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samedi 30 mai 2009

Coup de tête II (presque)

J'avance au rythme d'une relecture complète par semaine. La deuxième partie est pratiquement bouclée. J'ai changé de support, suis passé sur liseuse pour avoir un format de page différent, une autre perspective. L'angle dégagé me permet de décaper le texte, de repérer les fragments inopportuns, d'avoir une vision panoramique de l'ensemble.

Globalement je suis satisfait. Le début, surtout, m'a particulièrement soulagé. Le catapultage est brusque, total, dans un environnement complètement étranger (hostile) à la lecture. On s'enfonce progressivement dans l'espace, on comprend peu à peu où on se trouve. Ce n'est pas trop brutal, ce n'est pas trop doux. L'équilibre est bien tenu. Je ne pensais pas que ce pouvait l'être. En réalité je ne pensais pas grand chose. Reste à voir à présent comment peut se produire la jonction avec la première partie, mais je ne suis pas trop inquiet.

Il y a pourtant un creux dans cette partie (deux fois plus courte que la première, grosso modo), je l'ai relevé de suite. Les changements d'étages, les déambulations, peuvent parfois conduire à ces ventres mous qui servent d'intermédiaire, pas toujours très finement. Il faut couper tout ça. Je m'y suis mis. Comme pour le nettoyage de la première partie, je taille beaucoup dans le texte. Certains paragraphes entiers sont supprimés. Je ne veux rien qui ne soit pas indispensable. La fin est également satisfaisante. J'y ai travaillé durant plus d'un mois, j'ai bien réparé les dégâts esquissés en décembre. Tant mieux. J'espère que je ne changerais pas d'avis dans les semaines, mois, relectures à venir.

Je pensais terminer ces relectures ce week-end mais je n'ai pas assez travaillé cette semaine. H. absent jusqu'à mardi, je perds mes repères et plannings habituels. Mon rythme est détraqué. Mais c'est peut-être simplement une excuse. Je devrais finir demain cette deuxième relecture. Une troisième sera encore nécessaire pour tout contrôler, une lecture de routine, somme toute. Je ne suis pas sûr qu'une quatrième soit indispensable. Quoiqu'il en soit ce devrait être bouclé pour mi-juin, grand maximum. Ensuite je ferai lire ces trente-cinq pages à H. Ensuite j'enchaînerai avec la troisième partie, censée être la plus fraîche : le climat de cet été ne s'y prêtera pas, dommage. Les grosses chaleurs repointent, je n'en aurais même pas profité. Ensuite, et bien ensuite on verra comment tout avance...

A peine terminé pourtant ; j'écris comme elle.

vendredi 15 août 2008

Chantiers (fictifs)

Posté le 19 mais daté du 15 pour cause de blackout bis.

J'avance, plusieurs chantiers sur les bras. Les relectures de Coup de tête, cycliques, identiques, tapissent un fond d'écriture régulier, quasi abstrait, toujours présent. Je relis les mêmes pages depuis des semaines. Le processus est lent, il en accompagne d'autres. Je n'en suis qu'aux premières pages du premier jour de la première partie. Encore beaucoup à découvrir, à exhumer, dépoussiérer, et tout le reste aussi.

Autre chantier, autres pages, elles n'ont strictement rien à voir entre elles : Qu'est-ce qu'un logement. Les cinquante-cinq fragments bruts originels, écrits entre juin et début août, ont été classés, catégorisés, épurés, selon mes systèmes de classement habituels. Douze de ces fragments ont été retirés. Mis à l'écart, ils ne serviront pas pour la version finale du projet. Je compte les proposer à la lecture, via une mise en ligne sur le blog, avant, ou bien à l'occasion de la publication internet de la version finale. Le reste des fragments, encore sujet à modifications d'ici cette date fictive, a été classé en trois catégories distinctes, correspondant à trois périodes chronologiques qui résultent d'une récente mise en fiction du projet. L'idée de départ était de fragmenter ce quotidien absurde des déménagements successifs et à répétition. L'idée de départ était d'établir un flou suffisamment dense pour y caser les récentes (més)aventures liées à la question du logement. Et ce que ça signifie, au juste, de dire « chez moi », ou « chez nous ». En cours de route l'idée a bougé, évolué. La mise en fiction vient de là : j'ai décidé de distinguer trois périodes différentes articulées autour d'un évènement en plus. Fictif, donc. Cet évènement tient du conditionnel des mes pensées abstraites : il me fallait casser l'image du couple et laisser mon narrateur se séparer de son H. fictif que l'on devine pourtant. Parce que la plupart de ces fragments étaient d'inspiration autobiographique et qu'il me fallait les détourner pour en construire une fiction. Voilà comment je m'en détourne : je choisis la rupture. A présent, le texte se décompose en trois temps : le temps du nous, de la rupture, donc, et le départ (ou retour) vers la solitude. Ce découpage n'a rien de délicat ou d'épuisant : simplement déplacer des paragraphes, des numéros, vers des tronçons de pages, délimités par des sauts de pages insérés, coincer ces numéros sous des lettres, représentant chacun un temps : A, B et C. Et au bout de ces trois lettres, la colonne « Chutes », rebuts de tout ce qui ne convient finalement pas et qui ne prendra pas part au texte final, comme expliqué précédemment.

Si ces deux projets avancent en parallèle sans accroc, c'est tout simplement parce que le rythme d'écriture n'est pas le même. Coup de tête fonctionne presque indépendamment de moi, en toile de fond, parce que les relectures acharnées et aliénantes ne sont pas rentables (déjà testées pour vous). Je ne me heurte qu'à peu de difficultés : ces passages là ont déjà été beaucoup travaillés depuis mai dernier. Le seul doute est aussi un de ceux qui me résistent ne me lâchent pas depuis le début, probablement que je ne le résoudrais pas, c'est une question d'équilibre de la langue, mais j'y reviendrais plus en détail. Je souhaiterais terminer Qu'est-ce qu'un logement dès cet été, si possible avant le début du mois de septembre. Restera ensuite, passée la phase de « montage », la dernière étape du projet, et non la moindre, la mise en page, la mise en ligne, en un seul temps.

samedi 3 mai 2008

Quelques centimètres de mine en moins

Je termine aujourd'hui les relectures du « troisième jet » de « Coup de tête ». Voilà qui m'aura pris un mois, grosso modo, un peu moins peut-être, j'ai fait une pause d'une semaine au milieu. Un mois, et quelques centimètres de mine en moins (j'ai facilement usé la moitié d'un crayon de papier et probablement une demie-mine de critérium) ; le nombre de litres de texte que j'ai raturé sans vergogne ; le nombre de fois où je me suis dit « ça va pas » et où j'ai marqué autre chose dans la marge.



Je l'avais déjà pressenti après avoir disséqué la première partie : ce n'est pas bon. Ce n'est pas ça. Pas encore. J'ai corrigé un premier jet à nouveau. Mais un premier jet vieux de deux ans, ça épuise. Ça décourage. Ça énerve. Ça me fait baigner dans une spirale de négativité que je n'aime pas. Ça soûle, c'est tout.

La dernière fois, j'identifiais les problèmes majeurs qui entravaient le bon déroulement du projet. Cette fois il va peut-être falloir que je dégage des solutions. Des hypothèses, au moins.

L'une d'entre elle serait la suivante : je m'y suis pris comme un manche. Parce qu'écrire l'intégralité du texte d'abord en temps réduit (moins d'un mois en l'occurrence), après tout, pourquoi pas. C'est épuisant mais j'y tiens. Mais les corrections ne fonctionnent pas pareil. Tout reprendre en intégralité, linéairement, ça ne fonctionne pas. On stagne. C'est sans fin. C'est ce que j'expliquais la dernière fois.

C'est d'autant plus étrange que ce n'est pas du tout comme ça que j'ai fonctionné avec « Cette vie ». Avec « Cette vie », j'ai fait ce qu'il fallait. J'ai appliqué les mêmes méthodes qu'avec mes nouvelles. Simplement : le texte étant trop long, je l'ai découpé en fragments. Je travaillais sur un fragment à la fois. Avant de tout remettre en commun ensuite. J'étais plus efficace, plus méticuleux, plus précis. Je ne me décourageais pas (ou si peu). J'étais plus productif, plus rentable. Résultat : en moins de six mois c'était bouclé et, me semble-t-il, bien bouclé.



Pour « Coup de tête » je me perds, je me disperse. A moi de recouper (découper) le texte à nouveau. Cinq grandes parties. Vingt-neuf jours. Une bonne soixantaine de « fragments ». Un prologue à rajouter, éventuellement (à voir). Je vais m'y atteler. Une fois le plan clairement élaboré, intégralement recopié, je vais m'y atteler. Et ne pas dévier vers autre chose. Ou alors le moins possible (il est vrai que « Cette mort » s'écrit sans avoir à y penser). Aucune idée de combien de temps ça me prendra, en revanche ; « Coup de tête », c'est quand même plus du double de « Cette vie » en quantité. A voir... L'impression quand même de m'être perdu ; perdu dans ce que j'écris, perdu dans ce que je lis, dans ce que j'écoute, dans ce que je regarde ; perdu entre mes fictions blanches.

lundi 14 avril 2008

Reliefs sous la mine

Entamer le temps des relectures, c'est toujours le plus démoralisant, le plus pénible, le plus agaçant. Dans cet ordre ou dans un autre. Parce que c'est à ce moment là qu'on se rend compte (je dis « on » comme je pourrais dire « je », simplement je me distancie volontairement pour atténuer la chiantise de la chose, si tant est que ça veuille dire quoi que ce soit) que ce n'est pas bon, que c'est à refaire encore et, pire, que ce n'est que le début, que ça restera « à refaire » encore longtemps, longtemps, longtemps... On commence donc les relectures du manuscrit de « Coup de tête » qui traîne sur mon bureau depuis six mois ou presque. Je commence.

J'ai l'amère impression de corriger une copie qui ne décolle pas. Sur soixante pages relues et corrigées jusque-là, je sauve peut-être un passage de quinze pages qui me plaît, qui ne bougera pas beaucoup. Peut-être dix pages à revoir en intégralité. Le reste à refaire, c'est à dire qu'on garde la base mais qu'on la réécrit parce que ce n'est pas assez bon en l'état. En l'état. Quinze pages sur soixante de convenable, ce n'est pas beaucoup.

Dans les marges, dans les blancs, les espaces, les interlignes (quand il y en a) et même parfois par dessus le texte raturé, j'écris :
MD
TMD
Nul
Non
Bof
Bizarre
Moche
Inutile
Mal foutu
A refaire
A revoir
A reformuler
A oublier
A amputer
A se flinguer
Incohérence
Impression d'incohérence
Impression incohérente
Nul nul nul
Moche moche moche
Certainement pas
Vraiment ?
Ah bon ?
C'est censé vouloir dire quoi au juste ?
Putain non mais je rêve
Bordel non mais c'est pas possible d'être aussi
, etc.

Lorsque je barre des paragraphes (voire des pages) entiers, je sens onduler sous la mine de mon crayon les reliefs qu'ont imprimé les caractères sur la feuille vierge. Je ne pensais pas qu'il y en aurait. Ce qui fait qu'à chaque nouvelle ligne tracée de long en large sur la page, je ressens physiquement contre mes doigts ce texte que j'étouffe et je censure.

Mais le problème va bien au-delà des mots. Ce n'est pas un problème de pure formulation. Ça va chercher plus loin. Maintenant deux ans que je suis (par intermittence, certes, mais deux ans tout de même) sur ce projet de roman. Et en deux ans, trois versions différentes au moins et tant d'autres version intermédiaires pour les relier les unes entre elles. Et en deux ans, j'ai toujours sauté du coq à l'âne, j'ai toujours embrayé vers d'autres petites choses parallèles (rarement finies, soit dit en passant). Et toujours je suis revenu vers « Coup de tête ». Sauf qu'entre temps, ma vision des choses avait changé, j'y avais vu d'autres éléments, d'autres profondeurs, d'autres scènes, d'autres personnages. Et à chaque fois, s'y atteler à nouveau, rechanger tout ou presque à nouveau. Ce qui fait qu'en réalité, je passe mon temps à réécrire le même premier jet, différent pourtant, mais identique dans ses lacunes et imperfections. Deux ans après, je suis toujours scotché au mêmes problèmes. Mes personnages sont aussi peu calibrés qu'au début, je n'ai pas de plan, mon narrateur est trop ambivalent. Ces trucs là, ce genre de trucs.

Alors j'essaye de recalibrer. En retard. A l'arrache. Ça ne fonctionne pas vraiment mais au moins ça pourrait donner l'impression que ça ne se casse pas la gueule.

La solution, pourtant, je la connais. Me concentrer sur le texte. Finir ces corrections. Bâtir un plan précis et exhaustif auquel je me tiendrais. Commencer la réécriture. Ne pas dévier du projet. Ignorer les autres idées, les autres appels. Aller au bout du bout du bout de mon truc. Ne pas dévier. Réécrire et corriger à nouveau jusqu'à ce qu'il n'y ait plus aucune source d'incertitude, jusqu'à ce que ce soit évident enfin. Et m'en tenir à ça. Faire en sorte que ce roman là on le termine avant de pouvoir dire « maintenant trois ans que je suis dessus ». Et se rappeler qu'il y a deux ans, j'écrivais ici-même : « ce petit roman était pensé pour être « fulgurant », c'est-à-dire qu’il devait être conceptualisé, écrit et terminé en un laps de temps très court. C’était sa raison d’être. ».

Ah oui, ah merde, comme on dit.

dimanche 30 septembre 2007

[Version revue et corrigée en septembre 2007]

Parlons Mécanismes. Ces dernières semaines, parallèlement à beaucoup d'autres projets en cours, je me suis mis dans l'idée de relire et de reprendre certains épisodes (les premiers) de Mécanismes. Loin de moi l'idée de tout réécrire (ça n'aurait d'ailleurs aucun sens), mais peaufiner, simplement, ce que j'avais mis en ligne, à l'époque, comme ça, sans réel travail de relecture ou de correction : le problème de ces épisodes là étant qu'il s'agit essentiellement de premier jet, d'où les nombreuses imperfections et, parfois, incohérences. J'ai donc corrigé et remanié ces premiers épisodes, non pas pour les rendre bons (c'est encore loin d'être le cas) mais pour qu'il soit lisibles et, quelque part, uniformes. J'espère que j'y suis parvenu. Les corrections en questions sont assez légères : en général il ne s'agit que de reconstruction grammaticale, de vérifications orthographiques et de remodelage syntaxique. Le niveau de langue a été légèrement modifié, pour qu'il colle plus à celui d'épisodes plus récents. Les aspects purement techniques (le mini-site), visuels (la mise en page) ou multimédias (les trucs en plus : sons, images...) sont restés identiques, en revanche.

Les épisodes concernés sont les six premiers, soit la saison 1 dans son ensemble (la saison 2 ayant été plus prudente et vérifiée à ce niveau-là) et sont donc dès à présent annotés de la mention [Version revue et corrigée en septembre 2007]. A l'heure actuelle, une série de corrections de ce type concernant la saison 2 n'est pas à l'ordre du jour.

Quoiqu'il en soit, voilà donc les épisodes concernés, soit le listing des épisodes de la saison 1 :

01 - Vers la Nouvelle Carthage
02 - L'automate de type Java
03 - L'investiture d'Edgar Quinet
04 - Le Viaduc sur la Manche
05 - Assassin
06 - Croisements et départs

Concernant la saison 3, maintenant (car il y aura bien une saison 3) : j'ai décidé de changer de façon de procéder. Fini la parution des épisodes tous les mois sur une durée d'un an, d'abord, et surtout, fini le processus d'écriture d'un épisode par mois avec mise en ligne dans la foulée : à long terme ce n'est pas viable (ce n'est pas correct non plus : en si peu de temps, je ne peux pas corriger et réécrire les épisodes autant que je le souhaiterais). Le processus de mise en ligne différera donc : je suis actuellement en train d'écrire la totalité des épisodes à l'avance et je mettrais ensuite, une fois que tout sera écrit, corrigé, relu et approuvé par mes soins, les épisodes en ligne, l'un après l'autre, sur une base de deux épisodes par mois (plus facile à suivre comme ça) : un toutes les deux semaines. De cette manière également, je pourrais réduire au maximum les risques de retard, déjà tellement fréquents l'année dernière.

Pour poursuivre les informations : la saison 3 devrait compter en tout 10 épisodes (dont quatre déjà achevés à ce jour et un en cours) et se répartir sur cinq mois : de janvier à juin 2008 (comme la saison 1 en son temps). Le principe de série multimédia sera bien sûr conservé avec, je l'espère, j'y travaille, quelques innovations techniques si mes compétences en la matière me le permettent... J'envisage également de proposer un résumé global pour chaque saison, histoire de pouvoir reprendre le cours de l'intrigue un an après (ou bien si on souhaite tout simplement sauter une saison, après tout pourquoi pas, chaque saison étant plus ou moins indépendante les unes des autres). A venir peut-être, également, histoire de faciliter la lecture, un système d'abonnement (par flux rss spécifique ? par newsletter ? les deux ?) ... Ce n'est qu'une hypothèse pour l'instant, à vérifier donc, et m'assurer aussi que les lecteurs y seraient favorables et qu'il y en ait suffisamment pour mettre en place ce type de plate-forme... A vous de me dire, donc !

lundi 24 septembre 2007

Achevé !

Pour la première fois je peux enfin dire : je viens de terminer mon roman. Et pour la première fois, cela ne signifie pas que je suis seulement vaguement satisfait de ce que j'ai fait , mais bien que j'ai achevé mon texte : j'ai écrit exactement ce que je voulais écrire.
Par rapport à ses balbutiements, le roman en question a relativement évolué, tout de même. Il s'agit de "Cette vie" dont je vous parle depuis presque six mois ; à la base une nouvelle, puis une "novella", il a finalement suffisamment grossi pour devenir roman (court, mais roman quand même). A l'origine,"Cette vie" est un rêve. Le roman que je viens d'achever est en fait la version retranscrite (et traduite pour le récit) de ce rêve fait en avril et qui m'a forcé à me lever à 4h40 pour l'écrire, le plus vite possible pour en oublier le moins possible. Je me suis ensuite recouché à 5h20 et depuis il n'a pas quitté l'un des coins de ma tête.

Un peu de statistiques, pour la forme : je commence la rédaction de ce qui n'est alors qu'une nouvelle le 28 avril dernier, et j'y apporte les dernières modifications le 23 septembre (hier, donc) après une semaine de retouche fortement dispensable : je venais d'arriver au bout du bout de mon processus de relectures & corrections. La version finale constitue la dernière d'une série de huit versions différentes. La première (le premier jet, basiquement) comportait 29 877 mots (c'est précis), le roman achevé en compte finalement 44 563 (et 281 366 caractères, pour pousser le vice de l'exactitude jusqu'au bout), répartis sur 104 pages (interligne 1.5, police 12). La fin a été modifié à chaque version, à chaque lecture. Mais cette fois-ci c'est la bonne.

Difficile de proposer un résumé de "Cette vie", d'ailleurs je ne m'y risque pas. Juste, histoire de vaguement comprendre le contexte des extraits présentés ci-dessous : ça se passe dans un microcosme indescriptible, la "Fondation", et le narrateur y est professionnellement affecté. Difficile, également, de recommander quoi que ce soit pour la lecture : mieux vaut se confronter au texte. D'ici la fin de l'année, si tout va bien, je devrais envoyer ce roman là à toute une tripotée d'éditeurs pour mieux l'oublier jusqu'aux réponses espérées de ces mêmes éditeurs, six mois ou un an plus tard.
Je ne mettrai pas le roman en ligne ici en revanche. Tout ce que je peux vous proposer, c'est de publier dans ce billet deux extraits choisis par mes soins. Ils ne sont probablement pas les plus représentatifs du roman (quoi que) mais il s'agit de deux passages que j'affectionne particulièrement moi-même. A vous de voir ensuite si ça vous intrigue ou non...

Extrait 1 : Première partie, P.22/104
Le narrateur accompagne, impuissant, le calvaire de sa femme, victime d'une maladie soudaine.

Je m'étais juré que je ne tomberais pas dans ce piège blafard que constituait mon propre sommeil, aussi fis-je tout mon possible pour maintenir mes yeux ouverts aussi longtemps que mon corps pouvait l'accepter. Je regardai avec attention chaque objet disséminé dans la pièce et me forçai à les décrire à voix basse, le plus exhaustivement possible. Ces exercices, en plus de maintenir mon esprit aussi éveillé que l'imposait mon rôle de garde-malade, avait également pour avantage de créer une passerelle orale entre ma femme et moi. Je me plaisais à croire que chaque mot prononcé à voix basse et soufflé contre ses tempes me permettait de percer le secret de ses sens. Chaque son que je m'efforçai de murmurer me rapprochait un peu plus d'elle-même et nous permettait à tous les deux de mieux endurer la maladie. Rien n'était épargné par l'avalanche scrutatrice de mes paroles : les livres, les feuillets et dossiers entreposés sur les rayons de la bibliothèque, les plinthes, la tapisserie, la porte menant au couloir du premier étage, l'accès étriqué ouvrant sur le coin salle de bain, le robinet blanc, le miroir glacial, le plafond vaguement lézardé, les huisseries blanches de la fenêtre suintante, la surface empêtrée de mon bureau provisoire, le boîtier fermé dans lequel se trouvait toujours ma réserve de boules quiès, au cas où, cette chaise sur laquelle je me trouvai, les draps de son propre lit, cet oreiller, le bois sombre de la bibliothèque, la sarbacane qui trônait sur le haut du dernier rayon... La poussière qui phagocytaient elle-même cet objet incongru. La petite fléchette qui y était fixée. Quelques filets de salive que j'imaginais sur son extrémité. Rien n'était épargné. Et lorsque je me rendais compte que j'avais épuisé toute la matière de mes éternelles descriptions, je faisais mine de ne pas l'avoir remarqué, je recommençai le perpétuel cercle de l'observation, descendant d'un cran dans les niveaux successifs qui se présentaient à moi, m'enfonçant sans vergogne dans l'infiniment petit qui dans les détails de notre quotidien le plus proche ne cessait de nous cerner et de potentiellement nous recouvrir.

Extrait 2 : Seconde partie, P.59/104
Le narrateur conduit une inconnue, nouvelle venue à la Fondation, dans les parcs jouxtant le domaine.

Le ciel était noir lorsque, l'après-midi pourtant, nous nous faufilâmes, emmitouflées dans nos blousons, écharpes, bonnets et parkas, dans les steppes glacées du domaine environnant. Nous passâmes, moi en tête, Ithma ensuite, par le petit salon, gagnant la terrasse via la porte-fenêtre latérale, et nous longeâmes délicatement les buissons de Locus Amoenus. Ils se cristallisaient sous nos yeux en de sombres bouquets argentés qui ressemblaient, par endroits, à quelques sculptures parfaites, elles mêmes copies potentielles de plantes et de fleurs réellement existantes. Ithma sortit son appareil à impulsions photo-électriques et se positionna à deux pas de ces buissons ; elle inséra dans les fentes correspondantes les plaques impressionnables nécessaires au bon fonctionnement de son appareil et elle captura l'image que quelques secondes plus tôt seulement nous nous attachions à contempler. Sur la photo, j'imaginai, ne paraîtraient pas les effluves silencieuses et croissantes qui s'échappaient mollement de leur pétrification et qu'à cet instant je me gardai bien de respirer.
Peu à peu les forêts acérées du domaine nous encerclèrent à mesure que nous en gagnions les profondeurs. Je me trouvai désormais bien au-delà des limites que j'avais eu le loisir de découvrir auparavant. Nous comptions pourtant sur ma connaissance supposée du terrain pour nous orienter. Chaque pas nouveau nous entraînait un peu plus vers un coeur brumeux et silencieux dont les sculpture florales et factices constituaient l'unique point de repaire.

Ithma déambulait parmi ces espaces condensés comme on traverse un chemin inexistant. Elle imprimait de nombreuses plaques impressionnables et notait sans cesse les références de ce qu'elle se permettait de figer. Chaque variété végétale ou minérale aimantait son attention. Chaque regard trahissait l'effusion de ses yeux beiges à traquer l'inconnu, quand bien même, pour elle, l'inconnu n'était pas cet ennemi impalpable qui nous étouffe et nous broie mais bien un défi perpétuel, un compagnon de jeu, qu'il fallait traquer et dépasser à mesure que notre progression le permettait. Nous frôlâmes quelques épines acérées et mesquines, nous marchâmes sur des brindilles de verre qui se désintégraient aussitôt, nous ignorâmes les percussions haletantes d'oiseaux invisibles et discrets qui, au-dessus de nos ouïs respectives, sifflaient et martelaient le tronc des arbres sur lesquels ils devaient se trouver ; ensemble nous progressions dans les splendeurs et les pièges de cette forêt et ensemble nous acceptions de nous y oublier.

lundi 16 juillet 2007

Dénaturer ?

Depuis le mois d'avril dernier, comme je l'ai déjà évoqué dans mon dernier billet du journal de bord, je travaille à l'écriture d'une novella, texte un peu plus long qu'une nouvelle mais un peu trop court pour être un roman, que j'ai intitulé « Cette vie ». Les corrections sont allées bon train, et je crois pouvoir dire que j'ai bâti une version relativement satisfaisante. Sauf que... Sauf que je me suis mis en tête, dernièrement, de modifier légèrement certains passages et, surtout, d'en rajouter quelques uns. Les "quelques uns" en question, ce n'est pas qu'un peu : le nombre de passage à rajouter s'élèverait pour l'instant à une petite dizaine. J'ai commencé à écrire ces passages supplémentaires hier, et l'opération s'est poursuivie aujourd'hui (cela devrait au moins durer toute la semaine) mais déjà quelques doutes s'installent...

Le premier d'entre eux concerne la pertinence d'une telle démarche. Pourquoi, exactement, rajouter des passages à ce texte qui, jusque-là, était globalement satisfaisant ? Mes motivation sont diverses, me semble-t-il. La raison principale est simple : mon texte est, par nature, assez confus, il ne sera probablement pas toujours compréhensible et il n'est pas impossible que certains lecteurs potentiels restent totalement hermétiques à ce type de narration. L'intrigue générale – sorte d'armature sous-jacente qui soutient le texte – est relativement simple en elle-même, mais finit déformée par la perception du personnage-narrateur et tous les développements parallèles qui peuvent intervenir. L'idée de ces passages en plus tenait donc simplement dans une envie de clarifier la situation et de donner aux lecteurs un peu plus d'armes pour appréhender le texte.
Problème : je suis d'une nature assez confuse (voire compliquée) et j'ai opéré sur cette intrigue de base une sorte de fragmentation. « Cette vie » est comme un puzzle abstrait qui laisse la liberté au lecteur d'assembler (ou non) les pièces comme il l'entend. Je ne peux, du coup, pas orienter mon lecteur (je n'en ai d'ailleurs aucune envie), et je prends bien vite peur que ces passages supplémentaires, au lieu d'éclairer la compréhension de l'intrigue, au contraire, ne l'obscurcissent encore un peu plus.

L'autre problème que pose cette décision d'écrire de nouveaux passages tient dans la nature-même du texte ; en rallongeant une novella déjà bien fournie, ne serais-je pas en train de la dénaturer, puisque je la transforme de fait en roman (roman court, certes, mais roman quand même) ?

Plus en profondeur, ces doutes que je vous transmets actuellement via le journal de bord vont même au-delà de la simple considération de ce texte en particulier. Je commence à me demander également, à force d'y réfléchir, si cette histoire de passages supplémentaires n'est pas juste un prétexte pour ne pas terminer cette novella.
Car jusque-là, si j'ai déjà achevé un roman de jeunesse de mauvaise facture et deux petites nouvelles que je juge abouties, je ne suis jamais parvenu à finaliser un roman un minimum travaillé. Ce qui m'amène à la question ultime qu'a soulevée sans le savoir cette réaction en chaîne de doutes et d'interrogations : comment savoir quand un texte est terminé ou abouti ? Comment peut-on être capable de dire, au bout de plusieurs mois de travail, parfois intensifs, ça y est, c'est bon, je sais ? Ne serais-je pas simplement en train de réécrire à jamais un texte que je ne pourrais plus achever ?

Ces perspectives sont un peu extrêmes. Je ne pense pas réellement devoir errer dans les limbes de l'insatisfaction pendant le restant de mes jours. Je ne suis pas (encore ?) là.

Mais je m'interroge. Est-ce que je ne suis pas déjà allé trop loin ? Est-ce que je n'ai pas dénaturé (encore une fois) ce texte en dépassant de la sorte le cadre que je m'étais préalablement fixé ? Après tout j'ai tout à fait le droit d'avoir de nouvelles idées en cours de route, mais pourrais-je un jour être capable de dire stop ? Difficile à dire...

Des doutes et des interrogations, c'est normal, j'en ai tout le temps quand je me confronte aux problèmes posés par l'un de mes projets en cours. Cela m'influence probablement plus que je ne le souhaiterais, mais il est rare que j'y succombe complètement. Car en fait, peu importe tous ces doutes, toutes ces problématiques soulevées par mes envies littéraires ; je sais pertinemment comment cela va se terminer. Je sais qu'une bonne moitié au moins des passages supplémentaires que je m'attache à écrire ces jours-ci ne conviendra pas. Je sais que j'y renoncerai. Je sais que je n'en garderai qu'une autre moitié que je devrais retravailler encore longtemps avant d'aboutir à un résultat satisfaisant.

Mais cela rendra-t-il mon texte plus compréhensible ? Plus accessible ? Ça, je ne parviens pas à le savoir. J'ai même peur qu'il n'y ait que mes lecteurs potentiels (en partant du principe qu'il y en ait) qui pourront y répondre... Ce qui nous amène au doute final de chez final, aboutissement ultime de cette réflexion bloguisée en toc : dois-je prendre en compte la possibilité d'un lectorat ou dois-je m'appliquer à bâtir uniquement ce que moi je juge utile à l'élaboration du récit et/ou du personnage ? J'imagine que, comme toujours, la réponse (si tant est qu'il y en ait une) se trouve quelque part au milieu...

samedi 9 juin 2007

(C&R)

Derrière ce sigle mystérieux qui rappelle une chaîne de magasins de fringues (à vous de retrouver laquelle) se cache en fait un concept beaucoup moins enthousiasmant que le shopping et qui n'a surtout rien à voir. Cette abréviation affublée de parenthèses est en fait ma façon de marquer sur mes fichiers informatiques les « corrections & relectures » que je dois apporter à mes textes. J'en avais déjà parlé il y a quelques temps dans ce même journal de bord et ainsi que je l'avais déjà dit à l'époque, la phase « corrections & relectures » (C&R) n'est pas une phase que j'affectionne particulièrement. Mais ce n'est pas comme si j'avais le choix.

Lors de mon précédent billet sur le sujet, j'expérimentais une nouvelle façon de travailler, de relire et de corriger. Au cours des derniers mois, j'ai eu l'occasion d'appliquer cette nouvelle façon de faire, et même de la pousser dans ses retranchements jusqu'à produire quelque chose d'enfin achevé. Le mot est important (d'où l'italique) : jusqu'à cette année écoulée, je n'avais jamais poussé un texte jusque dans ses ultimes retranchements, je n'en avais jamais terminé aucun, c'est à dire que je ne les avais jamais suffisamment travaillé pour produire ce que je me plais à appeler « la meilleure version possible » du dit texte. Voilà pourquoi je répète parfois que tout ce qui est présenté dans ce blog dans la rubrique « Textes » (Mécanismes compris) ne vaut que comme des brouillons, des tentatives, des essais médiocres et inachevés.
Mais depuis cette année, et ces deux nouvelles dont je viens de vous parler (« Sablier » et « Décompte » qui devraient être mis en ligne une fois la version 2.1 du blog proclamée), je procède autrement ; en un mot, je suis devenu perfectionniste.

La phase C&R, je la traverse actuellement.

Parallèlement aux récents repérages pour « Coup de tête », j'ai commencé d'écrire une longue nouvelle (ou un court roman, c'est selon), voire même plutôt une novella (entre les deux, donc), intitulée « Cette vie », qui constitue une « version alternative » d'un rêve que j'ai fait récemment et que j'aimerais terminer avant mon déménagement (mais ça ne me paraît pas vraiment possible). La phase « corrections et relectures » s'applique donc à ce projet-ci.

La technique mise en oeuvre est sensiblement la même que pour corriger le premier jet de « Coup de tête » : d'abord, j'imprime ce premier jet et j'effectue un premier passage où je barre, entoure, rature et note les modifications à apporter. Ensuite intervient un second passage, sur traitement de texte, où je modifie les erreurs précédemment soulignées. La version obtenue correspond à un premier jet amélioré, ou « version 0 » comme je l'appelle lorsque je nomme mes fichiers. La suite est simple : on relit le texte et on souligne les nouvelles imperfections, puis on repasse pour les corriger, rectifier ou réécrire aussi souvent qu'il le faut, jusqu'à ce qu'il ne reste plus aucun doute, jusqu'à ce le texte devienne le plus abouti possible. Cette technique marche parfaitement lorsqu'on l'applique à une nouvelle, soit un texte court d'environ 30 000 / 50 000 signes.
Pour « Cette vie » (qui devrait totaliser entre 175 000 et 200 000 signes, soit 40-45 pages environ), c'est plus compliqué, tout simplement parce que le texte est plus long. Relire cinquante fois de suite un texte de quarante pages, c'est tout simplement trop lourd et trop espacé dans le temps (il faut au moins deux à trois jours pour relire l'intégralité attentivement). J'ai donc opté pour une variante que je pensais déjà appliquer depuis longtemps. Après l'élaboration de la version 0, j'ai relu deux fois l'intégralité du texte, apportant des modifications là où je le pensais nécessaire, jusqu'à aboutir jusqu'à une « version 1.5 ». A partir de là, j'ai découpé le texte en six « tronçon » de cinq pages, afin de pouvoir travailler plus précisément (je précise que je travaille sur une version en police 10 et aux marges réduites, cela fait donc 33 pages et non plus quarante et quelques). Sur ces tronçons de cinq pages, je reprend le même principe : je lis et souligne ce qui ne va pas (beaucoup de choses, mine de rien), puis je repasse derrière pour corriger et réécrire. Jusque là, alors que cela fait une semaine que je me prête au jeu, je n'ai pas encore atteint la moitié de la novella. Il faut compter en moyenne quatre ou cinq passages successifs pour arriver à une version acceptable de chaque tronçon (le tout jusqu'à obtenir une « version 2.0 » qui sera elle-même soumis à des corrections ultérieures). Je passe en moyenne trois jours sur chaque tronçon.



Je n'ai pas à me plaindre, cette façon de faire à beau être éreintante et frustrante (je n'ai pas vraiment le temps ni le loisir d'écrire autre chose pendant ce temps, ce qui rend l'opération encore plus intense), elle s'avère surtout extrêmement efficace. Avec ce type de méthode, je ne peux pas affirmer que mon texte sera bon, mais je sais d'avance qu'il sera le meilleur possible dans la mesure de mes moyens et de mes capacités du moment ; c'est ce que j'appelle un texte achevé et je ne demande rien de plus à mes productions.
Le côté frustrant apparaît surtout à cause de la chose suivante : alors que mes corrections ne sont pas encore terminées, je sais déjà que j'ai passé plus de temps à corriger qu'à écrire le premier jet (l'étape où je prends réellement du plaisir). Douze jours de premier jet et dix-neuf de corrections jusque-là (j'enregistre chaque nouvelle évolution de mon texte que je suis quotidiennement, d'où la profusion de statistiques). Petit à petit, on se sent englué par le texte qu'on corrige, on se laisse prendre par les mots incorrects ou insuffisants, les constructions syntaxiques bancales et les incohérences narratologiques. Petit à petit, on se fait aspirer par le texte, on se laisse gagner par cette atmosphère suintante qui s'en dégage et on oublie tout le reste, ou bien on fait en sorte qu'il n'y ait rien d'autre autour. Cette méthode est véritablement épuisante. Je me demande d'ailleurs comment j'arriverais à gérer les corrections d'un roman conséquent comme « Coup de tête » (500 000 signes environ si on se fie au premier jet) et non plus de nouvelles ou novellas, comme c'était le cas jusqu'ici.
Mais peu importe ; le simple fait de constater l'évolution du texte, le simple fait de voir se métamorphoser des phrases d'abord immondes, ensuite bancales, ensuite maladroites, ensuite acceptables, et, enfin, évidentes, le simple fait de comprendre que ces mots milles fois repris traduisent mieux, désormais, la réalité intrinsèque du personnage ; tous ces « simples faits » font que ça vaut le coup. Ça marche, tout simplement.

Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai pas trouvé de meilleur méthode de travail, ni de plus appliquée. L'avenir me dira si, oui ou non, j'ai eu « raison » de procéder de la sorte.

samedi 12 août 2006

Relire et corriger

Depuis quelques jours, j’ai commencé la phase « relecture & corrections » le roman qui m’intéresse en ce moment, c'est-à-dire, et si vous avez un minimum suivi mes derniers billets du journal de bord vous le saurez, c'est-à-dire « Coup de tête », commencé en mars/avril, terminé début juillet, enfin, quand je dis terminé, je veux dire que la première version a été terminée, mais qu’il n’est pas encore achevé, je sais que c’est une phrase longue, soit dit en passant, mais suivons un peu le cours de mes pensées, pourquoi pas ?

Des relectures, donc. Et des corrections. C’est une phase que je ne maîtrise pas, évidemment, parce que je m’imagine bien que c’est difficile de maîtriser ce genre de phase, surtout quand on est jeune, comme moi car, oui, c’est vrai, je suis jeune. Cette phase a toujours été, comment pourrais-je dire, pénible pour moi. Ou alors déprimante, puisque c’est dans cette phase-là qu’on se rend compte qu’en fait, tout ce qu’on a écrit n’est pas bien, non, bien au contraire. Jusque là, donc, pour mes écrits précédents, je me contentais de quelques relectures, de quelques corrections, de situer les quelques passages que je ne supportais pas et de les remplacer par des passages que je tolérais. Au final, ça donne une version finie moyenne, inégale et irrégulière (voire incohérente), c'est-à-dire que ça donne mon seul (à ce jour) roman terminé, j’ai nommé « Point d’interrogations » (j’en ai déjà parlé dans le Journal de bord, également).

Comme cette technique (celle que je viens d’expliquer) ne fonctionne pas, j’ai décidé d’essayer autre chose pour « Coup de tête ». Déjà, première nouveauté, j’ai tout tiré sur papier dès la première version. Afin de corriger à la main sur le papier en lui-même, ou sur des feuilles séparées si je n’ai pas la place. Mine de rien, c’est nettement plus utile que de faire des corrections directement sur un traitement de texte qui, même si je garde chaque enregistrement de chaque page séparément (ce n’est pas exactement ça, mais peu importe), ne me laisse aucune visibilité sur ce que j’ai fait, enlevé, barré, rajouté, modifié par rapport à la version originelle, le sacro saint premier jet. Je corrige donc à la main, disais-je, c'est-à-dire que je souligne, je barre, j’entoure, je fais des signes bizarres, des annotations dignes de corrections de copies, je corrige les fautes d’orthographe (toujours les mêmes), et ainsi de suite. Le truc, je me suis dit, c’est de ne rien laisser qui me heurte. Chaque mot, chaque phrase, chaque paragraphe qui ne me laisserait ne serait-ce qu’une légère mauvaise impression est remis en question. Histoire d’être un minimum exigeant. Histoire d’être juste. Histoire, aussi, d’écrire ce que je voulais écrire et que tout soit bien conforme à ce que doit être mon récit, enfin, je dis le mien, c’est aussi celui de mon narrateur. A long terme, je sais que c’est démarche est impossible, voire invivable, car je suis bien conscient que, quoiqu’il arrive, je ne serais jamais satisfait à 100% de ce que j’ai pu faire. Ca, je le sais très bien, je ne suis pas naïf. Mais je veux m’en rapprocher. De ce 100%. Ne pas l’atteindre, car je ne peux pas, mais m’en rapprocher le plus possible, histoire d’avoir, au final, le roman qui sera le plus susceptible de me plaire et donc, par conséquent, d’être réussi. C’est tout ce que je souhaite même si, je le sais bien, c’est déjà beaucoup. Très beaucoup.

Je fais donc ça depuis quelques jours, même si ça me gonfle, même si c’est fatigant, énervant, irritant, pénible. Même si tout ça. Tant pis. Il faut le faire. Sinon, je n’arriverai jamais à rien. J’en suis environ à la moitié, aujourd’hui, sachant que pour l’instant, je me contente de repérer les anomalies, la phase réécriture n’arrivant que plus tard, je ne sais pas encore quand. Certaines pages sont donc intégralement barrées, d’autres laissées telles qu’elles, d’autre encore sont complètement barbouillées de partout. Ce matin, mon feutre noir, celui qui me sert à barrer les passages vraiment très mauvais, m’a même lâché. Il était quasiment neuf. J’avoue que ça fout un petit coup au moral, mais ce n’est pas grave. Il faut le faire. Pour info, ma deuxième partie (d’un roman qui en compte cinq, réparties sur cent trente pages), est presque intégralement à revoir, à réécrire, voire parfois à repenser. C’est frustrant. C’est pénible. C’est insupportable, aussi. Mais il faut le faire.

Pendant ce temps, j’essaie aussi de continuer à écrire d’autres choses, histoire de ne pas me faire miner par ces incessants constats de non perfection. Résultat, j’écris trois choses complètement différentes en même temps dont, j’en suis sûr, par une seule ne sera terminée… Bon, allez, peut être une sur trois.