinctes, écrites à part, séparément. Pour ça je me suis forcé à couper ma lecture, j'ai bousculé l'ordre habituel des paragraphes : je me suis arrêté avant la fin de telle ou telle scène pour mieux pouvoir ensuite lire l'entre deux dans la continuité. De cette façon j'ai pu tracer un pont entre les parties. Et je vois que ça fonctionne, première satisfaction. L'autre, c'est que le texte vit, il pourrait être écrit par quelqu'un d'autre, il pourrait être livre, il serait cohérent. Je serais quidam et je lirais ce livre écrit par un autre, je ne serais peut-être pas bouleversé, mais j'irais au bout de ma lecture et je ne demanderais pas remboursement à l'éditeur. Alors ce n'est pas parfait (la première partie, notamment, la plus ancienne, devra être remaniée), mais je commence à voir.



Coup de tête est malade car je dois (encore) m'y remettre. Et me remettre à ce texte, dans ce texte, dans l'écriture brute, est une douleur, chaque fois. Je freine avant de voir poindre le jour où il faudra encore écrire quelque chose. Je freine par pure paresse, bien sûr, parce que s'y remettre m'engage loin, m'engage pour des mois. Je freine aussi car je sens venir la fin, toujours la même, et que je veux la retarder le plus possible.

J'ai abandonné l'idée de réécrire un plan complet pour la dernière partie. Le plan composé en 2008 n'est plus bon, mais peu importe, je ne le suis pas de toute façon. Je sais d'avance grosso modo la façon de procéder. Fragmenter plus et taper plus fort. Je voulais y aller à l'aveugle, fragmenter tout seul. Semi échec. Me faut pourtant des notes tracées sur la page. Alors j'ai repris le plan 2008, je l'ai recouvert d'annexes manuscrites à la va vite. C'est sans sens, sans ordre, sans temps : comme la partie IV elle-même. Demain je reprendrai où je me suis arrêté aujourd'hui.

mardi 16 février 2010

Secteur 7

1

Depuis l'hiver, ils ont ressortis les vieux trains allu des années soixante-dix, les p'tits gris, les trains du secteur 7. Le chauffage plonge depuis les sièges et sèche une fois dissipé sous les cuisses. Ils n'ont qu'un étage. Ils s'entassent, cimetière des trains de V. Triage, on les voit longer les vitres et l'immobilité. Le soleil basculé fin février se reflète sur leurs toits de zinc. La tôle ondule sous la lumière. Les aiguillages les éparpillent entre les boites à chaussures qui émergent et annoncent plus loin l'apparition des villes, des bouts de villes, banlieues. Depuis le haut des immeubles on les voit serpenter, aiguilles entre les arcs électriques des prochains 17h34. Je dis à H. : un jour j'aimerais habiter un de ces immeubles, vue par dessus les voies, je pourrais compter les trains et deviner, montre en main, le nom de leurs destination, par coeur, les jours se répéteraient...

secteur7.png

2

Soit un nombre composé de 140 chiffres : soit 100 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 de possibilités pour la composition d'un tel nombre (il est probable que mes calculs soient faux : j'autorise N., et N. seulement, à me corriger). Application de la démonstration à une phrase composée de 140 caractères : combien de possibilités peut-il y a avoir ? Combien de phrases parallèles pourrait-on recenser, classifier, archiver ? Et sur ce chiffre choc, combien d'entre elles pourraient être intelligibles ? Et sur ce chiffre bis, combien d'entre elles pourraient traquer, tracer et dire le suicide dans les transports en commun ? Et sur ce chiffre ter, combien d'entre elles pourraient faire sens ? Voilà le dilemme posé par Accident de personne, projet twitter encore en cours, et voilà pourquoi je me dois de le résoudre.

jeudi 11 février 2010

Croquis #18

costume cravate au corps, eastpack encore balancé sur l'épaule

casquette envers et yeux baissés, déjà ailleurs où il n'est pas mais pourrait être, filtre froid entre ses lèvres tuméfiées

l'oeil pressé sur son Iphone elle se repoudre et son fond de teint déteint tactile entre les lettres

elle quadrille le monde en rouge sur blanc, chiffres et tableurs empilés papier / il révise consciencieux la conjugaison des verbes choir et défaillir

piercing narine, coiffure iroquois, de près : odeurs de chaussures neuves

Narcisse en cuir enchaîné à la barre de métro, plongé dans la vitre

seize ans dans ses petits souliers (de ministre)

jeune guévariste casquette blanche, barbe éparse, et seulement pouvoir le frôler, si seulement le frôler juste

mardi 9 février 2010

Coming out d'écriture

Je n'ai jamais caché à personne que j'écrivais : alors mon titre est faux. Mais pas faux comme on croirait qu'il pourrait être : je détourne simplement les choses.


Au boulot tout le monde sait que j'écris : c'est à dire qu'ils ne savent rien. Je n'ai pas pris trente-six pseudonymes pour rien : j'ai toujours eu en tête l'idée de cloisonner les vies, les périodes : étant par exemple vendeur-éclair de librairie, il n'était pas question que je recommande un livre frappé de mon propre nom. Il en va de même pour les autres fragments de carrières que j'ai brièvement traversées, essayées, puis reposées.

Je travaille chez PdG depuis novembre : autrement dit je ne les connais pas, là-bas, je les côtoie, c'est tout. Ils n'ont peut-être pas à savoir ce qui s'écrit, ce qui se montre : je n'ai pas besoin d'une autocensure de plus entre les touches du clavier. Je ne les connais pas, d'accord : pas comme on pourrait penser, mais sept heures par jour je suis avec eux et sept heures par jour nous traversons des tempêtes ensemble. Tempêtes de bureaucratie pure, oui : mais tempêtes aussi.

Écrire, aussi, surtout, est prise de risque. En bloquant sciemment ce regard là je fais encore ce que je sais faire de mieux : je me retiens, je me protège. Contre quoi : ça je ne sais pas.

Là-bas on ne sait pas exactement ce que j'écris : lorsqu'on me demande, je résume simplement Coup de tête par « une histoire d'amputé cherchant sa main », mais je ne m'étends pas sur la question. Le laboratoire qu'est le blog, les fictions complémentaires et parallèles que j'éparpille : ça je n'en parle pas. Même 17h34 n'est officiellement qu'un « projet d'archives personnelles pour transformation de la vie privée en sanctuaire désespérant » : privé, lui aussi, de fenêtre sur cour, d'angle ouvert au public. Alors voilà comment on se construit soi-même sa propre petite coquille numérique : voilà comment moi je l'ai tracée, et voilà comment elle se développe.

Et maintenant, depuis Cyclososmia, depuis Publie.net, je serais une sorte d'auteur (je ne sais pas si j'ai le droit d'utiliser ce mot ?) : peut-être que c'est différent. Je pourrais ôter les verrous puisque j'écris, cette fois, sans italique : je prise de risque.

Il y a quelques mois coup de sang qui m'a conduit à supprimer d'un geste toutes les photos identifiables de mon compte Facebook et celles du blog : ne reste plus que les reflets incongrus quotidiens de mes 17h34 successifs. À la suite de cette pulsion frénétique, touche échap martelée, croisé F. pour une de nos trop rares conversations numériques qui m'avait dit : « tu me rappelles C. : son cauchemar est que l'on sache qu'il écrit ». Il est inutile de savoir ici qui est C. : moi-même, je ne suis plus très sûr de savoir, car je mélange maintenant les initiales amputées, ne retrouve plus toujours les corps auxquels ils correspondent. Peut-être que mon cauchemar est que l'on sache, non pas que j'écris, mais ce que j'écris : et peut-être que pour cette raison, sans italique encore, je prise le risque. Dois le prendre. Mais, comme à mon habitude, avec discrétion : discrétion méticuleuse : discrétion slash invisibilité.

dimanche 31 janvier 2010

Maintenant sur Publie.net

C'était en chantier, maintenant c'est en ligne. Qu'est-ce qu'un logement et le Livre des peurs primaires aka les Fictions du bord de l'oeil sont disponibles depuis ce matin sur Publie.net. Les deux textes sont téléchargeables sur les pages suivantes (cliquer sur couvertures pour ouvrir), 5.50€ par fichier, lecture possible sur PDF, liseuse ebook ou directement en ligne :

logement.jpg peursprimaires.jpg


Remerciements bien sûr à François Bon pour l'accueil fait à ces deux textes mais aussi à Cécile Carret qui a travaillé sur la correction de Qu'est-ce qu'un logement, étape que j'ai particulièrement appréciée l'année dernière. Les deux textes sont écrits par fragments, les deux textes sont des jeux, d'où navigation et narration éparpillées. Bien évidemment, j'invite tous ceux qui passeraient sur cette page à découvrir ces textes et, au-delà, l'ensemble du catalogue Publie.net, pour ceux qui ne connaitraient pas déjà.

vendredi 8 janvier 2010

-20.6°C

Ils ont relevé ailleurs, quelque part dans un coin de l'Essonne, une température de -20.6°, record de l'hiver, pas très loin d'ici. À J., ce matin, la ligne C éteinte, les caténaires gelées, ont fait refluer sur les quais des foules compactes de visages séchés par le froid. Le train entre en gare lentement, frôle les anoraks au bord, un pas de trop derrière pourrait cisailler un membre devant, mais non. Les corps basculent à l'intérieur du train : les wagons penchent. Après avoir repris sa course le train gèle, le froid durcit l'intérieur des vitres, il progresse à l'oeil nu. Il cisaille la moitié du paysage (casse automobile à l'arrêt, montagne de voitures prises sous pyramides de neige, autoroutes de brouillard et parkings ensevelis) avant arrivée Gare de Lyon.
Croquis #16 pris entre Y. et J.

aviateur anglais, blouson cuir, échappé faille temporelle j'crois, écrit carnet de bord sur les genoux, papier jaune, lignes brunes, mot « mission » souligné deux traits secs et schéma géo compris en annexe : mon erreur, déception, c'est juste un banquier de plus en mission pour des ronds

éthiopien dont la beauté palpite, noeud coulant colourfull et par dessus adidas immaculées pantalon velours, orange et râpé d'accord, mais délicatement repassé
000_0002.jpg

mardi 5 janvier 2010

Qu'est-ce qu'un logement. 65

q.gifJ'aime cette idée de texte évolutif : quand bien même arrêté dans le temps, figé sur support (papier, cristaux liquides, encre numérique ?), quand bien même percuté point final une bonne dizaine de fois, quand bien même quand bien même, le texte poursuit sa voix sans accord ni conscience. Le texte croît encore, encore un peu, au rythme d'un paragraphe tous les quatre ou six mois, dans un coin de crâne un peu ailleurs, zone pariétale sûrement bourrée de et si et autres pourquoi pas. Exemple : si Qu'est-ce qu'un logement. se poursuivait un soir de janvier glacial, voilà le fragment qu'il pourrait proposer (résolument un extrait de la troisième partie, ou troisième partie bis, identifiée C ou C' dans le labyrinthe) :
65

Au carrefour du silence et du froid, voilà mes habitudes : je compte mes clés. Je compte un, je compte deux, je compte mes doigts engourdis par dehors et la nuit, je compte en tout six anneaux sur mon porte-clé métal-décapité. Je compte :

1/ chez mes parents qui ne retournent plus mes appels ni ne décrochent quand je harcèle
2/ clé d'immeuble qui n'est jamais rentrée une seule fois dans la serrure : seul le digicode fonctionne
3/ clé d'ancien appartement si dure à copier, facile à tordre
4/ clé de mon ancien boulot que je n'ai jamais eu le luxe d'avoir, mon dernier jour excepté, venu seul au mois d'août célébrer mon départ
5/ porte d'une vieille salle de classe qui, vestige de mes vieux intérims, continue de puer pisse et plomb mélangés
6/ clé usb dont les données hackées ne servent plus aujourd'hui qu'à alourdir le trousseau

Au carrefour du silence et du froid, voilà ce que je fais. Compter mes clés. À présent la nuit tombe, il est temps de dormir. Un coup de pied dans le lampadaire rue Berger pour qu'il s'éteigne, je m'enroule dans mon carton La Poste et siffle entre mes dents un air qui ne me réchauffe pas. Mes potes au coin de la rue, gueules fripées, belle étoile : s'il faut, nous forcerons les Halles et squatterons les couloirs.

samedi 2 janvier 2010

01012010

Maintenant 2009 est mort, on pourrait la brûler. Dans le répertoire Journal, le dossier 2009 pèse 8.5MO (soit 8 091 235 octets), réparti en 248 fichiers classifiés dans douze sous-répertoires (un pour chaque mois). Suffirait d'un pouce, index, fausse manip égarée, touche SUPR enclenchée et 2009 tomberait (tomberait).

Avant Noël H. a lu une première version de 46° 17'N 86° 40'E mais n'a pas aimé (trop froid ou pas assez). Moi non plus, mais j'ignore comment prendre en compte ses remarques & lectures. Le texte est déjà bien ancré sur l'écran et appartient à lui-même : c'est à dire qu'il existe. Le dossier dépotoir lui est destiné, c'est encore un échec (dois-je le comptabiliser dans 2009 ou dans 2010 ?). Je dois oublier les nouvelles car je ne sais (toujours) pas les écrire.

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Ajout du lendemain pour la veille

J'ai peut-être compris, un mois plus tard, les remarques de H. sur 46° 17'N 86° 40'E. Alors j'ai repris le texte et j'ai coupé. Ne pas hésiter à oser plus et trancher la parole même, malmener le personnage qui se détache. En faire aussi une traque, violenter un peu le corps inerte qui s'enfonce entre l'écorce. La seule phrase réelle est la suivante : Cette histoire est comme toi : sans suspens ni récit, elle ne crache pas un mot.

mercredi 23 décembre 2009

Architexture web : lifecasting

Fictions que j'aimerais écrire mais que je ne sais pas par quel bout prendre. Fictions qu'il aurait fallu saisir à une heure donnée, mais que j'ai laissé échapper, et que je ne pourrais plus jamais retrouver. Fictions déjà découragées avant même d'avoir pu s'écrire. Fictions qui sonnent creux, fictions qui sonnent faux. Fictions « pourquoi pas », fictions « faudrait qu'un jour », fictions « j'abandonne ». Fictions de bas de page, fictions sans paroles, fictions regards échoués sur l'écran blanc du Macbook. Fictions « j'suis pas encore prêt », fictions « j'sais pas faire », fictions « j'aimerais bien mais ». Fictions défaites avant d'être construites. Il y en a tellement que ça fait presque trop. Dans mes notes internes de journal bis non publiées, j'appelle ces ersatz de fictions décapitées des « idées susceptibles d'un jour pouvoir exister » et qui, généralement, n'existent jamais, végètent à ce stade d'idée sans texte, moignons desséchés qui n'ont pas su pousser.

J'aimerais écrire quelque chose (juste « quelque chose ») sur ce phénomène adolescent que je n'ai pas connu (Coup de tête c'est trop tôt, récit initiatique de l'avant Internet) qu'est le lifecasting, comprendre la diffusion vidéo, par streaming, parfois en direct, parfois permanente, de la vie de leurs utilisateurs1. Ceux-ci sont à la fois diffuseurs, réalisateurs, metteurs en scène, acteurs et scénaristes de leur propre petite fiction vidéo. Youtube, ordinateur, micro et webcam sont les outils. Il n'y a pas de texte, tout est image. Donc tout est vrai. Donc tout est faux.

eyecam.jpg

Je ne sais pas qui serai(en)t mon/mes personnage(s). Je ne sais pas quelle serait, justement, la mise en scène. L'instinct, ce serait de ne retenir que le discours, le flux de parole capté micro-webcam. L'oeil de la caméra serait le focalisateur commun de tous les corps en mouvement devant l'écran. Mais pour dire quoi, pour montrer qui, ça je ne saurais pas dire.

Il y a une quinzaine de jours, S. nous parlait des évolutions Twitter qui se rapproche de ces expériences de lifecasting, par exemple :
  • * avec usage d'un GPS qui twitte toutes les X minutes la position de l'utilisateur, savoir en temps réel la position de celui-ci durant ses déplacements
  • * avec placement d'un appareil photos autour du cou qui twitte toutes les X minutes une photo automatique de ce qui est vu par l'utilisateur.
Quelque part, ces expériences, qui sont de l'art conceptuel sans en être (quand on montre tout, on ne montre rien), se rapprochent assez du projet 17h34 (une photo par jour à la même heure de ce qui me fait face, et ce depuis deux ans) et, plus généralement, du blog en lui-même, mais mis en image.

BIGBROTHER.jpg

Le principe est le même pour Youtube, dont le slogan est bien « Broadcast yourself » : à la fois « diffuse toi-même » mais aussi « diffuse-toi toi-même ». Les utilisateurs Youtube ne font pas que diffuser du contenu, on s'y diffuse également le corps, la parole et le quotidien le plus élémentaire, dans des vidéos courtes, extraits de journaux vidéo, montées ou non (vidéo + blog = vlog). Ces vidéos-là sont fascinantes, non pas par ce qui y est dit ou montré (« quotidien le plus élémentaire ») mais simplement parce qu'elles existent. Qu'un adolescent de 14 ans puisse faire son coming out par chaîne Youtube interposée quand je ne parvenais pas, au même âge, à me le murmurer à moi-même est à la fois inconcevable et captivant. Comme fuite en avant (image), c'est fascinant.

youtube-video.jpg

Je ne sais pas ce que j'écrirais si je devais aujourd'hui commencer ce projet qui n'en est pas un, ce texte mort-né puisque inexistant. Je ne sais pas quel serait son titre ni son contenu. C'est 1984 à l'envers, c'est pousser l'autofiction à son paroxysme, c'est s'incarner comme acteur de sa propre vie, mais en image. Il ne s'agit que de « notes pour une idée susceptible d'exister », je ne sais pas encore quoi en faire.
Recherche web : mon nom civil est désormais introuvable via Google. Abreuver cet espace de mots quasi quotidiens ne me rend pas visible pour autant. Je reste encore invisible, loin derrière les mots, fondu en blanc sur blanc dans l'arrière plan de la page. Plus je remplis le blog et plus je suis convaincu qu'il est vide.

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1 Quelques dates pour repères chronologiques : 1949, parution de 1984 de George Orwell / 1963, Andy Warhol tourne Sleep, « anti film » dans lequel John Giorno dort durant huit heures / 1994, Steve Mann propose pour la première fois une diffusion 24h/24 et 7j/7 de son quotidien via caméra vidéo / 1996, lancement du site JenniCam, une étudiante de 19 ans propose de suivre son quotidien par webcam /1999, diffusion de la première version hollandaise de Big Brother, première émission de TV réalité (en France Loft Story,2001) / 2007, Justin Kan lance Justin.TV, où il propose de suivre son quotidien 24h/24 et 7j/7, webcam fixée sur sa casquette en permanence. Plus tard, Justin.TV devient une plateforme de vidéos en direct (réseau aujourd'hui composé de plusieurs milliers de chaînes, parmi lesquelles des chaînes de lifecasting) / 2008, Abraham K. Briggs, 19 ans, se suicide en direct sur sa chaine Justin.TV devant plusieurs centaines de spectateurs.

mardi 15 décembre 2009

Accident de personne

adp.jpg

Depuis plusieurs mois je rassemble, dans l'attente de monter un projet cohérent, des notes quotidiennes, tactiles ou non, sur ce que la SNCF et la RATP appellent les « accidents de personne », et qui désignent souvent les suicidés projetés sur les voies. J'écris des notes, mais je pense fragments, instants, virgules. Le projet Accident de personne a depuis le début été tourné vers Twitter (qu'est-ce que Twitter ?). Une « fiction minute » composée de plusieurs dizaines de fragments de 140 caractères ou moins. À ce jour, j'en ai déjà fixé plus de 70. Idéalement, j'en souhaite une centaine. À partir de 100, je commencerai à trier : n'en conserver ensuite que 60 ou 80. Poster ensuite un fragment par jour, pendant X jours, tous les matins. Aux heures de transport en commun.

Aujourd'hui, 15 décembre, j'ai pu noter dans mes fichiers classés webfiction la formule suivante :
Accident de personne, 17h55 (photo).
Fragment #71, diverses déclinaisons possibles : réactions lentes suite à l'annonce sncf : toutes ces têtes qui crachent sur la chair en charpie (mais à distance) / réactions lentes au bord des quais : visages en chaîne, crachent ensemble sur la chair en charpie (mais à distance) / réactions lentes sncf, salive aux lèvres, prêts à cracher sur les cadavres / réactions lentes au bord des quais : y manquait plus que ça
Liens précieux à archiver sur la question : JIDV (côté conducteur), Largeur (côté passager), Blogencommun (côté commentateurs).

dimanche 13 décembre 2009

Dzoosotoyn Elisen

Je n'ai bien sûr jamais mis les pieds dans le désert de Dzoosotoyn Elisen, ni dans aucun autre désert d'ailleurs, la Sarthe mise à part. Le désert de Dzoosotoyn Elisen sert de point de fuite à ma nouvelle 46° 16,8' latitude nord / 86° 40,2' longitude est (rebaptisée ce jour 46° 17'N 86° 40'E, ce qui revient sensiblement au même) : c'est dans ce désert qu'on trouve le pôle terrestre d'inaccessibilité, c'est à dire le lieu terrestre le plus éloigné des océans.

DzoosotoynElisen.jpg

46° 17'N 86° 40'E est pratiquement terminé, le texte est juste encore un peu trop incompréhensible. Je dois encore écumer les incertitudes et faire mon deuil d'éléments du texte qu'on pourrait qualifier de too much, ceux dont on peut se passer, ceux dont la présence n'est pas indispensable : ce sont les pistes que j'aurais pu creuser mais que je ne suis pas parvenu à tenir et que par conséquent je me dois d'abandonner en route, peu importe l'attachement que je peux encore avoir vis à vis d'eux.

600px-Continental_pole_of_inaccessibility.png

46° 17'N 86° 40'E pourrait être une fin possible à Crise !, fiction climatique esquissée ici ou là depuis une dizaine de mois, postée en laboratoire ici-même sur le blog. 46° 17'N 86° 40'E embarque des réfugiés dans un train, tourne autour des cartes, prend le désert de Dzoosotoyn Elisen comme Eldorado mis à sec. Comme rempart contre les miasmes, le silence, et les révolutions indigènes, il y a le sable et le silence. Je reste dans le sillage de Volodine, également, puisque le texte sera envoyé pour proposition pour Cyclocosmia 4. J'ai encore un mois et demi devant moi pour relire et corriger le texte, c'est suffisant.

samedi 5 décembre 2009

Coup de tête 3/5

potable.pngEn réalité, et comme il a déjà été indiqué précédemment, il s'agira plutôt d'un 3/4, la cinquième partie de Coup de tête ayant été préventivement supprimée – avortée, amputée. Cette troisième partie, terminée depuis dix jours environ, aura duré cinq mois. Un peu moins peut-être, juillet/août ayant été consacré à 1) repos et 2) Ernesto & variantes.

La troisième partie plus courte que la deuxième (deux mille mots de moins), ce qui n'était pas nécessairement prévu mais tombe finalement sous le sens, puisque cette partie voit le déroulement d'une journée complète, pas plus. On ne pouvait pas vraiment aller au-delà.

Par rapport à la partie précédente (enterrée sous gare), le narrateur s'élève, gagne en altitude. Les cartes, photos et souvenirs m'ont été utiles, mais pas trop. Je me rappelle qu'à l'époque des premiers/deuxième jet (c'est à dire il y a trois ou quatre ans) V. s'étonnait que j'ai besoin, pour progresser dans mon récit, de repérages géographiques sur les lieux du crime, ville, gare ou montagne. À présent je n'en ai plus besoin, car chaque lieu, chaque plan, a déjà été malaxé suffisamment et digéré par le texte. Maintenant les lieux traversés sont clairement fixés à l'intérieur et ce travail, déjà effectué en amont, n'est plus nécessaire.

Court extrait pour illustrer la partie 3 : court car d'autres extraits ont déjà été publiés ici ou au fil de la plume. Dans celui-ci, autre dialogue, narrateur plongé dans une supérette, corps miné et dicté par la faim. Rencontre avec un employé qui le prend sur le fait en plein vol.
- Qu'est-ce t'as dans la poche, il me fait, la gueule bien droite, bouteille Schwarzkopf fermée remise sur les rayons, qu'est-ce tu caches, montre, montre-moi ce que c'est que tu caches.
- Moi ?, je lui réponds, sac Lafuma fermé omoplate-gauche, ma main, main droite, découpée-brève sous les coutures et pisse bouillante à l'envers de mes tripes.
- Sors ta main de ta poche et montre.
Je me recule, paume frôlée contre le bord du tapis roulant. Je cherche un truc à attraper au vol et lui balancer dans la tronche, je pense, je cherche une batte moisie pour lui défoncer le crâne, une agrafeuse à lui scotcher dans la tempe, je pense, sauf que sur le PVC du tapis, je constate, tout ce que je trouve, tout ce qui s'accroche sous ma paume gauche, c'est une de ces barres plastique marquée « client suivant ». Je pourrais la lui balancer dans les dents ou lui enfoncer dans la nuque, mais franchement je vois pas trop quel genre de dégât ça pourrait lui faire.

Il s'est collé devant moi pour me boucher la sortie. Autour y avait des paquets de lessive et barils de bouffe pour chien. Moi j'étais derrière. Le seul moyen pour lui passer devant, c'était soit de faire le tour par le rayon boucherie, soit de lui foncer dessus pour dégager les portes automatiques.

Il attend que je bouge pour réagir. Là où il est, je pense, tout seul, je pense, l'un contre l'autre et lui face à moi, je vois, c'est juste impossible qu'il puisse appeler les flics. Impossible.
- Tu vas enlever la main de ta poche et tu vas|
Je regarde autour de moi : aucune issue frontale, aucun hachoir caché que je pourrais lui planter entre son œil et l'autre.
- Quelle main ?
Il se penche sur sa droite, donc ma gauche, m'attrape par le col de mon blouson Lévis. Il tend le bras pour atteindre le combiné qui dépasse de sous sa caisse, je crois, sauf que son bras est trop court pour pianoter sur les touches, on dirait, et donc son équilibre il est en train de le perdre. Ce gars, je pense, pendant que ma main, main droite, se défait et que sa main, main droite, se gonfle depuis les veines du poignet jusqu'au bout des doigts

Le poignet : artère radiale, artère ulnaire, arcade palmaire superficielle, nerf médian, tendons fléchisseurs, nerf ulnaire, muscles courts et opposants, lombricaux... L'affiche d'anatomie de l'époque collée en face de mon lit, même quand je veux pas la voir je la vois quand même.

il a pas dû regarder beaucoup de films d'action dans sa vie, je me dis, parce que sinon, sinon, il saurait qu'on peut pas retenir un type en le serrant d'une main par le col. Une main c'est pas assez. Du coup, il me voit pas m'arracher vers l'arrière pour le déséquilibrer complètement, me défaire de ses doigts trop mous, et sortir, sortir ma main, main droite, de sous ma poche, main droite vraiment, pour la lui coller sous le pif, calibre 9 ou 11mm entre les doigts, détente pressée dans l'instant, cervelle crachée lourde sur le carrelage derrière et cadavre tombé sec à mes pieds. Une gerbe de sang projetée du sol au faux plafond, ma sale gueule fouettée par la décharge, douche hémoglobine prise 37° entre Le Chat Machine et Canigou Viandes Blanches. Sous mon t-shirt et sous mes bras, la sueur se remet à couler comme si mon corps réagissait au reste.

dimanche 29 novembre 2009

Architexture web : origine des pages

Je découvre un site comme j'ouvrirais un livre, c'est à dire que je cherche la première page, c'est à dire que je me trompe. La première page est souvent cachée, détournée, parfois supprimée ou annulée, voire même soustrait aux regards, mise entre parenthèse dans un espace interdit, protégé par mot de passe ou par chicane du réseau, derrière les étalages des bases de données, dans des recoins aux adresses tronquées auxquels on ne peut même pas rêver. Je cherche (traque, loupe) le point de départ chronologique d'un site web, blog ou portail, généralement sans succès, et finis par m'apercevoir que la première page est un mythe, une illusion palpable, une erreur d'appréciation. Un site web n'a pas de point de départ chronologique : on dirait qu'il émerge sur la toile sans genèse, par simple apparition spontanée.

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Blogs, plusieurs cas de figure : la première page est une page test. Ou page d'archive. Ou page vide. La première page d'Omega-Blue reprend mots minimes et texte caduque une nouvelle écrite bien des années plus tôt. Cette première page n'en est pas une. Il faut attendre plusieurs semaines avant de voir apparaître sur le réseau minuscule une page introductive qui, de fait, n'en est déjà plus une. (et ce avant même achat déposé du nom de domaine). Les Remarques et cie de Chloé Delaume commencent par une page 0 mais la page #1 débute par « Par exemple il faudrait ». La page Spip article1 dans Tierslivre nous dit « Il n'y a pas d'article à cette adresse » et page blanche avec ça. Le numéro d'article le plus petit existant est l'article5 « écrire en ligne, écrire la mer » et il n'est pas daté. Et ce n'est pas un point de départ. Dans les deux cas continuation d'un site précédent, effacé des tablettes, et poursuite du travail numérique entrepris en amont. Idem sur le bloc-notes du Désordre où l'on peut lire, environ une semaine après la première entrée (une page zéro qui reprend citation sans texte accompagnateur) : « le Pola journal (...) s'est achevé le 11 mai 1999. 
Le présent bloc-notes se propose donc d'être le prolongement de cette idée de rendre compte du quotidien, au quotidien. » Le début c'est pas le début, c'est la suite. Je remonte le temps et ouvre le Pola journal, première entrée 11 mai 1998, qui renvoie à une tentative préparatoire de ce même Pola journal le 1er juin 1994. Dans mon Netvibes je prends la République des livres, je prends Stalker, je prends Lettres ouvertes. Pas d'incipit mais de l'actualité, prise en cours de route, comme si le blog, comme si le site, avait toujours été là et défiait quiconque de prouver le contraire. Les sites ne sont souvent que prolongement d'autres sites, créés plus tôt, fermés depuis. Alors il faut remonter le temps.



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Sur internet remonter le temps c'est possible, la cabine s'appelle Wayback Machine, robot oeuvrant pour les Archives de l'Internet et qui a pour but une photographie régulière des différentes strates du web. Une même adresse (c'est à dire un même lieu) peut développer des colonnes de pages différentes émises et propulsées au fil du temps. Comme référent il y a la page, mais aussi la date, le temps. Tierslivre revenu 2004 devient donc « François Bon, le site » , mais ce n'est pas assez, pas suffisant, on remonte avant nom de domaine jusqu'à http://perso.wanadoo.fr/f.bon/, décembre 1998, mais page d'accueil, ce n'est pas encore la première entrée, et la machine échoue à remonter au-delà. On n'aura pas la première page, on ne sait pas ce qu'elle pourrait dire.

D'ailleurs une première page c'est quoi et comment la définir ? La première page est souvent page test, ne dit rien, reprend juste un template souvent par défaut, ou un fond uni vierge de tout code. C'est avant le titre, avant les liens hypertextes, avant les tableaux. C'est avant le html, probablement écran vierge, curseur clignotant. Ce n'est pas cette page que je cherche alors précisons. Premiers mots, plutôt, première phrase. Aucune piste. Je n'ai pas de réponse. Mes propres sites passés, perdus, effacés, éparpillés sur la toile n'ont pas d'origine, de première phrase. Les versions les plus anciennes toujours consultables sur la toile, par le biais de la Wayback Machine, sont déjà versions 2 ou 3 adaptées des moutures précédentes. Les phrases listées ne sont que des compte-rendus d'informations présentées en lien, souvent par colonnes, dans des tableaux élaborés à la main, rudimentaires, quand il était encore permis de coder comme on gribouillait, c'est à dire mal.

Cette quête impossible est pure curiosité personnelle. Ce sont mes premiers mots, mes premières pages, qu'en réalité je recherche. Après plusieurs tentatives, via la Wayback Machine, et après être parvenu à tromper et manipuler le robot, en passant notamment par des URLs détournées, depuis devenues obsolètes, je suis parvenu à remonter la trace de ma propre présence en ligne. La première page jamais présentée sur le net est une page écriture blanche sur fond noir. Le lien de l'image a expiré depuis longtemps. Le paragraphe introductif (en ce temps là nous croyions encore au principe de la page d'accueil) ne raconte rien et je ne l'ai pas écrit. Le nom précisé en signature n'est pas le mien, ni même l'un de mes divers pseudonymes de l'époque. C'est un autre pseudonyme, bien sûr, mais qui appartient à quelqu'un autre. Quelqu'un qui a depuis cessé d'exister et que je n'ai jamais connu. Quelqu'un dont j'ignore le nom réel et que je ne me rappelle pas avoir croisé. Quelqu'un dont rien ne me prouve qu'il ait un jour été quelqu'un. Mes premiers mots sont donc les siens. Et lorsque je clique sur le lien permettant de pénétrer sur le site réel, dédoublé derrière l'ombre de sa page d'accueil, la Wayback Machine m'avoue ses limites : cette page n'a pas été archivée. Elle n'existe plus. « Failed connexion », dit la machine. La page concernée portait comme extension « sommaire.html »). On n'en sort pas.
Le premier noeud de toute l'arborescence est encore ailleurs. Problème lié à l'archive de tout ce qui a un jour été écrit (et que je me propose de reproduire très régulièrement, tous les X mois) : on ne peut jamais remonter assez loin, assez haut dans le temps. Ma première entrée du Journal, octobre 1998, n'est pas la première. Avant lui un autre journal perdu dans la poussière. Et avant lui encore, d'autres fictions étroites et minuscules, jamais terminées, qui ont fini depuis longtemps de pourrir à l'air libre. Et avant elles encore, d'autres histoires jamais fixées, mais prises à l'intérieur de ma tête. Et avant elles d'autres livres tracés par d'autres auxquels je n'ai jamais pu avoir accès. On n'en sort pas.

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