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Tag - Paris

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mercredi 6 octobre 2010

Vigipirate

Rentré hier pour St-Etienne, chez mes parents jusqu'à lundi. Pris le train Gare de Lyon au milieu des flics et des Fa-Mas. Après qu'un mec assez jeune, bègue, me demande un euro pour aller à X. (je n'ai pas compris où il souhaitait aller) et que je lui file (sans doute parce que le mec assez jeune, bègue, me rappelait William of Heaven, narrateur de In the city of shy hunters), les flics sont venus nous voir, nous ont demandé de « reculer par soucis de sécurité ». Nous avons reculé. Un sac plastique abandonné au milieu du grand hall était gardé très strictement par des militaires, flingues collés au corps. J'ai pris une photo (sur la photo, malheureusement, le sac plastique n'est pas visible). Le sac plastique, à ma connaissance, n'a pas explosé.

vigipirate.jpg

Plus tard, dans le train cette fois, à trois quarts d'heure de Lyon environ, un autre mec qui puait la clope et l'alcool s'est assis sur le siège d'à côté, m'a réveillé, m'a demandé s'il pouvait s'asseoir sur le siège d'à côté, m'a remercié derrière mon oui, s'est coupé les ongles intégralement (mais sauf les pieds), m'a demandé à quelle heure on arriverait à Lyon, m'a remercié mec après ma réponse, et s'est barré. Je me suis vaguement demandé quel genre de bombe il aurait pu planquer, quand il aurait pu la faire péter et sous quel siège. J'ai sorti mon MacBook pour écrire quelques peurs primaires. J'en ai oublié une (tant pis). J'ai rechargé mon Iphone. Je me suis rendormi.

mercredi 29 septembre 2010

Double Meetic

Ce matin trop peu dormi, parti retrouver Juliette Mézenc au Louvre, déjeuner au Num (décidément), saumon je crois. Ce matin 8h H. me réveillait car j'avais laissé la clé sur la porte et la porte (donc) n'ouvrait pas. J'ai dit franchement, 8h, quoi, 8h... M'a dit fallait pas laisser la clé gros malin. Me suis recouché.

Dans le train pour venir poursuite Vies de saints, un mec bourré derrière explique qu'à l'enterrement on lui a rien filé mais on lui a tout pris. Et hier croisé P., très brièvement, sur messagerie instantanée me demandant pourquoi j'avais flingué kiss bye boy et lui répondant que ce n'était pas très important, que c'était foutu déjà, il se vexe. Et qu'est-ce que ça me coûterait de l'ajouter au site Fuir est une pulsion qui prendra la suite du blog dans quelques semaines, me suis demandé. Réponse à venir. "La suite sous peu." (© g@rp)
« Moi, j'ai fait la guerre, Max, et pas toi », pense Alejo. « Toi, tu es plus jeune que Nina et ça me dégoûte un peu, je ne sais pas très bien pourquoi. Tous ces muscles ne peuvent certainement pas cacher plus de dix-huit, dix-neuf ans. Tu es un petit gamin du millénaire et moi j'appartiens à cette espèce bizarre en voix d'extinction. Pour toi, je suis un animal préhistorique. Le fait que tu puisses me tuer à coups de pied sans grand effort n'empêche pas que je sois bien plus digne d'attention pour le monde entier, que je possède plus de valeur et que je sois plus important que toi. Cela dit, il est vaguement vraisemblable qu'un petit gamin de notre millénaire soit mieux assemblé qu'un légitime survivant des inoubliables et lointaines années 1980. C'est vaguement vraisemblable... »

Rodrigo Fresán, Vies de saints, Passage du Nord Ouest, trad : Serge Mestre, P.93.
Juste avant de se retrouver cour carrée du Louvre Juliette, ne m'ayant jamais rencontré précédemment et ne sachant pas précisément quelle tête j'avais, a visiblement accosté un de mes doubles qui n'était, sauf lourde erreur de ma part, pas moi. Le double lui a répondu je ne suis pas Guillaume mais bon courage et a pensé, sans doute, à une rencontre Meetic ou un blind date occasionnel. Je ne sais pas quelle tête avait ce double et si son ombre était réellement une déclinaison possible de la mienne (j'aime le penser) mais je me pose la question de savoir quelle a été, par la suite, la progression de sa journée. Peut-être l'envers de la mienne.



Plus tard, au Num, entre deux saumons, Juliette m'explique la poursuite du journal du brise-lames dont j'avais accueilli ici-même un épisode lors d'un vase communicant précédent. Je lui explique mon chômage tombé du ciel, la fin de Coup de tête. Je prononce même la phrase, très improbable mais bien réelle « je vendais des chiottes, et oui, sur internet ».

Un peu plus tard, après que Juliette soit repartie de son côté, achat du dernier Philippe Vasset. Achat aussi de Tanganyika Project, de Sylvain Prudhomme, sans doute pour fêter silencieusement l'annonce de la poursuite du Tigre.

vendredi 17 septembre 2010

17 sept.

Paris gare de Lyon en travaux : bientôt gare va s'extirper de l'ombre dans laquelle je l'ai fixée en écrivant Coup de tête. Ce n'est pas, en soit, un sacrifice puisque la gare telle que je l'ai arpentée en repérages et fréquentée au quotidien n'a jamais pu correspondre au lieu évoqué dans le texte, le temps du récit étant situé quelques années trop tôt. V. me demandait autrefois pourquoi ces détails liés aux lieux étaient si importants : je n'ai pas vraiment pu répondre à l'époque, je n'ai toujours pas la réponse aujourd'hui.

J'attends, Gare de Lyon, l'arrivée de E. au pied du TGV : c'est pour cette raison que je traverse encore cette gare. Rien à voir avec Coup de tête. E. arrive à l'heure, son TGV sur les épaules. Aux guichets, près des Départs Express Pro dont il est brièvement question dans la deuxième partie elle change son billet de retour. Midi différé quatorze heures mangeons thaï au Num proche les Halles. Plus loin Tuileries via le Louvre. Météo : soleil, 15 degrés de septembre. Je lui raconte mercredi, mon entretien Pôle Emploi. Les phrases retenues sont les suivantes : 
1) Pôle Emploi n'est pas là pour vous trouver du travail
2) les licenciés économiques comme vous ne sont pas comptabilisés dans les chiffres du chômage et
3) désormais c'est un cabinet privé qui va vous prendre en charge.
E. me parle de faire le tour du monde. Je lui dis tous les deux on se supporterait pas, quelque part ce serait marrant. Je lui dis je sais pas trop si faire un tour du monde ça me tenterait. Je lui dis tu crois pas qu'au fond on y retrouverait quand même notre même petite vie banale, même au bout du monde ? Elle me dit si. Derrière nous des mecs jouent au foot, se foutent à poil. Au cœur de Paris elle me déplie New York, la ville qui n'existe pas. Elle me parle de ceux qu'elle croise. Sans prononcer son nom, elle demande P., des nouvelles ? Je lui réponds nous avons disparu simultanément l'un pour l'autre. Peut-être, sans doute, est-ce une fiction factice de plus qu'il me faudra gommer. Et kiss bye boy n'existe plus.

Avant de repartir je lui demande si elle veut bien lire Coup de tête une fois que le truc sera bien terminé. Elle me laisse pas finir ma phrase pour accepter.

En quittant Gare de Lyon je me rends compte que tous les Escalators traversés aujourd'hui étaient inversés depuis mes derniers jours de boulot. Bizarre. Ça fait déjà un mois, ça fait à peine deux heures. 

mercredi 18 août 2010

Guillaume Vis

cacaaaaaaaa.jpgAu début, presque tout début du Journal des sens, David Menear fait encore des listes, il écrit encore des mots découpés par des tirets incohérents. Les premières entrées du JdS ne sont pas datées.
J'ai-me rien. Exceptions :

- épaules de mec vues derrière, tâches de rousseur
– vendeur des fruits du métro, gueule-de-cheval, celui qui hurle
- prénom E-tienne
- chier dans l'herbe verte
femme sur le trottoir dimanche, sabre le champagne et boit & bave sur les parechocs des bagnoles
pieds nus, perdue à St-La-zare.
- écrire le journal d'un autre (trouver nom fictif adé-quat comme « Guillaume Vis » mais mieux) pour y fixer mes hontes
- Cherchez le garçon

David Menear, Journal des sens Vol 1, p. 24.

lundi 21 juin 2010

Die terrified

J'ai les yeux secs, caressés par la craie. La tête trainée par terre sur un terrain stabilisé. Des épines de suie suspendues sous les paupières. Scotchées à l'envers. Attendent que l'oeil cligne pour éventrer la cornée. La banlieue de banlieue défile : je cherche des métaphores : j'en trouve.

homereyes.jpg

Le mois de juin est glacial : même à pieds, de St Lazare à Porte de Clichy, une demi-heure, Mappy collé au nez, je sue des sueurs froides. J'ouvre la fenêtre en arrivant au bureau une demi-heure en retard. Mon t-shirt noir dit : « I'd rather die terrified than live forrever » et je le pense. Je ferme la fenêtre en allumant l'ordi. Une voix téléphonée m'explique que d'homme à homme on se comprend pas, que je suis sûrement pas, moi, sur le terrain, que je suis sans doute derrière un bureau, que le terrain c'est sûr je connais pas. Je réponds oui je suis derrière un bureau. Oui je mets des croix dans des cases. C'est comme ça. Pas la première fois qu'on nous sort que le terrain on connaît pas, qu'on vit vraiment dans le virtuel. Je sais pas quoi répondre. Mon terrain à moi, ben c'est l'écran. Voilà ce que j'aurais envie de répondre. À la place je réponds rien. Je réponds pire : soit, ok.

Repris ce matin Isidoro, d'Audrey Lemieux. J'explique à P. le truc du livre. C'est une vision fictive de Lautréamont, je lui dis, une version homosexualisée. C'est tout ce que tu retiens ?, il me demande. Et je réponds non : c'est ce que j'ai bien envie de retenir. Ensuite P. plus là répond plus rien. Le mot correct aurait plutôt été « vampirisée », en fait. Ailleurs le texte éclabousse un peu de sang sur la chemise du voisin d'en face (train fuyant dans la banlieue de banlieue) : peut-être pas du sang (d'ailleurs), plutôt de la fraise ou du sirop (de fraise). En face de lui qui pionce ça sent la naphtaline : ça veut dire que ça sent bien vieux, pas forcément la naphtaline : d'ailleurs comment décrire l'odeur inconnue ? : simplement juste ça sent bien vieux et je décide de le savoir : ça sentira la naphtaline.

Coup de tête aujourd'hui, demain, repose. Mercredi relire encore la partie 1 et puis trancher. Faudra finir avant fin juin, ensuite passer à la 2.

dimanche 7 février 2010

Au diable


De : G.V.
À : N.J.
Cc: E.D.
Objet : Paris, etc.

Cher N.,

Me suis bien occupé de la p'tite, te la rends (j'espère) en bon état. Nous sommes trouvés 14h55 gare de Lyon sous les destinations, numéros de trains, numéros de quais, entre palmiers. Ensuite avons remonté boulevard Diderot et avenue Philippe Auguste jusqu'au Père Lachaise. N'avons pas vraiment vu les tombes connues mais n'avons pas cherché. À un moment vue de Paris depuis sommet, tombes et caveaux contre-plongé, la même que F. et moi et H. avions fixé plusieurs minutes il y a quelques années, mêmes arbres février, même gris du ciel et silence capitonné.

Nous avons marché plus de cent mètres, sommes à présent lessivés. Passé 17h enfermés dans un bar, retour Châtelet, au Diable des Lombards, proche Beaubourg, parlé de toi aussi un petit peu, mais pas trop. D'après E. les chiottes du Diable sont psychédéliques mais n'ai pas vérifié moi-même. Ai pris plusieurs photos de la petite, séance lumière tamisée mais visage toujours gommé-flou par ailleurs et aspiré derrière, rarement visible (vois par toi-même). Derrière nous couple d'étudiants première année philo qui dissertait concepts entre deux bières puis s'échangeait entre eux des vignettes dinosaures (« pas juste, tu m'as filé tous les herbivores »). E. s'est moquée d'eux et moi aussi un peu.

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Ensuite séparés 18h10, elle devrait te revenir dans le courant de la soirée. Prends bien soin d'elle.

Merci encore pour Psychose, hier.

À bientôt,

Guillaume

PS : E., j'ai vérifié dans le train ma série photos pour 17h34 du jour, navré de t'apprendre qu'une seule a prise, les autres buguées indéchiffrables, celle où tu grimaces avec les dents. Elle sera mise en ligne dimanche prochain, pensais qu'il valait mieux t'avertir.

jeudi 21 janvier 2010

100121

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Paris trop petit quand on marche : maintenant je m'en rends compte, maintenant je mesure au nombre de pas les mesures de la ville. Métro 13 bouché St Lazare, me faut marcher jusqu'à Brochant, presque sortir de la ville et tomber dans Clichy (dingue ici le nombre de ville qui se termine par l'y), vingt minutes, vingt-cinq minutes top max, via rue de Rome, puis boulevard des Batignolles et enfin avenue Clichy : c'est ma première unité de mesure des diagonales parisiennes. Idem trajet Louvre – Montparnasse, la tour comme compas plus loin dans les yeux, et autrefois, parcourant cette même distance en métro, je me disais que c'était immense ces lignes souterraines, immense et très loin, mais plus maintenant, puisque c'est sous les semelles à peine et que tout est connecté : Paris moins plan de Paris & métro mais panorama grignoté, carte réelle et non plus îlots de micro-cartes reliées entre elles par des câbles, des fils de couleurs et des couloirs invisibles.

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Dans RER du retour, l'homme à ma gauche les coudes aux corps sentait comme si, comme quand on débouche les effaceurs, on se rappelle, au collège (peut-être ça venait de son jogging).

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J'ai terminé hier Mes illusions donnent sur la cour, de Sacha Sperling et ce n'est pas un bon livre, pas un mauvais non plus, un peu comme la chanson Rue des cascades : assez plaisante, assez pénible. Je me souviens que Coup de tête est en pause, à reprendre : il serait temps.

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Au bout du quai à Pyramides, ligne 14, c'est terminus temporel : on y côtoie des affiches de films expiré(e)s depuis des années. À l'autre bout une pub pour les cent ans du Bus, dessus des évènements datés 2006, 2007. Et depuis dimanche, 17h34 est en panne : supprimé un dossier conf par inadvertance, genre de dossier qu'il vaudrait mieux pas. Depuis la plateforme se croît amnésique : Weblog not configured yet. Plus de deux ans de regards fixes, non pas disparus mais absents : toujours là, quelque part, mais manque le référent, celui qui fait le lien entre la base et la page, celui qui pointe la mémoire sur l'écran et retrace les intersections. En attendant réparation ou réinitialisation du système, je reste sans mémoire visuelle : suis littéralement planté sur mon quai à « attendre le prochain ».

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mardi 5 janvier 2010

Qu'est-ce qu'un logement. 65

q.gifJ'aime cette idée de texte évolutif : quand bien même arrêté dans le temps, figé sur support (papier, cristaux liquides, encre numérique ?), quand bien même percuté point final une bonne dizaine de fois, quand bien même quand bien même, le texte poursuit sa voix sans accord ni conscience. Le texte croît encore, encore un peu, au rythme d'un paragraphe tous les quatre ou six mois, dans un coin de crâne un peu ailleurs, zone pariétale sûrement bourrée de et si et autres pourquoi pas. Exemple : si Qu'est-ce qu'un logement. se poursuivait un soir de janvier glacial, voilà le fragment qu'il pourrait proposer (résolument un extrait de la troisième partie, ou troisième partie bis, identifiée C ou C' dans le labyrinthe) :
65

Au carrefour du silence et du froid, voilà mes habitudes : je compte mes clés. Je compte un, je compte deux, je compte mes doigts engourdis par dehors et la nuit, je compte en tout six anneaux sur mon porte-clé métal-décapité. Je compte :

1/ chez mes parents qui ne retournent plus mes appels ni ne décrochent quand je harcèle
2/ clé d'immeuble qui n'est jamais rentrée une seule fois dans la serrure : seul le digicode fonctionne
3/ clé d'ancien appartement si dure à copier, facile à tordre
4/ clé de mon ancien boulot que je n'ai jamais eu le luxe d'avoir, mon dernier jour excepté, venu seul au mois d'août célébrer mon départ
5/ porte d'une vieille salle de classe qui, vestige de mes vieux intérims, continue de puer pisse et plomb mélangés
6/ clé usb dont les données hackées ne servent plus aujourd'hui qu'à alourdir le trousseau

Au carrefour du silence et du froid, voilà ce que je fais. Compter mes clés. À présent la nuit tombe, il est temps de dormir. Un coup de pied dans le lampadaire rue Berger pour qu'il s'éteigne, je m'enroule dans mon carton La Poste et siffle entre mes dents un air qui ne me réchauffe pas. Mes potes au coin de la rue, gueules fripées, belle étoile : s'il faut, nous forcerons les Halles et squatterons les couloirs.

lundi 7 décembre 2009

Prétérition

pdg.jpgJe ne parlerai pas de mon premier jour chez PDG car il n'y a rien à en dire. Je suis arrivé à l'heure, ai pris ma pause à l'heure, suis reparti à l'heure. Les yeux derrière l'écran, je sais faire. L'écran est grosso modo le même qu'avant, peut-être un peu plus grand, et les bureaux idem, plus spacieux sans doute, plus confortables. Les visages traversés sont les mêmes, ils ont simplement d'autres traits, mais derrière les traits les mêmes personnes, caractères, tics et syndromes. L'entreprise est la même, elle ne rend pas exactement les mêmes services, ne vend pas les mêmes produits. D'ailleurs que vend-on ? Je ne sais toujours pas. Pour moi les produits manufacturés, importés, dédouanés, expédiés, livrés, ne sont que des références informatiques que je dois classer dans des suites de tableurs sans fin. Je n'ai pas d'image, de nom, de fiche qui puissent me permettre d'en deviner leur usage ou leur utilité. Je ne connais pas même leur prix, simplement leurs poids, et le coût transport qu'ils représentent, de la Chine vers la France et de la France vers la France (parfois la Belgique, l'Italie ou l'Espagne, mais c'est rare).

Je ne parlerai pas de mon premier jour chez PDG, mes collègues sont les mêmes sans en être, ils me parlent, me surveillent et m'encadrent, veillent sur moi, je suis le petit nouveau, je suis celui qui assiste, je suis celui qui corvée, qui assume, qui dit oui. Mes collègues sont les mêmes, j'aurais tout aussi bien pu ne pas changer de boite, ça n'aurait rien changé, justement. Mes collègues sont les mêmes, me voient comme un extra-terrestre sans doute, un de ceux qui lisent et qui ne parlent pas, un de ceux pour qui l'ambition professionnelle et les bonus de fin d'année ne représentent rien, un de ceux pas comme nous qu'on aimerait bien connaître mais qu'on ne sait pas par quel bout accrocher.

Je ne parlerai pas de mon premier jour chez PDG, je suis parti à l'heure. Montre en main, chronomètre, afin de savoir exactement où être et à quel heure franchir tel ou tel point de passage : déterminer pour plus tard les standards de transport et horaires subis quotidien, afin de savoir, justement pour plus tard, comment rentrer chez moi, et surtout quand, et surtout quels délais. Je ne suis plus aux portes des Halles dans un bureau minuscule, je suis dans un bureau de taille respectable, dans le 17e arrondissement, aux portes de Clichy, qui possède d'ailleurs, entre autres, un micro-ondes : je n'aurais plus à faire la queue devant les fast-food et boulangeries hors de prix de la rue du L.. Mes trajets sont donc minutés et je teste aujourd'hui montre en main mon premier essai retour : quel temps à l'entrée du métro ? Quel temps à St Lazare ? Quel temps à Invalides ? Quel temps à Orsay ? Quel temps Austerlitz ? Quel temps Oberkampf ? Quel temps Gare de Lyon ? Mon but dans les couloirs de métro comme face à l'écran Ubuntu de mon ordinateur au bureau : rentabiliser au mieux mes déplacements, c'est à dire mon temps, c'est à dire de l'argent. Aujourd'hui : retour porte à porte une heure trente sept montre en main : peux mieux faire.

jeudi 19 novembre 2009

Broutille

L'entretien de lundi 14h30 reporté ce matin 10h, commencé 10h15 peut-être, « j'ai horreur de prendre mes rendez-vous en retard mais », arrivé rue P., Paris 17e, une demi-heure plus tôt, je lui ai serré la main, il m'a serré la main, m'a présenté à quelqu'un dont le nom lui est tombé des lèvres et s'est perdu en route, « notre directeur financier », nous a fait asseoir, je me suis assis, regard au sol trainé, ses mains sentaient fort le gel antibactérien parfum pomme poire et donc les miennes aussi. « Je reprends rapidement votre CV et... », on connaît la suite.

Correction : j'ai sonné à l'interphone (initiales de l'entreprise PDG, troisième étage gauche) à 9h50 au moins, peut-être 9h47, une voix m'a dit « on descend », la porte déverrouillée, m'a emmené à l'écart, trois numéros plus loin dans la rue P. sur la droite, de là cinéma fermé, ouvert quand même, une salle obscure allumée rouge, « merci de patienter une minute, je vais chercher mon collègue et... », est reparti, m'a laissé dans cette grande salle vide. Appareil sorti entre deux yeux cachés : photo, photo, photo. Au fond, lettres détachées sous l'écran derrière le rideau : Défense de fumer. Il est revenu 10h15, 14 peut-être « j'ai horreur de », etc.

cinema.jpg

« On ne peut pas recevoir au bureau, la salle de réunion est occupée », j'ai dit bien sûr, mais ne suis pas dupe, s'agit là d'une fiction orale, le bureau n'étant sans doute pas assez présentable pour y accueillir un entretien, j'apprends au fil des mois à parler cette langue. Plus tard m'explique que ce cinéma dans lequel nous nous trouvons, allée déserte entre nos deux sièges rouges, face à face de trois quarts, directeur financier derrière, appartient à l'actionnaire majoritaire de PDG, lequel « possède le quartier ». Crâne secoué, acquiescement bête. « C'est plus pratique comme ça ».

Pas une fois son regard dans le mien, toujours en travers ou à côté, mais des croquis sur le papier, bien expliquer l'organigramme de l'entreprise et l'imbrication des sociétés les unes dans les autres. « Comment voyez-vous votre rôle dans l'entreprise ? » J'aimerais répondre que ma tâche préférée est celle « d'assister » : j'assiste particulièrement bien tout ce qui nécessite mon assistance, mais maquille ma réponse qui se détache dans des mots aléatoires : à force de répétition ces mêmes mots s'épuisent : répétez après-moi : assister, assister, assister, assister... Un pauvre imbécile secrétaire, je résume. Je suis, fidèle, le manuel du parfait postulant. Je suis souriant. Je suis disponible. Je suis motivé. Je travaille en équipe. Je mens sans sourciller.

On me décrit le poste mis en jeu et je m'y retrouve. Je me suis toujours senti à ma place dans la non-importance, mieux encore dans le vide d'entre deux chaises ou bureaux. « Ne pas croire qu'il n'y a pas possibilité de progresser dans l'entreprise, au contraire », mais ça ne m'irait pas. Je préfère le temporaire, l'indéterminé me rassure et le kleenex me va comme un gant.

Il traverse ses croquis, tourne les pages, tourne les yeux entre les sièges de l'allée voisine et l'écran. Je ne comprends pas réellement de quoi il parle, mains agitées pomme poire autour de lui, mais fasciné par sa propre passion pour du vide, ou ce que je crois être du vide, je l'écoute. Croquis, flèches, schémas. Slogans, modèles, business. Ces choses là je n'y suis pas. « C'est excitant de faire partie d'une équipe qui démarre, tout reste à inventer ». Absolument. Lui au moins est passionné par quelque chose qui ne se défait pas une fois tournée la tête : je l'envie, aimerais qu'un contact entre nous intervertisse nos personnalités et nos yeux : attendre que ce contact tombe sans pour autant y croire.

« Je crois que nous avons fait le tour. » On a fait le tour. « Nous vous tiendrons au courant. » J'attends votre appel. Poignée de mains pomme poire. « Avez-vous d'autres questions ? » Silence. Je n'ai simplement pas compris, au juste, quel genre de produits vend PDG et quel est, réellement, son utilité, mais broutille.

dimanche 15 novembre 2009

Monnayeurs

Peu avant l'épicentre de la Crise, celle qui s'écrit majuscule point d'exclamation, une entreprise de plus sans visage avait convié les foules à une distribution gratuite d'argent papier, heure où l'argent papier existait encore. Les foules ont traversé la ville en cortèges affamés, cortèges où les paroles disaient : « je crois plus au père noël, mais moi je crève la gueule écrasée par terre, je croirai ce qu'on me dira de croire ». Les cortèges ont gonflé avec le froid et les vapeurs buccales des corps toujours plus nombreux. Ils ont traversé les rues, longé le palais Brongniart, planté des drapeaux gorgés de A et de slogans rouges. Un écriteau de plus placardé sur les grilles, marqueur noir sur carton : « Sautez bande d'enculés ! ».

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La foule s'est arrêtée, tour Eiffel panorama arrière. Les premiers costumes-cravate ont défilé les poches vides pour des discours sans micro. L'argent déjà disparu, happé par les gouffres sans fond des grilles ouvertes et bouches d'égouts. Mouvement de foule, slogans hurlés : « on est là pour l'oseille », têtes décapitées défilées sur des pics, paupières cousues, langues arrachées, cravates nouées aux fronts poisseux couverts de sang. On a renversé des voitures. On a brisé des vitrines. On a piétiné « la gueule écrasée par terre » ceux qui crevaient déjà la gueule écrasée par terre depuis des mois de faim et de squelettes brisés. Les hommes en bleu ont dit : « il faut pas croire les promesses des autres ». Les hommes en bleu ont dit : « on va faire deux rangs, on tire à balles réelles ». Les slogans pleuvaient encore : « du sang ou du fric, du fric ou des morts ». Après l'émeute, les hommes en bleu encore, paroles soufflées dans leur radio crachée et leurs ondes saturées : « faites venir les agents d'entretien, c'est des pelleteuses qu'il faudrait ».

samedi 7 novembre 2009

Synthèse vocale

Ceci est un message du comité général de lutte contre la contagion des masses et la propagation sinistre des maladies infectieuses. newworldorder.jpg UN. Toujours non identifiés, les miasmes continuent de se propager. Chaque jour de nouveaux cas recensés dans les villes et provinces, chaque jour de nouveaux symptômes indétectables qui rendent difficile l'élaboration d'une classification précise et exhaustive des agents infectieux actuellement à l'oeuvre dans les populations. DEUX. Les recherches menées sur le terrain pour l'identification des miasmes n'ont pour l'heure apporté aucune réponse précise sur ces épidémies, leurs symptômes, ou leur traitement possible. TROIS. Les miasmes progressent malgré la prévention. Qui peut savoir comment ceux-ci se propagent est un menteur. Liste des cas de transmissions recensés, à ce jour : par contact de la peau, des muqueuses, frôlements, postillons, haleines, regards, pensées. Tout existe, tout mouvement est désormais susceptible de porter en lui les germes dégénérescents présents et à venir. QUATRE. Ne pas céder à la panique. Eviter les rassemblements de corps interdits. La parole orale est prohibée. Les contacts autorisés, sous réserve de plastification des peaux. Les grossesses actuellement en cours doivent être désamorcées jusqu'à nouvel ordre. CINQ. La parole orale est prohibée. SIX. Paradoxe, injustice. Personne ne peut vivre sans mot. Viendra le jour où le prochain mot, éclat de gorge, soupir, sera soufflé à nouveau sur les autres. Ce jour-là anéantira des mois de mutisme. Prévision : les parlants seront traqués, chassés et exécutés par les masses silencieuses. SEPT. Est-ce une vie pour nous autres habitants de ces ruines ? HUIT. Colère, révolte : pourquoi se plier à la fatalité du silence ? Pourquoi aucune solution n'a encore été inventée ? NEUF. Réponse, soulagement : ces solutions existent. La synthèse vocale, doublée d'une totale et sécurisante plastification des peaux, nous permet déjà de pouvoir briser notre silence, de rassembler à nouveau nos corps et nos âmes. DIX. Soulagement : ces solutions existent. Nouveaux artefacts de synthèse vocale vendus et manufacturés exclusivement par les lycanthropes dans votre ville. ONZE. Ces solutions existent. Nouveaux artefacts de synthèse vocale disponibles dès à présent au nouveau Forum des Trocs, place Carrée souterraine. Stock limité ! Prix à débattre ! Venez nombreux ! Ceci est un message du comité général de lutte contre la contagion des masses et la propagation sinistre des maladies infectieuses.
(Synthèse vocale via GhostReader)

lundi 19 octobre 2009

Chute mécanique

radio_genou.gifJ'ai manqué une marche, escaliers Gare de Lyon, pris le rebord sec sur genou droit : la marque de la marche est restée imprimée sur la peau. Une seconde arrêté le temps de me dire : putain de merde, temps de me demander : est-ce que quelqu'un m'a vu ? je suis remonté sur une jambe, me suis traîné jusqu'à la ligne 14. N'ai pas pu faire une station, me suis retenu de vomir sur les gens autour, ai dit pardon à ceux qui bouchaient la porte, un pardon que j'ai vu prononcé mais pas entendu, les visages autour ont viré flou et je suis tombé contre l'armoire électrique près du wagon de tête. J'ai pensé entre deux souffles : j'étais sûr que je tomberai quelque part et aussi : au moins j'ai pas bloqué le métro (c'était une peur primaire). Deux ombres sans tête m'ont demandé : vous voulez qu'on appelle les secours et j'ai dit oui. Un type est arrivé, m'a demandé qu'est-ce qui s'est passé ? et j'ai raconté. Allongé par terre dans un courant d'air devant les portes du métro je voyais rien, je voyais à peine la tête du type penché sur moi à qui je parlais, je voyais le néon plaqué plafond par dessus moi, me suis dit pendant dix minutes : cette photo tu devrais la prendre, mais l'ai pas prise, de peur que l'autre penché sur moi me dise : mais qu'est-ce que vous foutez ? Le type penché sur moi m'a demandé vous avez froid ? et j'ai dit oui parce que c'était vrai. Il a sorti la couverture allu et attendu à côté de moi que les pompiers arrivent. J'ai attendu avec lui en silence, en me disant : il doit penser que je n'ai aucune conversation et il aurait raison. Sur la droite j'aurais pu compter le nombre de métros entrants, portes ouvertes, corps vidés, échangés, portes fermées, métros sortants : au moins dix, au moins quinze, ce qui me donne vaguement une idée du temps qui passe. Le type penché sur moi m'a dit : vous êtes très pâle quand même, et je lui ai dit non, ça c'est normal.

Quand je suis parti avec les pompiers le type qui jusque là était penché sur moi, je l'ai loupé, je sais pas où il est passé, mais j'ai pas pu lui dire merci au revoir, ce qui était quand même la moindre des choses. On est parti à pieds, mon genou droit me faisait mal, on a pris les escalators. On a pris mon nom, mes coordonnées, ma tension, on m'a dit : vous êtes très pâle quand même et j'ai dit oui je sais, c'est normal. Arrivé devant l'Hôtel Dieu les pompiers ont roulé sur un pigeon et moi j'ai repensé au jour où j'avais accompagné N. à l'hôpital de Bellevue il y a trois ans.

Salle d'attente de l'hôpital, sur la télé fixée au mur ils passent un épisode de Bob l'éponge mais en allemand. J'appelle H. qui me dit j'arrive, je lui dis non, c'est idiot, tu vas pas venir pour ça, puis raccroche, tout en sachant qu'il viendra quand même parce qu'il aura écouté l'inverse de ce que j'aurais pu lui dire et il aura raison de le faire. Je suis pris en charge par une infirmière qui me transfère à Lucy Knight qui fait mon examen. Je raconte pour la cinquième ou sixième fois la même histoire, chaque fois différemment, me disant que chaque version sera archivée dans un rapport et qu'on pourra voir, en les compilant, l'évolution de la scène à mesure que la mémoire avale, déforme ou régurgite la ou les images originelles. Sur son écran d'ordinateur années 90 Lucy Knight écrit : chute mécanique, puis elle me dit je pense que vous avez fait une réaction vaso-vagale suite à la douleur et je lui dis oui, c'était aussi mon diagnostique. Ensuite Lucy Knight me transfère à un interne qui valide le diagnostique après successions d'examens identiques et questions idem. Je sors au bout d'une heure, parvis de Notre Dame. J'appelle H., lui dis ne vient pas, sinon on va se croiser. Je boite jusqu'au métro, puis boite jusqu'aux tapis roulants à Châtelet. Perdue au milieu de la foule une femme demande : can you help me please I don't speak french please alors je lui dis hi, how can I help you ? Je pensais qu'elle cherchait une direction et même si je ne sais pas trop où je me trouve je me dis que j'aurais pu l'aiguiller malgré tout, mais elle me demande de quoi manger et ça je n'ai pas. Je lui dis sorry I don't have any cash right now et c'est vrai, je n'en ai pas, puis je m'éloigne en boitant, rejoins le deuxième tapis roulant plus loin qui m'emporte.

samedi 10 octobre 2009

Lipogramme en accent circonflexe

Cause : clavier récalcitrant.
_EAE3DB.jpg Après départ de N. dans le Zuco de 21h03 l'homme a fait mine de s'en aller, j'ai fait semblant de prendre le Zuco moi aussi pour mieux remonter voie 3 le long du quai, puis boucle manquée avec la voie Z en face et nous nous sommes retrouvés l'un en face de l'autre à attendre le suivant. Il m'a dit vous l'avez pas pris ? et j'ai dit non et il a dit bien.


Le 21h12 est arrivé 21h17, nous sommes montés dans le deuxième wagon puis assis premier étage déjà bien clairsemé passé Gare du Nord, moi contre la vitre, lui en face contre le siège contre la vitre, jambes tendues entre, sourire écartelé sous les joues : celui-là est il est omnibus, il va faire toutes les gares, j'ai acquiescé, je vais moi, il a fait, jusqu'au bout de la ligne, yeux grands ouverts bien ronds puis sourire à nouveau, il a laissé filé quelques rires qu'il a ensuite toussé dans un mouchoir.

J'ai fait l'Afrique, il a dit, c'était y a longtemps mais je l'ai fait. Maintenant l'Afrique c'est ici, il a montré les visages éparpillés-fermés dans le wagon, on est les seuls blancs du wagon, j'ai dit ah, il a dit comptez, j'ai dit je vous fais confiance. Les militaires ont patrouillé le long du quai avec leurs FAMAS entre les mains, il a dit c'est la guerre, je lui ai dit c'est possible, je lui ai dit vous savez ce que c'est FAMAS et il a dit j'en ai monté démonté quand j'étais en Afrique, j'ai dit non je veux dire les initiales : Fusil d'Assaut de la Manufacture d'Armes de Saint-Etienne, c'est leur fierté là-bas, où ça il a dit ? à la manufacture, j'ai dit. Vous aimez ça les flingues ? il a demandé et j'ai dit non pas du tout.

On est sorti Gare de Lyon, bout du tunnel, il faisait nuit déjà, la fumée encore accrochée aux gorges des cheminées derrière la Seine. Marié ? j'ai demandé, il a dit non, moi j'ai vu oui, j'ai pas répondu. Le niveau des gamins d'aujourd'hui est merdique, il a repris, j'ai haussé les épaules, savent plus poser une division à virgule, je lui ai demandé : comment est-ce qu'on pose une division à virgule ? j'ai dit moi j'en sais rien. Si les futurs cadres connaissent pas les bases, il a fait en croisant les bras et j'ai dit je suis pas futur cadre, non, il m'a demandé ce que j'étais, je lui ai dit je suis un futur que dalle et j'ai pas mon bac alors. Il a dit vraiment ? pourtant on dirait pas, j'ai fait je présente bien c'est pour ça, il a acquiescé les deux bras croisés, les yeux bien ouverts.

La nuit c'était pas vraiment la nuit, l'orage nappé plus loin à l'horizon, les lumières crépitées autour c'était pas des immeubles, des avions, mais des banlieues entières qu'on traversait sans plus rien se dire. Pendant cinq minutes il a pas parlé et moi non plus. Texto reçu de N. dans la poche droite

et il travail dans une clinique ct sur sa veste ptet qui sen est échappé non ?

il m'a demandé c'est votre copain et j'ai dit non enfin oui, je sais plus dans quel ordre. Je lui ai demandé vous bossez dans une clinique et il a dit oui, moi j'ai vu non, j'ai pas donné suite. Vous faites quoi ? lui il a dit et moi j'ai dit rien, j'ai dit j'attends qu'un truc arrive, il dit c'est pas sérieux, j'ai dit j'en parlerai à mon conseiller ANPE, et il a dit oh avec eux on est plus bons qu'à rien faire, tous ces pédés, j'ai demandé quels pédés ? et il a dit tous.

Les noirs sont descendus en masse à E. ou C. ou entre, il a dit faut s'éloigner de Paris pour retrouver de l'air, j'ai répondu moi je suis asthmatique, il a dit pour de vrai ? j'ai dit si on veut. Il m'a dit j'ai des problèmes de santé, j'ai fait ah bon ? Genre grave ? Grave, il a répondu. Tous les mois le toubib me fout à poil et me touche, tous ces pédés. J'ai demandé quels pédés ? et il a dit tous. C'est quoi comme maladie ? j'ai dit et il a fait genre j'en sais rien. Ca doit bien avoir un nom, j'ai fait, et il a dit eux ils me disent que j'ai rien mais ils mentent et je sais. Tous les mois je vais voir un toubib différent qui me... Tous ces pédés, j'ai dit, et il m'a dit qui ça ?

Le 21h17 censé partir des Halles 21h12 est arrivé Y. 22h22 censé repartir 22h16, la voix synthétique a dit le nom de la gare et moi j'ai dit c'est là que je descends maintenant tu peux enlever ta main de ma cuisse ? merci.

dimanche 4 octobre 2009

Exit

Ce vendredi retour sur les lieux du crime, un mois plus tard. Entretien d'embauche infructueux dans un cabinet rue Montesquieu. Même train, même station, même Châtelet, même heure d'arrivée. Même Halles brièvement traversées. Mêmes clodos disséminés, ont simplement changé de place depuis que moi, au quotidien, je ne les croise plus. Je ressors rue Montesquieu

AGENT DE CLASSEMENT "JOB" H/F 
X RECHERCHE ETUDIANT(E) POUR CLASSER ET METTRE A JOUR LES COLLECTIONS JURIDIQUES DES NOTAIRES ET AVOCATS. EXCELLENTE PRESENTATION, PONCTUALITE RIGUEUR ET METICULOSITE. PLANNING A CONVENIR DU LUNDI AU VENDREDI
SALAIRE HORAIRE : 9,50 Euros (62,32 F)
+TICKETS REPAS

avec la certitude de ces jours où les fiches ANPE traversées ne me motivent pas, de ces jours où je ne présente pas bien devant les recruteurs, de ces jours où je me saborde tout seul, consciemment ou non. Poignée de main, salut, au-revoir, on vous rappellera. Je garde mon téléphone entre les doigts (il est 9h40) et je dévie vers Saint-Germain pour y occuper une partie de ma journée. Ne pas être venu uniquement pour le plaisir de repartir. Ne pas, non plus, lever la tête le long de la rue du L. et me dire : et si, et si, et si.

Assis terrasse rue de Seine je regarde le temps – les corps, carcasses de voiture pas encore désarticulées – passer. Ipod éteint, Exit music (for a film)

N'ai jamais vraiment écouté ni aimé Radiohead, domaine musical réservé par mon frère, mais à cet instant oui.

Je ne me suis jamais permis de lorgner vers ses territoires car beaucoup plus tôt sans doute l'avais trop fait. C'est pour cette raison que jamais ô grand jamais je n'écouterai réellement Radiohead ni Nirvana d'ailleurs. Exit music (for a film) et même Lucky font exception, le second utilisé dans la bande originale de Six Feet Under (saison 4, feu de joie), le premier générique de fin de Romeo + Juliette revu hier avec plaisir : film idolâtré d'adolescence que moi je n'avais pas vu à l'époque mais bien des années plus tard comme le veut la formule.

résonne encore (quelque part). Je suis parti pour prendre des notes mais n'écris rien. Noter où, noter quoi ? Je ne lis pas non plus : depuis un mois je lis mal. Me lancer encore dans la Biographie comparée de Jorian Murgrave m'effraie : il y a trop de murgrave, je m'y perds. Devant, autour, foule de corps éparpillés qui crépite, comme un samedi pratiquement, je compte les jambes, les bras, les troncs sans tête, les lunettes énormes plaquées larges sur les visages qu'on ne voit plus. Je compte et j'oublie de poursuivre les chiffres à mesure que. Je vois tartinées sur les trottoirs les vitrines de mode effervescentes : je dessine en blanc sur blanc quelque part dans ma tête les schémas préparatoires d'un nouveau type de mannequins plastique sur lesquels ils pourraient étaler des pièces de tissu acrylique : des charognes dépecées, cadavres décapités ou écorchés bien mis

EXCELLENTE PRESENTATION RIGUEUR ET METICULOSITE

ne pourraient-ils pas présenter à merveille les nouvelles tendances ou futures ringardises ? Sur la table d'à côté les conversations qu'on épie sans jamais tourner la tête, nouveau croquis qu'on prend sans prendre, qu'on garde en tête.
Croquis #15

terrasse Haagen Dazs rue de S., cocottes bobo, carafe Ricard : ''je suis pas raciste, mais''
Je compte ensuite le nombre de clavicules visibles malgré les degrés en moins et le vent soufflé entre les rues. Peau découverte sous le nombril, entre les reins, lorsqu'ils passent le bras par dessus l'épaule. Poitrine ouverte, t-shirt plaqué lin bien découpé, forme des hanches, masculin-féminin entre les ombres. Souvent ils traversent juste, ne restent pas. Moi même, je ne reste pas. Rentrer tôt pour avoir la possibilité d'écrire et ne rien en faire, rentrer tôt le soleil encore ambivalent par dessus les wagons dans le train du retour. J'y reprends Volodine. Demain nuit blanche.

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