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mercredi 11 novembre 2009

Paul Auster, Invisible

Un livre par an : Paul Auster est prolifique. Son dernier roman, Man in the dark (ou Seul dans le noir pour la traduction française chez Actes Sud) m'avait laissé sur ma faim, déçu. Avec ce nouveau titre assez mystérieux, Invisible, qui se lit bilingue de la même façon en anglais et en français, Auster rompt avec l'univers un peu décalé (j'ai envie de dire intracrânien) qu'il a développé dans ses deux derniers livres pour revenir à une intrigue plus classique. Le livre aurait aussi bien pu s'appeler 1967.

invisible.jpg

Invisible est peut-être le petit frère mort-né de Moon Palace : imaginons ce qu'il aurait pu être s'il avait vécu. L'intrigue est découpée en quatre parties, le livre est lui-même un exercice de style. Le début est complètement académique, c'est à dire qu'il déçoit : on y découvre un nouveau double de Paul Auster lui même, Adam Walker, jeune étudiant de Columbia à la fin des années soixante. Ce jeune homme fait une rencontre qu'il ne devrait sans doute pas faire. S'en suit un pacte faustien, des péripéties. L'élément perturbateur est un meurtre qui arrive trop vite et repart rapidement. La violence de l'instant déforme ensuite la suite de la trame narrative. Une soixantaine de pages inaugurales sans grand génie qui ne semble pas vouloir chercher grand chose.

Ensuite la véritable structure du roman se met en place. L'auteur ne semble pas très intéressé par ses personnages et ne prend aucun scrupule à les éclater pour mieux installer son projet de narration difforme. Auster renoue ici avec les récits dans le récit, les digressions fictionnelles et surtout joue avec les points de vue, ce qu'il n'avait peut-être plus fait (aussi bien en tout cas) depuis Ghosts (Revenants), deuxième récit de la Trilogie New-Yorkaise. L'histoire se déroule, fragmentée, syncopée, elle plonge le lecteur dans une situation d'entre-deux très stimulante : où est l'histoire racontée, qui raconte, quand commence et quand se termine telle ou telle digression, qui sont les personnages présentés ? Invisible (roman au titre mystérieux qui présente en réalité la figure ambigüe de l'auteur de fiction : à jamais absent du récit mais en même temps omniprésent) est aussi (surtout) un roman sur la fiction elle-même, sa difformité, sa monstruosité (d'où le rapprochement avec Moon Palace esquissé précédemment).
As for the names, they have been invented according to Gwyn's instructions, and the reader can therefore be assured that Adam Walker is not Adam Walker. Gwyn Walker Tedesco is not Gwyn Walker Tedesco. Margot Jouffroy is not Margot Jouffroy. Hélène and Cécile Juin are not Hélène and Cécile Juin. Cedric Williams is not Cedric Williams. Sandra Williams is not Sandra Williams, and her daughter, Rebecca, is not Rebecca. Not even Born is Born. His real name was close to that of another Provençal poet, and I took the liberty to substitute the translation of that other poet by not-Walker with a translation of my own, which means that the remarks about Dante's Inferno on the first page of this book were not in not-Walker's original manuscript. Last of all, I don't suppose it is necessary for me to add that my name is not Jim.
Westfield, New Jersey, is not Westfield, New Jersey. Echo Lake is not Echo Lake. Oakland, California, is not Oakland, California. Boston is not Bston, and although not-Gwyn works in publishing, she is not the director of a university press. New York is not New York, Columbia University is not Columbia University, but Paris is Paris. Paris alone is real. I managed to keep it in because the Hôtel du Sud vanished long ago, and all recorded evidence of not-Walker's stay there in 1967 has long since vanished as well.

Paul Auster, Invisible, Henry Holt and Company, P.260-261.
Invisible a les défauts de ses qualités : la structure du récit étant très agressive, l'intrigue elle-même s'en trouve ramollie. On ne se passionne pas vraiment pour les destins croisés des personnages. Les retournements de situation n'en sont pas, les situations elles-mêmes sont relativement peu crédibles, puisqu'appartenant uniquement au domaine de la fiction. Comme Moon Palace avant lui, Invisible trouve le moyen de ne rien raconter, d'explorer du vide, tout en noyant le texte sous une profusion d'éléments, de micro-histoires enchaînées les unes aux autres, enchâssées les unes dans les autres. La fiction étant un univers où tout est malléable : tout, dans ce roman, est bien malléable.

Le texte n'en est pas moins agréable et l'histoire plaisante à suivre. Mais le récit principal est lui-même complètement désamorcé par l'ambiance générale du roman. On aurait tout aussi bien pu imprimer le mot Fake sur la couverture, puisque tous les efforts du texte convergent vers ce point fondamental dans l'Oeuvre de Paul Auster : la fiction s'érige comme falsification du monde, c'est la fameuse dualité « Le monde est dans ma tête, mon corps est dans le monde » qui est ici mise en pratique, une nouvelle fois.
And so it happens that one afternoon, just two weeks after you earned your job with the only perfect test score of the annals of pagedom, as you find yourself on yet another shelving foray, working in an aisle of medieval German history, you are half starled out of your wits when someone taps you on the shoulder from behind. You instinctively wheel around to confront the person who touched you (…) and there, much to your relief, is Mr. Goines, looking at you with a sad expression on his face. Without saying a word, he lifts his right hand into the air, crooks his forefinger at you, and with an impatient, wiggling gesture beckons you to follow him. The little man waddles down the aisle, turns right when he comes to the corridor, walls past one row of shelves, then a second, and makes another right turn into an aisle of medieval French history. You and your cart were in the aisle hust twenty minutes earlier, shelving several books on life in thenth-century Normandy, and sure enough, Mr. Goines goes straight to the spot where you were working. He points to the shelf and says, Look at this, and so you bend down and look. At first, you fail to notice anything out of the ordinary, but then Mr. Goines pulls two books off the shelf, two books separated by a distance of about twelve inches, with three or four books standing between them. Your supervisor shoves the two books close to your face, maling it clear that he wants you to read the Dewey decimal numbers affixed to the spines, and it is only then thath you become aware of your error. You have reversed the placement of the books, putting the first where the second should be and the second where the fisrt should be. Please, Mr. Goines says, in a rather supercilious voice, don't ever do it again. If a book is put in the wrong place, it can be lost for twenty years or more, maybe forever.

P.101-102.
Dans Invisible, Paul Auster s'amuse aussi à enfoncer les clichés (cf. l'extrait ci-dessus) et à jongler avec ses propres récurrences : sa fameuse « musique du hasard » mais surtout celle de l'écrivain qui assume le fait de ne pas être lui, qui utilise des astuces pour distribuer son identité dans ses livres (lire le passage où le narrateur déclare qu'il arrive parfois qu'un auteur donne son nom à l'un de ses personnages, faisant directement références à Cité de verre, le premier volet de la Trilogie New-Yorkaise). Il s'amuse également avec la notion même de récit, car tous les éléments mis en ordre dans ce livre sont des récits eux-mêmes : l'intrigue principale, bien sûr, mais aussi le récit cadre qui voit un Auster-bis recoller les morceaux des différents puzzles, les témoignages des différents personnages, les uns à la suite des autres, et, également, toutes les suppositions faites, les non-dits, les fantasmes laissés entre parenthèses. Tout est récit, tout est fiction, y compris chaque parole prononcée (profusion de dialogues dans ce livre) : celle-ci n'étant qu'un mensonge de plus à la face du monde, une démonstration parfaite de la subjectivité de chacun qui prend forcément part à la fameuse « multiplicité des points de vue ». C'est aussi une fiction qui ne prendra jamais fin : on ne peut pas être sûr. On raconte des histoires, dans tous les sens du terme. On invente. L'affabulation fait aussi partie du récit. Le roman se perd justement « dans l'invisible », comme découpé en petits fragments qui deviendront ensuite poussière, puis rien du tout.

Invisible est l'envers de Man in the dark : décevant et anodin au début, vaste et plein de possibilités à la fin. Il s'agit d'un véritable thriller, thriller qui ne dévoile rien, sinon un jeu permanent d'auteur-lecteur sur les conteurs, les manipulateurs de la fiction. Celui-ci prend forme, notamment, grâce à la multiplicité des points de vues et des techniques de narration (passage du je au tu au il au elle, très ingénieux). Reproche que l'on pourrait faire à ce livre : écrit trop vite, peut-être pas réellement complet. Mais dense et vide à la fois, comme Moon Palace avant lui. J'aime ce paradoxe.

vendredi 5 septembre 2008

Paul Auster, Man in the Dark

Je chronique rarement le dernier Auster à reculons. Aujourd'hui si. Man in the dark, sorti en août dernier (tout chaud), pas encore traduit du coup (parution française d'ici janvier 2009 chez Actes Sud). Le dernier Auster donc. Coincé entre le Scriptorium et le futur « dernier Auster ». Même gabarit que le dernier « dernier Auster » d'ailleurs : un peu moins de deux cent pages. Je n'en avais lu aucune critique par choix. Je voulais débarquer en terre inconnue. Chose faite. Comme Owen Brick j'ouvre les yeux sous la surface du sol.



Man in the dark (littéralement Homme dans le noir ou Homme dans la nuit) c'est un homme coupé en deux en réalité. Le narrateur est un vieil homme, il vit dans une maison en deuil, celle de sa famille. Il vit chez sa fille, seule depuis son divorce plusieurs années plus tôt. Lui-même ne peut plus vivre seul (sa femme décède plusieurs années plus tôt, bis) à cause d'un accident de voiture qui lui coute sa mobilité et son autonomie. Sa fille l'accueille d'autant plus volontiers chez elle que sa propre solitude devient invivable. Ils sont bientôt rejoint par sa petite-fille, en deuil de son petit ami, mort en Iraq. Maison du deuil, donc. Puissance trois.

Dans cette maison du deuil, l'homme dans le noir ne dort pas ou si peu. Il s'allonge dans le sombre de son titre et garde les yeux ouverts. Pour occuper le temps dans sa tête (le monde est dans ma tête, mon corps est dans le monde, plus que jamais vrai dans ce livre) il s'imagine des histoires qui n'existent que pour lui faire oublier qu'il est un homme dans le noir. L'une de ces histoires fait irruption dans le récit. Le récit devient comme l'homme au centre du livre : coupé en deux. D'un côté ce corps allongé dans la nuit, de l'autre, un personnage plongée au cœur d'une fiction qu'il ne comprend pas. Ce personnage se réveille allongé dans un énorme trou creusé pour lui sans savoir ce qu'il fait là. Le narrateur accouche alors d'un second homme dans le noir. L'incipit (résolument l'un des plus percutant d'Auster malgré son immobilité totale) parle de lui-même.
I am alone in the dark, turning the world around in my head as I struggle another bout of insomnia, another white night in the great American wilderness.

Je suis seul dans le noir, à retourner le monde dans ma tête, à luter contre une autre crise d'insomnie, un autre nuit blanche dans la grande Amérique sauvage. (traduction personnelle et bancale as usual)
La première partie du roman se déroule de la façon suivante. Auster alterne les pages, et les personnages avec. Dix pages au cœur des pensées du narrateur, ses souvenirs, ses errances dans le passé et la reconstruction des situations familiales qui ont conduit à ce moment précis, puis dix autres pages centrées sur la fiction, l'uchronie (l'histoire dans l'histoire est celle d'une Amérique parallèle en pleine guerre de sécession), le personnage au cœur de l'uchronie. L'équilibre est scrupuleusement maintenu. C'est ce qui fait le sel du livre. Auster y décline ses thèmes de prédilection habituels, mais cette fois ci avec une noirceur, une cruauté (vis à vis de son pays, de son époque, de son art) qui vont chercher au-delà du Scriptorium (qui était certes un livre très intéressant mais qui ratait presque le coche en teintant ses pages de fan service littéraire, un texte totalement opaque et inaccessible au néophyte). Cet équilibre narration/narration dans la narration se maintient pendant une centaine de pages, soit la moitié du livre et puis patatra. Le livre se coupe en deux à son tour.

Une fois l'équilibre rompu, une très désagréable impression de tâtonnement se fait sentir. L'impression, aussi, qu'Auster dirige son récit au fil de la plume, sans autre fil directeur que celui de l'humeur du moment. Le syndrome Martin Frost se répète, cette fois dans l'un de ses livres. L'impression de pouvoir lire dans les pensées de l'auteur au moment où : « il me reste cent pages, qu'est-ce que je vais bien pouvoir raconter ? » L'impression que l'auteur, comme le lecteur d'ailleurs et même le narrateur, à qui l'on fait jour un rôle bien ingrat, perd son temps. S'en suit alors une ribambelle d'anecdotes, certes agréables, certes sympathiques, mais qui n'ont strictement rien à voir avec la première moitié du livre (ou si peu). Auster laisse discuter ses personnages sans aucune direction d'acteur (syndrome Martin Frost, bis) et c'est péniblement que l'on se réjouit d'en être arrivé au bout. Entre temps, Man in the dark sacrifie tous les espoirs que la narration laissait entrevoir durant la première moitié du livre. Car cette première moitié est véritablement brillante : peinture pertinente d'une époque sens dessus dessous, des pages noires d'un monde de terreur permanente, un monde sans avenir, un monde qui ne dort pas, un monde qui fantasme des meurtres en série, un monde qui en rêve d'autres pires encore ; un monde dans le noir. Puis le soufflet retombe. La fin s'écoule sans passion, sans génie.

Man in the dark n'est pas en soi un mauvais livre, c'est un livre raté. The Brooklyn Follies, l'avant dernier « dernier Auster » n'était probablement pas plus intéressant que cette deuxième moitié lacunaire, simplement avec Brooklyn Follies Auster avait eu l'honnêteté d'assumer une fiction de pure divertissement, anecdotique et agréable sans aller chercher plus loin. Notre homme dans le noir, lui, se met à rêver d'ambitions qu'il ne peut concrétiser, il nous promet un chef d'œuvre qu'il n'est pas capable de produire. Cruelle déception.

[Article également disponible sur Culturopoing]

lundi 17 décembre 2007

La vie intérieure de Martin Frost

La vie intérieure de Martin Frost, dernier film de Paul Auster, ne passait cette semaine que dans quatre salles en France. Quatre, c'est tout. Et parmi ces quatre, un cinéma du Mans, notre ciné, disons, habituel. Quelle chance, n'est-ce pas ? Et tant pis si la critique est négative, tant pis si ça ressemble à un accident de parcours, c'est un film de Paul Auster, il devrait bien y avoir quelque chose à en retirer. C'est du moins ce qu'on (ce que je) peut (peux) légitimement croire avant de gagner le cinéma en question. Et quand on arrive, le type à la caisse, parlant avec un client régulier peut-être des films du jour : « Y a La vie intérieure de Martin Frost, un navet... un film de Paul Auster ». Le ton est donné.



L'idée de départ était pourtant intéressante : prendre dans Le livre des illusions, roman d'Auster de la fin des années quatre-vingt dix, un des films d'Hector Mann, personnage fictif, que décrit le narrateur. Un film que personne ou presque n'a vu, décrit en quelques pages qui m'avait laissé une très bonne impression. L'idée de départ : réaliser le « film dans le livre » d'un personnage fictif, c'était pour moi une idée vraiment pertinente. Peut-être parce que je croyais naïvement qu'Auster s'évertuerait effectivement à réaliser ce film là, celui de son personnage. Mais non : mésentente. En réalité, Auster s'est évertué à réaliser une merde qui devrait (en tout cas je l'espère !) sceller une bonne fois pour toute son destin cinématographique.

Martin Frost (David Tewlis), « écrivain à succès », se retire quelques jours dans la maison de campagne de deux de ses amis histoire de se ressourcer après l'écriture de son dernier « roman à succès ». Bien vite, pourtant, une nouvelle idée viendra le titiller, suffisamment pour le pousser à interrompre ses vacances et se remettre au travail : une histoire courte, quarante pages maximum. Les problèmes arrivent le lendemain lorsqu'à ses côtés, à son réveil, il découvre cette femme, Claire (Irène Jacob) avec qui il vient vraisemblablement de passer la nuit. Après quelques minutes de quiproquo poussif, ils décident de se partager la maison et de cohabiter. Et, accessoirement, de « tomber amoureux ». Les choses se corsent lorsque Claire commence à tomber malade, et son état empire à mesure que Martin achève son histoire... Voilà pour les grosses lignes du scénario.



Difficile de savoir par où commencer quand un film, comme celui-là, est mauvais de la tête au pied. Commençons peut-être par le problème numéro un, le plus handicapant : Auster ne réalise pas un film, il fait gigoter ses acteurs devant une caméra et fait semblant de confondre littérature et cinéma. L'écueil le plus agaçant l'est d'autant plus qu'il est quasi omniprésent : le film est soutenu par une voix off qui fait (très mal) la narration. Pas une narration cool à la Fight Club, non, il s'agit d'une narration à la troisième personne du genre : c'est alors que Martin décida de sortir une vieille machine à écrire du placard et de se mettre au travail alors même qu'à l'écran, on voit Martin sortir une vieille machine à écrire du placard et se mettre au travail. Pour un spectateur qui naïvement croyait pouvoir tirer quelques bons moments d'un film qu'il sait d'avance moyen, c'est assez gênant de constater comme ça, dès le début, l'énormité de son erreur.
Le constat est identique pour les acteurs : tous (il n'y en a que quatre) sont très mauvais ou bien très mal dirigés ou bien les deux. Les dialogues eux-mêmes sont mal écrits (qu'est-ce que c'est que cette manie, Paul Auster, de ponctuer chaque réplique du nom du personnage à qui elle s'adresse, hein, dis-nous, Paul Auster ?), on se croit dans un mauvais téléfilm sans même avoir l'excuse de blâmer la version française puisque c'est de la VO dont il s'agit. Le scénario lui-même est d'une naïveté sidérante (naïveté dans le mauvais, très mauvais sens du terme !), rien à voir avec ce film à peine esquissé entre les pages du Livre des illusions, il s'agit là d'une fable affligeante sur la création artistique et on ne comprend pas qu'un créateur chevronné comme Auster ait pu tomber dans des maladresses pareilles. Irène Jacob, dans son rôle de femme mystérieuse est pathétique et le « truc » qui permettait de résoudre le mystère du scénario original devient ici un quiproquo transparent et ridicule à souhait. Et je passe sur les ralentis affligeants, et je passe sur la musique agaçante à souhait et je passe sur les ellipses foireuses et les fondus au noir gênants. Et je passe sur le rôle sur mesure créé pour Fifille (Sophie Auster) qui montre à tout le monde (enfin, ceux qui auront vu le film) comment elle chante bien et comment elle joue bien histoire de pourquoi pas lui trouver du boulot après... Et je passe sur les transitions aberrantes où l'on se retrouve à observer une machine à écrire modélisée en 3D qui lévite et roule à la fois.



Incompréhensible accident de parcours que cette Vie intérieure de Martin Frost. D'un matériau de base intéressant (ce film décrit dans le Livre des illusions), Auster bâtit une première partie excessivement médiocre. La seconde est, elle, un désastre embarrassant, surtout quand, comme moi, on apprécie beaucoup le monsieur en général. De toute évidence, l'équipe du film n'avait pas prévu d'aller au-delà de cette première partie (qui correspond à deux ou trois choses prêt au scénario d'Hector Mann) et s'est lancée au hasard dans des directions farfelues et niaises à souhait histoire de boucler le travail (la fin, mon Dieu, la fin, mais quelle horreur !). Et dire qu'il y a quelques années, Auster déclarait dans je ne sais plus quelle interview qu'il ne souhaitait plus faire de cinéma... Il aurait été sage de suivre ton souhait de l'époque, Paul Auster... (Au passage, je vous livre ici la bande annonce : en VO sous titré espagnol parce que j'ai pas trouvé autre chose)



Un seul mot pour conclure vite vite vite et vite vite vite en finir avec cette chronique qui m'agace : affreux. Vraiment.

[Article également disponible sur Culturopoing]

dimanche 7 octobre 2007

Mal du langage

Moreau choisi de ma lecture du moment : Faim de Knut Hamsun (et non « La faim » comme on trouve dans d'autres traductions françaises, mais qu'importe). Le passage correspond probablement à l'un des gouffres du roman, il fait suite à une crise du mal-être du narrateur, affamé, comme le suggère le titre et qui, après avoir inventé un mot tout à fait arbitrairement, mot qui révèle ensuite le non-sens qu'il porte en lui, se voit confronté à un accès de folie.

J'ouvris les yeux. Comment les garder fermés d'ailleurs, puisque je ne pouvais dormir ? Et la même obscurité régna autour de moi, la même éternité noire et insondable contre laquelle ma pensée se cabrait sans pouvoir la saisir. A quoi donc pouvais-je la comparer ? Je faisais les efforts les plus désespérés pour trouver un mot qui fût assez noir pour caractériser cette obscurité, un mot si terriblement noir qu'il pût me noircir la bouche lorsque je le prononcerais. Seigneur Dieu, comme il faisait obscur ! Et de nouveau je fus amené à penser au port, aux bateaux, aux monstres noirs qui m'attendaient. Ils m'aspireraient vers eux, ils me tiendraient ferme et vogueraient avec moi par terres et par mers, à travers des états obscurs que nul être humain n'a vus. Je me sens à bord, attiré vers l'eau, plantant dans les nuages, descendant, descendant... Je pousse un cri rauque, d'angoisse, et me cramponne au lit. J'avais fait un dangereux voyage, j'étais descendu à travers les airs, dans un bruissement, comme un paquet. Comme je me sentis libéré lorsque je frappai de la main le lit de camp dur ! Mourir, c'est ça, me dis-je, maintenant tu vas mourir ! Et je restai allongé un petit moment en réfléchissant à cela : que maintenant, j'allais mourir. Alors, je me dresse dans mon lit et je demande sévèrement : qui a dit que j'allais mourir . Si c'est bien moi qui ai découvert le mot, je suis tout à fait dans mon droit de décider moi-même ce qu'il doit signifier... j'entendais bien que je délirais, je l'entendais encore tout en parlant. Ma folie était un délire de faiblesse et d'épuisement mais je n'avais pas perdu connaissance. Et la pensée me traversa soudain le cerveau que j'étais devenu fou. Saisi de terreur, je sors de mon lit. Je vais en chancelant jusqu'à la porte que j'essaie d'ouvrir, je me jette deux ou trois fois contre elle pour la faire sauter, je me cogne la tête contre le mur, je gémis tout haut, me mords les doigts, pleure, jure...

Knut Hamsun, Faim, La Pochotèque, P. 86.
Et, comme mise en perspective, un extrait d'article critique de Paul Auster tiré de L'art de la faim le bien nommé avec, principalement, une réflexion sur ce « mal du langage » dont souffre le héros de Hamsun.

Il [le narrateur] perd tout – jusqu'à lui-même. Qu'on atteigne le fond d'un enfer sans Dieu, et l'identité disparaît. Ce n'est pas par hasard que le héros de Hamsun n'a pas de nom : avec le temps, il se retrouve véritablement dépouillé de son identité. Les noms qu'il choisit de se donner sont pures inventions, imaginées dans l'inspiration d'un instant. Il ne peut dire qui il est car il ne le sait pas. Son nom est mensonge, et avec ce mensonge la réalité de son univers disparaît.
Il s'efforce de percer l'obscurité que la faim a créée autour de lui, et ce qu'il découvre est absence de langage. La réalité est devenue pour lui un désordre de noms sans objet et d'objets sans nom. Le lien entre l'individu et le monde est brisé.

Paul Auster, « L'art de la faim » dans L'art de la faim, Actes Sud Thesaurus Vol 2, P. 483.

samedi 22 septembre 2007

La question de la fiction dans Moon Palace

Vous ne me verrez pas souvent mettre en ligne ici des extraits de mes productions purement scolaires de divers travaux que j'ai eu à rendre durant mon "parcours universitaire". Je ferai pourtant une exception avec celui-là : il s'agit de mon unique travail libre que j'ai pu rendre durant mes cours de fac : un "mini-mémoire" que j'ai pu orienter grosso modo comme je le voulais (j'en ai aussi commis un sur Barthes mais celui-là je ne vous l'imposerai pas !), sur le livre que je souhaitais et sur un thème choisi par mes soins. J'ai choisi Auster : Moon Palace et j'ai choisi de m'intéresser à la "question de la fiction" (vaste problème). Le mini-mémoire en question est assez bref : une quinzaine de pages (grosse police, et encore, il a fallu que je gruge avec les restrictrictions formelles pour en arriver là !), de la taille, j'imagine, de ce qu'on peut appeler un "article".
A la base, je ne souhaitais pas le mettre en ligne ici, jugeant que ce n'était pas vraiment sa place. C'est pourquoi je l'avais proposé, en juin dernier, à l'Austerblog qui avait accepté de le prendre. Et puis, entre temps, l'Austerblog est tombé dans une curieuse phase de léthargie non actualisée, du coup, je le publie ici. Le texte est au format PDF, non pas que j'apprécie personnellement le format, mais pour respecter la forme paginée du mini-mémoire et donc permettre l'échelonnement des notes de bas de pages. C'est sans doute plus pratique et plus lisible qu'une simple page html et en plus ça m'évite d'avoir à le remettre en page...

Bref, voilà donc le mini-mémoire en question avec, pour les indécis et les moteurs de recherche, l'introduction recopiée ci-dessous... Pour lire mon article de base sur le livre, c'est ici, et pour lire le livre, c'est là.

S'illustrant surtout dès la fin du XXe siècle, Paul Auster semble suivre une tradition postmoderne américaine, se manifestant avant tout comme l'écrivain des contingences et du hasard, s'interrogeant toujours dans ses romans dans la relation que l'on peut entretenir avec le réel, et la place de la fiction dans le monde. Moon Palace1, « premier roman, mais écrit plus tard2 », fait figure d'oeuvre centrale dans la progression d'Auster, car c'est sans doute celui qui interroge le plus pertinemment la question de l'imbrication réel/irréel. Ce roman qui, a priori, semble s'ancrer dans la plus pure tradition littéraire (tradition américaine d'abord et tradition du roman d'initiation, ensuite) développe finalement une fiction à la double réverbération : on y découvre l'évocation d'intrigues entrelacées et l'émergence d'un discours parallèle sous-jacent qui tient plus de la méta-littérature. Mais surtout, Moon Palace redéfinit le rapport à entretenir avec la fiction, celle-ci étant à la fois déconstruite et autonome. La déconstruction s'opère à travers l'usage d'une « stratégie d'anachronie3 » alors que le roman refuse d'entrée le clivage réalité/fiction et instaure un espace textuel nouveau où la question de l'imagination, du personnage et de la création artistique se trouvent au centre, d'où son caractère autonome.
Moon Palace permet ainsi de renouveler le rapport à la fiction : elle est à la fois désamorcée, déformée, parodiée tout en instaurant sa logique propre, devenant permanente, car tout est fiction dans Moon Palace.
Cette lecture est en partie permise par deux lignes directrices structurantes dans ce roman : Moon Palace semble tout d'abord l'expression d'un « anti-roman d'initiation » alors que, une fois dépassée tout rapport au problème de la quête, la fiction elle-même, semble devenir consciente de son état et s'instaure comme puissance génératrice.

Lire le mini-mémoire "La question de la fiction
dans Moon Palace" (au format PDF)

mercredi 25 avril 2007

Le cahier vert

Je suis venu à bout du cahier vert ce matin, entre 4h40 et 5h25. Le cahier vert existe depuis août 2004, et il prend donc fin en avril 2007, tout simplement parce que je suis arrivé à la fin des cent pages qui le composent. Le cahier vert est affublé du titre « Notes en tout genre » qui ne veut pas dire grand chose et qui en même temps reste explicite : il s'agit d'un cahier dans lequel j'écrivais à peu près tout ce qui me passait par la tête et qui méritait d'être arrêté sur papier. Réflexions à voix haute, notes de lecture, notes de truc que je pensais écrire, idées en vrac, compte-rendus de rêves, comptes rendus de conférence ou de colloques, divagations ou observations dans le train ou ailleurs, tentatives de textes qui se sont révélés médiocres, etc. En deux ans et demi, je l'ai souvent oublié, je l'ai souvent mis de côté, et toujours repris, histoire de reporter quelques phrases, quelques mots, parce qu'il faut toujours ce type d'objet, parce que c'est pratique, tout simplement.
En deux ans et demi, j'ai même eu le temps de le perdre, c'était pas plus tard qu'il y a une dizaine de jours : cahier sur lequel j'ai pris mes notes de lecture de Moon Palace pour mon mini-mémoire de Littérature Comparée Option, cahier posé sur un rayon de la BU et oublié négligemment, alors que je cherchais justement quelques bouquins critiques sur Auster pour le fameux mini-mémoire. Cahier retrouvé ensuite par l'intermédiaire d'Elise, allée le quémander à l'accueil de la BU pendant que moi je faisais sauter un cours d'anglais.

Le cahier vert est un cahier à spirales Clairefontaine de couleur verte, format 17x22 cm, cent pages, « Douceur de l'écriture, PAPIER VELOUTE 90mg/m², MADE IN FRANCE », comme c'est dit derrière.



Le cahier vert est barré, raturé, gribouillé, illisible, appliqué, esquissé, incomplet, dessiné, collé de post-its, surlignés, fléchés, souligné, ellipsé...

Dans le cahier vert il y a quelques billets d'Omega Blue écrits manuscritement, pré-écrits. Dans le cahier vert il y a des haïkus de l'époque où Hugo avait un chien qui s'appelait Wanda. Dans le cahier vert il y a des tentatives d'écritures dans le noir. Dans le cahier vert il y a des lignes flottantes où les mots s'entremêlent, parce que je n'avais pas les yeux bien clairs et que je n'y voyais rien faute d'avoir passé les heures précédent l'écriture à dormir et à rêver, comme ce matin par exemple. Dans le cahier vert il y a tout ce que je voulais écrire à la base, les idées brutes, que je n'ai jamais gardées parce qu'on ne garde jamais les idées brutes, on finit toujours par les sculpter. Dans le cahier vert il y a des dates, rarement les mêmes, parfois accompagnées d'une année mais souvent orphelines de 04, 05, 06 ou 07. Parfois, dans le cahier vert, il y a des tentatives de poésies infructueuses et infructuées.



Le cahier vert comprend des écritures simples, saccadées, minuscules, majuscules, appliquées, dépêchées, oubliées.
Le cahier vert comprend des marques de stylos bille bleue, noire et même parfois des traces de crayons de papier ou de critérium à demi estompées.

Dans les spirales du cahier vert, j'y glissais souvent un stylo (à bille bleue, souvent) parce qu'il n'y a rien de plus terrible que d'avoir un support sur lequel écrire et pas d'instrument.

Les premiers mots du cahier vert, outre le titre et les dates, sont : « Il est toujours difficile de commencer quelque chose. »
Les derniers mots du cahier vert sont : « EST-CE QUE LE RECIT EST VRAIMENT COMPLET ? »

Aujourd'hui le cahier vert est achevé, il est terminé. Aujourd'hui le cahier vert est mort, et vive le cahier bleu, acheté ce matin à Auchan. Même format, mêmes spirales, marque et couleur différentes. A dans deux ans et demi pour un billet saluant, à son tour, le cahier bleu.

lundi 12 février 2007

Entretiens croisés

Lus au hasard de mes recherches sur le net (il fait bon googleiser de temps en temps), deux bouts d'entretiens de deux auteurs que j'affectionne particulièrement, et deux conceptions de la littérature qui vont dans mon sens, ou auxquelles j'adhère, plutôt. La première citation est issu d'un entretien avec Paul Auster paru dans le dernier numéro de Lire (que j'ai déjà cité dans mon billet sur Dans le scriptorium, hier) et la seconde vient directement d'un échange avec Yoko Ogawa paru dans Chronicart. Je vous laisse apprécier (ou pas) les dits extraits...

Qu'est-ce que l'art d'écrire?
P.A. C'est raconter des histoires. Je ne me considère pas comme un romancier mais comme un story teller, un «raconteur d'histoires». Mais, bien sûr, un raconteur d'histoires est nécessairement quelqu'un qui utilise la fiction, les mots, et devient, par là même, ce qu'on appelle un romancier. Mais je cherche à raconter la meilleure histoire possible, pas à faire passer telle ou telle idée. Il se trouve que je considère qu'une histoire est plus agréable à suivre si elle est accompagnée de métaphores, si elle plonge aux racines de ce qui fait l'être humain et va parfois explorer la métaphysique. Mais l'histoire prime tout. Sinon, on ne fait plus du roman mais de l'essai.

Paul Auster dans Lire de février 2007, entretien réalisé par François Busnel.

Qu’est ce qui vous différencie des autres écrivains japonais contemporains ? Comment êtes vous perçue au Japon ?
Dans la littérature japonaise contemporaine, je crois que je suis assez éloignée de la tradition du roman intimiste. Que je ne fasse pas grand cas de mon expérience personnelle est une attitude fondamentalement différente de celle des écrivains traditionnels. Ils écrivent pour surmonter leur propre expérience (un exemple facile à comprendre est celui des écrivains qui ont fait l’expérience dramatique de la Deuxième Guerre mondiale). Moi, j’essaie de décrire ce dont je n’ai pas pu faire l’expérience. En écrivant des romans, je tente d’approcher la mémoire d’un passé lointain dont je n’ai jamais fait l’expérience.

Yoko Ogawa dans Chronicart (23/06/03), entretien réalisé par Julie Coutu.

dimanche 11 février 2007

Paul Auster, Dans le scriptorium

Les deux derniers romans de Paul Auster (La nuit de l'oracle et Brooklyn Follies, deux histoires agréables, mais pas franchement transcendantes) ne se classaient pas vraiment parmi les tout meilleurs de l'écrivain new-yorkais, qui avait surtout gagné ses lettres de noblesses dans les années quatre-vingt-dix avec d'excellents récits tels que Moon Palace, Leviathan ou encore le superbe Voyage d'Anna Blume. C'est pourtant toujours avec la même impatience, la même excitation, que je découvrais ce nouveau venu, ce Travels in the scriptorium pour reprendre le titre original, impatience et excitation récompensées : il s'agit-là d'un grand Auster, le tout en un minimum de pages (une centaine) mais qu'importe...



L'incompréhension et le flou domine, pourtant, à la lecture des premières pages. Nous suivons le réveil d'un homme, anonyme, amnésique, le tout à travers le prisme d'une opaque caméra de surveillance. Cet homme, Mr Blank (M. Rien ou M. Vide), s'éveille peu à peu tout en découvrant son environnement : une pièce vide et close, où chaque objet porte une étiquette marquée de son nom. C'est dans ce décors digne d'une représentation de théâtre de l'absurde que prend place l'intrigue, qui se lance, timidement, au gré des efforts et des découvertes de ce mystérieux Mr Blank... Parmi ces découvertes, des visites de personnages aux noms lointains, connus, les Anna Blume, Fanshawe et autres David Zimmer. D'ancien personnages inventés par Mr Blank, qui sont aussi d'anciens personnages d'Auster lui-même, qui reviennent, non pas le hanter, mais l'aider à compléter sa propre connaissance des évènements de l'intrigue.

Un point de départ simple, donc, mais très intéressant, puisqu'il permettra, au fur et à mesure que le récit progresse, une réflexion véritable sur les conditions d'auteur et de personnage qui deviendront de plus en plus floues. Avec ce roman, Auster semble s'ériger en marionnettiste, que l'on devine, à demi dissimulé par delà les murs en carton pâte de cette pièce opaque, puisque c'est lui qui dirige, de loin, les personnages qu'il a lui même inventé pour ses récits précédents, c'est lui qui oriente, d'une façon ou d'une autre, la rééducation intérieure de son personnage central, double de lui-même autant que double du lecteur ou bien de n'importe qui.

Ce qui m'a d'abord beaucoup touché, dans ma lecture de Travels in the scriptorium, c'est le retournement des situations auteur/personnage (dont je parlais déjà dans le paragraphe précédent). Nous avons en effet une scène en particulier qui illustre à merveille ce rapport ambigu qui devient ici floué, biaisé par la fiction austerienne. Il s'agit d'un passage (cité en extrait un peu plus bas, en VO seulement, j'ai la flemme de traduire) qui fait intervenir Anna Blume, l'héroïne d'Auster la plus « mythique », sans aucun doute, et pour ses lecteurs et pour lui-même, Anna Blume, donc, qui aide Mr Blank à se laver, à se déplacer, etc. C'est ici le personnage qui fait vivre l'auteur, et non plus l'inverse.

« So Mr Blank allows Anna to feed him, as she calmly goes about the business of scooping out portions of the poached eggs, holding the teacup to his lips, and wiping his mouth with a paper napkin, Mr Blank begins to think that Anna is not a woman so much as an angel or, if you will, an angel in the form of a woma.
Why are you so kind to me ? He asks.
Because I love you, Anna says. It's that simple.
[...]
I'd like to have my bath now, he says.
A real bath in the tub, she asks, or just a sponge bath ?
It doesn't matter. You decide.
Anna looks at her watch and say : Maybe just a sponge bath. It's getting a bit late now, and I still have to dress you and make the bed.
By nos, Mr. Blank has removed both the top and the bottoms of his pajamas as well as his slippers. Unperturbed bu the sigh of the olf man's naked bidy, Anna walks over to the toilet and lowers the seat cover, which she pats a couple of times with the palm of her hand as an invitation for Mr. Blank to sit down. Mr. Blank sits, and Anna then perches herself beside him on the edge of the bathtub, turns on the hot water, and begins soaking a white washcloth under the spigot. »

(Paul Auster, Travels in the scriptorium, Faber and Faber, p. 16, 18, 19)


On remarquera également qu'Auster laisse de côté certaines de ses habitudes d'écriture devenues un peu trop automatiques : fini le personnage-narrateur qui raconte à la première personne les évènements dont il a été témoin. Fini l'écriture a posteriori avec le recul du temps, le recul de l'analyse, le recul de la réflexion. Fini également l'ancrage quotidien dans une réalité américaine contemporaine. Ici, il s'agit d'une narration au présent, en « direct », une narration froide puisqu'issue de l'observation d'un inanimé (une caméra vidéo, en l'occurrence) et une seule scène qui se déroule intégralement dans une pièce close. Il y a quelques relents de Trilogie New-Yorkaise là dedans, c'est vrai, je pense notemment à la deuxième partie (Ghosts / Revenants) avec ces froides observations méthodiques, ces filatures fermées et ainsi de suite. On retrouve également les récits enchâssés, tels qu'ils étaient par exemple mis en place dans Oracle Night (La nuit de l'oracle), où l'histoire principale raconte l'histoire d'un personnage qui raconte une histoire où... etc (dans ce cas précis, il s'agit d'un manuscrit incomplet sur une curieuse intrigue d'agent-double qui rappelle le dix-neuvième siècle américain).
Auster est donc ici à l'aise, tout en se détachant de ce qui était devenu, dans ses derniers romans, un mécanisme fictionnel toujours identique.

Quelques passages (la fin, notamment) pourront paraître un peu « tarte à la crème », je le précise de suite, mais qu'importe, plus que dans n'importe lequel de ses romans récents, Travels in the scriptorium est un récit qui mérite qu'on s'y attarde, le temps au moins de lire ses cent et quelques pages. La réflexion sous-jacente développée par Auster sur la condition de l'auteur et surtout du personnage est très intéressante, et permettra sans doute de décrypter plus facilement l'Oeuvre d'Auster. Pour plus de renseignements à ce sujet, je vous renvois à cet article publié dans le dernier numéro de Lire, tout comme je vous oriente sur d'autres avis de blogueurs, un positif et un négatif, d'ailleurs, histoire de prouver que je ne suis pas trop sectaire ;) .

samedi 27 mai 2006

Paul Auster, Moon Palace

Cela faisait pas mal de temps, mine de rien, que je n’avais plus lu de livres de Paul Auster. Une fois la période des partiels terminée, et donc une fois ma liberté de lire ce que je voulais retrouvée, c’est assez naturellement que je me suis décidé pour relire un « vieux » Paul Auster, l’un des premiers que j’ai lu, c'est-à-dire Moon Palace. Je n’en n’avais plus qu’un vague souvenir, quelques images qui restaient ancrées dans ma tête et puis, bien sûr, de bonnes impressions qui demeuraient, un plaisir de lecture difficile à oublier, etc. Finalement, en relisant ce livre parut en 1990, j’en suis venu à le voir d’une façon toute à fait différente.

Il est assez délicat de résumer brièvement Moon Palace car en fait, ce n’est pas vraiment une seule intrigue à part entière, mais plusieurs petites histoires, récits ou anecdotes qui s’enchaînent, s’emboîtent et se croisent. Mais on y retrouve cela dit un personnage clé, c'est-à-dire (comme souvent chez Auster), le narrateur : M.S. Fogg. Le « M » est pour Marco (Polo), le « S » pour Stanley (un journaliste américain à la recherche de Livingstone en Afrique) et « Fogg », en plus de signifier « brouillard » en anglais (« fog » avec un seul « g »), renvoie évidemment au Phileas Fogg du Tour du monde en quatre-vingt jours de Jules Vernes. M.S., au début du roman, vit avec son oncle Victor (sa mère est morte et il n’a jamais connu son père) mais il doit bien vite apprendre à voler de ses propres ailes, ce qui ne lui réussit pas vraiment. Il connaît la misère, il vit dans la rue et manque de mourir dans l’anonymat en plein cœur de Central Park. Ce qui le sauve, en plus de ses amis, sera le travail que lui offre un vieillard handicapé : lui tenir compagnie. C’est un peu rapide, mais l’intrigue générale ressemble à peu près à ça, sachant quand même que le narrateur navigue en fait de mini-histoire en mini-histoire, de personnages en personnages qui prennent tous, à un moment donné, plus ou moins soin de lui.

En fait, Moon Palace est un roman du paradoxe. Paradoxal, il l’est tout d’abord dans son rapport avec son auteur : il s’agit d’un roman purement austerien (allant même parfois presque jusqu’à l’excès) avec le rapport d’opposition New York/grands espaces américains, les déambulations urbaines, le basculement dans la misère, et surtout la quête du père et l’omniprésence constante du couple hasard/coïncidences tout en étant, en même tant, totalement à l’opposé des autres œuvres majeures d’Auster (je pense surtout à Léviathan, Le voyage d’Anna Blume ou encore Mr Vertigo). Car Moon Palace s’éloigne du roman austerien traditionnel, collectant diverses petites intrigues indépendantes pour constituer un seul et même ouvrage. De la même façon, le paradoxe se retrouve dans le « genre » du livre : à priori roman dit « d’apprentissage », Moon Palace se révèle finalement être un anti-roman. Le narrateur est ainsi l’antithèse complète du personnage de roman d’apprentissage dans le sens que non seulement il n’apprend pas mais il n’agit pas non plus et toutes ses décisions sont en fait prises par d’autres personnages (d’où l’impression de loque qui se dégage de ce brave Marco). Il ne fait qu’être trimballé de tuteur en tuteur, peut être pour compenser son absence de père sans jamais devenir indépendant (ou « majeur »). M.S. Fogg, c’est aussi l’antithèse du « héros américain » par excellence : il se désintéresse de la possession, de la consommation, de l’argent et même de l’amour (sa petite amie, Kitty Wu, ne sert pratiquement à rien dans le roman), il n’a pas beaucoup de valeur et il n’est consistant que lorsqu’il est entouré par d’autres (d’où son naufrage lorsqu’il vit en SDF dans Central Park). En fait, ce narrateur est plus une sorte d’incarnation du lecteur qui ne cherche qu’une chose : être pris en charge, qu’on lui parle, qu’on lui raconte des histoires. C’est un personnage lunaire (dans tous les sens du termes compte tenu de l’omniprésence de cet astre dans le roman), toujours dans le brouillard, et qui ne peut se diriger que lorsque quelqu’un est là pour le diriger.

Enfin, Moon Palace, c’est également, en plus d’une succession de petites histoires, un roman de l’ekphrasis (« description d’une œuvre d’art réelle ou imaginaire au sein d’une fiction », j’aime employer ce genre de terme pour donner l’impression que je sais plein de trucs), puisqu’on retrouve en permanence des références artistiques diverses et multiples (le Voyage dans la Lune de Cyrano, un tableau de Blakelock, le premier roman de Julian Barber, etc.) qui servent de miroir au roman (avec la lune comme dénominateur commun). Un des passages les plus réussis contient d’ailleurs la description du Clair de Lune de Blakelock que je vais d’ailleurs vous inviter à lire avec l’extrait qui va suivre. A ce moment là du livre, le narrateur travaille pour le fameux vieillard (Effing), qui lui demande de faire le vide dans sa tête et d’aller contempler le tableau dont il lui parle depuis quelques temps au musée de Brooklyn. Ce tableau constitue en fait un reflet exemplaire de ce qu’est Moon Palace. Je vous laisse avec le texte d’Auster himself et le fameux tableau… (Désolé, je n'ai mis que le texte anglais car j'ai la flemme de taper aussi la traduction de Christine Le Boeuf...)

Then I came to Moonlight, the object of my strange and elaborate journey, and in that first, sudden moment, I could not help feeling disappointed. I don’t know what I had been expecting – something grandiose, perhaps, some loud and garish display of superficial brilliance – but certainly not the somber little picture I found before me. It measured only twenty-seven by thirty-two inches, and at first glance it seemed almost devoid color: dark brown, dark green, the smallest touch of red in one corner. There was no question that it was well executed, but it contained none of the overt drama that I had imagined Effing would be drawn to. Perhaps I was not disappointed in the painting so much as I was disappointed in myself for having misread Effing. This was a deeply contemplative work, a landscape of inwardness and calm, and it confused me to think it could have said anything to my mad employer.
I tried to put Effing out of my mind, then stepped back a foot or two and began to look at the painting for myself. A perfectly round full moon sat in the middle of the canvas (the precise mathematical center, it seemed to me – and this pale white disc illuminated everything above it and below it: the sky, a lake, a large tree with spidery branches, and the low mountains on the horizon. In the foreground, there were two small areas of land, divided by a brook that flowed between them. On the left bank, there was an Indian teepee and a campfire; a number of figures seemed to be sitting around the fire, but it was hard to make them out, they were only minimal suggestions of human shapes, perhaps five or six of them, glowing red from the embers of the fire; to the right of the large tree, separated from the others, there was a solitary figure on horseback, gazing out over the water—utterly still, as though lost in meditation. The tree behind him was fifteen or twenty times taller than he was, and the contrast made him seem puny, insignificant. He and his horse were no more than silhouettes, black outlines without depth or individual character. On the other bank, things were even murkier, almost drowned in shadow. There were a few small trees with the same spidery branches as the large one, and then, toward the bottom, the tiniest hint of brightness, which looked to me as might have been another figure (lying on hiss back—possibly asleep, possibly dead, possibly staring up into the night) or else the remnant of another fire—1 couldn't tell which. I got so involved in studying these obscure details in the lower part of the picture that when I finally looked up to study the sky again, I was shocked to see how bright everything was in the upper part. Even taking the full moon into consideration, the sky seemed too visible. The paint beneath the cracked glazes that covered the surface shone through with an unnatural intensity, and the farther back 1 went toward horizon, the brighter that glow became—as if it were daylight back there, and the mountains were illumined by the sun. Once I finally noticed this, 1 began to see other odd things in the painting as well. The sky, for example, had a largely greenish cast. Tinged with the yellow borders of clouds, it swirled around the side of the large tree in a thickening flurry of brushstrokes, taking on a spiralling aspect, a vortex of celestial matter in deep space. How could the sky be green? I asked myself. It was the same color as the lake below it, and that was not possible. Except in the blackness of the blackest night, the sky and the earth are always different. Blakelock was clearly too deft a painter not to have known that. But if he hadn't been trying to represent an actual landscape, what had he been up to? I did my best to imagine it, but the greenness of the sky kept stopping me. A sky the same color as the earth, that looks like day, and all human forms dwarfed by the bigness pf the scene—illegible shadows, the merest ideograms of life0 I did not want to make any wild, symbolic judgments, but based on the evidence of the painting, there seemed to be no other choice. In spite of their smallness in relation to the setting, the Indians betrayed no fears or anxieties. They sat comfortably in their surroundings, at peace with themselves and the world, and the more I thought about it, the more this serenity seemed to dominate the picture. I wondered if Blakelock hadn't painted his sky green in order to emphasize this harmony, to make a point the connection between heaven and earth. If men can live comfortably in their surroundings, he seemed to be saying, if they can learn to feel themselves a part of the things around them, life on earth becomes imbued with a feeling of holiness. I was only guessing, of course, but it struck me that Blakelock was painting an American idyll, the world the Indians had before the white men came to destroy it. The plaque on the wall noted that the picture had been painted in 1885. If I remembered correctly, that was almost precisely in the middle of the period between Custer's Last Stand and the massacre at Wounded Knee—in other words, at the very end, when it was too late to hope that any of these things could survive. Perhaps, I thought to myself, this picture was meant to stand for everything we had lost. It was not a landscape, it was a memorial, a death song for a vanished world.

Comme mon billet est déjà assez long je vais m’arrêter là. Moon Palace n’est sans doute pas le meilleur Auster, mais il s’agit d’un livre déroutant, à la fois 100% Auster et assez éloigné de ce qu’il a pu écrire parla suite. Il ne plaira sans doute pas à tout le monde, je le conçois tout à fait, donnant parfois l’impression de parler pour ne rien dire et de raconter des histoires parallèles pour mieux éviter de raconter l’histoire principale. Certaines parties sont, de plus, assez maladroites (la relation de M.S. avec Kitty Wu, par exemple) mais je le conseille tout de même, ne serait-ce que pour pouvoir lire, lors de la dernière page (ce n’est pas un spoiler, promis), une phrase assez « osée » compte tenu du fait qu’on vient de se farcir plus de trois cent pages auparavant : « This is where I start, I said to myself, this is where my life begins », comme si tout ce qui s’était passé avant n’avait finalement aucune importance. Mais ce n’est pas grave, car comme tous les livres de Paul Auster, Moon Palace maintient un univers fascinant de la première à la dernière page et c’est bien tout ce qui importe.

vendredi 26 mai 2006

Journée à Lyon

Je ne sais plus trop pourquoi, mais certains de mes amis avaient émis l’éventualité de tous monter à Lyon pour une journée, entre autre pour voir l’exposition Géricault au musée des Beaux Arts. Je me suis rallé au projet un peu en cour de route et, après avoir râlé un peu sur le fait que certaines voulaient prendre un train à sept heures ( !) le truc était organisé. Le truc en question, vous l’aurez compris, était aujourd’hui.

Départ un peu laborieux à huit heures : arrivée vingt minutes en avance, achat de billet plein tarif alors que j’aurai pu les payer moins cher (tant pis), arrivée de Fanny en avance, elle aussi (ce qui est sans doute la chose la plus extraordinaire qui aurait pu arriver !) et montage dans le TER un peu brusquement, puisque deux autres filles censées nous rejoindre (Elsa et Virginie), ne sont pas là. Au final, elles prendront le train suivant, et seront en retard d’une bonne demi-heure (note : ce sont elles qui voulaient prendre le train à sept heures, pourtant ! :P ).

Visite de l’expo Géricault (sous-titrée « la folie d’un monde ») de dix heures et demi à midi, à peu près. Bonne surprise en arrivant sur place : les étudiants, moins de vingt-six ans ne payent pas. Tant mieux, les musées gratuits, ce sont mes préférés. L’expo en elle-même ne m’a pas emballé plus que ça (il faut dire que je suis assez difficile avec l’art pictural, dirons-nous, et surtout que ce n’était pas vraiment un période que j’affectionnais plus que ça). A part trois ou quatre tableaux intéressants (dont celui que je vais poster un peu plus bas), le reste ne m’a pas convaincu.

Bouffage dans un kebab qui comportait une affiche « cinq titres de suite, merci l’OL ! » ou quelque chose comme ça sur sa vitre de devant, et puis on monte à Fourvière. On apprécie la belle vue sur Lyon, visite de la basilique et puis redescente tranquille (et à pieds…) jusque des petites rues piétonnes sympathiques. Les magasins situés dans ces rues, en revanche, sont un peu moins sympathique ou alors, pour être plus exact, disons que ce n’est pas le genre de magasin à enchaîner avec un groupe composé de filles au trois quarts. On a traîné dans des boutiques fascinantes : des fringues médiévales, des fringues colorées, des jouets et marionnettes et des carteries/affiches-de-film-ries. Mais je me plais juste histoire de me plaindre, c’était agréable quand même, malgré mes jambes qui commençaient légèrement à vouloir pioncer.

Entre temps, Elsa prend des photos avec une robe noire, une espèce de châle très vert et des lunettes de soleil qui lui valent de se faire klaxonner à un moment. Je ne crois pas avoir déjà parlé d’elle, pourtant cette fille m’impressionne beaucoup. Il serait même plus juste de dire qu’elle me fascine car, en plus d’être très sympa et très « artiste », elle a une sorte de présence étrange qui me rappelle certains personnages de Paul Auster (il me semble d’ailleurs l’avoir vue pour la toute première fois, en début de première année, à attendre que la BU ouvre en lisant un bouquin de Paul Auster, justement, mais je confonds peut être avec quelqu’un d’autre). Il y a quelques temps, je m’étais même inspiré de l’impression qu’elle me faisait (je ne lui parlais pas encore) pour le personnage d’Elza (justement !) de ma nouvelle « Scandinavienne », « Le faiseur de fables ». Au passage, Elsa m’a aussi conseillé une galerie d’art sur les Champs-élysées quand elle a su que j’allai à Paris. Ca n’est pas vraiment intéressant, je sais, mais je suis sûr que ça me donne un air kewl de parler de galerie d’art sur les Champs !

Après un verre pas cool du tout dans un bar pas cool du tout avec un meuchant serveur, on se dépêche un peu pour attraper notre train de 17h03 (précis) qu’on rejoint dans des délais un peu limites. On voulait aller voir le dernier Raoul Ruiz, aussi, mais on n’a pas vraiment eu le temps (enfin, Virginie et Elsa y sont allées, pas nous).

Retour tout calme sur Sainté et magnifiques retrouvailles avec notre belle ville. J’ai donc passé une journée très agréable, même s’il a fait un peu chaud et qu’on a pas mal marché. A refaire, pourquoi pas, même si faut pas oublier que les lyonnais on les aime pas, ils sont pas comme nous… ;)

lundi 26 décembre 2005

La nuit des automates

Je suis particulièrement content de cette nouvelle (je le précise, car c'est assez rare en général). Elle a été en fait écrite pour le besoin d'un concours de nouvelle, sur le site "Shadows Dreamers" (voire le "TSD" dans les liens) et qui demandait un texte court, capable d'expliquer le nom du site en partant d'une phrase d'un auteur connu et d'en copier le style. En l'occurence, les deux premières phrases sont l'oeuvre de Paul Auster et le texte qui suit est sans doute assez loin de son style, mais ça n'a finalement pas d'importances...

Ah oui, j'ai failli oublier, je précise que ce texte m'a permis de remporter le concours :P. Bonne lecture...

Le réel dépasse toujours ce que nous pouvons imaginer. Si débridées que nous jugions nos inventions, elles ne parviennent jamais au niveau des incessantes et imprévisibles vomissures du monde réel. C’est sans doute pour cela que je n’ai jamais réellement pu créer d’œuvre à la hauteur du réel. Ce jour là également, bien que je fus, je dois l’avouer, dans un état déplorable, je continuais sans cesse de m’intéresser au « vrai », à ce qui m’entourait : Cette spectaculaire cascade de mépris qui me coulait sur le visage, pour s’étaler ensuite sur le reste de mon corps. New York ne m’aura jamais paru aussi détestable que ce soir là et, si j’admets que je n’étais pas particulièrement sobre à ce moment précis, il n’empêche que jamais durant toute ma vie je n’ai ressenti de telles impressions devant ce chaos mémorable que formait cette nuit, assiégée par une série d’averses qui ne semblait jamais vouloir prendre fin. Dieu seul sait de quel côté je vagabondais alors. Ce pouvait être Brooklyn comme Central Park, voir même autre part. Toujours est-il que je déambulais sans réellement savoir ni où j’étais, ni même où je me rendais.

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