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vendredi 5 décembre 2008

Fragment d'épave académique

Non, il ne s'agit pas d'un souvenir ému d'un ancien prof de fac qui aurait ressurgi dans ma mémoire passagère (ça aurait pu), simplement le dernier roman de David Lodge (toujours très universitaire, même dans la fiction) achevé aujourd'hui. La vie en sourdine est un roman agréable et vigoureux qui vire roman moyen vers la fin. Tant pis. Restent la première moitié qu'on ne regrette pas à la lecture, et cet extrait pris au vol des premières pages. D'abord un paragraphe de mise en situation (le narrateur est un ancien universitaire à la retraite de retour sur ses terres), puis un second plus intéressant, où l'on remarque la mise à la porte réelle et physique de ce vieux corps alors en pleine déambulations nostalgiques. Une fois poussé dehors par la jeunesse qui l'ignore, il a cette belle dernière phrase que je vous laisse découvrir. (A lire sur ce livre, au passage : l'article de Pierre Assouline d'il y a quelques semaines)
J'ai bu une tasse de thé dans la salle des professeurs et lu le Times Literary Supplement de la semaine dernière, levant les yeux chaque fois que les portes battantes s'ouvraient en grinçant, mais il n'est entré personne que je connaissais. C'était le milieu de l'après-midi, moment où la plupart des gens enseignent ou sont en réunion. Il y avait seulement quelques vieux schnoques à la retraite comme moi dispersés dans la salle, avachis dans des fauteuils, regardant avec un ressentiment muet par-dessus leurs journaux et leurs magazines un groupe de secrétaires et de techniciens en train de bavarder et de rire dans un coin. Autrefois, ils n'auraient pas été autorisés en ce lieu, mais, avec le temps les vieilles distinctions de caste en milieu universitaire se sont érodées.
C'était à mon tour de faire la cuisine ce soir alors je ne me suis pas attardé dans la salle des professeurs. Il était exactement quatre heures lorsque je suis sorti du bâtiment, et les portes n'arrêtaient pas de s'ouvrir derrière et devant moi, laissant échapper des salves de babillages vocaux accompagnées du grincement des pieds de chaises sur les parquets. Les étudiants sortaient en trombe des salles de cours et des amphithéâtres, fourmillaient sur les paliers, descendaient en cascade les escaliers, balançaient sac à dos et serviettes, jacassaient et s'interpellaient, libérant l'énergie, la frustration et l'ennui emmagasinés depuis une heure, ou peut-être, qui sait, l'effroi et l'excitation engendrés par une expérience éducative stimulante. Ils m'ont emporté dans leur flot comme une rivière en crue, indifférents à ma personne, ignorant qui j'étais. Je me suis laissé porter par la vague comme si j'étais un fragment d'épave académique, et ils ont fini par s'éparpiller et se disperser dans le hall du rez-de-chaussée jusqu'à la porte tambour, laquelle m'a expulsé dans l'air humide de novembre. Le soleil était déjà bas dans le ciel à l'ouest, s'enfonçant dans une brume de pollution orange derrière le bâtiment d'ingénierie mécanique, réservant la silhouette des ouvriers qui étaient en train de réparer le toit de notre bâtiment des sciences de l'éducation qui avait remporté un prix. Je me sens pris par une brusque envie d'écrire à la troisième personne.

David Lodge, La vie en sourdine, Rivages, trad : Maurice et Yvonne Couturier, P.40-41.

samedi 15 mars 2008

Il y a deux ans « le blocage »

Voilà que je repense au « blocage ». Deux ans plus tard, certaines images me reviennent en mémoire. Certaines images dont je n'ai encore pas parlé. Elles sont fragmentées, isolées de tout contexte. Elles sont là, c'est tout. Nous sommes le mardi 8 avril 2008 et j'antidate ce billet au 15 mars pour mieux coïncider avec le début du blocage à l'université Jean Monnet de Saint-Etienne en 2006 :
- parce que je n'aime pas beaucoup publier plus d'un billet par jour
- parce que le planning de la semaine est rempli pour ce qui concerne les billets à mettre en ligne
- parce que je détourne ces informations de la première page, par lâcheté
- parce que je sais que certaines personnes directement concernées peuvent lire par dessus mon épaule.
Je décide de classer les faits de façon totalement arbitraire, par ordre de ce qui me revient d'abord en tête et, ensuite, par association, le reste. J'emprunte à François Bon sa mise en page cut-up. J'écoute Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles sur Deezer.

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Contrairement à ce que je laisse entendre lors du billet des un an, le blocage ne commence pas le 8 mars mais le 15. Je corrige cette anomalie d'anniversaire avec ce deuxième billet.

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Je repense effectivement à Nine Inch Nails quand je repense au blocage. Je repense d'abord à Only, chanson de mon album préféré With Teeth et à son refrain : « there is no you there is only me » que je placarde de façon totalement adolescente en sous-titre de mon pseudo MSN. Je parle à Virgil, souvent. Ce sous-titre est tacitement destiné à Fanny avec qui je suis en froid, c'est une revendication de mes convictions du moment. Je me fous totalement du CPE parce qu'il n'a strictement rien à voir avec moi.

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Nous sommes en cours d'Histoire Littéraire avec M. V. Nous sommes le mercredi 15 mars, lorsque, débarquée de la dernière AG, la moitié de la promo se rassemble pour nous annoncer le blocage. M. V. décide d'amputer son cours ; que l'on se serve de cette heure et demie pour discuter des tenants et aboutissants de la chose. On nous explique le pourquoi du comment et surtout le pourquoi il faut les rejoindre et bloquer avec eux. Bien malgré moi, je fais partie de la partie sceptique de la promo, en compagnie de personnes qu'habituellement je ne fréquente pas. Elise, Nico et surtout Fanny sont de l'autre côté. Je les ai croisés dans le couloir avant de venir, ils m'ont mis au parfum et ça ne me plaît pas. J'ai du mal à le cacher, d'ailleurs je me demande si j'en ai simplement envie.

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Ce qui m'ennuie de prime abord, c'est cette intrusion soudaine dans mon quotidien et l'incertitude des jours à venir. Ça m'énerve de ne pas pouvoir prévoir à l'avance le déroulement des jours. Ne pas aller en cours, évidemment, c'est bien le cadet de mes soucis.

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Je ne peux rien dire : je ne suis pas allé à l'AG. Si je voulais faire entendre ma voix, c'était là-bas qu'il fallait que je m'exprime. On me le fait remarquer, comme à quiconque qui aurait la curieuse envie de la ramener alors qu'ils n'ont pas fait l'effort de se déplacer jusque là-bas. Je reconnais l'argument mais me force intérieurement à le dédaigner, c'est ma mauvaise fois qui agit. Originellement, je devais aller à l'AG. Je change d'avis plusieurs fois. Je change d'avis une dernière fois lorsque Elise me reproche mon lunatisme sur la question – il est vrai que je lui ai déjà fait faux bon pour l'accompagner lors d'une précédente manif, quelques semaines plus tôt. Je prends donc la tangente et rejoint Malika à la BU pendant cette heure de trou.

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De retour en salle SR9 pour le cours d'Histoire Littéraire qui en réalité n'a pas lieu. Durant toute l'heure que dure ce petit débat improvisé, je scrute Fanny et les autres – mais surtout Fanny, parce que je peux lui en vouloir plus facilement, parce qu'entre nous c'est relativement habituel – de mon regard le plus noir. Parce que je leur en veux de me faire tenir de l'autre côté de la barrière. Parce que je leur en veux de ne pas partager mon point de vue. Surtout : je leur en veux de venir mettre les pieds dans mon quotidien le plus élémentaire.

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Je quitte la fac en trombe sans une parole pour les autres. J'appelle la seule personne de mon entourage à ne pas faire partie de la chose : Malika. On se plaint mutuellement dans le dos des autres parce que ça nous défoule l'un et l'autre.

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Le soir même, il me semble que j'appelle Elise, qu'on s'engueule, c'est peut-être la première fois mais peut-être que je confonds avec un autre coup de fil pour d'autres occasions. Je crois me souvenir qu'elle me reproche une conversation qui a eu lieu plusieurs semaines plus tôt à la Mie de pain ou dans l'un des nombreux kebabs autour de la fac (de mémoire : on ne fréquente que les gens qu'on est matériellement forcé de fréquenter, je ne crois pas aux amitiés longue-distance, elles finissent toujours par se déliter ; dans un an et demi je pars vivre ailleurs). La conversation se termine sans que notre différent soit tranché, réglé. Je déteste ça.

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Le soir même et les suivants, je m'engueule avec Fanny sur MSN.

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Je sais pertinemment ce qui me fait peur : que cette scission entre nous se creuse.

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Je ne participe pas au blocage le lendemain. Je me rends tout de même à l'AG suivante, le jeudi ou le vendredi qui suit. Les autres sont rassemblés autour d'un banc, juste devant l'entrée. Le portail est fermé, barricadé. On m'invite à passer par dessus la grille pour les rejoindre. Ce que je fais. Pendant que j'enjambe le truc, mon genou se bloque pendant un moment pendant que ma jambe continue de tourner. Je boite pendant le restant de la journée. Je ne sais plus si je dramatise la chose ou si, au contraire, j'essaie de le masquer. Je découvre avec amertume la présence de Malika qui construit des pancartes et des slogans comme si de rien n'était, comme si notre conversation de la veille ou de l'avant veille n'avait pas eu lieu. C'est cette facilité de travestir ses convictions pour un rien qui m'agace. Cette facilité que, par fierté ou par orgueil, moi, je suis sûr de ne pas posséder.

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Beaucoup m'ont tenu un certain discours avant le blocage et un autre complètement différent pendant. Beaucoup on fait partie du truc histoire de faire partie du truc.

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C'est peut-être à cette occasion que je rencontre Isa. Je me demande qui elle est, ignorant tout à fait qu'elle fait partie de notre promo depuis quelques mois au moins.

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C'est à cette occasion que je fais connaissance avec Virginie et Patrick.

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L'AG qui suit se déroule derrière la fac, à côté de la BU. Le nombre de personnes présentes est impressionnant. Il y a des caméras de France 3. Je décide de voter blanc, me foutant résolument du pour ou du contre. Il n'est pas évident de sentir cette masse de bloqueurs et d'anti bloqueurs hostile à son choix de « conscience ». Je me souviens avoir été mis à l'écart pour mieux décompter les votants, avec les autres « blanc », tout au fond ; une belle brochettes de gusses qui se demandaient résolument ce qu'ils venaient foutre là.

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Je fais en sorte de ne pas trop me faire marginaliser. Je compense comme je peux cette rupture d'opinion entre nous (ou, en l'occurrence, de non-opinion). Je tape le contenu d'un tract rédigé à l'avance dans un cybercafé. Je balaye deux ou trois idées quand j'en ai l'occasion. Je participe à une seule manif pour qu'on ne puisse pas, plus tard, me reprocher mon absence. Je déteste ça.

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Je déteste la formation progressive de ce groupe auquel je ne fais pas partie. Après coup, je déteste quand d'autres font références « au blocage » comme à une époque lointaine et idyllique, la nostalgie à fond la caisse.

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Je décide à l'avance de passer de temps en temps à la fac. Je ne participe pas au mouvement. Je me pointe aux AG, prétexte pour rejoindre les autres. Tous les deux ou trois jours en règle générale. Je m'interdis d'y retourner deux jours de suite. Mon esprit est généralement occupé par « Coup de tête », il y a désormais du REZ dans les oreillettes de mon MP3.

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Je me rappelle la première fois que je m'apprête à passer par l'entrée latérale, côté Voltaire. Je me demande à moitié sérieux entre moi-même si on me laissera passer vu comment je suis fringué. A l'entrée, je retrouve François occupé à filtrer le flux d'entrants-sortants.

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Un jour où Fanny ne peut pas venir à une AG pronostiquée serrée parce qu'elle doit aider au blocage de Simone Weil, je lui propose de voter à sa place. C'est la seule fois où je vote « pour ». Ma conscience s'en accommode facilement : j'ai besoin de plus de temps vierge pour poursuivre « Coup de tête » qui s'enlise.

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Retour en arrière, au début du blocage. Notre prof de Dissertation propose à « ceux qui le souhaitent » de rendre une dissertation prévue depuis longtemps. Un délégué doit les ramasser sur les ruines cartonnées et barricadées de la fac. Je m'y pointe pour rendre la mienne, terminée pendant les vacances précédentes et donc avant le début du blocage – et, par ailleurs, totalement bâclée, ce qui amènera une bâche de plus dans cette matière. La pénible impression d'être pris pour un de ceux qui souhaiterait reprendre les cours au plus vite.

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Lorsque la fin du blocage est votée, c'est un état de déprime qui gagne tout le monde. Le CPE est déjà abrogé. Il n'y a plus rien à poursuivre, sinon peut-être toutes les luttes valables qui ont fait se fédérer autant de monde autour d'un seul prétexte. Le prétexte est sacrifié, de même que le premier ministre de l'époque, décapité. Comme je le pressentais, « nous » contribuons à dégager une voix royale pour Sarkozy 1er.

19bis

Lorsque la fin du blocage est votée, Hugo me téléphone, je lui annonce la chose, il me dit « c'est super », ou quelque chose comme ça, probablement parce qu'il essaie de dire ce qu'il croit que je suis en train de penser moi-même. J'essaie de m'éloigner un peu des autres, je n'ai pas réellement envie que cette bribe de conversation filtre ailleurs. Je lui réponds peut-être « oui, oui ». En réalité je suis amère. « Coup de tête » n'est pas terminé. J'ai besoin de plus de temps que ça. Les premiers partiels commencent déjà à poindre. Je n'arriverais plus à continuer d'écrire les jours suivants.

vendredi 21 décembre 2007

Me souviens que

On était passé ensemble sur un oral avec Nelly en première année, je m'en rappelle très bien, c'était en bible (oui, on avait des cours de bible en première année) et c'était un extrait de la Salomée d'Oscar Wilde et je m'en rappelle parce qu'on avait défendu une interprétation féministe du texte et on avait eu 13 ou 14 peut-être. On avait d'abord bousculé quelques idées comme ça, pour commencer, assis sur les escaliers, vers le bâtiment du CIT. Une fois on avait fait sauter un des cours de bible pour bosser sur ce truc et à la place on était allé bouffer ou boire un verre à Centre Deux. A cette époque, première année, second semestre, la bible, c'était notre dernier cours de la semaine et on l'avait le mercredi de midi à une heure et demi. Le cours de bible, c'était ce moment où la prof nous disait que dans l'iconographie du moyen-âge, Judas était représenté en roux parce que ça symbolisait le diable ou quelque chose comme ça et la drôle de sensation que ça fait quand les deux tiers de la classe se retournent en même temps dans ma direction avec la prof qui me regarde en me disant « désolé ». Après coup, Nico m'a dit que c'était ce jour là qu'il avait réalisé que j'existais (corrige moi si je me trompe).

Nelly, je l'ai croisée hier en allant faire mes courses de Noël, c'est pour ça. Juste trois minutes entre la fac et le centre ville, et probablement que j'aurais changé de trottoir et fait semblant de l'éviter si j'avais eu mes lunettes ce jour là mais voilà, je les avais pas, je l'ai reconnue qu'à la dernière minute. On peut dire qu'elle est sympa pourtant Nelly, c'est pas le problème, juste que j'aime pas croiser d'anciennes connaissances à qui j'ai rien à dire, c'est agaçant.

En première année, je connaissais pas encore assez Nico et Elise, on faisait que se croiser (et encore), et Fanny et Malika étaient dans l'autre groupe, difficile d'avoir des horaires qui concordent. Du coup, je passais le plus clair de mon temps avec Nelly et avec une des nombreuses Caroline que j'ai connu dans ma vie. Avec Nelly et Caroline, on est passé ensemble pour un autre oral, en Dissert, deuxième année, me souviens plus du sujet sinon que c'était une citation de Barbey d'Aurevilly. On s'est planté : quatre ou six, je sais plus combien on a eu. Hors sujet complet. Me souviens que ça m'avait gonflé grave, après coup, et que j'avais passé tout mon cours de stylistique à dessiner sous le nez de ce brave S.C. et je crois même que j'avais gonflé pas mal de monde autour de moi aussi ce jour là.

Retour en première année : les absences et claquements de doigts intempestifs de M. Mc Machin le mercredi matin et la nullité abyssale de son cours. Mon commentaire-super-génial parfait sur Jünger que m'a piqué Elise sous le nez et le truc minable que j'avais fait après sur Buzzatti. Je crois que j'ai encore le petit mot de remerciement qu'elle m'avait adressé à la fin de ce cours. Me souviens m'être dit qu'à défaut de cartonner avec mon commentaire-super-génial, je garderai une preuve de ma propre générosité histoire de, question d'égo.

En première année toujours : me souviens d'une après-midi passée avec Fanny et Fred et on était allé à Simone Weil ensemble, je sais plus trop pourquoi, et c'est peut-être le plus de temps que j'ai passé avec Fred de toute ma vie et on s'est peut-être échangé cinq mots maximum. Première année : C. pas encore revenu de Lyon et pas encore en fac d'anglais où je l'ai recroisé par hasard l'année dernière et l'arrière goût que ça faisait ce jour là, trois ans après, un mardi après le cours de 16e. Première année et l'insupportable impression de pas savoir ce que je foutais là, à l'époque. Et dur dur dur de se dire qu'il faudrait encore subir deux ans de plus.

Je ne sais plus quand exactement, l'année dernière : je croise Nelly en sortant de la fac, prêt à rentrer chez moi avec la migraine, des mois qu'on s'est pas parlé, je lui apprends qu'elle n'a pas cours parce que sa prof est pas là. Merde, elle me dit, ça veut dire que j'ai je sais plus combien d'heures de trou, qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire en attendant... Tiens, ça te dirait d'aller boire un verre ? Aucune idée de ce que je lui ai prétexté pour dire non. Peut-être bien la migraine, du coup.

vendredi 19 octobre 2007

Kundera intempestif

[Note : nouvelle sous-catégorie inaugurée ici, les "brèves", c'est à dire des billets résolument courts que d'ordinaire je ne mettrais pas en ligne justement à cause de leur brièveté, un peu sur le modèle de ces framents des brèves de mi-octobre.]

Reçu tout à l'heure un mail de Virginie, une de mes amies-à-moi-que-j'ai, qui, entre autre, me recommandait d'aller jeter un oeil au colloque sur Kundera qui s'est tenu à Lyon la semaine dernière (Kundera intempestif, ça s'appelle), avec une communication de l'un de nos "profs adorés" (ex-prof adoré pour moi) avec une "surprise" à la clé. Le colloque en question se trouve entièrement podcasté sur le site de l'université de Lyon 2 (une initiative ma foi fort appréciable), c'est à dire ici. La surprise en question, c'est que mon amie-à-moi-que-j'ai en question participait à la communication en question (ça fait beaucoup de question, je sais) ! Du coup, ça me motive pour faire passer l'info (et en plus c'est un auteur que j'aime beaucoup qui est célébré dans ce colloque) :) .

Pour le colloque en entier c'est ici.
Pour les "Questions politiques : la posture de l'écrivain et le refus de la littérature engagée", c'est là (la communication dont je parle se situe à la fin).

Attention, en revanche, les fichiers proposés sont en général des fichiers à lire avec Itunes, j'ai du batailler sec pour me les convertir en MP3...

samedi 22 septembre 2007

La question de la fiction dans Moon Palace

Vous ne me verrez pas souvent mettre en ligne ici des extraits de mes productions purement scolaires de divers travaux que j'ai eu à rendre durant mon "parcours universitaire". Je ferai pourtant une exception avec celui-là : il s'agit de mon unique travail libre que j'ai pu rendre durant mes cours de fac : un "mini-mémoire" que j'ai pu orienter grosso modo comme je le voulais (j'en ai aussi commis un sur Barthes mais celui-là je ne vous l'imposerai pas !), sur le livre que je souhaitais et sur un thème choisi par mes soins. J'ai choisi Auster : Moon Palace et j'ai choisi de m'intéresser à la "question de la fiction" (vaste problème). Le mini-mémoire en question est assez bref : une quinzaine de pages (grosse police, et encore, il a fallu que je gruge avec les restrictrictions formelles pour en arriver là !), de la taille, j'imagine, de ce qu'on peut appeler un "article".
A la base, je ne souhaitais pas le mettre en ligne ici, jugeant que ce n'était pas vraiment sa place. C'est pourquoi je l'avais proposé, en juin dernier, à l'Austerblog qui avait accepté de le prendre. Et puis, entre temps, l'Austerblog est tombé dans une curieuse phase de léthargie non actualisée, du coup, je le publie ici. Le texte est au format PDF, non pas que j'apprécie personnellement le format, mais pour respecter la forme paginée du mini-mémoire et donc permettre l'échelonnement des notes de bas de pages. C'est sans doute plus pratique et plus lisible qu'une simple page html et en plus ça m'évite d'avoir à le remettre en page...

Bref, voilà donc le mini-mémoire en question avec, pour les indécis et les moteurs de recherche, l'introduction recopiée ci-dessous... Pour lire mon article de base sur le livre, c'est ici, et pour lire le livre, c'est là.

S'illustrant surtout dès la fin du XXe siècle, Paul Auster semble suivre une tradition postmoderne américaine, se manifestant avant tout comme l'écrivain des contingences et du hasard, s'interrogeant toujours dans ses romans dans la relation que l'on peut entretenir avec le réel, et la place de la fiction dans le monde. Moon Palace1, « premier roman, mais écrit plus tard2 », fait figure d'oeuvre centrale dans la progression d'Auster, car c'est sans doute celui qui interroge le plus pertinemment la question de l'imbrication réel/irréel. Ce roman qui, a priori, semble s'ancrer dans la plus pure tradition littéraire (tradition américaine d'abord et tradition du roman d'initiation, ensuite) développe finalement une fiction à la double réverbération : on y découvre l'évocation d'intrigues entrelacées et l'émergence d'un discours parallèle sous-jacent qui tient plus de la méta-littérature. Mais surtout, Moon Palace redéfinit le rapport à entretenir avec la fiction, celle-ci étant à la fois déconstruite et autonome. La déconstruction s'opère à travers l'usage d'une « stratégie d'anachronie3 » alors que le roman refuse d'entrée le clivage réalité/fiction et instaure un espace textuel nouveau où la question de l'imagination, du personnage et de la création artistique se trouvent au centre, d'où son caractère autonome.
Moon Palace permet ainsi de renouveler le rapport à la fiction : elle est à la fois désamorcée, déformée, parodiée tout en instaurant sa logique propre, devenant permanente, car tout est fiction dans Moon Palace.
Cette lecture est en partie permise par deux lignes directrices structurantes dans ce roman : Moon Palace semble tout d'abord l'expression d'un « anti-roman d'initiation » alors que, une fois dépassée tout rapport au problème de la quête, la fiction elle-même, semble devenir consciente de son état et s'instaure comme puissance génératrice.

Lire le mini-mémoire "La question de la fiction
dans Moon Palace" (au format PDF)

jeudi 7 juin 2007

Dix heures dix

Les résultats de nos partiels avaient lieu mardi (avant-hier, donc), ce qui m'a permis de rendre à ma fac ma dernière visite en tant qu'étudiant « actif » (façon de parler). La page licence s'apprête donc à se tourner définitivement, le tout avec une moyenne qui ne coïncide pas avec mon je-m'en-foutisme de ce dernier semestre. Après tout, pourquoi pas. J'ai donc mon année avec une jolie mention « passable », as usual, et, chose rare pour enfin pouvoir être remarquée, personne dans notre petit groupe ne passe au rattrapage, ce qui a permis une satisfaction générale et enthousiaste très appréciable. La consultation des copies qui a suivi a confirmé ce que nous savions déjà : cette troisième année de signifie rien et n'a aucune valeur, on nous l'a donnée, grosso modo (je prendrais pour exemple une dissert de seizième bâclée en moins de trois heures, hors sujets sur les trois quarts du déroulement et pas relue qui m'a valu un quatorze incompréhensible...). Mais après tout on s'en fout. J'ai déjà l'impression, de toute façon, que cette année-là est terminée depuis longtemps...

Nous avions prévu de célébrer la fin de l'année, les résultats et, au passage, trois anniversaires cumulés, le soir même, ce que nous avons fait. Drôle d'ambiance alors que Laurianne, malade, me conduit jusqu'à St Paul-en-Jarez avec Justin Timberlake et Mika à fond dans la bagnole (je n'étais donc évidemment pas responsable du choix de la playlist) alors que, pendant ce temps, se prépare de gros orages assez violents dont on a parlé hier aux infos.
Finalement, on est une dizaine ou un peu plus à se rassembler dans la graaaande maison d'Elise. Et la soirée suit son cours naturellement, avec toutes celles et ceux qui m'ont accompagnés durant cette année finalement plus brève que je l'aurais cru. Trois anniversaires fêtés en même temps (plus pratique : on groupe) pour trois copines pour qui on a passé la journée d'hier à faire les magasins. Étrangement on ne s'est pas trop planté dans le choix des cadeaux (en tout cas, personne ne s'est plaint) puisque Virginie, Isa et Elise avaient l'air plutôt satisfaites.

Pendant que les éclairs pleuvaient à droite à gauche, nous, n'y faisant pas trop gaffe, on a continué nos conneries : les dilemmes à la con de Patrick et de Virginie (« vous préférez vivre heureux ou être heureux de vivre ? », « vous préférez avoir des poils partout sur la tête ou puer de la gueule à vie ? »), les chansons à la con de Patrick et de Virginie, et pendant ce temps, un oeil sur l'horloge blanche d'Elise, immobile, les aiguilles à jamais coincées sur dix heures dix. Plus de piles. Six mois que c'est comme ça, parait-il, et probablement que c'est encore et toujours dix heures dix là-bas. Et les portables qui passent pas ou mal, aussi, ou alors le paquet de bonbons qu'on a apporté avec Laurianne mais qu'on a entamé avant de venir parce qu'on avait la dalle et que c'était nous qui portions tous les cadeaux alors merde ou alors les paquets de chips qu'on a pris en trop parce qu'on a pensé trop large, et qui, du coup, ont fait que je suis repartis avec un paquet de Monster Munch (petits monstres salés au bon goût de pomme de terre) sous le bras.

Bref, ce qu'on peut appeler une bonne soirée, et potentiellement l'une des dernières de « l'ère licence » (si si, ça existe), d'autant plus que, même si je ne connais pas encore exactement la date de mon départ, je sais qu'elle ne fait que se rapprocher, que ce sera à dix heures dix et que je n'ai encore rien préparer pour ce dit départ...

La troisième année s'est donc achevée hier, et je suis bien emmerdé, parce que je ne sais plus quoi écrire dans le commentaire de ma photo, sur la guirlande de gauche, juste en dessous du header de ce blog... On verra bien.

lundi 30 avril 2007

J-6...

Quart d'heure (pseudo) militant sur Omega Blue, avec le compte-rendu assez effrayant d'une interview de Nicolas Sarkozy par 20 minutes. Compte-rendu dénoncé par la Maison des Ecrivains et relayé par le Tiers Livre. Interview axée sur la question des filiaires universitaires qui n'ont pas beaucoup de débouché ; cela donne une image assez peu alléchante de ce que deviendrait la question de la culture sous le sacre de Sarko 1er... Les observations et revendications finales sont issues de la Maison des Ecrivains.

Dans le journal gratuit 20 minutes du 16 avril, figure une interview de Nicolas Sarkozy. Entre autres sujets, il y parle de l’université et prend pour exemple de filière inutile, et qui ne devrait plus être prise en charge par les fonds publics, l’enseignement de la "littérature ancienne" :

Vous vous fixez comme objectif de ne laisser aucun enfant sortir du système scolaire sans qualifications. Comment comptez-vous parvenir à cet objectif ?
— Par exemple dans les universités, chacun choisira sa filière, mais l’Etat n’est pas obligé de financer les filières qui conduisent au chômage. L’Etat financera davantage de places dans les filières qui proposent des emplois, que dans des filières où on a 5000 étudiants pour 250 places.

Si je veux faire littérature ancienne, je devrais financer mes études ?
— Vous avez le droit de faire littérature ancienne, mais le contribuable n’a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1000 étudiants pour deux places. Les universités auront davantage d’argent pour créer des filières dans l’informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable mais l’Etat doit se préoccuper d’abord de la réussite professionnelle des jeunes.

Ne prenons pas à la légère ces déclarations du candidat de l’UMP. Pour lui, l’Etat n’a pas à assumer le prix de la culture.

Son jugement sur le « plaisir de la connaissance », opposé à l’utilité ou à la rentabilité érigées en principe politique, manifeste une ignorance et un mépris dangereux qui menacent le socle de toute société démocratique. Il avertit les artistes et les penseurs, nous écrivains, en particulier, du sort qu’il réserve à la culture, la littérature au premier chef, et à leur transmission par l’Education nationale.

Tous les chefs d’Etat, jusqu’ici : Charles de Gaulle, Georges Pompidou, François Mitterrand comme Jacques Chirac ont, chacun à leur manière, exprimé leur attachement à l’héritage intellectuel et artistique qui fonde l’identité française. Ils ont écrit, se sont revendiqués de la poésie, du roman, de l’art.

Dans le contexte déjà alarmant que dénonce notre Appel Filières littéraires, une mort annoncée ?, la gravité de cette déclaration ne peut nous laisser d’illusions. Elle engage la communauté littéraire et éducative à se mobiliser.

mercredi 25 avril 2007

Le cahier vert

Je suis venu à bout du cahier vert ce matin, entre 4h40 et 5h25. Le cahier vert existe depuis août 2004, et il prend donc fin en avril 2007, tout simplement parce que je suis arrivé à la fin des cent pages qui le composent. Le cahier vert est affublé du titre « Notes en tout genre » qui ne veut pas dire grand chose et qui en même temps reste explicite : il s'agit d'un cahier dans lequel j'écrivais à peu près tout ce qui me passait par la tête et qui méritait d'être arrêté sur papier. Réflexions à voix haute, notes de lecture, notes de truc que je pensais écrire, idées en vrac, compte-rendus de rêves, comptes rendus de conférence ou de colloques, divagations ou observations dans le train ou ailleurs, tentatives de textes qui se sont révélés médiocres, etc. En deux ans et demi, je l'ai souvent oublié, je l'ai souvent mis de côté, et toujours repris, histoire de reporter quelques phrases, quelques mots, parce qu'il faut toujours ce type d'objet, parce que c'est pratique, tout simplement.
En deux ans et demi, j'ai même eu le temps de le perdre, c'était pas plus tard qu'il y a une dizaine de jours : cahier sur lequel j'ai pris mes notes de lecture de Moon Palace pour mon mini-mémoire de Littérature Comparée Option, cahier posé sur un rayon de la BU et oublié négligemment, alors que je cherchais justement quelques bouquins critiques sur Auster pour le fameux mini-mémoire. Cahier retrouvé ensuite par l'intermédiaire d'Elise, allée le quémander à l'accueil de la BU pendant que moi je faisais sauter un cours d'anglais.

Le cahier vert est un cahier à spirales Clairefontaine de couleur verte, format 17x22 cm, cent pages, « Douceur de l'écriture, PAPIER VELOUTE 90mg/m², MADE IN FRANCE », comme c'est dit derrière.



Le cahier vert est barré, raturé, gribouillé, illisible, appliqué, esquissé, incomplet, dessiné, collé de post-its, surlignés, fléchés, souligné, ellipsé...

Dans le cahier vert il y a quelques billets d'Omega Blue écrits manuscritement, pré-écrits. Dans le cahier vert il y a des haïkus de l'époque où Hugo avait un chien qui s'appelait Wanda. Dans le cahier vert il y a des tentatives d'écritures dans le noir. Dans le cahier vert il y a des lignes flottantes où les mots s'entremêlent, parce que je n'avais pas les yeux bien clairs et que je n'y voyais rien faute d'avoir passé les heures précédent l'écriture à dormir et à rêver, comme ce matin par exemple. Dans le cahier vert il y a tout ce que je voulais écrire à la base, les idées brutes, que je n'ai jamais gardées parce qu'on ne garde jamais les idées brutes, on finit toujours par les sculpter. Dans le cahier vert il y a des dates, rarement les mêmes, parfois accompagnées d'une année mais souvent orphelines de 04, 05, 06 ou 07. Parfois, dans le cahier vert, il y a des tentatives de poésies infructueuses et infructuées.



Le cahier vert comprend des écritures simples, saccadées, minuscules, majuscules, appliquées, dépêchées, oubliées.
Le cahier vert comprend des marques de stylos bille bleue, noire et même parfois des traces de crayons de papier ou de critérium à demi estompées.

Dans les spirales du cahier vert, j'y glissais souvent un stylo (à bille bleue, souvent) parce qu'il n'y a rien de plus terrible que d'avoir un support sur lequel écrire et pas d'instrument.

Les premiers mots du cahier vert, outre le titre et les dates, sont : « Il est toujours difficile de commencer quelque chose. »
Les derniers mots du cahier vert sont : « EST-CE QUE LE RECIT EST VRAIMENT COMPLET ? »

Aujourd'hui le cahier vert est achevé, il est terminé. Aujourd'hui le cahier vert est mort, et vive le cahier bleu, acheté ce matin à Auchan. Même format, mêmes spirales, marque et couleur différentes. A dans deux ans et demi pour un billet saluant, à son tour, le cahier bleu.

samedi 21 avril 2007

Trois parties, trois sous-parties

Cette fois ça y est, on touche au but, et non je ne parle pas de l'élection présidentielle qui n'est pas vraiment à sa place dans ce blog ; la semaine à venir sera ma dernière semaine de cours à la fac. Mince alors, finalement elles sont passées plus vite que ce à quoi je m'attendais, ces trois années filantes.

Si je veux rester honnête un minimum, je ne peux pas dire que je n'ai fait que perdre mon temps durant ces ans à Jean Monnet. Certes, je m'y suis formé avec plus ou moins de réussite, certes j'ai désormais une « sensibilité face à un texte » que je n'avais sans doute pas au début de la première année, certes, enfin, j'y ai acquis une culture littéraire non négligeable. Certes, certes, certes. Mais après ? Je n'ai pas vraiment appris à écrire, en fac de lettres, et aucun cours ne m'a aidé à approfondir le cheminement personnel de mes démarches créatives (sic). Si j'ai avancé, j'ai avancé tout seul, sans l'aide d'aucun de mes profs, d'aucun de mes cours. En même temps, c'est vrai, une licence de lettres, ça ne sert pas à ça...

Cette année 2006-2007 se sera déroulée étrangement. Moins de cours, plus de choix que l'année dernière. Un groupe d'amis qui s'étoffe et s'apprécie mais qui se dissous et se disloque, aussi, un peu. Moins de boulot à faire, de boulot à rendre mais plus de temps et d'énergie passé sur chaque devoir, dissertation, oral, mini-mémoire. Et les notes qui suivent, les meilleurs depuis le début de mon « cursus ». Et les cours qu'on rate plus et plus souvent qu'avant, comme ces deux heures de latin seulement passées ce semestre avec ma prof adorée.
C'est aussi l'année des choix et des perspectives d'avenir (« désir d'avenir »!), c'est voir les autres choisir le sujet de mémoire de Master et se voir soi en train de se demander si finalement, on ne veut pas, également, faire un Master. Mais peu importe, les choix s'imposent d'eux-mêmes parce qu'ils sont les bons et qu'on le sait. Je suis doublement heureux aujourd'hui de l'avoir fait (la plupart de mes amis croule déjà sous les bouquins à lire pour leur Master de l'an prochain !).

Drôle d'année niveau travail, également. C'est comme si, en même temps, je découvrais ce que le mot « écriture » signifiait réellement : la rigueur, le perfectionnisme, le temps et surtout travailler, travailler, travailler... Mais également bien peu de résultat sur plan quantitatif : un roman en cours, un autre abandonné (cent vingt pages de premier jet pour pas grand chose) et seulement deux nouvelles dignes de ce nom (mes deux premières nouvelles réellement aboutis) en plus de la dictature quotidienne des épisodes de Mécanismes. Deux nouvelles que je n'ai pas mis en ligne, deux nouvelles sur lesquelles j'ai passé beaucoup, beaucoup de temps.

Alors qu'en tirer à la veille de la fin de ma licence et de mon départ là-bas, tout en haut à gauche sur la carte de France ? Qu'il me reste encore beaucoup de travail à effectuer, bien sûr. Et quoi d'autre ? Que cette année, finalement, était peut-être une belle année. Et tant pis si tout ce que je retiens de la fac, c'est un raisonnement aliénant du trois par trois (cf. le titre de ce billet), et tant pis si je ne profiterai pas des bouleversements du nouveau Saint-Étienne.

Une bonne année qui finit peut-être trop vite, somme toute, mais dont j'ai passé tous les mois à anticiper la fin.

Mes partiels se terminent le 21 mai, et avec eux ma licence. Encore un peu plus d'un mois de vie stépanoise, donc, histoire aussi de ne pas l'oublier. Un mois et quelques pour profiter de mes amis, aussi, avant de ne plus les voir que par épisodes. Ce mois-là, je le prends avec plaisir.

jeudi 12 avril 2007

Le silence des trains en première

Rentré de Bretagne cette aprem. Neuf heures et quelques de train, mine de rien, ça vide, même en première.
Aller un peu mouvementé, retour plutôt calme mais pas forcément plus marrant. Comater en écoutant le tout dernier signle de Björk, regarder filer le paysage breton qui déjà s'ombrage mais non, je précise de suite, il n'a pas fait mauvais du tout pendant mon séjour, bien au contraire. Le temps de prendre un portrait reflété du blogueur qui traverse la France (presque) et voilà que j'embraye sur une nouvelle première classe.



Pas que je m'habitue à un train de luxe, simplement qu'avec mes réducs 12-25, la première classe était moins chère que la seconde. Rennes – Lyon : quatre heures. Et deux et demis minimum à écrire (manuscritement : avec ma petite main et mon petit poignet) comme on peut (c'est à dire mal) pour rédiger à la va vite un commentaire de stylistique qui fait chier (le Dormeur du val, comme c'est original). Pas idée de comment on peut mal écrire quand le train tremble et prend des virages inopportuns. Tant pis. M'en fous.

Silence des trains en première quand tu sors ton paquet de chips et que ça craque et que certains types encravatés se retournent en se demandant quel genre de grossier personnage peut bien faire un boucan pareil. Évidemment, le grossier personnage : moi.
Commencé la correspondance de Truman Capote (Un plaisir trop bref, chez 10/18), offert par Hugo (anniversaire en retard). Drôle de type ce Truman, mais drôle quand même, alors ça va. Peux pas trop en parler pour l'instant, ce livre fera sûrement l'objet d'un billet a proprement parler dans un futur proche.



Aller : en retard après mon partiel de Médiévale, mais retard du TER d'un quart d'heure, un quart d'heure soit le temps que j'avais pour changer de train à Lyon Part Dieu, donc je coure sur le quai de la gare, je prends pas la bonne rame, assis sur les marches de la première classe pendant trois petits quarts d'heure, un paquet de chips (petit) et une bouteille de Vittel (petite) achetés au wagon bar, ça fait quatre euros et quelques. Arrêt du TGV dans je ne sais quel gare paumée : deux minutes d'arrêt. Donc deux minutes à (re)courir sur le quai histoire de rejoindre la bonne rame et ma place (chèrement) payée.
Paris : changement de gare, comme il y a quatre mois. La même chose mais en différent. Pris pleins de photos pour Coup de tête (cf. un billet à venir d'ici la fin du week-end). Comment évacuer une transition habituellement infernal ? Prendre des photos de tout et n'importe quoi.

Le séjour, je le garde pour moi. Magique comme il se doit. Quelques photos mais pas trop. Il faisait beau là-bas et quelques agences immobilières pour ma futur vie, notre futur vie, là-bas, explications à venir et résolution du truc d'ici deux mois et quelques, peut-être moins.



Demain: me remets au boulot (oral Proust avec Nico) et puis ensuite le mini-mémoire sur Moon Palace et puis ensuite les premiers partiels, et puis les autres, les derniers. L'ultime ligne droite de la fac qui s'éternise mais qui s'éternise en sprintant un peu trop vite à mon goût. Et les amitiés qui se disloquent, ça n'arrange rien...

Aussi, pendant le voyage : quelques idées nouvelles pour faire évoluer le blog, pour la future saison (?) de Mécanismes, dont je ne parlerais pas ici bien sûr. Et des idées encore et encore mais pas le temps de les fixer sur l'écran. Bientôt je pourrais, bientôt ce sera ce pourquoi je me lèverai le matin.

Demain, aussi : quelques mots sur le dernier Nancy Huston.

lundi 2 avril 2007

Comment perdre son temps...

Il y a des jours (beaucoup ce semestre !) où on vient simplement en cours pour rien. Comme aujourd'hui par exemple, où, en pseudo Littérature Comparée, on a regardé des extraits de Pinnochio de Disney et où on est resté en plus pour se taper l'intégrale du Magicien d'Oz ! Le tout preuve à l'appuis (même si on voit que dalle) :



Le pire étant qu'ensuite, au lieu de l'oral qu'il y aurait du y avoir (sur le film), la personne qui devait passer étant absente, voilà qu'on se retape un pseudo cours sur Pinnochio. Du coup on (Nico, Elise et moi-même) se barre en plein milieu, vers six heures et demi ("normalement", on finit à cinq heures le lundi...) et qu'au passage on n'est pas noté présent, parce qu'on est arrivé cinq minutes en retard... Le tout pour... rien !

mercredi 28 mars 2007

Le nom

Lu du Proust pour un oral à venir (et aussi un peu pour moi), j'ai fini hier soir Du côté de chez Swann, livre que j'aurai du lire depuis déjà un an compte tenu du fait que je l'ai étudié pour deux cours différents l'année dernière. Mais à l'époque je n'avais pas eu le courage, sachant qu'avec ce genre de litterature, il valait mieux ne pas s'y jeter contraint forcé. J'ai donc attendu d'avoir envie, j'ai visiblement bien fait.
Bref, en plus du passage que je dois étudier pour une explication linéaire avec Nico (passage de la rencontre de Gilberte), ma lecture a relevé trois passages qui m'ont particulièrement touchés, comme trois échos à une même variation, variation sur le thème de l'amour naissant, et dont les deux premiers insistent sur la singularité du nom, et dont le troisième est un pur caprice que m'a inspiré un tout petit bout de phrase : "on n'aime plus personne dès qu'on aime".

Ainsi passa près de moi ce nom de Gilberte, donné comme un talisman qui me permettrait peut-être de retrouver un jour celle dont il venait de faire une personne et qui, l'instant d'avant, n'était qu'une image incertaine. Ainsi passa-t-il, proféré au-dessus des jasmins et des giroflées, aigre et frais comme les gouttes de l'arrosoir vert; imprégnant, irisant la zone d'air pur qu'il avait traversée - et qu'il isolait, - du mystère de la vie de celle qu'il désignait pour les êtres heureux qui vivaient, qui voyageaient avec elle; déployant sous l'épinier rose, à hauteur de mon épaule, la quintessence de leur familiarité, pour moi si douloureuse, avec elle, avec l'inconnu de sa vie où je n'entrerais pas.
[...] Cependant je m'éloignais, emportant pour toujours, comme premier type d'un bonheur inaccessible aux enfants de mon espèce de par des lois naturelles impossibles à transgresser, l'image d'une petite fille rousse, à la peau semée de taches roses, qui tenait une bêche et qui riait en laissant filer sur moi de longs regards sournois et inexpressifs. Et déjà le charme dont son nom avait encensé cette place sous les épines roses où il avait été entendu ensemble par elle et par moi, allait gagner, enduire, embaumer, tout ce qui l'approchait, ses grands-parents que les miens avaient eu l'ineffable bonheur de connaître, la sublime profession d'agent de change, le douloureux quartier des Champs-Elysées qu'elle habitait à Paris.

(Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Folio, pp. 140-141, "Combray")



Ce nom de Gilberte passa près de moi, évoquant d'autant plus l'existence de celle qu'il désignait qu'il ne la nommait pas seulement comme un absent dont on parle, mais l'interpellait; il passa ainsi près de moi, en action pour ainsi dire, avec une puissance qu'accroissait la courbe de son jet et l'approche de son but; - transportant à son bord, je le sentais, la connaissance, les notions qu'avait de celle à qui il était adressé, non pas moi, mais l'amie qui l'appelait, tout ce que, tandis qu'elle le prononçait, elle revoyait ou du moins, possédait en sa mémoire, de leur intimité quotidienne, des visites qu'elles se faisaient l'une chez l'autre, de tout cet inconnu encore plus inaccessible et plus douloureux pour moi d'être au contraire si familier et si maniable pour cette fille heureuse qui m'en frôlait sans que j'y puisse pénétrer et le jetait en plein air dans un cri; - laissant déjà flotter dans l'air l'émanation délicieuse qu'il avait fait se dégager, en les touchant avec précision, de quelques points invisibles de la vie de Mlle Swann, du soir qui allait venir, tel qu'il serait, après dîner, chez elle, - formant, passager céleste au milieu des enfants et des bonnes, un petit nuage d'une couleur précieuse, pareil à celui qui, bombé au-dessus d'un beau jardin du Poussin , reflète minutieusement comme un nuage d'opéra, plein de chevaux et de chars, quelque apparition de la vie des dieux; - jetant enfin, sur cette herbe pelée, à l'endroit où elle était, un morceau à la fois de pelouse flétrie et un moment de l'après-midi de la blonde joueuse de volant (qui ne s'arrêta de le lancer et de le rattraper que quand une institutrice à plumet bleu l'eût appelée), une petite bande merveilleuse et couleur d'héliotrope impalpable comme un reflet et superposée comme un tapis sur lequel je ne pus me lasser de promener mes pas attardés, nostalgiques et profanateurs, tandis que Françoise me criait: "Allons, aboutonnez voir votre paletot et filons" et que je remarquais pour la première fois avec irritation qu'elle avait un langage vulgaire, et hélas, pas de plumet bleu à son chapeau.

(Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Folio, pp. 386-387, "Nom de pays : le nom")



Ce jour que j'avais tant redouté fut au contraire un des seuls où je ne fus pas trop malheureux.
Car, moi qui ne pensais plus qu'à ne jamais rester un jour sans voir Gilberte (au point qu'une fois ma grand'mère n'étant pas rentrée pour l'heure du dîner, je ne pus m'empêcher de me dire tout de suite que si elle avait été écrasée par une voiture, je ne pourrais pas aller de quelque temps aux Champs-Elysées; on n'aime plus personne dès qu'on aime) pourtant ces moments où j'étais auprès d'elle et que depuis la veille j'avais si impatiemment attendus, pour lesquels j'avais tremblé, auxquels j'aurais sacrifié tout le reste, n'étaient nullement des moments heureux; et je le savais bien car c'était les seuls moments de ma vie sur lesquels je concentrasse une attention méticuleuse, acharnée, et elle ne découvrait pas en eux un atome de plaisir.

(Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Folio, pp. 392, "Nom de pays : le nom")


samedi 24 mars 2007

Colloque François Bon (vendredi)

Retour au colloque hier matin, à trois toujours, mais avec Nico et Laurianne cette fois-ci. En avance, on poireaute un peu devant la porte, le temps pour Nico de passer un coup de fil, pour Laurianne de fumer une clope et pour nous trois de se goinfrer de bonbons apportés par Laurianne (parce que les fleurs c'est périssable et sans aucun jeu de mot foireux vis à vis de l'auteur sanctifié par ce colloque). Évidemment, ça fait pas très sérieux de piocher dans le gros sac multicolore et gélatineux (et acide, et sucré) pendant les interventions (les « communications ») alors on préfère faire des réserves et descendre la moitié du sac avant de rentrer dans la salle, question d'apparence.

Pas besoin de trop se dépêcher : on se rend compte en s'asseyant quelque part au milieu de la salle que le colloque (à prononcer en insistant bien sur le double « l » histoire d'accentuer le degré de pédanterie de la situation) a pris facilement trois quart d'heure de retard. Du coup, on se tape une « communication » qu'on ne voulait pas voir (pas qu'elle ait été nulle, simplement qu'on n'avait pas lu la majorité des bouquins dont il était question), tant pis.
Deux rangs devant nous, se trouve l'un de nos profs qui doit intervenir pendant l'après-midi. Tête baissée sur ses genoux il ne regarde pas l'universitaire italien qui déblatère ses histoires « d'espaces ». Tête baissée sur ses genoux, je remarque quelques feuilles dactylographiées que j'identifie aussitôt comme le texte de son intervention de l'après-midi. Il le relit, vérifie quelques derniers détails et angoisse silencieusement sur son siège. Petit bonheur tacite et sadique, je dois l'avouer, de voir le prof revenu dans une posture d'étudiant, d'étudiant qui stresse avant son oral. Amusant, également, surtout quand on sort soit même d'un oral stressant (la veille).

Ce qu'on est venu voir commence avec beaucoup de retard, donc, et ce n'est pas un universitaire qui prend la parole mais un écrivain, Pierre Bergounioux (idole de ma mère), un drôle de type à la drôle de tête de type malade et dont la drôle de voix laisse émerger de drôles de phrase qui, sans notes aucune, donnent la vague impression de directement sortir des pages d'un bouquin. L'intervention en question (« Hétérogamie et littérature ») est passionnante, quoiqu'un peu courte. Bergounioux identifie deux « lignées » parentales chez François Bon : la lignée paternelle, l'élite ouvrière et la lignée maternelle, des instituteurs/trices. Deux pôles du monde social qui, « n'auraient pas du » se rencontrer. L'amour vu comme puissance irrationnelle qui va à l'encontre du « choix matrimonial ». L'Oeuvre de Bon serait donc déterminée par cette union « qui n'aurait pas du être » : lorsqu'il claque la porte de l'école d'ingénieurs (lignée paternelle), il se tourne vers sa mère, il « écrit sous la dictée de sa mère ce que fait son père », d'où l'inattendue alliance de la littérature et du « monde ouvrier ». L'écriture de Bon tout comme son existence est donc irrationnelle. C'est ce qui lui permet d'écrire l'usine, par exemple, alors que « les autres » souffrent d'un langage inadéquat ou bien demeurent profondément silencieux. La double activité de François Bon est donc vue comme une « aberration sociologique ».
Pas d'accord du tout avec ce qu'il dit, mais quelle intervention de Bergounioux qui, sur le ton décontracté de la conversation, sans la moindre de note (du moins c'est comme ça qu'il nous est apparu), énonce ces idées étonnantes, sans doute plus réalisables et concevables quand on l'applique aux générations plus « anciennes » que les nôtres, devant l'auteur lui-même, présent au deuxième rang comme spectateur de sa propre « sociologie génétique ».

L'après-midi commence elle aussi (c'est logique) avec du retard. Pendant qu'une chercheuse néerlandaise disserte habilement sur la notions de personne et/ou de personnages dans Daewoo, de l'illusion journalistique de cette vraie-fausse « étude », un des spectateurs, un type assez jeune, Master 2 peut-être ou bien rien à voir, pique du nez et s'endort, le buste tantôt avachi sur lui-même, et se redressant régulièrement suivant le rythme de sa respiration. Dix minutes, peut-être plus, ça dure, et ce qui me fait sourire, ce n'est pas tellement cette situation grotesque, c'est surtout la mine effarouchée de l'un des animateurs qui, depuis l'estrade, ne peut rien faire, ne peut rien dire, sinon s'offusquer intérieurement à chaque coup d'oeil et rougir des joues et du front à mesure qu'il se fâche sans se fâcher. Amusant.

Lorsque vient le moment de l'intervention de notre prof préféré (« Daewoo : un roman marxiste à l'âge d'or du capitalisme ? »), on se redresse tous les trois et on se concentre, sans doute plus que pour les autres « communications », sans doute parce que l'on est chauvins et sans doute parce qu'on le revendique et que ça nous amuse de l'être. L'étude avant tout stylistique est évidemment fascinante (nous avions d'avance décidé qu'elle le serait, moi le premier) : montrer la résistance, l'appartenance du lieu de l'usine aux ouvriers et l'appartenance de la langue, populaire, précise et imagée qui fait contraste avec la langue officielle qui « rend compte d'un rapport honteux au réel » : technocratique. Le slogan de la phrase inaugurale du roman est étudiée dans ce sens, au moment où l'écriture du slogan me paraît à moi évidente, plus encore dans certaines littératures américaines...
Et les questions qui en découlent, les difficultés de la pensée politique marxiste, les « que peut la culture » et le « comment contourner l'incontournable » qui, visiblement, auront lancé un pavé dans la marre à en juger par le nombre de « non-question » qu'aura entraîné l'intervention (« mais vous avez une question ou pas ? », répondu aux lentes et obscures réflexions à voix haute de certaines personnes que je n'ai même pas aperçues, fausse-réponse qui m'a fait sourire). Mais tant pis, nous, nous trois, bien alignés au centre de la salle, on a bien applaudi, on a applaudi plus fort que pour les autres, chauvins, un brin supporters aussi, avec une banderole imaginaire au-dessus de nos tête, parce que c'est comme ça et qu'on n'a pas pu s'en empêcher. Marrant plus qu'amusant.

La table ronde qui a suivi, avec son thème quelque peu tarte à la crème d'« écrire le réel » était peut-être un peu trop, parce que mine de rien, c'est pas évident d'être attentif trop longtemps (surtout moi). En vrac, quelques notes, encore une fois, difficile de rendre, comme ça, parce que c'est toujours difficile de retranscrire et parce que je n'en ai pas l'habitude. En vrac, donc, des « la littérature est complètement facultative », « le monde comme prestation subjective » et surtout, surtout, ce que j'ai gardé en tête, c'est cette façon de dire (François Bon) que l'écriture n'est qu'un passage, parce que « c'était déjà comme ça » (le « réel » en partant du principe que ça existe et que ça veuille dire quelque chose), « je n'aurai pas pu faire autrement ». De la à parler de « falsification » qui me rappelle ma récente lecture de Calvino...

Du colloque dans son ensemble, étrangement, ce que je retiens surtout (cf. le billet de jeudi), c'est cette drôle de façon de se positionner par rapport à « son Oeuvre » : c'est à dire Bon qui s'enterre sous lui-même pendant qu'on parle de ses livres, cette façon qu'à Bergounioux de dire « ce n'est pas mon colloque » dès qu'on parle de ses bouquins, et pareil pour les intervenants, qui baissent la tête, qui jouent les (faux ?) modestes dès lors qu'on parle de leur travail ou de leurs interventions... Étrange, non ? Comme s'il était impossible d'avoir une position réelle vis à vis de ce que l'on écrit, de ce que l'on fait. Comme si tout était tellement abstrait, comme si on (indéfini, je ne m'inclus pas dedans bien sûr) avait honte. Étrange et incompréhensible.

Mais de ce colloque, je retiens aussi ce moment, hier (vendredi, donc), vers une heure, où tout le monde se lève pour aller manger, où notre prof préféré se retourne vers nous, nous voit pour la première fois et nous lance un « salut, ça va » assez déconcertant (le sacro-saint rapport prof/élève est brisé !). S'en suit une conversation sur « notre avenir » et surtout, surtout, la tête qu'il fait, la façon dont il se redresse, dont il écarquille les yeux et où il me dit : « very impressive » (un truc du genre, en anglais) lorsque je lui réponds que je veux écrire. Et, même s'il essaye de m'embrigader pour faire un Master avec lui, je garderai cette image insolite d'un prof assez insolite lui aussi... S'en est suivi une courte discussion, courte mais agréable, sur tout ça et des divergences, évidemment : « écrire un mémoire de Master, c'est déjà écrire » et « mais on n'écrit jamais pour soi ». Pas d'accord : j'écrirai de la fiction, et je l'écrirai pour moi.

Et le prochain colloque, ce sera pour quand ? Aucune idée...

Billet édité : Pour ceux que ça intéresse, voici trois articles en réaction à certaines "communications" du colloque sur le site du Tiers Livre :
- Calvaire du roman avant l'âge blog
- Il dirige quoi l'auteur ?
- D'avantage lu à la verticale qu'à l'horizontale

jeudi 22 mars 2007

Colloque François Bon (jeudi)

Jamais mis les pieds dans un colloque universitaire auparavant, jamais mis les pieds, non plus, du coup, dans un « colloque international » tel que l'indique le petit livret qui fait office de programme. Pour être complètement exact, l'intitulé entier du colloque est : « François Bon – Éclats de réalité ». Bref, tout ça pour dire que je reviens de ce dit colloque. Je n'en attendais pas grand chose, je me suis simplement laisser gagner par la curiosité et, bravant le froid, le vent, et la neige, je suis allé, en compagnie d'Elise et Nico, à la rencontre de ce François Bon dont, pour être

honnête, je n'avais lu qu'un seul bouquin, le fameux Daewoo dont je vous parlais l'autre jour (et dont je vous parlais mal, méconnaissant beaucoup de détails sur la conception du roman).
Quelques impressions, en vrac, parce que ce genre d'impressions ne peut se reconstituer qu'en vrac : le vrac des trois pages de notes (petit format) prises durant les quatre heures de débat et interventions de cette après-midi...

L'auteur.
François Bon semble extensible. D'abord, il se rétracte sur lui-même. Depuis ma place privilégiée (dans les derniers rangs) je peux l'observer lui pendant la première intervention (« François Bon – Edward Hopper : Peinture, archi-texture et fiction »), lui, l'auteur, assis au deuxième rang, tout à droite, c'est à dire tout à gauche si on se place du point de vue des intervenants. En le regardant je note : instable, mal à l'aise, gestes, tic, manies, main qui dissimule son visage, lunettes, regard lunatique, en haut, en bas.
Le demi visage qu'il me donne à voir semble renfrogné, fermé, un peu froid aussi, un peu dur, sans doute. Sa main, la gauche, toujours, vient se coller contre le haut de son visage, contre sa tempe ou bien autour de sa bouche ou bien elle vient saisir la branche de ses lunettes, les retirer, les essuyer, les remettre. Souvent en mouvement. Instable. Et sous sa main gauche, un corps, lui aussi, renfrogné, replié sur lui-même, inspiré à l'intérieur, enterré sous une paume qui l'écrase. Parfois, je le surprends aspiré dans l'ouverture de son pull à col roulé, col qui a tendance à le recouvrir peu à peu, d'abord le bas du visage, et on comprend que si c'était possible, sans doute, c'est tout son être qu'il laisserait recouvrir...
Pendant un moment, je me dis qu'il doit être bien absurde de se voir ainsi décortiqué, autopsié, en sa présence, sous ses yeux propres, inactifs, silencieux, imposés au mutisme. « Peur de passer pour un mort, oeuvre close.», comme il le dit lui-même. Alors je me dis que ça doit être normal, cette réserve, cette gêne, cette honte, aussi, peut-être. Pendant un moment (un autre), je me dis même que ce doit être une impression de torture que d'assister ainsi à l'empoussiérement de son Oeuvre. Mais avec le recul des autres interventions, de ses propres paroles, je me dis finalement que non, ce n'est pas exactement ça.
Lorsqu'il se retourne, parfois, trois ou quatre fois, pour observer le « public », les rangées de sièges à demi occupées, les gens qui, normalement, ne le regardent pas lui, mais observent et écoutent les intervenants, lorsqu'il se retourne, donc, je me dis que peut-être, alors que je le fixe comme ça, que je continue de le fixer lui, le stylo dans la bouche, peut-être sait-il, peut-être comprend-il ce que je suis en train de faire. L'observer lui. Et pouvoir rendre compte, ensuite, d'un regard (le mien) porté sur un regard (le sien) porté sur un regard (celui de l'intervenant) qui commente un regard (celui de François Bon l'écrivain) qui complète un regard (celui de Edward Hopper, le peintre) qui rend compte du réel. Comme un effet d'enchâssement infini qui rendrait à la fois compte des difformités du réel, et à la fois de sa singulière évidence (« la position du sujet fait que le réel est différent : le réel se rattache à celui qui l'expérimente », dira-t-il un peu plus tard en substance). Et comme si observer l'écrivain physiquement me plaçait dans une posture décalée vis à vis des universitaires et des commentateurs. Et comme si, aussi, l'atmosphère du colloque me rendait pédant, ces dernières lignes en témoignent...

François Bon semble extensible. Lorsqu'il parle, lorsqu'il répond à quelques questions, à quelques idées décalées qu'il entend dans la bouche d'une intervenante, l'auteur semble sortir de lui, sortir de cette position de replis et de recouvrement ; il s'étire, il rebondit, il sourit, il dit « truc, type, connerie, bouquin, mec » parle comme un type normal tout en restant clair et pertinent, malgré une certaine tendance à la digression. Lorsqu'il parle, on le ressent comme une sorte de boule de neige, il s'auto-enthousiasme, il s'entraîne lui-même ailleurs, vers d'autres sujets, d'autres problématiques, d'autres horizons. Ses yeux s'ouvrent, ils ne sont plus plissés, ses traits se détachent, se décrispent, il gesticule, contraste saisissant par rapport à ces moments où il semblait creuser son siège pour s'y dissimuler, des moments où le nom « François Bon », martelé frénétiquement par les intervenants, commençait à perdre tout son sens et devenait une succession de son sans rapport avec rien.



Le reste.
Le colloque, ou bien ce qu'il y est dit et ceux qui le disent. Plusieurs choses, d'abord, que je n'ai pas entendues, que je n'ai pas notées, que je n'ai pas comprises. Et puis quelques phrases, prises au vol, fixées aussi vite et exactement que possible, mais mal, évidemment. Il y est beaucoup question de la ville, de la géométrie, des intertextes, de « l'extrême » de son écriture (« L'ouverture de Décor Ciment : une courte pratique de l'extrême chez François Bon »). On y discute langue vue au microscope et comme un microscope, le texte « en action », les mots « effacements », « vides », « imaginaire spectaculaire » résonne à droite à gauche (« Les friches industrielles dans l'oeuvre de François Bon », même si le titre du programme a changé depuis, tant pis, je ne me souviens plus du titre définitif). La ville n'est pas appréciée comme « présence fixe » mais comme « conjonction d'éclat de temps », et d'ailleurs ce n'est pas tellement la ville qui intéresse Bon mais plus le monde et « l'obsession du corps dans l'espace ».

Difficile de rendre des notes de façon pertinente le jour même, le soir même, le tout sans avoir l'impression de dénaturer les paroles exprimées, avec la peur, aussi, peut-être, de n'avoir pas saisi tout ce qu'elles sous-entendaient. Mais cette « posture devant les mots » semble aller dans mon sens : « humilité, refuser le lyrisme immédiat, nommer ce que d'habitude on ne nomme pas ». Cette façon d'appréhender le langage : cette « force hypnotique qui tente de remplacer le monde ». Et puis surtout, cette phrase, sortie de nul part ou presque, et que j'encadre au centre de mon cahier à spirale : « Les livres ont remplacés le monde ».

Et puis une drôle de position vis à vis de son oeuvre, aussi, et cette incapacité à se satisfaire pleinement de ce que l'on fait ou plutôt ce que l'on a fait, ce qui est derrière : « masse derrière qui me gêne considérablement » dit-il en parlant de ses « bouquins » précédents. Ou encore, lorsqu'il dit, en désignant son dernier livre « ce truc Tumulte ». Et quant à la poésie, « je n'y ai pas le droit », dit-il l'air résigné ou bien désolé ou bien blasé, avant de terminer sur des « je ne m'appartiens pas » et des « je ne suis pas dans la littérature, je suis ailleurs » que je ne parviens pas à recontextualiser, malheureusement.

De ces quatre heures passées à la médiathèque centrale de Tarentaize, je retiendrais surtout la fin, c'est à dire la table ronde entre François Bon (seul moment où on l'a entendu lui, parler), Jean-Bernard Vray et Jean-Noël Blanc. Très agréable et très peu « universitaire », vivant et parfois passionnant. Dommage que mes notes ne puissent pas en rendre réellement compte.

Demain, vendredi, j'y retournerai sans doute, après les cours, avec d'autres, peut-être pour toute l'après-midi encore, je vous en transmettrai donc probablement le compte rendu...

jeudi 8 mars 2007

Il y a un an « le blocage »

On m'a demandé d'écrire quelque chose sur ce que les autres appellent, avec cette espèce de nostalgie à la fois béate et amère, le blocage. On m'a demandé d'écrire quelque chose sur ces évènements d'il y a un an (dans le cadre de notre atelier d'écriture) et je n'ai pas été capable de produire l'une de mes habituelles fictions qui évacuent la contrainte ou le sujet d'entrée, comme je le fais régulièrement. Parce qu'on ma demandé d'écrire quelque chose sur le blocage et que moi, en fait, je n'ai pas grand chose à dire sur « le blocage ». Je peux vous renvoyer vers quelques billets datant de cette époque mais ça n'ira pas plus loin. Parce que le blocage, moi, je ne l'ai vécu qu'en marge. Parce que quand je pense au blocage, je ne revois essentiellement que mes visites régulières mais courtes, parce que quand je pense au blocage, je me revois, moi, passant par dessus le portail de la fac et n'être plus à ma place. Parce que je ne pensais pas comme ceux qui faisaient le blocage et parce que le blocage, pour moi, c'était avant tout cette saloperie qui dérangeait mes habitudes et mon emploi du temps et puis, petit à petit, après quelques jours, c'était cette bénédiction qui me permettait d'avoir du temps, beaucoup de temps, pour écrire.



Quand je pense à il y a un an, je vois d'abord cette image et celle-là seulement : moi marchant dans la rue. Et cette image renvoie à deux moments distincts. Le premier conduisait à une manif, la seule manif à laquelle j'ai participé, et surtout, surtout, je me rappelle de la musique, la musique que j'écoutais alors en boucle, en me rendant à cette manif, pour fixer mon attention ailleurs, pour m'imposer une violence qui n'était pas celle des autres, que je ne subissais pas, pour parvenir à être simplement présent physiquement, pour parvenir à me détacher de l'environnement discordant que je m'apprêtais à rejoindre ; cette musique, c'était un remix de Nine Inch Nails à la fois génial et à la limite de l'inaudible. Exactement, quand je pense à cette période, je pense d'abord à Nine Inch Nails, que je commençais à découvrir. La manif en elle-même, elle, s'efface complètement derrière ce « Self Destruction, Final » qui l'a totalement absorbé.
L'autre image de rue est une multiplication de photos, photos « préparatoires » prises pour mes repérages de « Coup de tête ». Quelques façades grises, le parcours de mon personnage, moi-même dans la peau de mon personnage, et aller de la place Saint Roch à Jean Jaurès en passant par la Plaine Achille. Sans décider à l'avance de quel chemin choisir. Simplement passer par ces trois lieux là. Et se foutre complètement du combat des autres, parce que le combat des autres, à ce moment-là du mouvement, il s'était complètement évaporé à mes yeux.

Le texte sur le blocage qu'on ma demandé d'écrire n'est pas ce billet. Le texte qu'on ma demandé d'écrire n'existe pas, pas encore. Je ne sais pas ce que j'y exprimerai, tout simplement parce que mon « regard » sur la chose est, justement, un « non-regard » : je n'ai pas vécu le même événement que les autres, je suis simplement passé, de temps en temps, histoire de m'y rattacher artificiellement. C'est pourquoi le « blocage », en tant que tel, ne m'évoque rien, je ne me souviens que de petits moments périphériques : jouer à Enigma au « barrage filtrant » d'une des entrées de la fac, les rassemblements en pseudo AG qui me donnaient l'impression que le pseudo-campus de la fac était plus grand qu'il n'était en réalité, les slogans ridicules des manifestations, les tracts ridicules des manifestants, l'avis de Virgil sur MSN ou par commentaires interposés, les tags sur les murs de la fac...

Mais le blocage en lui-même, non, je ne m'y suis jamais intéressé. Il ne m'était d'aucune utilité et je l'ai oublié. Alors qu'est-ce que je vais bien pouvoir pondre comme texte à son sujet ?

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