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Tag - François Bon

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dimanche 31 janvier 2010

Maintenant sur Publie.net

C'était en chantier, maintenant c'est en ligne. Qu'est-ce qu'un logement et le Livre des peurs primaires aka les Fictions du bord de l'oeil sont disponibles depuis ce matin sur Publie.net. Les deux textes sont téléchargeables sur les pages suivantes (cliquer sur couvertures pour ouvrir), 5.50€ par fichier, lecture possible sur PDF, liseuse ebook ou directement en ligne :

logement.jpg peursprimaires.jpg


Remerciements bien sûr à François Bon pour l'accueil fait à ces deux textes mais aussi à Cécile Carret qui a travaillé sur la correction de Qu'est-ce qu'un logement, étape que j'ai particulièrement appréciée l'année dernière. Les deux textes sont écrits par fragments, les deux textes sont des jeux, d'où navigation et narration éparpillées. Bien évidemment, j'invite tous ceux qui passeraient sur cette page à découvrir ces textes et, au-delà, l'ensemble du catalogue Publie.net, pour ceux qui ne connaitraient pas déjà.

dimanche 29 novembre 2009

Architexture web : origine des pages

Je découvre un site comme j'ouvrirais un livre, c'est à dire que je cherche la première page, c'est à dire que je me trompe. La première page est souvent cachée, détournée, parfois supprimée ou annulée, voire même soustrait aux regards, mise entre parenthèse dans un espace interdit, protégé par mot de passe ou par chicane du réseau, derrière les étalages des bases de données, dans des recoins aux adresses tronquées auxquels on ne peut même pas rêver. Je cherche (traque, loupe) le point de départ chronologique d'un site web, blog ou portail, généralement sans succès, et finis par m'apercevoir que la première page est un mythe, une illusion palpable, une erreur d'appréciation. Un site web n'a pas de point de départ chronologique : on dirait qu'il émerge sur la toile sans genèse, par simple apparition spontanée.

html.png

Blogs, plusieurs cas de figure : la première page est une page test. Ou page d'archive. Ou page vide. La première page d'Omega-Blue reprend mots minimes et texte caduque une nouvelle écrite bien des années plus tôt. Cette première page n'en est pas une. Il faut attendre plusieurs semaines avant de voir apparaître sur le réseau minuscule une page introductive qui, de fait, n'en est déjà plus une. (et ce avant même achat déposé du nom de domaine). Les Remarques et cie de Chloé Delaume commencent par une page 0 mais la page #1 débute par « Par exemple il faudrait ». La page Spip article1 dans Tierslivre nous dit « Il n'y a pas d'article à cette adresse » et page blanche avec ça. Le numéro d'article le plus petit existant est l'article5 « écrire en ligne, écrire la mer » et il n'est pas daté. Et ce n'est pas un point de départ. Dans les deux cas continuation d'un site précédent, effacé des tablettes, et poursuite du travail numérique entrepris en amont. Idem sur le bloc-notes du Désordre où l'on peut lire, environ une semaine après la première entrée (une page zéro qui reprend citation sans texte accompagnateur) : « le Pola journal (...) s'est achevé le 11 mai 1999. 
Le présent bloc-notes se propose donc d'être le prolongement de cette idée de rendre compte du quotidien, au quotidien. » Le début c'est pas le début, c'est la suite. Je remonte le temps et ouvre le Pola journal, première entrée 11 mai 1998, qui renvoie à une tentative préparatoire de ce même Pola journal le 1er juin 1994. Dans mon Netvibes je prends la République des livres, je prends Stalker, je prends Lettres ouvertes. Pas d'incipit mais de l'actualité, prise en cours de route, comme si le blog, comme si le site, avait toujours été là et défiait quiconque de prouver le contraire. Les sites ne sont souvent que prolongement d'autres sites, créés plus tôt, fermés depuis. Alors il faut remonter le temps.



wayback.png

Sur internet remonter le temps c'est possible, la cabine s'appelle Wayback Machine, robot oeuvrant pour les Archives de l'Internet et qui a pour but une photographie régulière des différentes strates du web. Une même adresse (c'est à dire un même lieu) peut développer des colonnes de pages différentes émises et propulsées au fil du temps. Comme référent il y a la page, mais aussi la date, le temps. Tierslivre revenu 2004 devient donc « François Bon, le site » , mais ce n'est pas assez, pas suffisant, on remonte avant nom de domaine jusqu'à http://perso.wanadoo.fr/f.bon/, décembre 1998, mais page d'accueil, ce n'est pas encore la première entrée, et la machine échoue à remonter au-delà. On n'aura pas la première page, on ne sait pas ce qu'elle pourrait dire.

D'ailleurs une première page c'est quoi et comment la définir ? La première page est souvent page test, ne dit rien, reprend juste un template souvent par défaut, ou un fond uni vierge de tout code. C'est avant le titre, avant les liens hypertextes, avant les tableaux. C'est avant le html, probablement écran vierge, curseur clignotant. Ce n'est pas cette page que je cherche alors précisons. Premiers mots, plutôt, première phrase. Aucune piste. Je n'ai pas de réponse. Mes propres sites passés, perdus, effacés, éparpillés sur la toile n'ont pas d'origine, de première phrase. Les versions les plus anciennes toujours consultables sur la toile, par le biais de la Wayback Machine, sont déjà versions 2 ou 3 adaptées des moutures précédentes. Les phrases listées ne sont que des compte-rendus d'informations présentées en lien, souvent par colonnes, dans des tableaux élaborés à la main, rudimentaires, quand il était encore permis de coder comme on gribouillait, c'est à dire mal.

Cette quête impossible est pure curiosité personnelle. Ce sont mes premiers mots, mes premières pages, qu'en réalité je recherche. Après plusieurs tentatives, via la Wayback Machine, et après être parvenu à tromper et manipuler le robot, en passant notamment par des URLs détournées, depuis devenues obsolètes, je suis parvenu à remonter la trace de ma propre présence en ligne. La première page jamais présentée sur le net est une page écriture blanche sur fond noir. Le lien de l'image a expiré depuis longtemps. Le paragraphe introductif (en ce temps là nous croyions encore au principe de la page d'accueil) ne raconte rien et je ne l'ai pas écrit. Le nom précisé en signature n'est pas le mien, ni même l'un de mes divers pseudonymes de l'époque. C'est un autre pseudonyme, bien sûr, mais qui appartient à quelqu'un autre. Quelqu'un qui a depuis cessé d'exister et que je n'ai jamais connu. Quelqu'un dont j'ignore le nom réel et que je ne me rappelle pas avoir croisé. Quelqu'un dont rien ne me prouve qu'il ait un jour été quelqu'un. Mes premiers mots sont donc les siens. Et lorsque je clique sur le lien permettant de pénétrer sur le site réel, dédoublé derrière l'ombre de sa page d'accueil, la Wayback Machine m'avoue ses limites : cette page n'a pas été archivée. Elle n'existe plus. « Failed connexion », dit la machine. La page concernée portait comme extension « sommaire.html »). On n'en sort pas.
Le premier noeud de toute l'arborescence est encore ailleurs. Problème lié à l'archive de tout ce qui a un jour été écrit (et que je me propose de reproduire très régulièrement, tous les X mois) : on ne peut jamais remonter assez loin, assez haut dans le temps. Ma première entrée du Journal, octobre 1998, n'est pas la première. Avant lui un autre journal perdu dans la poussière. Et avant lui encore, d'autres fictions étroites et minuscules, jamais terminées, qui ont fini depuis longtemps de pourrir à l'air libre. Et avant elles encore, d'autres histoires jamais fixées, mais prises à l'intérieur de ma tête. Et avant elles d'autres livres tracés par d'autres auxquels je n'ai jamais pu avoir accès. On n'en sort pas.

mercredi 11 mars 2009

Lecture écran #2 : sur liseuse

<< Voilà bientôt un mois que j'utilise quotidiennement la liseuse Sony PRS 505, temps venu de rendre compte de ces premières semaines d'expérience.

sony-prs505.jpg

La machine a la taille d'un livre format Librio, disons, poids 250g environ, quelques centimètres d'épaisseur à peine et finition gris métallisé pour la version commercialisée en France via la Fnac. La machine est livrée avec couverture cuir qui protège l'écran pendant le transport, couverture légèrement aimanté à la façade. L'allure est simple, peu de boutons sur la face, un menu de sélection accessible facilement et deux emplacements différents pour tourner les pages, l'un à droite, l'autre à gauche. La Sony PRS 505 a bien été pensée pour être utilisée le plus simplement du monde.
Concrètement voilà ce que l'on en fait : raccordée facilement via cordon USB à l'ordinateur, on peut importer 200mo environ de livres numériques (PDF, RTF, EPUB, etc.) ou MP3 avec possibilité d'y glisser une carte SD supplémentaire. Après alimentation de la machine en livres et recharge, on ouvre le menu qui classe les fichiers par titres ou par auteurs, on sélectionne le livre choisi et on y est. Possibilité ensuite de zoomer sur le texte et de corner fictivement la page pour garder trace des passages à creuser (pouce gauche). Pas plus compliqué que ça.

La grosse innovation de cette nouvelle génération de liseuse numérique c'est l'écran. Il n'est pas LCD ni rétroéclairé, il fonctionne avec la technologie dite de « l'encre numérique » qui permet de moduler le texte sur des niveaux de gris. L'écran émule véritablement le papier avec noir d'une seconde environ le temps de charger la page. De cette façon : aucun soucis de lisibilité (que la lumière soit forte ou non, qu'on se trouve en intérieur ou au dehors, etc.) et surtout aucune fatigue visuelle. La première fois que j'ai vu la machine en démonstration à la Fnac, j'ai même cru qu'on avait glissé un papier promotionnel sur l'écran : ce n'était pas le cas.
En énergie la PRS 505 consomme peu (elle ne consomme rien pour l'affichage simple de la page mais uniquement lorsqu'elle charge le menu ou la page à venir) : bientôt un mois d'utilisation quotidienne, je ne l'ai pas rechargée depuis le premier jour, j'en suis encore à la moitié de mes batteries. Au quotidien, la machine se range facilement, prend peu de place, et permet le transport de dizaines-centaines de livres compressés.

liseuse.JPG
Ici en test avec Si la main droite de l'écrivain était un crabe d'Eric Chevillard.


Plus mitigé en revanche concernant la compatibilité des fichiers avec l'écran réduit : certes la liste des fichiers acceptés est longue, mais les dits fichiers doivent être correctement paramétrés pour pouvoir s'afficher idéalement sur l'écran. C'est aussi le problème de la non universalité des formats proposés : l'EPUB, censé devenir, à terme, le format de référence, le MP3 des fichiers textes, ne permet pas, pour l'heure, la justification du texte. On se rabat du coup sur le PDF qui fait figure de format par défaut, mais il doit être adapté avant importation sur la liseuse, sinon le texte s'affiche trop gros ou trop petit et ne permet pas un confort de lecture optimale. Des logiciels, comme Calibre, existent pour permettre une conversion facile et en douceur, mais celle-ci n'est pas toujours exempte de défauts ou d'incohérences. La solution est largement viable et très peu handicapante ; elle prouve simplement que ce modèle de lecture numérique n'est pas encore prêt pour une diffusion de masse, le processus devant être simplifié à l'extrême, comme pour la musique numérique : un fichier sur un lecteur égale une lecture, point barre. Gommer au mieux et au plus vite les intermédiaires de conversion.
Ceci étant, cette parenthèse est une broutille : en s'approvisionnant directement sur des sites qui préparent en amont la composition du texte comme Feedbooks ou Publie.net, le problème disparaît et le texte s'affiche parfaitement adapté au format.

Ce qui nous amène à la question du « quoi lire » : des livres numériques, bien sûr, mais où les trouver ? Publie.net, on l'a dit, avec sélection de plus de deux cent textes contemporains à présent et qui vient de lancer son système d'abonnement très intéressant (65€ pour un an de consultation libre en ligne, 95€ pour un an de consultation plus téléchargement de tous les fichiers ; j'ai moi-même opté ce week-end pour la deuxième formule). Profitons-en pendant que ça dure et que c'est à bas prix, m'est avis que ce système d'abonnement, on ne le trouvera pas chez les « gros » de la concurrence avant un bon bout de temps...
Autre matière à exploiter avec la liseuse : les flux RSS. On peut facilement, via Feedbooks et son petit logiciel News Stand, s'abonner un flux RSS quelconque (disons celui de ce blog, de n'importe quel autre ou d'un flux actu type Le Monde) ; ensuite, une fois le fameux logiciel installé, à chaque connexion de l'appareil sur l'ordinateur, le logiciel télécharge automatiquement le flux mis à jour. De cette façon, on peut simplement recharger sa Sony en blogs ou nouvelles du jour le matin avant de partir pour lecture dans la journée.

Un gros bémol cependant concernant l'expérience liseuse jusque là : l'incroyable frilosité des grands groupes impliqués dans l'aventure. La Fnac et Gallimard, comme on l'a vu il y a quelques mois, ne proposent que des textes à prix fort et à la mise en page pas toujours adaptée au support liseuse. La timide campagne de promotion de la Fnac également, qui communique peu sur ce produit, qui laisse la machine végéter dans un coin du magasin ou personne ne pensera à aller chercher (Fnac des Halles et Fnac Montparnasse à Paris : tourner longtemps avant de trouver l'appareil abandonné près des GPS). Encore la Fnac : on ne propose aucun livre préenregistré dans la machine ou offert à l'achat, alors même que dans les pays anglo-saxons, on inclut parfois cent classiques libres de droit avec la machine ; en France, nous n'avons droit qu'à un catalogue Hachette pas vraiment calibré pour la taille de l'écran. Toujours la Fnac : rappelons qu'aux USA la Sony PRS 505 est vendu 300$ ; en France, c'est 300€, on prend bien le consommateur français pour un imbécile. Cette timide expérience dans le domaine fait plutôt penser à un alibi : nous avons tenté l'expérience, pourront-ils dire, et ça n'a pas marché. Facile.

Je me refuse pourtant de terminer ces lignes sur une note négative. Ma liseuse, depuis bientôt un mois que je l'ai, je m'en sers tous les jours, que ce soit pour la lecture de classiques libres de droit, du texte numérique contemporain, actu, blogs ou pour mes travaux persos. Au bout de deux pages tournées au pouce, je m'y suis fait. Ça ne m'empêche pas de lire de vrais livres en parallèles, mais pour moi le geste est devenu identique, et la pratique aussi.

Des liens essentiels pour tout possesseur de Sony PRS 505 compilés ici :

- Tiers Livre article et forum dédié
- Calibre pour la conversion des PDF
- Publie.net pour le texte numérique contemporains
- Feedbooks pour sa sélection de classiques libres de droit et son logiciel News Stand

Ajout du 14 mars 2009

A noter, ces jours ci sur Publie.net et Arte.tv, la mise en ligne gratuitement de six textes Publie.net pour un mois, avec lecture libre en ligne ou téléchargement offert.
RDV avec Eric Chevillard le 13 mars ; Martine Sonnet le 14 mars ; Fred Griot le 15 mars ; Béatrice Rilos le 16 mars ; Sereine Berlottier le 17 mars et Jacques Séréna le 18 mars.
Tous lisibles et téléchargeables gratuitement pendant un mois.
Plus d'infos sur l'évènement via Tierslivre et Arte.tv.

samedi 7 mars 2009

Antoine Emaz, Cambouis

Si je m'écoutais, m'écoutais vraiment, je citerais l'intégralité de Cambouis d'Antoine Emaz, paru en ce début d'année au Seuil, collection Déplacements. J'ai corné vingt-quatre pages, noté vingt-quatre passages importants. J'aurais tout aussi bien pu corner tout, tout noter. Ma chronique s'écrirait d'elle-même et je n'aurais rien à faire de plus.

cambouis.jpg
On idéalise trop l’écrivain. On n’a en tête que l’auteur reconnu, en représentation, l’image ou l’icône… C’est méconnaître tout le côté cambouis ou cuisine de cette activité. Il suffirait, pour corriger le tir, de lire les carnets, journaux, correspondances…
Cambouis est un carnet de notes rogné jusqu'à l'os, composé de fragments courts qui s'enchainent coupés du reste. Il n'y a pas de date, ce n'est pas un journal, plutôt un carnet de bord. La page est parfois décontextualisée, d'autres clairement rattachée à une période, un événement, un livre. Parfois la note mue aphorisme et décortique la toile sur laquelle elle se pose.
Voir ce que peut donner le dictaphone dans la voiture, mais je n’y crois pas ; il faudrait faire de longs trajets seul, et encore. Je préfère écouter du rock.
Les notes entre elles sont séparées par des étoiles (trois, centrées, à la suite), elles ne se font pas suite les unes les autres sinon via la réflexion qu'elle propose par en dessous. C'est la question de l'écriture, bien sûr, qui est débattue, la question de la poésie. Le texte équilibré en lui-même (réduit à sa plus simple portion) articule tous les silences qu'il produit. Emaz théorise ces silences et les explique – tente de les cerner.
Le silence provoque une sorte d’implosion du mot ; il n’est plus saisi qu’à peu près dans la suite, il pèse surtout en soi et résonne de tous ses possibles de sens, de mémoire. En prose, c’est l’inverse, le mot est d’abord saisi dans un continu, un lié; il participe au flux, et de ce fait, sa bande passante est réduite à son sens dans la phrase. Même les procédés de mise en relief, en prose, ne créent pas un arrêt équivalent à ce que peut donner le mot isolé, en vers. En simplifiant, on pourrait peut-être dire qu’en vers il y a une saisie verticale du mot, alors qu’elle est horizontale en prose.
L'élan qui se dégage du texte est un élan (effort) qui va vers la simplicité, l'extrême justesse des écritures brèves, strictes. La lecture coule naturelle et, même sans jamais avoir ouvert le moindre de ses autres livres, on accède peu à peu à l'esthétique d'Emaz, épurée à l'extrême et qui pourtant ne s'assèche jamais.
« Ajoutez quelquefois, et surtout effacez. » Boileau, Art poétique. Juste. On n’a jamais fini d’enlever du trop.
Ne pas trop se poser de questions : voir 1) ce qui tient, 2) ce qui vaut le coup d’être risqué, 3) éliminer le reste, tout le reste.
Le carnet de bord d'un écrivain, c'est la porte ouverte à sa propre petite cuisine intérieure. Cela permet de voir, sentir, comment la langue se forme et vers quoi elle tend. C'est décrypter les incertitudes, les souffles forts et les ratés. Souvent les ratés.
Un mot comme « évanescent » bousille facilement trois pages : la précédente, qui t’a amené là, la page que le mot tache, et la suivante, le temps d’oublier le couac. Un poème, c’est une toile d’araignée électrique ; si, à un croisement de fils, un court-circuit se produit, c’est toute la toile qui, hors tension, se met à pendre comme une loque.
Écrire, c’est prendre ce qui vient comme ça vient, avec les mots qui viennent. Et après, trier. Durant toute sa vie, ce qu’un auteur produit le plus, ce ne sont pas des œuvres, mais des déchets.
Ne jamais regretter d’avoir bossé sur un texte qui finalement s’est écroulé, éboulé, s’est réduit à rien. C’est décevant, mais ce n’est pas du temps perdu. Dans la masse, on a vu passer, on a pesé, soupesé deux-trois moyens neufs dans la langue. D’accord, ils n’ont pas suffi pour sauver le bâti, mais ils reviendront un jour ou l’autre ; ils sont rentrés en mémoire comme possibles.
Ce qu'on remue dans le cambouis, c'est aussi ce qu'on va tenter d'inscrire dans les marges du texte, non pas comme une notice explicative mais comme note complémentaire. La fenêtre est ouverte sur travail quotidien du sens, du mot et du rythme, un peu blog-papier éclairé, tranché par la sélection du texte. C'est aussi ce qui permet, en tant que lecteur ou écrivant, de cheminer une réflexion nécessaire sur la langue et ce qui l'amène.
Il y a autant de travail pour écrire, ou arriver à écrire un vers comme « ça va sans voir » que pour écrire « Ses purs ongles très hauts dédiant leur onyx… » On ne joue pas sur le même instrument de langue, mais le triangle peut être aussi musical que le violon, le gong que la clarinette.
Et toujours, toujours, ce mouvement permanent vers l'épuration des mots. Un poème, explique Emaz, doit pouvoir être lu et senti par n'importe quel lecteur, quel qu'il puisse être.
Extérieur bleu. Intensité du ciel. Rester au plus près du simple. Ne pas s’élever. Alors le plus simple, un volet, une lumière, un feuillage, devient vertigineusement dense, profond. Alors, je suis dans dehors.
Je suis du genre à lire à l'envers. Commencer par le laboratoire extirpé papier avant d'avoir découvert le texte déjà manufacturé. D'Antoine Emaz je n'avais jusque là rien lu ; sa cuisine, sa mécanique, ce sera ma porte d'entrée.
Peut-être qu'être poète, c'est articuler.
D'autres lectures convergentes :

- François Bon via Tierslivre
- Sur Poezibao
- Du côté des pas perdus
- Sur Remue.net
- Terre des femmes
- Et Jardin d'ombres

jeudi 6 novembre 2008

Publie.net

Je m'intéresse à Publie.net grosso modo depuis les premières annonces publiques nous informant de son existence alors à venir. L'évolution est rapide : de perspective d'avenir à plateforme bien ancrée en quelques mois. Publie.net présentait ces dernières semaines une nouvelle version, plus accessible, plus pratique, plus ergonomique. Prétexte tout trouvé pour en parler plus en détails.

publie3.jpg
Brochette des dernières parutions.


Il y a bientôt un an, François Bon détaillait sur son site son projet d'agence littéraire numérique qui dispose déjà d'un nom, d'une adresse, d'une marque de fabrique : Publie.net. Cet article expliquait déjà les premières perspectives visées par le projet, doublé d'une analyse précise du marché actuel et à venir concernant le livre numérique. Les nouvelles générations de liseuses débarquaient sur le marché et l'expérience américaine montrait qu'il était possible de s'engouffrer dans la brèche. Ambition affichée par Bon à l'époque : explorer ce nouveau marché, Arlésienne des années 2000, pour le mettre au service du texte numérique contemporain. Près d'un an plus tard, les gros se sont aussi lancé dans l'aventure : Gallimard et plus récemment la Fnac, ont, par exemple, lancé leurs plateformes de livres numériques. Prix de vente exactement identique au livre papier (les frais d'impression, de stockage ou d'expédition seraient-ils pris en compte dans le prix d'un livre numérique ? étrange, pour ne pas dire choquant), mise en page sacrifiée alors même que le confort de lecture sur écran en dépend, deux points noirs irréversibles qui nous ramènent vers Publie.net, qui a au moins l'avantage de ne pas prendre le lecteur-consommateur pour un c|

Très rapidement, plusieurs impératifs s'imposent et structurent l'aventure. D'abord, un prix de vente accessible qui n'excède jamais le prix d'un livre poche avec deux formats présentées : les formes brèves (20 à 30 pages) proposées « au prix du journal », soit 1,30€ et le gros du catalogue, les « plus de trente pages » (souvent bien bien plus) au prix unique de 5,50€. Autre certitude : le refus du drm, ces verrous numériques qui ont fleuris avec l'arrivée de la vente légale de musique en ligne qui entrave l'utilisation du fichier téléchargé. Ici, la confiance est offerte à l'utilisateur. On n'oublie pas, non plus, que la vie du livre papier file de la même façon, avec possibilité de passer de main en main selon les conseils d'amis et autres recommandations. Enfin, la mise en place d'un système qui garantit que sur l'achat d'un livre-fichier, 50% du prix de vente sera directement touché par l'auteur, les cinquante autres servant à faire tourner la machine. Trois principes de base sur lesquels repose la plateforme, toujours d'actualité aujourd'hui, près de d'un an et quelques deux cents textes plus tard.

publie1.jpg
Ma tante Sidonie en lecture écran via Adobe Digital Editions.


Voilà pour hier. Aujourd'hui la v2, avec refonte totale du système de commandes et réorganisation ergonomique du design (avec nouveau logo et charte graphique pour les couvertures très réussie, coup de cœur pour les couvertures-radiographies). La création d'un compte est désormais possible, avec bibliothèque personnelle contenant les livres précédemment téléchargés. Plus besoin de délais entre l'instant de la transaction et le moment où l'on peut télécharger le livre, ce qui était un peu agaçant, le fichier est désormais disponible dans la seconde, en plusieurs formats qui plus est, selon que l'on souhaite le lire sur ordinateur classique ou sur liseuse. Apparition également, d'offres promotionnelles pour séduire le lecteur sceptique : deux livres offerts (Autoroute de François Bon et le Contre Sainte-Beuve de Proust) pour toute ouverture de compte avant le 10 novembre, un livre gratuit pour cinq achetés... toujours appréciable.

Oui mais sur Publie.net, qu'est-ce qu'on lit ? Des textes qui n'auraient pas forcément pu trouver leur place par le biais de l'édition traditionnelle, des textes qui prennent le risque d'explorer une littérature peu rentable, mais aussi des auteurs importants, par exemple Eric Chevillard, Chloé Delaume ou Emmanuelle Pagano, des textes critiques comme celui de Dominique Viart cité il y a quelques semaines, des incontournables du domaine public (pas toujours bien composés lorsqu'ils sont lâchés sur les habituels sites de partage) et des fragments de laboratoire d'écrivains, des journaux ou blogs recomposés pour découvrir l'envers du travail d'écriture. Un peu moins de deux cents textes disponibles cela veut dire aussi beaucoup de diversité, de choix, de perspectives.

publie2.jpg
Jacques Josse en lecture sur Eeepc (même si plus de batterie).


Un gros bémol cependant, car si je reste persuadé qu'une plateforme de ce type est indispensable à l'heure actuelle, que le texte numérique doit pouvoir se développer en parallèle du livre papier, je suis sceptique quant à la clause du contrat établi avec ces auteurs numériques qui permet de retirer un fichier du site dès qu'on le souhaite, c'est à dire, souvent, en cas d'édition papier plus traditionnelle. Et d'une, c'est agaçant pour le consommateur que je suis qui se dit pendant six mois « un jour ou l'autre je me le prendrais bien celui-là » et puis qui, un jour ou l'autre, découvre que son fichier n'est plus en ligne, et de deux, c'est surtout un bien curieux message à envoyer : celui que le livre numérique serait une littérature par défaut, un intermédiaire « en attendant mieux », en attendant l'édition papier.

Reste que l'offre proposée par Publie.net, personne ne la propose ailleurs : une plateforme bien rodée, quelques deux cents textes d'ores et déjà disponibles et l'apport éditorial d'une équipe qui ne publie pas n'importe quoi. Les tarifs sont honnêtes et ne font pas semblant de nier la réalité pratique des fichiers mobiles. L'offre s'étend aussi, depuis quelques temps, vers des abonnements spéciaux pour les bibliothèques qui commencent à suivre. Le tournant numérique se joue sans doute en ce moment, tant pis pour les Gallifnac qui le prennent de travers. Pendant ce temps, Publie.net continue d'avancer.

mardi 14 octobre 2008

Et le vent souffle, qu'est-ce qu'on y peut

Et cette chanson en gros je l'avais grossièrement oubliée, dommage puisqu'il s'agit de la seule chanson d'Arcade Fire que j'aime vraiment, capable de l'écouter vingt fois de suite malgré les répétitions. Puis de cette chanson vers des instants régurgités comme une éponge. Je me rappelle un air qui me trotte en tête et le contexte de leurs écoutes importantes se libèrent. En l'occurrence dans une rue de Morlaix sous le crachin breton.

Je marchais sec sur les pavés d'une rue piétonne au nom sans importance, puis j'arrivais place Allende,


des fois c'était le marché dès neuf heures du matin avec les poissons et les odeurs autour, des fois je me contentais juste d'enjamber les poireaux écrasés par terre et, bien sûr, d'autres fois c'était pas le marché, c'était juste un parking avec des rues piétonnes normales


il crachotait vaguement et moi je me glissais mon MP3 autour de la tête histoire de capter une ou deux (souvent deux) chansons avant d'aller bosser à la librairie. Souvent passait Cold wind rarement par hasard d'ailleurs. D'autres fois, souvent, c'était Like a rolling stone parce qu'à ce moment là je découvrais Dylan en lisant François Bon. Des fois Cold wind je le mettais deux fois de suite, puis encore au retour après midi pour regagner le Marchallac'h. En marchant sec sur les pavés piétons, Cold Wind par dessus le vrai vent froid crachoté, je me disais que cette chanson, elle convenait parfaitement à Coup de tête et qu'au moment de me lancer dans l'écriture du troisième jet encore en gestation, il me faudrait travailler avec elle, avec cet air, avec sa voix. Puis de mois en mois, j'ai laissé les pavés humides-piétons et Morlaix avec et j'ai oublié cette histoire de chanson. Je suis même incapable aujourd'hui de me souvenir pourquoi, au juste, cette chanson, plutôt qu'une autre, conviendrait parfaitement à Coup de tête.


En réalité chanson empruntée à l'atmosphère audio de Six Feet Under. Avant-dernier épisode de la dernière saison (511), DVD 4. A la base c'est comme ça que je la découvre et après tout peut-être n'existe-t-elle nulle part ailleurs. L'épisode s'appelle Static

Je ne regarde pas la caméra arriver vers moi parce que je regarde dans le vide, contrairement à tous ces autres corps qui comatent en silence dans le silence du bus. Ma voiture crashée-retournée sur un chemin en pleine cambrousse, mon corbillard vert foutu, vendu huit cents et quelques dollars pour les pièces détachées. Mon regard perdu sur l'ombre extérieure, il fait nuit, nuit éclatée de lumières électriques ici et là, ville en sommeil qui ne dort pas, on voit mon visage flou au premier plan mais net dans le reflet de la vitre, perdu dehors et pris dedans, traversé par les lueurs trop ternes puis

Je ferme les yeux secs, rictus dur d'un visage lourd, mon corps gonflé par ma peau grasse, le ventre rond d'un gosse pas assez cuit qui sort trop tôt. Je cris déformé par mes traits tirés puis bascule vers l'arrière sur l'oreiller blanc. Mon bébé va bien dites moi est-ce que mon bébé va s'en sortir ? puis

Je la regarde depuis l'envers de mon masque, quel soulagement qu'elle puisse m'avoir, elle ne peut pas voir combien j'ai peur, je lui tiens la main, son corps meurtri par les contractions, je ne sais pas si sa question m'est adressée et si je suis censée y répondre mais je le fais. Juste continue de pousser continue de pousser et je lui tiens les mains mon Dieu c'est bien tout ce que je peux faire, c'est bien la dernière chose je peux faire pour lui puis

Je la regarde le temps d'un battement de paupière jusqu'à ce qu'elle comprenne que je ne peux pas la regarder car je n'existe pas je suis juste la figure inquiète de ses propres petits cauchemars paranoïaques puis

Je pousse une dernière fois et le gosse ne tombe pas je dis putain comme si je le pensais et mes yeux déformés par la pression par dessus qui s'y pose, la souffrance que ça peut être parce que la musique traîne avant l'habituel fondu au blanc puis noir et crédits qui s'enchainent.


et on se demande franchement comment c'est censé se passer plus mal, et si c'est possible que ça se passe plus mal, avant qu'encore une fois tout se termine. Mais la musique reste et revient sous l'air aléatoire de l'Archos, depuis ma poche de blouson, anciennement droite, désormais gauche.

.


Coup de tête avance bon train, avance en double si je puis dire : poursuite des relectures de la première partie (un peu plus de la moitié à présent) et réécriture en parallèle de la deuxième. Pas même besoin de retourner Gare de Lyon car tout est déjà clair. Puis de poser ma tasse

thé-thérapeutique pour soigner crève récalcitrante ramenée de ce week-end sans doute


boire du thé citron (et je n'en bois généralement que lorsque je suis malade en réalité) me ramène vers ces jours de froid où l'on s'enfermait au Voltaire, face de la Fac, au lieu d'aller bosser sur Dieu sait quoi on avait pas envie de bosser, puis commander un thé citron avec la rondelle au fond de la tasse et le sucre que j'avais même pas besoin de rajouter


puis boire du thé-citron-chimique entre deux heures d'anglais le lundi matin directement piqué depuis le gobelet à F. également


sur le bureau côté gauche avec notes étalées en vrac sur le plateau en dessous et futurs livres à lire posés au dessus, écran allumé sur ma page de Coup de tête du moment, ça me donne l'impression d'avoir exactement ce que j'ai toujours voulu : ma vie centrée sur et par l'écriture (et ce ne sont pas mes douze heures hebdomadaires de tire-bouchon qui viendront vraiment bouleverser tout ça).

D'autres projets parallèles aussi, des concours de courts pour la plupart, car j'aimerais commencer à caser quelques textes dans diverses revues ou anthologies ou autres. Des idées frémissantes mais une idée centrale qui devrait articuler les autres, celle d'une infirmière ou aide-soignante de Careysall

car plus j'y pense et plus j'en viens à croire que Careysall est un terrain de nouvelles, de fictions courtes, d'évènements brefs


qui s'appellerait Johnny Silmograth ou quelque chose comme ça mais peut-être qu'on ne connaîtrait pas son nom

les noms de personnages, c'est tellement accessoire et dispensable que je trouve parfois peu naturel et obscène de les mentionner textuellement


et qui s'éprendrait de l'un de ses patients genre phase terminale. Parfois, ce patient est un adolescent type Amaury, parfois c'est une femme d'âge indéterminé victime de la mémoire (Cette mort). Parfois c'est encore une forme vague d'homme replié et mou plongé en terre. A creuser (jeu de mot).

Enfin, dernier truc apparu, ce concours de synopsis contre l'homophobie lancé par le Ministère de la Santé. Au bout, la réalisation d'une poignée de courts-métrages censés prêcher contre l'homophobie. Un peu moins de quatre milles cinq cents caractères torchés tout à l'heure dans l'inspiration du moment. Ce serait un texte-témoignage qui s'intitulerait Martyr plastique (avec Manuel Jodorov en gay-star) mais je le vois plus comme un exercice de style que comme un synopsis. Assez motivé par le truc mais le truc en lui-même est relativement difficile à satisfaire

votre histoire est, ça dit, imaginaire ou réelle, triste ou gaie, mais traitée de manière positive pour ne jamais susciter le désespoir


puis en lisant ça je me vois dans un reflet fictif et je me dis hmm tu n'es pas vraiment du genre à ne pas susciter le désespoir.


donc honnêtement je pense être totalement hors-sujet, comme souvent lorsque j'envoie des courts.

hypothèse vis à vis du pourquoi du comment : je me sabote plus ou moins consciemment en envoyant des textes inadaptés aux concours ou appels à texte que je sélectionne pour ne pas avoir à échouer en jouant selon les règles. Je ne mets pas mon baudrier, quoi, selon ma propre petite métaphore personnelle.


Peu importe, l'idée est forte, s'est imposée d'elle-même, c'est un signe. Au pire, je publierai l'histoire ici ou ailleurs.

lundi 13 octobre 2008

Ondes courtes

...tout passe par les ondes ; je reçois fin de matinée un coup de fil d'une voix qui m'annonce que mon profil les intéresse rapport au CV que je leur ai envoyé Dieu sait quand ; je dis cool mais quelle annonce ? ; alors la voix me dit son nom et m'explique que son entreprise fait ceci et cela ; je dis ok mais je vois toujours pas qui vous êtes (pas comme ça mais ça veut dire ce que ça veut dire) ; puis ensuite il m'explique que son entreprise vend et exporte des tire-bouchons alors ça fait tilt et je me rappelle enfin de qui est qui et pourquoi ils m'appellent ; poste à temps partiel, CDD of course, une douzaine d'heures par semaine, sur Paris, mais au trajet RER très direct donc ok ; veulent me rencontrer demain, me demandent si je suis libre de suite, je dis oui, alors je me prépare implicitement à commencer rapidement si l'entretien de demain est convainquant ; bonne nouvelle, je me dis en raccrochant, puis ensuite je calcule le salaire que je serais censé obtenir et je me pose la question de savoir si c'est vraiment une si bonne nouvelle que ça ; je décide que oui après quelques minutes de grommèlements ; puis retour tâches quotidiennes ; à savoir changer le lapin en écoutant (ondes toujours) François Bon chez Alain Veinstein de l'autre jour (s'inventer en dehors de soi-même, il dit, on peut pas écrire sans passer par les morts, il dit un peu plus tard) ; avant d'enfin m'imaginer mon casque-audio sur la tête à disperser des ondes garnies de tire-bouchons dans toute la France et au-delà (sur fond de cold wind cold wind cold wind blowing, etc.) ; du moment qu'elles sont pas cancérigènes...

Arcade Fire - Cold Wind - Six Feet Under, Volume 2: Everything Ends

mardi 26 août 2008

Lecture écran

Posté le 26 mais écrit le 15 pour cause de blackout bis (pas frais).

Je comprends qu'on puisse être sceptique, d'ailleurs je n'ai pas manqué de l'être moi-même avant mes premières tentatives. S'être entendu dire (ou penser) : la lecture écran je ne m'y mettrai jamais parce que je ne peux pas me passer du contact physique avec le livre. Puis se rendre compte qu'en réalité le problème est ailleurs. Que la lecture écran n'a pas à en remplacer une autre (le dilemme n'a rien à voir avec sa variante musicale par exemple, puisque le contenu audio a déjà été dématérialisé depuis longtemps via le produit compact disque, déjà numérique en lui-même) mais qu'elle devient au fil du temps une lecture complémentaire. Comprendre qu'à terme le fichier PDF ou Epub ne remplacera pas l'objet livre ; là encore l'exemple de l'industrie musicale (ou cinématographique) sert de contrepoint : la littérature a cela de particulier qu'elle propose un contenu qui est à la fois l'objet qui le contient, packaging compris. De fichier numérique à livre papier, les enjeux ne sont tout simplement pas les mêmes.

On nous répète depuis des années (sortie commerciale des premières tablettes numériques ou liseuses dès le début des années 2000) que la révolution de la lecture écran est en marche mais c'est en réalité depuis moins d'un an que les choses se sont accélérées. D'abord avec l'arrivée sur le marché de liseuses dernière génération, bénéficiant de la technologie dite de l'encre numérique, capable d'émuler le confort de lecture papier sur une tablette portative à écran plat. L'écran n'est pas (plus) LCD, il ne s'agit pas (plus) d'un ordinateur de poche, mais bien d'un appareil dédié à et pensé pour la lecture écran. Trois noms en tête qui sortent du lot, souvent via les États-Unis d'abord : le Kindle d'Amazon, le Sony PRS-505 et le Cybook de Bookeen. Pas de tests comparatifs à lire entre ces pages (je ne les ai pas même eu quelques secondes dans les mains) ; simplement l'émergence d'une technologie prête à accélérer drastiquement l'usage de la lecture écran.
Parallèlement à ça : la démocratisation massive (comprendre : la mode) des ultra-portables à prix discount, tel que le EeePC, pionnier de chez Acer, et ses diverses copies. Ces ordinateurs minuscules à prix réduits, asséchés par une technologie économique et simplifiée à l'extrême, ne proposent aucune performance de luxe (pas de disque dur, une mémoire flash peu fournie, aucun lecteur ni CD, ni DVD, une taille d'écran forcément très réduite, etc.) ce qui les destinent plus largement à une utilisation bureautique (traitement de texte, base de données et, bien évidemment, internet) et donc parfaitement adaptée à la lecture écran. Le PDF Reader d'Adobe y est installé par défaut (de même que la suite libre Open Office) et le confort de lecture y est quasiment optimum pour peu qu'on adopte le mode plein écran permanent. A long terme, il est probable que la fatigue visuelle due à l'écran de la machine soit plus handicapante que sur une tablette équipée de la technologie d'encre numérique, mais ses fonctionnalités sont plus larges (présence d'un clavier de taille respectable pour peu qu'on s'y habitue un minimum, possibilité de surfer n'importe où sans difficulté, ports usb, lecteur de cartes type MMC, présence de logiciels de lecture multimédia et même webcam) et son prix moins élevé (250€ actuellement pour le EeePC). C'est entre autre pour ces raisons que j'ai personnellement pris l'option du EeePC plutôt qu'une de ces liseuses précédemment détaillées, et si je ne regrette qu'une seule chose, c'est d'avoir craqué sur la première génération d'ultra portable Acer et de n'avoir pas attendu une version comportant Windows XP préinstallée (la mienne tourne sous Linux) afin de pouvoir bénéficier d'Adobe Digital Editions, le must en matière de logiciel de lecture écran (et encore : il y aurait sûrement moyen de bidouiller une installation viable dessus, encore faudrait-il s'y connaître un minimum).

Adobe Digital Editions (transition toute trouvée) n'est probablement pas étranger au semblant de démocratisation de la pratique lecture écran et pour cause, ce logiciel gratuit permet un confort de lecture optimum et des services appréciables, que l'on pourrait par exemple rapprocher de ceux d'un logiciel dédié à la musique (Itunes pour ne pas le citer) : organisation des bibliothèques, classement, mise en place de signets simplifiée (page marquée, texte fictivement surligné et prise de note facilitée et automatiquement réorganisée), voilà, entre autres, ce que permet le Digital Editions d'Adobe. L'interface est par ailleurs très souple (très Flash), elle facilite la fluidité dans le maniement de la barre de défilement, de même pour le redimensionnement de la page, adaptable et customisable à volonté, malgré l'absence d'un réel mode plein écran et le côté un peu déroutant de devoir se passer du clic droit (pour faire des copier/coller notamment), Flash oblige.



Autant d'outils qui assouplissent réellement le confort de lecture face à l'écran (même effort du côté de la plupart des sites littéraires pertinents, qui organisent à présent leurs (mises en) pages de façon à ce que le texte ne soit plus un bloc compact de lettres étriquées (police large, interligne important, etc.)) pour peu qu'on ait quelque chose à y lire. La plupart des grands classiques libres de droit sont déjà présents gratuitement un peu partout (complément idéal du livre papier, pour des pratiques de lectures différentes ; il n'empêche, lire Zola sur petit écran n'est pas impossible loin de là), de même pour les blockbusters anglophones (si on est prêt à les payer au prix fort, à moins bien sûr de les pirater). Et depuis janvier dernier, Publie.net, l'expérience texte numérique contemporain lancée par François Bon déjà effleuré entre ces pages par le passé : véritable maison d'édition pour textes exclusivement numériques, au catalogue déjà extrêmement fourni (j'en reparlerai plus en détail un jour) et ciblé numérique (forme brève, publication d'articles critiques, possibilité pour les auteurs de mettre à disposition leurs laboratoires personnels, etc.).

Voilà trois acteurs différents qui ont émergé ces derniers mois et qui permettent, chacun à leur niveau, de proposer de nouvelles pratiques de lecture (et, à terme, de nouvelles pratiques d'écriture qui s'adapteront pleinement au support numérique), pour peu qu'on ne se laisse pas intimider par l'abandon fantasmé (cauchemardé) de l'objet livre ; conjointement à la lecture de Super 8 dans le train, en effet, rien qui empêche de s'offrir un Duras ou un Bolano papier une fois arrivé à bon port.

[Article également disponible sur Culturopoing]

jeudi 14 août 2008

Un innommable qu'elle cherche à identifier

Pas mon habitude de citer des morceaux de critique littéraire par ici (ni même d'en lire, d'ailleurs) mais la tentative de Dominique Viart de débusquer le projet contemporain (ou l'absence de projet, ou l'apparente absence de projet) me pousse à en citer ces quelques pages (bourrées d'italiques, critique oblige). Article disponible chez Publie.net et son catalogue de formes brèves.

On le voit, le projet cherche à débusquer ce qui le fonde. Il met en œuvre ainsi un autre type de rapport à la notion même de projet, plus proche de la projection que du manifeste, et qui s'avère plus problématique que programmatique. Il ne proclame pas l'intention de l'œuvre mais cherche à découvrir dans le sujet lui-même comment cette intention lui est venue, quelle voies elle a pu suivre pour mûrir en lui. Le projet dès lors tient de l'énigme, son énoncé n'est pas affirmatif mais questionnant. Il tient de l'introspection, fût-elle oblique ou indirecte, et non de la proclamation. Il est la matière de l'œuvre et non son paratexte ni sa théorisation. On assiste là à ce que Pascal Quignard appelle : « la déprogrammation de la littérature ».

le projet informulé
Un tel livre nous aide à découvrir qu'une part non négligeable de ce que la critique a longtemps tenu pour les derniers avatars de l'avant-garde se disposait déjà à de tels renversements. On opposerait en effet de la même façon dans cet ensemble complexe et discutable que l'on persiste à recouvrir d'une commune et singulière étiquette « le Nouveau Roman », la coprésence de deux attitudes : d'un côté, Alain Robbe-Grillet, ou même Nathalie Sarraute qui disent dans des articles vite rassemblés ce qui sera la matière et la manière de leurs œuvres, et de l'autre Claude Simon, qui semble n'écrire livre après livre que pour savoir pourquoi il écrit. D'un côté L'Ere du soupçon et Pour un nouveau roman; de l'autre, mais en fin de parcours, au terme d'une œuvre qui cherche son projet, L'Acacia et Le Jardin des Plantes, dans lequel l'écrivain prononce enfin le mot essentiel, non celui de la fin mais celui qui la fonde : « Et pour désigner cela, il y avait peut-être un mot » que l'auteur livre trois pages plus loin : « et à la fin il dit Mélancolie ! » (je souligne). Or « cela » qui décide de l'œuvre figure déjà à son ouverture, dans La Corde raide, à ceci près que Claude Simon ne parvient pas alors à le nommer. L'œuvre se donne ainsi comme toute entière constituée par un innommable qu'elle cherche à identifier.
Il serait sans doute caricatural de résumer une œuvre à un mot – « métaphore » pour Proust, « mélancolie » pour Simon, « genèse » ou « miracle » pour Michon (« rien ne m'entiche comme le miracle ») –, mais le mouvement de l'œuvre est bien celui-ci, qui part à la conquête de son origine, qui se conçoit comme questionnement de ce qui la fonde, et, partant, de ce dont elle hérite. Dès lors on parlerait plus justement d'un trajet que d'un projet : une tra-versée, la tra-duction d'un ineffable, d'un silence auquel il faut donner voix. Or ce silence est bien à l'opposé de tout manifeste, bruyant par nature. On ne peut même pas dire que le projet s'identifie au terme du travail, ce qui est le cas chez Proust, dans Le Temps retrouvé, car jamais, dans cette littérature-là il ne s'identifie comme projet. Le fait-il, c'est avec la conscience de l'échec et de l'illusion d'un enjeu qui en masque d'autres, comme Michon l'écrit à la fin des Vies minuscules. Mais que l'œuvre s'éprouve comme parcours et comme questionnement de sa situation historique, c'est là une conscience nouvelle qui crée une temporalité propre, indépendante de celle des esthétiques modernes.

Dominique Viart, Quel projet pour la littérature contemporaine ?, Publie.net, P.30-33.

jeudi 24 juillet 2008

Ombre sur la face transparente

Deux courts extrait du court Super 8 d'Alexandra Baudelot sur Publie.net. Le descriptif m'avait tapé dans l'oeil dès sa mise en ligne et puis comme d'habitude six mois plus tard voilà quoi. L'histoire d'un regard sur un regard, celui d'un sociologue, et les dizaines d'heures de famille en vacances capturées sur sa caméra super 8 (d'où le titre). Alors bien sûr la question de l'image, mais moi c'est cette imbrication de regards qui m'intéresse, d'autant plus lorsque l'ombre du cameraman déteint sur le sable.
Un bateau s’effondre dans les vagues. Jacques filme. Contre l’accumulation des dos bronzés observant le naufrage, serrés en masse face à la mer, il filme un nouveau genre – l’horreur minuscule du désœuvrement des corps en vacances, pétrifiés dans un vague sourire aux lèvres. C’est par les seins nus des femmes volés à la foule, entre l’échancrure d’un coude et la courbe d’un ventre, que la conscience de Jacques apparaît à nouveau. Ainsi le regard de Jacques et les seins nus des femmes sauvent le monde. La mise à nu le rend presque fou, une folie hilare qui le fait passer de la coque du bateau éventrée aux seins nus des femmes. Le naufrage du bateau aurait dû jeter une ombre sur la face transparente des corps des vacanciers échoués à heure fixe sur la plage. Le naufrage du bateau aurait dû soulever les légendes où demeure la mémoire des vies fantomatiques, des survivants, des victimes et des coupables de tous les autres naufrages. Au contraire, le corps du vacancier assigne son oisiveté au naufrage du bateau et fait de cet événement une histoire à jamais résolue. Plus tard, le corps du vacancier s’intéressera à d’autres naufrages, ceux où il n’était pas, ceux qu’il verra à la télévision : 13 mars 1971 naufrage du France dans le lac d’Annecy, 28 août 1971 naufrage du Héléann dans l’Adriatique, 26 octobre 1971 naufrage du Vechtborg dans la baie de Watum. Et aussi, tous les bateaux pneumatiques échoués sur le cabanon du Club 55 à Saint-Tropez.

Alexandra Baudelot, Super 8, Publie.net, P.38-39.
Claire est dans l’appartement. Elle se demande si Jacques parviendra à soumettre leurs deux enfants, et surtout si elles ne saliront pas leur robe. Les deux sœurs n’ont pas l’habitude des mises ne scène. L’image, c’est le désir du père pour ses enfants. Pour la mère, c’est la continuité d’elle-même, de toute l’énergie qu’elle a toujours déployée pour être le centre du désir de Jacques. Leur robe bleue ne cesse de surgir éclatante. Le père suspend l’enfance. La mère la déguise.

Ibid., P.88.

mardi 17 juin 2008

Philippe de Jonckheere, Desordre.net

Je ne sais pas par où commencer. Ce n'est pas juste une phrase de lancement comme ça, c'est vrai, hein, aucune idée. Complètement largué. Paumé.

Alors peut-être que je vais commencer par dire que Philippe de Jonckheere me rappelle parfois Christopher Lloyd. La tête je veux dire. Pas que ça ait quelque chose à voir avec l'objet de cette chronique, mais bon, c'est toujours une façon de commencer comme une autre. Ça détend. C'est déjà ça de gagné. Mais ça ne nous amène nulle part. Sinon qu'on s'embrouille. On s'embrouille, oui. Comme dans le site du Désordre, tiens. A peine un pied entre ses murs et on est déjà perdu. Un vrai labyrinthe. Flippant.



J'aurais peut-être pu commencer par dire que le Désordre n'est pas un livre mais bien un site internet et que c'est assez inhabituel pour une chronique dite littéraire de parler d'un site internet et non d'un livre. Voilà une bonne accroche. Admettons que j'ai commencé comme ça.
Philippe de Jonckheere, donc, en plus de me rappeler par moment Christopher Lloyd, est aussi un touche à tout : photographe, écrivain, programmeur et j'en passe. Et son site internet, Désordre.net, est bien à l'image de son titre : un labyrinthe relativement bordélique où l'on n'entre jamais deux fois de suite par la même porte, où l'on ne retrouve jamais ce qu'on était venu consulter à la base mais où l'on tombe en permanence sur de nouvelles passerelles, échelles, fenêtres entrouvertes, et ainsi de suite. Un jour, on découvre une série de photos qui nous plaît bien. Le lendemain, on revient pour les retrouver et voilà qu'on ne se rappelle plus très bien par où on est passé, alors on avance un peu dans l'ombre en tâtonnant vaguement, et puis voilà qu'on se cogne contre un truc qui traîne, on le regarde l'air à moitié curieux, on le découvre, c'est peut-être un bout de roman ou bien alors une nouvelle ou bien alors article du bloc-note. Le lendemain (bis), comme on a appris la leçon, on revient en se disant qu'on suivra encore les traces de pas qu'on a laissé la veille, histoire de ne pas se perdre, sauf qu'entre temps de nouveaux cartons sont venus recouvrir les traces de pas en question, et on est là, comme un con, à errer encore, à clairement se demander ce qu'on fait là, mais sans ressentir la moindre envie de fermer la fenêtre pour autant. C'est déjà une petite performance en soi.

Parce que le site du Désordre comprend parfaitement l'une des dimensions fondamentales de la toile : non que la notion de lien est importante mais bien qu'elle structure intégralement l'ensemble (voir pour cela le plan général du site, on ne peut plus clair à ce niveau là). Et là où certains sites tentent (souvent vainement) d'organiser le labyrinthe de leurs arborescences, Désordre.net prend le parti inverse d'assumer la part de chaos que comprend chaque site internet et en fait son concept fondateur. Au lieu de structurer ses centaines de mégas de données, on les éclate totalement, sciemment. Chapeau.

Du coup, avant de s'engouffrer là-bas dedans, il vaut mieux partir du principe que l'on ne contrôlera que bien peu de chose. Autant se laisser conduire par le hasard, d'ailleurs, car c'est souvent à lui qu'on se remet de toute façon, même si l'on décide courageusement de tout explorer (tâche au-delà de nos capacités, je le crains). Tout, cela signifie à la fois : des séries de photos quotidiennes (Pola-journal, La vie), des jeux de mémory, quelques hommages à ses quelques modèles (littéraires ou non), quelques bras de fictions (le feuilleton La cible, les romans Une fuite en Egypte ou encore Chinois) qui viennent parfois croiser la progression régulière du bloc-note, journal en ligne qui s'étend de façon disproportionnée dès lors que l'on se plonge dans ses archives, le tout truffé de liens hypertextes pour faire tenir le tout, d'extraits musicaux ou de croquis gribouillés. Il faut le voir pour le croire.
Désordre, un journal, chronique dans la chronique

Et depuis quelques mois il y a aussi ce Désordre, un journal, déjà mentionné entre ces pages il y a peu, soit les archives de ce fameux bloc-note édité par Publie.net, le tout légèrement dépoussiéré (il s'agit en réalité d'une sélection d'articles et non d'un « copié/collé » exhaustif des billets entre 2002 et 2007), repensé au niveau de la mise en page (ce qui n'est pas plus mal tant il est important d'avoir un texte aéré lorsque l'on souhaite lire une œuvre entière et dense sur écran), épuré d'images et d'extraits sonores (évidemment) mais aussi de liens hypertextes (là c'est déjà un peu plus discutable ; dommage même). Le tout se lit très agréablement tant la compilation est bien faite (la sélection a été très bien pensé). On passe de souvenirs d'enfance aux récits de la vie quotidienne en un tour de molette, on s'amuse de voir la progression un peu laborieuse d'un écrit que l'on sait à présent terminé et disponible, décalage temporel oblige (il est également très amusant de lire en parallèle cette version et la progression naturelle du bloc-note : voir par exemple combien les enfants ont « poussé » d'une page à l'autre) . Et puis l'on apprend à connaître celui qui se dévoile à la fois à travers ses mots mais aussi ses images, ses goûts, ses coups de gueule, plus simplement que lorsqu'il s'agit de slalomer entre les cadres éparpillés du site du Désordre. Au passage, d'ailleurs, un extrait tiré de cette version numérique-PDF du texte qui pourra présenter l'auteur de tout ce désordre autrement qu'à travers une ressemblance foireuse avec Christopher Lloyd.
Mercredi 15 décembre, sur Internet

Je suis invité à une conférence ― ou quelque chose d'approchant je n'ai pas bien compris ― à propos de l'Internet littéraire. Je suis drôlement flatté. Je me dis toujours que pour quelqu'un qui lit aussi peu, c'est tout de même étonnant que je sois contacté.
Et mon interlocuteur s'étonne qu'il n'ait pas trouvé de biographie dans le site. C'est vrai, tous les sites ont une biographie de leur auteur et le désordre, point. Au début c'était volontaire. Lorsque j'avais fait le tour de toutes sortes de sites, notamment de photographes, j'avais trouvé que cela faisait tarte la biographie de tous ces gens, d'autant que je ne trouvais pas que les existences des uns et des autres fussent si remarquables qu'elles avaient besoin d'être retracées de la sorte, et je m'appliquais volontiers le même raisonnement. Je sais bien le devenir de cette biographie, un copié collé dans la maquette d'un programme, et ces quelques lignes que nul ne lira vraiment seront imprimées, elle feront l'effet visuel d'un paragraphe et c'est exactement cela qu'on leur demande. Toute une vie peut faire l’impression d’un paragraphe.

Alors voilà ma biographie.
Philippe De Jonckheere
Né le 28 décembre 1964 à Paris, le jour de la 1964ème commémoration du massacre des innocents.
Entrée en 1986 à L'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs à Paris où je perds un peu de temps faute de recevoir l'enseignement que j'étais venu y chercher. Les professeurs de photographie sont des photographes c'est dire.
En 1988, deux ans d'études à The School of the Art Institute of Chicago, où je reçois notamment l'enseignement de Barbara Crane, Joyce Neimanas, Ken Josephson, Karen Savage et Bart Parker, je rattrape amplement le temps perdu aux Arts Décos.
En 1990, je suis l'assistant de Robert Heinecken, je vois se produire des miracles tous les jours.
En 1991, retour en France, les choses vont mal.
En 1993, à la suite d'un deuil, je commence à écrire, force est de constater que je ne sais pas écrire, mais je m'obstine, comme en toutes choses.
1995, Mai de la Photo à Reims, seule exposition d'envergure, l'exposition est censurée. Ça foire, comme en toutes choses.
En 1995, je pars à Portsmouth en exil, où je ne connais personne, et où je ne rencontrerai personne en trois ans de vie. Je fais les trois huit, travail alimentaire, sommeil, travail dans l'atelier ou travail alimentaire, travail dans l'atelier, sommeil, ou travail dans l'atelier, travail alimentaire, sommeil, suivant que je sois dans l'équipe du matin, du soir ou de la nuit à mon travail.
En 1998, retour en France, je vis désormais dans une famille avec ma compagne et ses deux enfants. Nous allons avoir trois autres enfants. Je ne fais plus de photographie, presque plus, je continue d'essayer d'écrire, je fais des petits progrès. Nous habitons à la campagne.
En1999, j'achète un ordinateur, j'apprends à m'en servir en apprenant à écrire, de même que j'apprends à écrire en apprenant à me servir de mon ordinateur. En 2001, je construis un site Internet, le désordre. C'est très long. Je me couche souvent très tard. Ça foire pas mal, mais je m'entête.
En 2002, je reçois le prix multimédia de la Société des Gens de Lettres, ça ne foire pas tout le temps.
En 2003, je tiens un feuilleton quotidien sur Internet, la Cible.
En 2004, je reçois des lettres polies encourageantes d'éditeurs mais qui ne me proposent pas de projet d'édition. Ça foire encore un peu.
Finalement, Adèle est née le 9 avril.

Philippe de Jonckheere, Désordre, un journal, Publie.net P.187-189
Un journal à lire pour tous ceux qui s'intéresse un minimum à la photographie, au développement de site internet et à la littérature, au choix (moi qui n'y connais rien à la photo et qui ne m'y intéresse pas plus que ça j'ai quand même adoré) malgré un manque global d'homogénéité (un peu normal pour un journal) et quelques fautes de typographie qui sont passées au travers des corrections (je chipote).
Et puis se perdre absolument dans le site du Désordre, j'y tiens, ne serait-ce que pour vérifier qu'un site internet peut être à la fois très fonctionnel et très ergonomique sans pour autant se teindre de la froideur uniformisée des sites d'aujourd'hui. Et tant pis si parfois on trébuche sur un lien mort et si le texte du bloc-note n'est pas justifié et force le regard avec son interligne simple. Tant pis si parfois les parti-pris politiques de l'auteur (voir la page d'accueil de la page d'accueil) peuvent parfois lourder quelqu'un comme moi qui n'a que trop peu de convictions en la matière. Tant pis si parfois on voit encore un peu les fils et le gros scotch qui tiennent le décor en arrière plan et tant pis si ça fait parfois bricolé main. Tant pis ou tant mieux, d'ailleurs, c'est selon.

Je ne savais pas comment commencer, je ne sais pas non plus comment finir. Comme l'impression d'avoir joué ma carte Christopher Lloyd un peu trop tôt, du coup...

[Article également disponible sur Culturopoing]


Ajout du 23 août 2008 :

Ne serais-je pas le seul à voir une ressemblance entre PDJ et CL ? Aujourd'hui ce lien de provenance dans les statistiques du blog.

mardi 10 juin 2008

Transvaser la mer avec un seau persé

Un extrait du fameux Désordre, un journal qui occupe mes journées (et soirées) depuis bientôt deux semaines. Nous sommes en 2002, le 7 septembre exactement et je ne connais strictement rien à l'art de la photographie et d'ailleurs ça n'a pas d'importance. A lire conjointement avec la version en ligne de ce même texte, depuis les archives du Désordre.
Samedi 7 septembre, Chicago

En composant les pages du site de Barbara Crane, une multitude de souvenirs de ces trois années passées à Chicago se pressent et demanderaient peu d'efforts pour être rédigés précédés du coutumier et lancinant "je me souviens". Je repense à la première rencontre avec Barbara. Halley, l'inénarrable étudiant américain de la section Photographie des Arts Décos, m'avait conseillé de m'arranger absolument pour assister à un de ses cours. Je l'ai donc abordée pour lui demander de bien vouloir m'accepter dans un des ses cours, n'importe lequel, et elle a refusé arguant que ses classes étaient pleines et qu'elles ne pouvaient plus inscrire quiconque. J'ai insisté, son impatience a cru, d'autant que mon laborieux anglais d'alors n'adoucissait rien. Son regard s’assombrissait, j'avais beau lui dire que je venais de France dans l'espoir d'avoir cours avec elle, rien ne paraissait assez puissant pour lever un pareil verrou. Le lendemain, je poussais l'opiniâtreté jusqu'à lui demander de regarder mon dossier. Elle me regarde avec une pupille mauvaise. J’ai posé mon portfolio, elle s'est assise de cette façon éloquente qui montre ostensiblement que l'on s'assoit pour se relever bientôt. Elle a regardé la première image, puis la seconde, je ne savais pas si je devais aller plus vite, lui laisser le temps de regarder ou au contraire presser le pas, elle ne disait rien, puis devant la troisième image, elle a pointé de l'index un éclair incontrôlé du flash et a dit que oui, c'est bien cela, ce petit détail qui fait que l'image fonctionne, je ne crois pas que je comprenais ce qu'elle voulait dire mais j'avais surtout souci de ne pas la contredire, puis d'autres remarques déferlent maintenant en abondance, relevant des éléments des images qui m'avaient surtout apparu jusque là secondaires, pour elle ce sont ces détails qui comptent, le reste de l'image pourrait aussi bien ne pas être. Mais le plus surprenant demeure cette façon qui est visiblement la sienne de passer d'une idée à l'autre sans grand ménagement, et je n'ai pas envie de lui rappeler que mon anglais est exécrable et qu'elle pourrait en tenir compte, je veille surtout à ne pas l'impatienter d'aucune sorte. Je croyais qu'elle n'avait pas le temps, elle est désormais assise dans cette posture tendue et concentrée dont je reconnaîtrai plus tard que c'est la sienne en propre, aux aguets de tout ce qui pourrait la surprendre, refusant en la matière, toute classification par ordre d'importance, un caillou, un aimant décoratif pour la porte du réfrigérateur, un arbre, un immeuble, tout peut l'interrompre et dans cet arrêt, le temps se diluer, elle en a d'amples provisions et il devient impossible de lui expliquer qu'une échéance aussi pressante qu'un train ou même un avion à prendre devrait infléchir son appétit visuel qui l'accapare à ce moment, toujours dans cette absence de hiérarchie des objets. Une heure passe, elle parle et commente, je m'efforce de comprendre ce qu'elle dit, l'impression de transvaser la mer avec un seau percé, je saisis quelques bribes, nous n'en sommes qu'à la vingtième image, il en reste encore une bonne dizaine de ce portfolio-là, j’en avais bien un autre à lui montrer. Elle réalise soudain qu'elle doit partir, la foudre vient de tomber, je lui demande si vraiment il ne serait pas possible qu'elle m'accepte dans un de ses cours, elle me répond que non, elle me verra une heure tous-les-mercredis-à-14-heures-est-ce-que-ça-me-va?
Je n'ai jamais autant appris de choses que dans cette heure hebdomadaire, enfermés que nous étions dans un petit bureau, dans lequel il était mal commode de poser la moindre image qui aurait excédé 20X25cms, ces séances finissaient immanquablement à même le sol du bureau exigu, Barbara fourrageant invariablement dans mes planches contact pour trouver LA photo qui manquait à une série de quatre qu'elle avait imaginée.
Je voudrais revenir à cette époque où Barbara m'a dit un jour, tandis que je sortais de l'hôpital après une hépatite virale virulente, que d'être malade m'avait fait beaucoup de bien, parce que cela m'avait donné davantage de liberté dans ma façon de cadrer mes prises de vue!

Philippe de Jonckheere, Désordre, un journal, Publie.net, P.24-26.

mardi 13 mai 2008

Lise Benincà, Balayer fermer partir

A quoi tient le souvenir d'un lieu ? dit la quatrième de couverture. Lise Benincà, dont c'est ici le premier livre, tente de répondre à cette question au travers de la centaine de pages qui composent ce (court) texte de fiction. Un livre tiré de la collection Déplacements dirigée au Seuil par François Bon.
Je m'assieds à la table de la cuisine, blanc beige beige blanc c'est machinal, encore, décompter les carreaux de faïence au-dessus de l'évier. Moi assise là dans l'odeur du lait tiède, le matin, coudes collant à la toile cirée, les yeux à refaire le décompte, encore une fois, horizontalement blanc beige beige blanc puis de nouveau blanc beige beige beige. Percer le sens de cette suite logique.

Lise Benincà, Balayer fermer partir, Déplacements Seuil, P.9.


Le premier paragraphe du livre est relativement représentatif du texte en son ensemble. Durant le parcours (souvent figé, rarement dynamique) de la narratrice, on s'enfonce lentement dans le labyrinthe de l'espace. L'espace intérieur surtout : comment explorer les pièces successives d'un appartement que l'on hante et celles enfouies d'une maison qui nous hante. Ce regard que porte la narratrice sur l'espace qui l'entoure est principalement motivé par un événement majeur : la mort du père. L'héritage et la vente de la maison paternelle. Et avec ça, une plongée répulsive dans quelques souvenirs qui tapissent les murs, qui coulent depuis l'appartement du dessus, qu'on subit plus qu'on provoque.
Le téléphone se met justement à sonner. La vie reprend son cours. Je me dépêche de tourner la clé, je jette mon sac dans le noir, je cours jusqu'au combiné. Au bout du fil d'un autre téléphone, ma soeur dit : Maintenant je me mets à y penser. J'avais caché un sac en tissu dans la cabane à outils, avec des objets dedans. Tu crois qu'il y est toujours ? Je ne peux pas m'empêcher d'y penser.
Je raccroche lentement. Je m'applique à penser à autre chose. Je résiste aux assauts. On n'est pas obligé de se sentir concerné.
J'essaye de reconstruire mentalement certains moments, jusqu'à mon installation dans cet appartement, jusqu'à mon corps assis au rebord du lit. La matérialité des heures de travail, oui, je la perçois. Une valeur sûre. Des journées. Cinq jours de travail. La mort de mon père, certainement. Sa maison. J'ai contacté une agence, je leur ai demandé d'aller eux-mêmes faire un état des lieux. Un brocanteur va venir la vider de tout ce qu'elle contient. Je ne toucherai à rien. Je ne veux pas ouvrir les tiroirs. Je ne veux pas gravir les marches qui montent à l'étage, entrer dans les chambres, voir ce qu'il en reste. Ses affaires seront éparpillées. Celles qui ont de la valeur vendues, les autres jetées. L'estimation du brocanteur est dérisoire, évidemment. Je m'en moque, qu'il fasse son affaire. J'ai regardé sur le site Internet de l'agence, la maison vient d'être mise en vente. Il y a un descriptif qui en vante l'emplacement, la fonctionnalité, l'état de suite habitable, quatre photos mal cadrées. Sur l'une d'elles on voit le tilleul derrière lequel se dissimule la fenêtre de ma chambre. Je ramassais ses feuilles comme une aile pour les laisser tomber en tourbillonnant depuis la fenêtre. En bas, ma soeur courait dans tous les sens pour les rattraper.
Elle a dit : Dans le sac en tissu, je ne me souviens plus de tout ce qu'il y a. J'imagine les choses.
Elle ne m'a pas demandé d'y retourner. Je ne l'ai pas proposé. Je ne vais pas aller déterrer les souvenirs. Je ne déterrerai rien. Je ne toucherai à rien. Je n'ouvrirai pas les tiroirs. Je ne monterai pas les marches qui mènent à l'étage.

Ibid., P. 48-50.
La langue est concise, elle cisèle les gestes, souvenirs, pensées. La narratrice flotte contre le texte comme un ectoplasme. On ne décèle pas réellement de personnalité sinon un vertige qui se manifeste de temps à autre. On n'est parfois gêné par cette froideur permanente qui en découle. Je suis parfois gêné. Pourtant la langue est terriblement juste, précise, essentielle. Jamais abstraite. Mais parfois tellement distante qu'on en perd un peu le contact. Que j'en perds le contact. Il me manque ce petit quelque chose qui me séduit bien plus, par exemple, dans les livres d'Emmanuelle Pagano. Me manque le personnage. Pourtant la narration coule juste. On la sent se plaquer contre les lieux qu'elle habite, attirer vers elle les (rares) paroles qui seraient susceptibles de la déséquilibrer (pas de dialogue en tant que tel, par exemple, mais des répliques isolées, absorbées par la narration). Par ce biais, le texte apparaît donc comme cohérent, limpide, évident.

A quoi tient le souvenir d'un lieu ? dit la quatrième de couverture. Cette question seule flotte, décentrée, sur le blanc du livre au verso. A l'autre bout, une citation de Georges Perec tient le rôle d'épigraphe. L'ombre de Pérec, on la retrouve dans la quasi totalité du livre. Parfois cité directement, parfois simplement apparent, muet. Parfois trop ; en tant que lecteur, je n'aime pas toujours qu'un auteur me montre ses références en permanence. Mais la démarche est logique, c'est presque un prolongement de. Mais les références sont multiples, parmi lesquelles un passage déjà cité sur le blog il y a de cela quelques semaines seulement. Et si la démarche est logique, le rôle de la postface, relativement conséquente, qui vient compléter le livre, me paraît, lui, plus contestable. Tout du moins : je ne le comprends pas. Mais c'est une broutille.

Balayer fermer partir est le premier livre de la collection Déplacements au Seuil que je découvre. J'ai longtemps tourné autour de cette collection sans jamais franchir le pas. C'est désormais chose faite.
Balayer fermer partir est un texte fort, incisif, à la langue agréable, mais quelque part cette froideur dont je parlais plus haut m'a tenu à distance, m'a empêché de véritablement m'y fondre. Dommage, parce que j'ai tout de même eu le temps, au travers de ces cent pages, d'entrevoir une issue qui me plaisait. Je suis resté sur le seuil.

Au-delà :

- La présentation de la dernière fournée Déplacements sur le Tiers Livre
- La page de Libr-critique
- Un extrait cité sur Lignes de fuite
- Un autre extrait, à lire dans le jardin maternel

[Article également disponible sur Culturopoing]

samedi 29 décembre 2007

I'm not there

Voilà un film qu'il fallait absolument que je vois, sans trop savoir pourquoi d'ailleurs parce que : aucune critique de lue jusque-là et à peine une couverture de je ne sais quel magazine cinéma aperçue, avec Cate Blanchett en couverture et le concept vaguement entendu comme ça, à la radio : une biopic sur Bob Dylan avec six acteurs différents pour l'interpréter. Résultat quasi instantané : faut-absolument-que-j'aille-le-voir-ce-truc.



Et donc je suis allé le voir ce truc. Premières impressions éclaires et quasi instantanées : bien fait, par un heureux hasard, d'avoir lu la biographie de François Bon il y a quelques mois, parce que le film de Todd Haynes n'est une biopic ordinaire, voire même pas une biopic du tout : un film pour initié, voilà ce que c'est, où l'on n'explique pas, on montre, on suggère, on hallucine, point barre. Alors quand on associe ce parti pris avec les quelques modifications d'identités des personnages (peu de vrais noms utilisés, on retrouve surtout des personnages fictifs, parfois un peu dur à identifier quand on ne maîtrise pas bien l'époque), on se retrouve avec un film parfois difficile à suivre.
Mais passé ces incongruités premières, I'm not there, c'est du tout bon. Six personnages différents, six facettes de la personnalité ou de la carrière de Bob Dylan (dont le nom n'est par ailleurs jamais prononcé), qui se succèdent ou s'entrecroisent voire se complètent. Ces fictions, recoupant des périodes incontournables comme le Dylan protestataires ou le Dylan en pleine transition électrique et des facettes moins évidentes (le Dylan rimbaldien, par exemple) trouvent leur place naturellement dans un film au montage énergique et incisif (surtout au début) et dont le rythme est peut-être son principal atout (exception faite pour la fin, peut-être).



Autre atout fort : le casting. Excellent, diversifié et cohérent, qui rassemble pourtant, pour le même « rôle », Christian Bale, Richard Gere et surtout Cate Blanchett, sidérante en Dylan star androgyne huée et épuisée par les tournées successives. Sans conteste le personnage clé du film, qui s'illustre également dans la scène phare : cette mise en image psychédélique et géniale de Ballad of a thin man (cf. la radio), version live revisitée par Cate Blanchett pour le coup. On y explore l'imaginaire dylanien brutalement, aux frontières du clip et de la rêverie. Impressionant.



Côté face, on peut regretter que deux fictions restent quand même moins percutantes que les autres : la partie « familiale » de la vie de Dylan , malgré une Charlotte Gainsbourg exemplaire, comme toujours, se révèle un peu anecdotique et surtout la partie « Billy the Kid », incompréhensible pour le non-initié que je suis, partie avec Richard Gere en vedette qui correspond également aux zones de longueurs que l'on peut déceler dans le film.
Toujours au niveau des bémols, et toujours pour un non-initié d'ailleurs, la difficulté parfois de s'y retrouver dans la fictionalisation des personnalités, disons, parallèles. Exemple : le nom de Joan Baez n'étant pas mentionné, on le travestit en nom fictif. En revanche, d'autres personnalités comme Allen Ginsberg, par exemple, gardent leur nom. Mystère.



I'm not there, c'est donc un très bon film (et dont le titre, « Je ne suis pas là », affirme d'entrée le parti pris osé du réalisateur : produire un film sur Dylan sans Dylan, l'évoquer sans le montrer, le réécrire sans le dire), certainement l'un des tous meilleurs vus cette année me concernant, mais tellement facile d'y passer à côté qu'il peut sans doute facilement décevoir. On sent que Todd Haynes, également réalisateur de Velvet Goldmine il y a quelques années (film qui reprenait la même recette, appliquée à la période glam des années 70), a gagné en maturité, parvenant à construire une (série de) fiction(s) de qualité, par rapport à un Velvet Goldime gentil et finalement très caricatural. Reste ce problème d'accessibilité qui devrait (a du) barrer l'accès du film au grand public, très certainement : être obligé de se farcir une biographie avant de se déplacer en salle pour comprendre un minimum d'éléments et de sous-entendu, il est clair que ce n'est pas idéal. La réussite intrinsèque du film passait peut-être par ce sacrifice là...



En bonus : ces deux vidéo avec un trailer (pour une fois) plutôt bien fichu et un extrait amusant (bien que non sous-titré) d'une rencontre Dylan/Ginsberg décalée. Et puis aussi : qu'en pense le biographe ? Le billet de François Bon en réaction au film.

[Article également disponible sur Culturopoing]

vendredi 16 novembre 2007

Important : le texte numérique

Lu à l'instant sur le Tiers Livre, cet appel à consultation de François Bon sur la question du texte numérique. Voilà pour le coeur de la chose :

Le but de cette consultation : tiers livre, avec 10 ans d’expérience Internet, un important volant de consultations témoignant de la confiance de ses visiteurs, serait prêt à se constituer en agence littéraire numérique.

Côté auteurs : session d’exploitation pour des durées précisées, concernant exclusivement les droits numériques, révocable en cas de passage à l’édition graphique.

Côté tiers livre : sans drm (prendre le risque que), mais en se chargeant de la préparation éditoriale spécifique, présentation, hypertexte, liens et dossier virtuel de l’auteur, se faire l’intermédiaire auprès des bibliothèques numériques à diffusion payante et des sites diffusant les textes numériques pour les machines émergentes. L’articulation du contenu texte et du dossier d’accompagnement multimedia sera un des enjeux de la structure à naître.

Pour la suite, c'est ici que ça se passe. Important disais-je (ou plutôt : il faudrait que ça le soit).

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