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Tag - Marthe Robert

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jeudi 27 novembre 2008

Dans les bas-fonds honteux de la littérature

Je relève ce passage il y a plusieurs jours maintenant, une semaine sans doute, sans trouver pour autant le temps de le citer ici. Désormais chose faite. Suffisamment rare, dans le Journal de Kafka, de trouver des textes sereins, limpides. Ne pas se retenir, du coup, de les mentionner. Celui-ci centré sur l'une de ses nouvelles, le Verdict, qu'il écrit, comme il l'explique lui-même, l'espace (et le temps) d'une nuit. Rare de le lire satisfait de lui-même, satisfaction qui se trace d'elle-même dans son écriture, calme, précise, laconique sans être sèche pour autant. Sereine. Nous sommes en septembre 1912 lorsqu'il écrit ces lignes. Ce billet aurait tout aussi pu s'intituler : en fendant les eaux ou bien délivrance couverte de saletés et de mucus.
23 septembre


J'ai écrit ce récit – le Verdict – d'une seule traite, de dix heures du soir à six heures du matin, dans la nuit du 22 au 23. Je suis resté si longtemps assis que c'est à peine si je puis retirer de dessous le bureau mes jambes ankylosées. Ma terrible fatigue et ma joie, comment l'histoire se déroulait sous mes yeux, j'avançais en fendant les eaux. A plusieurs reprises durant cette nuit, j'ai porte le poids de mon corps sur mon dos. Tout peut être dit, toutes les idées, si insolites soient-elles, sont attendues par un grand feu dans lequel elles s'anéantissent et renaissent. Comment tout devint bleu devant ma fenêtre. Une voiture passa. Deux hommes marchèrent sur le pont. A deux heures, je regardai ma montre pour la dernière fois. Quand la bonne a traversé le vestibule, j'écrivais la dernière phrase. La lampe éteinte, clarté du jour. Légères douleurs au cœur. La fatigue disparaissant au milieu de la nuit. Mon entrée tremblante dans la chambre de mes sœurs. Comment, auparavant, je m'étire devant la bonne et dis : « J'ai travaillé jusqu'à maintenant. » La vue de mon lit intact, comme si on venait de l'apporter à l'instant dans la chambre. Ma certitude est confirmée, quand je travaille à mon roman, je me retrouve dans les bas-fonds honteux de la littérature. Ce n'est qu'ainsi qu'on peut écrire, avec cette continuité, avec une ouverture aussi totale de l'âme et du corps. Le matin au lit. Mon regard toujours clair. Tout au long de mon travail, j'ai été accompagné par de nombreux sentiments, joie par exemple, d'avoir quelque chose de bon pour l'Arkadia de Max, souvenir de Freud naturellement, souvenir d'un passage de Arnold Beer, de Wassermann, de la Riesin de Werfel, ainsi, bien entendu, que de mon propre Monde citadin.

Kafka, Journal, Livre de poche, trad : Marthe Robert, P.262-263.
Plusieurs mois plus tard, en février de l'année suivante, Kafka revient sur le Verdict, toujours dans le Journal, où il écrit ces mots : ce récit est sorti de moi comme une véritable délivrance couverte de saletés et de mucus et ma main est la seule qui puisse parvenir jusqu'au corps, la seule aussi qui en ait envie (P.267).

jeudi 20 novembre 2008

Au quartier général du bruit

Je sors du boulot, je sais que cela fait trois jours que je n'ai rien écrit ou presque puisque mes jours changent, puis je m'assois contre le plastique-mosaïque et lit une quinzaine de pages de Kafka en attendant mon train. Je le lis écrire que cela fait trois jours qu'il n'a rien écrit, que son boulot, etc. Puis je m'engouffre dans le RER et le reprend, le bruit se diffuse tout contre moi, et je le vois plaqué sur son bureau, mon bruit moderne diffusé jusque sur lui, par vagues opaques des tunnel sous-terrains. Nous sommes en 1911 et cette première phrase superbe lui tombe des mains.
5 novembre.


Et je veux écrire, avec un tremblement perpétuel sur le front. Je suis assis dans ma chambre, c'est-à-dire au quartier général du bruit de tout l'appartement. J'entends claquer toutes les portes, grâce à quoi seuls les pas des gens qui courent entre deux portes me sont épargnés, j'entends même le bruit du fourneau dont on ferme la porte dans la cuisine. Mon père enfonce les portes de ma chambre et passe, vêtu d'une robe de chambre qui traîne sur ses talons, on gratte les cendres du poêle dans la chambre d'à côté, Valli demande à tout hasard, criant à travers l'antichambre comme dans une rue de Paris, si le chapeau de mon père a bien été brossé, un chut! qui veut se faire mon allié soulève les cris d'une voix en train de répondre. La porte de l'appartement est déclenchée et fait un bruit qui semble sortir d'une gorge enrhumée, puis elle s'ouvre un peu plus en produisant une note brève comme celle d'une voix de femme et se ferme sur une secousse sourde et virile qui est du plus brutal effet pour l'oreille. Mon père est parti, maintenant commence un bruit plus fin, plus dispersé, plus désespérant encore et dirigé par la voix des deux canaris. Je me suis déjà demandé, mais cela me revient en entendant les canaris, si je ne devrais pas entrebâiller la porte, ramper comme un serpent dans la chambre d'à côté et, une fois là, supplier mes sœurs et leur bonne de se tenir tranquilles.

Kafka, Journal, Livre de poche, trad : Marthe Robert, P.121-122.
Dimanche 10 décembre.


Il faut que j'aille voir ma sœur et son petit garçons. Avant-hier, quand ma mère est revenue de chez elle – il était une heure du matin – et nous a appris la naissance d'un garçon, mon père s'est mis à circuler en chemise de nuit dans tout l'appartement, a ouvert toutes les portes, m'a réveillé, a réveillé la bonne et mes sœurs et nous a annoncé la naissance d'une façon qui aurait pu faire croire que l'enfant n'avait pas seulement été mis au monde, mais qu'il avait déjà fini une vie pleine d'honneurs et que ses obsèques avaient eu lieu.

Ibid., P.163.

jeudi 11 mai 2006

Dissertation

Tout d'abord je m'excuse, mais j'étais tellement à côtés de mes pompes hier que je ne me suis aps donné la peine de vous communiquer mes merveilleux sujet d'anglais (texte déjà fait en première...), de stylistique (on est noté sur 24 et on est tous sûrs d'avoir au moins 10) et de linguistique (glups). De toute façon, c'était pas vraiment intéressant...

Ce qui est intéressant en revanche, c'est ce superbe sujet de Dissertation d'aujourd'hui, sympathiquement interrompu par une alarme incendie de 10 minutes au milieu !

De la littérature, le roman fait rigoureusement ce qu'il veut : rien ne l'empêche d'utiliser à ses propres fins la description, la narration, le drame, l'essai, le commentaire, le monologue, le discours; ni d'être à son gré, tour à tour ou simultanément, fable, histoire, apologue, idylle, chronique, conte, épopée; aucune prescription, aucune prohibition ne vient le limiter dans le choix d'un sujet, d'un décor, d'un temps, d'un espace; le seul interdit auquel il se soumette en général, celui qui détermine sa vocation prosaïque, rien ne l'oblige à l'observer absolument, il peut s'il le juge à propos contenir des poèmes ou simplement être «poétique».

Marhe Robert, Roman des origines, origines du roman.

Wala, sujet un peu foure tout mais largement faisable, j'espère que je n'aurais aps fait trop de hors sujet car la prof est maniaque du "il faut rester dans le sujet et surtout pas en sortir sous peine de 4". En même temps, j'ai passé mon temps à refourguer la citation à tout bout de champ, alors...

Demain : je fait un petit saut dans le temps, direction le Moyen-Age, youpi !