De nouveau sur « Coup de tête » depuis cette semaine (il était temps), je me suis mis dans l'idée de plaquer contre les pages du blog ce planning tacite et autoritaire qui me soumet et me contrôle durant ces phases d'écriture pure (pure, oui) ; ce planning qui dans ma tête fait grossir l'impératif catégorique au rang de couteau sous la gorge. Je n'exagère qu'à peine. Bref, un planning qui grosso modo ressemble à ça (ça peut varier d'une heure, en plus ou en moins, ça peut se décaler, ça peut être bousculé par quelque imprévu surnaturel, comme par exemple aller faire les courses, (et oui)) et que je poste quand même, bien que ça ne serve probablement pas à grand chose et malgré les plagiats de certains qui me piquent mes idées avant même que je les applique (dingue ça !)...
7h30 : Trouver la force de se détacher brusquement de l'oreiller et de son attraction naturelle et se mettre sur ses deux jambes et se lever. Premier geste de la journée : gratouiller M. Lapin entre les noreilles. Deuxième geste de la journée : allumer l'ordi. 7h30 – 8h30 : Déjeuner en silence ou bien sur fond de France Inter, la tête dans l'écran de l'ordi, à parcourir les nouveautés et les actualités du Netvibes et de ses flux. Vérifier, lire et éventuellement répondre aux mails. Vider la file de modération de Spamplemousse, aussi (et ça prend du temps !). 8h30 – 9h : Douche avec France Infos qui résonne dans la salle de bain jusqu'à ce que l'eau chaude devienne bouillante puis froide. Râler parce que y a plus d'eau chaude, avec France Infos qui résonne toujours dans la salle de bain, mais un peu moins fort. 9h – 10h : Lire, avec cahier bleu (anciennement vert) à portée de main, et de stylo. 10h – 12h : Écrire (premier tiers).
12h – 13h : Manger, parler, souffler : coucou, salut, comment c'est passé ta journée, tout ça, tout ça. Et toi ? Oh, la même chose qu'hier et avant-hier, à la minute prêt. Variante éventuelle, si je mange tout seul : je Friends. 13h – 13h30/14h : Lire, avec cahier bleu toujours à portée de main. 13h30/14h – 15h30 : Écrire (deuxième tiers).
15h30 – 17h : Pause. Pause voulant dire, la plupart du temps, des corvées déguisées : vaisselle avec Arctic Monkeys dans les oreilles, repassage en regardant Friends et puis grignoter, aussi, éventuellement. 17h – 19h : Écrire (troisième tiers).
19h – 21h30 : Souffler un peu (ras le bol, en général) : écrire des billets potentiels pour le blog, si le temps le permet. Manger, encore (mais pas trop, ceux qui me connaissent savent), un Family Guy, deux quand vraiment on peut pas s'en empêcher, lire un peu plus pourquoi pas et puis la série en cours (X-Files, en l'occurrence). 21h30 – 22h30 : Relire, corriger et arranger le travail de la journée. Après 22h30 : Souffler pour de bon, reprendre un bouquin si j'en ai encore le courage, brancher la play ou MSN sinon (et encore : j'ai même pas dépassé le tiers de Chrono Cross depuis que je m'y suis remis !). Et puis enfin : aller dormir, quand tout est fini. Derniers gestes de la journée : éteindre l'ordi et gratouiller M. Lapin entre les noreilles ?
Voilà à peu près le planning draconien que je m'impose pendant ces phases là (ça s'est imposé pour la première fois il y a trois ans, pour mon roman foiré « Point d'interrogations », je reproduis depuis ce schéma qui fonctionne). Bien sûr, il y a des variantes, des changements intempestifs, des jours plus forts et d'autres moins productifs. Mais grosso modo, à une heure près, c'est ça. Et la règle de trois (d'où les « tiers » d'écriture) qu'on s'impose en même temps, plus ou moins sans le savoir : trois moments dans la journée pour écrire, trois pages par « moment », neuf pages à l'arrivée (entre sept et douze, en réalité). Et trois moments pour lire, également, trois fois trente pages, grosso modo (moins si c'est Proust, plus si c'est un bouquin Actes Sud). En général : ce rythme là, je le tiens trois semaines, un mois, grand maximum. On verra pour cette fois là. Sans ça, évidemment, sans ce programme tacite que chaque jour je m'impose sans y penser et en ne pensant qu'à ça, je ne produis rien. Indispensable, par conséquent.
Note : aujourd'hui, journée off, en revanche. Trucs à faire en parallèle (préparer les destinations futures, par exemple), et puis des recherches à produire, pour « Coup de tête », encore, et qui manquent à l'appel. Dès demain : s'y remettre.
Je n'ai pas ici pour habitude de divaguer sur mes errements vidéoludiques (comprendre : mes quarts d'heures de glande devant la PS2/Wii), mais... Mais, voilà, j'ai recommencé l'autre jour un jeu qui me fait me sentir nostalgique. Ce jeu, c'est Chrono Cross (comme en témoigne la petite guirlande de gauche). Et en recommençant le début du jeu, le Viper Manor, la course aux écailles de Komodo, l'intro du jeu, la cinématique, etc, je me suis mis à repenser à cette époque lointaine (il y a peut-être quoi, sept, huit ans ?) où j'ai découvert pour la première fois ce jeu éminemment sympathique et, surtout, très, très agréable. (Attention, billet à forte teneur en geekitude)
On se remet dans le contexte. Ça doit être la fin du collège je crois (3ème probablement, ou quatrième, je ne sais plus) et je viens de redécouvrir FF7, puis FF8 et puis (suspens) FF9 (première fois pour celui-là) qu'à l'époque je n'avais pas adoré plus que ça. C'est l'époque où je me rends compte que les RPG, en fait, c'est vachement cool, probablement parce que c'est comme lire une histoire sympa et agréable qui te ferait oublier que t'es en train de lire. Donc c'est bien parce que, justement, à cette époque, lire, c'est chiant. On arrive à me suivre ? Tant pis. L'époque où je découvre que les RPG, c'est cool. On l'appellera l'époque « Gameplay RPG », à cause du magazine du même nom qui, dans son troisième numéro je crois (que je me procure genre trois mois après sa sortie officielle), présente un grand test de Chrono Cross en disant, en substance, que « Chrono Cross est l'un des meilleurs RPG de l'histoire du Jeu Vidéo et que tout fan de RPG se doit de le posséder dans sa ludothèque ». En substance, disais-je.
Et mine de rien, ça fait sa petite impression. Étant donné son coût élevé (jeu import oblige, surtout à l'époque), je me le fais offrir pour Noël, et tant pis si le jeu est en anglais, et tant pis si moi, à l'époque, l'anglais je n'y touche pas du tout, tant pis si je n'ai pas plus de trois mots de vocabulaires, tant pis si je suis encore plus nul en anglais qu'en allemand. Tant pis pour tout ça.
Arrive le jour où je découvre le jeu (Noël, donc). Et avec le jeu, le câble je-sais-plus-c'est-quoi-son-nom-et-c'est-pas-grave-on-s'en-fout qui permettait de lire les jeux imports en couleur (mauvaise génération de Playstation oblige). Et voilà ce matin, où, donc, j'essaie en vitesse de voir si sa marche, où je m'y prend plusieurs fois parce qu'évidemment la première fois on branche le truc de travers et ça marche pas. Du coup, la première fois qu'on s'y confronte, c'est en noir et blanc. Et il faut faire vite parce que, d'ici une heure sans doute, il faudra partir : un repas de famille où on est attendu. Alors je me magne, je grogne sur le noir et blanc, je relance le tout, je retripotte le cable et je rallume encore une fois. Et cette fois ça marche. La couleur est (re)venue. Et là je vois l'intro, pour la première fois puisque, à l'époque, pas moyen de voir à l'avance ce type de média sur Youtube. Et une drôle d'impression qui va avec, parce que la musique est belle, certes, les images aussi, mais une drôle d'impression quand même. Quelque chose en plus. Agréable.
Ce qui est amusant, c'est que ce jeu, lors de ma première (et unique) partie, je ne l'ai pas vraiment apprécié comme il se doit, et pour cause, puisque comme je le disais précédemment, je ne maîtrisais pas du tout l'anglais. Du coup je suis passé à côté des trois quart du jeu, restant collé à la soluce (de Gameplay RPG d'ailleurs), ne comprenant strictement rien de ce que disait la plupart des personnages et leurs accents impossibles (je me souviens d'avoir passé de longues minutes dans les dictionnaires histoire de comprendre, en vain, ce que gotcha signifiait). Mais tout de même, je ne sais pas, un petit quelque chose, une ambiance, un truc qui faisait qu'on s'y sentait bien, dans cette histoire, ce jeu.
Et probablement que le jeu a laissé en moi une si forte empreinte parce que j'étais complètement à côté, que je ne me souviens presque de rien, que tout était toujours auréolé de mystère et de possibilités. Peut-être que c'était ça qui me plaisait quand je jouais à Chrono Cross et que je ne comprenais quasiment rien : je jouais avec les possibilités. Tel personnage pouvait dire ça, ou ça, ou ça, je n'en savais rien, ça dépendait de ce que je voulais que ce soit. Et, en me calquant sur les évènements divulgués par la solution complète que je suivais, je réinventais le jeu, je le créais moi-même comme je voulais qu'il soit.
Bien des années plus tard, je recommence ce jeu, je revois l'intro, et en revoyant l'intro, je la retrouve qui, perpétuellement vire du noir et blanc à la couleur, et la couleur de Chrono Cross, les archipels, les personnages loufoques, c'est pas n'importe quel couleur. Et je ne sais pas pourquoi, mais j'en viens toujours à repenser à ce passage de Now is the Hour où le narrateur voit Le magicien d'Oz pour la première fois avec, évidemment, la même transition : du noir et blanc à la couleur.
You got to understand, sometimes on the farm, finding magic was so hard you had to make the magic up yourself. A vivid imagination, Mom called it. Dad called it lying. He was always on my ass for showing off. Making a spectacle of myself. Me, I never saw it as lying. I was just making the world a more livable place. For her. And then of course, because of her, for me.
Plus I was born there, in Pocatello. The Princess Theater wasn't there anymore by the time I came on the scene. By the time I came around to it, it was the Chief Theater, and JUDY GARLAND was in smaller blue capital letters under THE WIZARD OF OZ, which was in big red capital letters on the marquee. I was wearing my brown suit just like my dad's suit with a matching hat like Dad's too, like men used to wear in the thirties or forties. The day was cold and bright, and Sis held my hand and helped me sound out the big red capital letters. That's how I learned the letter Z. Neon red and yellow arrows were going around and around the marquee and people were everywhere. Mom bought Sis a Cup of Gold candy bar and me Milk Duds. Inside the theater it was dark. I sat next to Mom, and Sis was on the other side of Mom, and I was so little in the seat my Buster Brown shoes stuck out right in front of me.
When the curtains opened, it was a black-and-white Dorothy and Toto and Auntie Em on the screen. A ways into the movie, in a moment, my mother put her hand inside my hand. She leaned over to me. Her perfume. The sound of her dress against her nylons.
Now watch cloesly, Mom whispered. This new part is magic.
When I looked back up at the screen, the black and white had turn to color.
Magic. That's just what it was. Magic.
Tom Spanbauer, Now is the Hour, Houghton Mifflin Company, P. 32-33.
Étrangement (ou pas), je reprends ce jeu la semaine où je découvre, via Webarchive, les fantômes de vieux sites morts depuis des années mais dont les spectres hantent encore la toile de nos jours. Parmi ces sites fantômes : RPG Zone, et les premiers forums de RPG (les forums ezboard) où je rencontrais des gens de divers horizons qui, eux aussi, aimaient beaucoup Chrono Cross, et on en parlait, et on se « voyait » le soir sur IRC, et c'était sympa... De la nostalgie pixelisée, en somme.
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