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Tag - Réminiscence

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lundi 23 mars 2009

Dans la foulée des peurs primaires

J'y repense ce matin en montant doucement sur Paris, rails obligent, j'y repense et déjà compose la note mentale du jour qui m'amènera à esquisser la note présente.

C'est un souvenir d'enfance sans doute, j'ai sept-huit ans peut-être, je ne sais plus, et nous sommes dans le salon, et ma mère attend le retour de quelqu'un qui tarde trop, mon père certainement ou bien mon frère peut-être, elle attend le nez collé à la vitre qui regarde au loin, plus loin dans le ciel du dessus. Je me colle à côté et j'attends avec elle et puis je lui dis la phrase rituelle, revenue plus d'une fois :

- Il est p'etre mort.

Puis c'est tout, voilà, je me tais, et j'ignore ce que ma mère me répond. Peut-être qu'avec le temps elle a pris l'habitude de ne plus me répondre, donc de ne plus m'écouter.

Les peurs primaires dont il est question là-bas, elles sont présentes déjà. Parce que ce n'était pas une histoire de sadisme, simplement la remarque haute d'une réalité parallèle qui pourrait être aussi valable que n'importe quelle autre. Une micro-fiction le temps d'un battement d'œil puis qui s'éteint dès l'ouverture de la porte. Personne n'est mort, bien sûr (ou plutôt si, un tas de gens est mort, juste que moi je ne les connaissais pas), mais le temps de regarder le ciel en silence avec ma mère, il s'était installé entre les deux une autre ligne de fuite qui aurait pu être mais n'a pas été. Tant mieux. Mais l'image n'est pas éteinte pour autant.

mercredi 24 décembre 2008

Gomme

J'ai posé un pied en vacances et suis tombé malade. Mais sûr que pour lundi prochain, date de la reprise du boulot, je serai largement rétabli (ouf). Entre temps, quelques jours passés, parfois comme un vide à combler. D'autres, comme samedi soir, m'ont bien coûté ma voix mais ce n'est pas très grave : la dernière fois que j'avais joué au Taboo XXL avec eux, c'était il y a un an et demi, je m'apprêtais à partir. J'ai apprécié cette soirée là.

Les autres jours dans du coton : ne rien entendre, sentir, ni voir. Jusqu'à aujourd'hui. Certes je n'entends ni ne sens toujours rien, mais au moins je vois mieux. De nouveaux verres scotchés aux paupières qui me font découvrir la vue, la fenêtre de mon ancienne chambre, comme si elle avait

L'impression en traversant les reflets, les fenêtres, les miroirs, que le nombre de pixels affiché à augmenté, que la courbe des lumières est plus nette, plus fine.

viré HD dans la nuit. C'est la même bizarre transformation du dehors qui s'opère, grosso modo à la même époque que pour la dernière fois ; c'était il y a deux ans.

Entre temps je n'ai pas écrit une ligne, je ne sais plus écrire ici, mon bureau a changé de mur, et tout simplement je n'y vis plus. Je n'ai pas mieux lu, laissant Marelle où il était, tant pis pour le deuxième tour de tous les côtés, ce sera pour plus tard. Je me suis simplement laissé prendre par l'envie de me retaper tous les Fly (37 volumes). Commencé vendredi, fini hier.

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Dans mes bulles en pointillés, hier avant de dormir, dans la foulée des dernières pages, j'ai essayé de me souvenir de cette ersatz de fanfiction que j'avais essayer de monter quand j'avais treize ou quatorze ans.

Je me rappelle des épisodes imprimés sur papier et des visages des uns et des autres reproduits lorsqu'ils apparaissaient tout en pixels. Mais l'histoire, non, je ne m'en souviens pas, sinon quelques grandes lignes : plusieurs années après la disparition du héros, une nouvelle menace se présentait, et il fallait à nouveau, etc.

Puis d'autres idées qui m'aident à trouver le sommeil : dix ans plus tard, le monde vit paisiblement, les monstres rassemblés sur l'île des montres, les personnages trop vieux pour avoir encore survécus probablement déjà morts, et les autres séparés par leurs nouvelles vies et par le temps qui creuse. La plupart des héros sont amères de voir leur exploit si vite effacé de la mémoire collective et tous les anciens frères d'armes guettent le retour du héros qui ne revient pas. Quelques uns ayant trop combattus sont désormais des infirmes incapables de marcher. La magie elle-même aurait perdu son utilité faute de menace sérieuse. L'humanité peu à peu s'enfoncerait dans l'ennui. Il y aurait probablement peu de combat dans cette fiction fictive, elle serait très vite barbante et les fans du mangas, s'il en reste, la bouderait vite. Le héros ne reparaitrait que sous une apparence de clochard, sous un autre nom, il errerait sans parler à la recherche de la larme des dieux morte dix ans plus tôt, censée renaître. Il y aurait aussi de grandes phrases du type un monde en paix n'a plus besoin de héros ou encore nous avons payé de nos personnes pour que la Justice l'emporte, il y a dix ans, mais aujourd'hui, regarde ce qu'il en reste. Et tout le monde serait fort triste, parce qu'au fond à quoi peut bien servir une équipe de héros quand il n'y a plus personne à combattre ou à sauver ?

Je repars en arrière vers la même période, ce matin, par l'intermédiaire de la wayback machine. Toujours les mêmes obsessions toilées : mes anciens sites, ceux que j'appréciais alors, les sites de fanfics et autres forums ezboard. Je n'ai retrouvé aucune fanfiction sur Fly en revanche, manga trop vieillot (et vieillis) qui ne doit plus intéresser grand monde, malgré sa nouvelle traduction.

Il s'agit pourtant d'une fiction qui m'a suivi des années durant et pour laquelle je garde une certaine tendresse, ne serait-ce que pour ce genre de phrases magiques :

fly2.JPG

Et toutes ces heures passées à attendre la sortie du prochain volume : c'était la première fois que je lisais comme ça un manga encore en cours de parution. Les suivants, parfois meilleurs, étaient pourtant bien fades en comparaison.

vendredi 12 décembre 2008

Noms

Jamais bon signe de se souvenir des noms. Ça me ramène à des réminiscences type collège/lycée (jamais bon signe, ça non plus, les réminiscences type collège/lycée, jamais bon signe de revenir en arrière et de se dire merde ou quelque autre mot avoisinant). Je prends l'ami Parkinson d'hier comme nom témoin, histoire de ne pas prendre le mien ou n'importe quel autre.

Se souvenir du nom, précisément, avec une espèce de crainte doublée d'agacement dans la voix, ça donne des ah, alors c'est vous les parents du petit Parkinson ou encore, Parkinson, ah oui... je crois que j'ai déjà eu ton frère il y a quelques années... (les points de suspension, dans ces cas là, sont également sonores), respectivement les jours de rencontre parents-profs et autres rentrées scolaires. Puis, plus tard, Parkinson, c'est aussi le seul nom de toute la classe dont on se souvienne après seulement deux heures de cours données au hasard et préparées la veille. Le nom du pire gamin complètement con qui est pas foutu d'aligner trois. Bref, le nom du pire gamin. Celui qu'on accompagne dans le bureau du principal, au risque de louper son bus et de rentrer en retard, celui qu'on entend marmonner un mais c'est vrai c'est pas ma faute pis t'façon j'men fous pendant qu'il frotte le pied par terre pour s'occuper les yeux.

Un peu plus tôt, c'est aussi celui qui commande un livre qu'on n'a pas en stock et qui veut savoir, parce que c'est comme ça, quand c'est qu'on va le recevoir, et qui appelle, et qui dit c'est Parkinson, là, vous l'avez reçu mon bouquin et on lui dit que non, ça prendra bien une semaine à cause du fournisseur et tout, en plus y a un jour férié dans le lot alors bon, faut comprendre, et qui finit par raccrocher en disant à demain, au cas où, juste pour vérifier, ça me dérange pas.

Et puis encore plus tard c'est pareil, c'est toujours le nom du pire qui revient, parfois même avant le nom, juste les derniers numéros qui s'affichent sur l'écran du téléphone ou bien la voix qui s'articule dans l'oreillette du casque. On nous dit Bonjour, c'est M. Parkinson, alors on répond, Ouiii, M. Parkinson, comment allez-vous ? en se forçant la mâchoire pour pas qu'elle aille crisper la voix autant qu'elle déforme les traits du visage, signes aux autres autour qui signifient souvent oh putain... M. Parkinson est toujours le pire client, celui qui dépense le plus, par conséquent celui qui se donne le droit de prendre tout le monde pour pas grand chose, à qui il arrive toujours les pires retards de livraison et autres casses transport. Celui-là, oui, on le reconnaît à la voix et on n'aime pas trop l'entendre, tout en sachant qu'on l'entendra encore, puisqu'il commande à nouveau, d'autres produits pour d'autres problèmes, et d'autres appels à venir, on le sait bien, et sa voix restera, comme son nom, martelée rouge sur l'écran du téléphone. Encore un de ces trucs qui, quand ils arrivent, provoquent des merde mentaux ou, pire, des migraines préventives.

Jamais bon signe de se souvenir des noms, toujours ceux-là qu'on fixe en premier dans la mémoire, toujours ceux-là qui marquent, sorte de tremblote mentale intempestive. Mais comme il faut bien se forcer, toujours répondre un oui comment allez-vous ? et puis faire semblant de le penser.

mardi 25 novembre 2008

Punching ball (gratuit)

Quand j'étais plus jeune, mon oncle m'avait offert pour noël un punching ball, que je puisse au moins rediriger mon agressivité latente vers quelque chose qui amortisse. Ça n'avait pas très bien marché. Aujourd'hui je me suis fait punching ball pour cinq minutes. Le type s'est défoulé sur moi, je sais très bien ce que c'est, j'ai moi-même déjà été ce type là auprès d'autres service client. J'ai retenu toute l'agressivité qu'il m'avait transmise par l'intermédiaire du combiné. Je n'ai rien d'autre pour la dissiper que mes rêves déjà passés (paradoxe temporel) : ce matin, je brisais mon ordinateur sur un coin de table pour un but encaissé à Football Manager.

samedi 25 octobre 2008

Mire

Je ne grimpe pas dans mon four pour remonter le temps, je ne cherche pas les dinosaures à quatre pattes au fond derrière la grille. Je ne prends pas non plus place dans la De Lorean de Retour vers le futur ni ne grimpe sur les épaules de Billy Pèlerin en espérant croiser les murs. Je me contente d'attraper deux boites de CD aux jaquettes asiatiques-piratées. Je les écoutes les doigts collés aux vibrations du clavier.

mire.JPG

Yoko Kanno mise à part, je n'écoute plus grand chose des trucs que j'écoutais à cette époque là. Je suis en seconde et je découvre Konci comme si c'était vrai. Les modems sont encore crachotants, 56k etc., donc je me fournis là-bas quand il m'arrive de passer sur Paris. C'est là-bas que je rencontre S. Elle est il le matin puis ressort elle l'après-midi. Sacrée remontée dans le temps. Elle me glisse deux CD dans la main que je n'ai plus écoutés depuis des années et puis nous nous séparons là ; je lui demande où on est au fait, elle rigole puis s'en va, je me repère sur les cartes anonymes derrière.




Je glisse mes deux disques dans l'ordi une fois de retour à la maison, filtrés par Winamp, décodés par ces enceintes fatiguées que l'on avait alors. De ces deux disques je garde deux pistes. Instrumentales, bien sûr. Elles seules dans ma playlist. Décor tapis sous une fenêtre IRC archaïque. Ces deux musiques s'enchaînent et se recouvrent et se complètent, elles tournent l'une sur l'autre, je ne me rends pas vraiment compte de qui débute quand et finit où. Simplement : bande son factice d'un automne bref sept ans plus tôt.

On ne connaît pas les gens à qui on parle entre deux époques, coupées en deux, dispersées derrière l'épaule de Billy Pèlerin, sous l'une des portes de la De Lorean, dans le noir du fond du four tout en bas à droite. On ne les connaît pas, c'est vrai quoi. Tout ce qu'on a pu se dire a glissé depuis la faille vers n'importe où ailleurs. Ne reste que ces deux morceaux que je n'écoute plus. Je les vois quand même, de temps à autre, quand le hasard me fait penser à S. Le clavier vibre depuis ces bandes son. Au fond, je ne me souviens même pas des images auxquelles elles sont censées se raccorder. L'OAV d'Angel Sanctuary était mauvais et je n'ai jamais joué à Ocarina of time. Reste que j'y ai pensé il y a quelques jours, je ne sais plus pourquoi, peut-être parce que H. est absent pour une semaine, que l'appartement vide résonne mal, que je le remplis de musique et de rêveries histoire de. J'étais à l'abri pourtant : ces deux pistes ne figurent pas dans la mémoire fissurée de mon lecteur MP3. Le plus étrange, c'est que cette musique ne relâche derrière aucune émotion : simplement la vision imparfaite d'instants d'automne, le bureau blanc, l'ordinateur, la fenêtre IRC. Rien sur S. ni personne d'autre. Je colle mon oreille tout contre le clavier tremblant : rien que des vibrations chaudes. Cette époque là terne et morte derrière les rideaux tombés depuis longtemps. D'autres moments de cette année me manquent, mais pas ceux là. Ils restent creux. Je vois bien la page IRC mais elle reste blanche et n'affiche jamais rien. La musique tourne, c'est tout.

mercredi 13 août 2008

Des piles de A, B, C...

Dire troisième déménagement en un an signifie aussi : troisième rangement-classement des bouquins en un an. Logique. Sauf qu'entre temps (un an, donc), d'autres piles de livres se sont formées. Les rayons débordent. Et la mise en carton a complètement cassé l'ordre alphabétique drastiquement organisé. Tout refaire du coup. Au risque de se faire traiter de névrosé parfois.

De fait aujourd'hui : les lettres A à D, soit d'Ajvaz à Duras, plus les anonymes, revues et autres compilations ou anthologies. L'envie aussi de mettre le Théâtre et la Poésie à part. En profiter aussi, après achat d'une quatrième étagère, pour aérer un peu plus les rayons.

(Prétendue) photo faite à la même époque introuvable. Celle-ci date d'aujourd'hui.



Hasard (ou coïncidence) des déménagements, deux paragraphes épars retrouvés sur le sujet. Le premier date de l'année dernière, il est issu des prémices du Journal (bis). Le second est en réalité l'un des fragment de Qu'est-ce qu'un logement, actuellement en pleine finalisation.
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13 juillet 2007

La première étagère remplie finalement ; le reste des bouquins encore éparpillée sur le sol en attente de mieux (de E/F à la fin globalement). Restera ensuite à trouver une place aux Bds/mangas qu'il restera. Peut-être la nécessité d'investir dans une quatrième étagère, ou bien un meuble spécifique. A voir. La chambre est encore large malgré les meubles, il reste de la place. Plus encore une fois la structure du clic-clac récupérée, montée et repliée. A voir (bis) une fois arrivé à la lettre Z (reste à débattre la position des ouvrages critiques, biographies, philo, que je préférerais séparer du reste). D'ici là, d'autres piles à construire, d'autres équilibres à ménager. Plusieurs piles sont en réalité composées de plusieurs blocs. Question d'équilibre, justement. Et l'impression pendant l'agencement de ces chaos alphabétiques de virer machine, à marmonner à moité chaque première lettre de chaque auteur rencontré. Des séries de A, B, A, A, A, C, A, D, D, A, C... qui me font devenir automate : à la limite du binaire 0, 1, 0, 0, 0, 1, 1, 0, 1, 1, 1... Quand je m'aperçois que je ne parviens plus à différencier Austen d'Auster et que je place sciemment un N au beau milieu des C sans parvenir à censurer mon geste, que je ne sens plus mes chevilles ni mes genoux et que je ne respire plus que les odeurs de poussière entre les pages, je me dis qu'il vaut mieux faire une pause. Reprendre (et terminer) plus tard.

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J'empile des noms d'auteurs sur le sol classés par lettres. Il y a beaucoup de A, beaucoup de E, beaucoup de G, beaucoup de M. Beaucoup de O, beaucoup de S. Je recouvre bientôt les trois quarts du parquet, dans la chambre on ne peut plus marcher sans écarter les pas. Le parquet vitrifié garde en reflet les traces de mes derniers déplacements, ils se recouvrent au hasard de mes allers entre les piles. Il y a beaucoup de B, beaucoup de F, beaucoup de U. Curieusement, beaucoup de W aussi.

mardi 1 juillet 2008

Théodore Monod

Cet endroit que je croise tous les matins depuis la vitre du tram et qui tous les matins me fait penser à Dachau. Je ne sais pas pourquoi. Je sais simplement que je n'y ai jamais mis les pieds, je me contente de l'apercevoir et de glisser autour, selon la courbe des rails au sol, je vois simplement ces haies taillées, ces arbres droits, la grande allée centrale. Il y fait toujours beau d'un soleil fixe et fort. C'est peut-être ça. Cette image de champ ouvert sur canicule dure me ramène huit ans plus tôt, à Dachau justement.
Il me reste peu de souvenirs, en réalité, de ce « voyage linguistique » de quatre ou cinq jours effectués en 2000 durant l'année de quatrième.
Je me souviens en revanche de toute la réticence agacée de mon prof d'allemand de l'époque, qui refusait pertinemment de se joindre au voyage, argumentant que ces séjours linguistiques n'avaient de linguistique que le nom, ce en quoi il n'avait pas tout à fait tort : nous sommes toujours restés entre nous, évidemment, nous n'avons pas parlé un seul mot d'allemand, et je me rappelle d'une des heures de cours qui avaient suivi notre retour et les moqueries du prof en question devant une élève qui disait ne pas connaître le mot Apotheke (pharmacie) alors que des pharmacies, si elle avait un peu levé le nez durant le voyage, elle en aurait croisées, cela aurait au moins pu servir à ça.
Il me semble que nous étions allé « visiter » Dachau sur la fin du séjour. Il faisait très chaud, le soleil était dur.
J'avais pris des coups de soleil les jours précédents, n'ayant bien évidemment pas pensé à prendre de la crème solaire (ou bien alors j'en avais et je n'avais pas pensé à m'en servir). On m'explique alors de ne pas mettre d'eau par dessus au risque de favoriser un effet loupe sur la peau mais je le fais quand même parce que ces brûlures me lancent.
Je revois l'immensité du champ principal. Des allées en gravier et les marques au sol de ce qui soutenait soixante ans plus tôt les baraquements des détenus. La pelouse est finement tondu, sur la gauche il y a un petit coin d'ombre, un chemin encadré de haies, un sentier agréable qui conduit aux fours crématoires qui ont été conservés en l'état. Je n'ai aucun souvenir du film documentaire que l'on nous passe le matin, dans l'une des salles de projections du bâtiment principal, mais je me souviens de l'intérieur des fours, des traces qui s'y sont creusées et qui dessinent vaguement l'ombre d'un squelette accroché aux parois. Les marques des poignets pèsent à l'intérieur. Je prends des photos inutilisables à cause du manque de luminosité.
A l'époque il s'agit encore d'appareil photo argentique. Impossible de voir l'aperçu du cliché s'afficher dans l'instant, comme maintenant. Je rate la moitié de ces photos sans le savoir.
Plus loin le chemin, qui devient peut-être sentier, s'enfonce et j'ignore où il mène.
Cet endroit je le croise aussi les après-midi sur les coups de seize ou dix-sept heures, en sens inverse. Ce qui veut dire que j'aperçois d'abord la grande allée principale encadrée d'arbres, eux-mêmes encadrés par des tuteurs massifs, disposés en croix autour des troncs. Je pense d'autant plus à Dachau que c'est bien cette allée massive saturée de lumière qui me renvoie au champ gigantesque amputé de ses baraquements
Ils n'en ont gardé qu'un ou deux en l'état, des volières étroites que nous visitons rapidement, les autres ont tous été rasés, démontés, découpés. Au sol se découvrent encore les traces des fondations sèches à présent.
, celui-là même où nous nous étions posé un moment, dix minutes ou bien une heure, sur cette photo irréelle qui s'altère quelque part dans un placard à St-Etienne.
Cette photo perce quelque chose que je n'identifie pas. C'est peut-être le temps. De mémoire, on nous y voit
nous, c'est à dire notre petit groupe d'une petite dizaine de personnes, parmi lesquels C., M., J., P., R. et moi-même. D'autres peut-être.
allongés au sol, à l'ombre d'un arbre hors champ, les mains sous la nuque, le ciel bleu-plastique. Derrière nous peut-être, je revois l'un de ces baraquements en friches dont la surface occupée alors est à présent aplanie par de gros graviers ternes. Je crois que nous avions quartier libre pour la visite du camp, je crois que nous sommes en avance par rapport à l'horaire fixé pour le retour. Alors on attend, on patiente, à l'ombre de cet arbre hors champ et de ce baraquement dont l'ombre n'éclaire plus qu'un passé trop abrupte pour nous. Je ne sais pas si nous prenons réellement conscience de l'énorme décalage qui existe entre le sol que l'on foule et l'attitude que l'on a. Nous sommes en vacances, allongés dans l'herbe. Je ne sais pas si je vois déjà ce décalage pendant que je le vis ou si ce sont mes propres regards successifs sur cette même photo qui, après coup, d'année en année, ont déteint sur mes souvenirs d'alors. De cet instant ne reste que cette photo, qui, peut-être, a duré des heures.
Il m'est arrivé parfois d'apercevoir dans les allées ou sur les pelouses du parc Théodore Monod des silhouettes pieds ou torse nus, allongées dans l'herbe à attendre que l'air chaud tout contre se dissipe lentement. Qu'on puisse s'y prélasser me paraît banal, quand bien même c'est Dachau à nos portes.

vendredi 18 avril 2008

Matriochkas ferroviaires

Hier.

Je suis assis dans le train à côté d'un type qui se cache derrière ses cheveux et de l'autre côté de ses cheveux traverse un regard qui s'étale sur l'écran LCD d'un portable de marque Apple à la carrosserie métallisée. Il regarde Je suis une légende, en version française probablement puisque je ne remarque pas de sous-titres (ou alors en version originale non sous-titrée ou alors en version polonaise parce qu'il doit bosser son polonais), l'image rame lorsque l'action se précipite un peu trop sur l'écran, l'image rame souvent.

Je me souviens avoir marché tout seul le long de l'avenue Mitterrand au Mans et avoir vu glisser sur l'asphalte les gommes d'un bus de la Setram sur les parois duquel on pouvait apercevoir les premières images promotionnelles du film Je suis une légende (de la pub donc) avec la tronche à Will Smith en gros plan et le titre JE SUIS UNE LEGENDE écrit en gros et en gras comme à l'instant. Ignorant tout de ce film (qui à l'époque n'était pas encore sorti en salle)...


et du bouquin aussi par la même occasion car j'ignorais que ce film en réalité était tiré d'un bouquin de Richard Matheson dont Hugo m'a expliqué le concept après coup.


...je me demandais sérieusement, en voyant défiler ces affiches mouvantes autour de moi, pour quel film on faisait là la promotion et pourquoi le slogan de la pub recouvrait toute l'affiche ; en gros je me disais « je suis une légende, ok, on a compris, mais c'est quoi le titre du film ? »


Le film dure peut-être quarante-cinq minutes ou une heure (ou une heure dix) avant de se figer dans le flou d'une image noire : plus de batteries.

Le plan précédent faisait glisser Will Smith dans un piège grossier, un taxi tombe à la renverse depuis le bord d'un pont et le corps de Will Smith bascule à l'envers, pendu par le pied à un mètre du sol, son chien autour s'agite et lui saute autour et l'image noir se fige à ce moment là.


Mon voisin de siège ferme le capot de son portable de marque Apple et sort son lecteur MP3 de marque Apple sur l'écran duquel il regarde quelque chose, autre chose, que je n'arrive pas à identifier parce que l'écran est trop petit, je remarque juste qu'il y a des sous-titres cette fois-ci.

Pendant ce temps je sors un bouquin parce que j'ai toujours des scrupules à visser les écouteurs de mon MP3 dès le début du voyage. Des scrupules, j'en ai également en ouvrant les pages d'Eden, Eden, Eden, ou plutôt non, pas des scrupules, mais plutôt un léger embarras, parce que lire ce genre de livre en public, ça fait bizarre. Donc je m'enfonce sur mon siège.

Et pendant ce temps là je ne lis pas la suite de Mao II comme indiqué sur la banderole de droite...


ou d'ailleurs si jamais un visiteur du futur décide de s'intéresser à ce billet et qu'entre temps le design ait changé


...tout simplement parce qu'il ne m'emballe que moyennement.


Sur la surface filante-panoramique de ma vitre personnelle...

Dans la mesure du possible, j'essaie de toujours prendre des places côté fenêtre, ci-possible à l'étage, pour mieux pouvoir observer le paysage tartiné autour des wagons qui défilent.


L'autre raison c'est que je n'aime pas avoir à me lever pour faire de la place quand mon voisin décide brusquement d'aller aux toilettes ou bien de gagner la voiture bar : cela m'emmerde.



...je remarque ou plutôt j'attends...

Depuis que j'emprunte cette ligne et ces TGV, je suis toujours alerte et impatient quand ce moment arrive, c'est une habitude et un plaisir parfaitement inexplicable.



... l'irruption soudaine-pas-si-soudaine de la gare de Massy...

Elle est enterrée dans le sol, sorte de long couloir obscur dans un trou bordé de quais et, parfois, de voyageurs en file indienne sur ces quais et, au bout du bout du tunnel, parfois, un morceau de ciel sur lequel fusent les réacteurs silencieux d'un avion qui décolle ou bien se pose.



...et surtout l'après Massy, parce que le paysage filant-panoramique exhibe quelques unes de ces zones industrielles que j'aime particulièrement observer, pas parce qu'elles sont esthétiques bien sûr mais justement parce qu'elles sont affreuses et grandioses et que s'enchaînent sur les asphaltes à la fois des usines bétonnées et rouillées ou encore des immeubles écaillés ou bien des champs de voitures brillantes à perte de vue ou bien des sorties d'autoroutes entortillées ou bien des échangeurs ferroviaires qui s'entremêlent et qu'on traverse tout à fait accessoirement.

Je me demande par ailleurs comment fonctionnent ces fameux échangeurs : comment organise-t-on les passages de tels TGV pour telles destinations et comment le planning doit être minuté pour ensuite ouvrir d'autres voies pour d'autres TGV qui eux-mêmes filent déjà vers d'autres destinations, probablement situées à l'autre bout de la France par rapport à celles pour lesquelles je me suis engagé, et probablement, à l'intérieur, des centaines de passagers qui lisent, dorment ou mangent, se déplacent peut-être, à trois cent kilomètres heure et qui ne se demandent pas une seule fois comment fonctionnent ces fichus échangeurs ferroviaires qui ne s'appellent d'ailleurs probablement pas des « échangeurs » en réalité car je dois confondre avec les échangeurs autoroutiers...


Après piètre vérification, Wikipédia ne clarifie pas ni ne confirme ma confusion vis à vis de cette histoire d'échangeurs.


Ajout du 20 avril 2008 : Dans son commentaire d'hier, Tom me suggère fort sympathiquement le mot "aiguillage" . Va pour "aiguillage".



Lorsque ces moments arrivent, je colle mon coude contre la bouche d'aération-climatisation...

L'air froid se colle contre la manche de mon pull et s'infiltre à l'intérieur.


...et mon regard contre la vitre sur laquelle s'animent ces panoramas tant attendus et je fixe les masses défilantes de choses qui s'échouent par dessus la carcasse du TGV.

Je sors par ailleurs mon portable et commence à filmer ces zones fuyantes qui ne cessent de s'échapper de la surface de « ma » vitre.


Depuis que je prend cette ligne et ce TGV pour revenir à Sainté, je me dis que « la prochaine fois j'emporte ma toute petite caméra-vidéo et je filme la vitre sur laquelle s'échouent mes paysages » mais je ne le fais jamais, faute de mémoire, faute de temps, de peur d'avoir l'air d'un pitre.


Cette fois je filme et je fixe l'image mouvante elle-même fixée sur l'écran de mon portable. Deux ou bien trois fichiers (je ne sais plus) pour une durée totale d'un quart d'heure environ. Massy et sa banlieue.


La banlieue parisienne et sa banlieue.


La campagne à portée d'oeillade.



Pendant mes observations panoramiques, tenant mon portable à droite, je zappe les musiques défilantes de mon MP3 à gauche. Je cherche avec plaisir les musiques tirées des duels de la série Utena dans laquelle nous nous sommes replongée, avec Hugo, depuis quelques jours. Quelques musiques tirées du film, également. Arrivant sur l'une des nombreuses chansons de Bowie qui fleurissent entre mes 20 giga de mémoire...

Letter to Hermione, en l'occurrence, tirée de l'album Space Oddity.



...je me remets à penser à ce concert hypothétique et purement fictif que Bowie donnerait si jamais il décidait de rechanter en live toutes les chansons qu'il néglige habituellement dans ses tournées (récentes, tout du moins). J'y repense de temps à autre et au fur et à mesure que se bâtit le temps, je bâtis moi-même ma propre playlist que je ne manquerais pas de proposer au thin white duke lorsque celui-ci décidera enfin de se lancer dans une telle entreprise. Outre Letter to Hermione, je verrais bien des chansons comme Lady Grining Soul...
...Scream like a baby...
ou encore Thru these architect's eyes...
...soit trois chansons pas forcément très connues de Bowie que j'apprécie beaucoup.

En étendant mes jambes parce que trois heures de TGV c'est long je fais craquer mon genou gauche qui me lance toujours depuis mardi.

Mardi, dans les rues du vieux Mans, alors que nous cherchons négligemment un restau pour le soir et qu'on se prépare à opter pour une pizzeria qui à l'air sympathique...


En réalité cette pizzeria sera dégueulasse, comme la première pizzeria mancelle qu'on avait essayé plusieurs mois plus tôt sur la place de la République.


Apparemment les manceaux ne savent pas faire des pizzas : ça fait deux fois qu'on se retrouve avec des espèces de tartes pseudo croustillantes et pleines d'huile dans nos assiettes, et ce n'est pas bon du tout. A noter donc : ne pas manger de pizzas quand on se trouve au Mans. Les glaces (chocolat liégeois, dame blanche), en revanche, sont bonnes.


...je me tords la cheville entre deux pas et deux pavés et je m'étale par terre, sur les genoux en vrac, et les avant-bras un peu, parce que j'avais un sac avec des bouquins dedans entre les mains et, par instinct peut-être, par bêtise sans doute, j'ai préféré les préserver.


En l'occurrence, Le pendule de Foucault d'Umberto Ecco pour Hugo et une version anglaise de Moby Dick imprimée sur du papier chiotte (very dick). De son côté, Hugo porte des petits sacs avec à l'intérieur de nouveaux écouteurs pour mon MP3, un recueil de nouvelles de Roberto Bolano dont j'ai oublié le titre et la saison 4 d'X-Files expressément attendue.


Du coup je me relève avec une boule mouvante dans le genou gauche et des éraflures sur la peau et la surface de mon jean est abîmée.


Tout comme, bien des années en arrière, lorsqu'on jouait au foot dans la rue et donc sur l'asphalte et que j'étais goal souvent et que je plongeais sans hésitation et bizarrement, à cette époque, le sol ne me paraissait pas aussi dur qu'il m'a paru mardi dernier, probablement parce qu'à cette époque je tombais de moins haut ou peut-être parce que c'était une nécessité obligatoire ; mes pantalons, eux, finissaient souvent dans ce même état.



Proche de Lyon, le conducteur nous annonce que nous « arrivons bientôt à la gare de Lyon-Part-Dieu dix minutes d'arrêt » et le type à côté de moi...

Le même qui regardait Je suis une légende à travers ses cheveux et les batteries de son portable.



...me demande si « c'est bien la gare de Lyon-Part-Dieu. Je lui réponds « ouais ! » parce que je ne vois pas quoi lui répondre d'autre. Arrivé à Lyon, comme souvent, le TER pour Sainté se trouve sur le quais d'en face quand je débarque de mon TGV...

Qui, sans moi à l'intérieur, poursuit son parcourt jusqu'à Montpellier.


Où se trouve aujourd'hui (vendredi) Elise qui recherche des apparts, et que je devrais croiser dans les jours à venir.



...donc je poireaute sur ce quais là sans passer par les labyrinthes nains (comparés à la gare de Lyon j'entends) de la gare de Lyon-Part-Dieu. Les rafales d'air froid me rappelle qu'au pays des poulets, ces derniers jours, il faisait plutôt bon. Mon TER a cinq minutes de retard. J'attends en compagnie de trois théâtreux qui, de toutes évidences, se rendent à Sainté dans le but de passer le concours de la Comédie de Saint-Etienne.

Je vérifie bien qu'il ne s'agit pas de la soeur d'Hugo qui doit également se rendre à Sainté pour ce même concours dans les jours à venir (ou aujourd'hui peut-être, je ne sais plus), mais en fait non, il y a deux filles...


Dont une qui fait tomber sa pomme par terre et sa pomme roule sur le quais et manque de tomber au milieu des rails mais en fait non, arrêtée à temps par la main de la fille en question.


...et un mec.


Qui porte des Converse bleues qu'il qualifie lui-même de « chaussures de clown ».



Une fois dans le TER, ils martèlent le nom de « Saint-Etienne »...

Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne, Saint-Etienne...



...suffisamment souvent pour me donner l'impression que cette suite de sons n'est plus un mot mais une espèce de lieu légendaire qui n'existe pas, plus. Autour de nous s'étalent des paysages qui s'engrisent. On remarque parfois les crassiers naissants.

Du côté des sièges de devant, occupés par les théâtreux, j'entends certaines bribes de leurs paroles. Ou plutôt non : je baisse volontairement le volume de mon MP3 pour les entendre.


Ils répètent que ça fait chier pour une fois qu'on va dans le sud et bah il fait froid. Ou encore que pour une fois qu'on va dans le sud et bah c'est moche en fait, beurk.


Ce qui me fait repenser aux premiers temps où Hugo et moi nous connaissions mal...


Voilà qui date de 2002, l'année du fiasco nippo-corréen.


...je pestais déjà contre ceux qui (Hugo compris) faisaient référence à Saint-Etienne comme étant « dans le sud » alors que moi en réponse, souvent, je leur sortais des « hein ? quoi ? Pardon ? » parce que franchement il suffit de regarder une carte pour voir qu'on est dans le ventre mou quoi.


Et aussi que et bah j'avais un peu peur en partant parce qu'avec mon jambon dans mon sac, j'avais peur qu'il se mette à frire mais là comme il fait froid et bah non. Ou enfin que non mais Machin il abuse, je veux dire, voilà quoi, d'accord je sais ce que c'est que de vivre dans une famille monoparentale, m'enfin faut pas abuser non plus, quoi.


Ensuite je remonte le volume de mon MP3 parce que voilà quoi.



Je pose le pied sur le quais de la gare, le ciel est gris, il commence peut-être même à crachoter. Arrivé le jeudi, je repartirai jeudi prochain et entre temps le circuit habituel, je vois celles et ceux que je n'ai pas vu depuis des mois et je fais imprimer des trucs aux photocopieuses près de la fac (je dois aussi récupérer mon diplôme de licence).

Je termine de retenir mon souffle ; j'ai fait long aujourd'hui.

mardi 22 janvier 2008

Tout n'est rien

Je fais comme si je n'étais lu par personne. Personne en face de moi. Simplement un mur, le vide, moi-même, rien. Écrire ces lignes, ça m'a cassé les genoux. Je parle à ma page, à mon écran, au vide devant et à l'intérieur de moi.

Besoin de cracher des phrases. Des phrases qui se sont amoncelées entre mes tempes toute la journée et que je n'ai pas pu fixer ailleurs. Beaucoup de mots déjà écrits qui ne sont pas sortis de mes dossiers furtifs, à peine tracés et déjà archivés, fermés, fondus dans le blanc du fond. Ceux-là pas meilleurs que les autres, mais qu'on ne s'y trompe pas : ça existe. Les évènements importants de ma vie souvent camouflés ailleurs, ça existe. C'est là. Pas forcément sur le blog, mais là. A portée de main et de tête, juste devant moi.

La montée, pour aller là-haut, en voiture, dès le matin, à vous en foutre la gerbe au ventre, avec ces virages dans un sens et ces virages dans l'autre et le vide qui s'amasse en bas, contre la vitre. Si longtemps que je ne l'avais pas suivie cette montée-là. En haut, au bout de la route, il faisait froid, la pluie s'est arrêtée, le temps d'une heure ou deux peut-être. Le temps de l'église et du cortège après et le cimetière aussi.

chez mes grands-parents, en Haute-Loire, on y montait l'été, et moi je devais trouver ça long des fois, et avec mon frère on se battait à l'arrière de la voiture pour savoir qui-c'est-qui aurait le privilège d'écouter le walk-man (je me rappelle Mc Solaar, son premier album, ça remonte), et je jouais avec les jouets de là-haut, derrière la petite porte, et les lambris aussi et le jour où Ayrton Senna est mort, j'étais chez eux, pendant que mes parents géraient l'emménagement dans la maison actuelle

C'est les fleurs d'abord, j'en ai respiré la violence du symbole, je me le suis pris dans la gueule, je ne m'y attendais pas. Ces fleurs traitées spécialement pour ça par dessus le cercueil qu'on dirait qu'elle sont engluées dans le plastique, rigides et fausses à la fois. En les fixant pourtant je me suis vu savoir que je vacillerais peut-être. La mort pourtant laissait traîner sa langue sur ma nuque depuis jeudi maintenant. Et même de la voir, Mamie, allongée sur ce lit froid, ça ne m'avait rien fait. Mais les fleurs, en une seconde, et même leurs odeurs avalées par l'air dessus, ça s'est fixé en moi, mes phrases se sont cassées, il n'y avait plus rien d'autre que ces fleurs, ces absurdes, incompréhensibles, inimaginables fleurs qui ont plaqué mon regard.

La musique ensuite. En trois secondes, les premières mesures, les premières syllabes des deux morceaux j'ai senti passer le poids de l'heure au travers de mon corps. Par la musique ça passe. Cette sensibilité là, je l'ai. Atavique. Le reste : absent. Pas un souvenir, pas une parole, pas une pensée. Juste : les notes, le symbole, la fiction. Ça je le ressens. Un peu moins glacé que d'habitude à l'intérieur.

Mamie, elle faisait des gratins de pâtes super bons avec des grosses coquillettes, des coudes, et son jus de viande il était toujours super noir et c'était toujours meilleur que n'importe quoi que faisait mes parents, Mamie, elle se raclait la gorge et elle chassait les mouches qui tournaient dans la maison et elle gardait le lapin quand on partait en vacances des fois

Et puis ça s'est rassemblé dans mes mâchoires. Dans mes tempes. Jusqu'à l'occiput. J'ai craint la migraine plus tôt dans le matin mais la migraine s'est crashée en route. Autre chose. Simplement la tension canalisée dans mes os à mesure que ça convulsait sous l'épiderme. Ça. J'ai regardé le plafond de l'église, des fois. J'ai regardé les autres visages, quand j'ai pu. Mes mains au hasard emmêlées en elles-mêmes. Et ça revenait par vagues, des fois, je me suis tout pris dans les maxillaires, c'était la musique surtout, et les sanglots crus autour, et juste devant moi surtout, mon regard infiniment glacé dans la nuque de ma mère et ses gestes à elle saccadés dans les intervalles, ça me remontait le long du thorax, et là c'était la fin déjà, on partait le long de l'allée centrale, son corps pressé contre le mien, mes pas fragiles déjà et les images que j'avais derrière les yeux, je me souviens parfaitement, celle d'une cage thoracique, justement, qu'on tranche depuis l'intérieur, une lame de cutter à travers les os, le sang coupé brusque, plusieurs fois, de haut en bas de haut en bas de haut en bas, pour qu'entre mes tempes et mes mâchoires ça ne rompe pas, la main de ma mère dans ma main à moi, agrippée serrée, l'air du dehors qui un moment s'est infiltré, mon regard fixe sur l'en face de moi, le fourgon à ma droite, ma main déserte à présent, le regard fixe encore. Sec.

la dernière fois que je l'ai vue, il y a moins d'un mois, elle ne voulait pas lâcher ma main quand il a fallu partir et c'est la première chose à laquelle j'ai pensé quand j'ai su parce que ça me plaisait de m'en souvenir comme ça, sur cette image là et ce jour là elle souriait, je sais, elle avait pas beaucoup parlé mais elle souriait

Devant le marbre : le silence, avec entre les lames les crissements du plastique par dessus les fleurs. Les images, les noms, les visages. Les corps. Le poids de l'air. De la terre dans ma gorge et du sable entre les dents. Le dernier contact glacial de la peau sur la pierre, presque gêné, l'empreinte digitale qu'on y laisse, ça va geler quand l'hiver redoublera.

PS : Pour aujourd'hui ou la veille ou les jours d'avant, merci à ceux qui.

mardi 8 janvier 2008

Armindo Ferreira, je m'en souviens encore

Bien avant Chrono Cross, autre réminiscence vidéoludique. En vrai le jeu s'appelait Championship Manager, mais en France ça s'est toujours (ou presque) appelé l'Entraîneur, tout simplement. Et après ça Football Manager, depuis quelques années, mais ça c'est pour l'anecdote ; je joue actuellement à la version 2007 (j'entame ma troisième saison avec Brest, pour ceux que ça intéressent).

Mais rien à voir (ou si peu) avec le 2007 : celui dont je parle, c'était le premier jeu à s'appeler l'Entraîneur et il date de 1995. Me souviens plus exactement de comment on l'avait eu ce jeu là ; certainement mon frère qui l'avait acheté, parce qu'à l'époque, c'était lui qui connaissait ces choses là et moi qui suivait. L'Entraîneur, on y jouait sur le vieux 486, à l'époque où le bureau de ma mère se trouvait dans la pièce du bas (à l'époque, aussi, si je me souviens bien, où sur Fun Radio, car on écoutait Fun Radio, ils diffusaient une chanson des Rembrandts à outrance qui s'appelait I'll be there for you et ils prévenaient que bientôt une série américaine géniale allait être diffusée en France et qu'il fallait surtout pas la louper : elle s'appelait Friends). On y jouait sur le vieux 486, parce qu'à l'époque, le vieux 486 il était plutôt performant : il faisait même tourner Fifa 96, le premier Fifa en 3D.

Bref. Donc on jouait à l'Entraîneur. Et ce qu'il y avait de bien avec l'Entraîneur, c'est que c'était pas un jeu de foot comme les autres (d'abord c'était pas un jeu de foot) : c'était un jeu de management de foot. Nuance. Un jeu d'entraîneur, quoi, comme son nom l'indique.
Et tout ce qu'il y avait, dans l'Entraîneur, au fond (et ça n'a pas beaucoup changé depuis), c'était des tableurs. Et c'était génial. Parce que : une base de donnée hallucinante de je-sais-plus-combien de joueurs exactement, plein de clubs, plein de pays, etc. Et pour chaque joueur : ses statistiques, ses points forts, ses points faibles, les trucs qu'il aimait et les trucs qu'il aimait pas. Son poste de prédilection, sa tolérance à la blessure, sa valeur, ses états d'âmes, ses pétages de plomb. Et ainsi de suite, comme on dit. Alors avec ça, il fallait prendre en main un club (je prenais toujours soit Paris, soit Auxerre, soit Montpellier, allez savoir pourquoi, et dans ces équipes, on trouvait des Christophe Cocard, des Bernard Allou ou des Julio Cesar Dely-Valdes, toute une époque !), gérer les joueurs, les recruteurs, les adjoints, etc. Recruter. Bâtir une équipe. La diriger. Aller au bout des objectifs imposés par le club ou bien prendre le risque de se faire virer en cours d'année (c'est arrivé souvent). Donc, évidemment : gagner le plus de matchs possibles.
Les matchs, parlons en, c'était le plus marrant : à l'époque, il n'y avait pas de retransmission en 3D, ni même de « petites boules » d'ailleurs (match vu du dessus avec représentations des joueurs en petites boules, si si) ; il n'y avait que du texte. Littéralement. C'est à dire que pour décrire les actions, il y avait un bandeau qui s'affichait à l'écran et qui disait : « Machin déborde sur l'aile droite et centre... » et puis un autre qui enchaînait « mais le ballon est contré et sort en touche. ». Par exemple. Ce genre de trucs. En bas, un léger graphique représentait la possession de balle, histoire de savoir si son équipe était en danger ou non. Si je me souviens bien, il y avait possibilité de rajouter des commentaires audio de Jean-Michel Larqué (!!) mais soit que les commentaires buguaient, soit qu'ils étaient pénibles, on ne les a pas souvent activés.

Le plus intéressant, en réalité, dans ce jeu (et ça vaut toujours pour les versions actuelles), c'était justement ce manque numéro un que l'on ressentait en jouant : ne pas voir les images. Comme on n'avait que le texte, on était forcé de se représenter autrement le match pourtant observé depuis notre banc de touche virtuel. Bref, on était obligé d'interpréter le texte laconique (souvent les mêmes phrases qui se répétaient) histoire de le mettre en image, dans un coin de notre tête, histoire de le rendre réaliste. Vivant. Même chose avec les petites boules, où il faut perpétuellement interpréter si ce mouvement de petite boule vers la droite correspond à un lobe tout en finesse ou à une reprise de volée dévastatrice. C'était (c'est) tout un art.

A l'époque, on n'avait pas le droit d'avoir plus de trois joueurs étrangers en même temps sur la feuille de match et on payait à coup de millions de francs. Je me souviens de certains noms de joueurs qui cartonnaient dans le jeu (et une fois qu'on avait fait une partie, on savait à l'avance qui cartonnerait ou non dans les années futures, parce que le jeu générait lui-même ses propres stars) : Joao Pinto en faisait partie, attaquant portugais que j'avais recruté avec Paris. Il y avait Armindo Ferreira, également, qui venait de Niort (et qui joue toujours, je l'ai même croisé dans ma dernière partie de Football Manager, défendant les couleurs de Châteauroux !). J'en ai oublié beaucoup d'autres.
Je me souviens avoir beaucoup gueulé contre ce jeu (je me souviens même avoir cassé une souris à cause de ce jeu), parce que c'était (c'est toujours) le truc le plus stressant qu'on peut imaginer, avec toujours un connard à la 88eme minute qui trouvait le moyen de faucher un attaquant adverse dans la surface et un autre connard (l'arbitre) qui s'amusait à siffler penalty et qui bousillait mes chances de titre. Bref. Stressant, quoi. De quoi gueuler contre l'écran quand l'adversaire égalise dans les arrêts de jeu et dans la seconde qui suit : un blessé alors qu'on a déjà effectué ses trois remplacements. Résultat : deux prolongations à dix contre onze pour finalement encaisser un but... dans les arrêts de jeux de la deuxième prolongation ! Oui, effectivement, ça sonne encore douloureux : c'est arrivé il y a moins d'une heure...

Hum. Reprenons.

Enfin, l'Entraîneur, c'était aussi ma façon à moi de me bâtir une bonne culture footballistique (non, on ne rit pas svp), parce qu'à l'époque, on n'avait pas Canal, et le foot à la télé, ça se limitait donc aux téléfoot du dimanche matin pour les résumés et quelques vrais matchs vus en vrais à Geoffroy Guichard de temps en temps. Bref, parcourir comme ça ces bases de données immenses, ça m'a donné l'occasion de « m'y connaître » un peu plus et de ne pas écarquiller des yeux interdits quand on parlait de Ruud Hesp ou de Ivan Zamorano dans les cours de récré : indispensable, du coup. Il y a également Zoom Travica qui résonne lentement dans mes lointains lointains souvenirs, mais ça c'est une autre histoire, une autre époque, un autre jeu. Une prochaine fois peut-être...

vendredi 21 décembre 2007

Me souviens que

On était passé ensemble sur un oral avec Nelly en première année, je m'en rappelle très bien, c'était en bible (oui, on avait des cours de bible en première année) et c'était un extrait de la Salomée d'Oscar Wilde et je m'en rappelle parce qu'on avait défendu une interprétation féministe du texte et on avait eu 13 ou 14 peut-être. On avait d'abord bousculé quelques idées comme ça, pour commencer, assis sur les escaliers, vers le bâtiment du CIT. Une fois on avait fait sauter un des cours de bible pour bosser sur ce truc et à la place on était allé bouffer ou boire un verre à Centre Deux. A cette époque, première année, second semestre, la bible, c'était notre dernier cours de la semaine et on l'avait le mercredi de midi à une heure et demi. Le cours de bible, c'était ce moment où la prof nous disait que dans l'iconographie du moyen-âge, Judas était représenté en roux parce que ça symbolisait le diable ou quelque chose comme ça et la drôle de sensation que ça fait quand les deux tiers de la classe se retournent en même temps dans ma direction avec la prof qui me regarde en me disant « désolé ». Après coup, Nico m'a dit que c'était ce jour là qu'il avait réalisé que j'existais (corrige moi si je me trompe).

Nelly, je l'ai croisée hier en allant faire mes courses de Noël, c'est pour ça. Juste trois minutes entre la fac et le centre ville, et probablement que j'aurais changé de trottoir et fait semblant de l'éviter si j'avais eu mes lunettes ce jour là mais voilà, je les avais pas, je l'ai reconnue qu'à la dernière minute. On peut dire qu'elle est sympa pourtant Nelly, c'est pas le problème, juste que j'aime pas croiser d'anciennes connaissances à qui j'ai rien à dire, c'est agaçant.

En première année, je connaissais pas encore assez Nico et Elise, on faisait que se croiser (et encore), et Fanny et Malika étaient dans l'autre groupe, difficile d'avoir des horaires qui concordent. Du coup, je passais le plus clair de mon temps avec Nelly et avec une des nombreuses Caroline que j'ai connu dans ma vie. Avec Nelly et Caroline, on est passé ensemble pour un autre oral, en Dissert, deuxième année, me souviens plus du sujet sinon que c'était une citation de Barbey d'Aurevilly. On s'est planté : quatre ou six, je sais plus combien on a eu. Hors sujet complet. Me souviens que ça m'avait gonflé grave, après coup, et que j'avais passé tout mon cours de stylistique à dessiner sous le nez de ce brave S.C. et je crois même que j'avais gonflé pas mal de monde autour de moi aussi ce jour là.

Retour en première année : les absences et claquements de doigts intempestifs de M. Mc Machin le mercredi matin et la nullité abyssale de son cours. Mon commentaire-super-génial parfait sur Jünger que m'a piqué Elise sous le nez et le truc minable que j'avais fait après sur Buzzatti. Je crois que j'ai encore le petit mot de remerciement qu'elle m'avait adressé à la fin de ce cours. Me souviens m'être dit qu'à défaut de cartonner avec mon commentaire-super-génial, je garderai une preuve de ma propre générosité histoire de, question d'égo.

En première année toujours : me souviens d'une après-midi passée avec Fanny et Fred et on était allé à Simone Weil ensemble, je sais plus trop pourquoi, et c'est peut-être le plus de temps que j'ai passé avec Fred de toute ma vie et on s'est peut-être échangé cinq mots maximum. Première année : C. pas encore revenu de Lyon et pas encore en fac d'anglais où je l'ai recroisé par hasard l'année dernière et l'arrière goût que ça faisait ce jour là, trois ans après, un mardi après le cours de 16e. Première année et l'insupportable impression de pas savoir ce que je foutais là, à l'époque. Et dur dur dur de se dire qu'il faudrait encore subir deux ans de plus.

Je ne sais plus quand exactement, l'année dernière : je croise Nelly en sortant de la fac, prêt à rentrer chez moi avec la migraine, des mois qu'on s'est pas parlé, je lui apprends qu'elle n'a pas cours parce que sa prof est pas là. Merde, elle me dit, ça veut dire que j'ai je sais plus combien d'heures de trou, qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire en attendant... Tiens, ça te dirait d'aller boire un verre ? Aucune idée de ce que je lui ai prétexté pour dire non. Peut-être bien la migraine, du coup.

dimanche 2 décembre 2007

Comme un amnésique retrouve son nom

De tome en tome en tome, la Recherche se poursuit. Et aujourd'hui un passage qui brièvement revient sur l'un des évènements marquants de Guermantes, à savoir la mort de la grand mère. Ces instants là sont peut-être les plus riches, ces instants où en quelques pages le narrateur comprend à retardement des faits et des signes vieux pourtant de quelques mois ou années, des centaines de pages plus tard, ce qui oblige ces perpétuels mouvements de retour en arrière et de regards vers le passé ; en réalité il n'y a pas de tomes mais véritablement un seul et même texte monté sur des galeries entrecroisées de regards qui se manquent.

Je remontais directement à ma chambre. Mes pensées étaient habituellement attachées aux derniers jours de la maladie de ma grand mère, à ces souffrances que je revivais, en les accroissant de cet élément, plus difficile encore à supporter que la souffrance même des autres et auxquelles il est ajouté par notre cruelle pitié; quand nous croyons seulement recréer les douleurs d'un être cher, notre pitié les exagère; mais peut-être est-ce elle qui est dans le vrai, plus que la conscience qu'ont de ces douleurs ceux qui les souffrent, et auxquels est cachée cette tristesse de leur vie, que la pitié elle, voit, dont elle se désespère. Toutefois ma pitié eût dans un élan nouveau dépassé les souffrances de ma grand mère si j'avais su alors ce que j'ignorai longtemps, que, la veille de sa mort, dans un moment de conscience et s'assurant que je n'étais pas là, elle avait pris la main de maman et après y avoir collé ses lèvres fiévreuses, lui avait dit: "Adieu, ma fille, adieu pour toujours". Et c'est peut-être aussi ce souvenir-là que ma mère n'a plus jamais cessé de regarder si fixement. Puis les doux souvenirs me revenaient. Elle était ma grand mère et j'étais son petit-fils. Les expressions de son visage semblaient écrites dans une langue qui n'était que pour moi; elle était tout dans ma vie, les autres n'existaient que relativement à elle, au jugement qu'elle me donnerait sur eux; mais non, nos rapports ont été trop fugitifs pour n'avoir pas été accidentels. Elle ne me connaît plus, je ne la reverrai jamais. Nous n'avions pas été créés uniquement l'un pour l'autre, c'était une étrangère. Cette étrangère j'étais en train d'en regarder la photographie par Saint-Loup. Maman qui avait rencontré Albertine, avait insisté pour que je la visse à cause des choses gentilles qu'elle lui avait dites sur grand mère et sur moi. Je lui avais donc donné rendez-vous. Je prévins le directeur pour qu'il la fît attendre au salon. Il me dit qu'il la connaissait depuis bien longtemps, elle et ses amies, bien avant qu'elles eussent atteint "l'âge de la pureté", mais qu'il leur en voulait de choses qu'elles avaient dites de l'hôtel. Il faut qu'elles ne soient pas bien "illustrées" pour causer ainsi. A moins qu'on ne les ait calomniées. Je compris aisément que pureté était dit pour "puberté". En attendant l'heure d'aller retrouver Albertine, je tenais mes yeux fixés, comme sur un dessin qu'on finit par ne plus voir à force de l'avoir regardé, sur la photographie que Saint-Loup avait faite, quand tout d'un coup, je pensai de nouveau: "C'est grand mère, je suis son petit-fils" comme un amnésique retrouve son nom, comme un malade change de personnalité. Françoise entra me dire qu'Albertine était là et voyant la photographie: "Pauvre Madame, c'est bien elle, jusqu'à son bouton de beauté sur la joue; ce jour que le marquis l'a photographiée, elle avait été bien malade, elle s'était deux fois trouvée mal. Surtout, Françoise qu'elle m'avait dit, il ne faut pas que mon petit-fils le sache". Et elle le cachait bien, elle était toujours gaie en société. Seule par exemple je trouvais qu'elle avait l'air par moments d'avoir l'esprit un peu monotone. Mais ça passait vite. Et puis elle me dit comme ça: "Si jamais il m'arrivait quelque chose, il faudrait qu'il ait un portrait de moi. Je n'en ai jamais fait faire un seul". Alors elle m'envoya dire à M. le marquis, en lui recommandant de ne pas raconter à Monsieur que c'était elle qui l'avait demandé, s'il ne pourrait pas lui tirer sa photographie. Mais quand je suis revenue lui dire que oui, elle ne voulait plus parce qu'elle se trouvait trop mauvaise figure. C'est pire encore qu'elle me dit, que pas de photographie du tout. Mais comme elle n'était pas bête, elle finit par s'arranger si bien en mettant un grand chapeau rabattu, qu'il n'y paraissait plus quand elle n'était pas au grand jour. Elle en était bien contente de sa photographie, parce qu'en ce moment-là elle ne croyait pas qu'elle reviendrait de Balbec. J'avais beau lui dire: "Madame, il ne faut pas causer comme ça, j'aime pas entendre Madame causer comme ça", c'était dans son idée. Et dame il y avait plusieurs jours qu'elle ne pouvait pas manger. C'est pour cela qu'elle poussait Monsieur à aller dîner très loin avec M. le marquis. Alors au lieu d'aller à table elle faisait semblant de lire et dès que la voiture du marquis était partie, elle montait se coucher. Des jours elle voulait prévenir Madame d'arriver pour la voir encore. Et puis elle avait peur de la surprendre, comme elle ne lui avait rien dit. "Il vaut mieux qu'elle reste avec son mari, voyez-vous Françoise". Françoise me regardant, me demanda tout à coup si je me "sentais indisposé". Je lui dis que non; et elle: "Et puis vous me ficelez là à causer avec vous. Votre visite est peut-être déjà arrivée. Il faut que je descende. Ce n'est pas une personne pour ici. Et avec une allant vite comme elle, elle pourrait être repartie. Elle n'aime pas attendre. Ah! maintenant, Mademoiselle Albertine, c'est quelqu'un". "Vous vous trompez, Françoise, elle est assez bien, trop bien pour ici. Mais allez la prévenir que je ne pourrai pas la voir aujourd'hui".

Proust, Sodome et Gomorrhe, Folio, P. 172-173

lundi 1 octobre 2007

Du noir et blanc à la couleur

Je n'ai pas ici pour habitude de divaguer sur mes errements vidéoludiques (comprendre : mes quarts d'heures de glande devant la PS2/Wii), mais... Mais, voilà, j'ai recommencé l'autre jour un jeu qui me fait me sentir nostalgique. Ce jeu, c'est Chrono Cross (comme en témoigne la petite guirlande de gauche). Et en recommençant le début du jeu, le Viper Manor, la course aux écailles de Komodo, l'intro du jeu, la cinématique, etc, je me suis mis à repenser à cette époque lointaine (il y a peut-être quoi, sept, huit ans ?) où j'ai découvert pour la première fois ce jeu éminemment sympathique et, surtout, très, très agréable. (Attention, billet à forte teneur en geekitude)

On se remet dans le contexte. Ça doit être la fin du collège je crois (3ème probablement, ou quatrième, je ne sais plus) et je viens de redécouvrir FF7, puis FF8 et puis (suspens) FF9 (première fois pour celui-là) qu'à l'époque je n'avais pas adoré plus que ça. C'est l'époque où je me rends compte que les RPG, en fait, c'est vachement cool, probablement parce que c'est comme lire une histoire sympa et agréable qui te ferait oublier que t'es en train de lire. Donc c'est bien parce que, justement, à cette époque, lire, c'est chiant. On arrive à me suivre ? Tant pis. L'époque où je découvre que les RPG, c'est cool. On l'appellera l'époque « Gameplay RPG », à cause du magazine du même nom qui, dans son troisième numéro je crois (que je me procure genre trois mois après sa sortie officielle), présente un grand test de Chrono Cross en disant, en substance, que « Chrono Cross est l'un des meilleurs RPG de l'histoire du Jeu Vidéo et que tout fan de RPG se doit de le posséder dans sa ludothèque ». En substance, disais-je.
Et mine de rien, ça fait sa petite impression. Étant donné son coût élevé (jeu import oblige, surtout à l'époque), je me le fais offrir pour Noël, et tant pis si le jeu est en anglais, et tant pis si moi, à l'époque, l'anglais je n'y touche pas du tout, tant pis si je n'ai pas plus de trois mots de vocabulaires, tant pis si je suis encore plus nul en anglais qu'en allemand. Tant pis pour tout ça.

Arrive le jour où je découvre le jeu (Noël, donc). Et avec le jeu, le câble je-sais-plus-c'est-quoi-son-nom-et-c'est-pas-grave-on-s'en-fout qui permettait de lire les jeux imports en couleur (mauvaise génération de Playstation oblige). Et voilà ce matin, où, donc, j'essaie en vitesse de voir si sa marche, où je m'y prend plusieurs fois parce qu'évidemment la première fois on branche le truc de travers et ça marche pas. Du coup, la première fois qu'on s'y confronte, c'est en noir et blanc. Et il faut faire vite parce que, d'ici une heure sans doute, il faudra partir : un repas de famille où on est attendu. Alors je me magne, je grogne sur le noir et blanc, je relance le tout, je retripotte le cable et je rallume encore une fois. Et cette fois ça marche. La couleur est (re)venue. Et là je vois l'intro, pour la première fois puisque, à l'époque, pas moyen de voir à l'avance ce type de média sur Youtube. Et une drôle d'impression qui va avec, parce que la musique est belle, certes, les images aussi, mais une drôle d'impression quand même. Quelque chose en plus. Agréable.



Ce qui est amusant, c'est que ce jeu, lors de ma première (et unique) partie, je ne l'ai pas vraiment apprécié comme il se doit, et pour cause, puisque comme je le disais précédemment, je ne maîtrisais pas du tout l'anglais. Du coup je suis passé à côté des trois quart du jeu, restant collé à la soluce (de Gameplay RPG d'ailleurs), ne comprenant strictement rien de ce que disait la plupart des personnages et leurs accents impossibles (je me souviens d'avoir passé de longues minutes dans les dictionnaires histoire de comprendre, en vain, ce que gotcha signifiait). Mais tout de même, je ne sais pas, un petit quelque chose, une ambiance, un truc qui faisait qu'on s'y sentait bien, dans cette histoire, ce jeu.
Et probablement que le jeu a laissé en moi une si forte empreinte parce que j'étais complètement à côté, que je ne me souviens presque de rien, que tout était toujours auréolé de mystère et de possibilités. Peut-être que c'était ça qui me plaisait quand je jouais à Chrono Cross et que je ne comprenais quasiment rien : je jouais avec les possibilités. Tel personnage pouvait dire ça, ou ça, ou ça, je n'en savais rien, ça dépendait de ce que je voulais que ce soit. Et, en me calquant sur les évènements divulgués par la solution complète que je suivais, je réinventais le jeu, je le créais moi-même comme je voulais qu'il soit.

Bien des années plus tard, je recommence ce jeu, je revois l'intro, et en revoyant l'intro, je la retrouve qui, perpétuellement vire du noir et blanc à la couleur, et la couleur de Chrono Cross, les archipels, les personnages loufoques, c'est pas n'importe quel couleur. Et je ne sais pas pourquoi, mais j'en viens toujours à repenser à ce passage de Now is the Hour où le narrateur voit Le magicien d'Oz pour la première fois avec, évidemment, la même transition : du noir et blanc à la couleur.

You got to understand, sometimes on the farm, finding magic was so hard you had to make the magic up yourself. A vivid imagination, Mom called it. Dad called it lying. He was always on my ass for showing off. Making a spectacle of myself. Me, I never saw it as lying. I was just making the world a more livable place. For her. And then of course, because of her, for me.
Plus I was born there, in Pocatello. The Princess Theater wasn't there anymore by the time I came on the scene. By the time I came around to it, it was the Chief Theater, and JUDY GARLAND was in smaller blue capital letters under THE WIZARD OF OZ, which was in big red capital letters on the marquee. I was wearing my brown suit just like my dad's suit with a matching hat like Dad's too, like men used to wear in the thirties or forties. The day was cold and bright, and Sis held my hand and helped me sound out the big red capital letters. That's how I learned the letter Z. Neon red and yellow arrows were going around and around the marquee and people were everywhere. Mom bought Sis a Cup of Gold candy bar and me Milk Duds. Inside the theater it was dark. I sat next to Mom, and Sis was on the other side of Mom, and I was so little in the seat my Buster Brown shoes stuck out right in front of me.
When the curtains opened, it was a black-and-white Dorothy and Toto and Auntie Em on the screen. A ways into the movie, in a moment, my mother put her hand inside my hand. She leaned over to me. Her perfume. The sound of her dress against her nylons.
Now watch cloesly, Mom whispered. This new part is magic.
When I looked back up at the screen, the black and white had turn to color.
Magic. That's just what it was. Magic.

Tom Spanbauer, Now is the Hour, Houghton Mifflin Company, P. 32-33.

Étrangement (ou pas), je reprends ce jeu la semaine où je découvre, via Webarchive, les fantômes de vieux sites morts depuis des années mais dont les spectres hantent encore la toile de nos jours. Parmi ces sites fantômes : RPG Zone, et les premiers forums de RPG (les forums ezboard) où je rencontrais des gens de divers horizons qui, eux aussi, aimaient beaucoup Chrono Cross, et on en parlait, et on se « voyait » le soir sur IRC, et c'était sympa... De la nostalgie pixelisée, en somme.

vendredi 21 septembre 2007

Le spectre de la répétition

Ça, c'est un truc qui vient directement de mes années de collège/lycée (surtout collège), je vous le dis de suite. Ça, c'est un truc tout con, mais qui a pourtant tendance à me pourrir la vie quand il s'agit pour moi de relire et de corriger mes textes (nouvelles, romans, autres) en cours. Ça m'arrive en ce moment même, alors que j'apporte les dernières (ultimes) corrections pour « Cette vie ». Ça m'arrive un peu trop souvent à mon goût. Ça : la haine de la répétition. Non, pas exactement ça. L'incapacité mentale de pouvoir admettre une répétition. Voilà, c'est déjà mieux, c'est déjà plus proche de la réalité. Je m'explique.

Au collège, au lycée (mais surtout au collège, merci les Champs), on nous faisait faire des rédactions et quand on nous faisait faire des rédactions (d'invention ou autre), on nous expliquait qu'il ne fallait pas, surtout pas, en aucun cas, jamais, surtout jamais, ne jamais jamais faire de répétitions. Pourquoi ? Parce que les répétitions, c'est mal. Voilà, c'est tout, c'est comme ça. Et sans doute que c'est vrai, c'est mal, c'est pas bien, c'est diablement moche, les répétitions, dans une rédaction de cinquième ou de quatrième. C'est pourquoi, quand on écrit un dialogue (« un dialogue doit se présenter au discours direct et être accompagné de guillemets et de tirets obligatoirement » : absurde, il ne doit rien, rien n'est obligatoire et pire : ce genre de lois ne vaut que pour la littérature française (et encore, pas toujours) et ne se retrouve souvent pas dans la littérature étrangère que l'on fait pourtant étudier aux élèves de collège), on doit varier les verbes qui les accompagnent et non répéter « dire » à tout bout de champ : s'exclamer, déclarer, s'offusquer, etc. Et que c'est lourd. Et pendant ce temps : aucun scrupule à faire étudier de la littérature anglo-américaine ou l'utilisation du « he said » pullule et surtout, surtout, sans l'expliquer. Incohérent.

Je ne suis pas bête ou borné pour autant : je me rends bien compte que le bannissement des répétitions a d'abord pour but de forcer l'élève à enrichir son vocabulaire. En l'occurrence, je tiens surtout à rendre compte de mon agacement de ces derniers jours vis à vis de ce blocage qui me handicape au plus au point. Tenez, par exemple, prenons « Cette vie », puisque c'est ce que je corrige ces jours-ci. Quinze occurrences du mot « voisin » débusquées grâce aux (à cause des) fonctionnalités de recherche que permettent les traitements de texte. Quinze fois le même mot en cent cinq pages, ce n'est pas énorme, c'est tolérable. Et bien non, horreur, damnation, blocage, appelons ça comme on veut : pas question de laisser ces quinze mots, on réduit de moitié. Maintenant, il n'en reste plus que sept. Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres.

Autre souvenir de collège (ô période adorée de mon enfance/adolescence) : je suis en troisième, cours de français. Pour situer un peu les choses : c'est en troisième que je commence à écrire mon premier vrai « truc » qui ressemble vaguement à quelque chose. Pour ceux qui s'en souviennent (s'il y en a !), c'était un début de roman pseudo héroic-fantasy, très tolkienisant, dont les six premiers chapitres (le reste a disparu des suites de formatages successifs) restent perpétuellement en ligne, quelque part, sur internet (!). Bref. En troisième donc. La prof (qui nous avait fait étudier Récit d'un jeune médecin, donc qui n'était pas du tout incompétente ni pénible) nous prépare un thème de rédaction (me rappelle plus du thème en question mais me souviens d'avoir réussi à caser un bout de réplique piqué à un épisode de Friends !). On forme des groupes et on s'échange nos rédactions pour de l'auto-correction. La prof fixe un barème, à nous de nous corriger les uns les autres. Je fais le boulot, je corrige comme il se doit la copie qu'on m'a confié puis je vais récupérer la mienne. Une note à la con. Pas mauvaise mais pas terrible non plus. Je parcours vaguement le truc et demande à ma charmante camarade (qui par ailleurs était loin d'être nulle et que, soit dit en passant, s'il s'agissait bien d'elle et non d'une autre, j'ai eu par la suite le loisir de croiser plusieurs fois à la fac : elle faisait à l'époque une licence d'allemand !) les raisons d'une telle contre performance.
- Je t'ai enlevé beaucoup de points parce qu'il y avait beaucoup de répétitions dans ce passage.
- Bah oui mais c'était voulu en fait.
- Ah...
Cette année scolaire de mes quatorze/quinze ans marque en effet mes premières pseudos recherches de style pour accentuer les récits que je produisais à l'époque. Maintenant que j'y réfléchis, il me semble que le texte de cette rédaction mettait en scène un personnage sujet à un quotidien répétitif et ennuyeux. D'où l'utilisation de répétitions dans le texte. Qu'importe. A la suite de notre brève entrevue, ma charmante camarade a revu ma note à la hausse (qui ne devait probablement même pas compter dans la moyenne générale, par ailleurs).

Enfin, tout ça pour ça. Depuis, les choses ont bien changé, et je n'hésite pas quand il le faut à utiliser la répétition dans mes textes successifs (une nouvelle comme Décompte est carrément bâtie sur ce procédé), mais pour le reste, quand il s'agit de corriger un texte lambda (« Cette vie » par exemple), je demeure incapable d'accepter la moindre répétition, quand bien même je reste conscient de l'absurdité de la chose. Je reste formaté, bien des années plus tard. A moi, maintenant, de m'en défaire, comme je peux.

Ça, j'espère que je vais pouvoir le contrôler, ce truc, ce spectre de la répétition, surtout pour « Coup de tête », que je dois bientôt reprendre et qui n'aurait absolument aucun sens s'il était épuré de toute répétition... Alors à l'avenir : oublier un peu le spectre et se calmer avec les gros « R. » écrit nerveusement dans la marge, au crayon à papier, avec mots en question entourés sans même avoir la patience de tracer un cercle complet ou à peu près rond. A éradiquer. Vraiment.

lundi 2 octobre 2006

Un soir à Geoffroy Guichard

Tu sors juste devant chez moi, juste à quelques mètres et tu le sens. Parfois même, c'est arrivé, juste sur mon balcon, tu le sens. Comme un truc dans l'air qui vient d'un peu plus loin. Et c'est encore plus évident quand tu aperçois le stade tout éclairé, là-bas, tout au bout. Et même si en fait, des fois, tu n'entends rien du tout, en le voyant, tu l'entends quand même, ce qui est peut être encore mieux. Une sorte de respiration indescriptible, c'est d'ailleurs pourquoi je ne l'explique pas. L'ambiance. C'est ça le mot, l'ambiance.

Un soir à Geoffroy Guichard, donc, parce que mon frère nous a passé deux places, pour mon père et moi. Et des souvenirs, des souvenirs de gosses (quoi d'autre ?) qui reviennent et qui s'entremêlent. D'abord, le dernier match auquel j'ai assisté. A vue de nez, c'était il y a quelque chose comme six, sept ans. Je ne sais plus exactement. Je me rappelle que c'était l'année de la remontée en D1 (parce qu'à l'époque, on appelait encore ça la D1) de l'ASSE. C'était contre Nantes. C'était contre Nantes et il pleuvait. Je ne me souviens plus du score, je ne me souviens plus non plus du gardien des verts de l'époque. Juste que c'était contre Nantes et qu'il pleuvait beaucoup.

L'autre souvenir, il est encore plus vieux. C'est un souvenir d'un autre ASSE-PSG, il y a longtemps. Et la première chose qui me revient en tête lorsque je me mets à penser à cet ASSE-PSG, c'est un nom, c'est un joueur : Jean-Philippe Séchet. Je revois vaguement sa tête, sa photo des albums Panini que je collectionnais à l'époque, que tout le monde collectionnait. Par contre, je suis incapable de me rappeler dans laquelle des deux équipes il jouait. Je sais qu'il a porté les deux maillots, à un moment dans sa carrière mais là, maintenant, je n'arrive plus à me rappeler où il jouait pour ce match-là. Mais peu importe. Je ne me rappelle que de lui. De Jean Philippe Séchet, qui jouait pour Sainté ou pour Paris et déjà, à cette époque, ma préférence allait pour Paris. Et déjà, à cette époque, il fallait faire semblant d'être content quand l'ASSE marquait et triste quand Paris égalisait. Je crois que c'était dans cet ordre et, dans mon souvenir, il y a eu match nul (Edit du 08/01/08 : en réalité Paris avait gagné trois à un dont un but de Séchet, justement, c'est resté la dernière victoire du PSG à G. Guichard pendant plus de dix ans). Mais peut être est-ce plus une impression reconstituée qu'un vrai souvenir. Sur le terrain aussi, il me semble, Lubomir Moravcik et Joseph-Antoine Bell. Et mes yeux de gamins gigantesques pour les voir tous s'agiter un peu plus bas, petites tâches de couleurs vertes ou bleues.

Autre match, mais même période. Match de coupe de france. David contre Goliath. Côte Chaude contre Paris. Côte Chaude, le quartier de Fanny, celui-là même où, « bien des années plus tard », c'est à dire l'année dernière, je retrouvais des coupures de journaux qui parlaient de ce match dans une salle du quartier dans laquelle Fanny a fêté son anniversaire. Bref. Paris avait gagné 10-0. Et sur le terrain, là-bas, tout en bas, Raï, le numéro dix, mon idole de l'époque. Il me semble qu'il avait marqué mais je ne suis plus très sûr. Je me rappelle même que les journalistes nationaux de l'époque parlaient de Paris contre « la côte chaude », ce qui faisait bien sûr sourire les stéphanois...

Dernier souvenir, qui doit se situer à la même époque que le précédent. Je crois qu'il s'agit du dernier match de championnat, c'est contre Martigues et les verts sont directement concernés par la relégation. Je ne me souviens plus du résultat, je ne me souviens même plus du match en lui-même. Tout ce qui me revient, c'est le retour, en marchant sur le parking du stade, tristes, parce que quel que fut le résultat, St-Etienne descendait en D2. Et puis quelqu'un qui dit, je ne sais plus qui c'est, mon père mon frère, je ne sais plus : on préférerait être lyonnais ce soir. Et comment.

Hier soir, il a encore fallu faire semblant d'être content lorsque St-Etienne a marqué. Mais moins qu'il y a dix ans. Beaucoup moins.

Hier soir, Paris a perdu, tant pis. C'était quand même un beau match. Ne serait-ce que parce qu'il m'a rappelé toutes ces petites choses. C'est bête non ?