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Tag - Philippe De Jonckheere

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mardi 17 juin 2008

Philippe de Jonckheere, Desordre.net

Je ne sais pas par où commencer. Ce n'est pas juste une phrase de lancement comme ça, c'est vrai, hein, aucune idée. Complètement largué. Paumé.

Alors peut-être que je vais commencer par dire que Philippe de Jonckheere me rappelle parfois Christopher Lloyd. La tête je veux dire. Pas que ça ait quelque chose à voir avec l'objet de cette chronique, mais bon, c'est toujours une façon de commencer comme une autre. Ça détend. C'est déjà ça de gagné. Mais ça ne nous amène nulle part. Sinon qu'on s'embrouille. On s'embrouille, oui. Comme dans le site du Désordre, tiens. A peine un pied entre ses murs et on est déjà perdu. Un vrai labyrinthe. Flippant.



J'aurais peut-être pu commencer par dire que le Désordre n'est pas un livre mais bien un site internet et que c'est assez inhabituel pour une chronique dite littéraire de parler d'un site internet et non d'un livre. Voilà une bonne accroche. Admettons que j'ai commencé comme ça.
Philippe de Jonckheere, donc, en plus de me rappeler par moment Christopher Lloyd, est aussi un touche à tout : photographe, écrivain, programmeur et j'en passe. Et son site internet, Désordre.net, est bien à l'image de son titre : un labyrinthe relativement bordélique où l'on n'entre jamais deux fois de suite par la même porte, où l'on ne retrouve jamais ce qu'on était venu consulter à la base mais où l'on tombe en permanence sur de nouvelles passerelles, échelles, fenêtres entrouvertes, et ainsi de suite. Un jour, on découvre une série de photos qui nous plaît bien. Le lendemain, on revient pour les retrouver et voilà qu'on ne se rappelle plus très bien par où on est passé, alors on avance un peu dans l'ombre en tâtonnant vaguement, et puis voilà qu'on se cogne contre un truc qui traîne, on le regarde l'air à moitié curieux, on le découvre, c'est peut-être un bout de roman ou bien alors une nouvelle ou bien alors article du bloc-note. Le lendemain (bis), comme on a appris la leçon, on revient en se disant qu'on suivra encore les traces de pas qu'on a laissé la veille, histoire de ne pas se perdre, sauf qu'entre temps de nouveaux cartons sont venus recouvrir les traces de pas en question, et on est là, comme un con, à errer encore, à clairement se demander ce qu'on fait là, mais sans ressentir la moindre envie de fermer la fenêtre pour autant. C'est déjà une petite performance en soi.

Parce que le site du Désordre comprend parfaitement l'une des dimensions fondamentales de la toile : non que la notion de lien est importante mais bien qu'elle structure intégralement l'ensemble (voir pour cela le plan général du site, on ne peut plus clair à ce niveau là). Et là où certains sites tentent (souvent vainement) d'organiser le labyrinthe de leurs arborescences, Désordre.net prend le parti inverse d'assumer la part de chaos que comprend chaque site internet et en fait son concept fondateur. Au lieu de structurer ses centaines de mégas de données, on les éclate totalement, sciemment. Chapeau.

Du coup, avant de s'engouffrer là-bas dedans, il vaut mieux partir du principe que l'on ne contrôlera que bien peu de chose. Autant se laisser conduire par le hasard, d'ailleurs, car c'est souvent à lui qu'on se remet de toute façon, même si l'on décide courageusement de tout explorer (tâche au-delà de nos capacités, je le crains). Tout, cela signifie à la fois : des séries de photos quotidiennes (Pola-journal, La vie), des jeux de mémory, quelques hommages à ses quelques modèles (littéraires ou non), quelques bras de fictions (le feuilleton La cible, les romans Une fuite en Egypte ou encore Chinois) qui viennent parfois croiser la progression régulière du bloc-note, journal en ligne qui s'étend de façon disproportionnée dès lors que l'on se plonge dans ses archives, le tout truffé de liens hypertextes pour faire tenir le tout, d'extraits musicaux ou de croquis gribouillés. Il faut le voir pour le croire.
Désordre, un journal, chronique dans la chronique

Et depuis quelques mois il y a aussi ce Désordre, un journal, déjà mentionné entre ces pages il y a peu, soit les archives de ce fameux bloc-note édité par Publie.net, le tout légèrement dépoussiéré (il s'agit en réalité d'une sélection d'articles et non d'un « copié/collé » exhaustif des billets entre 2002 et 2007), repensé au niveau de la mise en page (ce qui n'est pas plus mal tant il est important d'avoir un texte aéré lorsque l'on souhaite lire une œuvre entière et dense sur écran), épuré d'images et d'extraits sonores (évidemment) mais aussi de liens hypertextes (là c'est déjà un peu plus discutable ; dommage même). Le tout se lit très agréablement tant la compilation est bien faite (la sélection a été très bien pensé). On passe de souvenirs d'enfance aux récits de la vie quotidienne en un tour de molette, on s'amuse de voir la progression un peu laborieuse d'un écrit que l'on sait à présent terminé et disponible, décalage temporel oblige (il est également très amusant de lire en parallèle cette version et la progression naturelle du bloc-note : voir par exemple combien les enfants ont « poussé » d'une page à l'autre) . Et puis l'on apprend à connaître celui qui se dévoile à la fois à travers ses mots mais aussi ses images, ses goûts, ses coups de gueule, plus simplement que lorsqu'il s'agit de slalomer entre les cadres éparpillés du site du Désordre. Au passage, d'ailleurs, un extrait tiré de cette version numérique-PDF du texte qui pourra présenter l'auteur de tout ce désordre autrement qu'à travers une ressemblance foireuse avec Christopher Lloyd.
Mercredi 15 décembre, sur Internet

Je suis invité à une conférence ― ou quelque chose d'approchant je n'ai pas bien compris ― à propos de l'Internet littéraire. Je suis drôlement flatté. Je me dis toujours que pour quelqu'un qui lit aussi peu, c'est tout de même étonnant que je sois contacté.
Et mon interlocuteur s'étonne qu'il n'ait pas trouvé de biographie dans le site. C'est vrai, tous les sites ont une biographie de leur auteur et le désordre, point. Au début c'était volontaire. Lorsque j'avais fait le tour de toutes sortes de sites, notamment de photographes, j'avais trouvé que cela faisait tarte la biographie de tous ces gens, d'autant que je ne trouvais pas que les existences des uns et des autres fussent si remarquables qu'elles avaient besoin d'être retracées de la sorte, et je m'appliquais volontiers le même raisonnement. Je sais bien le devenir de cette biographie, un copié collé dans la maquette d'un programme, et ces quelques lignes que nul ne lira vraiment seront imprimées, elle feront l'effet visuel d'un paragraphe et c'est exactement cela qu'on leur demande. Toute une vie peut faire l’impression d’un paragraphe.

Alors voilà ma biographie.
Philippe De Jonckheere
Né le 28 décembre 1964 à Paris, le jour de la 1964ème commémoration du massacre des innocents.
Entrée en 1986 à L'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs à Paris où je perds un peu de temps faute de recevoir l'enseignement que j'étais venu y chercher. Les professeurs de photographie sont des photographes c'est dire.
En 1988, deux ans d'études à The School of the Art Institute of Chicago, où je reçois notamment l'enseignement de Barbara Crane, Joyce Neimanas, Ken Josephson, Karen Savage et Bart Parker, je rattrape amplement le temps perdu aux Arts Décos.
En 1990, je suis l'assistant de Robert Heinecken, je vois se produire des miracles tous les jours.
En 1991, retour en France, les choses vont mal.
En 1993, à la suite d'un deuil, je commence à écrire, force est de constater que je ne sais pas écrire, mais je m'obstine, comme en toutes choses.
1995, Mai de la Photo à Reims, seule exposition d'envergure, l'exposition est censurée. Ça foire, comme en toutes choses.
En 1995, je pars à Portsmouth en exil, où je ne connais personne, et où je ne rencontrerai personne en trois ans de vie. Je fais les trois huit, travail alimentaire, sommeil, travail dans l'atelier ou travail alimentaire, travail dans l'atelier, sommeil, ou travail dans l'atelier, travail alimentaire, sommeil, suivant que je sois dans l'équipe du matin, du soir ou de la nuit à mon travail.
En 1998, retour en France, je vis désormais dans une famille avec ma compagne et ses deux enfants. Nous allons avoir trois autres enfants. Je ne fais plus de photographie, presque plus, je continue d'essayer d'écrire, je fais des petits progrès. Nous habitons à la campagne.
En1999, j'achète un ordinateur, j'apprends à m'en servir en apprenant à écrire, de même que j'apprends à écrire en apprenant à me servir de mon ordinateur. En 2001, je construis un site Internet, le désordre. C'est très long. Je me couche souvent très tard. Ça foire pas mal, mais je m'entête.
En 2002, je reçois le prix multimédia de la Société des Gens de Lettres, ça ne foire pas tout le temps.
En 2003, je tiens un feuilleton quotidien sur Internet, la Cible.
En 2004, je reçois des lettres polies encourageantes d'éditeurs mais qui ne me proposent pas de projet d'édition. Ça foire encore un peu.
Finalement, Adèle est née le 9 avril.

Philippe de Jonckheere, Désordre, un journal, Publie.net P.187-189
Un journal à lire pour tous ceux qui s'intéresse un minimum à la photographie, au développement de site internet et à la littérature, au choix (moi qui n'y connais rien à la photo et qui ne m'y intéresse pas plus que ça j'ai quand même adoré) malgré un manque global d'homogénéité (un peu normal pour un journal) et quelques fautes de typographie qui sont passées au travers des corrections (je chipote).
Et puis se perdre absolument dans le site du Désordre, j'y tiens, ne serait-ce que pour vérifier qu'un site internet peut être à la fois très fonctionnel et très ergonomique sans pour autant se teindre de la froideur uniformisée des sites d'aujourd'hui. Et tant pis si parfois on trébuche sur un lien mort et si le texte du bloc-note n'est pas justifié et force le regard avec son interligne simple. Tant pis si parfois les parti-pris politiques de l'auteur (voir la page d'accueil de la page d'accueil) peuvent parfois lourder quelqu'un comme moi qui n'a que trop peu de convictions en la matière. Tant pis si parfois on voit encore un peu les fils et le gros scotch qui tiennent le décor en arrière plan et tant pis si ça fait parfois bricolé main. Tant pis ou tant mieux, d'ailleurs, c'est selon.

Je ne savais pas comment commencer, je ne sais pas non plus comment finir. Comme l'impression d'avoir joué ma carte Christopher Lloyd un peu trop tôt, du coup...

[Article également disponible sur Culturopoing]


Ajout du 23 août 2008 :

Ne serais-je pas le seul à voir une ressemblance entre PDJ et CL ? Aujourd'hui ce lien de provenance dans les statistiques du blog.

mardi 10 juin 2008

Transvaser la mer avec un seau persé

Un extrait du fameux Désordre, un journal qui occupe mes journées (et soirées) depuis bientôt deux semaines. Nous sommes en 2002, le 7 septembre exactement et je ne connais strictement rien à l'art de la photographie et d'ailleurs ça n'a pas d'importance. A lire conjointement avec la version en ligne de ce même texte, depuis les archives du Désordre.
Samedi 7 septembre, Chicago

En composant les pages du site de Barbara Crane, une multitude de souvenirs de ces trois années passées à Chicago se pressent et demanderaient peu d'efforts pour être rédigés précédés du coutumier et lancinant "je me souviens". Je repense à la première rencontre avec Barbara. Halley, l'inénarrable étudiant américain de la section Photographie des Arts Décos, m'avait conseillé de m'arranger absolument pour assister à un de ses cours. Je l'ai donc abordée pour lui demander de bien vouloir m'accepter dans un des ses cours, n'importe lequel, et elle a refusé arguant que ses classes étaient pleines et qu'elles ne pouvaient plus inscrire quiconque. J'ai insisté, son impatience a cru, d'autant que mon laborieux anglais d'alors n'adoucissait rien. Son regard s’assombrissait, j'avais beau lui dire que je venais de France dans l'espoir d'avoir cours avec elle, rien ne paraissait assez puissant pour lever un pareil verrou. Le lendemain, je poussais l'opiniâtreté jusqu'à lui demander de regarder mon dossier. Elle me regarde avec une pupille mauvaise. J’ai posé mon portfolio, elle s'est assise de cette façon éloquente qui montre ostensiblement que l'on s'assoit pour se relever bientôt. Elle a regardé la première image, puis la seconde, je ne savais pas si je devais aller plus vite, lui laisser le temps de regarder ou au contraire presser le pas, elle ne disait rien, puis devant la troisième image, elle a pointé de l'index un éclair incontrôlé du flash et a dit que oui, c'est bien cela, ce petit détail qui fait que l'image fonctionne, je ne crois pas que je comprenais ce qu'elle voulait dire mais j'avais surtout souci de ne pas la contredire, puis d'autres remarques déferlent maintenant en abondance, relevant des éléments des images qui m'avaient surtout apparu jusque là secondaires, pour elle ce sont ces détails qui comptent, le reste de l'image pourrait aussi bien ne pas être. Mais le plus surprenant demeure cette façon qui est visiblement la sienne de passer d'une idée à l'autre sans grand ménagement, et je n'ai pas envie de lui rappeler que mon anglais est exécrable et qu'elle pourrait en tenir compte, je veille surtout à ne pas l'impatienter d'aucune sorte. Je croyais qu'elle n'avait pas le temps, elle est désormais assise dans cette posture tendue et concentrée dont je reconnaîtrai plus tard que c'est la sienne en propre, aux aguets de tout ce qui pourrait la surprendre, refusant en la matière, toute classification par ordre d'importance, un caillou, un aimant décoratif pour la porte du réfrigérateur, un arbre, un immeuble, tout peut l'interrompre et dans cet arrêt, le temps se diluer, elle en a d'amples provisions et il devient impossible de lui expliquer qu'une échéance aussi pressante qu'un train ou même un avion à prendre devrait infléchir son appétit visuel qui l'accapare à ce moment, toujours dans cette absence de hiérarchie des objets. Une heure passe, elle parle et commente, je m'efforce de comprendre ce qu'elle dit, l'impression de transvaser la mer avec un seau percé, je saisis quelques bribes, nous n'en sommes qu'à la vingtième image, il en reste encore une bonne dizaine de ce portfolio-là, j’en avais bien un autre à lui montrer. Elle réalise soudain qu'elle doit partir, la foudre vient de tomber, je lui demande si vraiment il ne serait pas possible qu'elle m'accepte dans un de ses cours, elle me répond que non, elle me verra une heure tous-les-mercredis-à-14-heures-est-ce-que-ça-me-va?
Je n'ai jamais autant appris de choses que dans cette heure hebdomadaire, enfermés que nous étions dans un petit bureau, dans lequel il était mal commode de poser la moindre image qui aurait excédé 20X25cms, ces séances finissaient immanquablement à même le sol du bureau exigu, Barbara fourrageant invariablement dans mes planches contact pour trouver LA photo qui manquait à une série de quatre qu'elle avait imaginée.
Je voudrais revenir à cette époque où Barbara m'a dit un jour, tandis que je sortais de l'hôpital après une hépatite virale virulente, que d'être malade m'avait fait beaucoup de bien, parce que cela m'avait donné davantage de liberté dans ma façon de cadrer mes prises de vue!

Philippe de Jonckheere, Désordre, un journal, Publie.net, P.24-26.

lundi 2 juin 2008

Un journal des journaux

La lecture de Désordre, un journal (Publie.net) de Philippe De Jonckheere me rappelle aux journaux. J'ai toujours aimé lire des journaux. Des journaux d'écrivain mais pas que. Je piquerais volontiers n'importe quel carnet privé solidement emmuré dans un placard sous clé. Je piraterais volontiers des fichiers intimes que l'on protège via mot de passe. De gens connus ou anonymes je m'en fous. Simplement : la trace écrite (fixée) d'une existence à un moment donné. Un document. Pour entrer dans la tête ou, si ce n'est pas possible, dans les mots de leurs auteurs. Pour explorer les vies, les souvenirs des autres. Pour explorer les autres.

Les miens, également, de journaux, me sont utiles sans être précieux. Une masse d'informations importante que je stocke, que j'archive, si d'aventure j'en ai l'envie ou le temps. Le blog est pratique pour ça. Je reviens sur les mois passés relativement fréquemment. Pour me relire, pour me retrouver. Pour ça, le module de Pagination manque sensiblement ; j'aimerais pouvoir remonter le blog à la verticale comme on le ferait d'archives entassées. Pour cet ajout pour moi indispensable, j'attends que la version 2 de Dotclear sorte définitivement.

Je me retrouve à nouveau entre les murs de ma salle 202 pour y écrire quelques broutilles. J'y mange, j'y lis le journal de Philippe De Jonckheere en mangeant. J'en profite pour expérimenter la lecture écran qui passe à merveille avec mon petit Eeepc. Le grand bureau de prof est vide devant moi. Vide sauf : un lacet noir enroulé et un Petit Larousse Illustré de 1999 rafistolé au gros scotch. Derrière, contre le dossier de ma chaise plastique, le tableau blanc encore brillant des inscriptions de l'heure d'avant. J'arrive facilement à déchiffrer les lettres et les phrases. Il suffit de se décaler un petit peu, de suivre l'inclination de la lumière, de jouer avec les reflets.

There will be lots of forests
There won't be any more forest
There will be more and more wars
There will be lots of wars


Dehors il pleut par intermittence, j'aperçois quelques arbres, ceux du parc voisin probablement. J'ai ouvert la fenêtre – une heure de collégiens enfermés ça pue – et j'entends des bribes de conversations et des bouts de cris qu'ils poussent dans la cour juste en bas.

Quelque part je suis content que le quotidien le plus banal de ma vie actuelle puisse permettre l'écriture de ces quelques lignes. Mine de rien, cela me change de ces jours où le blog s'enterre avec moi dans les dilemmes de « Coup de tête », où mes 17h34 s'engluent devant l'écran (peu importe sa nature). Pas qu'il se passe réellement quelque chose par ici mais ça contribue au moins à donner l'impression que ça puisse être le cas.


Ce matin juste avant de partir, deux types sont venus « prendre des mesures »

l'expression prendre des mesures, ça me rappelle ces épisodes


je dis épisodes parce que j'ai toujours plus vu les adaptations de bande-dessinée que je n'en ai lu les albums


de Lucky Luke où, avant un duel dans la rue poussiéreuse d'un village du far west, le croque-mort (qui se baladait avec un vautour je crois) venait, justement, prendre les mesures des duellistes pour pouvoir ensuite concevoir le cercueil. Je vois ces deux types comme des croque-morts de notre vie de 2007-2008. Ils prennent les mesures, ils s'apprêtent à briser ce dans quoi nous avons vécu. Tant mieux, je me dis. J'aime autant me débarrasser définitivement des choses quand je n'en ai plus l'usage. Si je le pouvais, je brûlerais tout ce qui ne sert plus chaque année, dans un beau feu de joie



en vue de la réfection de notre appart pour l'année prochaine. Les deux types se pointent au moment où je m'apprêtais à m'en aller, ce qui fait que j'ai laissé deux étrangers chez moi pour je sais pas combien de temps, sensation toujours agréable. La réfection de l'appart on n'en profitera pas puisqu'on s'en va dans quelques semaines. La réfection de l'appart est en fait destinée à rendre notre chez nous habitable pour le futur principal du collège des Poulets. Qu'il ne soit pas habitable cette année ne posait par ailleurs aucun problème, cela va de soit.

J'en reviens à mes histoires de journaux. Quelque part je pense que l'expérience blog est en train de traîner. La suite tarde à venir et je sais pourquoi : cela demande beaucoup de travail, beaucoup d'effort. Je parle probablement chinois pour ceux qui ne savent pas que je prépare une suite à Omega-Blue. C'est dit. Mais l'expérimentation internet a un coût, cela s'appelle le temps. Ce nouveau projet tarde donc à se concrétiser. Cela fait pourtant plus d'un an que je l'ai mis sur les rails. Délicat.
J'en reviens à mes histoires de journaux. Mon quotidien ne se prête en général pas à ce genre de déballage biographique. D'ailleurs les déballages biographiques, je ne les apprécie réellement que lorsque les autres sont concernés. Moi, je passe entre les gouttes. Je ne me livre pas. Ou si peu. Je me répète. C'est aussi ça le but de la manœuvre avec ce projet-mystère. Me permettre d'aller un peu plus loin. Creuser plus et plus fort. Fragmenter plus. Brouiller les pistes. Verrouiller. Marcher au bord. La structure est en place, par ailleurs. Ne reste plus qu'à l'articuler, désormais.

Dehors il ne pleut plus, les arbres ne soufflent pas. Les cloisons tremblent par moment : on doit claquer des portes, on doit écraser des crânes contre les murs. Le même brouhaha difforme continue de se diffuser continuellement. Parfois, un connard ou un putain décolle plus haut que le reste.

vendredi 15 février 2008

J'archive tout

Je n'écris pas. Ochracé terminé depuis plus d'une semaine, Scapulaire en pleine impasse, Coup de tête au repos : je n'écris pas. Impossible de prévoir quoi que ce soit niveau écriture tant que je ne saurais pas de quoi mon quotidien sera fait dans les prochaines semaines à venir. Je fonctionne comme ça. Ne fonctionne pas, en l'occurrence. Et comme je n'écris pas, peut-être pour combler un vide, peut-être pour occuper mes doigts lâchés par habitude sur le clavier, j'archive. J'archive tout.

Je dis j'archive, je devrais dire je numérise. Tout. J'ai récupéré, rassemblé, réunis, tous ces carnets, ces lettres, ces mails, ces peu-importe-ce-que-ça-peut-être. Juste : des traces écrites de ces dernières années. Des mots inscrits comme ça, des fois par hasard, des fois par ennuis. Des conversations écrites sur nos feuilles de lycée. Des engueulades par phrases interposées. Des résidus. Des phrases-témoins. Et tous ces trucs, je les empile, je les classe, je les compile. Je les tape. Numérise. Archive. Voilà ce que je fais depuis ces derniers jours.
Tout est compilé dans le dossier « Journal » qui trône / qui traîne sur mon disque dur. De 1998 à aujourd'hui, dix ans de prise de notes. Parfois incomplètes, parfois idiotes. Souvent lacunaires. Et même : j'aurais pu remonter plus loin, si tous les cahiers, les notes, les feuilles, si tout était encore en ma possession. Le nombre de trucs que j'ai égaré, perdu, oublié, le nombre de trucs que j'ai moi-même détruit sûrement, le nombre de trucs que d'autres personnes ont gardé ; j'aurais du faire des doubles de toutes les lettres que j'ai envoyé. J'aurais du. Mais j'ai pas. Donc tant pis.



Archiver-numériser, ça n'a pas vraiment de but en soi. Peut-être pour pouvoir ensuite se permettre de négliger ces notes/textes/lettres/conversations sur support papier. Mais même pas. Je me vois mal tout balancer, quand même. Simplement, sans doute, bâtir un dossier où tout est réuni. Comme si c'était par ce biais là que ma vie pouvait se matérialiser. Rendre ces dernières années concrètes, matérialisées. Être productif en permanence, voilà mon obsession. Parce que vivre les trucs, ça ne suffit pas si derrière ça ne se cristallise pas ailleurs. Dans ce dossier là.
Le Journal comme squelette de ma mémoire, aussi. Parce que les évènements importants, je les zappe avec une facilité alarmante, parce que je ne me souviens que des détails, que des trucs pas importants. Squelette de ma mémoire mais je ne suis pas dupe pour autant : au moins aussi mensonger que n'importe quoi d'autre.

Dans le tas de souvenirs, des bribes importantes. Des réalités qui transparaissent depuis des tournures de phrase maladroites, des mots isolés, des silences. Surtout des silences. Toutes ces vérités dans tout ce que je ne dis pas, dans tout ce que je contourne, habilement ou non d'ailleurs. Tout ce que je ne nomme pas. Tout ce que je travestis dans l'orthographe, par hasard ou par jeu. (C. pas une fois je l'ai écris correctement)
Dans ce tas de souvenirs, la genèse de mon projet de laboratoire internet, c'est sûr (voir Désordre de Philippe De Jonckheere, énorme révélation). J'ai déjà trouvé le nom. Je fais des essais. Je sais comment ça va s'articuler. Je sais que ce sera privé. Je connais le mot de passe. Je ne sais pas encore comment organiser le jeu de pistes en revanche. On verra. 17h34, le projet, ça fait aussi partie de ce même élan. C'est la même chose.
Dans le tas de souvenirs, il y a aussi tous ceux que j'ai croisé, ou juste effleuré, même, ils y ont laissé leur empreintes. Malgré tout, à la lecture de ces notes beaucoup trop parcellaires à mon goût : le regret de n'avoir pas tout écrit en permanence. Toutes les idées, toutes les pensées, tous les actes. Tout. Pour réellement pouvoir tout archiver. Pour réellement pouvoir bâtir un dossier cohérent. En attendant, je comble les énormes vides avec ces bribes rachitiques, bribes de phrases, bribes de mots, bribes d'instant. Mes notes, radicalement imparfaites, éternellement incomplètes. Le Journal, éponge de tout ce qui est un jour passé par la lettre, squelette émietté de ma mémoire qui, elle, s'en fout.