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dimanche 7 juin 2009

Sept six neuf

Coup de tête deuxième partie se termine, je me répète. Une dernière relecture cette semaine et ce devrait être bon.

J'ai commencé en parallèle la reprise de la troisième partie. Les choses sont plus compliquées. Les parties un et deux ont été tellement réécrites que je les ai sous la peau, avec le recul le texte s'est décanté relativement naturellement. La troisième partie est différente. La troisième partie, de toute évidence, est une saloperie. Je ne sais pas trop par quel bout la prendre.

Au fond ce n'est pas la structure du truc qui me fait peur, mais plutôt l'altitude. Le vide du panorama, l'air pur et l'herbe verte. Me manque la crasse, le ciment, l'écho plein sous les escalators. Me manque le bruit, l'asphalte et le reste. Ici je me perds en altitude. J'ai laissé filer le personnage en cours de route. Il faut le reconditionner. Il faut oublier ce qu'il était dans les versions précédentes et qui ne correspond plus à grand chose. Il faut faire, défaire, et refaire encore.

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Je me suis rendu compte il y a quelques jours que Coup de tête était au centre de tout, depuis des mois, années. Ce n'était pas conscient, bien sûr, mais tous les projets, fictifs ou réels, aboutis ou ratés, pointaient vers ce roman là. Le textes du blog, les nouvelles écrites au fil du temps, et même quelques tentatives de trucs plus longs, les Qu'est-ce qu'un logement., Livre des peurs primaires ; tout devient laboratoire à visée unique C'est avec Ochracé que j'ai appris à manier l'ellipse saccadée, c'est sur Scapulaire que je me suis entraîné à multiplier les points de vue, c'est avec Sablier que j'ai appliqué la première fois une méthode de travail efficace. Idem avec le Livre des peurs primaires où tout arrive et n'arrive pas dans le même mouvement. Le seul truc à part, c'est peut-être Cette vie, encore que.

Bientôt il me faudra terminer non pas un roman, un projet, mais un cycle. Ces difficultés actuelles deviennent usantes, j'ai encore l'impression de buter comme aux premières pages des premières versions. Nous sommes trois ans plus tard, et tant d'expériences ont été effectuées, comment se fait-il que la décoction soit toujours aussi douloureuse ?

Correction : j'ai repris plus tard tout ce qui avait été écrit aujourd'hui (si peu). J'ai tout repris. C'est mieux. Mais toujours obligé de fixer une personnalité dans des comportements cadres, des tics de vie. Comment faire autrement ? Peu importe. J'aurais au moins réussi à renverser la vapeur. La page médiocre s'est changé en page moyenne susceptible de. C'est déjà un début.

dimanche 3 mai 2009

A corps ouverts

Sarl, personnage de Scapulaire, agresse un corps silencieux au hasard d'un lieu de passage, il le plante, le retourne et lui découpe la peau du dos pour en extraire la scapula (omoplate) tant recherchée : celle qui lui manque.

X, monstre de Melliphage se laisse nourrir de la peau vers les lèvres chaque jour, à la même heure, plongée dans un océan boueux de difformités visqueuses (étoilées diront certains).

Y, narrateur de Cette vie, se laisse envahir par les cadavres et larves d'insectes, névrose phobique qui le recouvre petit à petit en l'espace-fiction d'un battement de paupière.

Z, narrateur de Coup de tête, avance mains dans les poches dans l'été Canicule que l'on sait, main droite amputée qui lui remonte du poignet jusqu'au coude et parfois vers l'épaule lorsque la sueur s'écoule. Plus tard, il s'arrache la peau du moignon au scalpel improvisé et s'écrase sur l'asphalte fumant d'une autoroute : corps pris contre la tôle comme démantibulé, noyé entre pare-chocs gratuits et autres enjoliveurs.
Le saviez-vous ? Il y a 230 articulations dans le corps.
Plus généralement, tous mes personnages (les miens ou ceux des autres, ceux qu'il m'arrive de frôler) ont des syndromes, des membres en moins, des peaux arrachées. Entre les plaies on voit les muscles battre et les artères gonfler. Lire ou créer un personnage, pour moi, c'est assister à une séance d'autopsie vivante, une galerie-webcam seconde par seconde à ciel ouvert. Alors je ne pouvais pas ne pas me rendre à cette exposition, ne pas céder à la tentation d'ouvrir les corps à mon tour, depuis plus d'un an que j'y pense et que je rêve d'y aller.

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H. et moi arrivons fin de matinée devant les portes vitrées, peu de corps (vivants ceux-là) nous précèdent. J'ai dans l'idée que H. m'accompagne dépourvu d'enthousiasme et que sa présence à mes côté tient plus du compromis que d'une réelle envie viscérale qui le pousserait à admirer tripes et boyaux précipités plastiques ou autres alvéoles pulmonaires devenues fractales polymériques. Mais cette phrase je la pense avant de l'écrire et d'acheter (cher) les billets pour l'exposition et je me demande comment on peut ne pas se laisser presser contre elle avec envie. Je crois supposer dans les silences qu'on se partage que c'est là un caprice qu'il m'accorde et que j'assume (essaie d'assumer).
Le saviez-vous ? Le cerveau envoie les informations à plus de 380 kilomètres par heure.
Ils ont remplacé tous les fluides corporels (lit-on) par de l'acétone. Ensuite ils ont plongé les « spécimens » dans du polymère liquide (lit-on) qui a pris la place de l'acétone. Ensuite sèche-cheveux (déforme-t-on) puis sortie d'usine des Ken plastifiés et autres corps en miettes. Ensuite ils les ont piqué sur des tiges et suspendu en l'air ou installé sur des vélos d'appartement.
Le saviez-vous ? La surface de la peau humaine représente 2 mètres carrés.
Les corps sont mis en scène, selon les situations présentées les os s'accordent et muscles désaccordés se répondent, détendus ou fléchis en fonction des positions rencontrées et des efforts fournis. Un écorché joue au football, l'image est figée au moment où. Les tissus s'attachent par dessus les muscles bandés pendant l'effort. Le mouvement coure sous la peau invisible et pourtant rien ne bouge.
Le saviez-vous ? 15 millions de cellules sanguines sont détruites chaque seconde dans le corps humain.
Nous frôlons l'ombre des organes suspendus, des crânes figés sous verre. Nous comptons le nombre de plaques assemblées sous la vitre (frontale, temporale, pariétale, occipitale), nous détachons délicatement les maxillaires (si seulement), nous retirons en silence, à l'abri des regards, l'arrière de l'occiput, nous retournons la plaque, nous y plaquons une loupe emportée au cas où ; nous cherchons au juste où ont pu être gravées les millions d'inscriptions millimétrées que la mémoire a dû stocker sur les parois intérieures de l'os. De cette façon, j'explique à H., c'est le passé d'un mort, d'un spécimen, que nous pourrons retracer en brail, son histoire brute directement sous l'ongle à décoder.

ourbody3.jpg Midi passé, il fait trop chaud contre les murs noirs. Je perds lentement mon souffle. Mes genoux craquent au moindre pas. Pas vraiment le temps de faire une pause, ni même de s'accrocher aux vitres pour admirer les bronches cristallisées. La masse de corps qu'on souhaiterait morts mais qui ne l'est pas se presse, derrière, devant, autour, et force un flux tendu de visiteurs qui ne s'arrête jamais. Trente seconde par vitrine, trente seconde par organe. Dix, quinze, pour les os, les fémurs, les clavicules, banales, pour lesquels on a trop peu de patience. Quelques étudiants prennent notes et croquis, blouse blanche sous le coude. L'un d'entre eux me regarde le regarder. J'explique à H. que si ce corps là était découpé vertical comme la figure 12-C précédente, c'est mon visage, peut-être, que l'on verrait remonter depuis la pupille jusqu'au cortex visuel primaire, projeté inversé contre les parois cérébelleuses, puis peu à peu dissipées, évaporées dans la mémoire, disparu contre les parois trop lisses de son crâne poreux.
Le saviez-vous ? Nous clignons des yeux environ 20 000 fois par jour.
Je cherche une main, main droite, coupée-ouverte de haut en bas et dénudée, peau retroussée. Je cherche l'omoplate de Scapulaire, extrait au cutter puis perdu dans le liquide-ciment d'à côté. Je cherche, je cherche au fond toutes ces situations un jour apparues, la seconde suivante fixées ailleurs sur papier et jamais réellement retranscrites comme il aurait fallu. Je cherche au fond ce que j'ai failli à matérialiser. Peut-être que quelqu'un, avant moi, a déjà pu produire ce même travail à ma place. Peut-être que ces corps là sont quelque part, devant, derrière, autour de moi et que je les ai manquées. Je demande à H. d'ouvrir l'œil de son côté, histoire de ne pas les louper.
Le saviez-vous ? Le corps humain a besoin de 39 kilos d’oxygène par jour.
Nous quittons l'exposition en début d'après-midi, l'estomac ouvert sur une faim timide mais réelle. Je demande à H. ce qu'il en a pensé, j'essaie de trouver ce que moi-même je pourrais en dire. Quelque part, sans doute, une certaine déception. Le corps démembré comme objet, mais non pas comme œuvre d'art, comme il aurait dû. Les foules pressées autour de nous nous ont empêché de clairement apprécier la déambulation parmi les tissus éclatés. L'éclairage pesant, le kitsch de la mise en scène, nous rappelle que ces cadavres n'en sont pas, que ces spécimens le sont trop, que la chair n'est pas tendre et que la machinerie ne tourne plus, que le sang brut ne jaillira pas des artères. Le plastique de ces peaux n'a réveillé en moi aucune des vérités fantasmées que je croyais enfouies quelque part sous l'épiderme. L'autopsie n'a pas eu lieu, ou plutôt si, nous l'avons ratée simplement. Ne restent que les images papier glacé que l'on connaissait déjà : vascularisation du foie, aorte, bronches-fractales éparpillées et chiasma optique. On aimerait tendre la main et frôler l'objet froid derrière la vitre, sauf que... Le seul corps qui m'ait ému, j'explique à H., c'est ce spécimen en pleine foulée, muscles contractées selon l'effort, qui au fur et à mesure de sa course voit les strates de son organisme se défaire : muscles décollés, nerfs et tendons détachés, artères et valves ouvertes, éparpillées. Course lente, étape par étape, d'un corps sain vers sa propre destruction plastique. Nous aurions pu tirer sur ces lamelles désinfectées, les détacher, ne rien laisser que le squelette et son tuteur, nous aurions emporté ses tissus, cellules, comme un souvenir, un mug, une branche préservée d'ADN. Et puis nous sommes sortis les mains vides, les yeux tournés vers ailleurs. Un peu plus loin, marchant toujours, H. m'explique qu'il savait, savait d'avance que ces corps là ne pouvaient pas me satisfaire. Je réfléchis longuement à une phrase fameuse que je pourrais lui répondre dans l'optique de la retranscrire ensuite entre ces lignes mais je n'en trouve aucune. Sarl, personnage de Scapulaire, cutter dans la main, scalpel dans la tête, n'aurait même pas franchi le seuil de cette exposition, il n'aurait rien eu à y faire. Moi-même, stylo en main, scalpel en tête, je n'étais pas au bon endroit, dans la bonne salle.

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Midi déplacé quatorze-heures, nous mangeons en silence un tournedos saignant à l'Auberge des sept plats, rue de Sèze. L'ironie, aujourd'hui, est carnassière. L'exposition du jour est un double échec, quelque part (ce que j'explique à H. pendant que le sang ronge liquide le reste de purée au milieu de mon assiette), puisqu'elle ne m'aidera pas à mieux écrire les corps sur la page, pas plus qu'elle ne me permet de décoder les raisons opaques qui m'ont poussé à m'y rendre. Au contraire (H. me répond, son assiette déjà vide et la purée avalée), ce n'est pas rassurant d'avoir pu écrire Scapulaire et le reste sans avoir eu besoin de cette expo ? Puis je termine mon tournedos (ce qui veut dire que j'en laisse la moitié). Remettre les choses en perspective (ça s'appelle).
Le saviez-vous ? Dans une vie, le cœur pompe l’équivalent d’1 million de tonneaux de sang.

samedi 4 avril 2009

Que faire de Cette vie ?

cette-vie.jpgCoup de tête en lent chantier, mais chantier quand même, Qu'est-ce qu'un logement. actuellement en cours de correction/mise en page/préparation pour publication Publie.net (c'est dit sur le ton désinvolte des mots habituels, mais c'est une vraie information, je précise), le livre des peurs primaires lancé et mis en ligne et, par conséquent, en cours d'écriture permanente ; les choses avancent, les textes s'emballent et existent d'eux-mêmes ou sont en passe d'exister ou bien alors font tout pour et ce n'est déjà pas si mal. Reste Cette vie, terminé depuis un an et demi, qui collectionne les refus d'éditeurs, parfois argumentés mais souvent pas. Après un an et demi, se poser la question du qu'en faire parce que franchement je n'en sais rien.

V. m'apprend la semaine dernière que le festival du livre de Mouans-Sartroux récompense des manuscrits non-édités répondant au non-thème « fiction d'ailleurs » par une publication chez Actes Sud. Je l'en remercie au passage. Cette vie serait parfait pour ce thème là, c'est à dire qu'il n'y ferait pas tâche. Mais j'hésite. Trois versions papier à imprimer-relier plus version numérique CD (!) à joindre au tout plus l'expédition du truc en elle-même et les sommes pour rien à engager là-dedans. Pour rien, parce qu'évidemment ce n'est pas viable cette histoire. Cette vie n'est pas lisible par un comité de lecture et ne remportera aucun concours de rien. Cette vie n'est pas vraiment lisible du tout, d'ailleurs, et fort honnêtement je me demande bien quels ont été les rouages qui ont pu me conduire à la composition d'un tel mécanisme. Se dire qu'un an avant Qu'est-ce qu'un logement., texte indéfinissable, j'écrivais ce truc qui n'avait rien à voir avec rien. Aujourd'hui je garde les feuilles refusées entre les mains, relis quelques lignes, le qu'en faire résonne toujours autant et, pire, aucune réponse n'émerge.

Autres options possibles (traduction : auxquelles j'ai pensé) : la mise en ligne internet, tout simplement. De cette façon, le texte, personne n'en voudra, mais au moins il sera lu par ceux qui l'auront voulu. Plutôt qu'un PDF tout bête, je passerais alors par l'intermédiaire de la plateforme M@nuscrit proposée par les éditions Léo Scheer, je pourrais en même temps toucher plus de lecteurs (encore que). Mais la visionneuse flash avec pages qui se tournent au clic me m'intéresse pas vraiment. Et puis je me suis toujours mis dans l'idée qu'un texte mis en ligne devait faire l'objet d'un vrai effort d'adaptation au support, une plateforme créée pour le texte avec expérience de lecture prenant en compte les particularités d'Internet. Il serait probablement très stimulant et intéressant de se lancer dans la création d'une telle plateforme. Problème : je n'ai pas le temps ni l'énergie de consacrer des heures de travail à un projet déjà terminé depuis si longtemps à mes yeux. On est revenu (du coup) au point de départ.

Ou plutôt non : le temps que j'ai passé à ressasser tout ça entre deux gares (une semaine) et la date limite du festival du livre de Mouans-Sartroux est passée (jeudi dernier, cachet de la poste faisant foi), j'ai préféré ne rien envoyer1. Reste la non-solution : que les choses restent comme elles sont et ont toujours été. Ce manuscrit démultiplié restera sagement mort dans l'un de mes tiroirs. Un jour, peut-être, je le ressortirai. On verra à ce moment là. On n'est pas pressé. On a le temps. Et puis si l'on oublie, au fond, ce n'est pas bien grave, on ne recule pas, on avance juste dans d'autres directions.

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1 Ou pas : démêler le vrai du faux de la fiction dans le journal du blog dans la continuité des choses. Des fois je dis des trucs qui n'y sont pas.

samedi 28 juin 2008

« Cette vie » : Refus #8 & #9

As usual...



samedi 10 mai 2008

« Cette vie » : Refus #6 & #7

Ces lettres là arrivent par paire. On n'épilogue pas sur la première : habituelle, disons.





La seconde, en revanche, a au moins le mérite de proposer quelques lignes (manuscrites) histoire d'expliquer le pourquoi du comment. Aucune idée de ce que je suis censé penser de ces lignes là (je veux dire : je ne sais même pas quelle réaction j'ai lu en les parcourant), si ce n'est que ces particularités pointés dans le texte sont toutes justes. Mais c'était un peu le but de la manœuvre. Enfin bref, je reste sur cette dernière phrase absolument charmante : tout ceci sonne un peu faux. Précisément.

samedi 26 avril 2008

« Cette vie » : Refus #5

On entame à présent la deuxième salve.



Voilà qui rejoint ce que j'écrivais déjà il y a peu ; pour la prochaine salve, je me fais passer pour un traducteur anonyme ayant découvert un manuscrit d'un auteur croate inconnu par hasard, c'est dit.

dimanche 6 avril 2008

« Cette vie », deuxième salve

Cinq mois après l'envoie de la première salve, plusieurs mois et/ou semaines après les différents refus égrenés par lettres et coups de fil interposés, comme annoncé ici et , je prépare la deuxième salve.



Six nouvelles moutures du manuscrit réimprimés hier (à un prix prohibitif, comparé à la dernière fois, à l'avenir je reviendrai toujours à Sainté pour faire faire mes impressions !) et pendant l'heure qu'il a fallu pour cracher ces nouvelles rames de papier, on s'est un peu baladé dans les rues du Mans. Passage à la Fnac, à la librairie Thuaaard. Déambuler au milieu des livres et mes yeux qui glissent automatiquement maintenant sur le bas des couvertures, découvrir peut-être des éditeurs inconnus, des éditeurs susceptibles d'éditer ce que je fais tout en sachant pertinemment que je perds mon temps. Surtout à la Fnac.

Je ne suis pas réellement découragé (pour ça, il aurait fallu être encouragé à un moment ou un autre), je me dis simplement que la production littéraire française (francophone) manque cruellement de diversité. Et s'il n'y a pas que de mauvaises choses, le problème réside probablement dans le fait qu'il s'agit souvent de la même (ou des mêmes) chose(s). Je suis curieusement persuadé que « Cette vie » serait moins mal accueilli si je le travestissais en roman étranger (peu importe la langue) traduit en français. Curieux, je sais. A garder dans un coin de la tête pour l'avenir, peut-être...

D'ici trois à cinq mois, je recevrai les prochaines réponses, accusés de réception, lettres ou autres. Je ne sais pas si, au bout de ces six nouveaux éditeurs, j'en trouverai d'autres susceptibles de motiver une troisième salve. J'ai déjà l'impression de contacter des éditeurs qui ne sont pas du tout appropriés. Par défaut. Alors que ces mêmes éditeurs croulent déjà sous les manuscrits quotidiennement refusés, au point de camoufler leurs adresses de livraison sur leurs sites internet. Voire même, pour certains, d'expliquer clairement et textuellement qu'ils ne souhaitent plus de nouveaux textes pour les mois à venir.

Voilà qui m'apprendra à écrire des trucs que personne n'écrit, que personne ne lit, que personne ne veut. Je ferais mieux de revenir à « Coup de tête ». Ça tombe bien, c'est prévu.

vendredi 7 mars 2008

4h : pleuvent les rêves

Quatre heures du mat', horaire propice à l'écriture des rêves. C'est comme ça que le squelette de « Cette vie » s'est imposé, je l'ai déjà répété ici un certain nombre de fois. Hier, c'est comme ça qu'une autre idée a germé. Réveillé à quatre heures, donc. Levé à quatre heures quinze et à quatre heures dix-sept (tout ça est très précis, je suis très méticuleux, genre control freak tout ça) je me mets à l'écriture de ce rêve particulier qui m'a bien remué. Je m'arrête d'écrire quarante minutes et cinq pages plus tard (4h57), j'ai sur mon cahier bleu (anciennement vert) une nouvelle intrigue, un nouveau squelette, une nouvelle idée. Et même si je ne pourrais en réalité garder qu'une toute petite partie du rêve, et même si ça ne produirait qu'une nouvelle, rien de plus long, c'est un poil agaçant. Parce que, comme je le disais déjà il y a à peine deux semaines, je suis déjà plongé dans trente-six projets à la fois. Que ce n'est pas malin. Pas viable. Pas pro-du-ctif. Une nouvelle, un roman, une pseudo-novella en attente. Plus cet autre petite chose sur le net. C'est beaucoup beaucoup trop. Ce qui fait qu'en réalité je ne me concentre sur rien, je me disperse. Je m'étale. Je me perds.

Aujourd'hui, du coup, je me remets dans « Cette mort » (titre toujours très provisoire), histoire de me concentrer quelque part. Mais, comme souvent dans les fictions que j'esquisse, il s'agit d'un récit confus, obscure, emmêlé. Probablement incompréhensible ou si peu. Encore un truc franchement impubliable, à croire que je le ferais exprès, histoire d'avoir une excuse pour ces refus en vrac et en pagaille.
Et pourtant ce truc, « Cette mort », c'est un jeu, un parcours labyrinthique avec au bout, le sens caché de tout le bordel. Une histoire sans intrigue, une fiction éparpillée, qui ne veut sans doute rien dire, et pourtant je dois lui trouver une clé, un point de fuite, un sens. Affaire compliquée. Parce qu'à la base c'est un rêve, et un rêve parcellaire qui plus est. Alors sur la page, les mini-chapitres s'enchaînent, la narratrice se noie, parfois, dans ses propres incohérences. Je dois bien organiser la chose. Ne pas trop forcer les absurdités, les anachronismes, les amnésies. Je dois bien délier mon fil rouge, mieux que ça. Pour aller quelque part, ne pas me paumer en cours de route. Relire Truman Capote, également. Et puis surtout : comprendre avant de me laisser aveugler par tout ça. Dieu que c'est compliqué.

En environ deux semaines d'écriture légère : entre cinquante et soixante pages et un peu moins de cent mille signes. La moitié peut-être. En réalité je n'en ai pas la moindre idée.

mercredi 20 février 2008

Écrire 36 trucs en même temps, c'est une connerie...

...mais ça m'empêche pas de le faire quand même et en toute connaissance de cause en plus.

Pourtant, ces temps-ci, j'écrivais pas. Y arrivait pas. Sauf qu'entre temps j'ai eu une idée qui a chamboulé tout ça. Un second volet pour « Cette vie », en fait. Non, ce n'est pas exact. Le second volet d'un dyptique dont « Cette vie » serait le premier. Voilà, c'est plutôt comme ça que ça se présente. Du coup, comme c'est un projet-miroir, temporairement, je lui ai donné le nom de « Cette mort », bien conscient de la nullité de la chose. Le point positif, c'est que je n'ai pas à me creuser pour trouver un titre (provisoire ou non) à présent.

« Cette vie » provient d'un rêve que j'ai intégralement recopié à quatre heures du mat', ça je l'ai déjà dit. « Cette mort », c'est également un rêve. Un rêve fuyant, car lui, je ne l'ai pas écrit au réveil. Un rêve fuyant dont j'ai oublié les trois quarts. « Cette mort », c'est un récit sur la mémoire, sur le temps, et, comme « Cette vie » d'ailleurs, sur la fiction.
J'ai commencé la rédaction de la chose hier dans la soirée. Ai poursuivi aujourd'hui. Sauf que quelque chose cloche, ça ne fonctionne pas vraiment. Sans doute devrais-je recommencer. Non. Sans doute devrais-je préparer un minimum le terrain, pour une fois. Il faudrait que je planifie un minimum, d'autant plus que la chronologie est complexe. Il faudrait que je sache dans quoi je me lance. Et ce n'est pas gagné.

En attendant : « Scapulaire » et surtout « Coup de tête » restent au repos. Chaque chose en son temps.

Pour la suite, je ne sais pas trop. Il faudrait que je repense la chose. Que je la clarifie. Que je la rumine. Pour l'heure, ces dix premières pages esquissées entre hier et aujourd'hui me serviront peut-être, qui sait. J'en ai aussi trouvé l'épigraphe (André Breton, toujours) : une citation tirée cette fois de Poisson Soluble.
L'écho présent est celui des larmes, et de la
beauté propre aux aventures illisibles, aux
rêves tronqués. Nous arrivons à destination.

samedi 16 février 2008

« Cette vie » : Refus #4

Voilà qui commencerait presque à devenir banal...



La deuxième salve à imprimer, relier, poster à présent.

dimanche 10 février 2008

« Cette vie » : Refus #3

Les refus laissent place à d'autres refus, c'est le jeu. Troisième lettre négative sur les cinq envois initiaux : aujourd'hui, c'est Denoël.



Je disais la dernière fois avoir déjà une liste de cinq nouveaux éditeurs en tête ; en réalité c'est plus compliqué que ça. Je voulais pourtant embrayer sur une deuxième salve dès réception du troisième refus. Le problème, c'est que ce roman/novella est bien trop "particulier" pour n'importe quelle maison d'édition traditionnelle. Le problème c'est que je me pose réellement la question de savoir qui pourrait éditer ça. Ma nouvelle liste des cinq pourtant se dessine, malgré tout. On en est pas encore au trente-quatrième refus, on a encore le temps de voir venir...

vendredi 14 décembre 2007

« Cette vie » : Refus #2

Les réponses arrivent plus vite que prévu. Une semaine après le premier refus, voici déjà le deuxième. Voyons les choses du bon côté : ça me donne au moins quelque chose à raconter !



Encore (plus que) trois réponses avant de songer à la deuxième salve, et les cinq prochains éditeurs presque complètement clairs dans ma tête.

dimanche 9 décembre 2007

« Cette vie » : Refus #1

Les réponses à la première salve d'envoi pour « Cette vie » vont finalement plus vite que prévu. Un mois plus tard et voici le premier refus. Je vous propose au passage une copie de la lettre (cliquer pour agrandir) :



Quatre réponses à attendre encore avant de préparer une deuxième salve, et une liste de cinq nouveaux éditeurs qui déjà se dessinent dans ma tête. Difficile de m'y attarder cependant car c'est bien évidemment de l'histoire ancienne, puisque ça n'a rien à voir avec « Coup de tête ».

mardi 30 octobre 2007

« Cette vie », première salve

Un mois d'écoulé après la fin annoncée de l'écriture de « Cette vie » et voilà, ça y est, c'est parti : un manuscrit d'envoyé, et un ! En un mois, les dernières corrections (majoritairement orthographiques) ont eu le temps de peaufiner complètement le texte. Il s'agit donc à présent d'une version complète, terminale, tout ce qu'on veut ; bref, je ne le changerai plus (le texte). Un point final qui vient clore six mois de travail, parfois intenses, et plusieurs versions différentes, toujours décortiquées, épurées, poussées dans leurs ultimes retranchements. Et la sympathique impression d'avoir fait ce qu'il fallait, d'avoir fait ce que je pouvais, d'avoir été au bout de mes envies en la matière. Bref, aucun regret à avoir, et ce peu importe les réponses à venir : je ne suis plus maître de ces contingences là.



Cinq enveloppes, cinq impressions, cinq fois cent-quatre pages, vingt-cinq euros de photocopie, dix-huit euros de frais de ports, un accusé de réception par mail déjà reçu, des béta lecteurs sur les starting block... Et plus que trois ou quatre mois à attendre, avant d'envisager une deuxième salve...

lundi 24 septembre 2007

Achevé !

Pour la première fois je peux enfin dire : je viens de terminer mon roman. Et pour la première fois, cela ne signifie pas que je suis seulement vaguement satisfait de ce que j'ai fait , mais bien que j'ai achevé mon texte : j'ai écrit exactement ce que je voulais écrire.
Par rapport à ses balbutiements, le roman en question a relativement évolué, tout de même. Il s'agit de "Cette vie" dont je vous parle depuis presque six mois ; à la base une nouvelle, puis une "novella", il a finalement suffisamment grossi pour devenir roman (court, mais roman quand même). A l'origine,"Cette vie" est un rêve. Le roman que je viens d'achever est en fait la version retranscrite (et traduite pour le récit) de ce rêve fait en avril et qui m'a forcé à me lever à 4h40 pour l'écrire, le plus vite possible pour en oublier le moins possible. Je me suis ensuite recouché à 5h20 et depuis il n'a pas quitté l'un des coins de ma tête.

Un peu de statistiques, pour la forme : je commence la rédaction de ce qui n'est alors qu'une nouvelle le 28 avril dernier, et j'y apporte les dernières modifications le 23 septembre (hier, donc) après une semaine de retouche fortement dispensable : je venais d'arriver au bout du bout de mon processus de relectures & corrections. La version finale constitue la dernière d'une série de huit versions différentes. La première (le premier jet, basiquement) comportait 29 877 mots (c'est précis), le roman achevé en compte finalement 44 563 (et 281 366 caractères, pour pousser le vice de l'exactitude jusqu'au bout), répartis sur 104 pages (interligne 1.5, police 12). La fin a été modifié à chaque version, à chaque lecture. Mais cette fois-ci c'est la bonne.

Difficile de proposer un résumé de "Cette vie", d'ailleurs je ne m'y risque pas. Juste, histoire de vaguement comprendre le contexte des extraits présentés ci-dessous : ça se passe dans un microcosme indescriptible, la "Fondation", et le narrateur y est professionnellement affecté. Difficile, également, de recommander quoi que ce soit pour la lecture : mieux vaut se confronter au texte. D'ici la fin de l'année, si tout va bien, je devrais envoyer ce roman là à toute une tripotée d'éditeurs pour mieux l'oublier jusqu'aux réponses espérées de ces mêmes éditeurs, six mois ou un an plus tard.
Je ne mettrai pas le roman en ligne ici en revanche. Tout ce que je peux vous proposer, c'est de publier dans ce billet deux extraits choisis par mes soins. Ils ne sont probablement pas les plus représentatifs du roman (quoi que) mais il s'agit de deux passages que j'affectionne particulièrement moi-même. A vous de voir ensuite si ça vous intrigue ou non...

Extrait 1 : Première partie, P.22/104
Le narrateur accompagne, impuissant, le calvaire de sa femme, victime d'une maladie soudaine.

Je m'étais juré que je ne tomberais pas dans ce piège blafard que constituait mon propre sommeil, aussi fis-je tout mon possible pour maintenir mes yeux ouverts aussi longtemps que mon corps pouvait l'accepter. Je regardai avec attention chaque objet disséminé dans la pièce et me forçai à les décrire à voix basse, le plus exhaustivement possible. Ces exercices, en plus de maintenir mon esprit aussi éveillé que l'imposait mon rôle de garde-malade, avait également pour avantage de créer une passerelle orale entre ma femme et moi. Je me plaisais à croire que chaque mot prononcé à voix basse et soufflé contre ses tempes me permettait de percer le secret de ses sens. Chaque son que je m'efforçai de murmurer me rapprochait un peu plus d'elle-même et nous permettait à tous les deux de mieux endurer la maladie. Rien n'était épargné par l'avalanche scrutatrice de mes paroles : les livres, les feuillets et dossiers entreposés sur les rayons de la bibliothèque, les plinthes, la tapisserie, la porte menant au couloir du premier étage, l'accès étriqué ouvrant sur le coin salle de bain, le robinet blanc, le miroir glacial, le plafond vaguement lézardé, les huisseries blanches de la fenêtre suintante, la surface empêtrée de mon bureau provisoire, le boîtier fermé dans lequel se trouvait toujours ma réserve de boules quiès, au cas où, cette chaise sur laquelle je me trouvai, les draps de son propre lit, cet oreiller, le bois sombre de la bibliothèque, la sarbacane qui trônait sur le haut du dernier rayon... La poussière qui phagocytaient elle-même cet objet incongru. La petite fléchette qui y était fixée. Quelques filets de salive que j'imaginais sur son extrémité. Rien n'était épargné. Et lorsque je me rendais compte que j'avais épuisé toute la matière de mes éternelles descriptions, je faisais mine de ne pas l'avoir remarqué, je recommençai le perpétuel cercle de l'observation, descendant d'un cran dans les niveaux successifs qui se présentaient à moi, m'enfonçant sans vergogne dans l'infiniment petit qui dans les détails de notre quotidien le plus proche ne cessait de nous cerner et de potentiellement nous recouvrir.

Extrait 2 : Seconde partie, P.59/104
Le narrateur conduit une inconnue, nouvelle venue à la Fondation, dans les parcs jouxtant le domaine.

Le ciel était noir lorsque, l'après-midi pourtant, nous nous faufilâmes, emmitouflées dans nos blousons, écharpes, bonnets et parkas, dans les steppes glacées du domaine environnant. Nous passâmes, moi en tête, Ithma ensuite, par le petit salon, gagnant la terrasse via la porte-fenêtre latérale, et nous longeâmes délicatement les buissons de Locus Amoenus. Ils se cristallisaient sous nos yeux en de sombres bouquets argentés qui ressemblaient, par endroits, à quelques sculptures parfaites, elles mêmes copies potentielles de plantes et de fleurs réellement existantes. Ithma sortit son appareil à impulsions photo-électriques et se positionna à deux pas de ces buissons ; elle inséra dans les fentes correspondantes les plaques impressionnables nécessaires au bon fonctionnement de son appareil et elle captura l'image que quelques secondes plus tôt seulement nous nous attachions à contempler. Sur la photo, j'imaginai, ne paraîtraient pas les effluves silencieuses et croissantes qui s'échappaient mollement de leur pétrification et qu'à cet instant je me gardai bien de respirer.
Peu à peu les forêts acérées du domaine nous encerclèrent à mesure que nous en gagnions les profondeurs. Je me trouvai désormais bien au-delà des limites que j'avais eu le loisir de découvrir auparavant. Nous comptions pourtant sur ma connaissance supposée du terrain pour nous orienter. Chaque pas nouveau nous entraînait un peu plus vers un coeur brumeux et silencieux dont les sculpture florales et factices constituaient l'unique point de repaire.

Ithma déambulait parmi ces espaces condensés comme on traverse un chemin inexistant. Elle imprimait de nombreuses plaques impressionnables et notait sans cesse les références de ce qu'elle se permettait de figer. Chaque variété végétale ou minérale aimantait son attention. Chaque regard trahissait l'effusion de ses yeux beiges à traquer l'inconnu, quand bien même, pour elle, l'inconnu n'était pas cet ennemi impalpable qui nous étouffe et nous broie mais bien un défi perpétuel, un compagnon de jeu, qu'il fallait traquer et dépasser à mesure que notre progression le permettait. Nous frôlâmes quelques épines acérées et mesquines, nous marchâmes sur des brindilles de verre qui se désintégraient aussitôt, nous ignorâmes les percussions haletantes d'oiseaux invisibles et discrets qui, au-dessus de nos ouïs respectives, sifflaient et martelaient le tronc des arbres sur lesquels ils devaient se trouver ; ensemble nous progressions dans les splendeurs et les pièges de cette forêt et ensemble nous acceptions de nous y oublier.

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