Mes trucs




Fictions du bord de l'oeil /
17h34 |
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mercredi 3 mars 2010
Par Guillaume Vissac le mercredi 3 mars 2010, 20:07 - Journal
lundi 1 mars 2010
Par Guillaume Vissac le lundi 1 mars 2010, 20:38 - Journal
Mangez-moi est un texte proposé par Marina Damestoy sur Publie.net depuis une petite semaine. Dans la lignée de La crise, lu dans le même mouvement, dans le même mouvement de tête aussi, regard de l'oeil nu sur le trottoir, réalité fragmentée d'un monde en dessous du nôtre qui est pourtant le nôtre. Comme La crise encore (mais aussi comme celle du logement & des peurs primaires ?), le format suivi est celui du fragment : forme courte, notes prises en marchant, et compilées après, plus tard. Mais les notes restent : de terrain bien sûr, embarquées, au plus près du sujet. a href="http://www.publie.net/tnc/spip.php?article309">Mangez-moi est une chronique vivante (et politique) de notre rapport au monde, rapport à l'autre, rapport à la ville. Extraits (quatre).
Quand la ville nous rend stériles. Quand un poids indicible écrase nos visages. Nous en sommes à absorber ce qui peut nous hisser hors du lieu où nous choisissons de vivre... lutter contre ce pourquoi nous travaillons, ce à quoi chacun contribue.
Je regarde sur l'étalage : un médicament pour calmer les nerfs, le stress, le surmenage, la fatigue mentale, les troubles psychiques, les tentions anxieuses, l'instabilité émotionnelle, les manifestations somatiques de notre peur d'être au monde, les troubles fonctionnels, spasmes, convulsions, cachexie,... Le nom du produit : Xanax, Prozac, Urbanil, annihilateur de ce que nous extirpe de la ville.
Médicament pour citadins, produit par la ville et pour la ville. Autrement dit, substances issues de ce qui consti-tue nos maux, crées par eux pour nous permettre de nous armer contre eux, afin de mieux en faire partie.
Être contre, c'est être tout contre, lisais-je. Je ne vois plus de choix, j'en gobe pas mal.
Marina Damestoy, Mangez-moi, Publie.net, P.35
Je laisse traîner mes pensées sur des phrases. Je laisse tomber ces mots-véhicules au hasard de papiers que des yeux survolent. Je laisse glisser ces feuilles entre des mains intruses et l'autre devient détective, témoin – voyeur qui s'ignorait.
P.101
Un squat est une maison de bris d'ardoise pour mauvais élèves. Sous la craie, poudre de dope, je suis l'agneau planqué qu'on va bientôt bouffer.
P.104
Angoisse parce qu'en moi est la merde. Mon ventre porte éventuellement la vie mais surtout la chair putréfiée des aliments. Comment s'épanouir sachant que ces denrées ingérées en mon sein me font vivre par fermentation, asphyxie, déliquescence. Je vis par la mort et détruit par mon transit. Intestins, symboles de la gadoue-ma vie.Message à V. : voilà un truc susceptible de t'intéresser !
P.131
jeudi 25 février 2010
Par Guillaume Vissac le jeudi 25 février 2010, 20:31 - Chroniques
Une preuve d'existence de « la crise » c'est « la crise ».J'aime La crise, aussi, car c'est un pur produit web. Pensé depuis. Développé par. Propulsé sur. Diffusé entre. On sent d'avance les impulsions Twitter et statuts Facebook. On reconnaît dans la brièveté des messages la forme fixe des 140 caractères max (du moins pour la plupart d'entre eux). On sent que ces plateformes, formats, statuts, sont des rampes de lancement, et derrière programmés par Publie.net pour diffusion numérique. Ce texte n'est pas un déçu du papier, n'aurait pas vraiment eu de sens sur papier.
La vie chère nourrit « la crise » qui nourrit la vie chère.
« La crise » mène la vie chère.
Joachim Séné, La crise, Publie.net, P.10
« La crise », de ses millions de bras musclés sait manier la grue, poser des cloisons de béton armé au trente-septième étage, creuser des tunnels, extraire le pétrole et le diamant tout ça pour un salaire d'une remarquable humilité.Comme Mangez-Moi, proposé depuis le week-end dernier sur Publie, La crise est bien sûr éminemment politique. Il dit en quelques phrases cruelles car lapidaires (et inversement) non pas une réalité économique ou sociale mais une réalité du langage. La crise, après centaine de fragments écumés successifs, n'est plus qu'un son, deux syllabes, sept lettres, qui font échos aux mille et unes paroles d'information de masse qui les dégainent à la moindre dépêche. La crise c'est tout, c'est rien, c'est ce tag sur un mur qui dit : « La crise c'est chaque fin de mois » et qui sert de couverture au texte. La crise est dopée aux anaphores, la crise est mécanique, la crise est un mythe, est une aliénation.
P.15
« La crise » a mis son usine mexicaine à Casablanca, son usine de Gdansk à Skopje, celle de Grenoble à Sfax, Madrid à Dacca, Dakar au Chili, Pékin à Bangkok.La crise commence toujours ses fragments par « La crise » car « La crise » est au centre de tout, comme ils disent, comme on avale, à commencer par La crise.
« La crise » imprime son journal en Pologne sans payer d'impôt.
« La crise » fait des économies.
P.17
« La crise » fouille ta bibliothèque, trouve une échelle et des horaires SNCF de terroriste dans ton garage, t'arrête dans la rue, arrache ta boucle d'oreille, te perce un oeil, te place en garde à vue, laisse les clés sur ton scooter, publie un démenti, mène l'enquête.Il faut lire La crise puisque la Crise, l'autre, avec son C majuscule, s'impose à nous matins, demains, midis et soirs. Il faut lire La crise et en taguer des extraits sur les murs, puisque, la couverture le dit, La crise vient de la rue où elle a pris. Et pour lire La crise, la lire vraiment, extraits ouverts au feuilletoir et texte disponible pour 5.50€ on suit Publie : de là poser l'oeil sur La crise puisque La crise est un oeil.
P.21
dimanche 31 janvier 2010
Par Guillaume Vissac le dimanche 31 janvier 2010, 11:24 - Journal

jeudi 10 décembre 2009
Par Guillaume Vissac le jeudi 10 décembre 2009, 20:09 - Chroniques
C'était encore la même histoire. On cherchait à s'émanciper de nos parents en rejouant leur propre émancipation. C'était absurde. On n'avait de révoltes que le rock et la route et la drogue, mais c'étaient déjà les révoltes de nos parents. On était une génération perdue, peut-être même pas une génération.
Mahigan Lepage, Vers l'ouest, Publie.net, P.5
Il n’est pas encore temps de couler le béton de l’intérieur de la ville. Couler la ville dans l’asphalte c’est demander seulement comment on y entre et comment on en sort, comment on s’en débarrasse. La ville comme un nœud inextricable sur le ruban de la route, on voudrait l’éviter, on ne peut pas l’éviter. Parce que la route c’est déjà la ville, mais la ville comme coulée d’asphalte, comme bande d’asphalte à travers la ville et ce qui tente de s’en détacher. Il est plus facile d’entrer dans la ville que d’en sortir.Un paragraphe unique traverse et porte le texte de bout en bout, un peu comme la route unique porte le narrateur d'un point A vers un point B, traversant en chemin multitude de points intermédiaires qui sont autant de villes, villages ou lieux-dit (villes, le plus souvent), qui servent d'étapes au narrateur, et donc au texte. Vers l'ouest est une histoire de fuite, mais aussi de déambulation.
P.24
On était tellement contents de se retrouver et tellement excités de partir. On avait réservé une chambre dans une auberge de jeunesse pas très loin du centre-ville. Le lendemain on était sur la route. On allait vers Toronto. Je ne sais plus les routes exactement, les numéros et le reste. Je pourrais faire des recherches, déplier une carte, mais je ne le ferai pas. Je m’en tiendrai pour l’heure à ce que j’ai dans la tête, et à rétablir les liens dans la matière asphalte de ce que l’expérience de la route morcelle.Je n'ai pas vraiment retenu le nom des villes. Je ne me les représente pas. Pas besoin. Le narrateur marche sur le bord des routes, « fait du pouce », traverse habitacles et véhicules, ceux qui le prennent à bord, alterne est et ouest en fonction des souvenirs mélangés, croise les routes et les temporalités. Le voyage n'apporte rien, il propulse. Les villes traversées ne sont pas des villes réelles, elles sont architecture de goudron et ciment, on s'y enfonce ou on les évites en fonction des moyens de locomotion : pieds, voitures, bus, avions, trains, métros. Autant d'habitacles dans lesquels s'enfoncer pendant que la ville surgit au loin et se rapproche. Vers l'ouest n'est pas vraiment une quête des grands espaces mais de la ville, plutôt, celle qui s'érige et grandit, la ville américaine dont les réseaux entremêlés tapissent des mégapoles tortueuses. La ville et ses quartiers en briques, des fois ses bas fonds, hôtels miteux où l'on s'enfonce. Vers l'ouest, récit d'adolescence, explore aussi ces misères en mouvement contre lesquels on se réfugie.
P.34
Je suis sorti de l’aéroport. J’ai marché vers la route. Une voiture de police s’est arrêtée, m’a demandé ce que je faisais. J’ai dit Je viens de l’aéroport, je marche un peu. La voiture s’est éloignée. J’ai dormi au bord d’une bretelle, derrière un buisson, dans mon sac à couchage. Chaque fois qu’une voiture passait sur la bretelle je me réveillais, je pensais La police. Au matin j’étais sale, terreux, empâté. J’ai regagné l’aérogare. J’avais de la chance, j’avais ma place dans le prochain départ. L’avion c’est la ville. Cela monte et redescend sur le béton et le verre, comme s’il n’y avait entre de prairies et de lacs et de forêts. Dans l’avion on n’a pas l’impression d’avancer comme sur la route. On reste quelques heures immobile au-dessus de la ville, on redescend. La ville a changé, mais c’est toujours la ville.Ecriture nerveuse, discours prolongé sur plusieurs dizaines de pages, mais sans jamais perdre son souffle. La foulée est régulière, l'effort très bien maîtrisé. Succession phrases courtes (cf. extrait précédent), phrases plus longue, digressions, discours entremêlé, mais toujours la route au fil des pas, toujours la ville en ligne de mire. On perd pas de vue qu'au bout c'est le fond de la page qu'on vise. Qu'on y parvienne ou pas c'est pas grave, le but c'est quand même de pouvoir avancer, c'est à dire traverser les espaces. Rester en mouvement. C'est ça l'adolescence, en tout cas l'adolescence telle qu'on veut bien l'écrire, c'est la fuite en mouvement. Et Vers l'ouest, c'est juste le meilleur livre proposé à ce jour par Publie.net, sûr.
P.74
dimanche 13 septembre 2009
Par Guillaume Vissac le dimanche 13 septembre 2009, 17:09 - Journal

Dieu se soucie-t-il vraiment de nous ?
La question se pose.
Les guerres et les souffrances cesseront-elles un jour ?
Les guerres continuent
La souffrance touche
La Bible promet
Watchtower, Publie.net, P.3-4.
dimanche 30 août 2009
Par Guillaume Vissac le dimanche 30 août 2009, 19:10 - Journal
Les Notules dominicales de culture domestique de Philippe Didion : autre journal compilé via Publie.net section « Atelier des écrivains », après entre autres le Journal du Désordre de Philippe de Jonckheere lu l'année dernière. Je ne vais pas encore répéter que j'apprécie particulièrement ces journaux, n'importe lesquels généralement, ni pourquoi, je ne le sais pas moi-même. Celui-ci dans ma top liste des journaux à poursuivre (je suis devenu cette semaine notulien à mon tour). En attendant lire quelques extraits issus de la compilation Publie.net des Notules, la recommander chaudement, et les retrouver suivies hebdomadaires, désormais tous les dimanches.
Courrier. Je reçois le dernier numéro de Viridis Candela, les carnets trimestriels du Collège de 'Pataphysique, qui consacre un dossier à l'aptonymie. Rappelons que l'aptonymie est la science de la recherche et de l'étude des relations entre les patronymes et les activités de ceux qui les portent. J'ai plaisir à retrouver, dans la liste publiée par Alain Zalmanski, certains aptonymes que je lui ai fournis, découverts par mes soins ou par ceux de mes correspondants qui connaissent mon intérêt pour la chose. Où l'on découvre avec joie, parmi des centaines d'autres, Henri Crampe, kinésithérapeute à Barèges, Claude Quignon, boulanger à Châlons-en- Champagne, les opticiens Louchez, le garage Courapied, le cardiologue Boncoeur et l'inégalable Jean Cula, ramoneur.
Deuil. Nous nous habillons en pingouins pour suivre les obsèques de B. à la basilique Saint-Maurice. Les premiers enterrements auxquels j'ai assisté étaient ceux, très rapprochés, de ma grand-mère et de ma cousine que j'évoquais récemment. Immédiatement, j'ai dû mettre au point une parade pour éviter d'être submergé par l'émotion dans ces cérémonies où les larmes sont vite contagieuses. Je passais mon temps à essayer de reconstituer dans ma tête des compositions d'équipes de football légendaires (S.A. Spinalien années 70 : Perlato, Janvier, Dominiec, Charron, Remy, Gauthier, Receveur, Sap, Beaudoin, Schwartzwalder, Vérité; A.S. Saint-Etienne 1976 : Curkovic, Janvion, Lopez, Piazza, Repellini, Bathenay, Larqué, Santini, Patrick et Hervé Revelli, Sarramagna). Par la suite, j'ai assisté à pas mal d'enterrements, enterrements de parents d'élèves, de parents de collègues, de parents d'amis, d'amis eux-mêmes (S.S., accident de voiture, D.D., noyade, P., match de tennis fatal, T., autre type de noyade...) et j'ai fini par me blinder. Ce n'est que lors des obsèques de F. et M., retrouvés pendus il y a 8 ans et 4 jours dans la petite maison que nous avions partagée, que j'ai dû trouver d'autres subterfuges. Le chagrin, auquel se joignait le sentiment de culpabilité, était trop fort pour que les compositions de toutes les équipes de France et de Navarre puissent le vaincre, même le XV de France du Grand Chelem 1977 (Aguirre, Bertranne, Harize, Sangali, Averous, Romeu, Fouroux, Skrela, Bastiat, Rives, Palmié, Imbernon, Paparemborde, Paco, Cholley) s'avérait inopérant. J'avais tenté de bâtir des inventaires alphabétiques d'objets sacerdotaux (autel, burettes, calice...) ou d'éléments se rapportant à la mort (asticots, boîte à dominos, cercueil...) sans grand succès, et je me retrouve aujourd'hui à essayer de m'emplir l'esprit de ces mêmes litanies, satisfait de constater, mais faut-il l'être, que je ne pleure plus aux enterrements. Je ne pleure plus qu'au cinéma ou, mais c'est très rare, quand j'écris certaines notules.
Cinéma. Je vous trouve très beau. C'est le film que Caroline est allée voir ce soir. Au retour, elle me fait part de la légère hésitation qui s'empare de tout spectateur au moment d'énoncer le titre au caissier. C'est une des raisons pour lesquelles je ne suis jamais allé voir Baise-moi au cinéma.
Vie poussiéreuse. J'aide le père de R. à faire le tri dans ses bouquins. Le cauchemar d'avoir à vider la maison d'un mort, il y a eu un roman là-dessus il y a un ou deux ans, Comment j'ai vidé la maison de mes parents, quelque chose comme ça. Cauchemar de plus en plus présent, avec la volonté de ne pas imposer ça à ceux qui me survivront, le souhait d'arriver au moment final, s'il ne survient pas brusquement, à l'issue d'un lent processus de dépouillement progressif, d'une asymptote soigneusement entretenue. Le processus en question est enclenché, cet été, je me suis astreint à faire un voyage hebdomadaire jusqu'à la déchetterie, pour y balancer des cartons de bouquins, cassettes, vidéos, papiers divers. L'idéal : ne laisser, au final, qu'un disque dur à effacer, un livre entamé, une brosse à dents et le pyjama de l'hospice.
dimanche 5 juillet 2009
Par Guillaume Vissac le dimanche 5 juillet 2009, 17:36 - Chroniques
Publie.net offre en une une sélection de textes variée, la mosaïque dégagée en page d'accueil est séduisante. Ce sont les couvertures, d'abord, qui m'attirent. Ensuite l'extrait pris au vol dans la machine Caméléo, puis le texte lui-même, sur place ou à emporter. Parfois les deux. Je suis allé par hasard vers les Sujets sensibles de Juliette Mézenc.
Pendant plusieurs mois, j’ai rencontré des élèves de mon lycée en dehors du lycée, ils m’ont parlé de leur vie, leurs frères, leurs amis, leurs envies et j’ai noté à la hâte. Ces notes ont été le point de départ de textes où leurs voix se sont peu à peu mêlées à la mienne, c’est-à-dire à tout ce qu’elles ont fait surgir / ressurgir : souvenirs, rêves, bribes d’histoires, réflexions... Je me suis interdit une chose, une seule : le jugement sur ce qu’ils m’ont confié. Autre détail d’importance : tous les prénoms ont été changés.Sur le dictaphone mental de Juliette Mézenc (encore que de dictaphone il n'en est pas question : la prise de notes est manuelle, à la volée le long des mots, extraits de voix) il y a deux canaux parallèles qui enregistrent ensemble deux pistes son différentes. D'abord il y a les mots des adolescents face à elle, ceux contre qui tout commence et qui permettent (réalisent, structurent) le texte. Par dessus (ou dessous ou entre) le canal bis noté ici italique qui décrypte en direct la voix narratrice de ses pensées. Deux mondes se côtoient, deux timbres se mélangent, répondent, rebondissent l'un contre l'autre, s'entraident aussi. Un mot peut parfois en appeler un autre, tapi plus loin, qu'on remonte dans le texte et superpose à la première voix :
Avant j’étais plutôt agressive : si je me défendais pas c’était pas bon… j’ai changé… ici on n’a pas besoin de montrer, de frapper, ici c’est un lycée dit sensible et j’aime bien l’idée d’enseigner dans un établissement plus sensible que les autres, un mot qui me poursuit depuis qu’un instituteur que je vénérais avait fait cette révélation à mes parents troublés : votre fille est hypersensible, il avait aussi dit que je ferais de longues études ce en quoi il n’avait qu’à moitié raison, des études reprises après un bac + 4 et quelques années de travail, puis interrompues par une grossesse trop lourde d’en contenir d’autres, une surtout : celle de ma mère. Et ce mot, sensible, souvent entendu plus tard dans mon adolescence, était revenu me travailler le ventre, parce qu’en cours de route, en changeant de bouche, de l’instit attentif aux parents inquiets, il avait perdu ce qui en avait vaguement fait un motif de fierté, le préfixe hyper : élément du grec huper « au-dessus, au-delà », il s’était retrouvé flanqué d’un adverbe pervers : trop. Trop sensible, pour porter haut l’enfant, pour le porter beau, des scènes insoutenables en éclairs, la nuit, des rêves noirs qui me secouaient, décharges d’une violence jamais connue (je disais à Stéphane qui ne comprenait pas : comme si j’avais un pistolet en permanence braqué sur la tempe, le mot juste : invivable). J’ai sombré – sans raison, tout pour être heureuse – une idée me tenait : une fois le bébé expulsé, je pourrai enfin me suicider.Le mélange des voix permet de s'intercaler brut dans le langage. Celui de l'autre est directement lâché sec sur la page, celui de l'écrivain l'accompagne en décalé (italique) ou s'interpose. Le langage est scruté attentivement, non pas en quête d'une faute de français ou d'une incohérence mais bien en attente de réalité (les « mots vrais » et non pas les « vrais mots »). Le portait permet aussi de décrypter cette langue là, non pas parallèle mais superposable, qui permet de se dire, à l'oral ou à l'écrit peu importe, mais se dire, simplement. Le genre du portrait permet cette forme là.
Si elle veut des vrais mots ça va être compliqué, c’est des mots qui sont même pas dans le vocabulaire français, on invente des mots, c’est pour nous… Kamelia me raconte alors à grande vitesse des histoires de « doigts de pouce », de ventre qui va les bouffer ces doigts de pouce, trop vite pour que je note tout, je saisis quelques mots et surtout le regard qui pétille, Kamelia ki vit ki va zi va, si vive k’elle me fixe, là, sous son regard qui lance plein de petits klous dorés et j’ai envie de lui dire mais j’ai pas le temps : les « vrais mots » on s’en fout Kamelia du moment que c’est des mots vrais.Les interventions dans le texte et autres recours aux définitions du dictionnaire permettent de fixer la langue (non sans humour) avant de pouvoir révéler les flottements de sens à force d'utilisation quotidienne : c'est là que naissent les figures de style, comme ça qu'on commence à faire de sa langue une esthétique propre.
Ces trois années, c’était vraiment les meilleures ! J’ai une petite bande vers le CDI, là-bas, là où vous me voyez tout le temps… On fait un peu de tout, les garçons ils nous clashent souvent je comprends : ils nous vannent, mais pas le temps de poser la question alors à la maison je googlise et trouve sur le site Le Dictionnaire de la zone, tout l’argot des banlieues : clasher verbe intransitif. Entrer en conflit, se disputer. Pas tout à fait le sens dans lequel Kamelia l’emploie, ils nous disent « les petites, on vous voit pas, vous êtes où ? », ils nous tapent… on passe de bons moments, on rigole, j’ai même eu ça pour mon anniversaire, elle me montre le bracelet qu’elle a au poignet.
jeudi 9 avril 2009
Par Guillaume Vissac le jeudi 9 avril 2009, 20:01 - Journal
C'est le titre (bien sûr) qui m'a d'abord attiré dans le livre de Thibault de Vivies, puis ensuite le chaos à l'intérieur du titre et enfin le chaos à l'intérieur du texte qui se déroule sous le titre. Puis en fait c'est un peu tout ça mélangé et les pages qui se tournent, on sait pas vraiment ce qu'on lit des fois mais c'est pas grave. Rester immergé dans la tête de quelqu'un (quelqu'un d'autre tant qu'à faire), ça m'a toujours séduit, séduit d'avance. Là aussi. Des fulgurances dans le texte, sinon, pas mal qui s'isolent du reste, ces quatre extraits notamment, respectivement 10, 22, 32 et 120, disséminés au fil des pages. Puis des zones d'ombre où le chaos (re)prend le dessus, parfois c'est compliqué. Faudrait relire, faudrait relire c'est sûr, histoire de bien relier tous les chaos ensemble et dresser une carte claire du narrateur et ses méninges. Un jour, peut-être.
Surtout ne tirez pas pardon je promets de ne pas recommencer c’est écrit sur mon carnet noir sur blanc y’avait plus de rouge et on ferait comme si vous ne saviez rien de moi non vous n’auriez rien vu non il ne serait rien arrivé à la jeune femme elle aurait toujours sa main et le reste de son corps en bon état de fonctionnement et vous n’auriez pas d’arme et vous me souririez aimablement en me croisant sur votre chemin, je n’aurais donc pas d’ennui avec les membres de la sécurité Dieu merci je remercie le ciel d’éclairer mon chemin oui j’ai la deuxième chance qui m’est donnée et qui se présentera.
Souvenir que Papa fait croire au petit garçon machine qu’il a des super pouvoirs cachés et qu’il trouvera toujours à se débrouiller dans la vie attention à suivre : Papa va quitter Maman et le petit garçon parce que lui Papa il n’en a pas des super pouvoirs alors il va aller se cacher dans un trou de honte avec suffisamment de terre pardessus pour ne pas pouvoir s’en dégager allez dis au revoir à ton papa mon enfant et prends soin de ta maman elle a sa fragilité de petite femme de la cité, souvenir que je relève la dame qu’est tombée dans la rue et elle me remercie cette fois-là et me donne le sou le salaire pour les héros de proximité aux pouvoirs multiples alors j’achète une part de gâteau au caramel que je ne partage pas non les pigeons peuvent bien faire l’aumône et j’achète aussi de quoi tailler les pierres pour faire les ricochets sur l’eau et aiguiser la machette qu’en avait bien besoin à ne pas servir ça s’émousse les armes blanches ça risque aussi de s’oxyder alors je passe l’enduit en plusieurs couches, j’ai la piqûre dans la tête qui me reprend et ça me fait de la contrariété à venir avec tout qui se contracte et les délires qui accompagnent.
Une grève de la faim pour déstabiliser les cons dangereux oh ça finira par se savoir où j’ai enterré les corps les bouts de corps oui on attend que je raconte le tout l’ensemble des événements pas propres et quand l’estomac criera famine alors oui il ira frapper aux portes du pénitencier pour recueillir le gîte et le couvert alors je me mettrai à table on dit mais l’est pas question que je partage non je veux tout pour moi et moi seul, on s’entredéchirera pour qu’il n’en reste qu’un dans le lieu clos je ne serai pas celui-là non j’aurai abandonné y’a bien longtemps et je laisse faire les ceux qu’ont beaucoup plus de couilles au bout alors qu’ils me frappent dans les premiers pour partir en paix j’ai apaisé l’esprit, les piqûres à la tête sont rares à présent j’ai fait le grand nettoyage là-haut j’ai mis de l’ordre virer tout ce qui encombrait et on repart à zéro vers un nouveau bonheur où les forces du bien sont avec moi alors je construis la petite maison dans la tête pour me mettre au-dedans et regarder par la fenêtre les petits qui jouent aux petites diligences et au Papa et à la Maman et à la guerre et ils font semblant d’être mort si on leur tire dessus.
On nage à contre courant elle me tient la main la femme à barbe elle ne me quittera plus c’est que j’ai glissé sa main dans ma poche et j’ai collé ma main à son épaule alors on avance ou on coule ensemble toi et moi pour le meilleur et pour le pire des événements on dit faut assumer jusqu’au bout mon gars et pourtant la route est longue, je suis les rails et je me retourne au plus tôt au cas où tu ne sais pas ce qui peut t’arriver dans le cul oui c’est ma pénitence d’en avoir trop dit d’en avoir trop fait alors c’est le long trajet vers où je n’en sais rien ma route vers qui me dira peut-être de faire une halte définitive, je nourris les corps bancals avec la boisson rafraîchissante c’est le jus de pomme pressé avec les morceaux du fond à faire remonter en surface le consistant pour tenir l’aventure au galop attention à l’approche une horde de sauvageons qui lèvent les yeux pour suivrent la bonne direction et m’atteindre mais je résiste comment à l’agression eh bien je prends mon élan et fais l’écart nécessaire c’est que ça s’en va détruire ailleurs à présent on poursuit en toute tranquillité, on balance les pieds dans le vide en repos pour quelques instants les peaux mortes à retirer et la pommade à passer que j’use tous les jours un peu plus mais quand est-ce l’objectif à atteindre ma bonne dame y’a les obstacles sur la route et on me décourage un peu plus avec la greffe de peau qui prend comme elle peut la malheureuse à ne pas avoir les connections nécessaires ça va pourrir par endroit et personne pour réparer tout ça messieurs dames je me porte au plus mal et je vais finir par la halte définitive au milieu du gué avec plus la force de te suivre mon amour à barbe.
Thibault de Vivies, Tentatives de pourquoi j'ai toujours si mal à la tête, Publie.net.
jeudi 2 avril 2009
Par Guillaume Vissac le jeudi 2 avril 2009, 19:08 - Journal
Hapax (qu'est-ce qu'un hapax ? suivre le lien), forme brève disponible sur Publie.net à 1.20€. Quelques petites pages. Chaque mot utilisé ne l'est qu'une fois. La langue est donc brisée, saccade, mathématique. Elle coule, pourtant. Le texte débute comme suit, ensuite se développe. A la fin, lorsque Joachim Séné utilise des articles (une fois l'un), on est presque choqué par l'écoulement des mots sans brisures. On termine en dix minutes à peine, je l'ai lu entre deux gares, train à l'arrêt. Cette nuit j'ai rêvé que j'en faisais la pub à tout le monde. Prémonitoire, donc. C'est un texte que j'aurais beaucoup aimé avoir écrit, que j'ai adoré découvrir, que je relirai. (Hapax, le corps de l'automate, hapax, hapax, les omoplates, etc.)
Raconter l’homme, la femme. Leur amour.
Visage. Bloc marbré en barbe. Habits droits tels piliers. Colonnes. Couleurs ternes. Gris. Beige.
Yeux brillants, regard arrondi selon mouvements doux, lisse fard, ainsi bouclier tendre préhensible.
Eux. Ensemble.
Bancs université, échangent cours, mémoires, aperçus. Soirée étudiants, chambre neuf mètres carrés, pizza, chips, bière, sèchent mathématiques, apprennent polycopiés. Sorties cinéma, patinoire, piscine. Boulots : caissière, vendeur.
Déménagement, alliance. Géniteurs payent noces hispaniques, circuit Castillan : Burgos, Valladolid, Segovia, Toledo, Madrid. Feria plaza Puerto Del Sol : gaspacho, taureau grillé, embutidos. Bal public : mujer décolletée, jupe plissée effrontée, chair sueur paume glissant cuisses avancées, lèvres… hombre musclé, iris sombres envoûtantes, danse serrée abdomen enflammé, doigts caressent pectoraux chemise entrouverte, bouche… Pourtant vus, excitante vérité gardée, hôtel Santo Mauro, draps transpirent secret inoubliable.
Joachim Sené, Hapax, disponible sur Publie.net
mercredi 11 mars 2009
Par Guillaume Vissac le mercredi 11 mars 2009, 22:40 - Chroniques

RDV avec Eric Chevillard le 13 mars ; Martine Sonnet le 14 mars ; Fred Griot le 15 mars ; Béatrice Rilos le 16 mars ; Sereine Berlottier le 17 mars et Jacques Séréna le 18 mars.Plus d'infos sur l'évènement via Tierslivre et Arte.tv.
Tous lisibles et téléchargeables gratuitement pendant un mois.
jeudi 6 novembre 2008
Par Guillaume Vissac le jeudi 6 novembre 2008, 17:17 - Chroniques



samedi 27 septembre 2008
Par Guillaume Vissac le samedi 27 septembre 2008, 17:47 - Journal
Son visage ne se découpera plus sur l’eau noire de l’Elez.
Ce soir, entre ténèbres et bas-fonds, seul un chien ivre a le cœur à boire du purin d’orties à petites gorgées.
Elle, ensevelie dans sa tombe,
se souvient à peine de la couleur du marais et de la tourbe.
Allongée, morte,
paisible sous la terre,
occupée à coudre une à une les larmes de la rivière,
elle confectionne une écharpe de deuil
pour serrer le cou du chien.
Jacques Josse, Dormants, Publie.net, P.5.
Désemparé, évitant les flaques et jetant une frêle lumière en avant, il se déplace, se déhanche, titube dans nos mémoires.
Il arpente le hameau. Son talon cogne le sol. Il tire sur son ombre. Passe entre deux rangées d’arbres. Suit un long couloir sous la lune.
« Je vais, dit-il, porter d’interminables requiems à ceux qui dorment sous le marbre ».
P.9.
Eplorée, foulard crème, joues grises, relit, traits tirés, les exvoto réunis sous le porche d’une chapelle bâtie pour honorer les péris, à mi-pente, sur le granit bleu, entre Paimpol et Bréhat.Ce billet aurait tout aussi pu prendre pour titre De retour dans la lenteur de l'aube ou bien Le mort trône au milieu de la pièce ou encore Ses restes d'arthroses au soleil mais bon c'est comme ça.
Imagine, cassée en deux devant un mur humide, de nombreux doris pris dans des tentures de brume – avec, givrés dedans, des rameurs aux yeux hagards – puis, venue du dessous, une série de plaintes furtives, sorties d’un requiem joué par un squelette (phalanges d’or et cheveux ébouriffés par les vagues) sur un piano resté stable et bien accordé sous l’eau.
P.22
Il y a trois ans et demi, Fanny et moi dans les allées du Père Lachaise à faire semblant de craindre les failles béantes le long des mausolées et les fantômes qui s'y glissent. Ensuite nous surplombions cette vallée de cadavres aux allures de ville réelle et nous gardions notre souffle pour nous de peur de se le faire voler.
mardi 26 août 2008
Par Guillaume Vissac le mardi 26 août 2008, 11:26 - Chroniques
jeudi 14 août 2008
Par Guillaume Vissac le jeudi 14 août 2008, 10:49 - Journal
On le voit, le projet cherche à débusquer ce qui le fonde. Il met en œuvre ainsi un autre type de rapport à la notion même de projet, plus proche de la projection que du manifeste, et qui s'avère plus problématique que programmatique. Il ne proclame pas l'intention de l'œuvre mais cherche à découvrir dans le sujet lui-même comment cette intention lui est venue, quelle voies elle a pu suivre pour mûrir en lui. Le projet dès lors tient de l'énigme, son énoncé n'est pas affirmatif mais questionnant. Il tient de l'introspection, fût-elle oblique ou indirecte, et non de la proclamation. Il est la matière de l'œuvre et non son paratexte ni sa théorisation. On assiste là à ce que Pascal Quignard appelle : « la déprogrammation de la littérature ».
le projet informulé
Un tel livre nous aide à découvrir qu'une part non négligeable de ce que la critique a longtemps tenu pour les derniers avatars de l'avant-garde se disposait déjà à de tels renversements. On opposerait en effet de la même façon dans cet ensemble complexe et discutable que l'on persiste à recouvrir d'une commune et singulière étiquette « le Nouveau Roman », la coprésence de deux attitudes : d'un côté, Alain Robbe-Grillet, ou même Nathalie Sarraute qui disent dans des articles vite rassemblés ce qui sera la matière et la manière de leurs œuvres, et de l'autre Claude Simon, qui semble n'écrire livre après livre que pour savoir pourquoi il écrit. D'un côté L'Ere du soupçon et Pour un nouveau roman; de l'autre, mais en fin de parcours, au terme d'une œuvre qui cherche son projet, L'Acacia et Le Jardin des Plantes, dans lequel l'écrivain prononce enfin le mot essentiel, non celui de la fin mais celui qui la fonde : « Et pour désigner cela, il y avait peut-être un mot » que l'auteur livre trois pages plus loin : « et à la fin il dit Mélancolie ! » (je souligne). Or « cela » qui décide de l'œuvre figure déjà à son ouverture, dans La Corde raide, à ceci près que Claude Simon ne parvient pas alors à le nommer. L'œuvre se donne ainsi comme toute entière constituée par un innommable qu'elle cherche à identifier.
Il serait sans doute caricatural de résumer une œuvre à un mot – « métaphore » pour Proust, « mélancolie » pour Simon, « genèse » ou « miracle » pour Michon (« rien ne m'entiche comme le miracle ») –, mais le mouvement de l'œuvre est bien celui-ci, qui part à la conquête de son origine, qui se conçoit comme questionnement de ce qui la fonde, et, partant, de ce dont elle hérite. Dès lors on parlerait plus justement d'un trajet que d'un projet : une tra-versée, la tra-duction d'un ineffable, d'un silence auquel il faut donner voix. Or ce silence est bien à l'opposé de tout manifeste, bruyant par nature. On ne peut même pas dire que le projet s'identifie au terme du travail, ce qui est le cas chez Proust, dans Le Temps retrouvé, car jamais, dans cette littérature-là il ne s'identifie comme projet. Le fait-il, c'est avec la conscience de l'échec et de l'illusion d'un enjeu qui en masque d'autres, comme Michon l'écrit à la fin des Vies minuscules. Mais que l'œuvre s'éprouve comme parcours et comme questionnement de sa situation historique, c'est là une conscience nouvelle qui crée une temporalité propre, indépendante de celle des esthétiques modernes.Dominique Viart, Quel projet pour la littérature contemporaine ?, Publie.net, P.30-33.
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