H. a pris une photo de moi, sur la plage de Carantec (la plage était vide, 21h, vide, juste de la roche et du sable, des algues, et nous deux face au vide), retourné vers la mer, de dos, photo sur laquelle je n'ai pas de visage. Sur la photo ma tête s'ouvre, ligne simple verticale, s'ouvre comme un placard, déverse pièces tordues et mécanismes, engrenages, rouages encrassés qui se jettent à la mer et puis fondent. J'ai touché la mer, bout du doigt, elle était froide. Une vague immense a fait un trou dans l'image, a recouvert le corps, et m'a conduit dans une réalité parallèle dans laquelle
Ces jours-ci réglés comme du papier à musique. Lundi-mardi-mercredi boulot. Jeudi-vendredi-dimanche écrire, écrire beaucoup, suivre sec les prévisions du matin, six heures par jour en règle générale. Dans les deux cas, je termine sur les coups de 17h30 ou 18h. Cette heure là comme une ligne jaune franchie : je n'ai plus rien à faire. Tout a été rempli. Tous les points de mon planning mental cochés un par un. Plus rien ne me presse. Le vide recouvre.
Écrire plusieurs heures de suite ça presse, ça use. On le sent passer derrière la nuque, même si habitué. Alors aux alentours de 17h30 ou 18h, j'ai envie de détendre ce qui me tire l'épaule jusqu'à l'omoplate. Alors j'allume la PS3, GTA4 à l'intérieur (c'est une histoire de sigle et de chiffres derrière).
GTA4 au fond je n'y joue pas, je ne suis pas l'histoire, le scénario, ça ne m'intéresse pas, ne m'a jamais intéressé. Je ne poursuis l'intrigue que pour pouvoir débloquer les parties manquantes de la ville, pour élargir la carte. Je ne remplis les missions que si je suis obligé, je coupe au plus court, je ne profite pas de cette partie du jeu.
Ce qui m'intéresse dans GTA4 (et avant lui tous les autres GTA auxquels j'ai joué, et avant ça la série des Driver), c'est de déambuler librement dans la ville modélisée grandeur nature. Croiser les gens qui vivent leur vie, pixels retournés. Rentrer dans les bâtiments lorsqu'ils ne sont pas en carton pâte. Suivre certaines voitures fantaisistes, voir en quoi consiste la patrouille des flics. Suivre les bons citoyens dealer au coin de la rue ou commander des putes. Découvrir les parties de la ville insolites, c'est à dire non bitume-béton-bitume-béton-croisement-feu-rouge. Et puis tuer des gens, bien sûr.
Voler le premier véhicule venu, rouler dans les parcs, avaler membres rouges et pare-chocs enfoncés, m'arrêter, balle dans le pare-brise taché hémoglobine, sirènes qui hurlent derrière, ambulance emboutie dans le mur, carambolage sur l'autoroute, carcasse cramée au lance roquette et cocktail molotov, flics enragés à cinq étoiles la poursuite, hélicoptères fondus-asphalte et pâles noirs déchiquetées façade d'en face, grue escaladée et passants snipés à trois cent mètres à la ronde, avion piraté-propulsé droit dans la couronne de la statue de la liberté, corps éjecté du cockpit écrasé huit cent mètres plus bas, projeté à travers le pare-brise écrasé contre le mur en face, nuque broyée sous la roue d'un quatre quatre, enjoliveur fumant encore entre les dents, corps tabassés passés par dessus bord de la marina, coups de pied dans l'estomac pixels vomis sur le sol, lame d'un couteau rouge sortie de carotide, cadavre écrasé au pied d'un stand à hot-dogs, odeur de moutarde-ketchup manquante.
J'exagère. Un peu. Mais rien n'existe. Tout est banal, pixel. Tomber du dernier étage d'un building signifie simplement reparaître cinq secondes plus tard aux portes de l'hôpital le plus proche. Recommencer la tuerie quelques mètres plus loin, changer de quartier éventuellement. Ça détend. Ça défoule. On peut se permettre de gaspiller du temps à tuer des gens qui n'existent pas puisque tout à été correctement fait dans la journée. On peut se permettre. Mais une heure, pas plus. Après, c'est la lobotomie frontale qui guette, aspirée par les yeux et soufflée dans l'organisme : apathie décérébrée, on ne sait plus trop ce qu'on fait. Simplement rouler pour rouler et tuer à l'aveuglette sans même la beauté du geste.
Je ne grimpe pas dans mon four pour remonter le temps, je ne cherche pas les dinosaures à quatre pattes au fond derrière la grille. Je ne prends pas non plus place dans la De Lorean de Retour vers le futur ni ne grimpe sur les épaules de Billy Pèlerin en espérant croiser les murs. Je me contente d'attraper deux boites de CD aux jaquettes asiatiques-piratées. Je les écoutes les doigts collés aux vibrations du clavier.
Yoko Kanno mise à part, je n'écoute plus grand chose des trucs que j'écoutais à cette époque là. Je suis en seconde et je découvre Konci comme si c'était vrai. Les modems sont encore crachotants, 56k etc., donc je me fournis là-bas quand il m'arrive de passer sur Paris. C'est là-bas que je rencontre S. Elle est il le matin puis ressort elle l'après-midi. Sacrée remontée dans le temps. Elle me glisse deux CD dans la main que je n'ai plus écoutés depuis des années et puis nous nous séparons là ; je lui demande où on est au fait, elle rigole puis s'en va, je me repère sur les cartes anonymes derrière.
Je glisse mes deux disques dans l'ordi une fois de retour à la maison, filtrés par Winamp, décodés par ces enceintes fatiguées que l'on avait alors. De ces deux disques je garde deux pistes. Instrumentales, bien sûr. Elles seules dans ma playlist. Décor tapis sous une fenêtre IRC archaïque. Ces deux musiques s'enchaînent et se recouvrent et se complètent, elles tournent l'une sur l'autre, je ne me rends pas vraiment compte de qui débute quand et finit où. Simplement : bande son factice d'un automne bref sept ans plus tôt.
On ne connaît pas les gens à qui on parle entre deux époques, coupées en deux, dispersées derrière l'épaule de Billy Pèlerin, sous l'une des portes de la De Lorean, dans le noir du fond du four tout en bas à droite. On ne les connaît pas, c'est vrai quoi. Tout ce qu'on a pu se dire a glissé depuis la faille vers n'importe où ailleurs. Ne reste que ces deux morceaux que je n'écoute plus. Je les vois quand même, de temps à autre, quand le hasard me fait penser à S. Le clavier vibre depuis ces bandes son. Au fond, je ne me souviens même pas des images auxquelles elles sont censées se raccorder. L'OAV d'Angel Sanctuary était mauvais et je n'ai jamais joué à Ocarina of time. Reste que j'y ai pensé il y a quelques jours, je ne sais plus pourquoi, peut-être parce que H. est absent pour une semaine, que l'appartement vide résonne mal, que je le remplis de musique et de rêveries histoire de. J'étais à l'abri pourtant : ces deux pistes ne figurent pas dans la mémoire fissurée de mon lecteur MP3. Le plus étrange, c'est que cette musique ne relâche derrière aucune émotion : simplement la vision imparfaite d'instants d'automne, le bureau blanc, l'ordinateur, la fenêtre IRC. Rien sur S. ni personne d'autre. Je colle mon oreille tout contre le clavier tremblant : rien que des vibrations chaudes. Cette époque là terne et morte derrière les rideaux tombés depuis longtemps. D'autres moments de cette année me manquent, mais pas ceux là. Ils restent creux. Je vois bien la page IRC mais elle reste blanche et n'affiche jamais rien. La musique tourne, c'est tout.
Bien avant Chrono Cross, autre réminiscence vidéoludique. En vrai le jeu s'appelait Championship Manager, mais en France ça s'est toujours (ou presque) appelé l'Entraîneur, tout simplement. Et après ça Football Manager, depuis quelques années, mais ça c'est pour l'anecdote ; je joue actuellement à la version 2007 (j'entame ma troisième saison avec Brest, pour ceux que ça intéressent).
Mais rien à voir (ou si peu) avec le 2007 : celui dont je parle, c'était le premier jeu à s'appeler l'Entraîneur et il date de 1995. Me souviens plus exactement de comment on l'avait eu ce jeu là ; certainement mon frère qui l'avait acheté, parce qu'à l'époque, c'était lui qui connaissait ces choses là et moi qui suivait. L'Entraîneur, on y jouait sur le vieux 486, à l'époque où le bureau de ma mère se trouvait dans la pièce du bas (à l'époque, aussi, si je me souviens bien, où sur Fun Radio, car on écoutait Fun Radio, ils diffusaient une chanson des Rembrandts à outrance qui s'appelait I'll be there for you et ils prévenaient que bientôt une série américaine géniale allait être diffusée en France et qu'il fallait surtout pas la louper : elle s'appelait Friends). On y jouait sur le vieux 486, parce qu'à l'époque, le vieux 486 il était plutôt performant : il faisait même tourner Fifa 96, le premier Fifa en 3D.
Bref. Donc on jouait à l'Entraîneur. Et ce qu'il y avait de bien avec l'Entraîneur, c'est que c'était pas un jeu de foot comme les autres (d'abord c'était pas un jeu de foot) : c'était un jeu de management de foot. Nuance. Un jeu d'entraîneur, quoi, comme son nom l'indique.
Et tout ce qu'il y avait, dans l'Entraîneur, au fond (et ça n'a pas beaucoup changé depuis), c'était des tableurs. Et c'était génial. Parce que : une base de donnée hallucinante de je-sais-plus-combien de joueurs exactement, plein de clubs, plein de pays, etc. Et pour chaque joueur : ses statistiques, ses points forts, ses points faibles, les trucs qu'il aimait et les trucs qu'il aimait pas. Son poste de prédilection, sa tolérance à la blessure, sa valeur, ses états d'âmes, ses pétages de plomb. Et ainsi de suite, comme on dit. Alors avec ça, il fallait prendre en main un club (je prenais toujours soit Paris, soit Auxerre, soit Montpellier, allez savoir pourquoi, et dans ces équipes, on trouvait des Christophe Cocard, des Bernard Allou ou des Julio Cesar Dely-Valdes, toute une époque !), gérer les joueurs, les recruteurs, les adjoints, etc. Recruter. Bâtir une équipe. La diriger. Aller au bout des objectifs imposés par le club ou bien prendre le risque de se faire virer en cours d'année (c'est arrivé souvent). Donc, évidemment : gagner le plus de matchs possibles.
Les matchs, parlons en, c'était le plus marrant : à l'époque, il n'y avait pas de retransmission en 3D, ni même de « petites boules » d'ailleurs (match vu du dessus avec représentations des joueurs en petites boules, si si) ; il n'y avait que du texte. Littéralement. C'est à dire que pour décrire les actions, il y avait un bandeau qui s'affichait à l'écran et qui disait : « Machin déborde sur l'aile droite et centre... » et puis un autre qui enchaînait « mais le ballon est contré et sort en touche. ». Par exemple. Ce genre de trucs. En bas, un léger graphique représentait la possession de balle, histoire de savoir si son équipe était en danger ou non. Si je me souviens bien, il y avait possibilité de rajouter des commentaires audio de Jean-Michel Larqué (!!) mais soit que les commentaires buguaient, soit qu'ils étaient pénibles, on ne les a pas souvent activés.
Le plus intéressant, en réalité, dans ce jeu (et ça vaut toujours pour les versions actuelles), c'était justement ce manque numéro un que l'on ressentait en jouant : ne pas voir les images. Comme on n'avait que le texte, on était forcé de se représenter autrement le match pourtant observé depuis notre banc de touche virtuel. Bref, on était obligé d'interpréter le texte laconique (souvent les mêmes phrases qui se répétaient) histoire de le mettre en image, dans un coin de notre tête, histoire de le rendre réaliste. Vivant. Même chose avec les petites boules, où il faut perpétuellement interpréter si ce mouvement de petite boule vers la droite correspond à un lobe tout en finesse ou à une reprise de volée dévastatrice. C'était (c'est) tout un art.
A l'époque, on n'avait pas le droit d'avoir plus de trois joueurs étrangers en même temps sur la feuille de match et on payait à coup de millions de francs. Je me souviens de certains noms de joueurs qui cartonnaient dans le jeu (et une fois qu'on avait fait une partie, on savait à l'avance qui cartonnerait ou non dans les années futures, parce que le jeu générait lui-même ses propres stars) : Joao Pinto en faisait partie, attaquant portugais que j'avais recruté avec Paris. Il y avait Armindo Ferreira, également, qui venait de Niort (et qui joue toujours, je l'ai même croisé dans ma dernière partie de Football Manager, défendant les couleurs de Châteauroux !). J'en ai oublié beaucoup d'autres.
Je me souviens avoir beaucoup gueulé contre ce jeu (je me souviens même avoir cassé une souris à cause de ce jeu), parce que c'était (c'est toujours) le truc le plus stressant qu'on peut imaginer, avec toujours un connard à la 88eme minute qui trouvait le moyen de faucher un attaquant adverse dans la surface et un autre connard (l'arbitre) qui s'amusait à siffler penalty et qui bousillait mes chances de titre. Bref. Stressant, quoi. De quoi gueuler contre l'écran quand l'adversaire égalise dans les arrêts de jeu et dans la seconde qui suit : un blessé alors qu'on a déjà effectué ses trois remplacements. Résultat : deux prolongations à dix contre onze pour finalement encaisser un but... dans les arrêts de jeux de la deuxième prolongation ! Oui, effectivement, ça sonne encore douloureux : c'est arrivé il y a moins d'une heure...
Hum. Reprenons.
Enfin, l'Entraîneur, c'était aussi ma façon à moi de me bâtir une bonne culture footballistique (non, on ne rit pas svp), parce qu'à l'époque, on n'avait pas Canal, et le foot à la télé, ça se limitait donc aux téléfoot du dimanche matin pour les résumés et quelques vrais matchs vus en vrais à Geoffroy Guichard de temps en temps. Bref, parcourir comme ça ces bases de données immenses, ça m'a donné l'occasion de « m'y connaître » un peu plus et de ne pas écarquiller des yeux interdits quand on parlait de Ruud Hesp ou de Ivan Zamorano dans les cours de récré : indispensable, du coup. Il y a également Zoom Travica qui résonne lentement dans mes lointains lointains souvenirs, mais ça c'est une autre histoire, une autre époque, un autre jeu. Une prochaine fois peut-être...
Je n'ai pas ici pour habitude de divaguer sur mes errements vidéoludiques (comprendre : mes quarts d'heures de glande devant la PS2/Wii), mais... Mais, voilà, j'ai recommencé l'autre jour un jeu qui me fait me sentir nostalgique. Ce jeu, c'est Chrono Cross (comme en témoigne la petite guirlande de gauche). Et en recommençant le début du jeu, le Viper Manor, la course aux écailles de Komodo, l'intro du jeu, la cinématique, etc, je me suis mis à repenser à cette époque lointaine (il y a peut-être quoi, sept, huit ans ?) où j'ai découvert pour la première fois ce jeu éminemment sympathique et, surtout, très, très agréable. (Attention, billet à forte teneur en geekitude)
On se remet dans le contexte. Ça doit être la fin du collège je crois (3ème probablement, ou quatrième, je ne sais plus) et je viens de redécouvrir FF7, puis FF8 et puis (suspens) FF9 (première fois pour celui-là) qu'à l'époque je n'avais pas adoré plus que ça. C'est l'époque où je me rends compte que les RPG, en fait, c'est vachement cool, probablement parce que c'est comme lire une histoire sympa et agréable qui te ferait oublier que t'es en train de lire. Donc c'est bien parce que, justement, à cette époque, lire, c'est chiant. On arrive à me suivre ? Tant pis. L'époque où je découvre que les RPG, c'est cool. On l'appellera l'époque « Gameplay RPG », à cause du magazine du même nom qui, dans son troisième numéro je crois (que je me procure genre trois mois après sa sortie officielle), présente un grand test de Chrono Cross en disant, en substance, que « Chrono Cross est l'un des meilleurs RPG de l'histoire du Jeu Vidéo et que tout fan de RPG se doit de le posséder dans sa ludothèque ». En substance, disais-je.
Et mine de rien, ça fait sa petite impression. Étant donné son coût élevé (jeu import oblige, surtout à l'époque), je me le fais offrir pour Noël, et tant pis si le jeu est en anglais, et tant pis si moi, à l'époque, l'anglais je n'y touche pas du tout, tant pis si je n'ai pas plus de trois mots de vocabulaires, tant pis si je suis encore plus nul en anglais qu'en allemand. Tant pis pour tout ça.
Arrive le jour où je découvre le jeu (Noël, donc). Et avec le jeu, le câble je-sais-plus-c'est-quoi-son-nom-et-c'est-pas-grave-on-s'en-fout qui permettait de lire les jeux imports en couleur (mauvaise génération de Playstation oblige). Et voilà ce matin, où, donc, j'essaie en vitesse de voir si sa marche, où je m'y prend plusieurs fois parce qu'évidemment la première fois on branche le truc de travers et ça marche pas. Du coup, la première fois qu'on s'y confronte, c'est en noir et blanc. Et il faut faire vite parce que, d'ici une heure sans doute, il faudra partir : un repas de famille où on est attendu. Alors je me magne, je grogne sur le noir et blanc, je relance le tout, je retripotte le cable et je rallume encore une fois. Et cette fois ça marche. La couleur est (re)venue. Et là je vois l'intro, pour la première fois puisque, à l'époque, pas moyen de voir à l'avance ce type de média sur Youtube. Et une drôle d'impression qui va avec, parce que la musique est belle, certes, les images aussi, mais une drôle d'impression quand même. Quelque chose en plus. Agréable.
Ce qui est amusant, c'est que ce jeu, lors de ma première (et unique) partie, je ne l'ai pas vraiment apprécié comme il se doit, et pour cause, puisque comme je le disais précédemment, je ne maîtrisais pas du tout l'anglais. Du coup je suis passé à côté des trois quart du jeu, restant collé à la soluce (de Gameplay RPG d'ailleurs), ne comprenant strictement rien de ce que disait la plupart des personnages et leurs accents impossibles (je me souviens d'avoir passé de longues minutes dans les dictionnaires histoire de comprendre, en vain, ce que gotcha signifiait). Mais tout de même, je ne sais pas, un petit quelque chose, une ambiance, un truc qui faisait qu'on s'y sentait bien, dans cette histoire, ce jeu.
Et probablement que le jeu a laissé en moi une si forte empreinte parce que j'étais complètement à côté, que je ne me souviens presque de rien, que tout était toujours auréolé de mystère et de possibilités. Peut-être que c'était ça qui me plaisait quand je jouais à Chrono Cross et que je ne comprenais quasiment rien : je jouais avec les possibilités. Tel personnage pouvait dire ça, ou ça, ou ça, je n'en savais rien, ça dépendait de ce que je voulais que ce soit. Et, en me calquant sur les évènements divulgués par la solution complète que je suivais, je réinventais le jeu, je le créais moi-même comme je voulais qu'il soit.
Bien des années plus tard, je recommence ce jeu, je revois l'intro, et en revoyant l'intro, je la retrouve qui, perpétuellement vire du noir et blanc à la couleur, et la couleur de Chrono Cross, les archipels, les personnages loufoques, c'est pas n'importe quel couleur. Et je ne sais pas pourquoi, mais j'en viens toujours à repenser à ce passage de Now is the Hour où le narrateur voit Le magicien d'Oz pour la première fois avec, évidemment, la même transition : du noir et blanc à la couleur.
You got to understand, sometimes on the farm, finding magic was so hard you had to make the magic up yourself. A vivid imagination, Mom called it. Dad called it lying. He was always on my ass for showing off. Making a spectacle of myself. Me, I never saw it as lying. I was just making the world a more livable place. For her. And then of course, because of her, for me.
Plus I was born there, in Pocatello. The Princess Theater wasn't there anymore by the time I came on the scene. By the time I came around to it, it was the Chief Theater, and JUDY GARLAND was in smaller blue capital letters under THE WIZARD OF OZ, which was in big red capital letters on the marquee. I was wearing my brown suit just like my dad's suit with a matching hat like Dad's too, like men used to wear in the thirties or forties. The day was cold and bright, and Sis held my hand and helped me sound out the big red capital letters. That's how I learned the letter Z. Neon red and yellow arrows were going around and around the marquee and people were everywhere. Mom bought Sis a Cup of Gold candy bar and me Milk Duds. Inside the theater it was dark. I sat next to Mom, and Sis was on the other side of Mom, and I was so little in the seat my Buster Brown shoes stuck out right in front of me.
When the curtains opened, it was a black-and-white Dorothy and Toto and Auntie Em on the screen. A ways into the movie, in a moment, my mother put her hand inside my hand. She leaned over to me. Her perfume. The sound of her dress against her nylons.
Now watch cloesly, Mom whispered. This new part is magic.
When I looked back up at the screen, the black and white had turn to color.
Magic. That's just what it was. Magic.
Tom Spanbauer, Now is the Hour, Houghton Mifflin Company, P. 32-33.
Étrangement (ou pas), je reprends ce jeu la semaine où je découvre, via Webarchive, les fantômes de vieux sites morts depuis des années mais dont les spectres hantent encore la toile de nos jours. Parmi ces sites fantômes : RPG Zone, et les premiers forums de RPG (les forums ezboard) où je rencontrais des gens de divers horizons qui, eux aussi, aimaient beaucoup Chrono Cross, et on en parlait, et on se « voyait » le soir sur IRC, et c'était sympa... De la nostalgie pixelisée, en somme.
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