dimanche 11 mai 2008
Par Pierre le dimanche 11 mai 2008, 19:51 - Fictions
AMF n'est plus tout à fait AMF passé la porte de son appartement. Si c'était bien son appartement. Et je n'en suis pas si sûr. Peut-être que c'était celui de l'autre fille. Ou n'importe quel autre en réalité.
Ce soir là, AMF ne m'a pas appelé, je ne l'ai pas appelée. C'est cette fille qui a utilisé son portable et s'est fait passer pour elle. Une adresse. Moi, j'y suis allé. Et j'ai ouvert la porte. J'ai trouvé cette fille qui n'était pas AMF, n'avait rien à voir avec elle. Elle ne m'a même pas souris. Elle a seulement dit un truc, j'ai oublié quoi, et puis elle poussé son corps contre la porte et moi au milieu et elle m'a mordu la lèvre en m'embrassant. Elle avait la peau brûlante, il commençait déjà à faire très chaud dehors. Elle avait juste un débardeur par dessus et un petit short qui la serrait à mi-cuisses.
AMF de retour bien après qu'il ait commencé à faire nuit. Elle ne s'étonne pas de me trouver là, chez elle, devant elle, entre la fille qui vit chez elle et elle. Elle a peut-être dit un truc, j'ai oublié quoi, et puis elle s'est retournée, à défait ses chaussures, ses pieds dessous étaient rouge, et puis elle a simplement dit : Ambre. En réaction, la fille a glissé jusqu'à elle, elle était en soutif, et elle s'est collée dans son dos, elle lui a défait la fermeture de sa robe qu'elle avait dans le dos. Je me suis dit après coup que Ambre, c'était probablement son nom à l'autre fille. Ensuite, AMF s'est retournée, s'est enfoncée dans la salle de bain et a laissé couler le robinet de longues secondes. Elle est revenue les cheveux humides et elle s'est accoudé sur la rebord de la fenêtre. Elle s'est allumée une clope. Un peu plus tôt, avant qu'elle revienne, cette Ambre m'avait dit qu'elles n'avaient jamais fait l'amour ensemble, mais je ne sais jamais qui croire dans ces affaires. Et puis de toute façon je m'en fous.
AMF sur le rebord de la fenêtre : elle balance le mégot sans effort, elle se décolle de la bordure. Elle se retourne vers nous et nous on ne sait pas quoi lui dire. Sauf Ambre, qui lui demande : t'as perdu combien ? Et elle s'écarte complètement de la fenêtre, AMF : la paume ouverte, le pouce rabattu au centre de sa main. La chaise sur laquelle Ambre est assise n'arrête pas de grincer, on dirait un squelette qu'on déboîte de la tombe. Ensuite AMF nous passe devant comme des ombres, elle est en soutif elle-aussi. La chaleur ne la fait même pas transpirer : les gouttelettes d'eau qui lui roulent sur la peau, c'est l'eau du robinet qu'elle a du faire couler sur ces cheveux un peu plus tôt.
AMF ne nous a plus adressé la parole ensuite. Je l'ai juste vue longer le couloir, errer vers la porte, revenir. Elle s'est murée dans la cuisine ensuite. Je l'ai vue dans le reflet du miroir de l'entrée, elle a laissé la porte grande ouverte. Elle s'est collée contre la gazinière, elle a fait chauffé de l'eau. Elle a eu un mouvement de recul quand elle a laissé tomber le sachet de riz dans la casserole.
J'ai demandé à Ambre quel était le problème. Qu'est-ce que j'en sais, moi, elle m'a répondu, comme si elle ne savait rien. Et puis elle s'est allongée dans la largeur du canapé et elle m'a dit : oublie.
vendredi 4 janvier 2008
Par Pierre le vendredi 4 janvier 2008, 16:43 - Fictions
J, la suite : ça fait plus d'une semaine à présent. D'abord,
AMF ne m'a donné aucune nouvelle. Pas un coup de fil, pas même un texto, que dalle. Un peu énervé, pour le coup, énervé après elle qui me traîne dans un truc et après n'est même pas foutu de me tenir au courant. Et puis résigné, après avoir eu ces fameuses nouvelles, parce que rien de nouveau, et rien qui avance et personne qu'est capable de dire clairement si c'est lui ou si c'est pas lui, s'il est là ou plutôt ici. Personne.
Alors bien vite, je me suis retrouvé avec cette série de photos de ce J dont je ne connais rien, je sais pas exactement combien, peut-être une centaine, peut-être plus, des photos à montrer à ceux qui seraient susceptibles de, et puis en afficher dans les commerces et les scotcher contre les lampadaires et sur les murs, genre « avez-vous vu cet homme ? ». Ce gamin, je serais tenté de préciser.
AMF, j'ai failli lui dire : maintenant ça suffit les conneries, préviens les flics et puis basta. Mais je savais pertinemment que, peu importe ce que
elle elle m'aurait répondu, j'aurais fini perdant dans l'histoire. Alors j'ai fermé ma gueule. Pour une fois.
Le premier au soir, lendemain d'un réveillon anecdotique (boulot, boulot, boulot), AMF m'a rappelé, nerveuse et acide, pour me dire de la rejoindre au parc de Bercy, qu'il y avait une piste là-bas. Là, en revanche, je ne me suis pas retenu, je l'ai envoyée se faire voir. Parce que ça commençait à bien faire et que ça suffisait les conneries. Les mêmes trucs qu'
avant, sauf que cette fois j'ai réussi à les dire. Comme je l'avais anticipé, je me suis fait envoyer chier. Parce qu'AMF, elle me disait que ça faisait une semaine qu'elle dormait plus, qu'elle avait sacrifié plusieurs parties importantes, qu'elle partageait son appart minuscule avec cette femme que j'avais vu l'autre soir et qui était peut-être la mère du gosse et que ce mois-ci elle était dans le rouge et dans la merde aussi. Alors pas question pour moi de jouer aux égoïstes de base et ainsi de suite, tout ça pendant plus d'un quart d'heure. Et à la fin du monologue, quoi dire sinon : « où est-ce que tu veux qu'on se rejoigne » ?
Au parc de Bercy, depuis quelques jours, il se passe des trucs. Genre : les Don Quichotte mais en un peu moins médiatique. Et puis surtout : les flics tout autour mais pas (encore ?) d'affrontements ou de charge des CRS. On commence à en parler dans les journaux : c'est tout neuf encore.
Au parc de Bercy, arrivée vers sept heures et quelques, la nuit déjà tombé et le froid par dessus : des dizaines et des dizaines de souffles gris figés dans les airs tout autour. On a passé les cordons de CRS tant bien que mal, quelques caméras et micros autour mais comparé à l'ampleur du truc : relativement peu en fait. Sur place, je me suis rendu compte que c'était pas exactement comme les Don Quichotte. Un peu José Bové sur les bords aussi. Plus une conscience écolo, en tout cas. Et des tentes un peu partout et des visages fermés qui errent. Nous au milieu d'eux et nos photos qu'on distribuait à tour de bras. Peut-être que c'était pas à ça que j'étais censé penser, mais je me suis furtivement demandé qui avait payé l'impression de toutes ces photos...
Le responsable du « camp » : pas moyen de le rencontrer, malgré les sanglots de cette femme, prétendue mère du gamin. Visiblement, ce type, le responsable, « il a un grain », comme j'ai entendu quelques échos le murmurer, sans d'ailleurs trop savoir d'où ils venaient, exactement, ces échos. Alors on a juste continué à distribuer nos
flyers, et nos photos avec, et nos coordonnées aussi, histoire d'être joignables juste au cas où. Mais J, ce type invisible dont j'ignore le nom : pas une trace. A croire qu'il n'est pas passé par ici. Ni ici, ni le parvis de Notre Dame, ni rien. Parce qu'avec tous les paumés qu'a croisé AMF, avec tous les
paumés qui savent des trucs qui pourraient nous servir qu'a croisé AMF, on aurait dû au moins avoir une piste. Au moins. Et si on rentre bredouille, comme elle me l'a dit d'ailleurs avant que l'on se quitte dans les couloirs de métro, c'est probablement parce qu'il ne veut pas qu'on le retrouve. Et en me disant ça elle n'a pas sourcillé, pas tremblé, ni rien. Juste : sa voix glacée dans les courants d'air sec. Résignée.
mardi 25 décembre 2007
Par Pierre le mardi 25 décembre 2007, 21:14 - Fictions
Première fois que je devais bosser les jours du 24 et du 25 décembre, mais pas question de m'en plaindre : c'est moi qui l'ai choisi. Pas tellement par amour de mon boulot (les hôtels pendant ces périodes, surtout là-bas, c'est l'horreur), mais par lâcheté : fuir les fêtes de fin d'année. Fuir les fêtes religieuses. Fuir le coup de fil de ma mère le 25 au matin pour me souhaiter un joyeux Noël amère. Pire : fuir la possibilité que cet appel ne se produise pas. Depuis septembre dernier, je ne l'ai eu qu'une fois au téléphone, sèchement. C'est compliqué.
Rentré hier à huit heures et quelques et un sandwich avalé en sortant du boulot, voilà pour mon réveillon. Et drôle de surprise que de voir AMF, les bras croisés et la tête aspirée dans le col de son manteau, recroquevillée, appuyée contre le mur, devant chez moi. Pas le temps de se dire un « salut, qu'est-ce tu fais là, joyeux Noël » de circonstance qu'elle me reproche d'avoir éteint mon portable. C'est vrai : mon portable en off toute la journée au boulot et pas rallumé depuis. Par oubli ou parce que comme ça pouvait me permettre de fuir les appels suspects, j'ai pas encore tranché. Qu'est-ce tu fais là, je finis quand même par lui demander, mais AMF, elle me répond juste : ouvre, on caille ici, on monte chez toi. Alors j'ouvre, parce qu'effectivement on caille ici, et on monte chez moi. Et même pas le temps, pris dans la continuité de ces mouvements là, de me rendre compte que c'est la première fois qu'AMF met les pieds dans mon appart.
Une fois à l'intérieur, pas le temps de lui faire visiter (et lui faire visiter quoi ?) : elle sort de l'intérieur de son manteau ce que je prends d'abord pour un cadeau de Noël mais je suis naïf. Elle me tend le truc, c'est une VHS noire avec l'inscription, sur la tranche, sur l'étiquette : « Des racines et des ailes, Vallée des rois ». Je lui ai demandé ce qu'elle voulait que je fasse d'un truc pareil, à AMF, et elle m'a répondu de me bouger et de la mettre dans le magnéto. Sauf que, et c'est ce que je lui ai dit, moi, ici, j'ai pas de magnéto. Juste une petite télé qui déconne et que je regarde une fois par semaine à peine. Alors AMF a dit « merde, putain, tu pouvais pas le dire plus tôt » et elle m'a traîné dehors cette fois et on a terminé dans l'un des bars du boulevard Arago, un de ceux qui avait un magnéto à disposition et qui voulait bien nous le prêter parce qu'AMF connaît tout un tas de gens dans tout un tas d'endroit incongru. En l'occurrence : un restaurant chicos et bondé, La Girondine.
Ce qu'on a vu sur l'écran : rien à voir avec ce qu'indiquait l'étiquette. Un bout du Soir 3 daté du quinze décembre dernier. Le reportage sur l'évacuation musclées des Don Quichotte par la police. Et sur des images de foule, rassemblée sur le parvis de Notre Dame, AMF met sur pause et me montre du doigt le visage d'un type qu'on voit passer devant la caméra. Cinq secondes, ça dure, pas plus, mais en me montrant le visage de ce type, qui n'est peut-être qu'un gamin, à peine majeur et encore, AMF a les larmes aux yeux. Un quart de seconde, ça dure, mais je le remarque. Et son doigt toujours sur l'écran, elle me dit : J s'est tiré de chez lui depuis plus d'un an et c'est la première fois qu'on l'aperçois quelque part. Et elle ajoute, comme pour me montrer qu'elle est sûre d'elle : je sais que c'est lui, je l'ai reconnu.
Pas une seule fois AMF ne m'expliquera qui est J. Bien trop vieux pour être son fils, bien trop jeune pour être un ancien petit ami. Un frère, peut-être, un ami ? Pas une fois elle ne me laissera le choix de l'accompagner ou non, d'ailleurs. Et c'est vrai que la question ne se posait pas. Moins d'une demie heure plus tard, on était sur le parvis de Notre Dame et on montrait des photos aux gens. Une femme d'une cinquantaine d'années nous avait rejoint. AMF ne me l'a pas présentée, je ne sais pas qui elle est. Toute la soirée à chercher J ou des gens qui étaient susceptibles de l'avoir croisé ou côtoyé. Et pas une fois durant toutes ces recherches on ne m'a expliqué qui était J ni même quel était son prénom. Comme si, dans tout l'entourage d'AMF, les gens n'étaient plus des noms ou des prénoms mais seulement des lettres.
Je sais plus exactement quelle heure il était quand on a renoncé. Trop froid, trop de monde et des métros à rattraper. Recherches infructueuses. Aucune piste. Mais AMF a bien obtenu d'un des marchands ambulants qu'il y a, pas loin, qu'elle rencontrerait un autre type visiblement connaisseur du quartier et des paumés qui y transitent, tout ça le lendemain. Le lendemain : c'est à dire aujourd'hui. A l'heure où j'écris ces lignes, et je viens juste de rentrer du boulot, AMF ne m'a pas recontacté ni tenu au courant...
lundi 5 novembre 2007
Par Pierre le lundi 5 novembre 2007, 20:44 - Fictions
Je disais
la dernière fois qu'il me faudrait un jour consacrer quelques lignes à AMF. Je suis resté bloqué devant mon écran blanc tout le week-end sans parvenir à percer cette carapace qui se présente à moi. Comme une sorte d'incapacité à pouvoir plaquer sa personne, son histoire, elle quoi, sur des mots. Comme une sorte de blocage qui m'empêcherait, peut-être par pudeur, peut-être pas, de parler d'elle. Et pourtant je me force à le faire, peut-être parce qu'au fond de moi, je suis persuadé que c'est ce qui me permettrait de mieux comprendre qui elle est. Non pas en tant qu'individu, mais bien dans son rapport à l'autre, dans son rapport à moi.
Pour revenir le jour où pour la première fois j'ai aperçu sa silhouette, il faut aussi légèrement revenir en arrière, d'un an environ (c'était en novembre, en décembre peut-être, je ne sais plus exactement), je travaillai alors à l'hôtel Kyriad depuis quelques semaines, c'était aux environs de Paris, pas si loin de chez moi d'ailleurs, je n'avais pas encore commencé à collectionner les objets trouvés non-réclamés et Nicolas Sarkozy n'était pas encore président. Et lorsque je l'ai vue passer, AMF, le dos bien droit, à tirer une petite valise à roulette derrière elle, je savais que je la connaissais déjà, que je l'avais déjà aperçue (cet épisode est donc tronqué : ce n'était pas pour ainsi dire la
première fois que je la voyais, mais on m'aura compris), quelque part, pas très loin de chez moi d'ailleurs. Mais cette fois-ci, quelque chose s'y est accroché et je me suis dit, tout simplement, que cette ombre là était belle. Ses cheveux longs et lisses dans son dos. Son buste était rouge ; sa robe, superbe.
Deux ou trois jours plus tard, on partageait ensemble une banquette de RER, puis de métro, parce qu'elle rentrait dans le treizième elle aussi, peut-être même qu'elle y vit, et puis on s'est laissé là, Place d'Italie, moi dans en transit pour autre ligne et elle, je ne sais pas vraiment où. C'est lors de ce trajet là, ce voyage gris d'après boulot, qu'elle a dit cette phrase qui depuis n'a plus bougé de l'intérieur de ma tête : « hier soir, j'étais un homme, tout change dans ce métier, tout arrive, à la vitesse de n'importe quoi ». Je n'ai jamais vraiment su ce que ça voulait réellement dire, pas su non plus de quel métier elle parlait, pas su réellement si elle pensait sincèrement que cette phrase voulait dire quelque chose. Et pourtant elle est restée. Mot pour mot. Elle n'a pas bougé. En revanche, je suis désormais bien incapable de pouvoir me souvenir de ce que moi, par la suite, j'ai répondu.
Lorsqu'elle est passée devant moi pour la fausse première fois, elle m'a regardé et pourtant ne m'a pas vu. J'étais derrière le comptoir, elle a regardé à travers moi et ne m'a donc pas vu sourire mon plus beau
sourire Hôtels Kyriad bonjour, que puis-je pour vous. Elle avait perdu un bracelet, une gourmette frappée du prénom Daniel, Daniel au masculin, et elle entendait bien qu'on le retrouve. Puis elle s'est écartée, me laissant parler dans le vide, et elle a fait demi tour, suivie de près par sa petite valise à roulette. On a finalement retrouvé la gourmette en question, que je lui ai remis en main propre deux ou trois jours plus tard avant de rentrer ensemble sur Paris.
Je n'ai joué qu'une seule fois au poker avec AMF, c'était un soir, c'était au Couleur Café je crois, et ça n'a duré qu'un quart d'heure peut-être. Je n'ai jamais réussi à faire illusion : j'y ai laissé ma chemise, et ce dans tout les sens du terme. C'est AMF elle-même qui a mis fin à la partie jugeant qu'à deux, ce n'était pas assez marrant. J'ai tendance à penser que ce qui n'était pas marrant, c'est que nous étions tous les deux d'un niveau trop différent, mais je sais qu'elle l'aurait dit simplement si cela avait été le cas. On a plusieurs fois eu l'occasion de rejoindre ensemble des parties, comme ça, pour s'amuser, avec quelques copains, mais elle a toujours refusé. J'ignore pourquoi exactement même si, comme tout le monde, j'ai ma petite idée.
AMF a une curieuse façon de réagir lorsqu'on la rencontre pour la première fois, j'ai eu l'occasion de le remarquer à mesure que je la présentais à certains de mes amis, connaissances ou voisins. Ce petit quelque chose qu'elle avait déjà dans la voix lorsqu'elle m'avait dit « hier soir, j'étais un homme, tout change dans ce métier, tout arrive, à la vitesse de n'importe quoi », sur le coin d'une banquette de RER.
Lors d'une situation typique de rencontres impromptues, je dirais par exemple : AMF, Jérôme, Jé, AMF. Et alors, on lui dirait : Aemef ? Et elle répondrait : Arjeen Mangel. Arjeen Mangel ? C'est quelle origine ça ? (Il faut bien commencer par quelque chose) Et elle répondrait : Comment ça quelle origine ? Et elle se retournerait, feindrait de l'ignorer et ne lui adresserait pas la parole jusqu'à ce qu'il daigne enfin l'appeler AMF, comme tout le monde. Et pourtant, à chaque fois, toujours la même chose : AMF qui se penche en avant, serrant la main du type (ou de la fille, ou lui faisant la bise, mais plus généralement lui serrant la main), les yeux à moitié écrasés, mais pas tristes ou fatigués pour autant, avec sa voix glacée qui dit, encore et encore, comme un slogan :
Arjeen Mangel. Mais qui l'appelle comme ça, en réalité ? Moi-même, je ne suis toujours pas sûr, un an plus tard, d'écrire son nom correctement.
Il y a quelques semaines, AMF m'a confirmé que c'était bien elle qui avait embrassé au rouge à lèvres cette toile blanche à Avignon et non cette Rindy Sam opportuniste qui en a retiré toute la gloire. Elle me l'a dit sur le ton de l'anecdote, sans réellement me regarder, relevant parfois les yeux puis les plaquant ensuite encore sur ses mains : elle battait des cartes.
Et AMF l'insaisissable, avec laquelle je n'ai jamais passé plus de deux ou trois heures de suite, parce qu'elle est toujours ailleurs, toujours « attendue quelque part », toujours en mouvement. Et impossible de la plaquer sur l'écran, sous les mots, comme je le craignais. Je ne sais même pas où elle habite, quelle âge elle a, ce qu'elle pense. Depuis un an je la connais, je la côtoie, je l'apprécie et pourtant je ne sais pas qui elle est.
dimanche 21 octobre 2007
Par Pierre le dimanche 21 octobre 2007, 13:52 - Fictions
Comme Victor s'est retrouvé sur Paris ces jours ci, il m'a appelé, on est allé boire un verre ensemble, ça faisait un certain temps que je ne l'avais pas vu (un, deux ans ? je ne sais plus). Victor est mon oncle, le frère de ma mère. Lui et moi, durant ma jeunesse, étions assez proche. Il m'a offert mon premier album de Rage Against the Machine. Ça n'a peut-être rien à voir, mais ça m'est subitement revenu.
On est allé boire un verre donc, à l'Alouette avant que ce soit trop plein mais après que les premières tables aient eu le temps de se remplir. Vraisemblablement, il venait de la Fnac, ou bien alors il se baladait juste avec un petit sac Fnac, je ne sais pas. Toujours est-il qu'à l'intérieur, il y avait un best-of des années soixante et je ne savais pas que Victor écoutait ce genre de musique. J'ai regardé quand il est allé aux toilettes. Peu importe.
Je disais donc que je ne l'avais pas vu depuis longtemps : il m'a donné quelques nouvelles de la famille, celle là même avec laquelle je n'ai plus guère de contact (ma mère, elle aussi, ne m'appelle plus, suite à une affaire que je raconterais peut-être un jour). Son fils rentre au lycée. Sa femme sera peut-être mutée, peut-être vont-ils quitter Bordeaux, ils ne savent pas encore. Dimanche dernier, c'est lui qui m'a appelé pour me demander si j'étais disponible. Je m'attendais donc à quelque chose, je ne sais pas, une nouvelle importante, une révélation, même une tentative détournée pour que je reprenne contact avec la maison mère mais non, rien, juste l'une de ces habituelles conversations pas réellement motivées par quoi que ce soit. Il ne m'a pas dit pourquoi il était à Paris cette semaine, pourquoi il ne travaillait pas, ne travaillait plus. Je ne lui ai pas demandé. J'ai pensé qu'il faisait une dépression, ou quelque chose comme ça, qu'il était en arrêt maladie. J'y ai pensé sur le chemin du retour, lorsque je suis remonté chez moi, mais c'était l'une de ces pensées subites sans fondement que l'on oublie instantanément sans trop de peine. Alors réellement, non, je ne sais pas, mais je pars du principe que s'il ne m'a rien dit, et bien, c'est qu'il n'avait pas envie d'en parler.
Il m'a dit qu'il était venu pour des affaires personnelles mais qu'il en profitait aussi pour aller voir quelques expos. Quelles expos, je lui ai demandé, mais il n'avait pas de nom en tête, ni de musée d'ailleurs. Je n'ai pas creusé la question.
C'est à ce moment là qu'AMF est arrivée, a mis les pieds dans le plat et lui a demandé s'il avait une maîtresse. Victor a rigolé, il a rougi, aussi, et puis il n'a pas pris la peine de répondre, peut-être parce qu'il pensait que ce n'était pas une vraie question (mais avec AMF toutes les questions sont des vraies questions). Il n'a pas répondu, donc. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu'il en ait une (de maîtresse), c'est ce que j'ai dit à AMF sur le chemin du retour. Mais il n'a pas non plus dit le contraire, elle a dit. Ce genre de petit jeu, ça peut durer longtemps.
Il faudrait, un jour, que je consacre quelques lignes à AMF, mais ça impliquerait que je raconte beaucoup de chose, le jour où je l'a rencontrée par exemple, et que je parle de mon boulot, aussi, ce que je ne suis pas disposé à faire pour l'instant, sans réel fondement d'ailleurs. AMF, c'est un peu la seule personne qui me donne envie de poursuivre cette vie grotesque, c'est ce qu'on peut dire pour résumer grossièrement. AMF, c'est aussi la seule personne que je ne sais pas par quel bout prendre. Et écrire sur elle, par conséquent, me poserait véritablement problème. C'est peut-être pour ça que je préfère fuir une occasion de le faire...
Bref.
On est resté quoi, là, tous les trois, à l'Alouette, à peine une heure, pas plus ? Mais j'ai trouvé Victor triste, amaigri aussi, l'air pas bien, l'air plus vieux. Difficile à dire ce que c'était ce truc qui le préoccupait. Et lorsqu'on s'est fait la bise, à la fin, qu'il est parti, qu'il s'est éloigné, j'ai failli lui dire : lui demander ce qui n'allait pas, lui demandait pourquoi il fallait absolument qu'on se voit. Et puis, je ne sais pas si c'était à cause de la présence d'AMF (pourquoi d'ailleurs ?) mais je n'ai rien dit, je me suis juste contenté de lui faire la bise et de lui dire à la prochaine, ce genre de conneries habituelles, et puis il est parti. Et nous aussi, on est rentrés, voilà. Et j'ai oublié de dire à AMF que c'était Victor qui m'avait offert mon premier disque de Rage Against the Machine. Comme si c'était important, hein...
dimanche 19 août 2007
Par Pierre le dimanche 19 août 2007, 15:32 - Fictions
Je me suis réveillé en sursaut il y a quelques jours (peut-être une semaine), allongé sur ce canapé que j'ai récupéré il y a quelques semaines, réveil vraisemblablement causé par l'inconfort lié à ma position dans le dit canapé, mon bouquin de Pascal par terre, j'avais du m'endormir en le parcourant. En le récupérant j'ai remarqué au hasard de la chute que mon livre s'était ouvert sur cette phrase, probablement soulignée par ma grand-mère, propriétaire du livre avant moi :
Qui ne hait en soi son amour-propre et cet instinct qui le porte à se faire Dieu, est bien aveuglé. Qui ne voit que rien n'est si opposé à la justice et à la vérité ? Car il est faux que nous méritions cela ; et il est injuste et impossible d'y arriver, puisque tous demandent la même chose. C'est donc une manifeste injustice où nous sommes nés, dont nous ne pouvons nous défaire, et dont il faut nous défaire.
Il est difficile de pouvoir parler de silence lorsqu'on parle de mon appart : les bruits incessants de la rue, je m'y suis vite fait, ils n'existent plus vraiment pour moi. Mais ce soir-là il y avait autre chose. J'ai entendu quelqu'un pleurer. Ça ne pouvait pas venir de chez moi (j'étais seul), et je voyais mal comment cela pouvait venir du palier d'à côté, sachant que mon voisin est un vieux monsieur plutôt taciturne et que ces sanglots-là me semblaient plutôt féminins. L'étage du dessus, probablement.
Ces pleurs je m'en suis désintéressés par la suite : j'étais crevé et potentiellement bloqué au niveau du cou des suites de mon roupillon inopiné sur le canapé. Bref je suis allé me coucher. Je ne sais plus quelle heure il était, j'ai simplement posé Pascal, déplié le canapé et j'ai éteint la lumière.
Un peu plus tard dans la nuit ça a recommencé. A quelle heure, je n'en sais rien, probablement après trois heures. Toujours est-il qu'après ce nouveau réveil, je n'ai plus pu me rendormir. Qu'un connard klaxonne devant ma fenêtre ou que des abrutis gueulent jusqu'à sept heures du mat' je m'en accommode sans difficulté, mais qu'une bonne femme chiale toute la nuit le nez collé au plancher à l'étage du dessus, ça, je ne le supporte pas. J'ai donc rallumé la lumière et je me suis levé. Après tout ça pouvait être n'importe quoi : une dépression, qui pouvait potentiellement mener à une tentative de suicide, une prise d'otage, une femme battue, une lente agonie mortelle, une secte, un truc comme ça. Pendant un moment, une fois engagé dans l'escalier, j'en suis même venu à croire qu'il s'agissait en fait d'un petit animal ou quelque chose comme ça. La nuit, les sons se déforment, et mon état moyennement frais devait sans doute favoriser cette espèce de déformation sonore...
Une fois arrivé sur le palier de l'appartement geignard, j'ai failli frapper et puis je me suis ravisé. Je me suis découvert, pieds nus, en caleçon, sur le paillasson de cette personne que je n'avais probablement jamais vue pour lui demander d'arrêter de pleurer. Quel genre de type fait ce genre de chose ? J'ai quand même risqué une oreille contre la porte pour vérifier que cet appartement était le bon ; apparemment oui, mais la voix que j'ai entendu à ce moment-là me paraissait plus masculine que précédemment. Je n'ai pas donc su quoi en penser, et ça ne s'est pas amélioré depuis.
Je ne sais toujours pas, à l'heure actuelle, qui a pleuré cette nuit là juste au-dessus de chez moi. Le/la pleureur/euse n'e s'est pas manifesté depuis et je n'ai toujours pas croisé celui ou celle qui vit dans cet appart.
Toujours est-il que cette nuit-là (et, soit dit en passant, je ne sais pas réellement pourquoi je raconte cet événement mais qu'importe), je n'ai pas réussi à me rendormir. Au boulot, le lendemain, je crois que ça s'est vu...
mardi 10 juillet 2007
Par Pierre le mardi 10 juillet 2007, 23:54 - Fictions
Je n'avais pas prévu d'écrire quoi que ce soit aujourd'hui. Je savais que je finirais par poursuivre mes confessions internautiques, mais je ne croyais pas avoir ni le temps ni l'envie de m'y remettre avant au moins plusieurs semaines. Il y a beaucoup de choses qui ont changées dans ma vie depuis ma rupture d'avec Félicia et le fameux coup dans le tronche que j'ose qualifier de « fondateur »... Par quoi commencer ? Par quel bout prendre cet incoercible sac de noeud ? Commençons simplement et voyons ce qui en découle...
La raison pour laquelle je me suis jeté sur le clavier aujourd'hui n'a rien à voir avec le besoin persistant de vouloir mettre les choses à plat, car que les choses soient bien claires, je ne veux pas faire face à mon passé. Ces petits textes mis en ligne anarchiquement ces derniers temps n'ont pas pour vocation à exorciser mes fantômes de l'année dernière. Si je dois regretter mon comportement passé, je ne m'y prendrais pas de cesse façon, autant être clair d'entrée de jeu. La raison pour laquelle je me suis remis à bloguer sont plutôt liées aux détails accablants de la vie pratique : le fait est qu'aujourd'hui je ne travaille pas et que AMF (un jour, sans doute, il me faudra écrire sur elle) m'a planté cette après-midi. Je me suis donc retrouvé nez à nez avec mon vieil ordinateur portable, seul, dans mon petit 13m².
J'ai cogité mon projet de nouvelle vie durant les deux mois d'été de 2006. Je ne sais pas vraiment quand c'est devenu clair à mes yeux, ni même quand j'ai enfin eu les couilles de me lancer dans le truc, mais toujours est-il que je quittais Bordeaux, en toute discrétion, grosso modo entre le 20 et le 30 août. Je ne bossais plus dans la librairie de Melville depuis un bon mois déjà, et les trois premières semaines d'août, je les avais occupées à me débarrasser de la quasi intégralité de mes affaires. Une à une j'ai vendu (ou, parfois, donné) mes choses, mes objets, mes affaires. Je n'ai rien gardé, hormis les quelques vêtements que je ne détestais pas, mon téléphone portable, un exemplaire des oeuvres complètes de Pascal en Pléiade offerte par ma grand-mère pour mon bac et que je n'avais jusqu'alors jamais eu le courage d'ouvrir et deux petites boites d'allumettes que j'ai emportées sans m'en rendre compte. Le reste, tout le reste, voiture comprise, je m'en suis débarrassé. Il m'a fallut trois semaines en tout pour vider intégralement mon ancien appart, que j'ai également laissé. En tout, j'ai obtenu très exactement 5863€ de cet autodafé privé. 5863€ : ce petit pactole, c'est le prix de mon ancienne vie. Ce type que j'étais, il valait 5863€.
J'ai commencé à dilapider le dit pactole de suite en achetant un aller simple pour Paris. Je ne savais pas exactement où je voulais vire, alors j'ai pris la première destination disponible. Paris, c'est une ville que je ne connaissais pas, mais je me suis dit qu'en transitant par la capitale, il me serait d'autant plus facile de rejoindre n'importe quelle ville de France. Paris, c'était mon portail pour ma nouvelle vie.
Arrivé gare de Paris Montparnasse, finalement, je n'ai pas transité. Je suis resté. Je ne sais pas exactement ce qui a motivé ma décision. Peut-être que justement, je suis resté parce que je ne parvenais pas à comprendre ce qui me motivait. Il n'y a pas eu de décision. Le truc s'est imposé de lui-même.
J'ai pris le métro sans savoir dans quel sens je devais aller. Je n'avais pas à proprement parler d'endroit vers lequel me diriger. Je suis donc monté dans un des wagons. Je suis descendu au moment où beaucoup d'autres usagers descendaient et j'ai repris une autre ligne, au hasard, jusqu'à son terminus. Je suis remonté à la surface, j'ai découvert Paris, en plein milieu du 13e arrondissement. J'ai tourné un peu, je suis allé boire un verre et j'ai trouvé un hôtel, le moins cher, dans lequel passer la nuit et utiliser encore un peu mes 5863€. Je me rappelle avoir vaguement pensé que, peut-être, après tout pourquoi pas, une fois mon pactole intégralement dilapidé, je pourrais commencer à être celui que je rêvais d'être...
Il m'a fallu trois jours pour trouver un appart, celui dans lequel j'écris ces quelques lignes. Trois jours à vagabonder, à téléphoner à droite à gauche, à visiter des carrés minuscules hors de prix. Jusqu'à ce que je le trouve. 13m² pour 434€ de loyers. De quoi épuiser mon pactole en un an à peine. Il était parfait, c'est à dire qu'il était libre et qu'il était vide. Je me suis installé de suite. La première nuit, j'ai dormis sur deux espèces de coussins achetés chez un brocanteur du 13e quelques heures plus tôt.
Par la suite, j'ai étoffé mes possessions en investissant dans un sommier, un matelas, un petit frigo et une bouteille de shampoing qui fait aussi gel douche.
A ce stade de mon histoire, on est environ fin août, début septembre.
mardi 12 juin 2007
Par Pierre le mardi 12 juin 2007, 21:43 - Fictions
Je ne pensais pas un jour réécrire dans ce blog. D'ailleurs petit à petit je crois que je m'étais inconsciemment permis de l'oublier. Plus pratique de faire comme ça. A vrai dire, lorsque j'ai tapé l'adresse plus ou moins par hasard et par ennui, tout à l'heure, dans la barre de mon navigateur, j'étais convaincu qu'il avait disparu, que l'hébergeur l'avait purement et simplement supprimé de son espace disque. Je me suis trompé.
En errant au beau milieu de mes vieux articles, je me suis aussi rendu compte que le dernier à avoir été mis en ligne portait la date du 12 juin 2006, il y a un an exactement. Cette coïncidence combinée à la surprise de trouver le blog toujours en activité m'a donné envie d'écrire un petit quelque chose. Il ne s'agit pas de reprendre mon activité de blogueur là où je l'ai laissé. Je n'ai pas envie de m'engager à poursuivre ce simili journal intime. Il est d'ailleurs possible que cet article miraculeux soit aussi mon dernier. Quoiqu'il arrive, je doute que cela intéresse qui que ce soit. Je pense même que le peu de visiteurs qui s'étaient échoués ici l'année dernière ont depuis complètement désertés le navire. Ce n'est peut-être pas plus mal. Je crois que je préfère parler à un mur pixelisé qu'à une foule potentielle d'anonymes.
Pour le coup j'abandonne le pseudonyme imbécile que je m'étais trouvé lors de la création du site et je récupère mon prénom naturel. Ce n'est pas une question d'honnêteté, c'est une simple considération esthétique.
En un an de nombreux changements ont eu le temps de s'opérer dans ma vie. Aujourd'hui j'ai 28 ans, je ne vis plus à Bordeaux, et je ne travaille plus dans une librairie. Je n'ai plus aucun contact avec ma famille (ou si peu) et je ne vois plus aucun de mes anciens amis. Félicia n'est plus pour moi qu'un nom comme les autres qui ne m'évoque rien sinon quelques souvenirs, parfois douloureux, parfois agréables, souvent inconsistants. Lola demeure cette image vivifiante que j'ai toujours gardée en moi et adorée plus ou moins consciemment mais je m'efforce de ne pas penser à elle. Je ne suis plus la personne que je m'étais habitué à être vingt-sept années durant. Je suis comme qui dirait en reconstruction. Il m'a fallut un an pour en arriver là, un peu moins peut-être, mais le processus n'est pas encore achevé.
Je me contenterai d'évoquer l'élément déclencheur d'une telle révolution. Car il s'agit bel et bien de révolution. Revenons donc un an en arrière. J'ai encore 27 ans, je vis encore à Bordeaux et Félicia signifie encore quelque chose à mes yeux. Je ne sais plus exactement quel jour on est, mais je sais que ça se passe quelque part entre le quart de final de la France contre le Brésil et la finale perdue contre l'Italie. On a les moyens mémo-techniques qu'on peut.
Félicia et moi, on ne s'est pas beaucoup vus pendant la coupe du monde. Les matchs, certes, ainsi que le laisse supposer mon dernier article, mais ce n'est finalement pas de cela dont il s'agit. Disons simplement que les circonstances nous ont conduits à rester chacun de notre côté. Le boulot, quelques soucis familiaux, ce genre d'emmerdements tout à fait anodins. Toujours est-il que lorsque l'on s'est revu « pour de vrai », un soir, une soirée rien que pour nous, censée être agréable, quelque part entre le quart de final contre le Brésil et la finale perdue contre l'Italie, c'était aussi la dernière fois qu'on se voyait en tant que couple. Ces trucs là ne se prévoient pas.
J'avais rendez-vous chez elle et de là on était censé vagabonder au gré de nos envies. Finalement on est resté dans son appartement. On a discuté, de tout et de rien, on a commandé une pizza ou quelque chose comme ça, peu importe. Le truc à savoir, c'est qu'on a discuté. Et que dix minutes plus tard je lui ai écrasé mon poing contre la gueule. Non, pas exactement mon poing, en fait. L'intermédiaire entre la main tendue, paume en avant, et le poing fermé. Une posture intermédiaire. Qui s'est écrasé contre sa pommette, son nez, son oeil, aussi, peut-être. Je ne lui ai pas cassé le nez, je ne l'ai pas fait saigner, je ne suis même pas sûr de lui avoir laissé un bleu. D'ailleurs je ne suis pas quelqu'un de violent. Je ne me suis jamais battu plus que ça. Et jamais je n'ai frappé une femme. Avant ce soir. Et je ne le regrette pas. Pas pour le geste en lui-même bien sûr, ni même pour ses conséquences directes sur Félicia, mais pour les conséquences à long terme qu'il a entraîné. Lui filer un coup comme ça, de cette façon-là, à ce moment-là, je crois que ça équivalait pour moi à en recevoir un. Le choc a été identique.
Il va de soit que Félicia m'a demandé de partir. Elle me l'a demandé très calmement, sans élever la voix, sans s'énerver, de cet oeil glacial qu'elle a parfois quand elle sait que ça me met hors de moi. Sans autre forme de discussion. Tant mieux, je n'en cherchai pas. Je suis parti. Nous ne nous sommes pas reparlé depuis. Une fois je l'ai croisée après cet événement, lorsqu'elle est passé chez moi me rendre quelques affaires, mais on ne s'est pas échangé le moindre mot.
Je ne vais pas expliciter ici les raisons d'un tel geste. Peut-être le dirai-je un jour, mais pas aujourd'hui. Je pense d'ailleurs qu'un lecteur suffisamment attentif pourra le déduire d'après mes anciens articles et mes anciens états d'âmes étalés ici même. L'important, ce n'est pas l'évènement en lui-même mais les bouleversements qu'il a entraîné.
Difficile de dire exactement ce que j'ai ressentis à ce moment-là. Peut-être que c'était du soulagement, peut-être aussi que c'était de la peine ou de la douleur. De la douleur, j'en ai certainement eu, une douleur lancinante dans la main droite pendant plusieurs jours après le coup, mais dans la tête, non, rien, aucune douleur psychologique ou peu importe ce que ça peut être. Aucun choc concernant le fait que le visage que je venais de frapper était celui d'un individu, d'une femme. Pour moi, à ce stade-là de mon évolution personnelle, ça aurait aussi bien pu être un mur, une porte, ou autre chose, ça n'aurait rien changé.
Je crois simplement que la simple décharge physique que j'ai ressenti, celle-là même qui canalisait une colère enfouie depuis longtemps, a fait ressortir beaucoup de ce dont je ne soupçonnais même pas l'existence et que j'aurais du mal à nommer. Je crois qu'à ce moment-là, le moment précis mais aussi les instants qui ont directement suivis, j'ai compris l'évidence : ce type que j'étais devenu, je le détestais purement et simplement. Et pas parce qu'il frappait une femme, non, mais parce je n'étais pas capable de trouver dans ma vie un instant aussi émotionnellement intense que celui-là. Si j'avais du mourir ce jour-là, la seule chose valable que j'aurais retenu, ça aurait été ce coup de poing dans la gueule de Félicia. Même mon histoire avec Lola – histoire qui n'en était pas une – ne pesait rien en comparaison. Et c'est là que ça m'a frappé, que ça m'a frappé moi, pour le coup : je n'étais rien. Mon existence s'était simplement laissé couler au fur et à mesure que les jours s'emboîtaient les uns dans les autres. Et j'ai flippé. Parce que je savais que je ne voulais pas être ce type que j'avais pourtant toujours été.
De retour chez moi, j'ai appelé un à un les gens que je considérai jusque-là comme mes amis. Je leur ai demandé ce qu'il pensait de moi ; dis n'importe quoi, je leur ai demandé, dis ce qui te passe par la tête. Et quand j'ai raccroché j'ai su qu'il fallait que je dynamite ce type-là. Ce que je m'efforce toujours de faire, presque un an plus tard. Le processus n'est pas encore achevé, mais il est en marche. Parce que se dynamiter soi-même, mine de rien, ce n'est pas évident.
Je ne sais pas exactement pourquoi j'ai tenu à mettre cette histoire sur le papier (et sur ce blog). Peut-être que de cette façon, je suis arrivé à fixer ce sur quoi je pensais ne pas avoir de prise. Ou peut-être que c'est autre chose, peut-être que c'est pour me forcer à aller au bout de mon raisonnement... Ça se pourrait. Mais je n'en sais rien. Cet article est peut-être mon dernier. Si je trouve un quelconque intérêt à poursuivre l'expérience blog, j'y reviendrai peut-être, mais sinon... oui, cet article risque bien d'être mon dernier.
lundi 12 juin 2006
Par Guillaume Vissac le lundi 12 juin 2006, 13:43 - Fictions
Pour certains, ça pourrait sans doute paraître génial, et quelque part, je le croyais aussi mais en fait on se trompe : c’est abominable (il est évident que je ne parle pas d’une réelle overdose, c’est une façon de parler, je préfère mettre les choses au point dès le début !). Ca a commencé vendredi, juste après la cérémonie d’ouverture. Je veux bien sûr parler de la Coupe du Monde en Allemagne, qui vient juste de débuter. D’ordinaire, j’aime bien regarder des matchs de foot à l’occasion, sans pour autant en être fan. Mais j’ai découvert que Félicia, elle, était réellement fan de foot. On rejoint donc l’entame de ce billet : certains peuvent penser que c’est génial d’avoir une copine qui aime le foot, mais ce n’est pas du tout le cas.
Au début, pourtant, ça se passait bien : un match sympathique, vivant et agréable (Allemagne – Costa Rica) et une soirée passée en ma compagnie, loin des écrans de télé. Et puis ça a commencé à se gâter par la suite. Peu importe le niveau des équipes retransmises (et c’était parfois douteux), Félicia voulait à chaque fois voir le match, ajoutant que « on sortirait un autre jour ». Au début, ça passait encore, jusqu’à ce que je me rende compte que « un autre jour », ça voulait dire pas avant un mois.
Mais qu’on ne me comprenne pas mal : j’aurais adoré partager des moments de supporter des bleus avec elle mais soyons honnête, le destin footballistique de l’Angola, du Paraguay ou de Trinité et Tobago, je n’en ai rien à foutre ! Mais pas elle. Pour elle, peu importe qui joue, il faut regarder, il faut apprécier le beau jeu, même quand il n’y en a pas. C’est donc on ne peut plus fatigant, voire agaçant, surtout lorsqu’elle croit intelligent d’ajouter que « elle ne comprend pas, tous ces ex regardaient les matchs avec elle ». Tant pis pour moi, donc, mais je crois que je vais la laisser devant son foot à présent, à part peut être pour les matchs de l’équipe de France, de peur de faire réellement une overdose. Au passage, nulle doute qu’elle ne se serait pas privé d’un alléchant Australie – Japon si elle n’avait pas du travailler cette après midi… Ca fout la trouille…
lundi 29 mai 2006
Par Guillaume Vissac le lundi 29 mai 2006, 13:00 - Fictions
Samedi soir aura été le premier soir où je me serais servi de cette historie de « non-exclusivité » entre Félicia et moi (voire les précédents billets, pour ceux qui ne suivraient pas). Non pas que je l’aie prévu, bien évidemment, c’est arrivé comme ça, sans que je m’y attende, même si je n’ai pas non plus cherché à repousser l’opportunité qui s’est présentée à moi. Je ne sais d’ailleurs plus trop quoi en penser à l’heure actuelle, avec le recul… Je ne sais pas si cette histoire m’ennuie ou si je peux me permettre de faire comme si de rien était. Après tout, ce n’est pas moi qui en est eu l’idée de ce pacte de non-exclusivité, donc j’imagine que je n’ai pas grand-chose à me reprocher… Je ne sais pas…
Ca s’est en fait passé chez Bruno. Il nous avait invité, Félicia et moi, à le rejoindre chez lui dans la soirée, histoire de se faire une bouffe plus ou moins improvisée. Il m’a prévenu le matin pour le soir, et Félicia n’était pas libre. J’ai envisagé de ne pas y aller mais Félicia a insisté pour que j’y aille. Je ne dis pas que c’est elle qui m’a lancé là-dedans, bien entendu, c’est juste ce qui s’est passé. Au repas en question (assez sympa, il faut bien le dire, même si Bruno n’est pas un excellent cuistot), il y avait également deux collègues de Bruno et trois de ses voisins dans l’immeuble, apparemment invités de dernière minute. Et parmi ces voisins, il y avait Siam, une très belle fille d’environ vingt-cinq ans à première vue un peu timide. Le hasard voulait que je me trouve à côté d’elle pendant le repas, elle-même se trouvant entre moi et Bruno.
Je ne me rappelle plus très bien de quoi on a parlé pendant le repas ; la discussion partait un peu dans tous les sens et tout le monde parlait un peu de ce dont il avait envie de parler. Mais j’en ai appris un petit peu sur Siam, qui m’a dit qu’elle préparait un concours de je-ne-sais plus très bien quoi, peut être un concours de la fonction publique… J’ai un peu bu mais pas trop, elle n’a rien bu du tout et on a finit par sympathisé, c'est-à-dire qu’elle daignait sourire à mes blagues et que j’écoutais les anecdotes qu’elle me disait. Je ne pensais pas que ça irait bien plus loin. La soirée s’est terminée aux alentours d’une heure et comme l’appart de Siam était dans le même immeuble que celui de Bruno, c’est assez naturellement que je me suis laissé inviter.
On est resté à discuter une petite heure chez elle, à boire du thé spécialement préparé par elle-même (je ne suis pas trop fan de thé, mais je ne voulais pas le décevoir). Et puis, je ne sais plus très bien comment les choses se sont enchaînées, mais on s’est retrouvés à s’embrasser tous les deux. Elle m’avait dit un peu plus tôt qu’elle sortait d’une relation un peu délicate, j’imagine donc qu’elle ne cherchait rien d’autre que quelque chose de simplement physique. Je dois avouer que sur le moment, ça m’allait totalement. On a donc fait l’amour chez elle, quelque part dans son salon, à moitié sur son canapé et à moitié par terre, pour finir dans son lit.
Le lendemain, elle m’a gentiment fait comprendre que je pouvais lui laisser mon numéro, mais qu’elle ne promettait pas de m’appeler pour autant. Je lui ai dit que ce n’était pas grave, que je comprenais, que je ne cherchais rien de plus, moi non plus. Je ne lui ai pas dit que j’étais avec quelqu’un depuis plusieurs mois, sans doute par peur d’être mal jugé, ou quelque chose comme ça. On s’est quittés sur le pallier de sa porte et je suis rentré chez moi le dimanche matin. Je me rappelle avoir été discret en sortant de l’immeuble, par peur de tomber sur Bruno en fait. Je ne l’ai pas croisé. Je ne l’ai pas encore dit à Félicia. Je sais pourtant qu’elle s’en moquerait. C’est d’ailleurs peut être ça qui m’angoisse…
jeudi 18 mai 2006
Par Guillaume Vissac le jeudi 18 mai 2006, 13:29 - Fictions
Depuis mardi je me déplace sans voiture. Merci à ce petit bruit bizarre lundi et puis à cette panne à la con, à laquelle je n’ai rien compris, malgré les patiences explications du garagiste, ce n’est pas grave, je n’y connais rien en bagnole un point c’est tout.
Depuis mardi matin, donc, je vais au boulot comme beaucoup de monde, en transports en commun et ça m’emmerde. Ce n’est pas tellement que prendre les transports en commun soit emmerdant, ça n’est en fait pas plus ennuyeux que d’être enfermé dans sa voiture pendant les bouchons. Non, ce qui m’emmerde, c’est que ça va encore me coûter des sommes pas possibles, et qu’entre l’essence et les réparations diverses, contrôles fréquents et ainsi de suite, j’ai l’impression de passer mon temps (et mon argent !) à payer des factures liées de près ou de loin à l’entretien de ma bagnole.
A priori, elle devrait rester au garage jusqu’à la fin de semaine, donc ça va me travailler encore deux ou trois jours. Pour le moment, j’essaye de l’oublier un peu, d’autant plus que je ne bosse pas aujourd’hui. Je vais essayer de faire autre chose même si, je l’avoue, je n’ai strictement rien envie de faire à tel point que c’en est déprimant. Il ne fait pas beau, en plus, comme partout en France apparemment. Je vais rester chez moi et regarder la télé je pense. Comme ça je serai pathétique jusqu’au bout !
mercredi 3 mai 2006
Par Guillaume Vissac le mercredi 3 mai 2006, 21:17 - Fictions
Parce que des fois, il faut bien faire comme tout le monde, Félicia et moi, on avait décidé de partir quelques jours, « un de ces quatre ». Quoi de mieux qu’un week-end prolongé pour concrétiser ? Quoi de mieux que ce week-end, celui qui vient de se terminer ? On est donc partis, on a passé le week-end du premier mai ensemble.
On a pas trop discuté sur la destination. Il fallait que ce soit « sympa, pas trop cher, pas trop loin, pas trop moche, pas trop chiant ». On en est arrivé à Arcachon. C’est sympa, pas trop cher, pas trop moche et pas trop chiant. C’est donc parfait.
On s’est décidé un peu rapidement, parce que toute cette histoire de voyage a un peu été prise sur un coup de tête, jeudi soir. Il faut dire que depuis l’incident « non exclusivité », je m’étais mis en tête qu’il ne s’agissait que d’une histoire « à la con ». Pas sérieuse. Juste pour s’amuser. Juste pour le cul. Et voilà qu’elle me propose cette histoire de voyage. Enfin, non, pas de voyage : de « week-end prolongé ». C’est différent. Partir en week-end ensemble, même si ce n’est pas encore grand-chose, c’est quand même pas trop mal. C’est signe que notre relation évolue. Moi, je suis preneur. D’autant plus que j’avais très envie de passer ce week-end de trois jours avec elle.
On a donc tout organisé à la va vite, n’importe comment, payant certainement plus cher qu’on aurait dû, mais au final on s’en tape. C’était génial.
Samedi
On part vers neuf heures du mat. On a tout plus ou moins préparé la veille et Félicia est resté dormir chez moi avec ses affaires. C’était plus pratique. On part vers neuf heures du mat avec ma bagnole. C’est moi qui conduis. Pas la peine d’aller vite, pas la peine de se presser bêtement. Notre chambre est réservée pour le soir, ce qui veut dire qu’on va devoir passer le temps jusque là. Pas de problème. La journée est sympa, il fait beau, Félicia me raconte des histoires délirantes de clients qui foutent la trouille en rigolant, on écoute des CDs qu’elle a apportés. Le voyage est sympa.
On arrive sur Arcachon à temps pour manger. On se fait un petit resto qu’on choisit plus ou moins au piffe. La bouffe est sympa sans plus, mais à la limite on s’en fout. C’est la première fois qu’on mange au resto tous les deux et ni elle ni moi ne s’en rend compte tout de suite. C’est marrant, un peu naïf, de le réaliser et de se regarder mutuellement avec un peu de gêne et d’amusement. On se ballade dans Arcachon histoire de passer le temps. On boit un verre dans un bar. On va s’asseoir sur la plage et on regarde la mer. Quel cliché. On s’embrasse. Double cliché. Tant pis.
En fin d’aprem, on se rend à notre merveilleux hôtel « Maeva Orion » grâce auquel nous avons eu des réductions de dernières minutes (merci aux réservations sur le net !). La chambre est petite, mais ce n’est pas vraiment important. Un grand lit, une douche, une télé. On aurait même pu se passer de télé. Je prends une douche car il a fait chaud toute la journée et on va manger un morceau. Quand on revient, Félicia me fait un massage merveilleux. Je l’entends râler sur le fait que « c’est pas juste, c’est toujours à moi de faire des massages, mais à moi, on m’en fait jamais ! ». Je lui fais son massage. Elle râle encore un peu, sans doute parce que je ne sais pas bien m’y prendre et qu’elle a raison, mais ce n’est pas important. Elle me dit qu’elle râle surtout pour le plaisir de râler. Je ne sais plus exactement comment se sont enchaînés les évènements après ça mais on s’est retrouvés à poil tous les deux. Et on est restés à poil toute la soirée. Et toute la nuit. C’est ça, tout l’intérêt d’un week-end prolongé au début d’une relation, ça tient en un mot : sexe.
Dimanche
Grasse mat’. On ne fait rien d’autre sinon rester au lit, toujours à poil. Parce qu’il fait chaud, parce que c’est bien, parce que c’est le début et que, mine de rien, on est encore un peu jeune. On hésite un peu, on ne sait pas trop quoi faire pour la journée. Et comme on ne sait pas, et bien on décide de ne rien faire du tout. Ou plutôt, non, on décide de rester dans la chambre. Ce qui n’est pas du tout la même chose. On décide aussi de ne pas s’habiller. Parce que c’est mieux comme ça. Une fois la fin de la journée arrivée (ça passe vite ces saloperies) et avant qu’on s’en rende compte, on est déjà crevés. Mais crevés dans le bon sens du terme.
On sort quand même de la chambre le soir venu. Il fait frais, il fait calme, il fait bon. On se ballade un peu partout mais on décide de s’arrêter sur la plage. On reste comme ça longtemps, à regarder la mer qui est déjà bien loin. Le sable est froid mais c’est sympa de le sentir entre ses doigts de pied. Si on avait pas baisé comme ça toute la journée, et s’il n’y avait pas quelques touristes qui avaient eu la même idée que nous (venir sur la plage), on aurait pu remettre ça sans réfléchir, comme ça, sur le sable froid, avec la mer au loin. Cliché ? Pfff… Rien à foutre.
Lundi
On doit avoir libérer la chambre en début d’aprem maximum. C’est ce qu’on fait. Ca ne nous a pas empêché de prendre une douche ensemble dans la petite cabine de douche de la chambre. On passe le reste de la journée à déambuler sans réfléchir, à se raconter un peu n’importe quoi. On s’arrête quelque part et on mange n’importe quoi, n’importe comment. Des glaces. Puis des frites. Puis une autre glace encore. Et puis on va aussi boire un verre sur une terrasse bondée. C’est lundi, et on est à Arcachon, à rien faire d’autre que boire un verre au milieu de tous ceux qui ont eu la même idée que nous. Je me dis que ça aurait pu être pareil à Bordeaux, mais je sais que c’est pas vrai. Je sais que cette officialisation de notre couple me fait plaisir. Je sais que partir en week-end ensemble, ça veut dire quelque chose. Aussi naïf que cela puisse paraître. Car ça aura surtout été un week-end de cul. Tant mieux, je me dis, comme ça je réunis deux bonnes choses en une seule.
On reprend la voiture vers sept heures du soir, je crois. Il y a un peu de monde sur la route, alors on met plus de temps qu’à l’allé. Peu importe. J’ai passé un super week-end. Je le dis à Félicia, qui me répond « moi aussi » en souriant. Ca me fait plaisir. Ca me fait très plaisir. Même si, dans un coin de ma tête, je me dis que cette histoire de « non exclusivité » veut peut être dire qu’elle fera la même chose le week-end prochain avec un autre. Je me retiens de ne pas en parler, de ne pas y penser. On verra plus tard. Il faut que je me contente d’être content pour ce week-end là, ce sera déjà pas mal…
Félicia avait l’air heureuse, elle aussi, et ça me fait très plaisir. J’espère qu’on remettra ça un jour, bientôt, pour ailleurs ou pour le même endroit. Du moment que je peux passer du temps avec elle… Car je l’aime bien, Félicia, j’aime beaucoup être avec elle… On verra si ça débouche sur quelque chose de solide… On en est pas encore là…
Toujours est-il que ça a été bien dur de se remettre au boulot hier et aujourd’hui. Le décalage avec ce week-end a du mal à passer…
samedi 22 avril 2006
Par Guillaume Vissac le samedi 22 avril 2006, 18:28 - Fictions
En faisant le plein l’autre jour, je ne me suis pas rendu compte que quelque chose de grave était entrain de se passer sur cette planète. Je ne me suis rendu compte de rien, sinon que ça causait un trou toujours plus grand dans mon compte en banque. Mais je me suis renseigné, aujourd’hui même, j’ai fait des recherches. Et puis j’ai compris. Compris que ce dont Melville me parlait régulièrement et dont je n’accordais aucune attention était en fait important. Très important, même. J’ai compris qu’on était à l’aube d’un changement.
On dit qu’il reste assez de réserves de pétrole pour environ quarante ans. Je ne sais pas si c’est vrai, car les réponses varient selon la personne à qui on pose la question. Pour certains économistes, on croirait même que les réserves de pétroles sont illimitées et qu’il n’y a donc aucune raison de s’inquiéter. Mais pour d’autres, des techniciens, des géologues, des scientifiques, ce n’est pas du tout le même son de cloche. Pour certains, le fameux « peak oil », aura lieu d’ici 2008, c'est-à-dire que d’ici cette date là, on aura puisé la moitié des ressources pétrolières de la planète. Evidemment, avec l’émergence de l’Inde et de la Chine, il n’y a aucune raison pour que l’accroissement actuel de la production ne se poursuive pas.
Et que se passera-t-il quand le pétrole sera devenu si rare qu’il sera devenu non rentable de l’exploiter ? Une nouvelle crise économique ? Certainement, on voit mal comment on pourrait l’éviter, surtout quand tant de domaines économiques sont directement concernés par le pétrole (exportation, tourisme, transports, etc.).
Pour dire vrai, je ne sais pas vraiment ce qui pourrait arriver, je ne sais même pas si cette histoire de « peak oil » est vraie ou non. Beaucoup d’informations circulent à ce sujet, mais elles ne s’accordent que rarement. Mais ce que je sais, en revanche, c’est qu’il faut se préparer à n’importe quelle éventualité et ce dès aujourd’hui. Je ne sais pas exactement ce que nous pouvons faire à une petite échelle individuelle, mais je commence déjà à y réfléchir, parce que je suis intimement convaincu que cette affaire là est bien plus qu’importante, elle est grave. Je vais essayer de chercher d’autres informations, de parler avec d’autres personnes qui sont dans le même cas que moi et qui veulent trouver des solutions à leur échelle, des petites choses qu’ils peuvent faire, même modestement.
En attendant de trouver ces réponses, voici quelques adresses qui m’ont apportées pas mal d’informations. Je vous les transmets à mon tour :
http://tribunelibre.org/2004/08/01/332.html
http://www.oleocene.org/
http://fr.ekopedia.org/La_fin_du_p%C3%A9trole_approche
http://www.lexpress.fr/info/economie/dossier/petrole/dossier.asp?ida=428814
jeudi 13 avril 2006
Par Guillaume Vissac le jeudi 13 avril 2006, 20:41 - Fictions
J’ai vu Bruno aujourd’hui. Il est passé à la librairie en fin d’après-midi parce qu’il avait besoin de je ne sais plus quoi à propos de je ne sais plus qui. Bref, il est passé, on a discuté un peu et on est allé boire un verre parce que, de toute façon, avec Bruno, quoiqu’on fasse, on finit toujours par aller boire un verre.
Evidemment, quand il m’a dit le fatidique « quoi de neuf ? » je lui ai parlé un peu de mon histoire avec Félicia. J’ai été franc, je lui ai dit qu’elle me plaisait beaucoup, que ça avait très bien commencé et que tout s’était plus ou moins cassé la gueule avec cette histoire de non exclusivité. Depuis, je lui ai dit, on ne se voit plus vraiment, mais ça n’est pas vraiment fini pour autant. C’est compliqué, je lui ai dit, aussi. Je ne lui ai pas parlé de mon « erreur » de mardi, je n’en avais pas envie. Enfin bref, je lui ai tout raconté, et, à la fin de mon histoire, il m’a regardé avec ses gros yeux pseudo exorbités et il m’a dit la chose suivante : « mais t’es vraiment trop con, toi ! ». J’avoue que dans ce genre de moment, ça fait du bien, on se sent soutenu par ses amis, on se sent vraiment au mieux.
Il a argumenté un petit peu, en tous les cas il a essayé (Bruno n’est pas vraiment à l’aise quand il s’agit d’expliquer « pourquoi »). Pour lui, c’est génial, c’est super, je n’ai que les bons moments d’une relation et pas les moments chiants. Pour lui, je devrais « profiter et la fermer ». C’est évidemment aussi simple que ça. Mais, comme je n’ai pas voulu le vexer ou le contredire, lui dire qu’il serait peut être temps qu’il grandisse, j’ai juste fait comme si je me laissais convaincre, c’était encore la chose la plus simple à faire.
Mais bon, en écrivant ce billet, j’y repense aussi à ce qu’il m’a dit, et je me dis que, peut être, pourquoi pas faire comme il dit. Pourquoi ne pas profiter et la fermer ? Après tout, c’est le début, juste le début, donc ce n’est pas si grave que ça se passe comme ça. C’est peut être pas plus mal si, chacun de notre côté, si on en ressent l’envie ou le besoin, on puisse faire un peut ce que l’on veut. Après, on verra, après, si les choses marchent entre nous, on pourra peut être changer de comportements, mais maintenant, au début ?
Je vais y réfléchir… Parce que je crois que je commence à changer d’avis… Peut être parce que j’ai envie d’elle, peut être parce que j’aimerai qu’on se revoie sans le mutisme de mardi, ou peut être aussi parce que, moi aussi, j’ai envie de faire n’importe quoi et de coucher avec n’importe qui. On verra bien. Plus tard. Parce que là, je n’ai pas du tout d’idée ou d’avis sur la question. Je suis trop embrouillé…
mardi 11 avril 2006
Par Guillaume Vissac le mardi 11 avril 2006, 20:45 - Fictions
Tout à l’heure. C’était pour ma dernière séance avec Félicia. Je m’étais juré que ce serait fini si elle ne m’avait pas rappelé et, évidemment, je n’y suis pas arrivé. On ne s’est pas beaucoup parlé, on a un couché ensemble, évidemment, et on s’est séparés comme s’il n’y avait jamais eu aucun problème.
Je suis vraiment trop con, trop faible et encore trop faible.
C’est tout pour aujourd’hui.
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