Théâtre - Féerie - Lire / Ajouter un Commentaire

Acte III


Scène 1 : Le labyrinthe.


Orlane (observant les alentours, cherchant la voix inconnue puis sursautant en apercevant le loup) :
Vous m'avez fait peur ! Vous êtes qui ??

Le loup :
Calme-toi. (Orlane se reprend en reconnaissant la voix inconnue) Je suis celui qui t'a amené ici. Je suis ton guide, Orlane.

Orlane :
Vous… Tu connais mon nom ?

Le loup :
Evidemment. Je suis ton guide, je connais presque tout de toi.

Orlane :
Tu es quoi, au juste ?

Le loup :
Ca n'a pas vraiment d'importance. Je suis ton guide, c'est tout.

Orlane :
Un loup ? Tu es un loup, c'est ça ?

Le loup :
Oui.

Orlane :
C'est bizarre…

Le loup :
Les choses sont différentes ici, et les loups peuvent prendre tellement de formes différentes, aussi. Ne te laisse pas impressionner pour si peu.

Orlane (faisant un bref tour sur elle-même pour regarder les lieux) :
C'est ça le labyrinthe ?

Le loup :
Oui. Nous sommes à l'intérieur désormais.

Orlane :
Je ne m'attendais pas à ça.

Le loup :
Je sais. Ce n'est jamais comme ce à quoi on s'attend, crois-moi. Tout le monde est surpris en arrivant ici.

Orlane :
Même toi ?

Le loup :
Non, moi c'est différent J'ai toujours vécu ici en quelque sorte.

Orlane :
Dans le labyrinthe ?

Le loup :
Oui. Il fait partie de moi et je fais partie de lui. Si tu restes suffisamment longtemps en lui, tu finiras par comprendre.

Orlane :
Comme tu es mon guide, j'imagine que tu peux répondre à mes questions.

Le loup :
Exactement. C'est mon rôle.

Orlane :
Qu'est-ce que c'est, au juste, ici ?

Le loup :
Tu le comprendras en temps voulu. Le Labyrinthe te le dira de lui-même. Je ne suis pas autorisé à te parler de ce genre de chose. Tu as d'autres questions ?

Orlane :
Oui. Tout à l'heure, tu as dit que tu connaissais tout de moi.

Le loup :
J'ai dit que je connaissais presque tout de toi.

Orlane :
Peu importe. Comment est-ce que tu connais tout ça, alors que c'est la première fois que je te vois ?

Le loup :
Je te l'ai dit, je suis ton guide. Il m'a suffit de te voir, de t'entendre, de te sentir, pour te comprendre. Ca n'a pas pris plus de quelques secondes.

Orlane :
Comment… ?

Le loup :
Ce n'est pas extraordinaire. C'est mon rôle, c'est tout.

Orlane :
Alors pourquoi est-ce que tu ne connais pas tout de moi ? Pourquoi ce " presque tout " ? c'est bien ce que tu m'as dit tout à l'heure, n'est-ce pas ?

Le loup :
Oui, c'est bien ce que j'ai dit. Il n'y a qu'une seule chose que j'ignore à ton sujet.

Orlane :
Je t'écoute ?

Le loup :
Je ne sais pas pourquoi tu es ici.

Orlane :
Pourquoi je suis ici ?

Le loup :
Je ne sais pas ce que tu cherches. Je ne sais pas qui ou quoi a disparu de ton monde pour que tu viennes le rechercher ici. Je ne sais rien de cela. A toi de me l'apprendre.

Orlane :
Tu rêves ! Si c'est le seul truc que tu ignores, je le garde pour moi ! (Orlane fait demi-tour et commence à s'en aller, suivie ensuite par le loup).


Scène 2


Le loup :
Attends. Ce n'est pas par là. Tu vas dans la mauvaise direction.

Orlane :
Je m'en fiche ! Car je ne crois pas un mot de ce que tu me dis. Tu racontes n'importe quoi…

Le loup :
Crois-moi, ce n'est pas dans mon intérêt.

Orlane (S'arrête de marcher et se met face au loup) :
Puisque tu prétends " presque tout connaître à mon sujet ", je t'en prie, vas-y, convaincs-moi de te suivre. Je t'écoute.

Le loup :
Très bien. C'est très simple. Je vais te dire pourquoi tu me suivras. Tu vas me suivre parce que je vais t'amener à ce que tu recherches. Ce n'est que grâce à mon aide que tu parviendras à retrouver la chose pour laquelle tu es venue ici.

Orlane :
C'est tout ?

Le loup :
C'est tout.

Orlane :
Désolée. Ca ne marche pas. J'y vais toute seule. (Faisant mine de repartir)

Le loup (Retenant Orlane par le bras) :
Attends une seconde. Tu ne peux pas partir n'importe où, et aller où bon te semble. Tu dois me suivre, je suis là pour ça.

Orlane :
Non. Je me suis débrouillée toute seule jusque là, et je ne vois pas pourquoi ça devrait changer maintenant.

Le loup :
C'est justement ça le problème : ici, tout change.

Orlane :
Ecoute-moi bien le quadrupède, personne ne me dit jamais ce que je dois faire et comment je dois le faire ! Je suis une grande… D'où est-ce que je viens ?

Le loup :
Pardon ?

Orlane :
Tu prétends " presque tout connaître de moi ", alors je t'écoute. D'où est-ce que je viens ?

Le loup :
De Scandinavie.

Orlane :
Quel est mon mois de naissance ?

Le loup :
Novembre.

Orlane :
Quel est mon animal préféré ?

Le loup :
Le panda.

Orlane :
Quelle expression est-ce que j'utilise à la place de " dilemme cornélien " ?

Le loup :
Dilemme de cornemuse.

Orlane (Bataillant pendant quelques secondes pour trouver une nouvelle question. Puis, finalement hésitante) :
De quelle couleur sont mes sous-vêtements… ?

Le loup :
Rouges. (Orlane reste silencieuse) Alors ? Tu me crois maintenant ?

Orlane :
Est-ce que j'ai le choix ?

Le loup :
Bien sûr que tu as le choix. Tu as toujours le choix. La question est de savoir si tu veux réellement retrouver cette chose que tu recherches.

Orlane :
Ce n'est pas une chose. C'est quelqu'un. Un homme. Un prince. (Elle sort la photo de son sac et la montre au loup) Regarde. C'est lui.

Le loup :
Je vois. Je comprends.

Orlane :
Qu'est-ce que tu comprends ? Tu l'as déjà vu ici ?

Le loup :
Non, mais je vais quand même t'amener jusqu'à lui.

Orlane :
Alors il est bien ici…

Le loup :
Oui, il est dans le labyrinthe, comme beaucoup d'autres. Suis-moi, c'est par ici. (Le loup entraîne Orlane, ils partent dans la direction opposée à celle où Orlane avait voulu fuir)


Scène 3


Orlane :
Est-ce que tu sais pourquoi il est ici, lui aussi ?

Le loup :
Tu parles de ton prince ?

Orlane :
Oui.

Le loup :
Comme les autres : il cherche quelque chose, quelqu'un. C'est toujours comme ça. C'est comme pour toi.

Orlane :
Mais il n'a besoin de personne. Et personne n'a disparu. Je croyais que tout allait bien dans sa vie. J'imagine que je me suis trompée.

Le loup :
C'est pour ça que tu le recherches ?

Orlane :
J'imagine que oui…

Le loup :
Ce prince… C'était vraiment ton prince ?

Orlane :
Oui. Enfin, non. Disons…Qu'il a été mon prince… Un jour… Il y a quelques temps, déjà…

Le loup :
Vous êtes… ?

Orlane :
Séparés. C'est comme ça qu'on dit. On est séparés.

Le loup :
Alors pourquoi partir à sa recherche ?

Orlane :
Je ne sais pas vraiment… Ca m'a paru être la chose la plus logique à faire. Il a disparu il y a plus d'un an, maintenant… Même si nous ne sommes plus ensemble, j'imagine que c'est une raison suffisante pour partir à sa recherche. Mais peut être aussi…

Le loup :
Que c'était toi que tu recherchais ?

Orlane :
Peut être… Je te dirais quand j'aurai trouvé quelque chose… On verra ce que ce sera…

Le loup :
Est-ce que tu as peur ?

Orlane :
Un peu… Je crois…

Le loup :
De quoi ?

Orlane :
De ne pas le retrouver. De ne rien trouver du tout… Ou de ce que je vais trouver.

Le loup :
Tu n'as pas peur du labyrinthe ?

Orlane :
Si. Et j'ai peur de toi, aussi. Je sais que vous ne me laisserez pas repartir, ni l'un ni l'autre. (Orlane se retourne vers le loup, mais celui-ci a disparu. Elle reste stupéfaite, sans bouger, le temps de quelques secondes)


Scène 4


Orlane se remet à avancer, seule, sans le loup, lentement. Au bout de quelques secondes, elle remarque un objet par terre, à quelques mètres d'elle. Elle se rapproche, interloquée, puis se penche pour l'examiner. C'est une épée. Une fine épée, ni précieuse, ni particulièrement belle. Elle la ramasse et se relève. Elle l'examine toujours, en marchant cette fois-ci. Elle fait semblant de se battre avec un ennemi invisible, prend des poses d'escrimeurs et combat l'air. Elle s'arrête ensuite, et attache l'épée à sa ceinture. Elle s'apprête à repartir, avec l'épée en sa possession.


Scène 5


(Alors qu'elle ne s'est pas encore remise à avancer, Orlane tombe nez à nez avec Gabriela)

Orlane (surprise, presque apeurée) :
Qu'est-ce que tu fais là ?

Gabriela :
Tu étais absente, j'ai du partir moi aussi.

Orlane :
Quoi ? Comment ça ?

Gabriela :
C'est simple, tu sais, mais tu ne comprendras pas.

Orlane :
Mère, réponds-moi : qu'est-ce que tu fais ici dans le labyrinthe ?

Gabriela :
Tu n'es pas la seule à pouvoir t'y inviter
Et il ne m'est pas interdit de voyager.

Orlane :
Comment tu m'as retrouvée ?

Gabriela :
Ca je ne sais pas, demande à ton ami loup
C'est bien lui le guide, lui seul peut connaître tout.

Orlane :
Tu parles bizarrement, mère, tu es sûre que ça va ?

Gabriela :
Bien sûr que ça va ! Je parle comme je veux, tu sais !

Orlane :
D'accord… Pourquoi est-ce que tu es ici ? Tu es venue me chercher ?

Gabriela :
En fait, je crois que je l'ignore, c'est amusant
Mais j'imagine que je suis là inconsciemment.
Le labyrinthe m'a prise parce que tu es là.
Je suis là pour t'aider, dis-moi donc ce qu'il y a.

Orlane :
Il n'y a rien. Je viens juste de perdre mon guide… Il a disparu, juste avant que tu n'apparaisses.

Gabriela (soudain plus agressive) :
Ce type est un raté, oublie-le et reviens
Si tu restes trop en lui, le labyrinthe te tient.

Orlane :
Si c'est pour me dire ça que tu es venue, tu peux repartir, ça ne sert à rien. Je suis venue jusqu'ici pour le retrouver, et je le ramènerai avec moi.

Gabriela :
Je ne peux plus rester, je t'en prie écoute-moi !

Orlane (froidement) :
Non. (Elle lui tourne le dos) Repars, maintenant, mère. (Elle attend quelques secondes, puis se retourne à nouveau. Gabriela n'est plus là. Elle est seule à nouveau)


Scène 6


(Orlane se remet à marcher lentement, puis s'arrête à nouveau. Elle regarde sur le sol, aux alentours, devant, derrière elle, puis elle commence à se parler à elle-même)

Orlane 1:
Bon. Il se passe des choses bizarres ici, mais reste concentrée. Ca n'a pas d'importance. Ce qui est important, c'est de le retrouver. De ne pas se perdre. Se souvenir d'où on vient. Avoir toujours en tête le chemin vers la sortie. Ce n'est qu'un labyrinthe. Je peux le dompter. Reste concentrée.

Orlane 2 :
Vraiment ? Tu crois vraiment ce que tu dis ? Tu crois que c'est si facile ? Mais le problème, ma pauvre, c'est que tu ne sortiras jamais d'ici. C'est fini. Il t'a gobé. Il t'a avalé, il ne te lâchera pas. Le labyrinthe. Il n'a jamais lâché personne. Comme tu es naïve…

Orlane 1 :
Ah bon ? Parce que je crois en mes chances ? C'est ça être naïve ? Tu sais très bien que j'obtiens toujours ce que je veux, et ça ne changera pas. Reste juste concentrée.

Orlane 2 :
Concentrée pour quoi faire ? Pour le retrouver ? Et alors ? Même en supposant que tu le retrouvera, qu'est-ce que tu crois qu'il va se passer ? Il n'a pas voulu de toi la première fois, qu'est-ce qui te fait croire qu'il te voudra la deuxième ? Idiote !

Orlane 1 :
Je ne le cherche pas pour qu'il me revienne…

Orlane 2 :
Alors pourquoi est-ce que tu le cherches ? Pourquoi est-ce que tu es venue jusqu'ici ? Réponds !

Orlane 1 :
J'en sais rien ! Parce qu'il fallait bien que quelqu'un s'en occupe ! Parce qu'il fallait bien que quelqu'un le cherche ! Parce que c'est à moi de le faire !

Orlane 2 :
Mais non. Tu te trompes. Ce n'est pas à toi de le chercher. Ce n'est plus à toi. C'est trop tard. Tu dois passer ton chemin. Tu dois repartir. Tu dois le laisser là où il est, et l'oublier.

Orlane 1 :
Dans ce cas, qui viendra le sauver ?

Orlane 2 :
Pourquoi aurait-il besoin d'être sauvé ? Peut être qu'il s'est enfermé délibérément ici pour t'être inaccessible… Tu ne vas pas troubler sa retraite, quand même…

Orlane 1 :
Et moi, alors, à quoi je sers ? Si je n'ai pas le droit de m'inquiéter, si je n'ai pas le droit de venir le chercher, si je n'ai pas le droit de le ramener, à quoi je sers ? Dis-moi !

Orlane 2 :
Tu ne le trouveras pas ici. Renonce.

Orlane 1 :
Tout à l'heure, tu disais que je le trouverais et qu'il ne voudrait pas de moi, alors pourquoi est-ce que tu changes d'avis tout d'un coup ?

Orlane 2 :
Renonce ! Repars ! Repars maintenant ! Ce sera trop tard, après ! Il est juste là, il arrive, il approche ! Si tu le vois, ce sera trop tard ! Repars ! Repars maintenant !

Orlane 1 :
La ferme. Je reste. J'y vais. Je suis venu pour ça. Reste concentrée. Reste concentrée. Reste concentrée… (Elle ferme les yeux, le temps d'une quinzaine de secondes et, lorsqu'elle les rouvre, tout est à nouveau calme et le loup est revenu)


Scène 7


Le loup :
Où est-ce que t'étais passée, je t'ai cherchée partout.

Orlane :
Moi ? Mais je n'ai pas bougé ! C'est toi qui as disparu. Pourquoi est-ce que tout le monde me gueule dessus aujourd'hui ?

Le loup :
Comment ça ? Qui t'as gueulé dessus ?

Orlane :
Toi, ma mère… Ca n'a pas d'importance…

Le loup :
Non, c'est vrai. Ne les écoute pas. Suis-moi. Je le sens, il est tout proche. Viens. (Prend Orlane par le bras mais elle résiste)

Orlane :
Pourquoi est-ce que tu es si pressé, d'un coup ?

Le loup :
Je croyais que c'était toi qui étais pressée. Ce n'est pas le cas ?

Orlane :
Non… Peut être… Je ne sais pas… Vous m'embrouillez, tous, à me raconter n'importe quoi ! Qui est-ce qui me dit la vérité, au juste ?

Le loup :
Je ne sais pas. Je ne peux que te guider jusqu'à ce que tu cherches. Jusqu'à celui que tu cherches. Mais si on tarde trop, il ira ailleurs, et ce sera plus dur encore de le retrouver.

Orlane :
Qu'est-ce qu'il va se passer quand je l'aurai retrouvé ?

Le loup :
Ca, je l'ignore. C'est à toi qu'il faut poser la question. Moi, je ne suis que le guide.

Orlane :
Est-ce que je pourrais sortir d'ici ?

Le loup (se détourne d'Orlane tout d'un coup) :
Chut. Tu entends ? Il est là. Il approche.

Orlane :
Est-ce que je pourrais sortir d'ici ?

Le loup :
Plus que quelques mètres, plus que quelques pas, Orlane. A toi de savoir si tu veux le retrouver ou non.

Orlane :
Est-ce que je pourrais sortir d'ici ?

Le loup :
Il est là. C'est trop tard. Il arrive. Je dois m'en aller.

Orlane (criant) :
Est-ce que je pourrais sortir d'ici ?

(Le loup disparaît. Orlane se retrouve seule à nouveau et hésite, puis avance vers l'endroit que lui a indiqué le loup.)

Orlane :
Eh ? Y a quelqu'un ? Eh !

Voix (lointaine) :
Oui. Moins fort. Approche.

(Orlane s'approche et disparaît dans l'obscurité)




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