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Tag - Chloé Delaume

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dimanche 29 novembre 2009

Architexture web : origine des pages

Je découvre un site comme j'ouvrirais un livre, c'est à dire que je cherche la première page, c'est à dire que je me trompe. La première page est souvent cachée, détournée, parfois supprimée ou annulée, voire même soustrait aux regards, mise entre parenthèse dans un espace interdit, protégé par mot de passe ou par chicane du réseau, derrière les étalages des bases de données, dans des recoins aux adresses tronquées auxquels on ne peut même pas rêver. Je cherche (traque, loupe) le point de départ chronologique d'un site web, blog ou portail, généralement sans succès, et finis par m'apercevoir que la première page est un mythe, une illusion palpable, une erreur d'appréciation. Un site web n'a pas de point de départ chronologique : on dirait qu'il émerge sur la toile sans genèse, par simple apparition spontanée.

html.png

Blogs, plusieurs cas de figure : la première page est une page test. Ou page d'archive. Ou page vide. La première page d'Omega-Blue reprend mots minimes et texte caduque une nouvelle écrite bien des années plus tôt. Cette première page n'en est pas une. Il faut attendre plusieurs semaines avant de voir apparaître sur le réseau minuscule une page introductive qui, de fait, n'en est déjà plus une. (et ce avant même achat déposé du nom de domaine). Les Remarques et cie de Chloé Delaume commencent par une page 0 mais la page #1 débute par « Par exemple il faudrait ». La page Spip article1 dans Tierslivre nous dit « Il n'y a pas d'article à cette adresse » et page blanche avec ça. Le numéro d'article le plus petit existant est l'article5 « écrire en ligne, écrire la mer » et il n'est pas daté. Et ce n'est pas un point de départ. Dans les deux cas continuation d'un site précédent, effacé des tablettes, et poursuite du travail numérique entrepris en amont. Idem sur le bloc-notes du Désordre où l'on peut lire, environ une semaine après la première entrée (une page zéro qui reprend citation sans texte accompagnateur) : « le Pola journal (...) s'est achevé le 11 mai 1999. 
Le présent bloc-notes se propose donc d'être le prolongement de cette idée de rendre compte du quotidien, au quotidien. » Le début c'est pas le début, c'est la suite. Je remonte le temps et ouvre le Pola journal, première entrée 11 mai 1998, qui renvoie à une tentative préparatoire de ce même Pola journal le 1er juin 1994. Dans mon Netvibes je prends la République des livres, je prends Stalker, je prends Lettres ouvertes. Pas d'incipit mais de l'actualité, prise en cours de route, comme si le blog, comme si le site, avait toujours été là et défiait quiconque de prouver le contraire. Les sites ne sont souvent que prolongement d'autres sites, créés plus tôt, fermés depuis. Alors il faut remonter le temps.



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Sur internet remonter le temps c'est possible, la cabine s'appelle Wayback Machine, robot oeuvrant pour les Archives de l'Internet et qui a pour but une photographie régulière des différentes strates du web. Une même adresse (c'est à dire un même lieu) peut développer des colonnes de pages différentes émises et propulsées au fil du temps. Comme référent il y a la page, mais aussi la date, le temps. Tierslivre revenu 2004 devient donc « François Bon, le site » , mais ce n'est pas assez, pas suffisant, on remonte avant nom de domaine jusqu'à http://perso.wanadoo.fr/f.bon/, décembre 1998, mais page d'accueil, ce n'est pas encore la première entrée, et la machine échoue à remonter au-delà. On n'aura pas la première page, on ne sait pas ce qu'elle pourrait dire.

D'ailleurs une première page c'est quoi et comment la définir ? La première page est souvent page test, ne dit rien, reprend juste un template souvent par défaut, ou un fond uni vierge de tout code. C'est avant le titre, avant les liens hypertextes, avant les tableaux. C'est avant le html, probablement écran vierge, curseur clignotant. Ce n'est pas cette page que je cherche alors précisons. Premiers mots, plutôt, première phrase. Aucune piste. Je n'ai pas de réponse. Mes propres sites passés, perdus, effacés, éparpillés sur la toile n'ont pas d'origine, de première phrase. Les versions les plus anciennes toujours consultables sur la toile, par le biais de la Wayback Machine, sont déjà versions 2 ou 3 adaptées des moutures précédentes. Les phrases listées ne sont que des compte-rendus d'informations présentées en lien, souvent par colonnes, dans des tableaux élaborés à la main, rudimentaires, quand il était encore permis de coder comme on gribouillait, c'est à dire mal.

Cette quête impossible est pure curiosité personnelle. Ce sont mes premiers mots, mes premières pages, qu'en réalité je recherche. Après plusieurs tentatives, via la Wayback Machine, et après être parvenu à tromper et manipuler le robot, en passant notamment par des URLs détournées, depuis devenues obsolètes, je suis parvenu à remonter la trace de ma propre présence en ligne. La première page jamais présentée sur le net est une page écriture blanche sur fond noir. Le lien de l'image a expiré depuis longtemps. Le paragraphe introductif (en ce temps là nous croyions encore au principe de la page d'accueil) ne raconte rien et je ne l'ai pas écrit. Le nom précisé en signature n'est pas le mien, ni même l'un de mes divers pseudonymes de l'époque. C'est un autre pseudonyme, bien sûr, mais qui appartient à quelqu'un autre. Quelqu'un qui a depuis cessé d'exister et que je n'ai jamais connu. Quelqu'un dont j'ignore le nom réel et que je ne me rappelle pas avoir croisé. Quelqu'un dont rien ne me prouve qu'il ait un jour été quelqu'un. Mes premiers mots sont donc les siens. Et lorsque je clique sur le lien permettant de pénétrer sur le site réel, dédoublé derrière l'ombre de sa page d'accueil, la Wayback Machine m'avoue ses limites : cette page n'a pas été archivée. Elle n'existe plus. « Failed connexion », dit la machine. La page concernée portait comme extension « sommaire.html »). On n'en sort pas.
Le premier noeud de toute l'arborescence est encore ailleurs. Problème lié à l'archive de tout ce qui a un jour été écrit (et que je me propose de reproduire très régulièrement, tous les X mois) : on ne peut jamais remonter assez loin, assez haut dans le temps. Ma première entrée du Journal, octobre 1998, n'est pas la première. Avant lui un autre journal perdu dans la poussière. Et avant lui encore, d'autres fictions étroites et minuscules, jamais terminées, qui ont fini depuis longtemps de pourrir à l'air libre. Et avant elles encore, d'autres histoires jamais fixées, mais prises à l'intérieur de ma tête. Et avant elles d'autres livres tracés par d'autres auxquels je n'ai jamais pu avoir accès. On n'en sort pas.

lundi 6 juillet 2009

Bloody Mary

Ma dernière crise de somnambulisme

Je n'y aurais pas pensé moi-même si H. n'avait pas formulé la chose en toutes lettres entre deux retards de voies et changements de quai. Il a dit : quand j'étais somnambule, etc.

dure depuis des jours maintenant, ça se répand cyclique dans l'arrière tête depuis les premières grosses chaleurs je crois. Jour après jour je continue de forger sans âme, comme un somnolent. Plus de cornées, semelles, plus d'émotion. Je traverse fantôme une à une les escales de mon calendrier. Plus que dix, neuf, huit, etc. Je compte à rebours pour le geste, je suis là sans y être, je reste en surface sur le filtre additionnel. J'attends là que tout se recompose.
Une vie aveugle où tout était clair comme de l'eau. (Roberto Bolaño, 2666, Christian Bourgois, trad : Robert Amutio, P.211).
En bas de l'immeuble les marteaux-piqueurs déchaînés pilonnent : les vibrations remontent la pierre jusqu'à l'occiput. Je presse fort index gauche le clapet fictif du tympan, me concentre sur l'oreille droite et le casque-oreillette sous le lobe. Oui monsieur, non madame, oui, bien, non, c'est à dire que, je fais mon possible pour, je vous appelle dès que j'en sais plus sur. Mais au fond je ne comprends pas ce qu'ils me disent. Je jongle avec les chiffres qu'ils me soufflent et me répètent : liquide binaire qui se répand sur mon écran sous forme de un un un zéro un un zéro zéro un zéro zéro zéro. Puis la vérification d'usage : les numéros de carte bancaire sont rejetés par la plateforme, les numéros de téléphone sonnent dans le vide, les adresse e-mail répondent des accusés mauvaise réception. Des fautes de frappe. L'oreille ailleurs. Je hoche la tête devant l'écran mais n'écoute pas. Ah oui, ah bon, puis on verra. Je touche du poing l'écran Dell devant moi : allumé tout le week-end, il est bouillant. Bientôt mes phalanges disparaitront une à une à l'intérieur, qui sait ce qui se découvrira de l'autre côté ?

Il est difficile dans ces situations de prendre l'ordre chronologique comme point de repère. Dans un tel état de somnolence décalée, tout n'est que fait plus fait plus fait plus fait. Addition-succession, sauvegardes éparpillées. Divers éléments (évènements) ensemble agglomérés peuvent faire sens mais jamais pareil, toujours bis, ter et parallèle. Le fait, par exemple, qu'aucun digicode ne se soit ouvert sous mes doigts de sept heures ce matin jusqu'à dix-neuf heures ce soir ne prouve rien. Entre ces deux extrémités pourtant, des kilomètres de chiffres m'ont fuient encore, j'ai noté les numéros de pages de 2666 à l'envers (112 pour 211, 491 pour 114), j'ai travesti des numéros clients, intervertis des numéros CB. Ce ne sont que des faits, je les traverse.
Je me suis dit défais-toi de ce pseudo là, prends un pseudo de femme en parallèle, prends-en plusieurs. Je prendrais celui de V. ou de X. et ferais croire dans mon journal que ce nom là est un autre de mes avatars médians. Je lui dirais : maintenant attendre les premiers articles
redeye.png
et premières études comparatives de style qui nous confondront tous les deux et défendront notre fiction. On nous prendra pour des cons et des lâches, d'accord, mais d'ici là qu'est-ce qu'on aura vendu !
E. m'appelle en absence ce midi mais je ne décroche pas. Je regarde vibrer son 06 quelque chose en mâchant mon sandwich mousse de canard. Je n'ai pas le temps, je lui dis, de faire semblant de décrocher, je rappellerai bientôt-indéterminé.

Le siège de devant : je ne vois que sa nuque. Ça pourrait être un croquis, un de plus. Mais je ne vois que sa nuque, le reste ne se dévoile pas. Il s'injecte à l'envers des giclées de Red Eye
Le Red Eye est une drogue fictive dans l'anime Cowboy Bebop. Cette drogue s'injecte à l'aide d'un aérosol directement dans l'œil de l'utilisateur et lui permet d'avoir pendant un laps de temps plus ou moins long des réflexes surhumains et une perception du temps plus lente. Beaucoup pensent que la drogue améliore la connexion entre les yeux et le cerveau (les informations provenant de l'environnement sont alors si rapides que tout bouge plus lentement) au point d'éviter des coups ou même des balles. Le Red Eye semble être le produit le plus vendu des organisations criminelles du système solaire. Comme beaucoup de drogues réelles, une utilisation intense et prolongée peut entraîner de nombreux effets néfastes pour l'utilisateur.


(une pulsation par paupière) puis jette la seringue usagée hors du train en marche, poignet délié par la fenêtre. C'est peut-être ça, me dis-je, c'est peut être ça que je me suis fixé sous la paupière sans le savoir, il y a dix jours maintenant, ce qui a déclenché ma transe, ce qui me retient de la briser ?

J'ouvre au hasard La dernière fille avant la guerre sur l'étalage d'une bibliothèque qui pourrait être la mienne et lit : « Stinky Toys, Taxi Girl, Indochine, Etienne Daho ». Je referme le livre tatoué Off 03/57 (ou 07 ?) en première page. Un peu plus loin sur le même rayon Belle du Seigneur sent cette odeur de Chouans que je découvrais, dégoûté, en cours d'année de quatrième, et que je refermais dans la foulée sans le lire. Dans le reste de la librairie je regarde mais ne trouve pas. Je cherche un livre qui n'existe pas. Le gros Journal de Valery Larbeau est introuvable, et je sais bien, d'ailleurs, que je ne veux pas l'acheter, mais simplement le voir.
Ces journées s'écoulent sans forme, sens, ni ouverture. Je les traverse à reculons, le train que je longe est à l'arrêt, de l'autre côté du quai un autre train, autre destination, défile TGV sous mes yeux secs (bloody). Je forge toujours sans âme, comme un pas grand chose : d'ailleurs je n'écris plus beaucoup : Coup de tête s'enlise partie III, page 8, j'ai fait semblant de commencer Ernesto & variantes sans poursuivre et j'oublie lentement mon Accident de personne qui trop bref se décompose...

dimanche 1 février 2009

Chloé Delaume, Dans ma maison sous terre

Dans ma maison sous terre
ouh ma oué ouh ma oué
tchao tchao ouistiti tchao tchao ouistiti
one two three one two three

(Chanson enfantine)
Chloé Delaume creuse, la terre brisée des ongles et les os pointus sous la peau (les siens, d'os, ou bien ceux des cadavres qu'elle déterre ?), à genoux sur la tombe familiale, celle où dorment « la mère et le grand-père dessus », Chloé Delaume creuse et parle à voix haute, Téophile les jambes lâchées depuis une stèle voisine l'écoute, Chloé Delaume parle dans la nuit comme s'il n'était pas là, pas vraiment là.

dmmst.jpg

C'est son dernier livre (sortie janvier 2009) et elle a des squelettes plein la tête, alors qu'elle les déterre. Elle arpente les allées du cimetière au bras de Téophile, c'est à dire au nôtre, elle raconte la vie des morts qui croisent son regard, la vie de ceux qui s'entassent derrière ses yeux, et ceux qu'elle voudrait, par simple déclic de l'imprimerie sur la page, voir crever broyés-étouffés. Le titre originel de Dans ma maison sous terre, c'était Le livre des morts, voilà pourquoi.

La plongée six pieds sous terre ne provoquera pas une éradication des fantômes post-mortem, ce n'est pas le but, ce n'est pas le lieu. L'écriture, voilà ce qui importe, la réponse unique aux deux dernières questions. Plaquer le lexique par dessus la plaie, exhiber un rythme sous les violences du dedans. Le phrasé amère-acide s'en ressent, même si jamais gratuit ou artifice : « Je voulais m'effondrer dans les bras de ma mère ulna radius thorax, résidus végétaux vasculaires ». Le lexique, qui n'est pas celui de l'analyse mais bien de la littérature, appuis pris fort là où les plaies froissent la peau. Le livre aiguille une lecture qui ne soigne pas mais agresse.

Le livre est désossé, il n'a pas vraiment de suite logique, c'est peut-être sa faiblesse. Comprendre : que la structure s'étouffe arrivé dernier tiers. Elle doit faire un choix : l'écriture ou la vie, difficile de mieux choisir. Mais le nœud des pages retombe, le souffle perd du volume. C'est le seul (unique) bémol déterré dans ces deux cent pages de lecture.
C'est mon premier dilemme, l'écriture ou la vie, elles se retrouvent distinctes jusqu'à confrontation. Pour suivre ma démarche, conserver ses principes, quitte à mettre en péril ma propre santé mentale. Voilà ce que je devrais faire. Parce que j'affirme m'écrire, mais je me vis aussi. Je ne raconte pas d'histoires, je les expérimente toujours de l'intérieur. L'écriture ou la vie, ça me semble impossible, impossible de trancher, c'est annuler le pacte. Vécu mis en fiction, mais jamais inventé. Pas par souci de précision, pas par manque d'imagination. Pour que la langue soit celle des vrais battements de cœur.

Chloé Delaume, Dans ma maison sous terre, Seuil, P.186
Derrière la voix des morts, leur chant plutôt. Dans ma maison sous terre est un livre-chorale. Pour les divers récits qu'elle entrecroise avec talent, d'abord. Pour la musicalité de la langue, surtout. Ce livre indique roman sur la couverture mais c'est de la poésie plutôt. Il m'est arrivé de couper la page, contre une vitre dans le RER pour en compter les pieds. Spontanément. Elle chante les morts qu'elle croise, elle chante les siens aussi, elle chante ceux qui devraient mais ne sont pas encore. Elle chante la chair putréfiée et le bois vermoulu, le son des articulations brisées et os entrechoqués comme percussions tambour. Les solos de guitare, peut-être, ce serait les cris, les voix égosillées. La basse répétée-leitmotiv c'est l'histoire personnelle, le cadavre du Moi légèrement zombifié. Il y a même ce passage, où Distel est cité, la chanson d'abord, puis une parole reprise, le récit se poursuit, le paragraphe en prose saturée, c'est toujours une chanson, le rythme se poursuit, on se demande, on se demande au fond si elle parle ou si elle chante vraiment.
Je tombe très lentement, Théophile me rattrape, pourtant ça ne change rien. J'ai toujours le vertige et au-dedans ça tourne Ton père n'est pas ton père mais ton père ne l'sait pas.

Peut-être le savait-il, me susurre Téophile, même avant le mariage, ou alors peu après. Peut-être l'acceptait-il, l'avait-il accepté, bien avant le mariage ou au pire peu après. Des histoires comme la vôtre, on en croise tous les jours. Il n'y a pas de quoi vous mettre dans cet état, me rassure Téophile pendant que je vomis.

M'a-t-il élevée en le sachant, est-ce pour ça que pleuvaient les coups ? M'a-t-il élevé en l'ignorant, ou en faisant juste semblant. Ma conception en juin, leur rencontre en juillet, leur mariage en septembre et l'accouchement en mars, il savait calculer. C'est pour cela qu'on disait que j'étais une prématurée. Sur aucune des photos je ne trouve de couveuse et aucune trace écrite sur mon carnet de santé.

Je suis née d'une fiction qui s'est très mal finie. Je suis née d'un brouillon qui m'entrave et me nuit. Je conspire à écrire ma propre narration. Mais les syllabes éraflent, l'italique creuse en moi Ton père n'est pas ton père et ton père ne l'sait pas.

Ibid., P.68-69.
Il y a aussi la bande-son composée pour le livre par Aurélie Sfez et Chloé Delaume, disponible via le site-mère ou bien l'éditeur (musique d'ambiance grincée, un peu Tim Burton sans Elfman en plus cru, à écouter avec ou bien à baigner entre). Livre-chorale où la voix, n'importe laquelle, ne s'éteint pas et s'affirme fiction. Auto ou pas, peu importe, puisque reste le texte et que le texte compte.

Dans ma maison sous terre (ex Le livre des morts), c'est un livre qui a existé le long, au fur et à mesure, d'abord sur la toile par fragments et ensuite concentré-étoffé pour le livre. C'était la première fois que je lisais un livre dont j'avais suivi le fil de l'écriture auparavant via laboratoire-blog sur site officiel. L'impression de retrouver les dilemmes pointés des mois plus tôt, mais cette fois ci fixés, débarrassés de toute incertitude (je pense au changement de nomenclature médicale, notamment : mais voir via citation plus haut comment elle s'en est (bien) accommodée). L'impression que ce livre des morts il avait toujours été là, quelque part.
Je voulais commencer ma chronique par la phrase : Il me fallait un prétexte pour écrire un truc sur Chloé Delaume, intro finalement sacrifiée, a sauté après relectures. Je voulais terminer sur la comptine citée plus haut, finalement décidé d'inverser. L'équilibre est sauf.
D'autres y ont jeté un œil et ont écrit (au passage, à lire, l'intégralité du premier chapitre-en-ligne via site de l'autrice) :

- Lignes de fuite #1 et #2
- Télérama
- Marc Pautrel
- Journal d'une femme de Cendres

mardi 27 janvier 2009

Si c'en est un

Fera aussi office de croquis #7

1

Train (aller) : la proximité d'une femme, face côté droit qui ne me rappelle pas Lisa Kimmel Fisher mais qui est Lisa Kimmel Fisher, ressuscitée-alléluia, sortie du ventre de la baleine qui l'avait digérée, un manteau mauve sur le dos, au bras (gauche) d'un banquier crânien et potelé (qui aurait pu croire qu'elle se marierait avec un tel individu, un cétacé lui-même, après la mort qu'elle a eu ?), genou droit agité sec sur sol dur et son alliance par dessus (signe que), menton pris sous son col et foulard couleur lagon calme, avant les premières vagues et la noyade qui découle.

2

La migraine sous-jacente, tapée depuis l'intérieur, qui ne demande qu'à sortir. Je sais bien que je suis à l'abri. Elle n'éclatera pas sous la tempe avant de quitter le boulot. D'abord se frotter les yeux sur l'écran. Il est quinze heures. Encore une heure trente à mélanger les mots et à ne plus savoir répondre aux voix qui s'agitent sous combiné. Encore une heure trente à dire ne vous inquiétez pas, oui tout à fait, frais de port offerts.

3

Les airs d'accordéon sur le quai Z, je ne vois pas le type qui. Je poursuis lentement, très lentement (savoure) les pages de Dans ma maison sous terre. Ses airs me relancent les tempes, la douleur migre doucement vers l'orbite (gauche), plus tard tombée sur le nez et les pommettes autour. Depuis quelques jours je pense à consigner quelque part (carnet ? fichier ? post-it abandonné ?) toutes les visions que je peux avoir et que je crains à l'intérieur, que j'esquive avant qu'elles puissent se produire, fictions quotidiennes d'images demi-paupières. J'appellerais ça Ce qui n'arrive jamais ou bien Livre des peurs primaires (si c'en est un). A l'instant où, cela correspondrait à :

Les notes de l'accordéoniste pénètrent trop loin dans la chair, plus loin le crâne. Ses pieds bouffis longent le quai opposé, aller-retour-aller, son sourire travers affiché aimable. Un peu le huitième nain de blanche-neige égaré en sous-sol, édenté par l'avant. Il joue trop fort, trop près de moi. Je le pousse par dessus le rebord, peut-être avec le pied, la semelle, un coup de rotule gauche-arrière et projeter le nain sous les rails, un dernier accord peut-être comme simple chant du cygne. Peut-être que le train arrive et que le nain craque. Ils m'arrêtent. Me laissent croupir. Retracent le contenu de ma journée sur papier punaisé au liège, accroché au mur. Ils disent : voyez, voyez ça ? Je ne vois rien. Il me demande vous faisiez quoi ? Je lisais. Je leur montre le livre, Dans ma maison sous terre, ils s'intéressent, mais pas assez pour tourner les pages. Peut-être que c'est le livre qui m'a donné l'impulsion, l'envie de mort. Peut-être. Ils vont attaquer Chloé Delaume en justice parce qu'ils le peuvent. Je me dis, pourquoi pas, ça lui fera de la publicité. Et la mienne également. Mais non. Je sens mon pouls pris sous poignet gauche, ça n'arrivera jamais.

4

Train (retour) : cette femme devant, d'accord je ne la connais pas, ni ne reconnais personne à travers elle, mais je me fais la remarque, je punaise une note interne au revers du crâne, cette femme, je me dis, c'est la première femme, la première, qui puisse à la fois projeter par dessus elle des âges aux diamètres opposés, tel que quinze et quarante, par exemple, et je la regarde comme je le pense : une femme de quinze et quarante ans à la fois, l'œil vide et le manteau noir, son duvet chauve sur lèvre supérieure, quinze-quarante, impossible de savoir, impossible, on ne saura pas.



5

Train (plus tard, dans la foulée de) : immobilisé entre deux gares, le conducteur déclare qu'il vaudrait mieux ne pas ouvrir les portes en pleine voie, les râles agacés et les tics nerveux des bras tout contre. Entre un tunnel et un pont, le noir du dehors c'est en fait dedans. Il est possible que, ça se pourrait si, il suffirait de et le wagon explose, une bombe quelque part, le jaune et la suie éclatés sur les murs du tunnel, les corps éparpillés, on s'échangerait les membres. Mais mon pouls toujours pris sous poignet gauche, non, ça n'arrivera jamais.

6

Emmuré chez soi, la migraine dans le noir de la chambre. Le noir ne calme pas, le silence n'apaise rien. Il affine la perception : on se rend plus compte. On sent mieux. La douleur, peu importe, mais l'esprit monopolisé, l'incapacité du sommeil, c'est ce qui gêne, précisément. La solution : l'écran, la couleur de l'écran, un film où l'on pourrait se perdre, léger si possible, marrant si besoin. Puis dormir, dormir plus tôt qu'un autre soir mais ne pas y sacrifier sa soirée, ne pas s'emmurer derrière.

7

On-dit : la date du jour (la date d'hier) consacrée journée de la dépression annuelle, le jour le plus propice à, le plus approprié pour. Moi ce jour, je me suis juste dit et si, j'ai juste essayé de faire taire en moi ce qui rayonnait, j'ai juste fait putain y en a marre, et puis : vivement demain, et tant qu'à faire vivement jeudi.

samedi 10 janvier 2009

A lire en 2009

Ci-dessous les livres qu'on m'a offerts, que je me suis offert ou que je me suis fait offrir ces dernières semaines. Condensés, ces titres composent là le livre unique de 2009, partiel mais costaud : Notes sur les démons de l'estampe japonaise à contre-jour : le mal de Lichtenberg autour de mon crâne, quelle maison sous terre ? Des bibliothèques pleines de Bastard : un voyage fantôme sur la mélodie des choses, une invention de Dexter "Dondog" Montano.

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jeudi 6 novembre 2008

Publie.net

Je m'intéresse à Publie.net grosso modo depuis les premières annonces publiques nous informant de son existence alors à venir. L'évolution est rapide : de perspective d'avenir à plateforme bien ancrée en quelques mois. Publie.net présentait ces dernières semaines une nouvelle version, plus accessible, plus pratique, plus ergonomique. Prétexte tout trouvé pour en parler plus en détails.

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Brochette des dernières parutions.


Il y a bientôt un an, François Bon détaillait sur son site son projet d'agence littéraire numérique qui dispose déjà d'un nom, d'une adresse, d'une marque de fabrique : Publie.net. Cet article expliquait déjà les premières perspectives visées par le projet, doublé d'une analyse précise du marché actuel et à venir concernant le livre numérique. Les nouvelles générations de liseuses débarquaient sur le marché et l'expérience américaine montrait qu'il était possible de s'engouffrer dans la brèche. Ambition affichée par Bon à l'époque : explorer ce nouveau marché, Arlésienne des années 2000, pour le mettre au service du texte numérique contemporain. Près d'un an plus tard, les gros se sont aussi lancé dans l'aventure : Gallimard et plus récemment la Fnac, ont, par exemple, lancé leurs plateformes de livres numériques. Prix de vente exactement identique au livre papier (les frais d'impression, de stockage ou d'expédition seraient-ils pris en compte dans le prix d'un livre numérique ? étrange, pour ne pas dire choquant), mise en page sacrifiée alors même que le confort de lecture sur écran en dépend, deux points noirs irréversibles qui nous ramènent vers Publie.net, qui a au moins l'avantage de ne pas prendre le lecteur-consommateur pour un c|

Très rapidement, plusieurs impératifs s'imposent et structurent l'aventure. D'abord, un prix de vente accessible qui n'excède jamais le prix d'un livre poche avec deux formats présentées : les formes brèves (20 à 30 pages) proposées « au prix du journal », soit 1,30€ et le gros du catalogue, les « plus de trente pages » (souvent bien bien plus) au prix unique de 5,50€. Autre certitude : le refus du drm, ces verrous numériques qui ont fleuris avec l'arrivée de la vente légale de musique en ligne qui entrave l'utilisation du fichier téléchargé. Ici, la confiance est offerte à l'utilisateur. On n'oublie pas, non plus, que la vie du livre papier file de la même façon, avec possibilité de passer de main en main selon les conseils d'amis et autres recommandations. Enfin, la mise en place d'un système qui garantit que sur l'achat d'un livre-fichier, 50% du prix de vente sera directement touché par l'auteur, les cinquante autres servant à faire tourner la machine. Trois principes de base sur lesquels repose la plateforme, toujours d'actualité aujourd'hui, près de d'un an et quelques deux cents textes plus tard.

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Ma tante Sidonie en lecture écran via Adobe Digital Editions.


Voilà pour hier. Aujourd'hui la v2, avec refonte totale du système de commandes et réorganisation ergonomique du design (avec nouveau logo et charte graphique pour les couvertures très réussie, coup de cœur pour les couvertures-radiographies). La création d'un compte est désormais possible, avec bibliothèque personnelle contenant les livres précédemment téléchargés. Plus besoin de délais entre l'instant de la transaction et le moment où l'on peut télécharger le livre, ce qui était un peu agaçant, le fichier est désormais disponible dans la seconde, en plusieurs formats qui plus est, selon que l'on souhaite le lire sur ordinateur classique ou sur liseuse. Apparition également, d'offres promotionnelles pour séduire le lecteur sceptique : deux livres offerts (Autoroute de François Bon et le Contre Sainte-Beuve de Proust) pour toute ouverture de compte avant le 10 novembre, un livre gratuit pour cinq achetés... toujours appréciable.

Oui mais sur Publie.net, qu'est-ce qu'on lit ? Des textes qui n'auraient pas forcément pu trouver leur place par le biais de l'édition traditionnelle, des textes qui prennent le risque d'explorer une littérature peu rentable, mais aussi des auteurs importants, par exemple Eric Chevillard, Chloé Delaume ou Emmanuelle Pagano, des textes critiques comme celui de Dominique Viart cité il y a quelques semaines, des incontournables du domaine public (pas toujours bien composés lorsqu'ils sont lâchés sur les habituels sites de partage) et des fragments de laboratoire d'écrivains, des journaux ou blogs recomposés pour découvrir l'envers du travail d'écriture. Un peu moins de deux cents textes disponibles cela veut dire aussi beaucoup de diversité, de choix, de perspectives.

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Jacques Josse en lecture sur Eeepc (même si plus de batterie).


Un gros bémol cependant, car si je reste persuadé qu'une plateforme de ce type est indispensable à l'heure actuelle, que le texte numérique doit pouvoir se développer en parallèle du livre papier, je suis sceptique quant à la clause du contrat établi avec ces auteurs numériques qui permet de retirer un fichier du site dès qu'on le souhaite, c'est à dire, souvent, en cas d'édition papier plus traditionnelle. Et d'une, c'est agaçant pour le consommateur que je suis qui se dit pendant six mois « un jour ou l'autre je me le prendrais bien celui-là » et puis qui, un jour ou l'autre, découvre que son fichier n'est plus en ligne, et de deux, c'est surtout un bien curieux message à envoyer : celui que le livre numérique serait une littérature par défaut, un intermédiaire « en attendant mieux », en attendant l'édition papier.

Reste que l'offre proposée par Publie.net, personne ne la propose ailleurs : une plateforme bien rodée, quelques deux cents textes d'ores et déjà disponibles et l'apport éditorial d'une équipe qui ne publie pas n'importe quoi. Les tarifs sont honnêtes et ne font pas semblant de nier la réalité pratique des fichiers mobiles. L'offre s'étend aussi, depuis quelques temps, vers des abonnements spéciaux pour les bibliothèques qui commencent à suivre. Le tournant numérique se joue sans doute en ce moment, tant pis pour les Gallifnac qui le prennent de travers. Pendant ce temps, Publie.net continue d'avancer.

lundi 22 octobre 2007

Hugues Jallon, Zone de combat

L'actualité littéraire, au fond, d'ordinaire, je la suis de loin, zyeutant parfois les critiques de livres juste parus qui seraient susceptibles de m'intéresser et puis n'allant pas plus loin parce que, mine de rien, les livres neufs, c'est cher, trop cher alors voilà, c'est comme ça, on n'y peut rien : je préfère attendre que ces mêmes livres soient disponibles d'occasion ou bien en poche (quand ils sortent en poche, bien entendu), c'est plus é-co-no-mique. Ces derniers temps, pourtant, j'ai fait quelques exceptions concernant certains livres tout récents (c'est le cas de Bob Dylan une biographie pour lequel j'ai profité de mes fugitifs avantages de libraire de l'époque) et c'est le cas aussi de cette Zone de combat, que je me suis procuré plus ou moins sur un coup de tête, répondant aux coups de coeur expressifs de Chloé Delaume (entre autre) sur son blog. Voilà pour l'histoire de l'objet livre ; pour le texte en lui-même, suivez-moi s'il vous plaît.



Zone de combat (Verticales, 13.90€) est un livre inclassable : pas un roman, pas de la poésie, pas vraiment de la prose, qu'est-ce que c'est, au juste ? Un « texte de fiction », selon l'auteur lui-même (son deuxième, après La base). Une sorte de Chuck Palahniuk mais français (c'est important, la nuance est énorme), sans intrigue, sans personnage, sans conscience. Ne reste plus rien, semblerait-il, mais non : reste le langage. Le discours. Discours gris, dit Hugues Jallon, celui de la littérature d'épanouissement personnel, celui des rapports administratifs, aussi. Et de ce discours, de ce langage, naissent des situations, des scènes, des ombres, des fantômes qui, s'ils ne sont pas en eux-mêmes des personnages, permettent, à travers les non-dit, l'émergence de formes sous-jacentes, de personnes que l'on n'arrive jamais à cerner, à identifier, à comprendre. Des ombres en perpétuel mouvement : des mouvements de fuites, qui disparaissent à peine sont-elles apparues. Et la zone de combat, au juste, qu'est-ce que c'est ? Ce n'est jamais dit : toujours l'implicite. Ce n'est pas une vision noire de notre société même, ce n'est pas une contre-utopie à la 1984, ce n'est pas non plus un groupe de soutien particulier, mais bien tout ça à la fois : une vision universalisante de la peur (« un seul mot nous rassemble : la peur », dit la quatrième de couverture). La peur dans ce qu'elle a de plus commune à tous et à tout. La peur dans la représentation même que fournie le langage : ces relents de dépêches que l'on retrouve cristallisées dans des expressions-slogans qui reviennent sans cesse : lié à / passé par (par exemple). La peur comme mal à combattre et comme attitude de survie. C'est un peu tout ça à la fois, la zone de combat.

Et sur le blanc de la page vide, rien d'autre. La mise en page est d'ailleurs importante, on lorgne vers la poésie : les retours à la ligne sont légions, les rythmes sont étudiés, les phrases fragmentées. Rien n'est dit et pourtant tout est discours, tout est parole. Ça parle au « nous », ça parle au « vous », on est dans un vrai groupe de soutien, un groupe de dialogue, un groupe qui oeuvre contre et dans la peur. On y entrevoit des relents de société terrorisée post onze septembre, on y ressent les absences chroniques de confiance en soi, de sécurité, de sérénité : scènes d'enfants sacrifiés, bribes de thérapie de couple, agoraphobie... La peur vue comme une dimension pathologique, avec tout ce que cela peut sous-entendre de discours socio-critique. Et le refus permanent d'un quelconque lyrisme (« n'essayez pas de former des images » est-il répété sous arrêt, comme un leitmotiv, comme un slogan), le refus de sortir de ce langage gris, de ce discours au « nous », de ces thérapies qui ne résolvent rien. C'est ça, la « zone de combat ».

Semaine 5

Vous reprenez les exercices.

L'été en fin d'après-midi. Volets clos. Fenêtres bien verrouillées.
Reste de lumière chaude.

Après dîner, vous êtes restés seuls tous les deux, vous baissez le son de la télévision, assis sur une chaise face à face, vos genoux se touchent à peine, vous devez vous sentir très proche l'un de l'autre pendant toute la durée de la séance.

Dans un premier temps, vous instaurez entre vous un contact visuel direct
dense et prolongé.

Deux minutes de silence.

Vous éprouvez ce moment partagé.
Au plus profond de vous-mêmes.

Trois minutes de silence.

A tour de rôle, vous prenez alors la parole en détachant bien les mots :

Nous avons du mal parce que.
Nous nous sommes réunis ce soir parce que.

Puis vous enchaînez par une minute de silence.
Souriez-vous.
Longuement.

Vous reprenez en détachant bien les mots :

Merci de nous avoir permis de partager ce moment ensemble.
Promettons-nous d'y attacher la plus grande importance à l'avenir.

Vous recommencez en inversant les positions, trois fois de suite.

A la fin, souriez-vous à nouveau.
Etreignez-vous cinq minutes, c'est long vous verrez, mais vous découvrez à quel point vous en aviez envie.

C'est terminé
vous ouvrez grandes les fenêtres, vous n'avez plus peur du monde à l'extérieur. Vous n'avez pas peur de le laisser vous traverser complètement.

Vous tenez bon, c'est évident.
Vous êtes en train de faire la différence.

Hugues Jallon, Zone de combat, Verticales, P. 33-34
Zone de combat est un livre hybride, pas réellement livre d'ailleurs tant le texte puise sa force dans son oralité : il suffit d'entendre quelques extraits du texte lu pour s'en convaincre (ici, par exemple, lors de l'émission Poésie sur parole sur France Culture, à écouter). L'oralité est le maître mot de ce monologue thérapeutique et lobotomisant, c'est entre autre pour cela que je pense à Palahniuk, mais pas seulement : je pense également à une chanson de Florent Marchet qui, durant toute ma lecture, m'est revenue en tête, en boucle, en permanence : cette chanson c'est Les cachets sur l'album Rio Baril. On n'est pas loin, c'est vrai.



Zone de combat, c'est certainement un livre à lire, un livre qui permet d'élargir le champ de la littérature à autre chose (c'est une prose de science sociale, une poésie pathologique) et une manière non pas de nier le champ fictionnel mais bien de le redéfinir : tout épurer (l'intrigue, la scène, le personnage) pour mieux révéler par la parole uniquement (révéler l'intrigue, la scène le personnage). Un livre fort, certainement, très fort.

[Article également disponible sur Culturopoing]