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mercredi 29 septembre 2010

Double Meetic

Ce matin trop peu dormi, parti retrouver Juliette Mézenc au Louvre, déjeuner au Num (décidément), saumon je crois. Ce matin 8h H. me réveillait car j'avais laissé la clé sur la porte et la porte (donc) n'ouvrait pas. J'ai dit franchement, 8h, quoi, 8h... M'a dit fallait pas laisser la clé gros malin. Me suis recouché.

Dans le train pour venir poursuite Vies de saints, un mec bourré derrière explique qu'à l'enterrement on lui a rien filé mais on lui a tout pris. Et hier croisé P., très brièvement, sur messagerie instantanée me demandant pourquoi j'avais flingué kiss bye boy et lui répondant que ce n'était pas très important, que c'était foutu déjà, il se vexe. Et qu'est-ce que ça me coûterait de l'ajouter au site Fuir est une pulsion qui prendra la suite du blog dans quelques semaines, me suis demandé. Réponse à venir. "La suite sous peu." (© g@rp)
« Moi, j'ai fait la guerre, Max, et pas toi », pense Alejo. « Toi, tu es plus jeune que Nina et ça me dégoûte un peu, je ne sais pas très bien pourquoi. Tous ces muscles ne peuvent certainement pas cacher plus de dix-huit, dix-neuf ans. Tu es un petit gamin du millénaire et moi j'appartiens à cette espèce bizarre en voix d'extinction. Pour toi, je suis un animal préhistorique. Le fait que tu puisses me tuer à coups de pied sans grand effort n'empêche pas que je sois bien plus digne d'attention pour le monde entier, que je possède plus de valeur et que je sois plus important que toi. Cela dit, il est vaguement vraisemblable qu'un petit gamin de notre millénaire soit mieux assemblé qu'un légitime survivant des inoubliables et lointaines années 1980. C'est vaguement vraisemblable... »

Rodrigo Fresán, Vies de saints, Passage du Nord Ouest, trad : Serge Mestre, P.93.
Juste avant de se retrouver cour carrée du Louvre Juliette, ne m'ayant jamais rencontré précédemment et ne sachant pas précisément quelle tête j'avais, a visiblement accosté un de mes doubles qui n'était, sauf lourde erreur de ma part, pas moi. Le double lui a répondu je ne suis pas Guillaume mais bon courage et a pensé, sans doute, à une rencontre Meetic ou un blind date occasionnel. Je ne sais pas quelle tête avait ce double et si son ombre était réellement une déclinaison possible de la mienne (j'aime le penser) mais je me pose la question de savoir quelle a été, par la suite, la progression de sa journée. Peut-être l'envers de la mienne.



Plus tard, au Num, entre deux saumons, Juliette m'explique la poursuite du journal du brise-lames dont j'avais accueilli ici-même un épisode lors d'un vase communicant précédent. Je lui explique mon chômage tombé du ciel, la fin de Coup de tête. Je prononce même la phrase, très improbable mais bien réelle « je vendais des chiottes, et oui, sur internet ».

Un peu plus tard, après que Juliette soit repartie de son côté, achat du dernier Philippe Vasset. Achat aussi de Tanganyika Project, de Sylvain Prudhomme, sans doute pour fêter silencieusement l'annonce de la poursuite du Tigre.

samedi 18 septembre 2010

Vanessa Place, Exposé des faits

J'ai d'abord découvert Vanessa Place dans TINA n°5, paru il y a quelques mois. C'est elle qui ouvrait le numéro avec extrait de son Exposé des faits (Editions è®e) qui était prévu pour ouvrir la collection Littérature étrangè®e dirigée par Emilie Notéris & Nathalie Peronny. À l'époque, je n'avais pas adhéré, était passé dessus sans grande passion, avait oublié tout aussitôt cette lecture anecdotique. Il y a quelques semaines Chloé Delaume a mis en ligne sur son blog Remarques & cie un extrait bref de ce livre, l'extrait recopié ci-dessous. C'est cet extrait, pourtant déjà inclus dans le TINA n°5 (allez savoir pourquoi l'une de ces lectures m'a touché et l'autre non ?) et non ma lecture initiale de TINA qui m'a poussé en librairie à chercher, trouver, acheter et lire ce livre tout à fait déroutant.

place.bmp
L'appelant n'a pas pratiqué de coït oral sur Virginia, et elle n'a pas pratiqué de coït oral sur lui. L'appelant avait peur du virus HIV ; au final, ils n'ont rien fait parce que Virginia était tout le temps malade et réclamait toujours plus de drogue. À l'époque, l'appelant se rasait le pubis ; il portait la cicatrice visible d'un ancien coup de couteau donné par sa femme. Son scrotum est anormalement large. (RT 3:1809-1811, 3:1815-1817, 3:1822, 3:1827) L'appelant n'a pas menacé de violer Virginia : c'était inutile, vu qu'il l'avait déjà payée pour avoir des rapports sexuels. Il ne l'a jamais frappée. Il n'aurait jamais pu s'asseoir sur elle pendant qu'elle pratiquait un coït oral sur lui car il possédait un matelas à eau et pesait à l'époque une centaine de kilos. (RT 3:1811-1812, 3:1841-1842) Si l'appelant a traité M. de salope, ça n'avait rien de personnel. Pour l'appelant, ce terme s'applique à toutes les femmes. (RT 3:1825-1826) Il a été stipulé que l'appelant avait précédemment été acquitté dans le cadre d'une affaire d'agression avec arme mortelle contre un agent de la paix. (RT 3:1845).

Vanessa Place, Exposé des faits, Editions è®e, trad : Nathalie Peronny, P.13.
Il n'est pas inutile de rappeler après l’irruption de cet extrait la nature de ce livre. En plus d'être écrivaine et critique d'art Vanessa Place est avocate. Plus qu'il reproduit la violence de ces scènes quotidiennes, Exposé des faits l'archive, la retranscrit comme compte rendu. La langue articulée est une langue grise, sèche, greffière et systématique. La langue précise et dénudée de l'administration judiciaire, du rapport, de l'exposé des faits. La quatrième de couverture, qui fait office de présentation au texte, précise d'ailleurs qu'il s'agit d'un docutexte et non pas d'un récit ou d'une fiction.
Exposé des faits est un texte dont le mode de visionnage s’apparente à 10e chambre, instants d’audience de Raymond Depardon ; soit un docutexte en prise avec le réel au sein duquel les cas sont simplement présentés sans ajout de commentaire. La langue de la transcription judiciaire se veut neutre et objective mais ne peut échapper à la subjectivité de ses acteurs. Face à la recrudescence des séries policières, des émissions de reconstitutions, des dossiers et autres enquêtes, Vanessa Place s’empare des matériaux issus de son quotidien d’avocate et annule les effets de suspense et autres accessoirisations émotionnelles des faits. C’est au lecteur de prendre en charge la spectacularisation de la trame fictionnelle.
Exposé des faits rassemble une petite dizaine de cas judiciaires : cas au sens de « case », une affaire. L'exposé des faits procède généralement de la façon suivante : présentant alternativement le dossier à charge d'un anonyme toujours identique appelé « l'appelant » (dans les films ou sur les écrans de télévision, l'appelant est généralement un mec violent, récidiviste, mal rasé et vulgaire), c'est la voix de l'accusation, et le dossier de la défense dont on suppose qu'il est présenté par un avocat (dans les films ou sur les écrans de télévision, l'avocat de l'appelant est généralement un avocat commis d'office). Quelques fois, la transcription des évènements laisse aussi place aux témoignages d'experts, aux éléments décrivant la progression de l'enquête et aux éventuelles réfutations proposées après les débats par la défense. Les affaires se succèdent, elles n'ont aucun rapport factuel les unes avec les autres.

La quatrième de couverture citée précédemment invoque Raymond Depardon pour donner le ton. La question qu'on peut se poser à la lecture de ces extraits disséminés serait : quelle langue pour quel propos ? Pour le propos Vanessa Place s'en explique : Mon projet littéraire "Exposé des Faits" s’intéresse à la latence de la loi, à l’affaire criminelle comme entité non auto-constituante, l’affaire sans la loi, l’affaire sans l’affaire. (Parce que la loi n’est jamais que la loi appliquée à l’affaire.) C’est donc un projet indexique, symbolique et ironique, ou du moins iconoclaste (sans loi), ce qui signifie la même chose. 
(...) 
 À cet égard, l’écriture conceptuelle, comme mes Exposés des Faits, vient articuler l’énonciation de l’Américain, une valise à la fois vide et pleine, signifiant le rien singulier et le potentiel du multiple. Mais qu'en est-il de la langue ? Sèche, froide, sans aucune manipulation ou organisation des paroles, témoignages ou évènements rapportés. Si la subjectivité de ces voix est omniprésente, elle n'engage jamais que leurs auteurs : les témoignages et les déclarations se contredisent et jamais le texte ne viendra trancher en validant telle ou telle partie. Il n'y a pas de jugement, il n'y a pas de jury, il n'y a pas de verdict. Le lecteur est-il pour autant placé dans cette position là ? Non, car les affaires sont pour la plupart fragmentées et le texte reste fidèle au titre : c'est à dire qu'il s'en tient aux faits, c'est à dire au discours. La recherche de la vérité n'est pas concernée par les enjeux du texte.



Les affaires se succèdent, certes, toutes étrangères aux précédentes, mais elles dessinent tout de même les unes les autres une couleur thématique omniprésente qui souligne, comme l'indique Chloé Delaume dans son billet, « la violence faite aux corps, et principalement à celui de la femme ». Viols, relations sexuelles avec de jeunes mineures, prostitution, viols à nouveau. Voilà le programme, voilà le plan, voilà le sens donné au texte. Là encore, il est fait peu de place aux victimes, ni même au déroulement réel de l'enquête. Seuls les faits sont détaillés, repris, nuancés ou contredits en fonction des témoignages, et lorsque la dimension psychologique d'un violeur compulsif et mis au centre de l'une de ces affaires, ce n'est que pour décrire les techniques d'interrogatoires des spécialistes en crimes sexuels violents et leur méthode de travail. Comment, par A plus B et par un système de points, de comptabilisation des comportements et des pratiques, et de totaux sous forme de pourcentages, un individu peut être, ou non, qualifié de prédateur sexuel violent.
Le facteur le plus important dans l'évaluation du Dr Hupka était le résultat élevé obtenu par l'appelant au Static 99, associé à « l'ensemble des facteurs de risque ». Le résultat d'un individu au Static 99 est définitif. Rien dans le comportement actuel de l'appelant n'indique que sa paraphilie est encore active, ni que l'appelant est encore antisocial ; au moment du procès, l'appelant n'avait pas manifesté sa paraphilie depuis dix-sept ans. (Supp. RT 268 ; RT 245-248, 254-255, 265n 294, 299-301) Selon le Dr Hupka, l'appelant est « quelqu'un d'une gentillesse remarquable », « coopératif. Agréable, sincère... une personnalité en tous points appréciable ». (Supp. RT 274-275)
P.94
En décrivant par le biais de ces discours gris la violence quotidienne de ces intervenants, Exposé des faits met également à plat des milieux très complexes et de ces comptes-rendus se dégagent parfois des esquisses sociologiques extrêmement percutantes : c'est le cas lorsque la prostitution est décortiquée en quelques paragraphes.
« Le milieu », c'est la prostitution. Ses règles interdisent notamment tout type d'association avec des personnes en dehors du milieu, à l'exception des michetons, c'est-à-dire des clients. Le processus d'endoctrinement a pour objectif de répondre aux besoins de la prostituée : si elle a besoin d'amour, son mac lui en fournira ; d'amitié, il lui en donnera ; de vêtements, il lui en paiera ; ainsi fonctionne « l'accroche ». Quand une prostituée gagne de l'argent, le mac la félicite. Quand une prostituée enfreint les règles – en s'adressant à un autre mac, en refusant de travailler ou en arrivant en retard – il y a punition. La punition peut-être soit physique, soit psychologique : la punition physique va de la gifle à la mort par balles. Même si les règles peuvent légèrement différer d'un mac à un autre, le principe de base reste toujours le même. Par exemple, le rituel du choix : si une femme ayant déjà un mac croise le regard d'un autre, celui-ci a le droit de lui adresser la parole et de la faire travailler pour lui. Si un mac surprend une de ses prostituées en train de parler à un autre mac, elle sera rouée de coups. (RT 3:646-649).

P. 68-69
« Le milieu » du texte, c'est bien le corps, exploité (prostitution) violenté (passages à tabac) ou possédé (viols) : parfois un mélange des trois. Et si le texte est si strict, s'il s'en tient, encore une fois, « aux faits », c'est bien pour souligner la violence des situations et non la mettre en scène : pour ça aussi (sans doute) que les corps eux-mêmes sont absents, désespérément poussés hors texte puisque désespérément bafoués.
La relation entre proxénète et prostituée reproduit celle définie par les liens du mariage traditionnels, établissant des rôle précis pour l'homme et la femme. Les macs respectent et admirent les femmes qui connaissent les règles du milieu et refusent de se laisser exploiter par d'autres hommes. Cent pour cent des relations entre macs et prostituées reposent sur la suspicion : le proxénétisme est un « jeu de dupes ». (RT 7:1134, 7:1148-1151) (…) Les filles appellent leur mac « papa » et les autres prostituées « belles-soeurs », le groupe formant une « famille ».

P.72
La posture de Vanessa Place est radicale et radical, Exposé des faits l'est nécessairement. C'est un livre au taser : 500 000 milles volts grosso modo et une très forte décharge pour l'ouverture de cette collection Littérature étrangè®e. Il est plus que probable que ce livre ne trustera pas le classement des meilleures ventes ni ne fera beaucoup parler de lui lors des prochains prix littéraires. Pour ça aussi qu'il faut le défendre. Pour ça bien sûr qu'on en parle.

À noter, une série de rendez-vous, rencontres, lectures avec Vanessa Place à Paris, agenda à retrouver sur le site des éditions è®e ou sur la page Facebook dédiée à ces évènements.

dimanche 12 septembre 2010

Claro, CosmoZ

D'autres ont déjà écrit, et bien écrit, avant moi sur CosmoZ, dernier livre de Claro sorti récemment chez Actes Sud. Je suis un peu à la traine. Mais pas beaucoup.

cosmoz.jpg

1900 : point d'exclamation du vingtième siècle encore à venir, départ choisi d'un périple initiatique qui court jusqu'aux années cinquante. 1900 : date d'écriture du Magicien d'Oz, par L. Franck Baum (baum baum baum). Date aussi choisie par Claro pour la propulsion de ses personnages, les oziens, dans un monde parallèle truffé d'angoisse et de chair en suspens, monde parfois appelé Histoire, nôtre ou réalité. Les personnages du Magicien d'Oz sont crachés depuis la langue de l'écrivain vers le monde véritable comme une difformité palpable, une déviance du langage. CosmoZ (C majuscule, Z majuscule, écho possible à eXistenZ, de David Cronenberg, qui creusait d'autres types de réalités parallèles ?) articule leur quête pour retrouver la route de briques jaunes censés les guider vers leur Oz véritable, El Dorado des fictifs : leur matrice, leur monde, leur réalité.
C'est un très long voyage, une migration vers d'autres états de conscience, d'autres conditions de déperdition. D'autres pulsions, aussi. Dorothy reste Dorothy mais elle devient également toutes sortes de femmes possibles, la voilà infirmière au chevet d'invalides de guerre, le visage penché sur des corps décousus, diminués, furieux d'être encore ; puis Dorothy s'envole, elle laisse passer sous elle l'océan susceptible ; elle est désormais ouvrière dans un atelier d'horlogerie, occupée à sucer la pointe de pinceaux nimbés de radium, mais les aiguilles tournent, déjà un orage remodèle le paysage des rues et des champs, elle perd des amis, gagne des soucis, travaille dans la quincaillerie familiale et vend des aspirateurs, du grillage pour poulailler, du barbelé au mètre, elle prolonge son avenir au-delà du raisonnable, fait exploser le monde et puis meurt, renaît et oublie, accomplit des milliers de gestes en un seul mouvement et échafaude cent stratégies d'une seule décision.

Claro, CosmoZ, Actes Sud, P.59
Dorothy ouvre le livre dans un prologue qui la catapulte dans le texte « Tu t'appelles Dorothy, tu es une petite fille et tu vis au Kansas ». L'épouvantail, le bûcheron en fer-blanc, les munchkins et le chien Toto la rejoindront. D'autres encore. Chaque initiation est aussi une quête : la quête des personnages extirpés d'Oz est aussi celle du livre, est aussi celle du siècle : « savoir comment finit le monde et pourquoi il ne cesse de recommencer. » Et le Magicien répond : « il est temps de traverser les sables mortels. »

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L'écrire c'est déjà un peu se tromper : bien sûr que l'ombre de Pynchon plane sur la page blanche de CosmoZ, avant même d'ouvrir le livre. Rappelons que Claro a traduit Pynchon, et notamment Contre-jour, il y a deux ans, qui, se terminant Rue du Départ, orchestrait ni plus ni moins la naissance du siècle. Claro entreprend d'en saisir la première moitié : de 1900 à 1956, et ce faisant s'extirpe à son tour de l'ombre du géant américain.
Quand le train a quitté la gare, Eizik m'a montré du doigt l'énorme horloge en train de rétrécir et m'a dit : Nous ne partageons pas les mêmes secondes qu'eux. Nos minutes n'ont rien à voir avec leurs minutes, leurs heures avec nos heures. Nous sommes à l'extrémité de ces aiguilles et eux au centre, et nos circonférences ont beau tourner autour du même axe, nous tremblons toujours un peu avant d'aller d'un chiffre à un autre, tandis qu'eux glissent comme s'ils patinaient autour du trou du temps, prêts à harponner le précieux poisson.
Quel poisson ?
Le poisson... du... du moment !

P. 86-87.
Plus qu'un voyage à travers la fiction (Le Magicien d'Oz, bien sûr, mais pas seulement), CosmoZ est un voyage à travers le temps. Eizik ou Avram (sait-on jamais lequel écrit ?) a raison : les oziens sont décalés par rapport aux époques qu'ils traversent. Étrangers aux morbides préoccupations du monde (la guerre, le cirque, la manipulation génique, le travail, la fuite, la guerre encore, la mort souvent) ils ne savent vivre que dans un seul moment : celui de la quête d'Oz, bien sûr. D'ailleurs les personnages ne vieillissent pas, déshumanisés par les circonstances (prenons l'exemple d'Oscar Crow, l'épouvantail, et Nick Chopper, le bucheron en fer-blanc, rescapés de la Grande Guerre et respectivement privés de mémoire et d'enveloppe humaine, mais remis sur pieds ou reconstruits par la main de l'homme dans le seul but de les rendre productif au travail), désarticulés par les flux du Temps, ils demeurent malgré tout en quête de la route de briques jaunes qui refuse d'apparaître. Voilà le moment dont ils sont prisonniers, voilà le poisson (poison ?) qu'il leur reste à harponner. Au bout du périple, qu'y-a-t-il ? On en revient à la question originelle posée par Dorothy au Magicien : le Temps est une boucle insondable.

losalamos.jpg

Et la boucle un pont en suspension qui pourrait bien relier CosmoZ au Fond du ciel, de Rodrigo Fresán, comme l'esquisse Antonio Werli dans son article, et comme je l'ai par la suite signalé dans mes dernières notes sur Le fond du ciel. Un point géographique mesure d'ailleurs l'écart minimum entre les deux, l'un semblant passer le relais à l'autre : il s'agit de Los Alamos, New Mexico, et de l'explosion de la première bombe atomique, concrétisation du projet Manhattan.
Pareille à un cerveau arraché à sa boîte crânienne, la reine plutonium envahit le ciel et efface le visible, aspirant toutes les particules de poussière afin de s'en faire une couronne d'un brun or et sépia. Des milliers de tonnes de sable en ébullition sont avalées par son titanesque fondement puis régurgitées en un geyser inextinguible – et l'Ombre ! enfin enfin enfin ! tombe.

P.471
« Ne dis rien. Écoute », m'a-t-il ordonné.
Alors j'ai entendu un son nouveau et pour moi inédit. Le son de quelque chose resté jusqu'alors derrière une porte close car nul n'en avait jamais trouvé la clé. Le son de la lumière et de l'ombre, de milliers de soleils annonçant l'arrivée de l’obscurité.
« Si tu voyais ce que je vois, Isaac ! » s'est écrié Ezra.

Rodrigo Fresán, Le fond du ciel, Seuil, trad : Isabelle Gugnon, P. 104.
Ce trait d'union entre les deux bouquins, très proches bien que profondément autres (ou très différents quoique radicalement proches) articule, je pense, un point de bascule important entre un Temps droit et linéaire, fait de briques jaunes tracées au loin, qu'incarne CosmoZ, et un Temps brutal, éparpillé, présent passé futur incarné à la fois, un Temps absent où tout existe en même temps : un Temps sans temps, somme toute, comme l'écrit Fresán. Un moment à partir duquel le Temps ne peut que se dérégler, buguer comme un système informatique saturé de redondances cycliques. Voilà la grande rencontre de ces deux fictions contradictoires et voilà aussi leur profonde incompatibilité.
Allons donc, nous sommes de toute façon entrés dans le siècle des adaptations, les formes ne nous évoquent plus que des formes, nous quittons telle coquille pour nous réfugier dans telle carapace, les larves migrent, les peaux muent, mais l'armature, la grille, le squelette persistent – et ce sont encore les charniers qui connaissent les meilleures, les plus fidèles, les plus ambitieuses adaptations, ce sont les ghettos dont on favorise la reproduction avec le plus d'enthousiasme, à grand renfort de barbelés toujours plus illisibles, les immenses parcs à thème de la souffrance, avec pour objectif la concentration de tous les camps en un seul, l'ultime zoo de la douleur humaine, sans cesse mis en scène, au prix d'infinies répétitions, chaque échec consommant le succès prochain, les figurants toujours plus nombreux, toujours lus rampants, écrasés sous la fanfare des accessoires, fièvres, virus, microbes, coups coups coups, le corps adaptant la mort, l'esprit adaptant la nuit, la viande adaptant la viande, le cri adaptant le silence, le scalpel adaptant le progrès, la cruauté adaptant jusqu'au geste lui-même, n'importe quel geste, sans le moindre remords (…)

P.349
Et, clin d'oeil, Claro adapte Le Magicien d'Oz (le livre, la pièce, le film, l'extravaganza) pour une plongée plus torve encore dans les méandres des méandres du siècle. Il pirate le conte et le renverse (« anti-féerie », dit l'éditeur en quatrième de couverture). Il subvertit en métamorphosant la narration (multiple, à la fois précise et prolixe, la langue utilisée garde aussi tout son humour, toute sa distance, toute sa méticulosité). Il re-produit. Il inquiète.



D'autres hOriZons :

Fric-Frac Club : François Monti & Antonio Werli
Tierslivre
La ruelle bleue
Lesoir.be
Culture Café : critique & entretien avec Claro
L'esc@rgot G@rpien (extraits) : #1 & #2
Le blog de Claro : Le clavier cannibale

vendredi 27 août 2010

À propos de Two Lovers de James Gray

J'écris ces quelques notes depuis un vaisseau fantôme nommé Insomnie, errant dans la nuit comme un oeil entre des planètes invisibles qui pourraient s'appeler Morpheus DX 9, Urkh 24 ou bien que sais-je encore. Je me repasse sous les paupières le film Two Lovers de James Gray, vu avant-hier. (L'intégralité de l'intrigue du film est dévoilée dans les lignes ci-après.)

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1
L'affiche du film ne correspond pas au film. Aucune des affiches choisies pour le film ne correspondent. Two lovers n'est pas un tendre mélo ni une comédie romantique pour nuit d'été. Même la lumière est étrange, étrangère au film. Une lumière venue d'ailleurs, un ailleurs proche pourtant plus connu sous le nom famous de Photoshop, je crois. Il faut passer le cap de l'affiche (ici de la couverture DVD) pour pouvoir lancer Two lovers.

2
Two lovers s'articule autour de deux points géographiques qui sont aussi des points de fuite possibles ou épouvantables : l'ici et l'ailleurs. L'ici se définit progressivement, plan par plan, comme un zoom propulsé à la molette depuis un satellite Google Earth qui montrerait d'abord un continent, puis un pays, une ville, un quartier, une rue, une maison, une fenêtre, une ombre. L'ici se nomme d'abord New York, Brooklyn, Brighton Beach, l'appartement familial, la tête malade du personnage incarné par Joachim Phoenix, ses névroses existentielles, la dépression : une panne de bonheur. L'ailleurs est dévoilé par touches sur une palette quatre couleurs. L'ailleurs est une femme, l'ailleurs est une fuite, un amour impossible, des désirs contrariés.

3
Au coeur de ces deux destinations contradictoires la narration pose deux femmes. L'une, la brune, Sandra (Vinessa Show), verrouille l'ici, cadenasse le présent. L'autre, la bonde, Michelle (Gwyneth Paltrow), propulse l'ailleurs, se fait détonateur d'un fantasme qui s'appellerait passion.



4
Si Sandra verrouille l'ici, elle n'en est pas complice, mais plutôt victime maladroite des circonstances. Sandra est cautionnée par l'ici :
- par la famille de Leonard (Joachim Phoenix), d'abord, qui fait la médiation
- parce qu'elle est juive (en opposition à Michelle complètement étrangère à la famille)
- parce qu'une union avec elle permettra aussi une fusion professionnelle, et donc une stabilité future
- parce qu'elle remplace l'ex-fiancée de Leonard pour devenir (hors film ?) une mère
- parce qu'elle propose une vision du bonheur confortable (La mélodie du bonheur)
- pour le cadeau qu'elle fait à Leonard : des gants : des gants comme cocon confortable qui le coupe de tout contact avec sa réalité
- enfin quand il décide de prendre des photos pour elle (de lui offrir ses yeux) c'est pour fixer des scènes de banalités familiales : des scènes « avec des gens dedans » pour remplir ses paysages décharnés de quartier désaffecté qui reflètent (pourtant) son identité.

twolovers3.jpg

5
Et Michelle propulse, ouvre vers l'ailleurs, elle est l'actrice de Leonard :
- parce que sa simple présence permet l'extravagance : la scène du night club vient rappeler à Joachim Phoenix qu'un jour il était en vie, rameute des souvenirs supposés d'une vie d'avant la dépression, tisse aussi une filiation avec le film précédent de James Gray, La nuit nous appartient, et ses scènes de night club 80's
- parce qu'elle est elle-même une drogue dont Leonard ne peut décrocher
- pour le jeu permanent qu'elle permet : jeu de regards d'une fenêtre vers l'autre, jeu de textos disséminés au fil du film
- parce que son amour pour elle est secret (leurs conversations se font au téléphone portable, donc privé) quand Sandra impose un amour familial (réunions de famille, téléphone fixe de l'appartement familial), aux yeux de tous
- parce qu'elle est infertile
- parce qu'elle est mouvement, parce qu'elle est nomade, parce qu'elle vient de et va vers l'ailleurs.

6
Les péripéties et marivaudages du film poussent Joachim Phoenix vers Sandra, ce qui décuple sa passion pour le personnage de Gwyneth Paltrow. L'apparition de l'amant de Michelle le transforme en second rôle de cabaret : un corps caché derrière la porte. Un meilleur ami. Un confident. Une ombre inconfortable.

7 Si les lieux traversés par Leonard et Sandra sont des lieux familiaux (l'appartement des parents de Leonard est cloisonné, minuscule, étouffant), ceux qui caractérisent le couple Léonard / Michelle condamnent à l'avance leurs efforts pour se rapprocher l'un vers l'autre. Les deux espaces privilégiés empêchent toute fuite : la cour intérieur de l'immeuble dans lequel ils vivent, et le toit de l'immeuble. Les murs sont des barrières. Même le toit, censé être ouvert sur l'ailleurs, est froid, cloisonné (les angles de caméra sont découpés, hachés par les pans de murs qui s'intercalent entre les corps), fermé finalement. Lorsqu'il arrive que Leonard investisse un lieu qui appartient à Michelle, il en est toujours exclu (le night club, l'opéra). Même après invitation dans cet appartement qu'elle ne paye pas elle-même, Leonard découvre un lieu étonnamment vide, dépouillé de meubles, comme si le décor qu'il observait depuis la fenêtre de sa chambre n'était qu'une façade sans envers. Seule la chambre est meublée, mais du strict minimum : un lit, une porte, et de quoi séparer encore les corps.

twolovers2.jpg

8
Il y a en réalité deux espaces libres, infinis, qui permettent l'ouverture fictive vers l'ailleurs : la baie dans laquelle Leonard se jette au début du film et retient de se jeter à la fin du film, et l'Internet, discret, qui permet la réservation en ligne de billets d'avion pour organiser la fuite. Tous les autres espaces du films sont cloisonnés et, comme la chambre et la tête de Leonard, encombrés, bouchés, verrouillés.

9
La possibilité d'une fuite avec Michelle ramène à l'adolescence : Leonard fugue, remonte le temps. Il achète une bague miteuse avec ses économies. Il quitte sa famille sans dire au revoir. Il jette son sac par la fenêtre. Il ne prend pas ses médicaments. Il jette le portrait de son ex-fiancée. Il remonte le temps non pas vers un avant la névrose, la dépression, mais vers un ailleurs où ces instants n'auront jamais pu voir le jour.

10
Le film s'ouvre sur le silence : le corps de Joachim Phoenix immergé dans la baie, puis repêché, pathétique, trempé. Le film se ferme sur le silence : le corps de Joachim Phoenix, sur la plage face à la baie, devant une fuite devenue impossible. Les murs minutieusement érigés autour de Michelle verrouillent à leur tour l'ailleurs pourtant caressé du bout des doigts. Les dernières images aussi sont silence. Quelques mots chuchotés. De la musique minuscule. L'ailleurs s'est tellement resserré sur Leonard qu'il ne reste plus que l'ici.

two-lovers4.jpg

11
Après les avoir jetés, Leonard récupère les gants offerts par Sandra.

mercredi 23 décembre 2009

Architexture web : lifecasting

Fictions que j'aimerais écrire mais que je ne sais pas par quel bout prendre. Fictions qu'il aurait fallu saisir à une heure donnée, mais que j'ai laissé échapper, et que je ne pourrais plus jamais retrouver. Fictions déjà découragées avant même d'avoir pu s'écrire. Fictions qui sonnent creux, fictions qui sonnent faux. Fictions « pourquoi pas », fictions « faudrait qu'un jour », fictions « j'abandonne ». Fictions de bas de page, fictions sans paroles, fictions regards échoués sur l'écran blanc du Macbook. Fictions « j'suis pas encore prêt », fictions « j'sais pas faire », fictions « j'aimerais bien mais ». Fictions défaites avant d'être construites. Il y en a tellement que ça fait presque trop. Dans mes notes internes de journal bis non publiées, j'appelle ces ersatz de fictions décapitées des « idées susceptibles d'un jour pouvoir exister » et qui, généralement, n'existent jamais, végètent à ce stade d'idée sans texte, moignons desséchés qui n'ont pas su pousser.

J'aimerais écrire quelque chose (juste « quelque chose ») sur ce phénomène adolescent que je n'ai pas connu (Coup de tête c'est trop tôt, récit initiatique de l'avant Internet) qu'est le lifecasting, comprendre la diffusion vidéo, par streaming, parfois en direct, parfois permanente, de la vie de leurs utilisateurs1. Ceux-ci sont à la fois diffuseurs, réalisateurs, metteurs en scène, acteurs et scénaristes de leur propre petite fiction vidéo. Youtube, ordinateur, micro et webcam sont les outils. Il n'y a pas de texte, tout est image. Donc tout est vrai. Donc tout est faux.

eyecam.jpg

Je ne sais pas qui serai(en)t mon/mes personnage(s). Je ne sais pas quelle serait, justement, la mise en scène. L'instinct, ce serait de ne retenir que le discours, le flux de parole capté micro-webcam. L'oeil de la caméra serait le focalisateur commun de tous les corps en mouvement devant l'écran. Mais pour dire quoi, pour montrer qui, ça je ne saurais pas dire.

Il y a une quinzaine de jours, S. nous parlait des évolutions Twitter qui se rapproche de ces expériences de lifecasting, par exemple :
  • * avec usage d'un GPS qui twitte toutes les X minutes la position de l'utilisateur, savoir en temps réel la position de celui-ci durant ses déplacements
  • * avec placement d'un appareil photos autour du cou qui twitte toutes les X minutes une photo automatique de ce qui est vu par l'utilisateur.
Quelque part, ces expériences, qui sont de l'art conceptuel sans en être (quand on montre tout, on ne montre rien), se rapprochent assez du projet 17h34 (une photo par jour à la même heure de ce qui me fait face, et ce depuis deux ans) et, plus généralement, du blog en lui-même, mais mis en image.

BIGBROTHER.jpg

Le principe est le même pour Youtube, dont le slogan est bien « Broadcast yourself » : à la fois « diffuse toi-même » mais aussi « diffuse-toi toi-même ». Les utilisateurs Youtube ne font pas que diffuser du contenu, on s'y diffuse également le corps, la parole et le quotidien le plus élémentaire, dans des vidéos courtes, extraits de journaux vidéo, montées ou non (vidéo + blog = vlog). Ces vidéos-là sont fascinantes, non pas par ce qui y est dit ou montré (« quotidien le plus élémentaire ») mais simplement parce qu'elles existent. Qu'un adolescent de 14 ans puisse faire son coming out par chaîne Youtube interposée quand je ne parvenais pas, au même âge, à me le murmurer à moi-même est à la fois inconcevable et captivant. Comme fuite en avant (image), c'est fascinant.

youtube-video.jpg

Je ne sais pas ce que j'écrirais si je devais aujourd'hui commencer ce projet qui n'en est pas un, ce texte mort-né puisque inexistant. Je ne sais pas quel serait son titre ni son contenu. C'est 1984 à l'envers, c'est pousser l'autofiction à son paroxysme, c'est s'incarner comme acteur de sa propre vie, mais en image. Il ne s'agit que de « notes pour une idée susceptible d'exister », je ne sais pas encore quoi en faire.
Recherche web : mon nom civil est désormais introuvable via Google. Abreuver cet espace de mots quasi quotidiens ne me rend pas visible pour autant. Je reste encore invisible, loin derrière les mots, fondu en blanc sur blanc dans l'arrière plan de la page. Plus je remplis le blog et plus je suis convaincu qu'il est vide.

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1 Quelques dates pour repères chronologiques : 1949, parution de 1984 de George Orwell / 1963, Andy Warhol tourne Sleep, « anti film » dans lequel John Giorno dort durant huit heures / 1994, Steve Mann propose pour la première fois une diffusion 24h/24 et 7j/7 de son quotidien via caméra vidéo / 1996, lancement du site JenniCam, une étudiante de 19 ans propose de suivre son quotidien par webcam /1999, diffusion de la première version hollandaise de Big Brother, première émission de TV réalité (en France Loft Story,2001) / 2007, Justin Kan lance Justin.TV, où il propose de suivre son quotidien 24h/24 et 7j/7, webcam fixée sur sa casquette en permanence. Plus tard, Justin.TV devient une plateforme de vidéos en direct (réseau aujourd'hui composé de plusieurs milliers de chaînes, parmi lesquelles des chaînes de lifecasting) / 2008, Abraham K. Briggs, 19 ans, se suicide en direct sur sa chaine Justin.TV devant plusieurs centaines de spectateurs.

samedi 21 novembre 2009

Bartleby

Bartleby le scribe : exercice parfait de grand maître (cf. 2666). Cette scène plutôt qu'une autre car elle témoigne d'une brèche, d'une ouverture, mieux : d'une apparition. Bartelby, fantôme et squelettique et son « extraordinaire suavité » découverte dans l'ouverture d'une porte, déjà prête à se refermer dans l'instant. Une parenthèse, presque. Un mirage. Cette suavité est bouleversante, même (surtout) provenant d'un corps éteint.
Ce passage déclenche aussi d'autres images, plus récentes, celles d'une pub Levis réalisée par Michel Gondry. La porte s'ouvre toujours sur une apparition. Suavité inversée, noir et blanc impénétrable.
Or, un certain dimanche matin, je me rendis à l'église de la Trinité pour entendre un célèbre prédicateur, et, me trouvant en avance sur les lieux, le décidai d'aller faire un tour au bureau. J'avais heureusement ma clef sur moi ; mais lorsque je l'appliquai à la serrure, je constatai qu'elle rencontrait une résistance intérieure. Fort surpris, j'appelai. À ma consternation, quelqu'un tourna alors une clef du dedans ; après quoi, projetait son maigre visage à travers la porte qu'il tenait entrebâillée, Bartleby apparut en bras de chemise et, par ailleurs, dans un déshabillé étrangement loqueteux. Il me déclara tranquillement qu'il regrettait, mais qu'il était fort occupé pour l'instant et qu'il... préférait ne pas me recevoir au moment même. Puis il ajouta un mot ou deux pour expliquer brièvement que je ferais peut-être mieux de tourner deux ou trois fois autour du pâté de maisons, et que d'ici là il aurait sans doute terminé ses affaires.
L'apparition parfaitement inattendue de Bartleby hantant de la sorte mon étude un dimanche matin avec sa nonchalance cadavérique et distinguée, mais aussi avec son air de fermeté et de sang-froid, cette apparition, dis-je, eut sur moi un effet si singulier que je m'éloignai incontinent de ma propre porte et fis comme il le désirait. Non point d'ailleurs sans quelques sursauts d'impuissance révolte contre la suave effronterie de cet inexplicable scribe. En vérité, c'était surtout son extraordinaire suavité qui me désarmait ou, pour mieux dire, m'émasculait. Car je considère comme temporairement privé de sa virilité un homme qui laisse tranquillement son employé à gages lui dicter ses volontés et le chasser des ses propres appartements. En outre, j'étais fort inquiet de ce que Bartleby pouvait bien faire dans mon étude en bras de chemise et, d'une manière générale, dans un appareil aussi débraillé, un dimanche matin. Se passait-il quelque chose d'incorrect ? Non, cela était hors de question. On ne pouvait soupçonner Bartleby d'être un personnage immoral. Mais que diantre faisait-il là ? De la copie ? Pas d'avantage ; quelles que pussent être ses excentricités, Bartleby était une personne éminemment protocolaire. Il eût été le dernier à s'asseoir à son pupitre dans une condition voisine de la nudité. Au surplus, c'était dimanche, et il y avait quelque chose en Bartleby qui interdisait de supposer qu'il pût violer par une occupation profane les interdits de la journée.

Herman Melville, Bartleby le scribe, Folio, trad : Pierre Leyris, P.38-39.

jeudi 17 juillet 2008

Come on apartment, come on apartment !

Parce qu'après un mois et demi de tracé flou, de pointillé, de conditionnel, de j'espère que et autre putain c'est pas possible, mine de rien ça fait du bien de connaître son futur point de chute et d'en finir avec la poisse. Encore un déménagement à organiser, un bail à signer et un loyer à payer désormais, mais la future adresse est connue. Enfin. (titre du billet dans la vidéo peu après 5'15)

vendredi 27 juin 2008

Quelque peu de vide

Légère impression de déjà vu...

Florilège des instants les plus pénibles et/ou glauques qui nous ont poursuivis, Hugo et moi, ces trois derniers jours, durant nos recherches de logement pour l'année prochaine le mois prochain :

Mardi

- autoroute autoroute autoroute sous cagnard d'entre onze et deux heures
- arrêt sur une aire d'autoroute pour manger : 17,40€ pour trois sandwichs et une bouteille d'eau
- arrivée hôtel Formule 1 où on restera au moins deux nuits, peut-être trois
- début des recherches sur place : une petite dizaine d'agences immobilières
- toujours les mêmes réponses. Quelques variantes : c'est très calme en ce moment / ah non on n'a rien du tout / on fait pas les locations / faut voir avec la personne qui s'occupe des locations mais la personne en question elle est là que le lundi entre trois heures et quart et trois heures vingt-deux / c'est vraiment très très calme en ce moment / le marché locatif du moment est quasi nul
- quelques pistes tout de même : j'ai peut-être quelque chose à vous proposer, c'est une maison XXm² avec XXXm² de terrain autour pour 800€ par mois, en revanche c'est un bail précaire, donc on peut vous mettre dehors du jour au lendemain, mais c'est une bonne affaire à saisir, hein, faut pas croire / mais pourquoi vous n'essayez pas d'acheter plutôt ?
- retour hôtel fin d'aprèm : mort de chez mort, énervé parce que rien du tout, rien de visité, aucune piste, coups de soleil un peu partout, début de migraine, fait chier fait chier fait chier
- repas dans un bar infect avec poulet pas cuit farci aux litres de beurre et frittes molles en accompagnement : 20€
- croiser des mecs qui sortent des douches à moitié à poil dans les couloirs
- soir englué sur le couvre-lit douteux de la chambre 225 devant la télé
- tiens, si on regardait M6 ?

Mercredi

- levé tôt air encore frais sous soleil de plomb nuages annoncés par la météo absents, au bord de la crise de nerf en permanence fous rire (nerveux ?) parfois
- écumer les bleds autour et les agences immobilières encore
- toujours les mêmes réponses. Quelques variantes : c'est très calme en ce moment / ah non on n'a rien du tout / on fait pas les locations / faut voir avec la personne qui s'occupe des locations mais la personne en question elle est là que le vendredi entre onze heures et onze heures seize / c'est vraiment très très calme en ce moment / le marché locatif du moment est quasi nul
- zéro piste cette fois
- payer le RER à chaque saut de puce : 2.90€ / 4.78€ / 4.10€ / 3.22€
- deux sandwichs, une bouteille de Cristaline, une bouteille de Schwepps Agrumes, à consommer assis sur l'asphalte d'une gare de RER à l'ombre à attendre le dit RER loupé de peu dix minutes plus tôt
- retour Formule 1 en début d'aprem
- forfait wi-fi 3h sur petit Eeepc : 10€
- refaire la liste des sites immobiliers et des sites de petites annonces encore et encore parce que réduit à
- en un jour à peine les agences sur place déjà écumées en totalité
- noter des numéros, barrer des notes griffonnées sur carnet, entourer des trucs, écrire des emails, laisser des messages
- que dalle que dalle que dalle
- attendre qu'on nous rappelle ou qu'on nous réponde
- faire quelques pas dehors et aller passer le temps à l'Intermarché d'à côté et faire le tour des rayons frais histoire de
- attendre qu'on nous rappelle et qu'on nous réponde
- attente d'une visite prévue à 20h
- soirée engluée sur le couvre-lit douteux de la chambre 225 devant la télé
- tiens, si on regardait un documentaire sur Brigitte Bardot ?

Jeudi

- levé tôt mais sérieusement pour quoi faire ?
- balade dans petit parc pas trop loin avec taupes et insectes goulus en option
- attente agacée d'une visite prévue à 16h
- retour hôtel avec provisions minimes histoire de : 9.21€
- attente agacée de la visite prévue à 16h
- midi englué sur le couvre-lit douteux de la chambre 225 devant la télé
- tiens, si on regardait Le scaphandre et le papillon qui passe à midi sur Canal ?
- migraine qui pointe
- comas-ennui
- prendre l'air, c'est à dire : faire le tour de l'Intermarché à pied puis marcher jusqu'à la zone industrielle suivante
- retour « centre-ville » pour visite 16h
- partir dans la foulée
- partir partir partir et vite
- soleil pleine poire tout du long avec migraine en option

Et ce début d'épisode de Friends qui me traîne derrière les yeux à chaque fois qu'on se retrouve à errer dans le Formule 1 / passer le temps à l'Intermarché / attendre assis par terre sur les marches d'une gare de RER / attendre n'importe où ailleurs / jeter un oeil sur la télé turque qui tourne pendant qu'on essaye d'avaler le poulet-au-beurre et les frites molles. C'est l'épisode 403 (The one with the 'Cuffs) et c'est la réplique de Chandler juste avant le générique : Could we be more white trash ?



Plus

- coût réservation trois jours / trois nuits au Formule 1 : 90€
- essence pour aller-retour : 85€
- un tas de trucs que j'ai dû oublier : X€

lundi 5 mai 2008

Damages

J'apprends après coup que Canal + avait mis en place des moyens impressionnants pour assurer la promotion et le lancement de sa nouvelle série phare, il y a deux mois. Des affiches un peu partout, de la promo (ou de l'autopromo) dans tout un tas d'émission. Des moyens que l'on prête plus habituellement au cinéma. Sa nouvelle série phare, disais-je : Damages. En tête d'affiche : Glenn Close. C'est d'ailleurs comme cela qu'on résume le plus souvent la série : une nouvelle série acclamée par la critique... avec Glenn Close !



Glenn Close avait déjà fréquenté le petit monde merveilleux des séries US (elle interprétait le capitaine Monica Rawling, personnage récurrent dans la quatrième saison de The Shield, notamment) mais jusque-là toujours en guest star. Avec Damages, il s'agit désormais de sa série. Elle y interprète le personnage central : celui de Patty Hewes, l'une des plus brillantes avocates de Manhattan qui ne vit que pour gagner les procès dans lesquels elle s'engage et qui fait toujours tout pour parvenir à ses fins (et tant pis pour la morale). Après Vick Mackey, Tony Soprano ou Dexter (entre autres), voilà donc un nouveau personnage peu fréquentable qui devient le centre d'intérêt d'une série US.
Toute la saison 1 se concentre sur la grosse affaire qui occupe Patty et son cabinet : elle attaque (dans tous les sens du terme !), dans le cadre d'un recourt collectif en justice, le PDG corrompu d'une société qui a ruiné ses employés. Un magnat de la finance qui n'a, lui non plus, pas vraiment rien à se reprocher. Et entre ces deux personnages, entre ces deux égos, tout un tas d'autres personnages enchaînés les uns aux autres par divers intérêts contradictoires et autres magouilles plus ou moins secrètes. (Pour un résumé tout-en-image, le plus simple est encore de vous rediriger vers la vidéo insérée à la fin de l'article.)
Premier bon point, la série réussit à éviter un écueil que l'on pouvait redouter au début : on substitue au personnage de Patty Hewes une autre « héroïne », Ellen Parsons, jeune avocate ambitieuse fraîchement diplômée. Le spectateur suivra donc l'affaire à travers son regard (forcément neuf et naïf de prime abord), ficelle courante qui permet au passage d'aborder en douceur l'environnement, les décors et autres relations entre les personnages que le spectateur doit découvrir en même temps que l'héroïne. De cette manière, le personnage de Patty Hewes est d'entrée légèrement mis à distance, ce qui laisse plus de liberté et de souplesse à la série pour avancer ; elle n'est pas d'entrée phagocytée par l'emprise de Glenn Close (qui, elle, est pourtant bien réelle).



Damages est une série prenante et c'est probablement là que se trouve son principal point fort : toute la saison compose un thriller savamment orchestré. En plus de l'affaire en elle même (et celle-ci ressemble plus à une suite de fragments d'enquête policière qu'à une réelle plongée dans le monde judiciaire) se superpose une deuxième affaire : le premier épisode débute ainsi avec, à l'image, une Ellen Parsons paniquée qui déambule dans la rue à moitié nue, son fiancé retrouvé mort dans sa salle de bain. Les lettres « Six mois plus tôt » s'inscrivent alors sur l'écran : le gros de la série se déroulera dans donc un gigantesque « flash-back » qui viendra, au fil des épisodes, peu à peu rejoindre les scènes du « présent » qui s'écoulent régulièrement, petit à petit, en parallèle. Un double suspens se met alors en place : celui, naturel, qui concerne l'avancement de l'affaire principale et l'autre, plus flou, qui invite à raccorder les deux intrigues entre elles. Le mode de fonctionnement est osé mais il fonctionne impeccablement ; l'excellente qualité du montage n'y est probablement pas étrangère.
Le casting est également bien géré. Outre la fascinante Glenn Close, Rose Byrne (Ellen Parsons) évolue très bien avec son personnage et Željko Ivanek campe un avocat de la partie adverse très intéressant. On note également pour l'anecdote qu'on retrouve au générique un ancien second rôle de Friends : Tate Donovan (l'éternel bras droit de Patty, Tom Shayes), qui interprétait Joshua dans quelques épisodes de la saison 6.



Damages est une excellente série, aux mécanismes très bien huilées (plus régulière que Dexter par exemple), habile, qui séduit très facilement. La performance de Glenn Close n'y est évidemment pas étrangère (sans elle, il s'agirait probablement d'une bonne série, certes, mais banale), ce qui peut parfois la mettre en difficulté mais son omniprésence, parfois lourde, est bien contrebalancée par le rôle d'Ellen Parsons ; l'équilibre est parfois difficile à tenir mais il tient. Au rayon des bémols, on peut aussi remarquer que l'évolution de la saison est un peu déséquilibrée : un ou deux épisodes au coeur de la saison font un peu trop figure de « ventre mou » alors que la fin a tendance à trop vite se précipiter (beaucoup d'éléments à concentrer en peu de temps). La fin du dernier épisode semble également maladroite (disons que ce n'est pas la plus subtile façon d'annoncer une deuxième saison). La bande-son, quant à elle, est bien souvent anecdotique.


Damages, disais-je : excellente série. Addictive, agréable, souvent drôle (il faut aimer la cruauté et la manipulation à tous les étages mais, si, si, c'est drôle). Assurément la série qui invite le plus à pousser des « aaaaaaaah, mais elle est vraiment affreuse ! », interdit devant son écran. A voir (et à revoir) si on aime le genre. Et puis se tenir prêt pour la suite : deux nouvelles saisons ont été signées aux Etats-Unis.

[Article également disponible sur Culturopoing]

samedi 29 décembre 2007

I'm not there

Voilà un film qu'il fallait absolument que je vois, sans trop savoir pourquoi d'ailleurs parce que : aucune critique de lue jusque-là et à peine une couverture de je ne sais quel magazine cinéma aperçue, avec Cate Blanchett en couverture et le concept vaguement entendu comme ça, à la radio : une biopic sur Bob Dylan avec six acteurs différents pour l'interpréter. Résultat quasi instantané : faut-absolument-que-j'aille-le-voir-ce-truc.



Et donc je suis allé le voir ce truc. Premières impressions éclaires et quasi instantanées : bien fait, par un heureux hasard, d'avoir lu la biographie de François Bon il y a quelques mois, parce que le film de Todd Haynes n'est une biopic ordinaire, voire même pas une biopic du tout : un film pour initié, voilà ce que c'est, où l'on n'explique pas, on montre, on suggère, on hallucine, point barre. Alors quand on associe ce parti pris avec les quelques modifications d'identités des personnages (peu de vrais noms utilisés, on retrouve surtout des personnages fictifs, parfois un peu dur à identifier quand on ne maîtrise pas bien l'époque), on se retrouve avec un film parfois difficile à suivre.
Mais passé ces incongruités premières, I'm not there, c'est du tout bon. Six personnages différents, six facettes de la personnalité ou de la carrière de Bob Dylan (dont le nom n'est par ailleurs jamais prononcé), qui se succèdent ou s'entrecroisent voire se complètent. Ces fictions, recoupant des périodes incontournables comme le Dylan protestataires ou le Dylan en pleine transition électrique et des facettes moins évidentes (le Dylan rimbaldien, par exemple) trouvent leur place naturellement dans un film au montage énergique et incisif (surtout au début) et dont le rythme est peut-être son principal atout (exception faite pour la fin, peut-être).



Autre atout fort : le casting. Excellent, diversifié et cohérent, qui rassemble pourtant, pour le même « rôle », Christian Bale, Richard Gere et surtout Cate Blanchett, sidérante en Dylan star androgyne huée et épuisée par les tournées successives. Sans conteste le personnage clé du film, qui s'illustre également dans la scène phare : cette mise en image psychédélique et géniale de Ballad of a thin man (cf. la radio), version live revisitée par Cate Blanchett pour le coup. On y explore l'imaginaire dylanien brutalement, aux frontières du clip et de la rêverie. Impressionant.



Côté face, on peut regretter que deux fictions restent quand même moins percutantes que les autres : la partie « familiale » de la vie de Dylan , malgré une Charlotte Gainsbourg exemplaire, comme toujours, se révèle un peu anecdotique et surtout la partie « Billy the Kid », incompréhensible pour le non-initié que je suis, partie avec Richard Gere en vedette qui correspond également aux zones de longueurs que l'on peut déceler dans le film.
Toujours au niveau des bémols, et toujours pour un non-initié d'ailleurs, la difficulté parfois de s'y retrouver dans la fictionalisation des personnalités, disons, parallèles. Exemple : le nom de Joan Baez n'étant pas mentionné, on le travestit en nom fictif. En revanche, d'autres personnalités comme Allen Ginsberg, par exemple, gardent leur nom. Mystère.



I'm not there, c'est donc un très bon film (et dont le titre, « Je ne suis pas là », affirme d'entrée le parti pris osé du réalisateur : produire un film sur Dylan sans Dylan, l'évoquer sans le montrer, le réécrire sans le dire), certainement l'un des tous meilleurs vus cette année me concernant, mais tellement facile d'y passer à côté qu'il peut sans doute facilement décevoir. On sent que Todd Haynes, également réalisateur de Velvet Goldmine il y a quelques années (film qui reprenait la même recette, appliquée à la période glam des années 70), a gagné en maturité, parvenant à construire une (série de) fiction(s) de qualité, par rapport à un Velvet Goldime gentil et finalement très caricatural. Reste ce problème d'accessibilité qui devrait (a du) barrer l'accès du film au grand public, très certainement : être obligé de se farcir une biographie avant de se déplacer en salle pour comprendre un minimum d'éléments et de sous-entendu, il est clair que ce n'est pas idéal. La réussite intrinsèque du film passait peut-être par ce sacrifice là...



En bonus : ces deux vidéo avec un trailer (pour une fois) plutôt bien fichu et un extrait amusant (bien que non sous-titré) d'une rencontre Dylan/Ginsberg décalée. Et puis aussi : qu'en pense le biographe ? Le billet de François Bon en réaction au film.

[Article également disponible sur Culturopoing]

lundi 17 décembre 2007

La vie intérieure de Martin Frost

La vie intérieure de Martin Frost, dernier film de Paul Auster, ne passait cette semaine que dans quatre salles en France. Quatre, c'est tout. Et parmi ces quatre, un cinéma du Mans, notre ciné, disons, habituel. Quelle chance, n'est-ce pas ? Et tant pis si la critique est négative, tant pis si ça ressemble à un accident de parcours, c'est un film de Paul Auster, il devrait bien y avoir quelque chose à en retirer. C'est du moins ce qu'on (ce que je) peut (peux) légitimement croire avant de gagner le cinéma en question. Et quand on arrive, le type à la caisse, parlant avec un client régulier peut-être des films du jour : « Y a La vie intérieure de Martin Frost, un navet... un film de Paul Auster ». Le ton est donné.



L'idée de départ était pourtant intéressante : prendre dans Le livre des illusions, roman d'Auster de la fin des années quatre-vingt dix, un des films d'Hector Mann, personnage fictif, que décrit le narrateur. Un film que personne ou presque n'a vu, décrit en quelques pages qui m'avait laissé une très bonne impression. L'idée de départ : réaliser le « film dans le livre » d'un personnage fictif, c'était pour moi une idée vraiment pertinente. Peut-être parce que je croyais naïvement qu'Auster s'évertuerait effectivement à réaliser ce film là, celui de son personnage. Mais non : mésentente. En réalité, Auster s'est évertué à réaliser une merde qui devrait (en tout cas je l'espère !) sceller une bonne fois pour toute son destin cinématographique.

Martin Frost (David Tewlis), « écrivain à succès », se retire quelques jours dans la maison de campagne de deux de ses amis histoire de se ressourcer après l'écriture de son dernier « roman à succès ». Bien vite, pourtant, une nouvelle idée viendra le titiller, suffisamment pour le pousser à interrompre ses vacances et se remettre au travail : une histoire courte, quarante pages maximum. Les problèmes arrivent le lendemain lorsqu'à ses côtés, à son réveil, il découvre cette femme, Claire (Irène Jacob) avec qui il vient vraisemblablement de passer la nuit. Après quelques minutes de quiproquo poussif, ils décident de se partager la maison et de cohabiter. Et, accessoirement, de « tomber amoureux ». Les choses se corsent lorsque Claire commence à tomber malade, et son état empire à mesure que Martin achève son histoire... Voilà pour les grosses lignes du scénario.



Difficile de savoir par où commencer quand un film, comme celui-là, est mauvais de la tête au pied. Commençons peut-être par le problème numéro un, le plus handicapant : Auster ne réalise pas un film, il fait gigoter ses acteurs devant une caméra et fait semblant de confondre littérature et cinéma. L'écueil le plus agaçant l'est d'autant plus qu'il est quasi omniprésent : le film est soutenu par une voix off qui fait (très mal) la narration. Pas une narration cool à la Fight Club, non, il s'agit d'une narration à la troisième personne du genre : c'est alors que Martin décida de sortir une vieille machine à écrire du placard et de se mettre au travail alors même qu'à l'écran, on voit Martin sortir une vieille machine à écrire du placard et se mettre au travail. Pour un spectateur qui naïvement croyait pouvoir tirer quelques bons moments d'un film qu'il sait d'avance moyen, c'est assez gênant de constater comme ça, dès le début, l'énormité de son erreur.
Le constat est identique pour les acteurs : tous (il n'y en a que quatre) sont très mauvais ou bien très mal dirigés ou bien les deux. Les dialogues eux-mêmes sont mal écrits (qu'est-ce que c'est que cette manie, Paul Auster, de ponctuer chaque réplique du nom du personnage à qui elle s'adresse, hein, dis-nous, Paul Auster ?), on se croit dans un mauvais téléfilm sans même avoir l'excuse de blâmer la version française puisque c'est de la VO dont il s'agit. Le scénario lui-même est d'une naïveté sidérante (naïveté dans le mauvais, très mauvais sens du terme !), rien à voir avec ce film à peine esquissé entre les pages du Livre des illusions, il s'agit là d'une fable affligeante sur la création artistique et on ne comprend pas qu'un créateur chevronné comme Auster ait pu tomber dans des maladresses pareilles. Irène Jacob, dans son rôle de femme mystérieuse est pathétique et le « truc » qui permettait de résoudre le mystère du scénario original devient ici un quiproquo transparent et ridicule à souhait. Et je passe sur les ralentis affligeants, et je passe sur la musique agaçante à souhait et je passe sur les ellipses foireuses et les fondus au noir gênants. Et je passe sur le rôle sur mesure créé pour Fifille (Sophie Auster) qui montre à tout le monde (enfin, ceux qui auront vu le film) comment elle chante bien et comment elle joue bien histoire de pourquoi pas lui trouver du boulot après... Et je passe sur les transitions aberrantes où l'on se retrouve à observer une machine à écrire modélisée en 3D qui lévite et roule à la fois.



Incompréhensible accident de parcours que cette Vie intérieure de Martin Frost. D'un matériau de base intéressant (ce film décrit dans le Livre des illusions), Auster bâtit une première partie excessivement médiocre. La seconde est, elle, un désastre embarrassant, surtout quand, comme moi, on apprécie beaucoup le monsieur en général. De toute évidence, l'équipe du film n'avait pas prévu d'aller au-delà de cette première partie (qui correspond à deux ou trois choses prêt au scénario d'Hector Mann) et s'est lancée au hasard dans des directions farfelues et niaises à souhait histoire de boucler le travail (la fin, mon Dieu, la fin, mais quelle horreur !). Et dire qu'il y a quelques années, Auster déclarait dans je ne sais plus quelle interview qu'il ne souhaitait plus faire de cinéma... Il aurait été sage de suivre ton souhait de l'époque, Paul Auster... (Au passage, je vous livre ici la bande annonce : en VO sous titré espagnol parce que j'ai pas trouvé autre chose)



Un seul mot pour conclure vite vite vite et vite vite vite en finir avec cette chronique qui m'agace : affreux. Vraiment.

[Article également disponible sur Culturopoing]

lundi 3 décembre 2007

My Blueberry Nights

Un Wong Kar-Wai ça ne se manque pas. Ou alors ça se manque, et ça se redécouvre plusieurs années plus tard en DVD (le coffret La révolution Wong Kar-Wai m'attend sagement depuis Noël dernier). Mais dans l'idéal, ça ne se manque pas et ça se voit en salle, tant qu'à faire, parce que c'est toujours plus agréable et que ça égaye les jours de pluie (des fois qu'il pleuve, bien sûr, parce que sinon, c'est plus embêtant). Bref, un Wong Kar-Wai ça enthousiasme, c'est toujours ça de gagné, et c'est d'autant plus vrai quand le titre est aussi charmant, car charmant ce titre l'est : My blueberry nights, je trouve que ça pète.



Le parti pris du film est de présenter un road-movie très américain (après tout pourquoi pas) où trois lieux centraux de l'Amérique sont exploités : New-York, Ploucville (Memphis en réalité) et Vegas. Ces trois espaces, le personnage central, Elizabeth (Norah Jones), les traverse en une heure et demie (durée du film) pour bâtir une sorte de récit initiatique dont on ne comprendra jamais réellement les motivations (si ce n'est une sombre histoire d'amour qui, bien entendu, finit mal). Durant son périple, Elizabeth (tantôt Lizzie, Betty ou, tout simplement, Elizabeth) croise de nombreux personnages secondaires qui l'accompagneront le temps de ses multiples séjours mais qui ne resteront jamais bien longtemps car Lizzie est une nomade, toujours en mouvement, toujours en transit. Parmi ces personnages, Jude Law le beau gosse, David Stratharin le flic bourré, Rachel Weisz le femme fatale du pauvre et Natalie Portman la joueuse de poker. Du beau monde, réellement.

My blueberry nights est un film assez difficile à chroniquer (j'ai déjà dit la même chose il y a peu me semble-t-il) car c'est un film relativement inégal. Pire : c'est un film qui s'éfile. Le tout début, pourtant, laisse augurer du meilleur : c'est la partie new-yorkaise. Elle se déroule quasi intégralement dans un bar, géré par Jérémy (Jude Law), carrefour des pas perdus dans lequel chacun, au fil du temps, y laisse ses ambitions amoureuses déchues et ses amours perdues, symbolisées ici par des clés qu'on abandonne dans un bocal. Elizabeth fait partie de ses propriétaires de clé en mal d'amour, c'est à cette occasion qu'elle rencontre Jeremy. L'esthétisme à outrance de Wong Kar-Wai s'exprime ici pleinement : les métros qui filent dans la nuit comme autant de destins nocturnes qui se croisent, les reflets perpétuels et saturés que l'on découvre dans le bar et le jeu de vitres et de lettrines superposées aux images (la caméra glisse souvent le long des vitres du bar, joignant aux images du couple les inscriptions extérieurs des vitrines, inscriptions le plus souvent à l'envers par ailleurs, signe que le sens ne se trouve pas en ces lieux) sont superbes. C'est également dans cette première partie que les ralentis syncopés et saccadés du chinois s'expriment le mieux, profitant des plus belles lumières, des plus belles nuits (cf. l'affiche, très jolie). Idem pour le montage, ingénieux, qui instaure un rythme fort et prenant à travers quelques ellipses bien venues et de nombreuses superpositions de scènes. Malheureusement cette partie du film n'est qu'une introduction fugace qui ne dure pas. Malheureusement, disais-je, car le film ne tiendra plus par la suite ce niveau là.



Les deux autres parties du film ont pour avantage de confronter Elizabeth à d'autres personnages qui lui permettront de s'accomplir (quête identitaire etc.). Ce n'est, en soi, pas problématique. Mais le film perd en rythme et en intensité. A mesure que Lizzie croise les destins d'autres personnages, elle-même est de fait mise en retrait, elle devient spectatrice à son tour ; elle devient par ailleurs serveuse dans les bars qu'elle fréquente et non plus cliente, comme au début. Elle glisse lentement dans le décor. Les intrigues parallèles ne sont pas inintéressantes en elles-mêmes mais on sent le fil se détendre : on accroche moins, les effets de caméras et autres altérations de l'images semblent forcés. Dommage.
Idem dans la troisième partie, à Vegas, où les bémols sont plus problématiques : de spectatrice, Betty devient transparente au contact d'une joueuse de poker (Natalie Portman) beaucoup trop percutante comparée à la fade Elizabeth. C'est un comble dans l'économie narrative du film, puisque le personnage d'Elizabeth est censé voguer en pleine quête identitaire, alors même qu'elle s'efface de plus en plus à mesure que le film s'écoule. Le problème est double, de plus : Norah Jones en tant qu'actrice principale est loin d'exéler dans sa performance. A côté de Rachel Wiesz ou Natalie Portman, toutes deux très bonnes dans leurs rôles, du coup, cette mauvaise performance s'en ressent d'autant plus. Dommage (bis).



Le problème tient également dans cette incertitude permanente que ne résout jamais le film : tient-on à mettre en image une quête initiatique ou s'intéresse-t-on à la relation Jude Law / Norah Jones ? Les deux, de toute évidence, ou plutôt ni l'un ni l'autre, puisque ces deux versants ne sont visiblement pas compatibles. On ne sait pas sur quel pied danser, du coup, et on ne saisit plus les intentions premières du réalisateur, comme ces narrations en voix off qui apparaissent et disparaissent sans réelles raisons ni utilités, clairement de mauvais goût d'ailleurs.

Du coup, mon impression générale est partagée. La première partie du film est géniale, l'image est souvent sublime (malgré les récurrences du réalisateur, les ralentis, et tout et tout), la bande son l'est également (très beau remix pour l'un des thèmes d'In the mood for love par ailleurs), mais quelque chose manque. On sent le film hésitant, parfois incohérent. On sent un film agréable qui passe à côté de quelque chose de très fort et, finalement, bien vite, on se surprend à regretter que le film en entier n'ait pas été pensé dans la première partie uniquement, comme un huis-clos dans ce bar génial où les échanges Norah Jones / Jude Law, tantôt amusant, tantôt touchant et émouvant, auraient pu trouver leur pleine mesure. Vraiment dommage.

[Article également disponible sur Culturopoing]

jeudi 22 novembre 2007

Sur fond de Solaris

Écrire en musique, ça, je le fais depuis à peu près... toujours. D'habitude, je ne prête pas beaucoup d'attention à ce que j'écoute (à ce que j'entends plutôt) : mes coups de coeur du moment, mes albums cultes, etc. Mais évidemment : ce n'est pas l'idéal. Ça déconcentre, ça fixe l'attention ailleurs et même, parfois, parfois, ça pousse à chantonner dans sa tête ou même pas dans sa tête d'ailleurs. C'est pourquoi je suis vite passé à autre chose, autre chose étant nécessairement de la musique d'ambiance qui ne soit pas susceptible de m'attirer hors de la feuille. Du coup, à peu près tous les morceaux avec paroles sont à proscrire. Exception faite de Madame Butterfly, un des rares opéras (le seul ?) que j'apprécie (et/ou que j'arrive à écouter) et que je me suis passé en boucle durant toutes les cent-cinquante pages gâchées de mon premier jet mort né sans titre (« Incrustation », ça s'appelait, mais c'était grandement provisoire car très moche) écrit l'année dernière. Pour le reste, c'est souvent assez atmosphérique (Brian Eno, Explosions in the sky, Red Sparowes, Art of noise, Mike Garson ou même Philip Glass quand je suis d'humeur à pas devenir dingue) ou alors des instrumentales (des bandes originales en tout genre, Yoko Kanno, Hajime Mizoguchi ou bien du « classique » : Debussy par exemple). Et surtout : j'essaie de ne garder qu'un seul album qui tourne et tourne et (se) retourne en boucle histoire de donner une cohérence à mon univers musical du moment. Pour « Décompte », c'est même un seul morceau que je me suis mis en boucle pendant tout le mois qu'a duré son écriture : La sonate au clair de lune, évidemment.



Pour « Coup de tête », c'est différent. Parce que j'ai eu la mauvaise idée de beaucoup répartir mes périodes d'écriture dans le temps (roman commencé il y a un an et demi, tout de même) j'ai eu le loisir d'utiliser différentes musiques de fond : l'OST de REZ tout d'abord, histoire d'insuffler au texte le punch que je voulais lui donner. Et puis ensuite, pour un passage bien particulier, cette chanson superbe de Jack the Ripper sur Ladies first : Old Stars (malheureusement très vite aliénante et insupportable quand répétée en boucle : presque pire que du Philip Glass, tiens !), cf. la radio.

Depuis que je l'ai repris la semaine dernière, je ne m'impose pour seul fond sonore que la bande originale de Solaris (le Solaris de Soderbergh, j'entends, celui de Tarkovski étend toujours dans ma liste de films à voir), signée Cliff Martinez. Idéale. Suffisamment diffuse pour n'être pas remarquée et suffisamment forte pour me plonger dans un état d'esprit différent. Altérée. Idéale, disais-je, le tout concentré grâce à l'écoute au casque et c'est bon, ça marche, je suis là sans être là.
Du coup, avec Solaris dans les oreilles des heures durant dans la journée (quarante minutes l'album, ça tourne vite), j'ai aussi perpétuellement ces vers de Dylan Thomas dans la tête : And death shall have no dominion, tout simplement parce qu'on les entend dans le film (poème lu par George Clooney qui plus est, quel luxe) à un certain moment. Du coup, on repense aussi à ce remix de UNKLE qui mêle des samples de la BO avec quelques répliques du film... parmi lesquelles, ce poème de Dylan Thomas. La première strophe tout du moins, et ces deux fragments superbes qui s'y accrochent plus que les autres sans raison sinon peut-être que les os me parlent :

When their bones are picked clean and the clean bones gone,
They shall have stars at elbow and foot;

Y a pire comme vers en tête : l'impression d'être poursuivi par eux n'est donc pas désagréable, bien au contraire (je me suis même surpris à me réveiller en pleine nuit et, entendant vaguement le bruit de la pluie sur le toit, j'ai cru reconnaître cette musique dans laquelle je plonge plusieurs par jour, et les mots qui désormais vont avec). Le challenge sera d'éviter d'intégrer ces vers dans le roman, là où ils n'ont rien à y faire... Pas évident.

Voilà pour Solaris, sinon : un petit extrait du film avec, en fond sonore, la musique de Cliff Martinez et un bout du poème de Thomas lu par Clooney (gare aux spoilers cela dit).


Solaris - And Death Shall Have No Dominion
Pour le poème entier, dans la langue de Shakespeare, c'est par ici. Pour une traduction française (mais difficile à trouver, la poésie ça se traduit pas, blablabla), c'est par là.

jeudi 15 novembre 2007

Les promesses de l'ombre

Réglons de suite la question : je ne connais pas les films de Cronenberg. Aucun. Les promesses de l'ombre, c'est le premier film de lui qui me motive suffisamment pour me déplacer jusqu'au ciné ; en règle général, je ne suis pas vraiment attiré par ses productions (allez savoir pourquoi). Cette chronique vaut donc ce qu'elle vaut, c'est à dire pas grand chose, c'est à dire l'opinion d'un type qui est allé voir un film par défaut et qui n'a aucune idée du background artistique du réalisateur. Bien, c'est dit.



Les premières images, d'entrée, nous plonge dans la communauté russe de Londres qu'on ne quittera plus jusqu'au générique de fin. Les premières images, d'entrée, nous plonge dans une ambiance glaciale, glauque au possible, gore, parfois (la scène d'introduction est particulièrement forte à ce niveau là). Les premières images, donc, donnent le ton d'un film sombre, dur, sanglant.
Le rayon de soleil du film, c'est Anna (Naomi Watts), cette sage-femme tout ce qu'il y a de plus normale, qui accouche « un beau jour » une prostituée/droguée russe de quatorze ans. Elle meurt, pas sa fille. Se sentant responsable du bébé, Anna récupère le journal intime de sa mère et part à la recherche de sa famille, à la recherche d'un foyer pour l'enfant. Elle tombe bien vite sur le milieu mafieux russe qui s'articule autour de Semyon, vieux chef de gang, son fils Kirill (Vincent Cassel, un poil agaçant) et Nikolaï (Viggo roi de la pomme de terre Mortensen), le « chauffeur » : celui qui s'occupe d'anonymer et de se débarrasser des cadavres (cf. la vidéo, ci dessous, en VO non sous-titré, je sais, mais on fait ce qu'on peut, hein). Voilà pour les grandes lignes.



Les premières minutes sont très bonnes : incisives comme il le faut, des ellipses bien placées. Le décor peu à peu se met en place via quelques petites scènes qui posent un décor, une ambiance. Les personnages se détachent tous grâce à des personnalités variés : Semyon et ses allures de vieux sage, Kirill, complètement allumé, Anna, la gentille pas trop cruche mais un peu naïve quand même parce qu'il le faut bien et surtout, surtout, Nikolaï, le chauffeur-homme à tout faire de Kirill (« I'm just the driver », qu'il dit avec l'accent russe, mais en fait, il est un peu plus que ça). Pourquoi surtout ? Parce que clairement, le film tourne autour de ce personnage clé et de la performance d'acteur de Viggo Mortensen pour l'incarner. Froid, secret, mystérieux, calme, pro. Tout ce qu'il faut pour intriguer l'oeil du spectateur. Et ça marche. L'équilibre du film repose là dessus : sur ce personnage dont, au fond, on ne sait rien, et qui pourtant rempli l'écran de sa simple présence. Du coup, petit problème, petit déséquilibre : les autres personnages passent au second plan. Mais ce n'est qu'un détail.

Car le véritable problème du film est ailleurs. Plus d'une heure durant, une atmosphère se déploie, s'impose sur la pellicule, une atmosphère réussie, prenante, dense, et tant pis si parfois le côté redite des films de gangster se fait sentir, cette ambiance là est bonne, point barre. Mais au trois quarts du film environ, un twist scénaristique fait chavirer le film. Et d'agréables, Les promesses de l'ombre deviennent l'un de ces films banales qu'on apprécie vaguement, du coin de l'oeil, en oubliant instantanément les grandes lignes tellement les ficelles scénaristiques sont énormes. D'autant plus dommage que la base était là, bien ancrée, prête à accueillir un dénouement plus percutant.
Et d'un coup tout s'enchaîne : cette énorme maladresse en révèle d'autres qui, bien que plus discrètes, ressortent d'autant plus. Les personnages principaux, parfois, ne survivent pas aux quelques lignes qui servent à les définir (c'est le cas du personnage de Naomi Watts, agréable au début, mais qui devient bien rapidement inutile, malheureusement) et certaines astuces narratologiques sont naïves (le parallèle entre l'image et la voix de la jeune mère du début qui raconte avec son bel accent russe les horreurs de son journal intime : l'effet est souvent moyen, la narration parfois ratée).



Dommage, car les possibilités qui se dégageaient de la première heure semblaient énormes. Le personnage monstrueux développé pour et par Viggo Mortensen est fascinant, et quelle scène superbe, la scène centrale, celle de « l'adoubement » où Nikolaï, au corps parfait, plongé dans une cave à la luminosité étrange, reçoit les « insignes », les marques qui ancrent dans sa chair les symboles de son nouveau grade.
Dommage, donc, car loin d'être un mauvais film Les promesses de l'ombre déçoivent au moment même où elles promettent le plus : c'est au sommet du crescendo apparent que se défait l'intrigue. De quoi se renseigner sur Cronenberg, du coup, et peut-être mieux apprécier ses précédents films.



[Article également disponible sur Culturopoing]

mardi 2 octobre 2007

Sexy Party !

On n'a pas oublié le diablotin j'espère ? Bon. Voici donc une nouvelle vidéo mettant en scène Stewie (Family Guy) dans la même veine. Vidéo du moment, on va dire !



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