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lundi 1 mars 2010

Peur d'être au monde

mangezmoi.jpgMangez-moi est un texte proposé par Marina Damestoy sur Publie.net depuis une petite semaine. Dans la lignée de La crise, lu dans le même mouvement, dans le même mouvement de tête aussi, regard de l'oeil nu sur le trottoir, réalité fragmentée d'un monde en dessous du nôtre qui est pourtant le nôtre. Comme La crise encore (mais aussi comme celle du logement & des peurs primaires ?), le format suivi est celui du fragment : forme courte, notes prises en marchant, et compilées après, plus tard. Mais les notes restent : de terrain bien sûr, embarquées, au plus près du sujet. a href="http://www.publie.net/tnc/spip.php?article309">Mangez-moi est une chronique vivante (et politique) de notre rapport au monde, rapport à l'autre, rapport à la ville. Extraits (quatre).
Quand la ville nous rend stériles. Quand un poids indicible écrase nos visages. Nous en sommes à absorber ce qui peut nous hisser hors du lieu où nous choisissons de vivre... lutter contre ce pourquoi nous travaillons, ce à quoi chacun contribue.
Je regarde sur l'étalage : un médicament pour calmer les nerfs, le stress, le surmenage, la fatigue mentale, les troubles psychiques, les tentions anxieuses, l'instabilité émotionnelle, les manifestations somatiques de notre peur d'être au monde, les troubles fonctionnels, spasmes, convulsions, cachexie,... Le nom du produit : Xanax, Prozac, Urbanil, annihilateur de ce que nous extirpe de la ville.
Médicament pour citadins, produit par la ville et pour la ville. Autrement dit, substances issues de ce qui consti-tue nos maux, crées par eux pour nous permettre de nous armer contre eux, afin de mieux en faire partie.
Être contre, c'est être tout contre, lisais-je. Je ne vois plus de choix, j'en gobe pas mal.

Marina Damestoy, Mangez-moi, Publie.net, P.35
Je laisse traîner mes pensées sur des phrases. Je laisse tomber ces mots-véhicules au hasard de papiers que des yeux survolent. Je laisse glisser ces feuilles entre des mains intruses et l'autre devient détective, témoin – voyeur qui s'ignorait.

P.101
Un squat est une maison de bris d'ardoise pour mauvais élèves. Sous la craie, poudre de dope, je suis l'agneau planqué qu'on va bientôt bouffer.

P.104
Angoisse parce qu'en moi est la merde. Mon ventre porte éventuellement la vie mais surtout la chair putréfiée des aliments. Comment s'épanouir sachant que ces denrées ingérées en mon sein me font vivre par fermentation, asphyxie, déliquescence. Je vis par la mort et détruit par mon transit. Intestins, symboles de la gadoue-ma vie.

P.131
Message à V. : voilà un truc susceptible de t'intéresser !

vendredi 13 novembre 2009

Vendredi 13

Aujourd'hui vendredi 13 : surdité oreille gauche. C'est aussi celle qui entend fuser les conversations des passants, deux étages plus bas, dans la rue adjacente. Aujourd'hui vendredi 13 : aucune conversation.

46° 16,8' latitude nord / 86° 40,2' longitude est se cherche. J'ai déjà écrit cinq premiers paragraphes différents, ce n'est pas encore ça. Ma récente lecture d'Invisible m'invite à chercher le changement de narration : parler au tu, au vous, par exemple. Parler à l'infinitif, au participe passé, alterner un paragraphe sur deux rêve/réalité, dans le sillon de Volodine. Mes actuelles obsessions musicales me conduisent à calquer le récit sur la chanson Exit music (for a film) de Radiohead : d'en faire un crescendo, de gueuler à la fin. La trame est là, un peu vague, issu d'un rêve de 2008. Ce sont des idées éparpillées, ce n'est pas encore bien réel.

J'ai terminé le week-end dernier une version satisfaisante de la troisième partie de Coup de tête. Après avoir relu tout court, je relis sur liseuse, bascule d'un format vers un autre, écrème ce qui accroche encore. D'ici la fin du mois ce sera bouclé. Je crois avoir trouvé ma fin : elle me conduira très probablement à amputer la cinquième partie, qui jusque là faisait office d'épilogue. Je n'ai aucun scrupule à le faire.

Demain croiser V. et N. à Paris, entre deux gares. Nous y échangerons quelques anecdotes et autres informations sur nos actualités respectives. La mienne sera la suivante : je me rendrai ce lundi à un entretien d'embauche, le premier depuis plus d'un an, je ne suis plus très sûr de savoir comment faire et, pire, quoi dire. Je ne pense pas être pris. Je ne suis pas sûr de le vouloir.

A la date du vendredi 13 d'un mois quelconque, probablement milieu ou fin des années quatre-vingt, David Menear écrit (Journal des sens, Vol 1) :
Aujourd'hui vendredi 13, vu dans le miroir un premier poil poussé sous la gorge, entre clavicules. Observé à la loupe, curiosité. Quel âge avoir ? Quand est-ce qu'on est ? J'en ai craché par terre. Je détesterai que cela puisse se produire encore : j'ai eu la sensation très réelle (et donc la certitude) que je n'avais pas été assez désiré, et je ne peux être désiré qu'imberbe.
Une fois arraché, je trouverai bien d'autres dizaines de corps sans visages qui voudront bien me baiser imberbe et recommencer. Qu'au moins cette image là s'accroche et qu'ils daignent bien s'y laisser prendre.
Aujourd'hui vendredi 13, métro du jour d'avant, l'un de ces vieux types au pardessus passé collait sa bite contre le cul d'une fille, elle-même plaquée contre la vitre. Le wagon était vide hormis nous trois, alors je me suis collé à lui à mon tour pour voir ce qu'il dirait ou bien pourrait sentir.

mardi 20 octobre 2009

Cette incrédulité là

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J'aurais aimé pouvoir enregistrer cette conversation qu'on a eu H. et moi avant qu'il parte travailler ce matin, comme j'aurais aimé pouvoir enregistrer n'importe quelle conversation qui compte et sur lesquelles je n'ai jamais beaucoup de prise : une fois que les mots ont été dits, rien ne reste, on a encore perdu les phrases, les sons. Il y a cinq six mois, aussi, j'aurais aimé pouvoir enregistrer la conversation qu'on a eu, V. et moi, sur le rebord de la fenêtre de la cuisine, parce qu'on s'y est dit, je crois, des trucs importants, mais des trucs déjà un peu éparpillés et que je me rappelle mal.

Il y a dix jours quand j'ai vu N. je lui ai dit : Coup de tête ça n'avance plus, je suis en panne sèche, je brasse de l'air. Avant-hier dans mon mail à V. j'écrivais : Coup de tête se termine, je n'en ai plus que pour quelques mois, j'ai la trouille de voir ce qui va venir après. Parfois je me dis que s'ils s'échangeaient entre eux les différentes versions des discours que je leur tiens, ils pourraient bien se marrer. On le fait bien, nous aussi, de temps en temps.

Je reviens à Coup de tête. Plus que quelques pages encore et la partie III sera terminée, chronologiquement terminée, avant quelques semaines de relectures assidues. J'arrive à un passage que je ne savais pas indispensable, tellement pas qu'il me semblait d'ailleurs qu'il pouvait être coupé au montage. Ce que j'ai fait. Pas indispensable, mais important. C'est un dialogue qu'il y a entre le narrateur et un autre, c'est un de ces moments où l'un des personnages dit : voilà, je vais te raconter mon histoire. Ces moments que je crains, que je fuis, que je découpe, car ils me paraissent toujours trop artificiels et je ne les maîtrise pas. Personne ne dit jamais, face à son interlocuteur : voilà, je vais te raconter mon histoire. Alors pourquoi lui devrait le faire ? Ce problème est lié à un autre problème, celui de raconter une histoire, n'importe laquelle. J'ai toujours trouvé cons les gens qui disent : aujourd'hui on ne peut plus raconter d'histoires. Je découvre à présent que je me plie aussi à ces salades, car ces histoires là me font peur, ou plutôt : j'ai peur des histoires que moi j'ai envie de raconter. Alors le plus souvent je m'échappe et je coupe : j'ampute le texte directement. Les choses sont dites, les paroles prononcées, les histoires racontées, simplement le texte les écarte. Les personnages réagissent en fonction de ces évènements masqués, restés hors champs. Voilà le sujet de notre conversation de ce matin. H. m'a dit : écris quand même et assume et j'ai dit oui mais (comme souvent). J'ai quand même tranché dans le texte, retiré cette partie là. Je m'en arrangerai autrement, par des moyens détournés car je ne peux toujours pas assumer cette image d'un personnage qui dit, face relevée contre la caméra : voilà, je vais te raconter mon histoire.
Il a commencé par : quand j'avais quinze ans, mon père était vivant, je détestais mon père. On n'habitait pas là, on habitait ailleurs, j'avais une chambre à moi. Il a invité un gamin de mon âge, il avait quoi deux ans trois ans de plus que moi, ok, mais moi je savais qu'il avait mon âge, qu'il était de mon monde je veux dire et pas celui de mon père. Dans d'autres vies ça aurait pu être mon pote ou un connard qui t'agresse après les cours à coups de barre de fer mais au moins, tu vois, ça aurait été normal. Je sais pas pourquoi il est venu vivre avec nous, j'ai pas demandé et je m'en foutais, dans ma tête il avait pas de famille et c'était mieux comme ça. La nuit ma chambre c'était sa chambre, mon lit c'était son lit, mes murs c'était ses murs. Moi je dormais ailleurs dans une autre pièce, une pièce qui était pas une chambre. Des fois il se tirait pendant des semaines, on le revoyait même pas. Des fois il revenait pendant des mois, il vivait avec nous. J'en ai jamais parlé à mon père. J'ai jamais parlé avec mon père. Quand il me parlait, lui, je lui répondais d'aller se faire foutre et honnêtement j'avais raison. Je veux dire : c'était ce que je pensais vraiment, vraiment quand je le voyais. Je me barrais en claquant la porte, y a des nuits où je revenais pas. Ma mère elle disait rien. Ma mère jusqu'à ce qu'elle claque la porte aussi elle a jamais rien dit. Ma mère elle trainait dans l'ombre de la cuisine et elle regardait les trucs se passer et je vois pas pourquoi elle aurait pu faire autrement parce qu'en vrai elle savait pas faire. La journée l'autre gamin il y était pas, il était ailleurs. La nuit mon lit redevenait son lit. Entre temps on se voyait pas assez pour se parler, on se croisait trop pour s'en foutre. Un jour j'ai vu mon père et je lui ai dit, je lui ai gueulé : lui c'est juste un autre moi que tu peux avoir à ma place, un autre que tu peux baiser et il m'en a pas retourné une, non, il m'a pas claqué les mâchoires, il a juste rien dit et il a fait comme si mes mots c'était que dalle. La nuit dans ma chambre qui était pas ma chambre j'aurais bien aimé qu'il vienne pour m'écraser les côtes et me tabasser par terre mais jamais il l'a fait. Après le gamin c'était plus un gamin, il est parti bosser, il est plus revenu. On a déménagé. Ma mère elle est partie. Mon père il a continué à vivre sa vie, ça veut dire qu'il était tout seul et que de temps en temps y avait des types comme l'autre ou des types comme toi qui venaient gratter à sa porte et lui il leur ouvrait. Après je suis parti aussi. Mon père il est mort tout seul parce qu'il avait personne, je vais pas pleurer sur lui. On l'a cramé, jeté ses cendres, fait tout comme il voulait pour plus en entendre parler. Aujourd'hui il me reste cette boite bourrée de merdes qu'il voulait qu'on donne. A toi, aux autres, je m'en fous, je vais pas m'amuser à trier. Puisque t'es là prends la et pars avec. Après on vendra tout, on reviendra plus. Viens, la boite est à la cave.
Ce paragraphe ne me paraît pas mauvais, c'est le comble, mais comme détaché du reste de Coup de tête, il n'est pas crédible, certes, mais il n'est pas cohérent, surtout, et c'est ça qui dérange. Ces trucs là, j'ai envie de dire, on s'en fout. Qu'est-ce qui est important ? La sensation physique de se trouver en face de lui à ce moment là, de savoir que ce moment est important. La fuite qui suit la scène et conduit les deux personnages un étage plus bas. La façon dont le narrateur régurgite cette même scène, un peu plus tard, et la façon dont il l'a assimilée, comment il se l'est appropriée. Ce n'est pas un problème d'histoire à raconter ou d'histoire qu'on voudrait raconter mais bien de personnage : cette histoire est celle d'un autre, mon narrateur ne voit que la sienne. Celle-ci est une parenthèse, une amputation de plus à faire sans état d'âme entre lui et les autres. L'écrire ici me permet aussi de le comprendre, d'apprendre et d'assumer.

Je vois aussi d'autres choses, sans doute importantes. Les choses dites, celles qui me paraissent, justement, artificielles, le sont trop simplement, d'un coup sec, comme si c'était réel. Or ça ne l'est pas. Le discours est chaotique, haché, il s'ampute lui-même. Mes personnages ne parlent pas clairement mais par ellipse : ils enjambent, reviennent en arrière, se coupent, s'arrêtent. Au risque de (et parfois pour) ne pas se comprendre, passer à côté des choses. Mes personnages passent à côté des choses, ils se manquent, s'évitent et se haïssent. Ils se trouvent nez à nez sans rien avoir à se dire et partagent un silence qu'ils meublent accessoirement et ensuite ils se séparent et se disent, sans doute chacun de leur côté : voilà ce que j'aurais dû faire, voilà ce que j'aurais dû vivre. C'est aussi pour cette raison que ce paragraphe-confession face caméra n'est pas crédible, pas possible : il est frontal, il confronte l'autre, il part à l'assaut. Comment pourrait-on l'envisager ?

samedi 17 octobre 2009

Noms €

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Achat ce matin d'un nouveau de domaine que je réserve pour les trois prochaines années : fuirestunepulsion.net. Ce nom là existe déjà depuis deux ans, il vit en parallèle dans une sphère masquée du blog, en écriture blanc sur blanc, de telle sorte qu'il n'est ni lisible, ni accessible, ni consultable. Lorsque je lui ai expliqué le principe de ce site fantôme développé à l'envers de l'autre, V., la dernière fois que nous nous sommes croisés, m'a répondu qu'elle ne comprenait pas trop l'intérêt de la chose (ce ne sont pas là ses mots exacts mais en substance mon souvenir s'arrête là), à l'époque je ne lui avais répondu qu'un « c'est à dire » que j'avais ensuite fini par évacuer ailleurs, par le fenêtre par exemple, déjà entrouverte sur la nuit et par laquelle fuyait en silence un peu de fumée de cigarette, la sienne. Ce nom de domaine est posé, je ne l'utiliserai pas tout de suite, peut-être ne l'utiliserai-je jamais réellement. Je me projette simplement dans une certaine potentialité, à moi de voir s'il sera utile de la matérialiser. A terme, ce projet de blanc sur blanc viendra succéder à / puis remplacer l'Omega-Blue trop bigarré.

Sur internet les mots, les noms, coûtent de l'argent (29€ pour trois ans d'exploitation du domaine fuirestunepulsion). Lorsque je travaillais encore pour mon entreprise de vente en ligne, un budget de plusieurs milliers d'euros par mois était alloué à l'achat de « mots clés » dans Google, référencement payant qui permet ensuite les visites, et donc les ventes. Ils appelaient ça « payer du clic », autrement dit des lettres et des mots. Si je monte demain une entreprise de vente d'organes, je devrai investir dans l'achat de mots clés précis tels que « foie à vendre », « rein en soldes » ou « coeur vente flash » et tous ses dérivés orthographiques, puisque les gens qui cherchent dans Google cherchent mal et que leurs phrases ne sont pas forcément correctes, il faut s'adapter aux déviances langagières de la plèbe, plier sous la majorité. Le nom de domaine répond à ce même désir : celui de posséder la lettre, syllabe, la phrase. Mes mots à moi, mes piètres investissements, ne sont que des pages blanches perdues au coeur des requêtes Google déferlantes, elles ne me rapporteront rien sinon quelques regards de plus penchés sur moi, j'espère en secret qu'on ne m'y trouvera pas.

samedi 4 avril 2009

Que faire de Cette vie ?

cette-vie.jpgCoup de tête en lent chantier, mais chantier quand même, Qu'est-ce qu'un logement. actuellement en cours de correction/mise en page/préparation pour publication Publie.net (c'est dit sur le ton désinvolte des mots habituels, mais c'est une vraie information, je précise), le livre des peurs primaires lancé et mis en ligne et, par conséquent, en cours d'écriture permanente ; les choses avancent, les textes s'emballent et existent d'eux-mêmes ou sont en passe d'exister ou bien alors font tout pour et ce n'est déjà pas si mal. Reste Cette vie, terminé depuis un an et demi, qui collectionne les refus d'éditeurs, parfois argumentés mais souvent pas. Après un an et demi, se poser la question du qu'en faire parce que franchement je n'en sais rien.

V. m'apprend la semaine dernière que le festival du livre de Mouans-Sartroux récompense des manuscrits non-édités répondant au non-thème « fiction d'ailleurs » par une publication chez Actes Sud. Je l'en remercie au passage. Cette vie serait parfait pour ce thème là, c'est à dire qu'il n'y ferait pas tâche. Mais j'hésite. Trois versions papier à imprimer-relier plus version numérique CD (!) à joindre au tout plus l'expédition du truc en elle-même et les sommes pour rien à engager là-dedans. Pour rien, parce qu'évidemment ce n'est pas viable cette histoire. Cette vie n'est pas lisible par un comité de lecture et ne remportera aucun concours de rien. Cette vie n'est pas vraiment lisible du tout, d'ailleurs, et fort honnêtement je me demande bien quels ont été les rouages qui ont pu me conduire à la composition d'un tel mécanisme. Se dire qu'un an avant Qu'est-ce qu'un logement., texte indéfinissable, j'écrivais ce truc qui n'avait rien à voir avec rien. Aujourd'hui je garde les feuilles refusées entre les mains, relis quelques lignes, le qu'en faire résonne toujours autant et, pire, aucune réponse n'émerge.

Autres options possibles (traduction : auxquelles j'ai pensé) : la mise en ligne internet, tout simplement. De cette façon, le texte, personne n'en voudra, mais au moins il sera lu par ceux qui l'auront voulu. Plutôt qu'un PDF tout bête, je passerais alors par l'intermédiaire de la plateforme M@nuscrit proposée par les éditions Léo Scheer, je pourrais en même temps toucher plus de lecteurs (encore que). Mais la visionneuse flash avec pages qui se tournent au clic me m'intéresse pas vraiment. Et puis je me suis toujours mis dans l'idée qu'un texte mis en ligne devait faire l'objet d'un vrai effort d'adaptation au support, une plateforme créée pour le texte avec expérience de lecture prenant en compte les particularités d'Internet. Il serait probablement très stimulant et intéressant de se lancer dans la création d'une telle plateforme. Problème : je n'ai pas le temps ni l'énergie de consacrer des heures de travail à un projet déjà terminé depuis si longtemps à mes yeux. On est revenu (du coup) au point de départ.

Ou plutôt non : le temps que j'ai passé à ressasser tout ça entre deux gares (une semaine) et la date limite du festival du livre de Mouans-Sartroux est passée (jeudi dernier, cachet de la poste faisant foi), j'ai préféré ne rien envoyer1. Reste la non-solution : que les choses restent comme elles sont et ont toujours été. Ce manuscrit démultiplié restera sagement mort dans l'un de mes tiroirs. Un jour, peut-être, je le ressortirai. On verra à ce moment là. On n'est pas pressé. On a le temps. Et puis si l'on oublie, au fond, ce n'est pas bien grave, on ne recule pas, on avance juste dans d'autres directions.

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1 Ou pas : démêler le vrai du faux de la fiction dans le journal du blog dans la continuité des choses. Des fois je dis des trucs qui n'y sont pas.

mardi 24 mars 2009

Des kilomètres de vie en rose

J'ai bien peur que ces cieux-là soient fictifs, il a fait, aujourd'hui, un temps carrément dégueulasse (dédicacé à deux V. différent(e)s, l'un n'adorant pas particulièrement cette chanson, l'autre n'adorant pas particulièrement les couchers de soleil).

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vendredi 13 mars 2009

En attendant V.

V. arrivée hier repartira demain. Entre temps nous nous sommes croisés, hier rendez-vous cour carrée, crachin breton par dessus (il y a derrière nous des parois de verre et un podium en toc, des gens inconnus attendent sur tapis rouge encostumés). Nous mangeons ensemble le temps de s'échanger des dingue de se retrouver ici. C'est vrai. Ce n'est pas le décor, panorama habituel de nos rencontres. Elle me parle de ses trucs en cours, je lui parle des miens. Entre deux heures au coin du Louvre (la rue, le bâtiment), non pas rattraper le temps perdu (nous n'en avons pas vraiment perdu, où qu'on puisse être) mais plutôt faire semblant de se rappeler l'un à l'autre, alors même qu'on sait, c'est faux, on reste en contact, par ce biais ou un autre, on ne se perd pas de vue. Je remonte au bureau (l'impression de vide qui s'en dégage : se dire qu'au fond tout, ici, est inutile, que la vraie vie est ailleurs), lui dis on se retrouve même endroit même Louvre quatre heures plus tard. Parenthèse.

Nous partageons un train, le soir, pour rejoindre Y. : V. dormira chez nous. Elle me montre les livres qu'elle a achetés, je lui montre ceux que je traverse actuellement. Je ne sais plus trop de quoi nous parlons, mais la nuit tombe, la casse fuse et l'heure passe. Arrivé sur le palier, première rencontre entre H. et V. (je dis : H.V. / V. H.), puis nous passons la soirée ensemble, puis nous parlons de nos trucs respectifs à nouveau, mais plus détaillés cette fois.

Réveil sec du lendemain : il fait trop tôt trop vite. Les sonneries de réveil se relancent. Nous partons ensemble à nouveau, de retour vers Paris. Arrivé Châtelet, faire marche arrière ou presque. Une heure durant je me suis dis que non, franchement, aller bosser aujourd'hui et ne pas profiter de l'occasion, passer une journée parisienne avec V., il commence à faire beau pratiquement, ce serait rater quelque chose.

Je me plaque dans un coin isolé, pas trop de bruit autour, émuler un faux chez moi qui n'y est pas pour faire croire que. J'appelle le bureau de ma voix la plus gênée possible. J'explique que c'est vraiment embêtant, parce qu'un problème de transport slash une grève inopinée slash une grippe soudaine slash une invitation de dernière minute pour table ronde sur Fresán au salon du livre (roman puzzle ?) slash autre chose n'importe quoi m'empêche de venir travailler aujourd'hui. Vraiment je ne suis pas du genre à mais voilà. Je vais devoir être obligé de demander ma journée c'est affreux.


Du coup, je lui dis, on s'est levé tôt pour rien. Elle me dit pas grave. Tu veux faire quoi ? On prend la quatre jusqu'à Montparnasse et le jardin du Luxembourg un moment. Puis la librairie Tschann où l'on s'approvisionne depuis août. Puis midi sushi un peu plus loin, un peu trop d'eau dans nos verres. Nous parlons tous les deux de ceux qui ne sont pas autour de nous mais pourraient être ou auraient pu. Je lui explique qu'une collègue m'a généreusement offert deux places pour le salon du livre hier, que l'on pourrait, etc. Je lui explique que franchement ça fait du bien de la voir parce que voilà ça faisait bien plus de six mois en fait. Elle me répond ok pour le salon du livre. En chemin, devant distributeur, le type de devant parle à la machine : « vas-y ta mère la pute donne-moi les billets ». Le reste de la journée nous appartient.

Arrivée hier elle repartira demain, voilà. Nous ne nous sommes que croisés au fond et après coup, dans le train du retour le soir, je me suis rappelé d'un tas de choses que j'aurais voulu lui dire. Une autre fois.

samedi 24 janvier 2009

Water traveler

Et plus tard ce soir là, revoir Titanic, pour la première fois depuis mes douze ans, lors de sa sortie en salle. (Virginie, si tu me lis...)


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dimanche 2 novembre 2008

Comment j'ai failli aller voir le dernier Woody Allen...

...pour en réalité finir trempé entre les passages cloutés, sans rien derrière ni devant les yeux.

Nous avons rendez-vous avec Nico et Isa pour la séance de 16h, devant le Méliès et tout, pour voir le dernier Woody Allen , Vicky Cristina Barcelona, histoire de perpétuer la fameuse tradition cinématographique de saison. Des trompes d'eau sur les vitres, je pars de chez mes parents en regrettant un brin d'avoir laissé mon parapluie à Y. puis m'abrite sous l'abri-bus prévu pour. Sur l'écran de contrôle, je vois l'arrivée du prochain 4 pour 22 minutes plus tard. Il est trois heures et demie alors je me dis merde. Texto-éclair pour Nico qui, lui, est toujours très ponctuel : pas de tram avant 20 min, ça va être chaud pour être à l'heure puis retour écran de contrôle histoire de : un 5 dans deux minutes donc bon. Texto effacé-non-envoyé.

Retrouve Nico à l'heure ou presque pour finalement se dire que vis à vis de la séance de 4 heures, ça va être trop juste pour Isa (shocking !) donc non. Du coup, retour voiture-à-Nico sous trompes d'eau régulières pour bouger jusqu'à St-Roch histoire de se rapprocher de chez Isa et d'une et de payer moins cher le parcmètre ensuite. Petit tour de Sainté embuantée derrière les essuies-glace battus, puis slaloms entre les rues inroulables du centre-ville pour finalement s'échouer sur le parking St-Roch complètement vide. Entre temps, coup de fil d'Elise pour dire qu'effectivement on pourra sans doute pas se voir ce week-end puis répondre oui on avait un peu remarqué de notre côté. Z'allez voir quoi ?, elle demande, alors je lui dis ce qu'on est censé voir puisqu'elle demande, puis ah oui, ça a l'air nul, qu'elle répond, alors du coup ça motive. Retour St-Roch avec horodateur à gaver, puis douche lourde sur la nuque pendant que les pièces glissent à l'intérieur, jusqu'à ce que je fasse remarquer à Nico que, d'abord, c'était jour férié hier donc gratuit niveau stationnement et, ensuite, que puisqu'il s'était remis à pleuvoir, c'était peut-être moyen de redescendre à pattes pour retourner à notre point A. Certes. Donc retour au point A, oui, mais en voiture, donc compléter le tour initial et revenir se garer grosso modo au même endroit qu'avant.

Pause au sec dans un coin du Méliès, puis croiser ma tante et mon oncle entre deux coups de fil (un bonjour à Virginie-en-Irlande qui nous traverse le ciel-nuit-d'aprem par Skype interposé), puis redépart pour remonter jusqu'à vers chez Isa, soit notre point B inutile de tout à l'heure, pour passer la prendre, monter à Centre 2 et faire les courses pour les crêpes du soir. Courses et pâte à crêpe réglées, repartir, en voiture toujours, il est huit heures moins le quart, le film est à huit heures, le ciel solide nous tombe dessus par vagues, quatre fois le tour du centre-ville pour trouver une place, un œil perdu sur l'horloge de bord (oui mais elle avance donc en fait on est par en retard), puis garés sous-terrain, déboulés par dessus le sol glissant et inondé du dehors, carcasses trempées sur le tapis du Méliès, il est huit heures dix, film commencé depuis dix minutes, et oui. Du coup repartir direction le Gaumont, des fois qu'il y ait quelque chose de pas trop mal mais en fait non. Donc demi-tour aqueux jusqu'au parking sous-terrain, cheveux trempés et flotte dans les yeux puis sur les sièges d'Isa. Départ du point C pour un retour point B sans passer par la case machin ni toucher quoi que ce soit.

Dernier Woody Allen non vu, du coup (ouais bah il est nul alors ça va, dixit Elsa ), mais la poisse diffusée jusqu'au jour suivant, aujourd'hui donc, avec TER retardé de 50 minutes à cause des intempéries d'hier, avec la gueule du Gier puis du Rhônes qui déboulent sur la droite de la voie, les eaux brunes raclées du lit vers les berges puis les stigmates d'inondations passagères sur les rives ou les champs limitrophes. Et par dessus le soleil brille, première fois depuis que je suis arrivé, en cette belle journée qui commence, etc.

samedi 16 août 2008

Jamais.

Posté le 19 mais daté du 16 pour cause de blackout bis.

Curieux entre-deux parisien, lecture de La maladie de la mort dans le métro et dans les sacs autour les autres livres achetés du jour. Dans un drôle d'état en en sortant, pas tout à fait sorti peut-être...
Elle remue, les yeux s'entrouvrent. Elle demande : Encore combien de nuits payées ? Vous dites : Trois.
Elle demande : Vous n'avez jamais aimé une femme ? Vous dites que non, jamais.
Elle demande : Vous n'avez jamais désiré une femme ? Vous dites que non, jamais.
Elle demande : Pas une seule fois, pas un instant ? Vous dites que non, jamais.
Elle dit : Jamais ? Jamais ? Vous répétez : Jamais.
Elle sourit, elle dit : C'est curieux un mort.
Elle recommence : Et regarder une femme, vous n'avez jamais regardé une femme ? Vous dites que non, jamais.
Elle demande : Vous regardez quoi ? Vous dites : Tout le reste.
Elle s'étire, elle se tait. Elle sourit, elle se rendort.

Marguerite Duras, La maladie de la mort, Minuit, P. 34-35.
Les pleurs la réveillent. Elle vous regarde. Elle regarde la chambre. Et de nouveau elle vous regarde. Elle caresse votre main. Elle demande : Vous pleurez pourquoi ? Vous dites que c'est à elle de dire pourquoi vous pleurez, que c'est elle qui devrait le savoir.
Elle répond tout bas, dans la douceur : Parce que vous n'aimez pas ; Vous répondez que c'est ça.
Elle vous demande de le lui dire clairement. Vous le lui dites : Je n'aime pas.
Elle dit : Jamais ?
Vous dites : Jamais.
Elle dit : L'envie d'être au bord de tuer un amant, de le garder pour vous, pour vous seul, de le prendre, de le voler contre toutes les lois, contre tous les empires de la morale, vous ne la connaissez pas, vous ne l'avez jamais connue ?
Vous dites : Jamais.
Elle vous regarde, elle répète : C'est curieux un mort.

Ibid, P.44-45.

mardi 3 juin 2008

EDEN (Ville I, troisième jour)

Des passages à problème y en a toujours. Celui-là plus que les autres. Et dans la durée en plus. Depuis deux ans que ça dure et pas deux fois je l'ai écrit pareil. Je l'ai toujours modifié, je l'ai toujours transformé, bouleversé. Parce qu'il y a un truc qui cloche. Quoi, je sais pas encore. Mais ça bloque, ça bute, ça fait chier.

On est dans la première partie du truc (Ville I), on se situe à la fin du troisième jour. Dans les versions précédentes, c'était pas exactement le troisième jour. Des fois c'était le quatrième ou le cinquième. Des fois ça se passait plutôt ici et puis ensuite plutôt là (fac en vacances, Méliès en relâche, EDEN en friches). Ça bougeait, ça évoluait, c'était jamais fixe. A chaque réécriture, je me disais, tiens et si plutôt et puis je faisais encore autre chose et je déménageais tout une fois de trop. En pleine troisième (ou quatrième, je sais plus) réécriture, il faudrait peut-être arriver à un compromis. Se fixer une bonne fois pour toute. Je croyais y être parvenu mais nom de| qu'est-ce que c'est laborieux.

Le truc, c'est que le passage en question (Ville I, troisième jour) a d'abord trouvé son utilité pour raccorder deux passages entre eux. Autrement dit : meubler. Autrement dit : se-planter-comme-c'est-pas-permis. Pourtant au fil des réécritures, le passage en question est resté, a gagné en importance, si bien qu'il est aujourd'hui essentiel. Il ne s'agit plus de meubler. En première plongée, cela dit, j'ai l'impression de me faire avoir quand même.

Le truc (l'autre), c'est que le passage en question nécessitait également une série de renseignements formels que j'avais du mal à débusquer. Mon passage se déroule dans un squat. Il me fallait donc une ambiance, des impressions d'ensemble. Or jusque là, ma façon de faire était toujours la même : caser des évènements et des personnages fictifs dans des lieux réels. Là, inversement, patatra : assembler des conversations réelles dans un lieu fictif. Et je patauge. Et même avec les informations que m'a gentiment confiées Virginie il y a quelques mois, et même avec tout un tas de visites diverses sur tout un tas de réseaux internet sur la chose, je ne me sens toujours pas dans mon élément. Parce que la phase de repérages me fait défaut. Parce que je ne peux pas repérer quelque chose qui n'existe pas.



Les astuces ne manquent pas. Je ne me prive pas de les utiliser d'ailleurs. J'ai opté pour une retranscription stroboscopique de la soirée. Parce que mon personnage-narrateur ne reçoit que quelques impressions fixes. Parce qu'il capte aléatoirement ce qui lui coule devant les yeux. Je me sers aussi du film La quatrième guerre mondiale vu avant-hier comme outil pour hacher le rythme (plus qu'il ne l'est déjà).
Avant hier je regarde le documentaire avec mon cahier bleu (anciennement vert) sous la main histoire de prendre des notes. Je traque les phrases clé, j'épluche les sous-titres. Pendant que les explosions pleuvent et que les corps s'entassent et que les récits miséreux glissent, moi je me penche sur ma page et j'écris ce que je viens d'entendre ou de lire
j'écris
- d'un côté, un système d'une rare violence et de l'autre, nous...
- leur guerre anéantit le langage
- occupation veut dire que chaque jour tu meures et le monde te regarde en silence
- en me promenant dans les rues de Séoul de nuit, même moi j'arrive presque à croire
- les rues sont pleines de fantômes
- nous luttons pour un nouveau monde
- nous sommes tous des clandestins
- l'autre c'est moi
- la mort des gens c'est toujours pareil : comme si personne n'était mort, rien
- nous refusons de nous rendre
- et les rues nous appartiennent
- c'est l'heure de la dignité
- marche et parle
- notre regard avance
- tu ne seras plus toi, maintenant tu es nous
content d'avoir enfin ce que je cherche et là Hugo se tourne vers moi et me dit Tu m'étonneras toujours, alors je tourne la tête, j'appuie sur la barre d'espace pour mettre le documentaire en pause et je lui dis, mon stylo encore entre les dents : pourquoi ?
Mais quelque chose manque encore et si le résultat actuel est résolument meilleur que n'importe laquelle des étapes précédentes ce n'est toujours pas ça.

Cette manière de buter de façon répétée sur les mêmes erreurs, sur les mêmes ratés, au fur et à mesure des réécritures, mine de rien, ça plombe. Parce que je sais que ce Ville I, troisième jour n'est qu'une des multiples étapes à franchir.
Parce que toute la deuxième partie est elle-même un passage à problème.
Parce que la fin de la troisième partie est hésitante.
Parce que la quatrième est encore neuve.
Parce que la cinquième est probablement encore susceptible de changer d'ici à ce que je la rattrape.
Parce que le troisième jet (bancal et chaotique) était tellement mauvais, qu'il faudra encore de nombreux efforts pour rectifier le tir.

J'ai mis deux ans à trouver l'équilibre idéal entre le poids de la narration et la personnalité de mon narrateur. J'ai mis trois réécritures différentes pour comprendre où je devais aller. Mais ces passages-à-problème sont toujours là. Il n'en serait probablement même pas question si j'avais à la base bâti un plan digne de ce nom. Je me console en me disant que je ne fais qu'apprendre et que la prochaine fois je ne me planterai pas.

samedi 15 mars 2008

Il y a deux ans « le blocage »

Voilà que je repense au « blocage ». Deux ans plus tard, certaines images me reviennent en mémoire. Certaines images dont je n'ai encore pas parlé. Elles sont fragmentées, isolées de tout contexte. Elles sont là, c'est tout. Nous sommes le mardi 8 avril 2008 et j'antidate ce billet au 15 mars pour mieux coïncider avec le début du blocage à l'université Jean Monnet de Saint-Etienne en 2006 :
- parce que je n'aime pas beaucoup publier plus d'un billet par jour
- parce que le planning de la semaine est rempli pour ce qui concerne les billets à mettre en ligne
- parce que je détourne ces informations de la première page, par lâcheté
- parce que je sais que certaines personnes directement concernées peuvent lire par dessus mon épaule.
Je décide de classer les faits de façon totalement arbitraire, par ordre de ce qui me revient d'abord en tête et, ensuite, par association, le reste. J'emprunte à François Bon sa mise en page cut-up. J'écoute Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles sur Deezer.

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Contrairement à ce que je laisse entendre lors du billet des un an, le blocage ne commence pas le 8 mars mais le 15. Je corrige cette anomalie d'anniversaire avec ce deuxième billet.

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Je repense effectivement à Nine Inch Nails quand je repense au blocage. Je repense d'abord à Only, chanson de mon album préféré With Teeth et à son refrain : « there is no you there is only me » que je placarde de façon totalement adolescente en sous-titre de mon pseudo MSN. Je parle à Virgil, souvent. Ce sous-titre est tacitement destiné à Fanny avec qui je suis en froid, c'est une revendication de mes convictions du moment. Je me fous totalement du CPE parce qu'il n'a strictement rien à voir avec moi.

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Nous sommes en cours d'Histoire Littéraire avec M. V. Nous sommes le mercredi 15 mars, lorsque, débarquée de la dernière AG, la moitié de la promo se rassemble pour nous annoncer le blocage. M. V. décide d'amputer son cours ; que l'on se serve de cette heure et demie pour discuter des tenants et aboutissants de la chose. On nous explique le pourquoi du comment et surtout le pourquoi il faut les rejoindre et bloquer avec eux. Bien malgré moi, je fais partie de la partie sceptique de la promo, en compagnie de personnes qu'habituellement je ne fréquente pas. Elise, Nico et surtout Fanny sont de l'autre côté. Je les ai croisés dans le couloir avant de venir, ils m'ont mis au parfum et ça ne me plaît pas. J'ai du mal à le cacher, d'ailleurs je me demande si j'en ai simplement envie.

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Ce qui m'ennuie de prime abord, c'est cette intrusion soudaine dans mon quotidien et l'incertitude des jours à venir. Ça m'énerve de ne pas pouvoir prévoir à l'avance le déroulement des jours. Ne pas aller en cours, évidemment, c'est bien le cadet de mes soucis.

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Je ne peux rien dire : je ne suis pas allé à l'AG. Si je voulais faire entendre ma voix, c'était là-bas qu'il fallait que je m'exprime. On me le fait remarquer, comme à quiconque qui aurait la curieuse envie de la ramener alors qu'ils n'ont pas fait l'effort de se déplacer jusque là-bas. Je reconnais l'argument mais me force intérieurement à le dédaigner, c'est ma mauvaise fois qui agit. Originellement, je devais aller à l'AG. Je change d'avis plusieurs fois. Je change d'avis une dernière fois lorsque Elise me reproche mon lunatisme sur la question – il est vrai que je lui ai déjà fait faux bon pour l'accompagner lors d'une précédente manif, quelques semaines plus tôt. Je prends donc la tangente et rejoint Malika à la BU pendant cette heure de trou.

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De retour en salle SR9 pour le cours d'Histoire Littéraire qui en réalité n'a pas lieu. Durant toute l'heure que dure ce petit débat improvisé, je scrute Fanny et les autres – mais surtout Fanny, parce que je peux lui en vouloir plus facilement, parce qu'entre nous c'est relativement habituel – de mon regard le plus noir. Parce que je leur en veux de me faire tenir de l'autre côté de la barrière. Parce que je leur en veux de ne pas partager mon point de vue. Surtout : je leur en veux de venir mettre les pieds dans mon quotidien le plus élémentaire.

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Je quitte la fac en trombe sans une parole pour les autres. J'appelle la seule personne de mon entourage à ne pas faire partie de la chose : Malika. On se plaint mutuellement dans le dos des autres parce que ça nous défoule l'un et l'autre.

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Le soir même, il me semble que j'appelle Elise, qu'on s'engueule, c'est peut-être la première fois mais peut-être que je confonds avec un autre coup de fil pour d'autres occasions. Je crois me souvenir qu'elle me reproche une conversation qui a eu lieu plusieurs semaines plus tôt à la Mie de pain ou dans l'un des nombreux kebabs autour de la fac (de mémoire : on ne fréquente que les gens qu'on est matériellement forcé de fréquenter, je ne crois pas aux amitiés longue-distance, elles finissent toujours par se déliter ; dans un an et demi je pars vivre ailleurs). La conversation se termine sans que notre différent soit tranché, réglé. Je déteste ça.

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Le soir même et les suivants, je m'engueule avec Fanny sur MSN.

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Je sais pertinemment ce qui me fait peur : que cette scission entre nous se creuse.

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Je ne participe pas au blocage le lendemain. Je me rends tout de même à l'AG suivante, le jeudi ou le vendredi qui suit. Les autres sont rassemblés autour d'un banc, juste devant l'entrée. Le portail est fermé, barricadé. On m'invite à passer par dessus la grille pour les rejoindre. Ce que je fais. Pendant que j'enjambe le truc, mon genou se bloque pendant un moment pendant que ma jambe continue de tourner. Je boite pendant le restant de la journée. Je ne sais plus si je dramatise la chose ou si, au contraire, j'essaie de le masquer. Je découvre avec amertume la présence de Malika qui construit des pancartes et des slogans comme si de rien n'était, comme si notre conversation de la veille ou de l'avant veille n'avait pas eu lieu. C'est cette facilité de travestir ses convictions pour un rien qui m'agace. Cette facilité que, par fierté ou par orgueil, moi, je suis sûr de ne pas posséder.

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Beaucoup m'ont tenu un certain discours avant le blocage et un autre complètement différent pendant. Beaucoup on fait partie du truc histoire de faire partie du truc.

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C'est peut-être à cette occasion que je rencontre Isa. Je me demande qui elle est, ignorant tout à fait qu'elle fait partie de notre promo depuis quelques mois au moins.

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C'est à cette occasion que je fais connaissance avec Virginie et Patrick.

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L'AG qui suit se déroule derrière la fac, à côté de la BU. Le nombre de personnes présentes est impressionnant. Il y a des caméras de France 3. Je décide de voter blanc, me foutant résolument du pour ou du contre. Il n'est pas évident de sentir cette masse de bloqueurs et d'anti bloqueurs hostile à son choix de « conscience ». Je me souviens avoir été mis à l'écart pour mieux décompter les votants, avec les autres « blanc », tout au fond ; une belle brochettes de gusses qui se demandaient résolument ce qu'ils venaient foutre là.

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Je fais en sorte de ne pas trop me faire marginaliser. Je compense comme je peux cette rupture d'opinion entre nous (ou, en l'occurrence, de non-opinion). Je tape le contenu d'un tract rédigé à l'avance dans un cybercafé. Je balaye deux ou trois idées quand j'en ai l'occasion. Je participe à une seule manif pour qu'on ne puisse pas, plus tard, me reprocher mon absence. Je déteste ça.

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Je déteste la formation progressive de ce groupe auquel je ne fais pas partie. Après coup, je déteste quand d'autres font références « au blocage » comme à une époque lointaine et idyllique, la nostalgie à fond la caisse.

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Je décide à l'avance de passer de temps en temps à la fac. Je ne participe pas au mouvement. Je me pointe aux AG, prétexte pour rejoindre les autres. Tous les deux ou trois jours en règle générale. Je m'interdis d'y retourner deux jours de suite. Mon esprit est généralement occupé par « Coup de tête », il y a désormais du REZ dans les oreillettes de mon MP3.

16bis

Je me rappelle la première fois que je m'apprête à passer par l'entrée latérale, côté Voltaire. Je me demande à moitié sérieux entre moi-même si on me laissera passer vu comment je suis fringué. A l'entrée, je retrouve François occupé à filtrer le flux d'entrants-sortants.

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Un jour où Fanny ne peut pas venir à une AG pronostiquée serrée parce qu'elle doit aider au blocage de Simone Weil, je lui propose de voter à sa place. C'est la seule fois où je vote « pour ». Ma conscience s'en accommode facilement : j'ai besoin de plus de temps vierge pour poursuivre « Coup de tête » qui s'enlise.

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Retour en arrière, au début du blocage. Notre prof de Dissertation propose à « ceux qui le souhaitent » de rendre une dissertation prévue depuis longtemps. Un délégué doit les ramasser sur les ruines cartonnées et barricadées de la fac. Je m'y pointe pour rendre la mienne, terminée pendant les vacances précédentes et donc avant le début du blocage – et, par ailleurs, totalement bâclée, ce qui amènera une bâche de plus dans cette matière. La pénible impression d'être pris pour un de ceux qui souhaiterait reprendre les cours au plus vite.

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Lorsque la fin du blocage est votée, c'est un état de déprime qui gagne tout le monde. Le CPE est déjà abrogé. Il n'y a plus rien à poursuivre, sinon peut-être toutes les luttes valables qui ont fait se fédérer autant de monde autour d'un seul prétexte. Le prétexte est sacrifié, de même que le premier ministre de l'époque, décapité. Comme je le pressentais, « nous » contribuons à dégager une voix royale pour Sarkozy 1er.

19bis

Lorsque la fin du blocage est votée, Hugo me téléphone, je lui annonce la chose, il me dit « c'est super », ou quelque chose comme ça, probablement parce qu'il essaie de dire ce qu'il croit que je suis en train de penser moi-même. J'essaie de m'éloigner un peu des autres, je n'ai pas réellement envie que cette bribe de conversation filtre ailleurs. Je lui réponds peut-être « oui, oui ». En réalité je suis amère. « Coup de tête » n'est pas terminé. J'ai besoin de plus de temps que ça. Les premiers partiels commencent déjà à poindre. Je n'arriverais plus à continuer d'écrire les jours suivants.

mardi 11 mars 2008

Perspectives (d'emploi) #4

On en était resté déjà ? Ah ouais : il y a un mois. Du coup : la suite de la suite de la suite du premier truc.

J'ai passé mon entretien chez Comunicator. J'ai été pris. Pourtant j'ai tout fait pour me saborder. Ce qui veut dire : être cyniquement honnête en toutes circonstances. J'ai été pris. Reçu le papier et tout. Quand ça commence ? Savent pas trop. Peut-être mi-mars ou bien début avril. J'ai passé mon entretien il y a des semaines, mon courrier est daté du 15 février. Donc je fais une croix dessus dès le début.

Ensuite ça nous ramène à hier. Sur le coup de 10h30, je reçois un coup de fil. Un deuxième. Un message. C'est N.G. du rectorat. Je la rappelle. Elle me dit qu'elle a peut-être un truc pour moi. Pour moi : qui pourrait me convenir, j'entends. Un poste dans un collège à côté du Mans. Comme c'est à côté du Mans, je peux m'y rendre sans trop de difficulté. Elle me donne le nom du bled. C'est un peu en dehors du Mans, du coup, mais quand même desservi par les cars. Un peu plus au nord, presque au nord-est du Mans. Je regarde vaguement sur une carte. Je vois à peu près. Je dis ok. Je dis ça marche. N.G. me donne les coordonnées du collège. Je les appelle. On convient d'un rendez-vous pour 14h30, l'après-midi même. Je ne me rends compte que plus tard que 14h30, avec les bus et tout, c'est pas jouable comme horaire. Tant pis. Hugo qui bosse pendant ce temps. J'irais en taxi. Pas le choix.
Le taxi arrive et en montant je me dis que c'est la première fois que je prends un taxi tout seul, ça fait bizarre, surtout pour aller d'un collège miteux sarthois à un autre. Le chauffeur de taxi trouve opportun de passer par des petites routes bouseuses. On se paie deux ou trois déviations. Connard. Je paie la course 55€. Je me dis que si je suis pas pris, je file rédiger un message sur Viedemerde.fr.

Le collège en question, on l'appellera le collège Mushroom-Hunting, c'est un collège intégralement coulé dans du béton. Moche. Autour, c'est la zone. Moche-moche-moche. Alors je me dis glups. Je monte jusqu'au bureau du principal, je me fais annoncer et tout. Le principal me reçoit avec la principale-adjointe. Lui, c'est une sorte de François Berléand sympa. Elle, une version plus âgée de Neela Rasgotra (Urgences). On parle un peu. Me demandent ce que je fais là, quel est mon parcours, d'où je viens, tout ça, quelles sont mes motivations, mon expérience, et ainsi de suite. Je mens : je dis que j'ai eu une expérience de tutorat à la fac (complètement absurde vu mon niveau de l'époque), histoire de me bricoler une mini-expérience, aussi inadaptée soit elle. Je dis que j'envisage de passer le CAPES à plus ou moins long terme : je mens encore. On me dit que je suis jeune. Ouais, je réponds, bah j'ai vingt-deux ans quoi, alors du coup. Ouais. Je ne reste pas longtemps, en fait, dans le bureau du principal. On me dit qu'il reste encore deux ou trois autres candidats potentiels sur la liste. Une fois qu'ils auront été reçu, le principal et la principale-adjointe décideront de qui retenir. Ils m'appelleront vers 17h si je suis pris. Je dis ok, je dis très bien, je dis merci, je dis à bientôt.

Je retourne au Mans pour passer le temps. Il est trois heures et quelques, je dois meubler jusqu'à six pour mon car. Je fais les trucs habituels. Fnac, librairies. Je glande aux jacobins. Je bouffe un truc. Je bouquine. Je meuble. Je me dis que je ne suis certainement pas fait pour ça, que peu importe la réponse, ça ne sera pas franchement positif. Je construis déjà le paragraphe à poster sur Viedemerde. Du genre : aujourd'hui, un entretien d'embauche à 14h30, pas de bus pour m'y rendre alors je prends un taxi. Je paie la course 55€, le taxi s'amuse à zigzaguer dans la cambrousse. L'entretien dure dix minutes, je dois ensuite poireauter jusqu'à 18h pour prendre mon car. Je n'ai pas été pris à mon entretien. VDM Mais en fait non.
Vers 17h, le téléphone sonne. Le principal. Je suis pris. Je dois revenir le lendemain (aujourd'hui) pour voir mon emploi du temps, rencontrer les autres profs, visiter les lieux, etc. Je dis ok, je dis merci, je dis super, je dis à demain. Je raccroche. J'ai rendez-vous vers 10h, demain (aujourd'hui) au secrétariat. Au moment où il appelle, je m'apprête à relever cette phrase de Violette Leduc :

P. 208, La bâtarde : Mon désir, mon refuge, ma catastrophe.

Je rentre en car, l'épaule compressée par une grosse dame qui s'est posée à côté de moi avec ses trois tonnes de course. Les écouteurs de mon lecteur MP3 sont à chier : j'entends filtrer Mika à travers Bowie. Affreux.

Aujourd'hui, Hugo me pose au Mans et je file à Chumuche-chumuche, la fameuse banlieue-zone-moche-de-la-mort-tout-ça. Arrivé au collège Mushroom-Hunting à l'heure. Je ne sais pas où se trouve l'entrée des profs, je passe par celle des élèves. Je retrouve François Berléand, le principal. Je remplie des papiers administratifs. C'est moi qui mentionne la possibilité de joindre à mon dossier mon relevé de notes de Licence, histoire de prouver que j'ai bien le diplôme. Personne ne vérifie rien, je pourrais être n'importe qui, n'importe quoi.
Je visite un peu le collège. Pas très grand. Moche comme la pluie. Le principal me parle de la zone autour. Il me dit vous savez on est en ZEP. Il me dit vous avez dû voir par vous-même, le collège, de l'extérieur, les tours autour. Je me dis merde, zut, y a des miradors ici, j'avais pas fait gaffe. Puis je comprends qu'il parle des HLM. Je dis ouais, c'est sûr, ok.
A l'accueil, un moment où je suis en transit, je croise un type de la maintenance qui me dit c'est ton premier poste ? Ouais ? Et bah faut pas hésiter, hein, faut serrer la vis, faut de la discipline, parce que les gosses d'aujourd'hui, c'est plus comme c'était et c'est ça qu'il leur faut et moi je le sais bien parce que j'étais militaire avant, alors ouais, je sais bien hein. Je dis ok merci, j'y penserai ou une connerie comme ça et puis je me tire. Je pense glups.

Le reste de la journée plus cool : je rencontre d'autre profs, je découvre le saint du saint : la salle des profs. Je visite un peu. Je rencontre le CPE. J'assiste à deux heures de cours d'une collègue de français, Francine. Elle a des troisièmes et des quatrièmes. J'aurais des troisièmes et des quatrièmes. Je prends quelques notes. Histoire de voir comment ça se passe. Depuis le fond de la classe : l'impression d'être revenu en troisième. Pas très bonne, l'impression, du coup.
Un peu avant, je téléphone à la prof que je remplace, Mme Mai, elle me dit qu'elle a des cours de prévu pour plusieurs semaines. Elle me dit vas-y, hésite pas, pioche. Ça me va. Je découvre les cours en question, les bouquins, les manuels, tout ça. Je passe un peu de temps à potasser des idées de possibilité de cours éventuels pour demain. Francine m'aide un peu avant sa deuxième heure de cours. J'ai quelques ébauches, quelques squelettes.

Je retrouve Hugo au Mans vers 17h, on rentre chez nos poulets à nous. Après avoir soufflé et resoufflé encore, il m'aide à feuilleter les bouquins, à trouver des trucs pour les cours de demain. Puisque je commence demain. Trois heures de cours, deux classes. J'ai deux trucs de prévu, ça devrait aller, même si pour un niveau, je ne sais pas réellement où ils en sont, il faudra faire avec. Hugo m'a bien aidé, merci à lui. Francine aussi. Et tous ceux que j'ai rencontré au collège Mushroom-Hunting : super sympa (sauf une qui m'a demandé, après m'avoir aperçu dans la salle des profs en train de bosser : « vous êtes qui ? »).

Je commence demain, donc. Je suis crevé et je n'ai pas encore vu une seule fois les élèves. En sortant, ce matin, j'en ai entendu une dire à une de ses copines : « putain, ça fait chier, demain j'ai français, l'autre prof elle est remplacée ».

Bizarrement, j'ai l'impression que le plus chiant dans l'affaire, c'est toute cette histoire de trajets de car et de bus qui vient se greffer au reste (le premier qui me dit « passe ton permis » c'est mon poing dans la tronche !).

Bref.

On verra comment ça se passe. On verra si j'ai les épaules, si c'est une expérience à suivre, etc. Pour l'instant, je la prends comme ce qu'elle est : une mission de deux semaines.

Étrangement (ou non), ce qui me reste en tête ce soir, à l'heure où j'écris ces lignes, c'est ma soirée d'adieu de juin dernier, au Méliès Café, avec à peu près tout le monde, quand Virginie, pour une raison qui m'échappe à présent, nous demande quel serait le boulot que l'on ne pourrait éthiquement pas faire. Je réponds prof. Instinctivement. C'était il y a moins d'un an.

lundi 10 mars 2008

Si les bâtards sont des monstres

Dès mes premières pages de lecture, j'ai de suite noté ce passage dans un coin de page de mon cahier bleu (anciennement vert), il m'a sauté aux yeux, il m'a rappelé des passages touchants du film Persépolis également. Je pense à la librairie De l'herbe entre les dalles, au Mans, enfin une bonne librairie au milieu des supermarchés du livre du Mans, c'est là que je suis tombé, par hasard, sur ce livre de Violette Leduc. Je repense aussi à une après-midi d'il y a deux ans maintenant, c'était pendant le blocage, on jouait à Enigma je crois, et Virginie mentionnait le nom de Violette Leduc et c'était la première fois que je l'entendais. Merci-décalé, du coup.
La bâtarde, l'écriture est dense, je progresse lentement, mais un bouquin très impressionnant, ça c'est sûr. Peut-être encore d'autres extraits à venir dans les jours prochains...

Dehors, je chancelais, j'avais peur de tout ; dehors, je m'amusais seule par timidité, le spectacle des autres enfants s'amusant à plusieurs m'écrasait. J'accourais à l'improviste, je me cachais dans la jupe de ma grand-mère, je respirais l'odeur surannée de l'étoffe, je m'enfouissais. Je me sauvais, je cueillais des fleurs, toujours des fleurs bleues, calmes, intenses, poilues, dominantes. Elles sont indispensables aux parterres des jardins publics. Je reprenais ainsi les yeux de ma mère au gardien du square. Ma grand-mère me grondait et elle repiquait les fleurs coupées où je les avais chipées. C'était l'époque du coco. Les enfants léchaient la poudre sur le dessus ou le dessous de leur main ou bien ils buvaient le liquide dans un godet. Je les enviais. Tous aimaient le coco. Je n'aimais pas le coco. Je te donnerai une goutte de pernod, murmurait ma grand-mère. Une goutte. Pas plus. Je me jetais dans ses bras. Si les bâtards sont des monstres, ils sont des gouffres de tendresse. Fidéline sans âge, sans visage et sans corps de femme, ô mon long curé, tu seras toujours ma fiancée. Quelle corbeille de fiançailles quand je me nichais dans ton cou. Ta main la nuit : la belle main de la belle jeune fille qui brodait à sa fenêtre. Mes pieds dans ta chemise de nuit tu refermais tes cuisses : tu me donnais des nids. Tu me disais : « Fais ta prière. » Ma prière, c'était écouter l'imperceptible clapotis de tes lèvres qui priaient. Le tic tac de l'horloge mollissait, il se soumettait à nos silences d'amour. J'écoutais ta respiration, mon oreille chérissait ton sein irréel.
Je trompais quelquefois ma grand-mère pendant nos promenades. Je m'arrêtais, elle continuait d'avancer. Je renouais mon lacet de chaussure, et, vite, je ramassais une pierre ou un caillou puis je revenais en courant offrir ma main libre à Fidéline. Lorsque la pierre ou le caillou était réchauffé, je le laissais tomber sur du mou : de l'herbe ou du sable. Je respirais, satisfaite d'avoir eu une existence à moi.

Violette Leduc, La bâtarde, L'imaginaire, P.31-32.

dimanche 23 décembre 2007

Fac côté tram / Devant Méliès

Passé un mois de décembre plutôt absent niveau relation au monde extérieur, la faute à « Coup de tête » qui m'occupait un peu trop la tête, justement. Alors un coup de fil par ci, quelques mails par là, sûr que c'est pas l'idéal, surtout quand on avait l'habitude de côtoyer certaines personnes tous les jours pendant plusieurs années. Et comme je sais que je coupe très facilement (et sèchement) les ponts avec les autres, et comme je sais que j'ai pas envie que ça arrive avec ces personnes là, ça fait du bien de pouvoir les revoir de temps à autre. Genre (prononcez « jare ») quand je retourne sur Sainté, par exemple.



Alors j'ai vu Virginie, vendredi, parce que j'arrivais l'avant-veille seulement et qu'elle partait le lendemain alors du coup : pas évident de se croiser. Le temps de se voir au Voltaire, notre bar à glande près de la fac, et de passer quelques heures à discuter de tout et de rien, et des clips à la con en fond sonore et visuel et parler de nous et des autres, ce genre de choses. De Nuggets City, de mes écrits, de son mémoire. De films, de bouquins. De mon projet 17h34 qu'elle a dû subir elle-même comme sujet photographié parce qu'il était 17h34 quand on s'est posé.
Et puis Virginie, c'est bizarre, parce que j'ai l'impression qu'on s'est « rapproché » à partir du moment où moi je suis parti de Sainté, en juin dernier. L'impression que c'est une personne à laquelle je tiens et avec qui j'apprécie beaucoup discuter, que ce soit par mail ou devant un verre de Coca Light au Voltaire. De littérature ou d'autre chose. L'impression d'avoir loupé un truc, du coup, de pas avoir su se rapprocher d'elle au(x) moment(s) où je la croisais pourtant régulièrement dans les couloirs de la fac.

Le lendemain, samedi, j'ai retrouvé Nico, en ville, devant le Méliès, pour finalement passer notre aprem là-bas : plus pratique. Le temps de boire un verre au Méliès Café, puis d'aller voir Là nuit nous appartient dans la foulée (pas de chronique pour ce film pourtant sympathique, pour la simple et bonne raison que Léo a déjà écrit une critique qui exprime très bien ce que j'en pense sur Culturopoing), puis retourner au Méliès Café pour manger un morceau, le soir venu.
Nico, c'est un peu l'un de ceux sur lesquels je sais que je peux me reposer si jamais y a besoin. Nico, ça sera le premier que j'appellerais au cas où, et rien à voir (ou si peu) avec le fait que ce soit un numéro gratuit et illimité. Idem pour Elise, d'ailleurs (sauf qu'elle, elle est payante). Sorte de triangle Elise-Nico-Moi sur lequel on pouvait tous mutuellement s'appuyer à l'époque. Triangle éclaté, à présent, puisque que moi à Nuggets City, lui à Sainté et elle à Grenoble, mais triangle quand même. On devrait se retrouver tous les trois cette semaine si tout va bien.
Bref, Nico, disais-je : de quoi discutailler sur son master, sur son Capès qu'il prépare en parallèle (ou bien serait-ce l'inverse ?), sur d'autres que je n'ai pas pu ou ne pourrais pas voir ces jours-ci, sur mes écrits, etc. Du coup : parfois l'impression de répéter des phrases que je disais déjà mot pour mot à Virginie la veille mais quelle importance.

D'ici le 31, date de mon départ : voir Elise et Nico et Laurianne aussi et d'autres peut-être si c'est possible, si on arrive à se croiser.
Dans la semaine : l'habituel marathon familial de ces périodes festives, qui s'annonce cette année anémique. A vérifier.

Bizarre, sinon, de parler à voix haute de personnes dont on sait qu'ils liront ces lignes d'ici quelques heures ou quelques jours ; voilà ce qui arrive quand on n'est pas un habitué du blog introspectif.

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