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Tag - Train

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lundi 11 octobre 2010

11 10 10 : 12h13

Dans le train juste avant départ, retour Paris dans la brume, le wagon quasi vide et pourtant l'ombre d'un corps derrière le mien, qui sort un sandwich, midi oblige, et respire fort entre chaque bouchées, tellement fort qu'il en aspire le siège derrière et les pages de Vies de saints que j'essaye de lire, relire plutôt, sans succès, car sa simple présente derrière, juste, me déprime, et je me retournerais bien comme au cinéma pour lui demander la paix mais on demande pas à un mec qu'on a jamais vu de sa vie d'arrêter un peu de respirer merci, n'est-ce pas ? Alors je m'abstiens. Le mec à gauche, rangée opposée, lui, vissé portable depuis qu'il est monté, essaie désespérément d'expliquer à sa voix dans l'oreille droite que ça suffit cinq minutes de faire tout un bordel de rien et qu'il faudrait lui foutre la paix putain. J'approuve.

Une demi-heure après départ, Google Agenda m'envoie un mail pour me rappeler départ, numéro de train, horaire, au cas où j'aurais zappé de partir et que je souhaiterais, qui sait, remonter le temps pour le reprendre.

Hier j'ai revu F., le jour d'avant L., I., et revenir ici (cet ici qui, tandis que j'écris ces lignes, redevient progressivement là-bas) c'est un peu retomber quatre ans, cinq ans, en arrière, sans réellement y parvenir, alors les rencontres ne sont pas tout à fait les mêmes que celles qu'elles auraient dû, pu être.

Dans l'Iphone Florent Marchet chante « qui je suis, dis-moi qui je suis » et le répète.

Sur la gauche du train, derrière la vitre, des mecs jouent les acrobates sur les pylônes d'une centrale électrique qui jouxte les voies.

Je reprends, donc, Vies de saints :
Oui, Canciones Tristes.
Une ville dans le coma. Immobile et en transe ; mais allez savoir ce qui se passait derrière ses portes et ses fenêtres closes, comme des paupières qui auraient suivi une thérapie intensive. Une ville qui – m'avait-on prévenu à la rédaction de Rieles – regorgeait de saints ou, du moins, de candidats à la sanctification. De perpétuelles opportunités d'alléluias. Une concentration maximale de martyrs et de prodiges. Tout était miraculeux ou digne de le devenir : « Vous ne vous souvenez donc pas de ce jour où le soleil ne s'est pas levé, et de la veuve qui saignait à la messe comme un immense jet d'eau, et de l'autruche qui parlait le latin à la perfection ? »

Rodrigo Fresán, Vies de saints, Passage du Nord Ouest, trad : Serge Mestre, P.220.

mercredi 6 octobre 2010

Vigipirate

Rentré hier pour St-Etienne, chez mes parents jusqu'à lundi. Pris le train Gare de Lyon au milieu des flics et des Fa-Mas. Après qu'un mec assez jeune, bègue, me demande un euro pour aller à X. (je n'ai pas compris où il souhaitait aller) et que je lui file (sans doute parce que le mec assez jeune, bègue, me rappelait William of Heaven, narrateur de In the city of shy hunters), les flics sont venus nous voir, nous ont demandé de « reculer par soucis de sécurité ». Nous avons reculé. Un sac plastique abandonné au milieu du grand hall était gardé très strictement par des militaires, flingues collés au corps. J'ai pris une photo (sur la photo, malheureusement, le sac plastique n'est pas visible). Le sac plastique, à ma connaissance, n'a pas explosé.

vigipirate.jpg

Plus tard, dans le train cette fois, à trois quarts d'heure de Lyon environ, un autre mec qui puait la clope et l'alcool s'est assis sur le siège d'à côté, m'a réveillé, m'a demandé s'il pouvait s'asseoir sur le siège d'à côté, m'a remercié derrière mon oui, s'est coupé les ongles intégralement (mais sauf les pieds), m'a demandé à quelle heure on arriverait à Lyon, m'a remercié mec après ma réponse, et s'est barré. Je me suis vaguement demandé quel genre de bombe il aurait pu planquer, quand il aurait pu la faire péter et sous quel siège. J'ai sorti mon MacBook pour écrire quelques peurs primaires. J'en ai oublié une (tant pis). J'ai rechargé mon Iphone. Je me suis rendormi.

mercredi 29 septembre 2010

Double Meetic

Ce matin trop peu dormi, parti retrouver Juliette Mézenc au Louvre, déjeuner au Num (décidément), saumon je crois. Ce matin 8h H. me réveillait car j'avais laissé la clé sur la porte et la porte (donc) n'ouvrait pas. J'ai dit franchement, 8h, quoi, 8h... M'a dit fallait pas laisser la clé gros malin. Me suis recouché.

Dans le train pour venir poursuite Vies de saints, un mec bourré derrière explique qu'à l'enterrement on lui a rien filé mais on lui a tout pris. Et hier croisé P., très brièvement, sur messagerie instantanée me demandant pourquoi j'avais flingué kiss bye boy et lui répondant que ce n'était pas très important, que c'était foutu déjà, il se vexe. Et qu'est-ce que ça me coûterait de l'ajouter au site Fuir est une pulsion qui prendra la suite du blog dans quelques semaines, me suis demandé. Réponse à venir. "La suite sous peu." (© g@rp)
« Moi, j'ai fait la guerre, Max, et pas toi », pense Alejo. « Toi, tu es plus jeune que Nina et ça me dégoûte un peu, je ne sais pas très bien pourquoi. Tous ces muscles ne peuvent certainement pas cacher plus de dix-huit, dix-neuf ans. Tu es un petit gamin du millénaire et moi j'appartiens à cette espèce bizarre en voix d'extinction. Pour toi, je suis un animal préhistorique. Le fait que tu puisses me tuer à coups de pied sans grand effort n'empêche pas que je sois bien plus digne d'attention pour le monde entier, que je possède plus de valeur et que je sois plus important que toi. Cela dit, il est vaguement vraisemblable qu'un petit gamin de notre millénaire soit mieux assemblé qu'un légitime survivant des inoubliables et lointaines années 1980. C'est vaguement vraisemblable... »

Rodrigo Fresán, Vies de saints, Passage du Nord Ouest, trad : Serge Mestre, P.93.
Juste avant de se retrouver cour carrée du Louvre Juliette, ne m'ayant jamais rencontré précédemment et ne sachant pas précisément quelle tête j'avais, a visiblement accosté un de mes doubles qui n'était, sauf lourde erreur de ma part, pas moi. Le double lui a répondu je ne suis pas Guillaume mais bon courage et a pensé, sans doute, à une rencontre Meetic ou un blind date occasionnel. Je ne sais pas quelle tête avait ce double et si son ombre était réellement une déclinaison possible de la mienne (j'aime le penser) mais je me pose la question de savoir quelle a été, par la suite, la progression de sa journée. Peut-être l'envers de la mienne.



Plus tard, au Num, entre deux saumons, Juliette m'explique la poursuite du journal du brise-lames dont j'avais accueilli ici-même un épisode lors d'un vase communicant précédent. Je lui explique mon chômage tombé du ciel, la fin de Coup de tête. Je prononce même la phrase, très improbable mais bien réelle « je vendais des chiottes, et oui, sur internet ».

Un peu plus tard, après que Juliette soit repartie de son côté, achat du dernier Philippe Vasset. Achat aussi de Tanganyika Project, de Sylvain Prudhomme, sans doute pour fêter silencieusement l'annonce de la poursuite du Tigre.

jeudi 23 septembre 2010

Lune - Nuit - Hélium

Je poursuis mon exploration viscérale de la banlieue de banlieue et tapant plus près de Paris, ligne A et non plus D, Vincennes, Fontenay sous bois, Joinville le pont. Rendez-vous hier anciens collègues pour comparer respectivement nos expériences de Pôle Emploi. J'explique Svetlana, ma conseillère perso à moi, qui tient à me voir tous les quinze jours et squatte depuis lundi déjà ma boite mail. Alors faire semblant de chercher quelque chose tout en s’évertuant de surtout, surtout, ne pas trouver. Je vis plutôt bien mon chômage (ou plutôt j'en profite).

Traverser de nuit banlieue de banlieue en bus démultiplie sans trop le vouloir le sens de la géographie. Ça veut dire le temps, ça veut dire l'espace, ça veut dire la lune qui rôde en haut comme un chaman rempli d'hélium. Serpenter dans la nuit, le béton minuscule, les bretelles autoroute, diffracte aussi la carte telle que je l'avais en tête ; j'en profite pour écouter podcast d'Eden matin midi et soir (Chloé Delaume via France Culture) et recommande vivement.
Vide, tu es je suis vide. L’esprit en appel d’air, organes fantoches et cœur aride. Une âme stérile, une voix de pierre. Des cailloux plein la bouche, des crachats de silex. Mais aucune étincelle n’affleure aux commissures, aucune, jamais.

(Voir aussi Arnaud Maïsetti pour lecture et écoute du podcast)
lune-helium.JPG

Coincé Gare de Lyon, comme le narrateur bien anonyme de Coup de tête je cherche Nil, Nil est nulle part, ou plutôt si, des Nils, c'est à dire des clodos, y en a partout, certains même n'en sont pas, ils puent l'alcool, ils dorment par terre. Gare de Lyon coincée la nuit ressemble en fait à Gare de Lyon ouverte le jour. Quelques corps en moins. Mais grosso modo la même absence de temporalité : la nuit, le jour, là-bas, sous terre, comme dans un Casino en fait, c'est juste exactement la même chose. La même lumière, les mêmes annonces. On fait, au fond, pas trop la différence. Est-ce que j'ai pensé ne serait-ce qu'une seconde aux risques d'attentat dans les transports ou même ailleurs, aux bombes disséminées partout sur, sous et dans les rails, les wagons, les caténaires, est-ce que j'en ai profité pour en construire une peur primaire de plus à ajouter au catalogue ? Même pas. J'y pense maintenant, mais a posteriori.

Coup de tête, deux mots, juste pour dire que la dernière des dernières relectures est en cours, se terminera d'ici demain, samedi au plus tard. Ensuite ce sera terminé, ça fait bizarre rien que de le penser, mais c'est bien vrai. Après je ferai lire.

Pour passer le temps dans la nuit tartinée au néon j'ouvre 79 carré nuit blancs de Jean Gilbert acheté au pif il y a un mois. Ce livre de poésie fiévreuse est en réalité une traversée en Insomnie. Je me rappelle lecture d'Arnaud Maïsetti, « Où que je sois encore... il y a quelques semaines et j'insomnise. Il faudra que je relise, faudra aussi en reparler.

lundi 20 septembre 2010

48.545275, 2.576658

Hier dimanche, direct Corbeil – Melun. Le train s'appelle ZIPE, il traverse la campagne, la campagne d'une banlieue de banlieue bien écartée de Paris. Retrouve N., chez lui, plus tard sommes rejoints par E. Bien des années plus tôt, encore à la fac, nous passions nos journées, heures, semaines, grosso modo tous les trois. Aujourd'hui, plus ou moins dispersés dans la carte et le territoire, c'est un miracle si on arrive à s'accrocher tous trois trois fois par an. Dans le ZIPE aussi je termine Lichen, lichen, d'Antoine Emaz, car le bouquin n'est pas à moi et que je dois le rendre à ma mère, prochainement.
Faire figure est fatigant. Mieux vaut tenir tête, ou même simplement se tenir, être à la hauteur, pas davantage. Bref ne pas séparer le poète du commun des mortels : une peau, des os, des mots.

Antoine Emaz, Lichen, lichen, Editions Rehauts, P.9
Le RER entre Corbeil et Melun longe la Seine. Très peu de corps pris dans l'habitacle, beaucoup de sièges libres, quelques écluses bien monstrueuses à quelques points névralgiques de l'eau. Certaines, plus gigantesques encore, plantent sur l'eau des grues métalliques et surréelles.
Dans chaque poème il y a au moins un point où, si l'on poussait plus loin, tout s'effondrerait, et nous avec. On retournerait, plus bas, dans l'agitation muette qui a précédé.
Ecrire reviendrait donc à s'écarter, puis se rapprocher sans rejoindre, sous peine de se perdre à nouveau.

P.30
Arrêt Saint-Fargeau-Ponthierry. En face, derrière la Seine, qui dépasse sous l'ombre des arbres, un autre métallique, celui-là plus imposant, et des pylônes qui crépitent au soleil. Et au sommet des ces pylônes, tout en haut du zinc, au-delà de l'alu, et bien, juste, rien, car ils soutiennent que dalle.
S'il n'y a pas d'issue, explorons la cage. Elle deviendra plus vaste.

P.37
Et est-ce une carcasse, est-ce un OVNI, est-ce superman ? Est-ce que, déjà, c'est quelque chose et si oui où, quand et pourquoi ?
Le manque est moteur.

(…)

Pas besoin de beaucoup d'espace si on creuse.

P.40
Si c'est un OVNI, c'est crashé, si c'est ailleurs, pourtant, c'est bien là, et si c'est un homme c'est un géant, un de ces poteaux électriques à forme humaine qui galopent en Islande.
Noter, c'est comme être à côté. On sait que l'on n'a pas la meilleure place, mais à un moment, peut-être, on aura le meilleur angle de vue.
Noter, c'est un travail de photographe. Penser, c'est du cinéma.

P.48
Les rails tournent autour de la forme : je la retrouve à Boissise-le-roi. Je n'ai pas meilleure prise sur la forme car la forme est cachée : ne dépasse que les pylônes. Je n'ai même pas pensé à sortir le Kodak pour en prendre une photo. Simplement je me suis dit : back home passer par dessus, Google Earth, et voir vraiment ce qui s'étale sous le métal, ce que cache la forêt et ce qu'abrite la forme.
« la nuit tombe / jusqu'où // tout un sac de nerfs nus / et chacun serré cherchant de quoi / rire »
Ensuite le poème a versé, s'est perdu, est devenu incontrôlable ; une plongée sur plusieurs pages vers rien.

P.66
Back home, en effet, j'ai dégainé Google Earth, mais Google Earth ne m'a rien offert. J'ai trouvé le lieu mais aucun corps de métal à l'intérieur. Les pylônes, écrasés par la perspective, littéralement bouffés par la vue satellite, se fondent pratiquement avec le nu du sol. Il faut zoomer fort pour les apercevoir. Et autour, juste, rien. Même pas usine, même pas centrale électrique, même pas prison, même pas, même rien. Simplement, peut-être, quelques antennes extra-terrestres, légèrement décollées du sable pour émettre vers un ailleurs plus vrai puisque, justement, bien ailleurs.

forme2.png

Mélancolie, spleen n'ont pas de point de départ visible. C'est brusquement et sans raison sentir le vide de vivre, creuser la mort dans vivre. On ne s'explique pas ce basculement dans le dégoût de tout, l'inertie, l'insipidité, sinon par un masque tombé, celui du clown ou du vainqueur, peu importe.

P.92
Google Maps, pas mieux. J'espérais un nom, un code, une forme sur la carte dépouillée du cadastre. Mais là encore, que dalle. Juste un point A planté nulle part dans le vide du décor, celui précisément du Livre blanc de Philippe Vasset : une carte vierge de territoire, un gouffre dans la cartographie du réel.

forme1.png
« Bird, I cannot see a thing. / It's all in your mind »

vendredi 17 septembre 2010

17 sept.

Paris gare de Lyon en travaux : bientôt gare va s'extirper de l'ombre dans laquelle je l'ai fixée en écrivant Coup de tête. Ce n'est pas, en soit, un sacrifice puisque la gare telle que je l'ai arpentée en repérages et fréquentée au quotidien n'a jamais pu correspondre au lieu évoqué dans le texte, le temps du récit étant situé quelques années trop tôt. V. me demandait autrefois pourquoi ces détails liés aux lieux étaient si importants : je n'ai pas vraiment pu répondre à l'époque, je n'ai toujours pas la réponse aujourd'hui.

J'attends, Gare de Lyon, l'arrivée de E. au pied du TGV : c'est pour cette raison que je traverse encore cette gare. Rien à voir avec Coup de tête. E. arrive à l'heure, son TGV sur les épaules. Aux guichets, près des Départs Express Pro dont il est brièvement question dans la deuxième partie elle change son billet de retour. Midi différé quatorze heures mangeons thaï au Num proche les Halles. Plus loin Tuileries via le Louvre. Météo : soleil, 15 degrés de septembre. Je lui raconte mercredi, mon entretien Pôle Emploi. Les phrases retenues sont les suivantes : 
1) Pôle Emploi n'est pas là pour vous trouver du travail
2) les licenciés économiques comme vous ne sont pas comptabilisés dans les chiffres du chômage et
3) désormais c'est un cabinet privé qui va vous prendre en charge.
E. me parle de faire le tour du monde. Je lui dis tous les deux on se supporterait pas, quelque part ce serait marrant. Je lui dis je sais pas trop si faire un tour du monde ça me tenterait. Je lui dis tu crois pas qu'au fond on y retrouverait quand même notre même petite vie banale, même au bout du monde ? Elle me dit si. Derrière nous des mecs jouent au foot, se foutent à poil. Au cœur de Paris elle me déplie New York, la ville qui n'existe pas. Elle me parle de ceux qu'elle croise. Sans prononcer son nom, elle demande P., des nouvelles ? Je lui réponds nous avons disparu simultanément l'un pour l'autre. Peut-être, sans doute, est-ce une fiction factice de plus qu'il me faudra gommer. Et kiss bye boy n'existe plus.

Avant de repartir je lui demande si elle veut bien lire Coup de tête une fois que le truc sera bien terminé. Elle me laisse pas finir ma phrase pour accepter.

En quittant Gare de Lyon je me rends compte que tous les Escalators traversés aujourd'hui étaient inversés depuis mes derniers jours de boulot. Bizarre. Ça fait déjà un mois, ça fait à peine deux heures. 

mardi 17 août 2010

Enterre les monstres

J'attends une demi-heure en gare de C. que le train reparte. En profite pour écouter le premier épisode du Voyage en Transsibérien d'Olivier Rolin sur France Culture (podcast d'hier). Écouteurs vissés près des tympans, n'entends plus rien du monde (le vrai). Les pieds collés au ciment, sur le quai, le train fixe et les rails secs, j'entends pourtant les rails taper, le train filer vers l'est : mais c'est pas le même : l'audio remplace le son. Je termine aussi Les versets de la bière, qui me rappelle Cambouis l'année dernière.
on possède un jardin secret --- la lune n'a pas de profil --- tous les nombres premiers sont ex aequo --- la vie ne tient qu'à un fil --- on peut vendre son sang au détail dans certains pays --- les soldes se déroulent pendant les jours fous fous fous --- on enterre les monstres à six pieds sous terre --- un entrepreneur de démolitions entasse des briques dans son bas de laine --- on fait le plein de larmes aux pompes funèbres --- l'infarctus du myocarde est provoqué par la thrombose des artères coronaires

Lucien Suel, Les versets de la bière, Dernier Télégramme, P.151.
En lisant besoin de placer des voix, des sons, sur les paroles papier (exemple : Quentin Compson est Chet Baker) ; en écoutant parler, lire, digresser Olivier Rolin besoin de placer un corps (une image) entre ses sons : j'y vois Brian Cox.

Olivier Rolin a une belle phrase pour parler des notes à la volées qu'il prend à même le train, des brouillons fracturés de l'écriture, il dit : « comme un sismographe ». Je pense effectivement que la nature des notes que je rassemble actuellement via le fichier Prudhommes.rtf correspond à cette métaphore.

Boulot (ou ce qu'il en reste) : les jours de la dernière semaine blanche s'écoule lentement (J-3) et les métros, les trains, sont bien vides à 15h, bien plus qu'ailleurs.

lundi 12 juillet 2010

4

Déçu par Quién es ? Je saurais pas trop dire pourquoi, sinon qu'il traine trop de comparaisons. Et je n'y étais pas. Et ce n'était que quatre-vingt pages pourtant c'était des semaines. Pourtant c'est sans doute un bon truc. Pas un roman, je crois, mais un bon truc.

17h, Gare de Lyon, j'ai laissé sciemment un mec se gourer de train. Vu qu'il voulait partir vers le nord, savais qu'il se dirigeait vers le sud avec moi, rien dit. Il m'a pas demandé. J'ai vu sur sa gueule, quand il a su qu'il s'était planté et quand il a vu que je le regardais, que moi je savais, que je savais depuis le début. Mais rien dit. J'ai tourné la tête et j'ai regardé ailleurs, indifférent.

Commencé le Don Quichotte de Kathy Acker : voilà un texte que j'aurais rêvé pouvoir étudier il y a trois ans. J'ai repensé à cette conversation, quatre mois plus tôt, entre X., H. et moi G. sur la question de la littérature féminine. Ce genre de livre ramène vers moi l'idée de littérature féminine. Et au fond ce n'est pas tant que je ne crois pas en l'existence de la littérature féminine : j'y crois : je m'en veux d'y croire : j'adorerais ne pas y croire. Je pense à V.

Retour de H. ce matin, croisé 7h27 sous l'orage. Tu étais très vrai ce matin, H. me dit. Je lui demande si d'après lui c'était dû à la pluie.

lundi 21 juin 2010

Die terrified

J'ai les yeux secs, caressés par la craie. La tête trainée par terre sur un terrain stabilisé. Des épines de suie suspendues sous les paupières. Scotchées à l'envers. Attendent que l'oeil cligne pour éventrer la cornée. La banlieue de banlieue défile : je cherche des métaphores : j'en trouve.

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Le mois de juin est glacial : même à pieds, de St Lazare à Porte de Clichy, une demi-heure, Mappy collé au nez, je sue des sueurs froides. J'ouvre la fenêtre en arrivant au bureau une demi-heure en retard. Mon t-shirt noir dit : « I'd rather die terrified than live forrever » et je le pense. Je ferme la fenêtre en allumant l'ordi. Une voix téléphonée m'explique que d'homme à homme on se comprend pas, que je suis sûrement pas, moi, sur le terrain, que je suis sans doute derrière un bureau, que le terrain c'est sûr je connais pas. Je réponds oui je suis derrière un bureau. Oui je mets des croix dans des cases. C'est comme ça. Pas la première fois qu'on nous sort que le terrain on connaît pas, qu'on vit vraiment dans le virtuel. Je sais pas quoi répondre. Mon terrain à moi, ben c'est l'écran. Voilà ce que j'aurais envie de répondre. À la place je réponds rien. Je réponds pire : soit, ok.

Repris ce matin Isidoro, d'Audrey Lemieux. J'explique à P. le truc du livre. C'est une vision fictive de Lautréamont, je lui dis, une version homosexualisée. C'est tout ce que tu retiens ?, il me demande. Et je réponds non : c'est ce que j'ai bien envie de retenir. Ensuite P. plus là répond plus rien. Le mot correct aurait plutôt été « vampirisée », en fait. Ailleurs le texte éclabousse un peu de sang sur la chemise du voisin d'en face (train fuyant dans la banlieue de banlieue) : peut-être pas du sang (d'ailleurs), plutôt de la fraise ou du sirop (de fraise). En face de lui qui pionce ça sent la naphtaline : ça veut dire que ça sent bien vieux, pas forcément la naphtaline : d'ailleurs comment décrire l'odeur inconnue ? : simplement juste ça sent bien vieux et je décide de le savoir : ça sentira la naphtaline.

Coup de tête aujourd'hui, demain, repose. Mercredi relire encore la partie 1 et puis trancher. Faudra finir avant fin juin, ensuite passer à la 2.

dimanche 6 juin 2010

6393

Numéro du TGV du jour. Étudiants japonais investissent le wagon et je me dis que peut-être ce serait cool d'en vrai encore être étudiant. Ou que ce que serait cool de partir vivre à l'étranger le temps d'y croire et d'oublier que ça aurait pu être différent. Plus loin Bronsky fait portier de nuit pendant trois semaines (Fuck America) et je me dis que peut-être ce serait cool de bosser de nuit pendant trois semaines. Plus loin corps voisin monté gare de Perrache traverse le sas Converse noires montantes aux chevilles et je me dis que peut-être ce serait cool, etc.

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Je relis encore Coup de tête, j'y comprends rien : tout est à chier depuis que je lis Hilsenrath : fuck lui. Larbaud au moins était envahissant, lourd à traîner, ok, mais avec lui j'avais pas ce problème. Dans le train aussi difficulté à se concentrer. Faut être ailleurs. Faut mieux bosser.

Vendredi vu L. et I. pour une soirée. Pas vu L. depuis quoi ? des années ? Je lui dis salut. Prends des nouvelles. Elle me demande où j'en suis maintenant : la dernière fois qu'on s'est vu tu vendais des machins sur Internet. Je lui dis putain mon Journal est en ligne et t'es même pas foutue d'avoir accès à ma vie privée ? Puis je lui explique. C'est à dire que je sais plus trop où je suis ni trop où je vais ni quand. Elle me ramène dans sa voiture en panne. Me dit faudra se revoir.

Le contrôleur du 6393 me dit franchement faudra changer la photo de la carte 12-25 parce qu'on n'a plus 16 ans. Lui réponds que j'ai pas demandé à plus l'être.

Voisine de droite chiale retournée contre sa vitre place 80. Elle vérifie de temps en temps qu'autour on l'entend bien chialer et qu'on est là. Voilà maintenant qu'elle me demande un kleenex.

Aperçu hier P. comme Pierrot qui s'endormait quand il m'a vu. J'ai pris des photos à bout portant droit sur l'écran, droit sur la cam quand il dormait. J'ai pas cadré le visage, enfin je crois pas. Je crois plus qu'il pourra être mon personnage de kiss bye boy qui est un ado, certes, mais qui n'est pas lui, et surtout qui est ailleurs. Et puis kiss bye boy n'existe pas, c'est juste un titre avec des notes que je complète des fois. Tout à l'heure corrigé le fichier, j'y ai supprimé toute la ponctuation, j'arrive à trois pages titre compris, alors on est nulle part. D'ailleurs il me parle par monosyllabe et il s'endort encore. Je lui dis bonne nuit Pierrot et me déconnecte. Torse nu figé sur la cam qui freeze quand on éteint.

J'aimerais juste être partout où je suis pas (c'est à dire à côté) mais quand je bouge y a tout qui suit, alors je râle. J'ai dit hier la fameuse phrase à P. : « rien ne sera jamais possible entre nous parce que je suis marié ».

mercredi 7 avril 2010

Fable

Jour de grève veut dire marcher comme on peut et imposer discret son corps aussi dans la masse de ceux des autres. Gare de Lyon jeune homme demande si c'est bien le train pour C., je réponds oui c'est bien. Une fois arrivé C., même quai en face, même jeune homme demande si train à venir c'est bien celui pour M., je réponds oui c'est bien. Une fois la rame tout contre, une fois les corps dans la machine jeune homme encore demande idem, réponse pas mieux. Peu avant l'arrêt, 18h45, jeune homme demande si c'est Y., je réponds oui c'est bien. Je remonte l'avenue X. et jeune homme derrière l'épaule demande si c'est par là l'église et je réponds oui c'est bien. Dépassée l'église jeune homme demande si c'est bien ça la rue de l'F. et je réponds oui c'est bien. Planté devant le 31, clés dans les poches, jeune homme planté pareil demande si c'est bien le 31. En haut de l'immeuble me demandera aussi si c'est bien ça le 3e et si derrière aussi c'est bien chez lui qui pointe ? Lou Reed fredonne dans l'oreille gauche et suggère une espèce de plastique je pourrais plaquer sur lui...

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mardi 6 avril 2010

Nécrose(s)

1

Je reste à quai, attends d'autres trains qui ne viennent pas, avec moi le sans-visage d'hier me dévisage.



2

Plusieurs semaines bientôt que la lecture dégoûte. La vue du livre agresse. Je l'emporte le matin par habitude, l'ouvre le matin par habitude, l'ouvre encore le soir, fatigué, par habitude encore. Les livres eux-mêmes sont peut-être concernés, les Pigmy, Études de silhouettes, Saphir Antalgos, J'ai tué, Mannish Boy ou Des aveugles, mais c'est l'oeil qui vaque. J'ai ouvert hier soir, repris ce matin, le fameux Journal de Valery Larbaud comme remède possible à la nécrose du livre. Lire en bloc pendant des mois la vie des autres, voilà encore ce qui pourrait manquer. Sinon rester encore à quai pendant que devant soi les pages se tournent (mais sans moi).

dimanche 4 avril 2010

Déséquilibrés

Ces histoires de maniaques rôdant autour des quais de RER ressortent depuis vendredi. On lance des statistiques : déjà quatre affaires de dingue poussant des corps sous les rames depuis le début de l'année. Ces dingues s'appellent (la presse le dit) des « déséquilibrés », ils marchent comme des funambules et flirtent avec les rails. Sur certains quais bondés (dont Gare de Lyon), suffit à peine d'une pulsion de mort qui transparaît, d'un réflexe, d'un écart de nerf pour entraîner tout contre réactions en chaînes et chutes des corps en bas des voies. Dominos de chair et peaux.

Il y a moins de deux semaines, prise de note en pleine voie d'un fragment #116 pour projet Accidents de personne :
on les connaît les dingues, ceux qui poussent au bord des quais, on les connaît mais comment se retenir d'être attiré droit dans leurs bras?

lundi 29 mars 2010

S.D.V.N.M.O.R.N.B.

1

Itunes au lieu de charger les playlists fraîchement extirpées du net choisit de les détruire. Je me retrouve au seuil de la porte sans aucun titre enregistré dans la machine. Le silence d'un lundi matin, bleu ciel ou pas, est insurmontable. Le chaos des gens qui vivent, autour, et empiètent sur moi m'agresse. Même sous le vacarme de la rame, ligne 14, trouver le moyen d'entendre ce corps opposé, cravate au col, miettes aux lèvres, qui mastique, racle trop loin la gorge, exhibe en bref salive et pulsations tout contre mon tympan à sec. À la place, autre jour, une playlist que j'aurais choisie moi-même aurait recouvert tout ce calvaire.

2

Quitté plus tard, boulot plus lent. Pot de départ d'un collègue muté à T. J'ai souri quelques fois, soufflé en choeur dans une langue de belle mère, dit bonne chance, bonne continuation. En lui tapant les doigts sur l'épaule, lui dire aussi qu'en lui réside tous les espoirs de la société s'il ne veut pas à son tour « couler la boite ».

3

Chaque traversée du couloir souterrain gare de C. réveille souvenir indistinct d'école maternelle. L'odeur du détergeant fait office de détente, madeleine mécanique inattendue. Rien d'autre ne vient, seul le souvenir de l'odeur qui reste déconnecté du reste. D'un souvenir à l'autre, il déclenche aussi l'image d'un soir à M., je ne sais pas quel âge j'ai ni pourquoi je ne dors pas dans la chambre où habituellement mon frère et moi dormons, où ma mère m'explique que je dois fermer les yeux avant « d'arriver à dormir ». Alors je réalise qu'il faut bien fermer les yeux pour dormir, et non pas s'endormir pour que les yeux se ferment, découverte qui renverse au moins le monde.

4

Je reprends sans rire le fameux Journal des activités migraineuses, échantillonnages de la douleur & tentatives de géolocalisation des crises, en poursuit les éternelles compilations de données fragmentées. Je constate que depuis quelques semaines la douleur évolue. Plus beaucoup de crises mais des douleurs régulières, moins longues, plus diversement localisées. Je ne cherche plus de cohérence dans ces douleurs ni d'origine. Je n'écoute pas H. qui me conseille encore de consulter. Je cartographie simplement l'évolution des sens. Je ferme les yeux dans les trains du retour. Consomme facile les Dafalgan par boite de seize. Je me persuade que ces douleurs sont peut-être liées au stress régulier qui m'habite, aux colères perpétuelles cultivées. Je me force à rester calme, calme, calme, plus que je ne pourrais jamais l'être. Je reprends sans le vouloir mes propres paris de mes 16 ans passés : aujourd'hui, promesse faite à moi-même, je ne serai désagréable, désagréable avec personne.

mercredi 24 mars 2010

Sur Pygmy

1

J'ai, tatoué sur le pouce, les horaires effacés de mes trains du soir. Ils sont séparés sur la peau par les reliefs tendons et les quarts d'heure. De cette façon savoir d'avance lequel prendre et lequel oublier.

2

pygmy.jpgPygmy n'a pu passer le cap des quelques pages. Déjà, juin dernier, Snuff m'avait beaucoup indifféré. N'étant pas totalement bilingue je n'ai pas résisté au rythme mécanique de la langue empruntée. Il faut avoir trop de mâchoires en rab pour mastiquer ce texte en l'état. Derrière la langue robotisée du livre un scénario déjà fait et recopié, un temps sous titre Lettres persanes, un temps label Simpson ou South Park : c'est le cliché reproduit du regard étranger, du quand on arrive en ville, de la critique sociale apportée par dehors. Que le texte soit caviardé pour la forme, que le narrateur soit terroriste en culotte courte ne change pas grand chose. Si c'est un bon livre je l'ai raté, s'il est mauvais ce n'est pas grave.

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