Dans le train juste avant départ, retour Paris dans la brume, le wagon quasi vide et pourtant l'ombre d'un corps derrière le mien, qui sort un sandwich, midi oblige, et respire fort entre chaque bouchées, tellement fort qu'il en aspire le siège derrière et les pages de Vies de saints que j'essaye de lire, relire plutôt, sans succès, car sa simple présente derrière, juste, me déprime, et je me retournerais bien comme au cinéma pour lui demander la paix mais on demande pas à un mec qu'on a jamais vu de sa vie d'arrêter un peu de respirer merci, n'est-ce pas ? Alors je m'abstiens. Le mec à gauche, rangée opposée, lui, vissé portable depuis qu'il est monté, essaie désespérément d'expliquer à sa voix dans l'oreille droite que ça suffit cinq minutes de faire tout un bordel de rien et qu'il faudrait lui foutre la paix putain. J'approuve.
Une demi-heure après départ, Google Agenda m'envoie un mail pour me rappeler départ, numéro de train, horaire, au cas où j'aurais zappé de partir et que je souhaiterais, qui sait, remonter le temps pour le reprendre.
Hier j'ai revu F., le jour d'avant L., I., et revenir ici (cet ici qui, tandis que j'écris ces lignes, redevient progressivement là-bas) c'est un peu retomber quatre ans, cinq ans, en arrière, sans réellement y parvenir, alors les rencontres ne sont pas tout à fait les mêmes que celles qu'elles auraient dû, pu être.
Dans l'Iphone Florent Marchetchante« qui je suis, dis-moi qui je suis » et le répète.
Sur la gauche du train, derrière la vitre, des mecs jouent les acrobates sur les pylônes d'une centrale électrique qui jouxte les voies.
Je reprends, donc, Vies de saints :
Oui, Canciones Tristes.
Une ville dans le coma. Immobile et en transe ; mais allez savoir ce qui se passait derrière ses portes et ses fenêtres closes, comme des paupières qui auraient suivi une thérapie intensive. Une ville qui – m'avait-on prévenu à la rédaction de Rieles – regorgeait de saints ou, du moins, de candidats à la sanctification. De perpétuelles opportunités d'alléluias. Une concentration maximale de martyrs et de prodiges. Tout était miraculeux ou digne de le devenir : « Vous ne vous souvenez donc pas de ce jour où le soleil ne s'est pas levé, et de la veuve qui saignait à la messe comme un immense jet d'eau, et de l'autruche qui parlait le latin à la perfection ? »
Rodrigo Fresán, Vies de saints, Passage du Nord Ouest, trad : Serge Mestre, P.220.
Rentré hier pour St-Etienne, chez mes parents jusqu'à lundi. Pris le train Gare de Lyon au milieu des flics et des Fa-Mas. Après qu'un mec assez jeune, bègue, me demande un euro pour aller à X. (je n'ai pas compris où il souhaitait aller) et que je lui file (sans doute parce que le mec assez jeune, bègue, me rappelait William of Heaven, narrateur de In the city of shy hunters), les flics sont venus nous voir, nous ont demandé de « reculer par soucis de sécurité ». Nous avons reculé. Un sac plastique abandonné au milieu du grand hall était gardé très strictement par des militaires, flingues collés au corps. J'ai pris une photo (sur la photo, malheureusement, le sac plastique n'est pas visible). Le sac plastique, à ma connaissance, n'a pas explosé.
Plus tard, dans le train cette fois, à trois quarts d'heure de Lyon environ, un autre mec qui puait la clope et l'alcool s'est assis sur le siège d'à côté, m'a réveillé, m'a demandé s'il pouvait s'asseoir sur le siège d'à côté, m'a remercié derrière mon oui, s'est coupé les ongles intégralement (mais sauf les pieds), m'a demandé à quelle heure on arriverait à Lyon, m'a remercié mec après ma réponse, et s'est barré. Je me suis vaguement demandé quel genre de bombe il aurait pu planquer, quand il aurait pu la faire péter et sous quel siège. J'ai sorti mon MacBook pour écrire quelques peurs primaires. J'en ai oublié une (tant pis). J'ai rechargé mon Iphone. Je me suis rendormi.
Je me sens parfois comme Jim Carrey sur Saratoga Avenue (Eternal Sunshine of the Spotless Mind) : coupé du monde. Je suis là sans y être, il y a un film opaque entre moi et le reste. On voit flou dedans, on voit mal. On comprend rien.
2
L'odeur des clopes sur mes fringues me rappelle que j'ai (pourtant) traversé les autres, hier.
3
Quand je vois dans la rue, entre Jules et Natalys, un adolescent qui fait la manche niveau trottoir (le panneau dit « Aidez-moi, j'ai faim », la gamelle du chien est pleine), ma première pensée est : il a des couilles, il est sorti du monde. Deuxième pensée : lui, au moins.
4
Mes obsessions sont le deuil et l'amputation, mais je ne sais pas encore ce qui me manque, ni dans un cas ni dans l'autre. Voilà l'objet de mes recherches.
David Menear, Journal des sens Vol 1 (fragment non daté, simplement identifié comme « Un jour »).
Les soldes ont entraîné des pics de commandes, donc des pics d'expéditions, donc de livraisons, donc des retards accumulés, donc plus de problèmes de SAV, donc plus d'échanges à organiser, donc plus de retours à prévoir, donc plus de remboursements à demander, donc plus d'appels à gérer, donc plus de clavier frappé et de dossiers ouverts, fermés, mis entre parenthèses, donc plus retards intercalés entre les cas, donc plus d'appels à nouveau, plaintes, mails, messages, courriers, éclats de voix furieux, insultes, menaces, crises de nerf, automutilations, suicides, etc.
La fin des soldes a brisé net la spirale, quand bien même les prix, eux, n'ont pas tellement changé. Depuis des jours : retards amassés éléphantesques, quasiment impossibles à rattraper en sous-effectif durant l'été. Parfois, je suis arrivé devant la porte close du bureau, car je n'ai pas la clé, avec l'envie de repartir aussi sec et d'oublier toutes ces lignes de données qui me réveillent la nuit (six heures trente du matin, yeux ouverts, paupières fermées, ce n'est pas vraiment le matin). Je compte à présent les jours, même si les piles de cas lentement se défont depuis hier, et ne regrette pas de ne jamais posséder le précieux sésame, faux porte-clé, qui m'ouvrirait enfin au quotidien les portes du bureau, du moins de celui-là.
2
Terminer 2666, encore une fois, me brise le cœur. J'aborde aujourd'hui les dernières lignes comme j'avais entamé les premières : dans la carcasse bouillante d'un train lancé direct entre un point A et un point B, bien qu'entre temps inversés l'un par rapport à l'autre. Je pourrais encore citer longtemps, je garde en réserve ces phrases qui me viennent pour une chronique future, sans doute dimanche. Je pourrais citer, citer et citer plus ou mieux : je pourrais tout reprendre.
Le livre n'est plus dans le même état qu'aux premières pages découvertes : entre temps trois semaines, des milliers de kilomètres avalés, même si statiques au fond. Je prenais soin les premiers jours ne pas trop casser le livre, ne pas trop corner la couverture, plier les pages, forcer la colle, défaire la forme. Je tenais les pages du bout des doigts. Puis je l'ai attrapé, attrapé vraiment par les épaules et j'ai forcé ouvert les grands pectoraux, muscles trapèze et deltoïdes, et maintenant le livre est dans un état épouvantable, et les pages sont cornées, et la couverture rebiffe, et la crasse intérieure de mon sac s'est étalée sur la tranche, et certaines empreintes d'objets lâchés en orbite autour des pages ont mordu dedans. Je me suis fait à cette idée. Le long de ma lecture, le livre, avec moi, a éprouvé. Je n'aimerais pas l'idée qu'il puisse garder forme nette après milles pages parcourues, comme si rien ne s'était produit, comme si l'ombre des choses n'avait pas été vue, pesée. En revenant ce soir j'ai posé 2666 sur une étagère et dans dix, vingt, trente ans, au fil de mes lectures, il se décomposera progressivement et je serai heureux qu'il se défasse, s'affaisse, parallèle à moi-même.
3
Je repense aux heures, jours, minutes qui ont précédé il y a un peu plus de deux ans maintenant mon départ de St-Étienne et premier déménagement.
J'y pense puisque hier, après le travail, j'ai pris un autre train d'une autre ligne pour une autre gare, autre destination ; y retrouver N., fraîchement installé dans le 77 et découverte de la ville dans laquelle il s'est posé et l'appartement dans lequel progressivement il emménage. Nous avons passé une bonne soirée, je crois, avons croisé, durant nos déambulations de centre ville, quantité de restaurants ou traiteurs asiatiques qui ressemblaient en tous point à ceux qu'on aurait pu trouver n'importe où ailleurs.
Durant les préparatifs et nettoyage de ce qui fut ma chambre, durant le déplacement des choses d'un coffre à un autre ou durant les minutes pour lesquelles je n'avais aucune utilité (je fixais le mur et H. était à côté de moi), je me répétais sans lassitude que c'était un moment important. Je l'ai déjà écrit quelque part, j'y repense. Et puisqu'il s'agissait d'un moment important, je me sentais dans l'obligation de le ressentir comme tel. Je me disais : c'est un moment important c'est un moment important c'est un moment important c'est un moment important mais la réalité des choses qui m'entouraient n'étaient pas modifiée pour autant. Je l'ai ancré très fort dans l'arrière de ma tête afin de ne pas l'oublier, mais c'était déjà peine perdue, car malgré mes efforts tout défilait naturellement comme le reste de mes heures habituelles. Et puis ces heures-là ont passé et ne se sont pas révélées particulièrement importantes puisque moi je les ai vécues.
- la nuit s'impose noire et opaque, la lumière ne filtre pas, personne ne se lève à sept heures le week-end
- dès la sortie de la gare, quand le ciel bas et lourd, etc.
- dans les rues le passant face, autour et derrière moi marche lentement comme si rien ne le pressait
- le tram apparaît au coin d'une rue, minuscule, deux wagons uniquement
- le même tram s'arrête successivement à deux arrêts séparés par cent mètres uniquement
- pour mes déambulations de centre-ville mes pas ne s'enfoncent jamais sous la surface du sol
- à la terrasse d'un café je règle deux consos 4.30€
- au cinéma le prix d'une place peut descendre en dessous des 5€
- dans ce même cinéma les spectateurs , une fois venue la fin du film, tiennent la porte à ceux qui suivent
- sur le bord des trottoirs aucun sac de couchage rempli ni aucun corps endormi ou mourrant ne s'enfonce
- les vendeurs dans les magasins disent au revoir, bonne journée
- les visages aperçus au détour d'un regard sont des visages connus, déjà enregistrés
- ces mêmes regards fortuits sont brisés et les pas détournés pour éviter ces visages connus qu'il aurait peut-être mieux fallu oublier
- les lieux traversés, isolés, ne rappellent plus seulement ce qui a pu arriver mais ce qui aurait pu se produire
- je sais qu'il faudra bientôt repartir.
Mes journées passées en continu dans l'habitacle pressurisé d'un train. Pas toujours le même, mais le même au fond. Le RER qui part pas ou qui part mal, ou reste à quai ou attend que l'alimentation revienne par dessus lui. Le RER du retour annulé, téléporté une gare plus loin, les autres RER qu'on prend pour rejoindre la gare suivante, celle censée abriter la fuite du premier, puis le changement de quai qu'il faut traverser à coup de genoux sec sur les escalators. Les trains froids au chauffage éteint, les portes ouvertes, les néons défaillants, les courants d'air à chaque gare butée. Les gares au courant d'air bis, les grandes entrées scalpées, pas de distributeur en vue, simplement le vas et viens des bipèdes et bagages qui se croisent et s'inversent en fonction des horaires blanc sur bleu. Se dire au cœur de ce marasme là que pas une fois je n'ai pris en photo le plafond de la gare de Lyon sans pour autant dégainer l'appareil pour corriger l'oubli. Deuxième oubli d'une même pensée dans la foulée. Puis des repas chauds vendus froids au prix de formules exorbitées, les miettes de sandwich sèches sur le bec des pigeons, le bruit des rails en écho surexposé par dessus les quais en béton. L'autre train, celui-là plus rapide, qui grésille sa voie jusque vers le sud, c'est à dire emprunter les mêmes rails que ceux qui conduisent jusqu'à la gare, cette fois dans l'autre sens. Le silence de cette cabine là, au fond toujours la même, le petit bruit de l'air conditionné qui conditionne pendant que nous nous débarrassons de nos couches de tissus respectives. La voix dans le haut-parleur qui crépite et le train, le même, différent, à jamais identique, qui repart, mon siège 102 encadré par deux corps jeunes.
Croquis #6
Sur fond de I would be you're slave (parce que c'est vrai).
- 106 (gauche) : grand type châtain, lunettes effilées aux montures grasses et bords verts, rasé de près dont cou lisse, yeux clairs fixés sur les pages défilées d'un Clan des Otori tome II (poche) puis tome III (neuf), gourmette « Sébastien » au poignet gauche, montre opaque et large au poignet droit, fin soupir fatigué puis sommeil intempestif par dessus pages retournées, réveillé-sursaut par contrôleur qui traverse, carte 12/25 oubliée, amende potentiellement remboursable payée CB dans la foulée, t-shirt manches longues beiges sur gris et jean délavé au centre et effiloché au talon, chaussures Adidas de ville au cuir noir aplati et semelles clean impec par dessous, jambes gauche par dessus la droite, pied droit écrasé tordu sur repose-pieds
- 101 (droite) : grand brun aux piercings gauche asymétriques, un lobe puis deux sommets reliés par une barre fine métallique avec arcade gauche percée dans la hauteur, t-shirt noir mi-moulant sur jean neuf bleu nuit, nike air max d'il y a longtemps croisées sur sac Eastpack motifs fleur-camouflage verts et noirs, barbe de trois jours serrée mais souple sur torse qui lui remonte sous la gorge, peau chair de poule sur nuque lisse inclinée, cicatrices sur avant bras gauche intérieur et veines communicantes du coude droit saillantes et serrées sous la peau, mains aimantées à son A marche forcée, édition couverture souple, écriture large, qu'il lit une heure et demie puis referme sous 98 pages, puis mp3-clé usb avec mouvements régulier des doigts, ongles coupés net aux ciseaux, sur genou droit contre les rythmes hip-hop sucrés dans ses écouteurs
Puis de là attraper le pull de l'un pour le glisser dans le compartiment bagages par dessus les sièges et lui marcher accidentellement sur le pied gauche dans la foulée pendant que l'autre s'endort. Les premières neiges apparaissent sur le coup de 14h20, quelque part entre un point A et un point B, puis soleil d'orage couvé en arrivant sur Lyon. La neige il en reste un peu, on l'aperçoit lorsque la voix sans visage nous crépite un terminus qui s'égosille. Premiers mots du type de droite, place 101, qui grogne un ton de brute anesthésiée dans son portable SE puis referme. Se dire qu'après avoir examiné tous les détails de son image, voir sa voix qui d'un coup brise tout le charme emmagasiné ça fait chier. Le laisser sortir par la droite, et moi à gauche. Depuis la gare, attente frigorifiée des six minutes de délais avant arrivée du 5 Terrasse sur les bons rails. Le froid qui s'infiltre entre les deux wagons, pendant que mon sac grince à la jonction, sur la plateforme circulaire qui tourne à la moindre courbe. Les gamins des collèges et lycées en vacances qui sortent en bruit. Image furtive d'un lycée bloquée et puis se dire que plus les retours se répètent ici et plus mes souvenirs directs, mes images mentales, sont liés aux lieux ciblés par Coup de tête, aux faits fictifs qui en découlent, et non aux souvenirs personnels que je peux en avoir. Quelque chose comme de la tristesse derrière ce constat, de la justesse aussi. Tout sonne comme il devrait. Dernier arrêt Passerelle aux sièges presque vides autour, terminus moins un oblige. Portes ouvertes puis fermées : le froid sec et calme d'un décembre habituel, puis la côte trop forte à subir, mes kilos de sac par dessus l'épaule, l'épaule gauche, main droite serrée-coupée sous la bride.
...pour en réalité finir trempé entre les passages cloutés, sans rien derrière ni devant les yeux.
Nous avons rendez-vous avec Nico et Isa pour la séance de 16h, devant le Méliès et tout, pour voir le dernier Woody Allen , Vicky Cristina Barcelona, histoire de perpétuer la fameuse tradition cinématographique de saison. Des trompes d'eau sur les vitres, je pars de chez mes parents en regrettant un brin d'avoir laissé mon parapluie à Y. puis m'abrite sous l'abri-bus prévu pour. Sur l'écran de contrôle, je vois l'arrivée du prochain 4 pour 22 minutes plus tard. Il est trois heures et demie alors je me dis merde. Texto-éclair pour Nico qui, lui, est toujours très ponctuel : pas de tram avant 20 min, ça va être chaud pour être à l'heure puis retour écran de contrôle histoire de : un 5 dans deux minutes donc bon. Texto effacé-non-envoyé.
Retrouve Nico à l'heure ou presque pour finalement se dire que vis à vis de la séance de 4 heures, ça va être trop juste pour Isa (shocking !) donc non. Du coup, retour voiture-à-Nico sous trompes d'eau régulières pour bouger jusqu'à St-Roch histoire de se rapprocher de chez Isa et d'une et de payer moins cher le parcmètre ensuite. Petit tour de Sainté embuantée derrière les essuies-glace battus, puis slaloms entre les rues inroulables du centre-ville pour finalement s'échouer sur le parking St-Roch complètement vide. Entre temps, coup de fil d'Elise pour dire qu'effectivement on pourra sans doute pas se voir ce week-end puis répondre oui on avait un peu remarqué de notre côté. Z'allez voir quoi ?, elle demande, alors je lui dis ce qu'on est censé voir puisqu'elle demande, puis ah oui, ça a l'air nul, qu'elle répond, alors du coup ça motive. Retour St-Roch avec horodateur à gaver, puis douche lourde sur la nuque pendant que les pièces glissent à l'intérieur, jusqu'à ce que je fasse remarquer à Nico que, d'abord, c'était jour férié hier donc gratuit niveau stationnement et, ensuite, que puisqu'il s'était remis à pleuvoir, c'était peut-être moyen de redescendre à pattes pour retourner à notre point A. Certes. Donc retour au point A, oui, mais en voiture, donc compléter le tour initial et revenir se garer grosso modo au même endroit qu'avant.
Pause au sec dans un coin du Méliès, puis croiser ma tante et mon oncle entre deux coups de fil (un bonjour à Virginie-en-Irlande qui nous traverse le ciel-nuit-d'aprem par Skype interposé), puis redépart pour remonter jusqu'à vers chez Isa, soit notre point B inutile de tout à l'heure, pour passer la prendre, monter à Centre 2 et faire les courses pour les crêpes du soir. Courses et pâte à crêpe réglées, repartir, en voiture toujours, il est huit heures moins le quart, le film est à huit heures, le ciel solide nous tombe dessus par vagues, quatre fois le tour du centre-ville pour trouver une place, un œil perdu sur l'horloge de bord (oui mais elle avance donc en fait on est par en retard), puis garés sous-terrain, déboulés par dessus le sol glissant et inondé du dehors, carcasses trempées sur le tapis du Méliès, il est huit heures dix, film commencé depuis dix minutes, et oui. Du coup repartir direction le Gaumont, des fois qu'il y ait quelque chose de pas trop mal mais en fait non. Donc demi-tour aqueux jusqu'au parking sous-terrain, cheveux trempés et flotte dans les yeux puis sur les sièges d'Isa. Départ du point C pour un retour point B sans passer par la case machin ni toucher quoi que ce soit.
Dernier Woody Allen non vu, du coup (ouais bah il est nul alors ça va, dixit Elsa ), mais la poisse diffusée jusqu'au jour suivant, aujourd'hui donc, avec TER retardé de 50 minutes à cause des intempéries d'hier, avec la gueule du Gier puis du Rhônes qui déboulent sur la droite de la voie, les eaux brunes raclées du lit vers les berges puis les stigmates d'inondations passagères sur les rives ou les champs limitrophes. Et par dessus le soleil brille, première fois depuis que je suis arrivé, en cette belle journée qui commence, etc.
Saint-Etienne ne bouge pas ou si peu ou bien mes retours échelonnés tous les trois mois rendent tout mouvement impossible car le temps trop lent s'y diffuse mal. Je profite tout de même de mon retour pour régler quelques petites choses qu'il aurait fallu régler plus tôt mais qui ne l'ont pas été à cause de. Je fais le tour de la fac pour y récupérer mon diplôme de Licence. Je le tiens là, dans la main droite, à l'abri des gouttes de pluie disséminées, inutile et laconique. Peut-être ma dernière visite à la fac, maintenant que j'y pense et que je n'ai plus rien à y faire ni personne à y retrouver. J'abandonne également mon ancien ordinateur, longtemps futur-ex mais désormais ex-tout-court depuis août. Je le vide intégralement de sa mémoire crade puis me charge de compacter puis exporter ailleurs l'intégralité de ma boite mail d'entre 2003-2007. Dans le hasard de mes coups d'oeil entre les lignes, j'y lis parfois : mais les gens me sont tellement incompréhensibles que lorsqu'ils sortent de ma vie, je ne fais jamais grand chose pour les retenir ou encore et si tu as l'occasion de lireMantra, ne la loupe pas, c'est vraiment un bouquin énorme ! Autant d'instantanés piqués au fil de l'ascenseur, lorsque les messages s'affichent puis se détachent, pris dans la même seconde. Autant de moments différents dans des temps aplanis. Que je ne veux surtout pas perdre. Parce que tout est utile, tout à un sens. Parce que j'archive tout.
Ces jours-ci s'étalent entre deux quais, j'en ai conscience, mes minutes allongées sur les banquettes ou sur les sièges de trains, qu'ils soient de banlieue, de région ou à grande vitesse. Pour gagner la Gare de Lyon, hier matin, je fuse dans l'habitacle rouillé d'un RER type années soixante-dix, avec rails ondulés sous les roues pour secouer les voitures à chaque passage de blochet. Impossible de lire là-dedans, alors se contenter d'écouter filer les ondes.
Penser aussi à la veille, à dix-sept heures et quelques, au moment de retrouver-rencontrer Faro et Maïwenn du forum des JE,
Et je regrette l'espace d'une seconde ou deux de n'avoir pas réellement bien mémorisé les photos en ma possession pour pouvoir clairement aborder la bonne personne, et accessoirement aussi maudire mes verres inadaptés qui tracent tout contre moi une foule de visages flous-fuyants, des silhouettes en travers dans le vague, impossible à identifier, et encore moins à reconnaître.
au pied de la grosse tête fondue devant l'église St-Eustache. Deux heures et quelques en leur compagnie qui file dans la chaleur d'un bar voisin, puis déjà le temps de se séparer,
Au moment où on longe tous les trois la grosse tête, j'aperçois les rayons couchés-rouges du ciel qui s'ouvre pour une seconde par dessus la façade de l'église et le gris tout autour qui l'éponge, c'est un petit parfum d'apocalypse ratée par dessus le toit des Halles.
de rentrer en quatrième vitesse et de se plonger dans les bagages à farcir pour le lendemain, c'est à dire le jour avant aujourd'hui, donc hier.
Entre deux quais, plus ou moins comme on peut, essayer aussi de progresser dans la densité luxuriante du Paradiso de José Lezama Lima. Un peu avant d'arriver à Sainté, entre Come to me et One day, je traverse ce passage bouleversant de fin de chapitre, le sixième, et je prends conscience de la profondeur du truc. Ce qui ne m'empêche pas de le fermer puis de l'enfouir dans le vrac du fond de mon sac. Pas rouvert depuis.
Le programme du week-end un peu sec, je dois dire, cette fois-ci je reste peu, je repars dès dimanche pour cause de boulot lundi. D'ici là, revoir ceux que je pourrais attraper demain soir, c'est à dire grosso modo les habituels moins quelques autres. Puis reprendre le train le lendemain et rebondir sur une nouvelle semaine-type qui m'aide à y voir clair. Coup de tête en pause légère en attendant, ici je n'arrive plus à l'écrire. Puis les trains, les trains, encore les trains, puisque de toute évidence je n'arrive pas à me lasser d'ignorer le monde qui défile froid derrière la vitre.
La
fin de Coup de tête
parce qu'elle s'impose à moi comme un pulsion. Toujours
empêtré dans ma première partie à relire
les mêmes phrases jusqu'à l'oubli et pourtant aucun
scrupule à faire un grand écart et à clore le
récit avant d'avoir comblé le vide du milieu. Quelque
part, après trois ou quatre réécritures
successives, et donc par conséquent trois ou quatre versions
différentes de trois ou quatre fins différentes, je me
dis que ces retours cycliques aux mêmes étapes
m'autorisent à anticiper un peu aujourd'hui. Ayant été
élevé à la narration vidéoludique de
toute façon, je suis habitué à et séduit
par l'idée d'instaurer des fins alternatives dans mes
fictions. En attendant le reste, celle-ci est concrète, aussi
dur que le contact brûlant d'un corps pris par l'asphalte.
Ajay, dis-moi, cette main tendue, elle pour moi ou bien|
Dis-moi, tu utilises des produits pour avoir la peau des mains aussi
douce ?
Et est-ce que tout le monde a la peau des mains aussi douce que ça
?
Alors on se regarde l'un l'autre comme si c'était un instant
normal. Sauf que l'un d'entre nous dérape sur le bord de la
nuque de l'autre et voit se dessiner le ciel cru derrière le
crâne. Et à l'envers, l'autre ripe depuis l'angle de la
mâchoire de l'un pour s'étaler l'œil contre le vertige
du fond. Au-delà : la valse régulière des
bagnoles sur l'autoroute. Le plus drôle c'est qu'en fait ni
l'un ni l'autre ne sait clairement qui est quoi. Où. Le plus
drôle c'est qu'en vrai aucune de ces bagnoles qu'on devine à
chaque traversée-carrosserie ne s'arrêtera pour nous
éviter. Le plus drôle c'est que pendu en suspension dans
l'air chargé de vapeurs pneumatiques, non seulement on ne sent
plus un gramme d'été Canicule sur la peau mais en plus
on se rend compte que ni l'un ni l'autre ne répond à
présent aux lois banales du haut et du bas. Nos deux corps qui
sont là à flotter à l'horizontale pendant
qu'entre parenthèses le monde d'à côté
grésille trop vertical. Et comme le temps tape de travers
autour de nous j'en profite pour te regarder, Ajay, te regarder
vraiment. Te regarder et te dire, te dire pour la première
fois depuis qu'on se connait, c'est à dire depuis maintenant,
depuis toujours, te dire pour qu'entre nous deux au moins, même
si c'est juste nous deux au cœur du truc ça fait rien, te
dire contre ma peau et la tienne ensemble, te dire qu'au fond je|
L'épaule gauche d'abord s'enfonce dans la couche dure
d'asphalte sur la voie du milieu. L'épaule luxée
compresse les nerfs et les artères à proximité.
L'épaule cède et le buste glisse. Rachis qui se brise
au niveau de la masse vertébrale. Les nerfs et la moelle
sectionnés ensemble pour de bon. Je sais pas le bruit que ça
fait. Je le vois pas. Simplement le pare-choc d'une BMW qui déborde
de l'écran. Je sens le pneu trop chaud. Je sens mon propre
crâne qui fond sans croire. J'arrive pas à lire le
chiffre sur la plaque d'immatriculation. Je voudrais savoir d'où
elle vient finalement, je voudrais savoir, tu comprends, c'est idiot,
je sais, mais|
Le pare-choc disparaît au dessus de moi. L'empreinte que
laissent les rainures Continental sur ma gorge est encore chaude et
mes yeux refroidissent parce que la jugulaire fuit vers l'intérieur.
J'aimerais pouvoir regarder vers toi une dernière fois Ajay
mais là-haut le ciel c'est pas le ciel, c'est juste le revers
noir de la BM maintenant. Dessous. J'aimerais pouvoir plisser les
yeux pour comprendre à quoi correspondent les reliefs
encrassés qui défilent mais les reliefs glissent le
long et puis ralentissent et puis s'arrêtent. Derrière,
une autre voiture s'est plantée dans le coffre de la première
mais je la vois pas, non. Je me dis que c'est marrant Ajay, parce
qu'au fond je connais aucun de ces mots que je te souffle même
si t'es plus là. J'aimerais fermer les yeux une bonne fois
pour toute mais ça répond pas parce que tout est
fracturé dedans. J'aimerais te dire que c'était pas
prévu, que j'ai pas fait exprès. J'aimerais tendre ma
main contre la tienne à nouveau sauf que cette fois ce serait
pas trop tard. J'aimerais me souvenir de ton odeur autour et contre
ma main, ma main droite, mais je|
Quand je regarde au fond de l'asphalte, y a ces formes que j'arrive
pas à identifier vraiment, et je me demande est-ce que c'est
toi, est-ce que c'est moi, est-ce que c'est des bouts de carrosserie
ou bien|
Et toi Ajay, tu t'es déjà cherché dans le
chaos-goudron d'une autoroute au mois d'août, à
rassembler les pièces du puzzle, à faire semblant
d'être en vie un petit peu, à croire que ton corps
existe ? Réponds Ajay. Juste : pour une fois dans ta vie
réponds-moi.
Écrire
la fin avant le reste et (se) plonger dans la mort des personnages au
fond ça revient au même que de reprendre jusqu'à
la nausée les mêmes phrases et les mêmes passages
encore. Depuis juillet dernier et le point final fictif apporté à
la quatrième mouture de cette première partie, je n'ai
relu qu'une vingtaine de pages. Pas que je ne fasse rien. Je relis et
réécris tous les jours les mêmes pages par paquet
de deux à cinq. Et quand je sature, j'enjambe le reste jusqu'à
la fin. Comme aujourd'hui. Réécrire le début,
anticiper la fin, cela revient au même, cela répond au
même besoin, à la même pulsion. Fuir le reste. Ne
pas s'y confronter. Le laisser là où il est, dans un
flou incertain de futur proche gardé à distance
raisonnable. Les mêmes peurs qu'au moment d'aborder le
troisième jet il y a presque un an. Celui de se confronter au
texte et de passer à travers. Celui de rater. De ne pas être
à la hauteur de ce qui vit en moi et échoue
immanquablement sur le papier (écran).
Alors
en attendant je reste sur ce qui existe déjà.
J'anticipe ce qui n'existe pas encore. Mais le reste, le cœur du
truc, continue de flotter dans mon futur faux. La deuxième
partie est la plus dure, c'est la plus aride, elle se déroule
sous terre exclusivement et je la manque à chaque fois que je
m'y risque. La troisième partie est celle des grands espaces
mais je gère mal la nuance des extrêmes. Alors je reste
là où je me débats le mieux, dans lesruesstéphanoises, où la courbe des sols mène vers
des itinéraires que je connais par cœur à présent.
Je reste au cœur de ces mots là, quitte à prendre le
risque qu'ils se nécrosent, terrorisé à l'idée
de franchir un palier que mon narrateur, lui, dépasse sans y
penser, sans le savoir, sa main, sa main droite, engluée dans
les coutures de, etc.
...parce qu'étrangement cette semaine se déroule en travers ; d'abord le vide des premiers jours à errer entre les murs et les rues ; vu personne pratiquement ; Élise le jour de mon arrivée et Nico dans la foulée par hasard ; puis ce week-end et depuis les journées qui se chevauchent de travers ; se recouvrent les unes les autres ; je n'ai dormi que trois quatre heures ce matin ; je fonctionne au ralenti parce que (ou bien alors c'est un symptôme et non une cause) du sang trop lent dans mes veines ; le journal en panne sèche pendant ce temps parce que plus vraiment l'impression de pouvoir l'approvisionner encore ; je devrais faire comme Laurianne et tracer précisément dans l'agenda les évènements qui dépendent de chaque jour et etc. ; ce vendredi je repars ; entre juilletiste et aoutien ; en réalité rien du tout ; simplement en train de poireauter à Lyon entre deux quais ; une dernière nuit à Nuggets City ensuite ; déménagement dans la foulée du lendemain ; et d'ici là retour aux normes des pulsations subies, sans doute...
Suite de suite (et fin (bis) ?) des repérages photos pour « Coup de tête ». Je triche un peu en réalité, parce que ces photos, je les ai prises il y a longtemps. Lors de ma dernière rentrée stéphanoise. Je n'avais pas eu le temps et/ou l'envie de les mettre en ligne plus tôt. Peut-être aussi que je les ai un peu oubliées, ces photos. Aujourd'hui je les publie, comme les autres, afin de poursuivre le tracé photographique de mes repérages en série. Ca commence à faire beaucoup mais après tout pourquoi pas ?
Cette série complète les deux premiers volets dédiés à la ville (qui concerne, en l'occurrence la première et la quatrième partie du roman). Ville à l'extrême nord en réalité, où l'on suit le tracé du tram jusqu'à son demi-tour à côté de l'hôpital, un lieu important dans le roman. La plupart des photos se focalise sur le tram ou sur le CHU. Comme souvent, petit florilège dans le corps du billet, et le reste directement dans le répertoire "Images".
J'aurais pu intituler ce billet Repérages Coup de tête : Ville 3 mais ça commence a bien faire. En plus, ce n'est pas exactement ça. Je n'ai pas repris tout le circuit cette fois. J'ai migré vers un autre tronçon, pour un autre moment, un autre passage du roman, une nouvelle transition à imaginer, également. Quelques photos, une petite dizaine, comme ça, en passant, entre les gouttes de la rue des Martyrs de Vingré. (Comme souvent lorsque je ne mets qu'une partie des photos prises dans le corps du billet, le reste se trouve quelque part par là-bas...)
Et puis aussi, un peu plus loin, entre d'autres rues stéphanoises (rue de la Résistance, en l'occurrence), les empreintes graphées du laughing man signe qu'il est passé par là...
Je suis assis dans le train à côté d'un type qui se cache derrière ses cheveux et de l'autre côté de ses cheveux traverse un regard qui s'étale sur l'écran LCD d'un portable de marque Apple à la carrosserie métallisée. Il regarde Je suis une légende, en version française probablement puisque je ne remarque pas de sous-titres (ou alors en version originale non sous-titrée ou alors en version polonaise parce qu'il doit bosser son polonais), l'image rame lorsque l'action se précipite un peu trop sur l'écran, l'image rame souvent.
Je me souviens avoir marché tout seul le long de l'avenue Mitterrand au Mans et avoir vu glisser sur l'asphalte les gommes d'un bus de la Setram sur les parois duquel on pouvait apercevoir les premières images promotionnelles du film Je suis une légende (de la pub donc) avec la tronche à Will Smith en gros plan et le titre JE SUIS UNE LEGENDE écrit en gros et en gras comme à l'instant. Ignorant tout de ce film (qui à l'époque n'était pas encore sorti en salle)...
et du bouquin aussi par la même occasion car j'ignorais que ce film en réalité était tiré d'un bouquin de Richard Matheson dont Hugo m'a expliqué le concept après coup.
...je me demandais sérieusement, en voyant défiler ces affiches mouvantes autour de moi, pour quel film on faisait là la promotion et pourquoi le slogan de la pub recouvrait toute l'affiche ; en gros je me disais « je suis une légende, ok, on a compris, mais c'est quoi le titre du film ? »
Le film dure peut-être quarante-cinq minutes ou une heure (ou une heure dix) avant de se figer dans le flou d'une image noire : plus de batteries.
Le plan précédent faisait glisser Will Smith dans un piège grossier, un taxi tombe à la renverse depuis le bord d'un pont et le corps de Will Smith bascule à l'envers, pendu par le pied à un mètre du sol, son chien autour s'agite et lui saute autour et l'image noir se fige à ce moment là.
Mon voisin de siège ferme le capot de son portable de marque Apple et sort son lecteur MP3 de marque Apple sur l'écran duquel il regarde quelque chose, autre chose, que je n'arrive pas à identifier parce que l'écran est trop petit, je remarque juste qu'il y a des sous-titres cette fois-ci.
Pendant ce temps je sors un bouquin parce que j'ai toujours des scrupules à visser les écouteurs de mon MP3 dès le début du voyage. Des scrupules, j'en ai également en ouvrant les pages d'Eden, Eden, Eden, ou plutôt non, pas des scrupules, mais plutôt un léger embarras, parce que lire ce genre de livre en public, ça fait bizarre. Donc je m'enfonce sur mon siège.
Et pendant ce temps là je ne lis pas la suite de Mao II comme indiqué sur la banderole de droite...
ou d'ailleurs si jamais un visiteur du futur décide de s'intéresser à ce billet et qu'entre temps le design ait changé
...tout simplement parce qu'il ne m'emballe que moyennement.
Sur la surface filante-panoramique de ma vitre personnelle...
Dans la mesure du possible, j'essaie de toujours prendre des places côté fenêtre, ci-possible à l'étage, pour mieux pouvoir observer le paysage tartiné autour des wagons qui défilent.
L'autre raison c'est que je n'aime pas avoir à me lever pour faire de la place quand mon voisin décide brusquement d'aller aux toilettes ou bien de gagner la voiture bar : cela m'emmerde.
...je remarque ou plutôt j'attends...
Depuis que j'emprunte cette ligne et ces TGV, je suis toujours alerte et impatient quand ce moment arrive, c'est une habitude et un plaisir parfaitement inexplicable.
... l'irruption soudaine-pas-si-soudaine de la gare de Massy...
Elle est enterrée dans le sol, sorte de long couloir obscur dans un trou bordé de quais et, parfois, de voyageurs en file indienne sur ces quais et, au bout du bout du tunnel, parfois, un morceau de ciel sur lequel fusent les réacteurs silencieux d'un avion qui décolle ou bien se pose.
...et surtout l'après Massy, parce que le paysage filant-panoramique exhibe quelques unes de ces zones industrielles que j'aime particulièrement observer, pas parce qu'elles sont esthétiques bien sûr mais justement parce qu'elles sont affreuses et grandioses et que s'enchaînent sur les asphaltes à la fois des usines bétonnées et rouillées ou encore des immeubles écaillés ou bien des champs de voitures brillantes à perte de vue ou bien des sorties d'autoroutes entortillées ou bien des échangeurs ferroviaires qui s'entremêlent et qu'on traverse tout à fait accessoirement.
Je me demande par ailleurs comment fonctionnent ces fameux échangeurs : comment organise-t-on les passages de tels TGV pour telles destinations et comment le planning doit être minuté pour ensuite ouvrir d'autres voies pour d'autres TGV qui eux-mêmes filent déjà vers d'autres destinations, probablement situées à l'autre bout de la France par rapport à celles pour lesquelles je me suis engagé, et probablement, à l'intérieur, des centaines de passagers qui lisent, dorment ou mangent, se déplacent peut-être, à trois cent kilomètres heure et qui ne se demandent pas une seule fois comment fonctionnent ces fichus échangeurs ferroviaires qui ne s'appellent d'ailleurs probablement pas des « échangeurs » en réalité car je dois confondre avec les échangeurs autoroutiers...
Après piètre vérification, Wikipédia ne clarifie pas ni ne confirme ma confusion vis à vis de cette histoire d'échangeurs.
Ajout du 20 avril 2008 : Dans son commentaire d'hier, Tom me suggère fort sympathiquement le mot "aiguillage" . Va pour "aiguillage".
Lorsque ces moments arrivent, je colle mon coude contre la bouche d'aération-climatisation...
L'air froid se colle contre la manche de mon pull et s'infiltre à l'intérieur.
...et mon regard contre la vitre sur laquelle s'animent ces panoramas tant attendus et je fixe les masses défilantes de choses qui s'échouent par dessus la carcasse du TGV.
Je sors par ailleurs mon portable et commence à filmer ces zones fuyantes qui ne cessent de s'échapper de la surface de « ma » vitre.
Depuis que je prend cette ligne et ce TGV pour revenir à Sainté, je me dis que « la prochaine fois j'emporte ma toute petite caméra-vidéo et je filme la vitre sur laquelle s'échouent mes paysages » mais je ne le fais jamais, faute de mémoire, faute de temps, de peur d'avoir l'air d'un pitre.
Cette fois je filme et je fixe l'image mouvante elle-même fixée sur l'écran de mon portable. Deux ou bien trois fichiers (je ne sais plus) pour une durée totale d'un quart d'heure environ. Massy et sa banlieue.
La banlieue parisienne et sa banlieue.
La campagne à portée d'oeillade.
Pendant mes observations panoramiques, tenant mon portable à droite, je zappe les musiques défilantes de mon MP3 à gauche. Je cherche avec plaisir les musiques tirées des duels de la série Utena dans laquelle nous nous sommes replongée, avec Hugo, depuis quelques jours. Quelques musiques tirées du film, également. Arrivant sur l'une des nombreuses chansons de Bowie qui fleurissent entre mes 20 giga de mémoire...
Letter to Hermione, en l'occurrence, tirée de l'album Space Oddity.
...je me remets à penser à ce concert hypothétique et purement fictif que Bowie donnerait si jamais il décidait de rechanter en live toutes les chansons qu'il néglige habituellement dans ses tournées (récentes, tout du moins). J'y repense de temps à autre et au fur et à mesure que se bâtit le temps, je bâtis moi-même ma propre playlist que je ne manquerais pas de proposer au thin white duke lorsque celui-ci décidera enfin de se lancer dans une telle entreprise. Outre Letter to Hermione, je verrais bien des chansons comme Lady Grining Soul...
...Scream like a baby...
ou encore Thru these architect's eyes...
...soit trois chansons pas forcément très connues de Bowie que j'apprécie beaucoup.
En étendant mes jambes parce que trois heures de TGV c'est long je fais craquer mon genou gauche qui me lance toujours depuis mardi.
Mardi, dans les rues du vieux Mans, alors que nous cherchons négligemment un restau pour le soir et qu'on se prépare à opter pour une pizzeria qui à l'air sympathique...
En réalité cette pizzeria sera dégueulasse, comme la première pizzeria mancelle qu'on avait essayé plusieurs mois plus tôt sur la place de la République.
Apparemment les manceaux ne savent pas faire des pizzas : ça fait deux fois qu'on se retrouve avec des espèces de tartes pseudo croustillantes et pleines d'huile dans nos assiettes, et ce n'est pas bon du tout. A noter donc : ne pas manger de pizzas quand on se trouve au Mans. Les glaces (chocolat liégeois, dame blanche), en revanche, sont bonnes.
...je me tords la cheville entre deux pas et deux pavés et je m'étale par terre, sur les genoux en vrac, et les avant-bras un peu, parce que j'avais un sac avec des bouquins dedans entre les mains et, par instinct peut-être, par bêtise sans doute, j'ai préféré les préserver.
En l'occurrence, Le pendule de Foucault d'Umberto Ecco pour Hugo et une version anglaise de Moby Dick imprimée sur du papier chiotte (very dick). De son côté, Hugo porte des petits sacs avec à l'intérieur de nouveaux écouteurs pour mon MP3, un recueil de nouvelles de Roberto Bolano dont j'ai oublié le titre et la saison 4 d'X-Files expressément attendue.
Du coup je me relève avec une boule mouvante dans le genou gauche et des éraflures sur la peau et la surface de mon jean est abîmée.
Tout comme, bien des années en arrière, lorsqu'on jouait au foot dans la rue et donc sur l'asphalte et que j'étais goal souvent et que je plongeais sans hésitation et bizarrement, à cette époque, le sol ne me paraissait pas aussi dur qu'il m'a paru mardi dernier, probablement parce qu'à cette époque je tombais de moins haut ou peut-être parce que c'était une nécessité obligatoire ; mes pantalons, eux, finissaient souvent dans ce même état.
Proche de Lyon, le conducteur nous annonce que nous « arrivons bientôt à la gare de Lyon-Part-Dieu dix minutes d'arrêt » et le type à côté de moi...
Le même qui regardait Je suis une légende à travers ses cheveux et les batteries de son portable.
...me demande si « c'est bien la gare de Lyon-Part-Dieu. Je lui réponds « ouais ! » parce que je ne vois pas quoi lui répondre d'autre.
Arrivé à Lyon, comme souvent, le TER pour Sainté se trouve sur le quais d'en face quand je débarque de mon TGV...
Qui, sans moi à l'intérieur, poursuit son parcourt jusqu'à Montpellier.
Où se trouve aujourd'hui (vendredi) Elise qui recherche des apparts, et que je devrais croiser dans les jours à venir.
...donc je poireaute sur ce quais là sans passer par les labyrinthes nains (comparés à la gare de Lyon j'entends) de la gare de Lyon-Part-Dieu. Les rafales d'air froid me rappelle qu'au pays des poulets, ces derniers jours, il faisait plutôt bon. Mon TER a cinq minutes de retard. J'attends en compagnie de trois théâtreux qui, de toutes évidences, se rendent à Sainté dans le but de passer le concours de la Comédie de Saint-Etienne.
Je vérifie bien qu'il ne s'agit pas de la soeur d'Hugo qui doit également se rendre à Sainté pour ce même concours dans les jours à venir (ou aujourd'hui peut-être, je ne sais plus), mais en fait non, il y a deux filles...
Dont une qui fait tomber sa pomme par terre et sa pomme roule sur le quais et manque de tomber au milieu des rails mais en fait non, arrêtée à temps par la main de la fille en question.
...et un mec.
Qui porte des Converse bleues qu'il qualifie lui-même de « chaussures de clown ».
Une fois dans le TER, ils martèlent le nom de « Saint-Etienne »...
...suffisamment souvent pour me donner l'impression que cette suite de sons n'est plus un mot mais une espèce de lieu légendaire qui n'existe pas, plus. Autour de nous s'étalent des paysages qui s'engrisent. On remarque parfois les crassiers naissants.
Du côté des sièges de devant, occupés par les théâtreux, j'entends certaines bribes de leurs paroles. Ou plutôt non : je baisse volontairement le volume de mon MP3 pour les entendre.
Ils répètent que ça fait chier pour une fois qu'on va dans le sud et bah il fait froid. Ou encore que pour une fois qu'on va dans le sud et bah c'est moche en fait, beurk.
Ce qui me fait repenser aux premiers temps où Hugo et moi nous connaissions mal...
Voilà qui date de 2002, l'année du fiasco nippo-corréen.
...je pestais déjà contre ceux qui (Hugo compris) faisaient référence à Saint-Etienne comme étant « dans le sud » alors que moi en réponse, souvent, je leur sortais des « hein ? quoi ? Pardon ? » parce que franchement il suffit de regarder une carte pour voir qu'on est dans le ventre mou quoi.
Et aussi que et bah j'avais un peu peur en partant parce qu'avec mon jambon dans mon sac, j'avais peur qu'il se mette à frire mais là comme il fait froid et bah non. Ou enfin que non mais Machin il abuse, je veux dire, voilà quoi, d'accord je sais ce que c'est que de vivre dans une famille monoparentale, m'enfin faut pas abuser non plus, quoi.
Ensuite je remonte le volume de mon MP3 parce que voilà quoi.
Je pose le pied sur le quais de la gare, le ciel est gris, il commence peut-être même à crachoter. Arrivé le jeudi, je repartirai jeudi prochain et entre temps le circuit habituel, je vois celles et ceux que je n'ai pas vu depuis des mois et je fais imprimer des trucs aux photocopieuses près de la fac (je dois aussi récupérer mon diplôme de licence).
Je termine de retenir mon souffle ; j'ai fait long aujourd'hui.
Voilà que je repense au « blocage ». Deux ans plus tard, certaines images me reviennent en mémoire. Certaines images dont je n'ai encore pas parlé. Elles sont fragmentées, isolées de tout contexte. Elles sont là, c'est tout. Nous sommes le mardi 8 avril 2008 et j'antidate ce billet au 15 mars pour mieux coïncider avec le début du blocage à l'université Jean Monnet de Saint-Etienne en 2006 :
- parce que je n'aime pas beaucoup publier plus d'un billet par jour
- parce que le planning de la semaine est rempli pour ce qui concerne les billets à mettre en ligne
- parce que je détourne ces informations de la première page, par lâcheté
- parce que je sais que certaines personnes directement concernées peuvent lire par dessus mon épaule.
Je décide de classer les faits de façon totalement arbitraire, par ordre de ce qui me revient d'abord en tête et, ensuite, par association, le reste. J'emprunte à François Bon sa mise en page cut-up. J'écoute Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles sur Deezer.
0
Contrairement à ce que je laisse entendre lors du billet des un an, le blocage ne commence pas le 8 mars mais le 15. Je corrige cette anomalie d'anniversaire avec ce deuxième billet.
1
Je repense effectivement à Nine Inch Nails quand je repense au blocage. Je repense d'abord à Only, chanson de mon album préféré With Teeth et à son refrain : « there is no you there is only me » que je placarde de façon totalement adolescente en sous-titre de mon pseudo MSN. Je parle à Virgil, souvent. Ce sous-titre est tacitement destiné à Fanny avec qui je suis en froid, c'est une revendication de mes convictions du moment. Je me fous totalement du CPE parce qu'il n'a strictement rien à voir avec moi.
2
Nous sommes en cours d'Histoire Littéraire avec M. V. Nous sommes le mercredi 15 mars, lorsque, débarquée de la dernière AG, la moitié de la promo se rassemble pour nous annoncer le blocage. M. V. décide d'amputer son cours ; que l'on se serve de cette heure et demie pour discuter des tenants et aboutissants de la chose. On nous explique le pourquoi du comment et surtout le pourquoi il faut les rejoindre et bloquer avec eux. Bien malgré moi, je fais partie de la partie sceptique de la promo, en compagnie de personnes qu'habituellement je ne fréquente pas. Elise, Nico et surtout Fanny sont de l'autre côté. Je les ai croisés dans le couloir avant de venir, ils m'ont mis au parfum et ça ne me plaît pas. J'ai du mal à le cacher, d'ailleurs je me demande si j'en ai simplement envie.
3
Ce qui m'ennuie de prime abord, c'est cette intrusion soudaine dans mon quotidien et l'incertitude des jours à venir. Ça m'énerve de ne pas pouvoir prévoir à l'avance le déroulement des jours. Ne pas aller en cours, évidemment, c'est bien le cadet de mes soucis.
4
Je ne peux rien dire : je ne suis pas allé à l'AG. Si je voulais faire entendre ma voix, c'était là-bas qu'il fallait que je m'exprime. On me le fait remarquer, comme à quiconque qui aurait la curieuse envie de la ramener alors qu'ils n'ont pas fait l'effort de se déplacer jusque là-bas. Je reconnais l'argument mais me force intérieurement à le dédaigner, c'est ma mauvaise fois qui agit. Originellement, je devais aller à l'AG. Je change d'avis plusieurs fois. Je change d'avis une dernière fois lorsque Elise me reproche mon lunatisme sur la question – il est vrai que je lui ai déjà fait faux bon pour l'accompagner lors d'une précédente manif, quelques semaines plus tôt. Je prends donc la tangente et rejoint Malika à la BU pendant cette heure de trou.
5
De retour en salle SR9 pour le cours d'Histoire Littéraire qui en réalité n'a pas lieu. Durant toute l'heure que dure ce petit débat improvisé, je scrute Fanny et les autres – mais surtout Fanny, parce que je peux lui en vouloir plus facilement, parce qu'entre nous c'est relativement habituel – de mon regard le plus noir. Parce que je leur en veux de me faire tenir de l'autre côté de la barrière. Parce que je leur en veux de ne pas partager mon point de vue. Surtout : je leur en veux de venir mettre les pieds dans mon quotidien le plus élémentaire.
6
Je quitte la fac en trombe sans une parole pour les autres. J'appelle la seule personne de mon entourage à ne pas faire partie de la chose : Malika. On se plaint mutuellement dans le dos des autres parce que ça nous défoule l'un et l'autre.
7
Le soir même, il me semble que j'appelle Elise, qu'on s'engueule, c'est peut-être la première fois mais peut-être que je confonds avec un autre coup de fil pour d'autres occasions. Je crois me souvenir qu'elle me reproche une conversation qui a eu lieu plusieurs semaines plus tôt à la Mie de pain ou dans l'un des nombreux kebabs autour de la fac (de mémoire : on ne fréquente que les gens qu'on est matériellement forcé de fréquenter, je ne crois pas aux amitiés longue-distance, elles finissent toujours par se déliter ; dans un an et demi je pars vivre ailleurs). La conversation se termine sans que notre différent soit tranché, réglé. Je déteste ça.
8
Le soir même et les suivants, je m'engueule avec Fanny sur MSN.
9
Je sais pertinemment ce qui me fait peur : que cette scission entre nous se creuse.
10
Je ne participe pas au blocage le lendemain. Je me rends tout de même à l'AG suivante, le jeudi ou le vendredi qui suit. Les autres sont rassemblés autour d'un banc, juste devant l'entrée. Le portail est fermé, barricadé. On m'invite à passer par dessus la grille pour les rejoindre. Ce que je fais. Pendant que j'enjambe le truc, mon genou se bloque pendant un moment pendant que ma jambe continue de tourner. Je boite pendant le restant de la journée. Je ne sais plus si je dramatise la chose ou si, au contraire, j'essaie de le masquer. Je découvre avec amertume la présence de Malika qui construit des pancartes et des slogans comme si de rien n'était, comme si notre conversation de la veille ou de l'avant veille n'avait pas eu lieu. C'est cette facilité de travestir ses convictions pour un rien qui m'agace. Cette facilité que, par fierté ou par orgueil, moi, je suis sûr de ne pas posséder.
10bis
Beaucoup m'ont tenu un certain discours avant le blocage et un autre complètement différent pendant. Beaucoup on fait partie du truc histoire de faire partie du truc.
11
C'est peut-être à cette occasion que je rencontre Isa. Je me demande qui elle est, ignorant tout à fait qu'elle fait partie de notre promo depuis quelques mois au moins.
12
C'est à cette occasion que je fais connaissance avec Virginie et Patrick.
13
L'AG qui suit se déroule derrière la fac, à côté de la BU. Le nombre de personnes présentes est impressionnant. Il y a des caméras de France 3. Je décide de voter blanc, me foutant résolument du pour ou du contre. Il n'est pas évident de sentir cette masse de bloqueurs et d'anti bloqueurs hostile à son choix de « conscience ». Je me souviens avoir été mis à l'écart pour mieux décompter les votants, avec les autres « blanc », tout au fond ; une belle brochettes de gusses qui se demandaient résolument ce qu'ils venaient foutre là.
14
Je fais en sorte de ne pas trop me faire marginaliser. Je compense comme je peux cette rupture d'opinion entre nous (ou, en l'occurrence, de non-opinion). Je tape le contenu d'un tract rédigé à l'avance dans un cybercafé. Je balaye deux ou trois idées quand j'en ai l'occasion. Je participe à une seule manif pour qu'on ne puisse pas, plus tard, me reprocher mon absence. Je déteste ça.
15
Je déteste la formation progressive de ce groupe auquel je ne fais pas partie. Après coup, je déteste quand d'autres font références « au blocage » comme à une époque lointaine et idyllique, la nostalgie à fond la caisse.
16
Je décide à l'avance de passer de temps en temps à la fac. Je ne participe pas au mouvement. Je me pointe aux AG, prétexte pour rejoindre les autres. Tous les deux ou trois jours en règle générale. Je m'interdis d'y retourner deux jours de suite. Mon esprit est généralement occupé par « Coup de tête », il y a désormais du REZ dans les oreillettes de mon MP3.
16bis
Je me rappelle la première fois que je m'apprête à passer par l'entrée latérale, côté Voltaire. Je me demande à moitié sérieux entre moi-même si on me laissera passer vu comment je suis fringué. A l'entrée, je retrouve François occupé à filtrer le flux d'entrants-sortants.
17
Un jour où Fanny ne peut pas venir à une AG pronostiquée serrée parce qu'elle doit aider au blocage de Simone Weil, je lui propose de voter à sa place. C'est la seule fois où je vote « pour ». Ma conscience s'en accommode facilement : j'ai besoin de plus de temps vierge pour poursuivre « Coup de tête » qui s'enlise.
18
Retour en arrière, au début du blocage. Notre prof de Dissertation propose à « ceux qui le souhaitent » de rendre une dissertation prévue depuis longtemps. Un délégué doit les ramasser sur les ruines cartonnées et barricadées de la fac. Je m'y pointe pour rendre la mienne, terminée pendant les vacances précédentes et donc avant le début du blocage – et, par ailleurs, totalement bâclée, ce qui amènera une bâche de plus dans cette matière. La pénible impression d'être pris pour un de ceux qui souhaiterait reprendre les cours au plus vite.
19
Lorsque la fin du blocage est votée, c'est un état de déprime qui gagne tout le monde. Le CPE est déjà abrogé. Il n'y a plus rien à poursuivre, sinon peut-être toutes les luttes valables qui ont fait se fédérer autant de monde autour d'un seul prétexte. Le prétexte est sacrifié, de même que le premier ministre de l'époque, décapité. Comme je le pressentais, « nous » contribuons à dégager une voix royale pour Sarkozy 1er.
19bis
Lorsque la fin du blocage est votée, Hugo me téléphone, je lui annonce la chose, il me dit « c'est super », ou quelque chose comme ça, probablement parce qu'il essaie de dire ce qu'il croit que je suis en train de penser moi-même. J'essaie de m'éloigner un peu des autres, je n'ai pas réellement envie que cette bribe de conversation filtre ailleurs. Je lui réponds peut-être « oui, oui ». En réalité je suis amère. « Coup de tête » n'est pas terminé. J'ai besoin de plus de temps que ça. Les premiers partiels commencent déjà à poindre. Je n'arriverais plus à continuer d'écrire les jours suivants.
Le blog Omega-Blue est terminé, toujours en ligne pour archives, mais il ne sera plus mis à jour. Pour suivre mon actualité, migrez sur Fuir est une pulsion, mon nouveau site. Cliquez sur l'image ou sur le nom du site ci-dessus pour y accéder.
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