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samedi 13 février 2010

Semaine Bolaño


Mardi dernier sortait (comme vu précédemment) le volume III de la revue Cyclocosmia. Reçue lundi, lue cette semaine, vous y trouverez (outre Ernesto & variantes, signé de ma main) le très singulier Martha le matin d'Alban Orsini que j'ai beaucoup aimé. En voici un extrait (le début en réalité).
La gourmandise faite à Martha voudrait que ma main coure sur son dos couché, à niveau dans l'horizontal. La gourmandise faite à Martha voudrait que je me colle contre son corps, que j'en possède l'espace et en goûte l'essence. Y râle un peu, juste pour voir, dans le murmure et tout. La gourmandise faite à Martha devrait m'occuper l'esprit à la mesure d'une idée fixe, tatouée dans mon âme comme elle l'est si bien, elle, dans les draps. La gourmandise faite à Martha voudrait que je lui coule dans l'oreille les trois petits mots qu'elle m'a appris dans la nuit et qu'elle en sourie pour réponse, un frisson d'elle m'irait tout aussi bien. La gourmandise faite à Martha voudrait que je sois le plus heureux des hommes à la voir ainsi nue et arrondie sur mon lit, le drap en seule équivoque à moitié replié, abandonné, dans le haut de ses épaules à la manière de. La gourmandise faite à Martha voudrait que je lui plie les cheveux dans le cou, que je les verse dans le creux de la clavicule et des salières pour lui baiser la nuque.

Alban Orsini, Martha le matin in Cyclocosmia III, L'association minuscule, P.180.
Également présent (et bien présent) dans ce volume III un dossier critique assez large centré sur (bien évidemment) Roberto Bolaño. Mention spéciale pour l'article d'Eric Bonnargent, alias Bartleby, et son étude du roman policier chez Bolaño.
Le mal est absolu lorsque ses causes ne peuvent être clairement identifiées et c'est de ce mal dont il est question dans Les détectives sauvages. On ne peut rien contre ce qui, comme la rose, est sans pourquoi ; on ne peut que constater les dégâts et essayer de s'en tirer. Cela explique pourquoi il ne saurait y avoir de véritable romans policiers chez Bolaño. Les écrivains qui expliquent, les écrivains qui, tels les auteurs de romans policiers, réduisent la complexité des choses et rationalisent à tout-va ne sont que des imposteurs. Le mal est là, rien ne peut le résoudre. L'un des rôles de l'écrivain est simplement d'en rendre compte le plus discrètement possible.

Eric Bonnargent, L'auberge espagnole chez Roberto Bolaño in Cyclocosmia III, L'association minuscule, P.120.
Semaine Bolaño aussi par l'évocation chez les voisins du Fric-Frac Club de la parution future du Troisième Reich « nouveau roman posthume » du chilien à paraître chez Christian Bourgois en avril. Enfin semaine qui se termine ce week-end avec la programmation de la pièce 2666, adaptation du bouquin éponyme de qui vous savez par Pablo Ley et Alex Rigola, du 11 au 14 février (jusqu'à demain, donc) au festival Le Standard Idéal au MC93 de Bobigny. Nous y serons.

mercredi 27 janvier 2010

Cyclocosmia III a un visage...

cyclo3.jpg

...et un sommaire :

CYCLOCOSMIA III
- totem : pseudoceros bifurcus
- mots-clefs : nuit, couteau, désert
- dossier : Roberto Bolaño
- parution : 9 février 2010
- 125 x 202 mm - 192 pages - 22 euros
- ISBN : 978-2-918989-00-4


Blason :
- Julien Frantz : "L'envers du rêve"

Invention & Observation :
- Carlos Henderson : "Brisants"
- Delphine Merlin-Zimmer : "Miettes pour Herman"
- Horacio Castellanos Moya : "Deux souvenirs de Bolaño"
- Sergio Gonzalez Rodriguez : "Roberto Bolaño zen"
- Eric Schwlad : "[...]"
- Jorge Herralde : "Vie éditoriale de Roberto Bolaño" suivi de "Une esquisse bibliographique" par Antonio Werli
- Antonio Werli : "Au-delà l'espace transparent - Vision du corpus bolañien"
- Julien Frantz : "Prosopopée pour anapocalypse"
- Eduardo Lago : "La soif de mal - Au sujet de 2666"
- Néstor Ponce : "Chili noir - Du Manifeste infrarréaliste à Nocturne du Chili"
- François Monti : "A la gauche de Bolaño"
- Eric Bonnargent : "L'auberge espagnole de Roberto Bolaño - Une lecture des Détectives sauvages"
- Guillaume Vissac : "Ernesto & variantes"
- Yaël Taïeb : "Bolaño et Borges - Deux gauchos dans la distance"
- David Gondar : "Samuel Augusto Sarmiento - A la poursuite de l'étoile distante"
- Rodrigo Fresan : "Le samouraï romantique - Sur Le secret du mal et La Universidad Desconocida"
- Joaquin Manzi : "Bolaño poète - La Universidad Desconocida ou l'écriture de la dépense"
- Horacio Castellanos Moya : "Le mythe Bolaño aux Etats-Unis"
- Alban Orsini : "Martha le matin"

Illustrations :
- Benjamin Monti : "dessins"
- Lazare Bruyant : "portraits"

Tothématique :
- Roberto Bolaño

Pour plus d'infos sur la revue : le site officiel OU la chronique du volume I OU l'aperçu du volume II OU d'autres horizons.

dimanche 13 décembre 2009

Dzoosotoyn Elisen

Je n'ai bien sûr jamais mis les pieds dans le désert de Dzoosotoyn Elisen, ni dans aucun autre désert d'ailleurs, la Sarthe mise à part. Le désert de Dzoosotoyn Elisen sert de point de fuite à ma nouvelle 46° 16,8' latitude nord / 86° 40,2' longitude est (rebaptisée ce jour 46° 17'N 86° 40'E, ce qui revient sensiblement au même) : c'est dans ce désert qu'on trouve le pôle terrestre d'inaccessibilité, c'est à dire le lieu terrestre le plus éloigné des océans.

DzoosotoynElisen.jpg

46° 17'N 86° 40'E est pratiquement terminé, le texte est juste encore un peu trop incompréhensible. Je dois encore écumer les incertitudes et faire mon deuil d'éléments du texte qu'on pourrait qualifier de too much, ceux dont on peut se passer, ceux dont la présence n'est pas indispensable : ce sont les pistes que j'aurais pu creuser mais que je ne suis pas parvenu à tenir et que par conséquent je me dois d'abandonner en route, peu importe l'attachement que je peux encore avoir vis à vis d'eux.

600px-Continental_pole_of_inaccessibility.png

46° 17'N 86° 40'E pourrait être une fin possible à Crise !, fiction climatique esquissée ici ou là depuis une dizaine de mois, postée en laboratoire ici-même sur le blog. 46° 17'N 86° 40'E embarque des réfugiés dans un train, tourne autour des cartes, prend le désert de Dzoosotoyn Elisen comme Eldorado mis à sec. Comme rempart contre les miasmes, le silence, et les révolutions indigènes, il y a le sable et le silence. Je reste dans le sillage de Volodine, également, puisque le texte sera envoyé pour proposition pour Cyclocosmia 4. J'ai encore un mois et demi devant moi pour relire et corriger le texte, c'est suffisant.

samedi 28 novembre 2009

Fin novembre

1

Semaine plus longue qu'aucune autre, des heures à attendre qu'enfin elle se termine. Heures à fixer murs blancs, ciels blancs derrière les fenêtres, rues silencieuses et brises glacées de fin novembre. Un degré perdu par jour au moins, dit la météo. Cet air là gagne l'intérieur de l'appartement. Je ne chauffe pas pour autant : je me retiens de chauffer plus : j'attends de ne plus avoir d'autre choix que de chauffer plus : je garde les genoux repliés contre moi et attends que les heures passent.

2

Hier, appel de PDG qui souhaiterait savoir si je suis « toujours disponible » pour travailler chez eux, je réponds oui. Quand commencer ? Le 7 décembre. Je réponds oui. Mes horaires proposés, salaire, je réponds oui. Je raccroche. Durée de la communication : 1'27min, le vide m'attend.

3

Mercredi dernière correction apportée à Coup de tête troisième partie. J'ai créé le fichier « Coup de tête III version potable » que j'ai copié pour H. sur le réseau. Une fois qu'il aura lu et commenté, continuer d'avancer vers 46° 16,8' latitude nord / 86° 40,2' longitude est et, au-delà, Coup de tête IV.

4

Ernesto & variantes sera lisible en février prochain dans le prochain numéro de la revue Cyclocosmia (ce n'est pas moi qui le dis).

5

Journal des sens, volume 2, David Menear, années quarante sans doute, à l'envers du temps perdu :
Aujourd'hui comme hier le miroir du salon éclaté devenu inutile. Frappé par terre, poignardé au sol, impact étoile bord du cadre, coin bas et gauche. Toute la surface est déformée. Ce miroir ne sera pas remplacé, je me le suis promis. Je m'y suis regardé, couteau de boucher sous la gorge, souriant comme une photo d'identité, bave aux lèvres, avant de lâcher le couteau et frapper le miroir, je me suis fait cette promesse tacite à moi-même de ne jamais, jamais le remplacer. Que faire des restes de celui-là ? Au feu, cadavre.

samedi 18 juillet 2009

Semaine blanche

blancasse.JPGSemaine blanche en Bretagne où l'on souffle. Je n'y rien écrit (ou presque), n'ai pris aucune photo (série 17h34 mise à part), n'ai pas beaucoup parlé non plus. Je n'ai répondu à aucun mail ni coup de téléphone. Je n'ai presque pas lu, une centaine de pages à peine. J'ai cherché le fameux Journal de Larbaud sans le trouver, j'ai dépensé ailleurs de l'argent qui stagnait. Me suis contenté de traverser, respirer, observer. Il était important de ralentir l'organisme, rentrer en brève hibernation. Cet été sans déménagement est le premier depuis trois ans : j'ai profité un moment de l'immobilité. Bientôt il faudra reprendre le rythme, ce n'est pas un problème.

Rien écrit ou si peu : Coup de tête en pause le temps de penser à et faire autre chose. J'ai cherché vainement à commencer Ernesto & variantes, texte qui devrait être proposé pour le prochain Cyclocosmia mais le syndrome Scapulaire se répète et je n'ai pas pu trouver ma lancée. J'ai créé un fichier Histoires dans le but de consigner ces quelques nœuds fictionnels embryonnaires que je traverse ou qui me traversent et qui ne soulèvent pas plus d'intérêt de ma part mais qui, peut-être, à l'avenir, pourraient me servir. J'ai repris un peu, consigné parfois, réfléchi beaucoup, sur ce que je voulais faire, ce qui devait être fait. J'attends que le reste enfin se décante. Une fois mon rythme de travail retrouvé, les phrases sans doute suivront. Ernesto & variantes devrait être terminé courant aout. Je pense également à interrompre la série 17h34 en novembre, après deux ans de photos quotidiennes. D'ici là, peut-être, Omega Blue sera terminé lui aussi, à moins qu'il ne soit déjà devenu une fiction cohérente, qui n'a plus besoin de moi pour survivre. J'ai renoué avec les blogs ou sites anglais que j'avais arrêté de lire : Joey Comeau et George Orwell. Joey s'interroge sur les autoportraits sexy ou censés l'être, Orwell s'inquiète du temps qui peste : Raining almost the whole day, etc.

samedi 20 juin 2009

Rapatrié par l'image

Cyclocomsia 2, paru la semaine dernière, lu entre deux (trois, quatre ?) rames. J'ai corné plusieurs pages, deux plus que les autres. L'une critique, l'autre fiction. La première décortique l'analogie chez Lezama Lima, la seconde élabore le crurriculum vitae de Michel Crubisco, star de la faim de son état. Pour lire les quelques deux cents autres pages, c'est par là que ça se passe.
Avant de parler de comparaison et de métaphore, revenons aux fondamentaux : définie par Aristote, l'analogie (analogon) est une figure double. A la différence de la comparaison qui associe de façon simplifiée un « comparé » et un « comparant », l'analogie comporte quatre termes qui correspondent deux à deux. Le schéma de base se construit sur le type : « A est à B ce que C est à D » et permet ensuite des permutations. Ainsi l'énoncé « le glaive est à Arès ce que la coupe est à Dionysos » devient-il par exemple « la coupe d'Arès est le glaive de Dionysos ». Pour en arriver à la métaphore, on procède à l'élision d'un ou de plusieurs termes. Or, dans Paradiso, c'est précisément l'analogie qui scelle le destin poétique de Cemi : au sixième chapitre, le Colonel montre à son fils deux gravures en vis-à-vis dans les pages d'un livre, la première représentant un rémouleur et la seconde un bachelier. Mais dans sa précipitation, le jeune Cemi pose son index sur l'image du rémouleur lorsque son père désigne nommément le bachelier, créant ainsi un quiproquo dans la tête de l'enfant. Deux noms et deux images : nous avons bien quatre termes qui vont permuter pour donner naissance à une métaphore. Lorsque le Colonel demande à son fils s'il sait ce que c'est qu'un bachelier, Cemi répond : « Un bachelier, c'est une roue qui lance des étincelles et, à mesure que la roue va plus vite, les étincelles se multiplient au point d'éclairer la nuit. » (Paradiso, p.197). Nous avons ici un nouvel exemple de « faute heureuse » rédimée en poésie par le pouvoir de la métaphore. Malgré le rapprochement arbitraire des deux termes, la métaphore sonne juste, elle ne paraît pas gratuite comme dans certains poèmes surréalistes. Le terium comparationis, bien que lointain, a été rapatrié par l'image.

Julien Frantz, Hétérogenèse de l'image : absence, distance et différence dans la poétique de Lezama Lima in Cyclocosmia 2, P.100.
Des clous des vis des écrous de tout diamètre certes. Des bottins téléphoniques et des appareils en bakélite aussi. Des dizaines et des dizaines d'outils de toutes sortes, des centaines de verres et de bouteilles polymorphes, des kilomètres de fils électriques et de tuyaux plus ou moins flexibles, des hectolitres d'essences de produits ménagers de détergents et de trichloréthylène, de l'arsenic même ! Et puis 33 Encyclopédies Larousse 27 téléviseurs 15 lave-linges 15 machines à écrire 8 ou 9 caddies de supermarché 7 bicyclettes 2 lits en fer 1 Fiat 500 1 Peugeot 404/break 1 zodiac de la gendarmerie et même un car Berliet GRL de la Compagnie Républicaine de Sécurité ayant fait mai 68 (?). Incroyable mais véridique, ce listing non exhaustif de mangeaisons crubrisquiennes – ce crurriculum vitae – est dûment attesté par les archives de Maître Pignon, notaire à Hauterives, département de la Drôme. Qui pourrait, chez nos contempteurs contemporains, se targuer d'un semblable palmarès ?

Alain Giorgetti, Apologie d'une star de la faim in Cyclocosmia 2, P.46-47.

samedi 13 juin 2009

Syndrome court

J'ai reçu cette semaine le deuxième numéro de la revue Cyclocosmia fraîchement parue. J'ai commencé à la feuilleter comme n'importe quelle revue puis suis tombé sur mon texte Melliphage publié dans ce numéro. Je pensais ressentir quelque chose à la lecture de ces lignes imprimées papier, une émotion particulière, peut-être, et rattraper qui sait celle que j'ai loupée lors de la parution dans mon dos d'Assimilation dans Transforme(s) en 2007. Raté. J'ai lu ces lignes sans plaisir, un peu triste je crois, surtout déçu de n'avoir rien accompli avec ce texte de quelques pages. Ce n'est pas un problème d'ambiance, elle y est, il ne s'agit pas non plus de lacunes techniques, car il me semble que j'ai techniquement porté ce texte jusqu'où je pouvais. Non, cette nouvelle est inutile, plutôt, on la mâche longtemps pour bien peu de résultat. Elle manque d'âme, voilà. Elle manque d'âme.

Ce n'est pas nouveau, c'est un problème que je rencontre fréquemment. Je ne sais toujours pas comment écrire des nouvelles, des textes courts. J'essaie vaguement mais ça ne fonctionne pas ou si peu. Il y a quelques années Sablier était brouillonne et trois fois trop longue mais avait au moins le mérite d'aller quelque part. Idem pour Ochracé et Scapulaire qui proposaient quelque chose (maladroitement d'accord, mais ce n'était pas des trompe l'œil). Tous les autres trucs écrits avant et depuis, dans l'ensemble, sonnent plutôt creux, Melliphage">Melliphage compris. Je crois – invente, imagine – que tous ces échecs manquent en fait d'acidité, de violence.

melliphage-papier.JPG

Autre exemple, ce texte lâché il y a quelques semaines et envoyé dans la foulée au gratuit Delicious Paper, non retenu. Je le copie/colle ici car je ne saurai pas où le mettre ailleurs. Titre possible : Les tics du cordon. Là encore je suis allé au bout de ce que je souhaitais faire : je me suis simplement rendu compte après coup que ce que je souhaitais faire ne m'emmenait pas loin.
Je suis (ils m'ont appelé) Javier, Zain, Adam ou autre. Adam, je ne déteste pas. Au moins c'est honnête. Ça déborde de bonnes intentions (symbolisme bien pensant, certains disent). Tellement bien pensant que le kitch ressort. Tellement kitch qu'on pourrait le punaiser rose fushia sur le mur d'une chambre adolescente. Tellement adolescente que ça pourrait être la mienne.
Je suis (ils auraient pu m'appeler) Levothyrox slash Cervarix slash Tamiflu slash Prozac. Plus compliqué à épeler mais c'est une possibilité. Je suis (la presse m'a appelé) le bébé-médicament-du-troisième-millénaire. Du moins durant les jours de l'avant, pendant, après insémination in-vitro. Avant, pendant, juste après grossesse. Passé l'accouchement, la guérison du grand frère slash de la grande sœur, ce nom m'est tombé des bras qui ne tenaient plus rien. Passé l'accouchement, c'était différent déjà, et le fait est qu'on ne m'appelait plus du tout.

La grande sœur slash le grand frère avait, a, aura un nom normal. Un prénom de tous les jours qu'on connaît sans connaître, qu'on écrit sans buter. Le grand frère slash la grande sœur avant était malade mais ne l'est plus. Une histoire de maladie génétique super-rare (ils disent) ou d'anémie congénitale (les journalistes disent) ou de bêta-thalassémie majeure (les médecins disent). Ça veut dire qu'avant moi la grande sœur slash le grand frère manquait de rouge dans le sang. Ça veut dire qu'avant moi vivre correctement c'était compliqué. Qu'on avait besoin d'injection de bébé-médicament à l'intérieur pour faire couler tout ça. Ça veut dire, en gros, qu'on avait besoin de moi et que je ne suis pas né pour rien.

Venez voir ma chambre (j'ouvre la porte), elle est vide. Je suis devenu, au fil du temps, un maniaque de la propreté des choses. Rien ne dépasse et la poussière je ne la supporte pas. C'est un trait de mon caractère (ils précisent) qui n'a rien à voir avec l'éprouvette qui m'a un jour porté. Je suis un corps comme tout le monde (ils constatent), juste que je préfère m'asseoir par terre et attendre que le temps passe sans rien faire ni bouger. Le reste du temps je range : on est bien comme on peut. Encadrée au dessus de mon lit : la photo-Polaroïd de l'éprouvette qui m'a un jour porté (j'aimerais pouvoir le dire mais c'est faux). Éprouvette (ils définissent) : art d'éprouver.

Venez voir la chambre du grand frère slash de la grande sœur (je pousse la porte), elle est vide aussi. La grande sœur slash le grand frère n'est pas souvent là la journée ou la nuit. On a des amis qui sortent et qui font sortir, qui boivent et font boire, qui fument et incitent à fumer. On a des amis qui se droguent des fois ou fuguent aussi. On a des amis adolescents-normaux (les parents disent), ça passera (les parents disent aussi), on espère que ça va passer (les parents ajoutent en fermant la voix). Le grand frère slash la grande sœur a fugué une fois, il a fallu appeler la police puis le retour dans la nuit derrière un gyrophare. Au moins on est en bonne santé, on profite de la vie (ils disent pour rassurer quelqu'un mais j'ignore qui ça peut être). Au moins on a du sang rouge qui coule sous la peau et des fois on l'ouvre un peu pour vérifier qu'il est bien là.

Plus tard (j'explique) je serai pompier ou chômeur ou architecte. Plus tard (je sais) je ne serai ni médecin ni rien de tout ça. Pourtant (ils disent souvent) je dois être habitué à sauver des vies maintenant et je réponds oui en souriant poliment et mes parents déglutissent. Je suis (ils savent) un bébé-médicament très bien élevé, même à présent que je n'en suis plus un et que j'ignore quoi être pour dépanner. Mais (ils bafouillent vite pour se rattraper) c'est quand même vachement bien ce que t'as fait pour ta grande sœur slash ton grand frère. Oui (je réponds), c'est vachement bien.

D'après les spécialistes (les journaux de l'époque racontent), il a fallu écarter au moins quinze embryons avant de tomber sur un fœtus sain slash normal slash immuno-compatible. Parfois je pense à ces quinze copies erronées de moi-même et je me sens moins seul sur le sol de ma chambre. D'autres fois je vois juste la viande emportée par la chasse d'eau lâchée, puis la lumière éteinte dans la foulée d'un gant blanc. Mais (on me demande et m'ordonne) je ne dois pas penser à ces choses là qui me dépassent.

Plus tard (j'espère), allongé sur le sol de mon psy (ils disent qu'il faudrait sans doute), je parlerai à quelqu'un de tout ça et ce quelqu'un prendra des notes quelque part où tout existera. Je raconterai ce qu'il faudra raconter et percerai en moi ce qu'il y aura à percer. Le ton de ma voix sera le même que celui qui a toujours été et ne pourrait pas ne plus être. Je ne dois pas (le docteur Machin expliquera) laisser mes origines biologiques dicter le cheminement de ma vie présente (ou quelque chose comme ça). Oui (je répondrai) et je laisserai ma vie présente se construire autour de l'éprouvette qui m'a toujours porté. Ce sera ma déviance, pathologie, mon alcoolisme. Le grand frère slash la grande sœur pourra expérimenter la santé chaude des corps normaux, jusqu'à l'autodestruction peut-être, si ça lui chante, et moi je me laisserai couler dans mon Polaroïd désert, je vivrai la vie de ceux qui s'en fichent. Je regarderai les autres de loin et ce sera tout. J'ai déjà tout vécu avant de commencer à vivre (ils diront et certains répèteront à d'autres et le bon mot se propagera), à présent j'ai bien le droit de rester un peu à l'écart. Je cultiverai ma déviance, pathologie, mon identité (j'ai hâte). Je fermerai la porte derrière moi, personne n'osera plus l'ouvrir. Merci au docteur Machin et à l'alibi qu'il contre-signera, je me paierai le luxe de l'inutilité. Là (enfin) je pourrais souffler, je commencerai à vivre.
Je ne sais toujours pas comment résoudre ces lacunes, éradiquer ce syndrome. D'ici là je reprendrais Cyclocosmia 2 que je n'ai pas encore eu le temps de poursuivre, il n'y a pas de raison que le reste de la revue pâtisse de ces mauvaises impressions personnelles. En parallèle avancent les dernières relectures de la deuxième partie de Coup de tête (dernier week-end). Le texte est bien ancré et je suis convaincu, enfin, signe sans doute que je ne perds pas totalement mon temps avec ces choses là.

dimanche 31 mai 2009

Cyclocosmia 2 (lancement)

Je relaye, je relaye : le 11 juin prochain, etc., il suffit de lire ce qui suit (il est possible que j'y sois) :
AGENDA | CYCLO 2 = 9 juin + 11 juin
>>>Le second numéro de CYCLOCOSMIA consacré à José Lezama Lima paraît mardi 9 juin 2009. Disponible dans les librairies strasbourgeoises à cette date, il sera placé dans la semaine à Paris, entre autre. Il est possible de le précommander directement à l'association (voir modalités) ou de le réserver chez votre libraire n'importe où en France, qui vous le fera parvenir.
On y trouve comme à chaque fois, des textes d'invention (nouvelles, proses poétiques) autour de thèmes, et un large dossier consacré à un auteur : l'extraordinaire cubain José Lezama Lima. Une vingtaine d'auteurs et d'artistes ont participé au numéro, on pourra découvrir le sommaire ici. Le numéro fait plus de 200 pages et est au prix de 22 euros.

cyclolancement.gif

>>>A l'occasion de la parution du numéro, Antonio Werli & plusieurs auteurs du numéro feront une présentation à la Librairie L'Arbre à Lettres Denfert à Paris le jeudi 11 juin à partir de 19h00 !! Au programme : présentation du projet CYCLOCOSMIA et du nouveau numéro, lectures de textes, rencontre avec les auteurs, évocations et conversations autour de José Lezama Lima (écrivain cubain né en 1910 et mort en 1976) qui aurait eu cette année 99 ans, ainsi que quelques surprises...
Il est possible de réserver un exemplaire du numéro auprès de votre libraire. Les revues seront disponibles à L'Arbre à Lettres le jour de la sortie.

LIBRAIRIE L'ARBRE A LETTRES
DENFERT-ROCHEREAU
14, rue Boulard - 75014 Paris
Tél. : 01 43 22 32 42
M° Denfert-Rochereau
Ouvert du lundi au samedi de 10h à 19h30 et le dimanche de 10h à 13h30
denfert@arbrealettres.com

lundi 18 mai 2009

Vers Cyclocosmia 2 (et d'autres ensuite)

Comme le signalait déjà g@rp il y a plusieurs semaines, et comme le faisait remarquer X. par l'intermédiaire d'un commentaire sauvage à peu près à la même époque, le numéro deux de la revue Cyclocosmia (dont le premier numéro avait été décortiqué ici-même l'automne dernier) s'apprête à paraître. Le site officiel pour l'occasion s'actualise, je vous y renvoie pour plus d'informations sur cette revue. Prévu pour sortir le 9 juin prochain, le sommaire du numéro est le suivant (quelque part, paraît-il, mon nom s'y trouve) :

CYCLOCOSMIA II
- totem : condylura cristata
- mots-clefs : bulle, étoile, nourriture
- dossier : José Lezama Lima
- parution : 9 juin 2009
- 125 x 202 mm - 208 pages - 22 euros
- ISBN : 978-2-9528908-9-2

cyclocosmia2.jpg

Blason :
- José Lezama Lima : "Le Cours Delphique" (inédit)

Invention :
- garp : "Entre les deux"
- David Schnee : "Poésie 26"
- Emmanuel Bourdaud : "Dans la poussière"
- Guillaume Vissac : "Melliphage"
- David Gondar : "L'Arrastre"
- Emilie Notéris : "Moleskin Weapon"
- Eric Schwald : "L'Auditorium"
- Alain Giorgetti : "Apologie d'une star de la faim"

- Julien Frantz : "Emmett Grogan, digger with attitude" (essai)

Observation :
- William Navarrete : "José Lezama Lima - Un étrusque, un être anachronique - Hors du commun"
- Antonio Werli : "José Lezama Lima - Repères chronologiques, bibliographie sélective"
- Olivier Renault : "Lezama Lima - La foi dans l'encre"
- Julien Frantz : "Hétérogenèse de l'image - Absence, distance et différence dans la poétique de Lezama Lima"
- Pacôme Thiellement : "L'objectif ultime de la littérature"
- José Lezama Lima : "Nouveau Mallarmé" (inédit)
- Pedro Babel : "Lezama Lima, le "Proust" des caraïbes ? - Jeux de miroirs transatlantiques"
- David Gondar : "Bestiaire pour une décapitation - Du jeu de mains au "je" de vilains"
- Benito Pelegrin : "Miroir, double, homologue et homosexualité dans Oppiano Licario de José Lezama Lima"
- Armando Valdés Zamora : "Le corps écrit de José Lezama Lima"
- Ivan Gonzalez Cruz : "Lezama ou l'invité de pierre"
- Enrique del Risco : "Lezama : le calamar et son encre"

Illustrations :
- Bertrand Secret : "Extrospections"
- José Lezama Lima : "dessins" (inédits)

Tothématique :
- Julien Frantz & Antonio Werli

(Je m'excuse platement auprès de garp, chez qui j'ai volé tous les liens menant vers tous les participants au sommaire, mais la galaxie était déjà toute reliée chez lui, je l'ai donc reproduite ici-même histoire de tisser quelque chose.)

Le prix de cette (belle) revue est fixé à 22 euros. Pour vous la procurer, voyez de ce côté par l'intermédiaire du site officiel.

Vous trouverez également sur le site de Cyclocosmia les présentations pour les futurs numéro 3 et 4, respectivement prévus pour paraître à l'automne 2009 et au printemps 2010. Du beau monde en perspective : Roberto Bolaño et Antoine Volodine. En attendant ces deux là, vous l'aurez sans doute compris, c'est José Lezama Lima qui est à l'honneur avec le numéro 2.

jeudi 16 octobre 2008

Cyclocosmia

Disons que je zappe la partie du texte où je suis censé faire semblant de me prendre pour une araignée, ou un chasseur d'araignée, ou une quelconque bouche d'égout en forme d'araignée parce qu'à vrai dire les araignées, rares ou pas, bouche d'égout ou pas, me mettent mal à l'aise alors merci.

Donc Cyclocosmia est une revue littéraire semestrielle illustrée, d'invention et d'observation dont le premier numéro vient de paraître, publiée par l'Association Minuscule. Je me suis procuré ce premier numéro au début du mois (numéro tout chaud de fin septembre) et l'ai lu d'une traite dans la foulée, suite logique de / complément à ma lecture de V., ce premier numéro étant tout ou en partie consacré à Thomas Pynchon.

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Cyclocosmia volume un est d'abord un bel objet. Cent-soixante pages environ, grosso-modo le format d'un Librio, jaquette noire sérigraphiée, police soignée, pages couleur blanc-cassé et charte graphique intérieure très fluide, voilà pour le rapide descriptif. Le sommaire, intercalé au centre de ces cent-soixante pages est lui-même très esthétique, il prend la forme d'une toile-constellation pynchonnienne contre laquelle s'articule tous les fragments qui composent le numéro. Au menu, deux parties invention et un dossier central dédié, comme précisé précédemment, à l'Oeuvre de Thomas Pynchon, de V. à Contre jour sorti ces dernières semaines, en passant par tous ses autres livres intermédiaire. En guise d'aération du textes, quelques « graphies » très agréables type tâches d'encre monochromes.

La partie observation d'abord. Elle prend la forme d'un dossier qui retrace chronologiquement le parcours de Thomas Pynchon (oui son apparition remarquée dans un épisode des Simpson est mentionnée) comprenant un précieux article introductif pour ceux qui, comme moi, n'auraient pas forcément lu tous ses livres. D'autres articles s'intéressent plus précisément à certaines vastes thématiques recentrées sur un ou deux titres (intérêt particulier de ma part pour le V., là où nous allons de François Monti puisque j'en sors et de Against the day, une alchimie de la lumière par Julien Schuh, approche très étonnante et décryptage lumineux du dernier Pynchon), parmi lesquels, notamment, deux contributions signées Rodrigo Fresán (cf. La vitesse des choses, le mois dernier) et Claro, traducteur de Contre-jour, particulièrement appréciables. Les quelques pages consacrées à Raymond Roussel sont peut-être plus surprenantes, puisque pas forcément rattachées à l'auteur central choisi pour ce numéro mais pourquoi pas. Au cœur de ces observations, on assiste même à une rencontre croisée entre Thomas Pynchon et Lee Harvey Oswald, rencontre brève de quatre pages pourtant très bien dressée, complètement inattendue (wow, comme on dit), fiction-éclair qui a le mérite d'aérer un peu le dossier critique.
à Dallas, le bus se vida de moitié et se remplit à peine – seulement deux vieilles dames et un homme muni d'une petite valise montèrent ; l'homme vint s'asseoir à côté de ce passager endormi la tête sur la mallette d'une machine à écrire – l'homme joua avec l'interrupteur de la veilleuse puis ferma les yeux comme le bus s'engouffrait sur la quatre voies – et alors plongé dans l'obscurité, l'habitacle trouva le silence puis le sommeil – et au petit matin, l'homme monté à Dallas salua d'un geste de la tête son voisin qui recopiait dans un carnet, d'une fine écriture mi-cursive mi-scripte, une page entière d'un livre ouvert sur ses genoux. Férus tous deux de littérature, les deux hommes entamèrent une discussion qui leur fit oublier l'heure des repas, la nécessité du sommeil ; à la question : tu lis quoi actuellement, Pynchon répondit Le Prince de Machiavel et Oswald Crimes & Châtiment (« dans le texte, je précise », fit Oswald – pas vrai fait voir – et l'homme de montrer la couverture cartonnée de Преступление и наказание – wow lâcha Pynchon, admiratif).

Olivier Roussilhe, Le double et son masque in Cyclocosmia I, Association Minuscule, P.38-39.
Deux volets d'invention encadrent le dossier Pynchon central : une dizaine d'œuvres de fiction, nouvelles pour la plupart, assez courtes, certaines plus accrocheuses que d'autre, c'est le jeu dans ce type de compilation. Cette double anthologie répond à une contrainte à plusieurs branches : les textes sélectionnés ont du se plier à la to-thématique du numéro, c'est à dire respecter à la fois l'animal totem choisi pour le numéro (la cyclocosmia truncata en l'occurrence, la fameuse araignée-bouche d'égout) et les trois mots-clefs qu'étaient, pour l'occasion : souterrain, bouclier et toile. De ces nouvelles, quelques unes, plus que d'autres, me restent en tête, comme Garde contre de g@rp (P.120) ou le début (oui le début) de Sur la piste (Jérôme Lafargue, P.146). Et puis il y a ce vertigineux Six fois la mort d'Oscar Sonia Gamarra qui revient me hanter plusieurs jours après, à l'image de son narrateur, condamné à mourir à la chaîne six fois de suite comme son titre l'indique. Résolument un texte fort, certainement l'un des bons moments de ce Cyclocosmia numéro un.
Je respire. Je respire profondément. Diable ! Que c'est bon de vivre ! Je suis trempé de sueur.

J'entends des voix. « Regardez-lui les ongles. Si c'est la gangrène, amenez-le au bloc. » « Bien, docteur. » Une infirmière et une bonne sœur passe ; je ne vois pas le brancard qu'elles poussent mais j'entends le faible grincement de roues.

J'ai mal, quelque chose me brûle la poitrine, près de l'épaule ; mais ce n'est rien en ce qui me concerne. Le gamin à côté, pauvre petit, demande d'une voix affolée, dans son mauvais castillan, qu'on ne lui coupe pas le bras – comment travaillerait-il ! -, qu'il préfère mourir, qu'on ne lui coupe pas.

La tête de l'infirmière est au-dessus de la mienne. Ses mains déposent le masque d'éther.

- Mais, c'est moi... Ce n'est pas pour moi..., je proteste.
- Comptez jusqu'à dix, m'ordonne une voix lointaine.
- Ce n'est pas à moi... Qu'on ne me coupe pas...

Oscar Sonia Gamarra, Six fois la mort, trad : Gianina Suárez et Antonio Werli, in Cyclocosmia I, P.22.
Bref, outre l'araignée-bouche d'égout : Cyclocosmia, revue littéraire semestrielle illustrée, d'invention et d'observation, 125 x 202 mm, 160 pages, 20 euros, dont voici le site internet avec possibilité de commander en ligne via la librairie L'usage du monde. Bref, disais-je, une revue intéressante, qui mérite qu'on la signale entre deux pages de Pynchon et de Kawabata avec, en prime, le copié/collé du sommaire, histoire de reprendre plus en détail le contenu de ce premier numéro, et peut-être de vous convaincre d'y jeter un œil attentif (et signalons au passage que pour le deuxième numéro, dont la parution est prévue pour le printemps prochain, le corps de l'auteur allongé sur la table de dissection-observation sera celui de José Lezama Lima) :
Invention :
- Eric Schwald : "La Muraille"
- Emmanuel Bourdaud : "Emplafonné"
- Oscar Soria Gamarra : "Six fois la mort"
- Marie Heimburger : "Fait divers"
- David Gondar : "Utérus vaudou"
- Marion Collé : "1 fil"
- Jérôme Lafargue : "Sur la piste"
- Jean-Pierre Zubiate : "Achille en terre"

Observation :
- Antonio Werli : "Slow Learner : Thomas Pynchon, un portrait de l'invisibilité"
- Olivier Roussilhe : "Le double et son masque" (fiction)
- François Monti : "V. : là où nous allons"
- Olivier Lamm : "The Crying of Lot 49, Gravity's Rainbow, Vineland : "Slow Whirlwind", d'un jour d'avant au jour d'après, genèse d'une cosmologie du doute en trois étapes"
- Julien Frantz : "Gravity's Rainbow : infra-film en molécules longues"
- Julien Frantz : "Vineland : à travers le Bardo médiatique"
- Gilles Chamerois : "L'incipit de Mason & Dixon : l'arc-en-ciel de la création"
- Claro : "Mason & Dixon : entre les lignes"
- Marc Courtieu : "Comment interpréter les événements du monde : paraboles et lignes droites, la géométrie paranoïaque de Thomas Pynchon"
- Pedro Babel : "The funny Tom show : brève et insuffisante notule sur l'humour de Pynchon"
- Rodrigo Fresan : "Against the Day : l'hystérie interminable"
- Julien Schuh : "Against the Day : une alchimie de la lumière"
- garp : "Garde contre" (fiction)

- Julien Frantz : "Raymond Roussel : la transparence et son double"

Illustrations :
- Florence Lelièvre : "Méandres"
- Antonio Werli : "Graphies"

Tothématique & Blason :
- Julien Frantz & Antonio Werli

mercredi 1 octobre 2008

Mise à jour mosaïque #2

De nouveaux liens ajoutés dans la mosaïque d'Omega Blue ces dernières semaines ou heures (extraits compris) :

L'autofictif (blog d'Eric Chevillard)
Enfant laide que tout le monde dans le groupe raillait ou plaignait pour sa disgrâce année après année jusqu’au jour où un étranger survint qui sans plus de façons l’embrassa, nous découvrant du même coup comme elle était devenue jolie… et nos cœurs saignèrent de jalousie par les orbites de nos yeux dessillés et toutes les veines de notre corps pantelant.
Tabula Rasa
« Mantra » était un épisode crucial de la guerre entre auteur et personnage, bien plus que le livre du chaos que même son auteur parait y voir. C’était le manuel raisonné d’une ville dont il fallait rendre sens du désordre. « La velocidad de las cosas » serait plutôt un dialogue ou un défi, c’est à voir, qui met en scène auteur et lecteur. Et finalement, sous ses atours bien rangés, il pourrait bien être plus chaotique que son successeur / prédécesseur (selon le pays de publication) de par l’obligation dans laquelle, en quelque sorte, il nous met de décrypter le sens ou en tout cas de faire la lumière sur ce qui nous y est vraiment dit.
Cyclocosmia
CYCLOCOSMIA est une revue littéraire semestrielle illustrée, d'invention et d'observation. Elle emprunte son nom, cousu de multiples étymologies imaginaires, à une créature du règne animal qui, de fait, devient son animal-totem majeur : le premier numéro de CYCLOCOSMIA paraît en septembre 2008.
Querelle
Hier soir, je me masturbais en regardant Six Feet Under ; quand une vision intracrânienne m’imposa, au centre de mes fantasmes étranges, un visage nouvellement familier qui, seul, retint toute mon attention : celui du mec du bus, qui s’est assis à mes côtés, le jour de la rentrée, frottant sa jambe contre la mienne, sans un regard ; et partageant même destination. Souvent, nous nous rencontrons, de loin, regards elliptiques et toujours souriant : lui et moi ne prenons plus le bus seuls. Serait-ce donc l’aube d’un amour impossible ?.