Enfin une journée bien depuis vendredi (et ce jour fatal qui m'a transformé en adulte) ! Je peux le dire, désormais, je suis guéri (même si, au passage, j'ai refilé ma maladie à ma maman auprès de qui je m'excuse par ailleurs :( ). Cette guérison n'a malheureusement pas débouché sur grand chose, pire : je me suis pas mal fait chier aujourd'hui, la faute aux cours. Le mercredi, y a pas à dire, c'est mortel. Passer deux longues heures à parler de (que dis-je ! à écouter, à subir !) Jaccottet en cours, c'est terrible. Surtout quand on se rend compte que, concernant le commentaire super chiant qui nous a occupé deux bonnes semaines, il s'agissait "du commentaire le plus difficile du bouquin" et que ce "locataire" que l'on prenait pour une allégorie de l'être humain dans toute sa précarité était enfait, aussi un "petit oiseau". Y a pas à dire, ça calme. Pire encore, on apprend que le Jaccottet en question, il se méfie des images poétiques parce que ce sont des mensonges... Merde alors. Des mensonges. C'est terrible. A cause d'elles, l'oeuvre n'est plus vraie.

C'est pareil pour Multatuli, le loser qu'on étudie(ait) en Littérature Comparée, il raconte sa propre histoire (pourrie, bien sûr) et ne cesse de justifier toutes les trois pages (ça en devient vite gonflant) concernant son soucis d'être honnête, de faire vraie, et ainsi de suite. En rentrant chez moi, j'allume la télé, et je tombe sur cette jeune cinéaste qui vient de sortir son premier film et qui raconte que, oui son film parle de ce qu'elle a vécu dans sa jeunesse, que c'est tout pareil, que c'est vrai, blablabla. Plus généralement, c'est tout le monde qui se met à faire du vrai désormais. C'est terrifiant. C'est le règne de l'autobiographie, du de l'oeuvre autobiographique et, pire que tout, du témoignage. Il faut donc dire la vérité de notre époque, ne pas trahir le réel, représenter la vie de tous les jours. L'artiste qui marche de nos jours n'est pas foutu de se décoller de sa gentille petite personne, comme le dernier vainqueur du Goncourt (désolé, son nom m'est volontairement sorti de la tête) qui a écrit son bouquin en suivant l'idée "je vais écrire un livre sur un écrivain qui ne sait pas quoi écrire". Le prochain, a-t-il confié dans une interview, racontera peut être la suite ou "comment l'auteur de ce livre reçoit un grand prix littéraire". Voilà, c'est ça la littérature et, pour parler plus généralement, l'art d'aujourd'hui. Et bien il ne me plait pas. C'est bien gentil de savoir écrire, encore faudrait-il avoir quelque chose à dire, mieux, quelque chose à raconter. Donc je ne lirais pas le Goncourt de cette année, je ne lirais pas non plus Houellebecq, Roth ou encore je ne sais qui. J'attends plutôt le prochain Palahniuk, je préfère regarder American Beauty et écouter Björk ou Yoko Kanno. Je préfère laisser ici ce clavier et partir, comme ça, et m'envoler quelque part, n'importe où, où je pourrais voir des choses qui n'existent sur papier, entendre des langues qui ne veulent rien dire et voir des pétales de roses dégouliner dans l'air. C'est comme ça.

Ca me rapproche finalement de mon sujet de dissert à faire pour après les vacances, qui parle de la moralité de l'artiste qui équivaut à "peindre le réel". Moi, le réel, je n'ai pas envie de le retrouver dans la fiction, je le vois tous les jours, et ça me suffit. C'est comme ça. D'ailleurs, pour moi, la moralité de l'artiste et "peindre le réel" ça veut dire autre chose : être honnete, en tant qu'artiste, c'est d'être conforme à l'idée que l'on se fait de la représentation du monde. Moi, je veux que les choses soient comme elles ne peuvent pas être. Alors, puisque j'ai ce pouvoir, le pouvoir d'inventer, je l'utiliserais, ne serait-ce que pour me satisfaire en tant que lecteur.

Ouah, ce billet est on ne peut plus décousu, c'est complètement irréel !