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Tag - Dominique Viart

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jeudi 6 novembre 2008

Publie.net

Je m'intéresse à Publie.net grosso modo depuis les premières annonces publiques nous informant de son existence alors à venir. L'évolution est rapide : de perspective d'avenir à plateforme bien ancrée en quelques mois. Publie.net présentait ces dernières semaines une nouvelle version, plus accessible, plus pratique, plus ergonomique. Prétexte tout trouvé pour en parler plus en détails.

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Brochette des dernières parutions.


Il y a bientôt un an, François Bon détaillait sur son site son projet d'agence littéraire numérique qui dispose déjà d'un nom, d'une adresse, d'une marque de fabrique : Publie.net. Cet article expliquait déjà les premières perspectives visées par le projet, doublé d'une analyse précise du marché actuel et à venir concernant le livre numérique. Les nouvelles générations de liseuses débarquaient sur le marché et l'expérience américaine montrait qu'il était possible de s'engouffrer dans la brèche. Ambition affichée par Bon à l'époque : explorer ce nouveau marché, Arlésienne des années 2000, pour le mettre au service du texte numérique contemporain. Près d'un an plus tard, les gros se sont aussi lancé dans l'aventure : Gallimard et plus récemment la Fnac, ont, par exemple, lancé leurs plateformes de livres numériques. Prix de vente exactement identique au livre papier (les frais d'impression, de stockage ou d'expédition seraient-ils pris en compte dans le prix d'un livre numérique ? étrange, pour ne pas dire choquant), mise en page sacrifiée alors même que le confort de lecture sur écran en dépend, deux points noirs irréversibles qui nous ramènent vers Publie.net, qui a au moins l'avantage de ne pas prendre le lecteur-consommateur pour un c|

Très rapidement, plusieurs impératifs s'imposent et structurent l'aventure. D'abord, un prix de vente accessible qui n'excède jamais le prix d'un livre poche avec deux formats présentées : les formes brèves (20 à 30 pages) proposées « au prix du journal », soit 1,30€ et le gros du catalogue, les « plus de trente pages » (souvent bien bien plus) au prix unique de 5,50€. Autre certitude : le refus du drm, ces verrous numériques qui ont fleuris avec l'arrivée de la vente légale de musique en ligne qui entrave l'utilisation du fichier téléchargé. Ici, la confiance est offerte à l'utilisateur. On n'oublie pas, non plus, que la vie du livre papier file de la même façon, avec possibilité de passer de main en main selon les conseils d'amis et autres recommandations. Enfin, la mise en place d'un système qui garantit que sur l'achat d'un livre-fichier, 50% du prix de vente sera directement touché par l'auteur, les cinquante autres servant à faire tourner la machine. Trois principes de base sur lesquels repose la plateforme, toujours d'actualité aujourd'hui, près de d'un an et quelques deux cents textes plus tard.

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Ma tante Sidonie en lecture écran via Adobe Digital Editions.


Voilà pour hier. Aujourd'hui la v2, avec refonte totale du système de commandes et réorganisation ergonomique du design (avec nouveau logo et charte graphique pour les couvertures très réussie, coup de cœur pour les couvertures-radiographies). La création d'un compte est désormais possible, avec bibliothèque personnelle contenant les livres précédemment téléchargés. Plus besoin de délais entre l'instant de la transaction et le moment où l'on peut télécharger le livre, ce qui était un peu agaçant, le fichier est désormais disponible dans la seconde, en plusieurs formats qui plus est, selon que l'on souhaite le lire sur ordinateur classique ou sur liseuse. Apparition également, d'offres promotionnelles pour séduire le lecteur sceptique : deux livres offerts (Autoroute de François Bon et le Contre Sainte-Beuve de Proust) pour toute ouverture de compte avant le 10 novembre, un livre gratuit pour cinq achetés... toujours appréciable.

Oui mais sur Publie.net, qu'est-ce qu'on lit ? Des textes qui n'auraient pas forcément pu trouver leur place par le biais de l'édition traditionnelle, des textes qui prennent le risque d'explorer une littérature peu rentable, mais aussi des auteurs importants, par exemple Eric Chevillard, Chloé Delaume ou Emmanuelle Pagano, des textes critiques comme celui de Dominique Viart cité il y a quelques semaines, des incontournables du domaine public (pas toujours bien composés lorsqu'ils sont lâchés sur les habituels sites de partage) et des fragments de laboratoire d'écrivains, des journaux ou blogs recomposés pour découvrir l'envers du travail d'écriture. Un peu moins de deux cents textes disponibles cela veut dire aussi beaucoup de diversité, de choix, de perspectives.

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Jacques Josse en lecture sur Eeepc (même si plus de batterie).


Un gros bémol cependant, car si je reste persuadé qu'une plateforme de ce type est indispensable à l'heure actuelle, que le texte numérique doit pouvoir se développer en parallèle du livre papier, je suis sceptique quant à la clause du contrat établi avec ces auteurs numériques qui permet de retirer un fichier du site dès qu'on le souhaite, c'est à dire, souvent, en cas d'édition papier plus traditionnelle. Et d'une, c'est agaçant pour le consommateur que je suis qui se dit pendant six mois « un jour ou l'autre je me le prendrais bien celui-là » et puis qui, un jour ou l'autre, découvre que son fichier n'est plus en ligne, et de deux, c'est surtout un bien curieux message à envoyer : celui que le livre numérique serait une littérature par défaut, un intermédiaire « en attendant mieux », en attendant l'édition papier.

Reste que l'offre proposée par Publie.net, personne ne la propose ailleurs : une plateforme bien rodée, quelques deux cents textes d'ores et déjà disponibles et l'apport éditorial d'une équipe qui ne publie pas n'importe quoi. Les tarifs sont honnêtes et ne font pas semblant de nier la réalité pratique des fichiers mobiles. L'offre s'étend aussi, depuis quelques temps, vers des abonnements spéciaux pour les bibliothèques qui commencent à suivre. Le tournant numérique se joue sans doute en ce moment, tant pis pour les Gallifnac qui le prennent de travers. Pendant ce temps, Publie.net continue d'avancer.

jeudi 14 août 2008

Un innommable qu'elle cherche à identifier

Pas mon habitude de citer des morceaux de critique littéraire par ici (ni même d'en lire, d'ailleurs) mais la tentative de Dominique Viart de débusquer le projet contemporain (ou l'absence de projet, ou l'apparente absence de projet) me pousse à en citer ces quelques pages (bourrées d'italiques, critique oblige). Article disponible chez Publie.net et son catalogue de formes brèves.

On le voit, le projet cherche à débusquer ce qui le fonde. Il met en œuvre ainsi un autre type de rapport à la notion même de projet, plus proche de la projection que du manifeste, et qui s'avère plus problématique que programmatique. Il ne proclame pas l'intention de l'œuvre mais cherche à découvrir dans le sujet lui-même comment cette intention lui est venue, quelle voies elle a pu suivre pour mûrir en lui. Le projet dès lors tient de l'énigme, son énoncé n'est pas affirmatif mais questionnant. Il tient de l'introspection, fût-elle oblique ou indirecte, et non de la proclamation. Il est la matière de l'œuvre et non son paratexte ni sa théorisation. On assiste là à ce que Pascal Quignard appelle : « la déprogrammation de la littérature ».

le projet informulé
Un tel livre nous aide à découvrir qu'une part non négligeable de ce que la critique a longtemps tenu pour les derniers avatars de l'avant-garde se disposait déjà à de tels renversements. On opposerait en effet de la même façon dans cet ensemble complexe et discutable que l'on persiste à recouvrir d'une commune et singulière étiquette « le Nouveau Roman », la coprésence de deux attitudes : d'un côté, Alain Robbe-Grillet, ou même Nathalie Sarraute qui disent dans des articles vite rassemblés ce qui sera la matière et la manière de leurs œuvres, et de l'autre Claude Simon, qui semble n'écrire livre après livre que pour savoir pourquoi il écrit. D'un côté L'Ere du soupçon et Pour un nouveau roman; de l'autre, mais en fin de parcours, au terme d'une œuvre qui cherche son projet, L'Acacia et Le Jardin des Plantes, dans lequel l'écrivain prononce enfin le mot essentiel, non celui de la fin mais celui qui la fonde : « Et pour désigner cela, il y avait peut-être un mot » que l'auteur livre trois pages plus loin : « et à la fin il dit Mélancolie ! » (je souligne). Or « cela » qui décide de l'œuvre figure déjà à son ouverture, dans La Corde raide, à ceci près que Claude Simon ne parvient pas alors à le nommer. L'œuvre se donne ainsi comme toute entière constituée par un innommable qu'elle cherche à identifier.
Il serait sans doute caricatural de résumer une œuvre à un mot – « métaphore » pour Proust, « mélancolie » pour Simon, « genèse » ou « miracle » pour Michon (« rien ne m'entiche comme le miracle ») –, mais le mouvement de l'œuvre est bien celui-ci, qui part à la conquête de son origine, qui se conçoit comme questionnement de ce qui la fonde, et, partant, de ce dont elle hérite. Dès lors on parlerait plus justement d'un trajet que d'un projet : une tra-versée, la tra-duction d'un ineffable, d'un silence auquel il faut donner voix. Or ce silence est bien à l'opposé de tout manifeste, bruyant par nature. On ne peut même pas dire que le projet s'identifie au terme du travail, ce qui est le cas chez Proust, dans Le Temps retrouvé, car jamais, dans cette littérature-là il ne s'identifie comme projet. Le fait-il, c'est avec la conscience de l'échec et de l'illusion d'un enjeu qui en masque d'autres, comme Michon l'écrit à la fin des Vies minuscules. Mais que l'œuvre s'éprouve comme parcours et comme questionnement de sa situation historique, c'est là une conscience nouvelle qui crée une temporalité propre, indépendante de celle des esthétiques modernes.

Dominique Viart, Quel projet pour la littérature contemporaine ?, Publie.net, P.30-33.