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Tag - Steven Soderbergh

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jeudi 21 juin 2007

Ocean's 13

Quelques mois à peine après The Good German, le tiquet Steven SoderberghGeorge 'What else ?' Clooney est de retour avec Ocean's 13 (ou Thirteen pour la version originale et qui aurait aussi du être, logiquement, le titre en France compte tenu de ceux des autres épisodes, mais curieusement, cette fois on nous a foutu le chiffre...), troisième volets de la saga « Ocean » qui comptait jusque-là un « Eleven » excellent et un « Twelve » agréable. Le film est sorti hier en France et c'est hier soir que j'y suis allé, sans prendre en compte l'accueil mitigé qu'a reçu le film à Cannes et sans lire aucune des critiques globalement négatives émises sur le sujet, histoire de ne pas être influencé dans mon jugement par quoi que ce soit...



On prend les mêmes et on recommence, c'est comme ça que démarre le film, tout en assumant parfaitement cet aspect répétitif qu'impose la suite d'une grosse licence : on trouve un concept scénaristique un peu bancale mais qui tient plus ou moins la route et on repart sur les fondamentaux, à savoir le braquage de casino à Vegas. Bancale, la motivation initiale de nos braqueurs préférés l'est certainement : le personnage interprété par Elliott Gould (j'ai oublié son nom dans le film !) est arnaqué par un meuchant patron de casino (Al Pacino) qui monte un casino tout nouveau super classe super cool super-dur-à-braquer. Il perd son argent et, accessoirement, est victime d'une crise cardiaque ; l'équipe menée par Danny Ocean va donc se charger de le venger en faisant perdre à Pacino (qui s'appelle « Willie Banks » dans le film, d'où les nombreux jeux de mots zalacon qu'on peut imaginer) le maximum de fric lors de la soirée d'ouverture. La suite, on la connaît avant même de voir le film : Ocean's 13 est pratiquement un remake d'Ocean's Eleven tant les similarités sont grandes...

On prend les mêmes ? Oui mais pas complètement. Ce casting est par exemple totalement dépourvu de femmes (à une exception près) : exit Julia Roberts et Catherine Zeta-Jones, donc, et on évacue le problème dès les cinq premières minutes du film. Braquer des casinos, de toute évidence, c'est un truc de mecs. Et le gros problème du film est là : le casting. Impeccable quand on regarde les noms à l'affiche (c'est quand même une belle brochette de stars), cette liste impressionnante est vite relativisée par la non-importance de leurs personnages dans le film (défaut qu'on pouvait déjà remarquer dans Ocean's Twelve) : Brad Pitt, Andy Garcia, Don Cheadle et, dans une moindre mesure, Matt Damon sont complètement inutiles. Leur non importance n'égale pas celle de Vincent Cassel, cela dit, totalement dispensable sur le plan scénaristique et qui n'a en tout et pour tout qu'une seule réplique dans tout le film. Mais la plus grande déception reste Al Pacino, qui aurait du être ce treizième atout qui relève la sauce : son personnage n'existe pas, tout simplement car c'est une redite du personnage de Terry Benedict (Andy Garcia) dans le premier volet de la série. La belle homogénéité trouvée dans Eleven et perdue dans Twelve on ne la retrouve pas. Dommage. On a juste l'impression que chacun vient dire sa réplique pour toucher son cachet, sans réellement y croire, sans dégager quoi que ce soit (Brad Pitt, à part deux ou trois moments marrants, est totalement transparent)...
L'autre versant du problème tient dans l'existence même de ce troisième épisode : quelle nécessité de produire un autre opus à la série quand le numéro trois vient refaire ce qui avait déjà été fait dans le premier ? Si Ocean's Twelve n'était pas parfait, il avait au moins le mérite d'exporter le concept ailleurs (en Europe en l'occurrence), ce qui, en soit, apportait un petit renouveau. Là, rien ; on retourne à Las Vegas, on retrouve un patron pas sympa et on retrouve un défi impossible à tenir. On perd de fait l'effet de surprise tellement percutant dans le un : la fin est ici évidente, banale, et à aucun moment on n'est « soufflé » par les techniques, pirouettes ou stratégies élaborées par Ocean et sa bande. A ce niveau-là, autant ressortir son (vieux) DVD d'Ocean's Eleven et économiser le prix de la place de ciné...



Oui mais... Oui mais ce n'est pas aussi simple que ça. Car Ocean's 13 est loin d'être un mauvais film ou, en tout cas, un mauvais divertissement. Car Soderbergh parvient à conserver cette touche particulière qui faisait le charme des opus précédents : l'humour. Et peu importe si les absurdes conversations Pitt/Clooney ne sont plus aussi fluides et évidentes que précédemment, l'autodérision est là, elle fonctionne, et c'est ce qui sauve le film. Les références (semble-t-il, car moi je n'y connais rien) aux vieux films de braquage sont là, toujours aussi assumées et second degré, les stratégies mises en place pour déjouer les systèmes de sécurité sont superbement invraisemblables (de même que les nouveaux systèmes de sécurité eux-mêmes, d'ailleurs, cf. l'ordinateur qui gère la sécurité de l'hôtel) et les dialogues sont truffés de petites références qui font sourire : répliques clichées de méchants qui se la joue avec réaction faciale de Clooney en prime (cf. la bande annonce). Mention spéciale pour les costumes et les déguisements, complètement barrés également : Clooney et sa moustache, le costume d'Elliott Gould (qui rappelle un épisode de Friends !), Brad Pitt en scientifique pseudo hippie et surtout Matt Damon et son petit air de Lambert Wilson, tout ça est excellent.
Tout dans ces petits détails et dans cette autodérision latente laisse à penser que l'équipe a complètement conscience de l'absurdité d'une telle suite : ils enfoncent donc les clichés à tous les niveaux et semblent (semblent seulement) prendre du plaisir et s'amuser ; pour en juger, je vous laisse d'ailleurs visionner la bande-annonce, qui symbolise très bien l'ambiance générale du film.


Je suis partagé vis à vis de ce film, vous l'aurez compris en observant attentivement la structure-même des paragraphes de ce billet. Non, de toute évidence, Ocean's 13 n'est pas un bon film, mais en aucun cas je ne peux dire que j'ai passé un mauvais moment hier soir. Nul doute que le fait de ne pas avoir payé ma place a sans doute joué (carte d'abonnement empruntée). Nul doute qu'en l'ayant payé plein pot au Gaumont, je l'aurais probablement regretté. Il m'est donc difficile de le conseiller tant qu'il reste à l'affiche ; mieux vaut peut-être l'attraper lors d'une de ses diffusions futures à la télé (et espérer, pour le coup, qu'un « Ocean Fourteen » n'est pas prévu, car là, avec ce troisième épisode, la boucle est bouclée pour de bon).

dimanche 11 mars 2007

The Good German

Je ne suis pas un grand cinéphile, je peux largement supporter de ne pas aller au ciné pendant des semaines et je n'ai pas de réalisateur adoré ou préféré. Cela dit, je reste relativement sensible à l'esthétique et à l'approche artistique de certains « noms » du septième art. Et parmi ces « noms », je citerais volontiers celui de Steven Soderbergh (Solaris, Ocean's Eleven et Traffic, entre autres). Ca tombe bien, Soderbergh a justement réalisé le film dont je vais vous parler et que j'ai vu pas plus tard qu'hier. The Good German, tel est son nom.



On le remarque tout de suite, avant même que le film sorte officiellement, il suffit de jeter un oeil plus ou moins attentif sur les affiches qui fleurissent ici et là, The Good German s'ancre dans une esthétique typique du film noir et/ou du film de guerre des années cinquante. Et c'est exactement pareil une fois son cul posé sur le siège du ciné, face à l'écran : The Good German est un film qui se veut le plus proche possible de cette esthétique, à tel point que son réalisateur a utilisé le même matériel qu'à l'époque (caméras, décors, prise de son et j'en passe), que les acteurs se réfèrent au jeu des grands acteurs de cette période et que la bande son elle même semble être le résultat de l'imitation du style à la fois pompeux et sirupeux des ces standards. On note au passage l'utilisation d'images d'archives (durant le générique de début, notamment) qui ancrent à la fois le film dans un contexte historique particulier (l'après seconde guerre mondiale à Berlin, la conférence de Potsdam) mais qui tendent à le « décrédibiliser » également, puisque les transitions entre film et archives sont assez maladroites et déconstruites, dans le but, toujours, de rester proche de l'esthétique des films des années cinquante.



L'histoire, elle, est aussi sombre et brumeuse que l'atmosphère qu'elle dégage. Jacob Geismar (George Clooney), journaliste, revient à Berlin après y avoir vécu avec l'espoir (plus ou moins) secret de retrouver une ancienne maîtresse (Cate Blanchett) qui, elle, n'a pas déserté Berlin pendant la guerre. La ville, totalement brisée et à demi détruite, est soumise au contrôle des puissances étrangères (USA et Russie en tête). Geismar, dans ses recherches, fait connaissance de Tully (Tobey Maguire), un petit escroc de l'armée américaine, lui-même amant de Lena, le personnage incarné par Cate Blanchett. Les quêtes et les fuites des différents personnages qui s'entrecroisent en viendront peu à peu à se confondre avec, en toile de fond, la « question » de quelques scientifiques ayant travaillé à l'élaboration des V2 allemands, ayant collaborés avec les nazis et que recherchent désormais les USA et la Russie pour leurs propres recherches...



L'histoire est donc relativement compliquée, vous l'aurez compris, d'autant plus compliquée qu'il s'empile dans ce film plusieurs strates différentes : l'intrigue sentimentale, l'intrigue policière, l'intrigue politique et d'autres évènements parallèles également. Pour être tout à fait franc, donc, dans The Good German, on a souvent l'impression de patauger. En sortant du cinéma, également, on n'est pas totalement sûr d'avoir saisi toutes les subtilités des différentes intrigues qui nous a été présentées. Mais j'ose croire que ce n'est pas ici l'important. Dans The Good German, ce qui frappe, c'est avant tout la restitution d'une ambiance, l'esquisse de personnages solides et intéressants et une intrigue principale qui tient suffisamment en haleine pour que l'on s'y jette à corps perdu. Le fait de ne pas avoir assimilé toutes les subtilités du scénario, c'est assez secondaire ; l'envie de revoir le tout une seconde fois pour mieux comprendre certains élément, c'est plutôt positif.
On retiendra également la superbe esthétique noir et blanc de l'image. La photographie est simplement remarquable, les jeux de lumière, de clair-obscure et certaines interactions avec la fumée, par exemple, sont réellement magnifiques. Le jeu des acteurs, quant à lui, s'il peut dérouter au début (George Clooney semble assez pataud lors des premières minutes) est exemplaire : il est très « rafraîchissant » de les retrouver dans des rôles qui les détourne de leurs rôles habituels (pour cela il ne faut pas se fier aux apparences). Dans ce registre, l'interprétation de Cate Blanchett est excellente. Les personnages sont d'autant plus mis en valeur que la narration elle-même amplifie leur caractère déroutant (le film peut être divisé en trois grosses parties qui possèdent chacune son personnage centrale).

Pour conclure rapidement (match du PSG qui commence dans cinq minutes !), je recommande The Good German à ceux qui souhaitent se laisser glisser dans un univers à part entière et dans un film à l'esthétique irréprochable. Pour ceux qui ne supportent pas de ne pas tout comprendre d'une intrigue, en revanche, il ne faudra pas s'y attarder. Le dernier Soderbergh n'a rien d'un très grand film, mais il est agréable et c'est bien tout ce que je lui demandais lorsque je suis allé le voir hier.