Mes trucs




Fictions du bord de l'oeil /
17h34 |
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lundi 23 mars 2009
Par Guillaume Vissac le lundi 23 mars 2009, 18:32 - Journal
mercredi 24 décembre 2008
Par Guillaume Vissac le mercredi 24 décembre 2008, 17:58 - Journal
vendredi 12 décembre 2008
Par Guillaume Vissac le vendredi 12 décembre 2008, 21:08 - Journal
mardi 25 novembre 2008
Par Guillaume Vissac le mardi 25 novembre 2008, 18:22 - Journal
samedi 25 octobre 2008
Par Guillaume Vissac le samedi 25 octobre 2008, 22:37 - Journal

mercredi 13 août 2008
Par Guillaume Vissac le mercredi 13 août 2008, 18:11 - Journal

1
13 juillet 2007
La première étagère remplie finalement ; le reste des bouquins encore éparpillée sur le sol en attente de mieux (de E/F à la fin globalement). Restera ensuite à trouver une place aux Bds/mangas qu'il restera. Peut-être la nécessité d'investir dans une quatrième étagère, ou bien un meuble spécifique. A voir. La chambre est encore large malgré les meubles, il reste de la place. Plus encore une fois la structure du clic-clac récupérée, montée et repliée. A voir (bis) une fois arrivé à la lettre Z (reste à débattre la position des ouvrages critiques, biographies, philo, que je préférerais séparer du reste). D'ici là, d'autres piles à construire, d'autres équilibres à ménager. Plusieurs piles sont en réalité composées de plusieurs blocs. Question d'équilibre, justement. Et l'impression pendant l'agencement de ces chaos alphabétiques de virer machine, à marmonner à moité chaque première lettre de chaque auteur rencontré. Des séries de A, B, A, A, A, C, A, D, D, A, C... qui me font devenir automate : à la limite du binaire 0, 1, 0, 0, 0, 1, 1, 0, 1, 1, 1... Quand je m'aperçois que je ne parviens plus à différencier Austen d'Auster et que je place sciemment un N au beau milieu des C sans parvenir à censurer mon geste, que je ne sens plus mes chevilles ni mes genoux et que je ne respire plus que les odeurs de poussière entre les pages, je me dis qu'il vaut mieux faire une pause. Reprendre (et terminer) plus tard.
2
J'empile des noms d'auteurs sur le sol classés par lettres. Il y a beaucoup de A, beaucoup de E, beaucoup de G, beaucoup de M. Beaucoup de O, beaucoup de S. Je recouvre bientôt les trois quarts du parquet, dans la chambre on ne peut plus marcher sans écarter les pas. Le parquet vitrifié garde en reflet les traces de mes derniers déplacements, ils se recouvrent au hasard de mes allers entre les piles. Il y a beaucoup de B, beaucoup de F, beaucoup de U. Curieusement, beaucoup de W aussi.
mardi 1 juillet 2008
Par Guillaume Vissac le mardi 1 juillet 2008, 15:44 - Journal
Il me reste peu de souvenirs, en réalité, de ce « voyage linguistique » de quatre ou cinq jours effectués en 2000 durant l'année de quatrième.Cet endroit je le croise aussi les après-midi sur les coups de seize ou dix-sept heures, en sens inverse. Ce qui veut dire que j'aperçois d'abord la grande allée principale encadrée d'arbres, eux-mêmes encadrés par des tuteurs massifs, disposés en croix autour des troncs. Je pense d'autant plus à Dachau que c'est bien cette allée massive saturée de lumière qui me renvoie au champ gigantesque amputé de ses baraquementsJe me souviens en revanche de toute la réticence agacée de mon prof d'allemand de l'époque, qui refusait pertinemment de se joindre au voyage, argumentant que ces séjours linguistiques n'avaient de linguistique que le nom, ce en quoi il n'avait pas tout à fait tort : nous sommes toujours restés entre nous, évidemment, nous n'avons pas parlé un seul mot d'allemand, et je me rappelle d'une des heures de cours qui avaient suivi notre retour et les moqueries du prof en question devant une élève qui disait ne pas connaître le mot Apotheke (pharmacie) alors que des pharmacies, si elle avait un peu levé le nez durant le voyage, elle en aurait croisées, cela aurait au moins pu servir à ça.Il me semble que nous étions allé « visiter » Dachau sur la fin du séjour. Il faisait très chaud, le soleil était dur.J'avais pris des coups de soleil les jours précédents, n'ayant bien évidemment pas pensé à prendre de la crème solaire (ou bien alors j'en avais et je n'avais pas pensé à m'en servir). On m'explique alors de ne pas mettre d'eau par dessus au risque de favoriser un effet loupe sur la peau mais je le fais quand même parce que ces brûlures me lancent.Je revois l'immensité du champ principal. Des allées en gravier et les marques au sol de ce qui soutenait soixante ans plus tôt les baraquements des détenus. La pelouse est finement tondu, sur la gauche il y a un petit coin d'ombre, un chemin encadré de haies, un sentier agréable qui conduit aux fours crématoires qui ont été conservés en l'état. Je n'ai aucun souvenir du film documentaire que l'on nous passe le matin, dans l'une des salles de projections du bâtiment principal, mais je me souviens de l'intérieur des fours, des traces qui s'y sont creusées et qui dessinent vaguement l'ombre d'un squelette accroché aux parois. Les marques des poignets pèsent à l'intérieur. Je prends des photos inutilisables à cause du manque de luminosité.A l'époque il s'agit encore d'appareil photo argentique. Impossible de voir l'aperçu du cliché s'afficher dans l'instant, comme maintenant. Je rate la moitié de ces photos sans le savoir.Plus loin le chemin, qui devient peut-être sentier, s'enfonce et j'ignore où il mène.
Ils n'en ont gardé qu'un ou deux en l'état, des volières étroites que nous visitons rapidement, les autres ont tous été rasés, démontés, découpés. Au sol se découvrent encore les traces des fondations sèches à présent.Il m'est arrivé parfois d'apercevoir dans les allées ou sur les pelouses du parc Théodore Monod des silhouettes pieds ou torse nus, allongées dans l'herbe à attendre que l'air chaud tout contre se dissipe lentement. Qu'on puisse s'y prélasser me paraît banal, quand bien même c'est Dachau à nos portes., celui-là même où nous nous étions posé un moment, dix minutes ou bien une heure, sur cette photo irréelle qui s'altère quelque part dans un placard à St-Etienne.Cette photo perce quelque chose que je n'identifie pas. C'est peut-être le temps. De mémoire, on nous y voitnous, c'est à dire notre petit groupe d'une petite dizaine de personnes, parmi lesquels C., M., J., P., R. et moi-même. D'autres peut-être.allongés au sol, à l'ombre d'un arbre hors champ, les mains sous la nuque, le ciel bleu-plastique. Derrière nous peut-être, je revois l'un de ces baraquements en friches dont la surface occupée alors est à présent aplanie par de gros graviers ternes. Je crois que nous avions quartier libre pour la visite du camp, je crois que nous sommes en avance par rapport à l'horaire fixé pour le retour. Alors on attend, on patiente, à l'ombre de cet arbre hors champ et de ce baraquement dont l'ombre n'éclaire plus qu'un passé trop abrupte pour nous. Je ne sais pas si nous prenons réellement conscience de l'énorme décalage qui existe entre le sol que l'on foule et l'attitude que l'on a. Nous sommes en vacances, allongés dans l'herbe. Je ne sais pas si je vois déjà ce décalage pendant que je le vis ou si ce sont mes propres regards successifs sur cette même photo qui, après coup, d'année en année, ont déteint sur mes souvenirs d'alors. De cet instant ne reste que cette photo, qui, peut-être, a duré des heures.
vendredi 18 avril 2008
Par Guillaume Vissac le vendredi 18 avril 2008, 17:43 - Journal
Je me souviens avoir marché tout seul le long de l'avenue Mitterrand au Mans et avoir vu glisser sur l'asphalte les gommes d'un bus de la Setram sur les parois duquel on pouvait apercevoir les premières images promotionnelles du film Je suis une légende (de la pub donc) avec la tronche à Will Smith en gros plan et le titre JE SUIS UNE LEGENDE écrit en gros et en gras comme à l'instant. Ignorant tout de ce film (qui à l'époque n'était pas encore sorti en salle)...
et du bouquin aussi par la même occasion car j'ignorais que ce film en réalité était tiré d'un bouquin de Richard Matheson dont Hugo m'a expliqué le concept après coup.
...je me demandais sérieusement, en voyant défiler ces affiches mouvantes autour de moi, pour quel film on faisait là la promotion et pourquoi le slogan de la pub recouvrait toute l'affiche ; en gros je me disais « je suis une légende, ok, on a compris, mais c'est quoi le titre du film ? »
Le plan précédent faisait glisser Will Smith dans un piège grossier, un taxi tombe à la renverse depuis le bord d'un pont et le corps de Will Smith bascule à l'envers, pendu par le pied à un mètre du sol, son chien autour s'agite et lui saute autour et l'image noir se fige à ce moment là.
Et pendant ce temps là je ne lis pas la suite de Mao II comme indiqué sur la banderole de droite...
ou d'ailleurs si jamais un visiteur du futur décide de s'intéresser à ce billet et qu'entre temps le design ait changé
...tout simplement parce qu'il ne m'emballe que moyennement.
Dans la mesure du possible, j'essaie de toujours prendre des places côté fenêtre, ci-possible à l'étage, pour mieux pouvoir observer le paysage tartiné autour des wagons qui défilent.
L'autre raison c'est que je n'aime pas avoir à me lever pour faire de la place quand mon voisin décide brusquement d'aller aux toilettes ou bien de gagner la voiture bar : cela m'emmerde.
Depuis que j'emprunte cette ligne et ces TGV, je suis toujours alerte et impatient quand ce moment arrive, c'est une habitude et un plaisir parfaitement inexplicable.
Elle est enterrée dans le sol, sorte de long couloir obscur dans un trou bordé de quais et, parfois, de voyageurs en file indienne sur ces quais et, au bout du bout du tunnel, parfois, un morceau de ciel sur lequel fusent les réacteurs silencieux d'un avion qui décolle ou bien se pose.
Je me demande par ailleurs comment fonctionnent ces fameux échangeurs : comment organise-t-on les passages de tels TGV pour telles destinations et comment le planning doit être minuté pour ensuite ouvrir d'autres voies pour d'autres TGV qui eux-mêmes filent déjà vers d'autres destinations, probablement situées à l'autre bout de la France par rapport à celles pour lesquelles je me suis engagé, et probablement, à l'intérieur, des centaines de passagers qui lisent, dorment ou mangent, se déplacent peut-être, à trois cent kilomètres heure et qui ne se demandent pas une seule fois comment fonctionnent ces fichus échangeurs ferroviaires qui ne s'appellent d'ailleurs probablement pas des « échangeurs » en réalité car je dois confondre avec les échangeurs autoroutiers...
Après piètre vérification, Wikipédia ne clarifie pas ni ne confirme ma confusion vis à vis de cette histoire d'échangeurs.
Ajout du 20 avril 2008 : Dans son commentaire d'hier, Tom me suggère fort sympathiquement le mot "aiguillage" . Va pour "aiguillage".
L'air froid se colle contre la manche de mon pull et s'infiltre à l'intérieur.
Je sors par ailleurs mon portable et commence à filmer ces zones fuyantes qui ne cessent de s'échapper de la surface de « ma » vitre.
Depuis que je prend cette ligne et ce TGV pour revenir à Sainté, je me dis que « la prochaine fois j'emporte ma toute petite caméra-vidéo et je filme la vitre sur laquelle s'échouent mes paysages » mais je ne le fais jamais, faute de mémoire, faute de temps, de peur d'avoir l'air d'un pitre.
Cette fois je filme et je fixe l'image mouvante elle-même fixée sur l'écran de mon portable. Deux ou bien trois fichiers (je ne sais plus) pour une durée totale d'un quart d'heure environ. Massy et sa banlieue.
La banlieue parisienne et sa banlieue.
La campagne à portée d'oeillade.
Letter to Hermione, en l'occurrence, tirée de l'album Space Oddity.
Mardi, dans les rues du vieux Mans, alors que nous cherchons négligemment un restau pour le soir et qu'on se prépare à opter pour une pizzeria qui à l'air sympathique...
En réalité cette pizzeria sera dégueulasse, comme la première pizzeria mancelle qu'on avait essayé plusieurs mois plus tôt sur la place de la République.
Apparemment les manceaux ne savent pas faire des pizzas : ça fait deux fois qu'on se retrouve avec des espèces de tartes pseudo croustillantes et pleines d'huile dans nos assiettes, et ce n'est pas bon du tout. A noter donc : ne pas manger de pizzas quand on se trouve au Mans. Les glaces (chocolat liégeois, dame blanche), en revanche, sont bonnes.
...je me tords la cheville entre deux pas et deux pavés et je m'étale par terre, sur les genoux en vrac, et les avant-bras un peu, parce que j'avais un sac avec des bouquins dedans entre les mains et, par instinct peut-être, par bêtise sans doute, j'ai préféré les préserver.
En l'occurrence, Le pendule de Foucault d'Umberto Ecco pour Hugo et une version anglaise de Moby Dick imprimée sur du papier chiotte (very dick). De son côté, Hugo porte des petits sacs avec à l'intérieur de nouveaux écouteurs pour mon MP3, un recueil de nouvelles de Roberto Bolano dont j'ai oublié le titre et la saison 4 d'X-Files expressément attendue.
Du coup je me relève avec une boule mouvante dans le genou gauche et des éraflures sur la peau et la surface de mon jean est abîmée.
Tout comme, bien des années en arrière, lorsqu'on jouait au foot dans la rue et donc sur l'asphalte et que j'étais goal souvent et que je plongeais sans hésitation et bizarrement, à cette époque, le sol ne me paraissait pas aussi dur qu'il m'a paru mardi dernier, probablement parce qu'à cette époque je tombais de moins haut ou peut-être parce que c'était une nécessité obligatoire ; mes pantalons, eux, finissaient souvent dans ce même état.
Le même qui regardait Je suis une légende à travers ses cheveux et les batteries de son portable.
Qui, sans moi à l'intérieur, poursuit son parcourt jusqu'à Montpellier.
Où se trouve aujourd'hui (vendredi) Elise qui recherche des apparts, et que je devrais croiser dans les jours à venir.
Je vérifie bien qu'il ne s'agit pas de la soeur d'Hugo qui doit également se rendre à Sainté pour ce même concours dans les jours à venir (ou aujourd'hui peut-être, je ne sais plus), mais en fait non, il y a deux filles...
Dont une qui fait tomber sa pomme par terre et sa pomme roule sur le quais et manque de tomber au milieu des rails mais en fait non, arrêtée à temps par la main de la fille en question.
...et un mec.
Qui porte des Converse bleues qu'il qualifie lui-même de « chaussures de clown ».
Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne...
Du côté des sièges de devant, occupés par les théâtreux, j'entends certaines bribes de leurs paroles. Ou plutôt non : je baisse volontairement le volume de mon MP3 pour les entendre.
Ils répètent que ça fait chier pour une fois qu'on va dans le sud et bah il fait froid. Ou encore que pour une fois qu'on va dans le sud et bah c'est moche en fait, beurk.
Ce qui me fait repenser aux premiers temps où Hugo et moi nous connaissions mal...
Voilà qui date de 2002, l'année du fiasco nippo-corréen.
...je pestais déjà contre ceux qui (Hugo compris) faisaient référence à Saint-Etienne comme étant « dans le sud » alors que moi en réponse, souvent, je leur sortais des « hein ? quoi ? Pardon ? » parce que franchement il suffit de regarder une carte pour voir qu'on est dans le ventre mou quoi.
Et aussi que et bah j'avais un peu peur en partant parce qu'avec mon jambon dans mon sac, j'avais peur qu'il se mette à frire mais là comme il fait froid et bah non. Ou enfin que non mais Machin il abuse, je veux dire, voilà quoi, d'accord je sais ce que c'est que de vivre dans une famille monoparentale, m'enfin faut pas abuser non plus, quoi.
Ensuite je remonte le volume de mon MP3 parce que voilà quoi.
mardi 22 janvier 2008
Par Guillaume Vissac le mardi 22 janvier 2008, 23:30 - Journal
mardi 8 janvier 2008
Par Guillaume Vissac le mardi 8 janvier 2008, 20:43 - Journal
Bien avant Chrono Cross, autre réminiscence vidéoludique. En vrai le jeu s'appelait Championship Manager, mais en France ça s'est toujours (ou presque) appelé l'Entraîneur, tout simplement. Et après ça Football Manager, depuis quelques années, mais ça c'est pour l'anecdote ; je joue actuellement à la version 2007 (j'entame ma troisième saison avec Brest, pour ceux que ça intéressent).vendredi 21 décembre 2007
Par Guillaume Vissac le vendredi 21 décembre 2007, 23:56 - Journal
dimanche 2 décembre 2007
Par Guillaume Vissac le dimanche 2 décembre 2007, 13:14 - Journal
Je remontais directement à ma chambre. Mes pensées étaient habituellement attachées aux derniers jours de la maladie de ma grand mère, à ces souffrances que je revivais, en les accroissant de cet élément, plus difficile encore à supporter que la souffrance même des autres et auxquelles il est ajouté par notre cruelle pitié; quand nous croyons seulement recréer les douleurs d'un être cher, notre pitié les exagère; mais peut-être est-ce elle qui est dans le vrai, plus que la conscience qu'ont de ces douleurs ceux qui les souffrent, et auxquels est cachée cette tristesse de leur vie, que la pitié elle, voit, dont elle se désespère. Toutefois ma pitié eût dans un élan nouveau dépassé les souffrances de ma grand mère si j'avais su alors ce que j'ignorai longtemps, que, la veille de sa mort, dans un moment de conscience et s'assurant que je n'étais pas là, elle avait pris la main de maman et après y avoir collé ses lèvres fiévreuses, lui avait dit: "Adieu, ma fille, adieu pour toujours". Et c'est peut-être aussi ce souvenir-là que ma mère n'a plus jamais cessé de regarder si fixement. Puis les doux souvenirs me revenaient. Elle était ma grand mère et j'étais son petit-fils. Les expressions de son visage semblaient écrites dans une langue qui n'était que pour moi; elle était tout dans ma vie, les autres n'existaient que relativement à elle, au jugement qu'elle me donnerait sur eux; mais non, nos rapports ont été trop fugitifs pour n'avoir pas été accidentels. Elle ne me connaît plus, je ne la reverrai jamais. Nous n'avions pas été créés uniquement l'un pour l'autre, c'était une étrangère. Cette étrangère j'étais en train d'en regarder la photographie par Saint-Loup. Maman qui avait rencontré Albertine, avait insisté pour que je la visse à cause des choses gentilles qu'elle lui avait dites sur grand mère et sur moi. Je lui avais donc donné rendez-vous. Je prévins le directeur pour qu'il la fît attendre au salon. Il me dit qu'il la connaissait depuis bien longtemps, elle et ses amies, bien avant qu'elles eussent atteint "l'âge de la pureté", mais qu'il leur en voulait de choses qu'elles avaient dites de l'hôtel. Il faut qu'elles ne soient pas bien "illustrées" pour causer ainsi. A moins qu'on ne les ait calomniées. Je compris aisément que pureté était dit pour "puberté". En attendant l'heure d'aller retrouver Albertine, je tenais mes yeux fixés, comme sur un dessin qu'on finit par ne plus voir à force de l'avoir regardé, sur la photographie que Saint-Loup avait faite, quand tout d'un coup, je pensai de nouveau: "C'est grand mère, je suis son petit-fils" comme un amnésique retrouve son nom, comme un malade change de personnalité. Françoise entra me dire qu'Albertine était là et voyant la photographie: "Pauvre Madame, c'est bien elle, jusqu'à son bouton de beauté sur la joue; ce jour que le marquis l'a photographiée, elle avait été bien malade, elle s'était deux fois trouvée mal. Surtout, Françoise qu'elle m'avait dit, il ne faut pas que mon petit-fils le sache". Et elle le cachait bien, elle était toujours gaie en société. Seule par exemple je trouvais qu'elle avait l'air par moments d'avoir l'esprit un peu monotone. Mais ça passait vite. Et puis elle me dit comme ça: "Si jamais il m'arrivait quelque chose, il faudrait qu'il ait un portrait de moi. Je n'en ai jamais fait faire un seul". Alors elle m'envoya dire à M. le marquis, en lui recommandant de ne pas raconter à Monsieur que c'était elle qui l'avait demandé, s'il ne pourrait pas lui tirer sa photographie. Mais quand je suis revenue lui dire que oui, elle ne voulait plus parce qu'elle se trouvait trop mauvaise figure. C'est pire encore qu'elle me dit, que pas de photographie du tout. Mais comme elle n'était pas bête, elle finit par s'arranger si bien en mettant un grand chapeau rabattu, qu'il n'y paraissait plus quand elle n'était pas au grand jour. Elle en était bien contente de sa photographie, parce qu'en ce moment-là elle ne croyait pas qu'elle reviendrait de Balbec. J'avais beau lui dire: "Madame, il ne faut pas causer comme ça, j'aime pas entendre Madame causer comme ça", c'était dans son idée. Et dame il y avait plusieurs jours qu'elle ne pouvait pas manger. C'est pour cela qu'elle poussait Monsieur à aller dîner très loin avec M. le marquis. Alors au lieu d'aller à table elle faisait semblant de lire et dès que la voiture du marquis était partie, elle montait se coucher. Des jours elle voulait prévenir Madame d'arriver pour la voir encore. Et puis elle avait peur de la surprendre, comme elle ne lui avait rien dit. "Il vaut mieux qu'elle reste avec son mari, voyez-vous Françoise". Françoise me regardant, me demanda tout à coup si je me "sentais indisposé". Je lui dis que non; et elle: "Et puis vous me ficelez là à causer avec vous. Votre visite est peut-être déjà arrivée. Il faut que je descende. Ce n'est pas une personne pour ici. Et avec une allant vite comme elle, elle pourrait être repartie. Elle n'aime pas attendre. Ah! maintenant, Mademoiselle Albertine, c'est quelqu'un". "Vous vous trompez, Françoise, elle est assez bien, trop bien pour ici. Mais allez la prévenir que je ne pourrai pas la voir aujourd'hui".
Proust, Sodome et Gomorrhe, Folio, P. 172-173
lundi 1 octobre 2007
Par Guillaume Vissac le lundi 1 octobre 2007, 21:07 - Journal
You got to understand, sometimes on the farm, finding magic was so hard you had to make the magic up yourself. A vivid imagination, Mom called it. Dad called it lying. He was always on my ass for showing off. Making a spectacle of myself. Me, I never saw it as lying. I was just making the world a more livable place. For her. And then of course, because of her, for me.
Plus I was born there, in Pocatello. The Princess Theater wasn't there anymore by the time I came on the scene. By the time I came around to it, it was the Chief Theater, and JUDY GARLAND was in smaller blue capital letters under THE WIZARD OF OZ, which was in big red capital letters on the marquee. I was wearing my brown suit just like my dad's suit with a matching hat like Dad's too, like men used to wear in the thirties or forties. The day was cold and bright, and Sis held my hand and helped me sound out the big red capital letters. That's how I learned the letter Z. Neon red and yellow arrows were going around and around the marquee and people were everywhere. Mom bought Sis a Cup of Gold candy bar and me Milk Duds. Inside the theater it was dark. I sat next to Mom, and Sis was on the other side of Mom, and I was so little in the seat my Buster Brown shoes stuck out right in front of me.
When the curtains opened, it was a black-and-white Dorothy and Toto and Auntie Em on the screen. A ways into the movie, in a moment, my mother put her hand inside my hand. She leaned over to me. Her perfume. The sound of her dress against her nylons.
Now watch cloesly, Mom whispered. This new part is magic.
When I looked back up at the screen, the black and white had turn to color.
Magic. That's just what it was. Magic.Tom Spanbauer, Now is the Hour, Houghton Mifflin Company, P. 32-33.
vendredi 21 septembre 2007
Par Guillaume Vissac le vendredi 21 septembre 2007, 17:06 - Journal
Ça, c'est un truc qui vient directement de mes années de collège/lycée (surtout collège), je vous le dis de suite. Ça, c'est un truc tout con, mais qui a pourtant tendance à me pourrir la vie quand il s'agit pour moi de relire et de corriger mes textes (nouvelles, romans, autres) en cours. Ça m'arrive en ce moment même, alors que j'apporte les dernières (ultimes) corrections pour « Cette vie ». Ça m'arrive un peu trop souvent à mon goût.
Ça : la haine de la répétition. Non, pas exactement ça. L'incapacité mentale de pouvoir admettre une répétition. Voilà, c'est déjà mieux, c'est déjà plus proche de la réalité. Je m'explique.
lundi 2 octobre 2006
Par Guillaume Vissac le lundi 2 octobre 2006, 18:22 - Journal
Tu sors juste devant chez moi, juste à quelques mètres et tu le sens. Parfois même, c'est arrivé, juste sur mon balcon, tu le sens. Comme un truc dans l'air qui vient d'un peu plus loin. Et c'est encore plus évident quand tu aperçois le stade tout éclairé, là-bas, tout au bout. Et même si en fait, des fois, tu n'entends rien du tout, en le voyant, tu l'entends quand même, ce qui est peut être encore mieux. Une sorte de respiration indescriptible, c'est d'ailleurs pourquoi je ne l'explique pas. L'ambiance. C'est ça le mot, l'ambiance.
Un soir à Geoffroy Guichard, donc, parce que mon frère nous a passé deux places, pour mon père et moi. Et des souvenirs, des souvenirs de gosses (quoi d'autre ?) qui reviennent et qui s'entremêlent. D'abord, le dernier match auquel j'ai assisté. A vue de nez, c'était il y a quelque chose comme six, sept ans. Je ne sais plus exactement. Je me rappelle que c'était l'année de la remontée en D1 (parce qu'à l'époque, on appelait encore ça la D1) de l'ASSE. C'était contre Nantes. C'était contre Nantes et il pleuvait. Je ne me souviens plus du score, je ne me souviens plus non plus du gardien des verts de l'époque. Juste que c'était contre Nantes et qu'il pleuvait beaucoup.
L'autre souvenir, il est encore plus vieux. C'est un souvenir d'un autre ASSE-PSG, il y a longtemps. Et la première chose qui me revient en tête lorsque je me mets à penser à cet ASSE-PSG, c'est un nom, c'est un joueur : Jean-Philippe Séchet. Je revois vaguement sa tête, sa photo des albums Panini que je collectionnais à l'époque, que tout le monde collectionnait. Par contre, je suis incapable de me rappeler dans laquelle des deux équipes il jouait. Je sais qu'il a porté les deux maillots, à un moment dans sa carrière mais là, maintenant, je n'arrive plus à me rappeler où il jouait pour ce match-là. Mais peu importe. Je ne me rappelle que de lui. De Jean Philippe Séchet, qui jouait pour Sainté ou pour Paris et déjà, à cette époque, ma préférence allait pour Paris. Et déjà, à cette époque, il fallait faire semblant d'être content quand l'ASSE marquait et triste quand Paris égalisait. Je crois que c'était dans cet ordre et, dans mon souvenir, il y a eu match nul (Edit du 08/01/08 : en réalité Paris avait gagné trois à un dont un but de Séchet, justement, c'est resté la dernière victoire du PSG à G. Guichard pendant plus de dix ans). Mais peut être est-ce plus une impression reconstituée qu'un vrai souvenir. Sur le terrain aussi, il me semble, Lubomir Moravcik et Joseph-Antoine Bell. Et mes yeux de gamins gigantesques pour les voir tous s'agiter un peu plus bas, petites tâches de couleurs vertes ou bleues.
Autre match, mais même période. Match de coupe de france. David contre Goliath. Côte Chaude contre Paris. Côte Chaude, le quartier de Fanny, celui-là même où, « bien des années plus tard », c'est à dire l'année dernière, je retrouvais des coupures de journaux qui parlaient de ce match dans une salle du quartier dans laquelle Fanny a fêté son anniversaire. Bref. Paris avait gagné 10-0. Et sur le terrain, là-bas, tout en bas, Raï, le numéro dix, mon idole de l'époque. Il me semble qu'il avait marqué mais je ne suis plus très sûr. Je me rappelle même que les journalistes nationaux de l'époque parlaient de Paris contre « la côte chaude », ce qui faisait bien sûr sourire les stéphanois...
Dernier souvenir, qui doit se situer à la même époque que le précédent. Je crois qu'il s'agit du dernier match de championnat, c'est contre Martigues et les verts sont directement concernés par la relégation. Je ne me souviens plus du résultat, je ne me souviens même plus du match en lui-même. Tout ce qui me revient, c'est le retour, en marchant sur le parking du stade, tristes, parce que quel que fut le résultat, St-Etienne descendait en D2. Et puis quelqu'un qui dit, je ne sais plus qui c'est, mon père mon frère, je ne sais plus : on préférerait être lyonnais ce soir. Et comment.
Hier soir, il a encore fallu faire semblant d'être content lorsque St-Etienne a marqué. Mais moins qu'il y a dix ans. Beaucoup moins.
Hier soir, Paris a perdu, tant pis. C'était quand même un beau match. Ne serait-ce que parce qu'il m'a rappelé toutes ces petites choses. C'est bête non ?
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