Orlane (regardant autour d'elle, confuse) :
On est toujours dans le labyrinthe ? (Elle regarde le prince masqué, assis sur un banc, silencieux) Eh ? Tu m'écoutes ?
(Elle s'approche de lui, lui tape sur l'épaule, le secoue, sans entraîner la moindre réaction. Le prince masqué est apathique. Il regarde dans le vide)
Orlane :
Je vois… Tu n'es qu'une image, c'est ça ? Ou alors tu ne veux pas me répondre ? D'accord, pas de problèmes. Ca ne me gène pas. On va rester là tous les deux, et on ne dira rien… C'est très bien comme ça… (Orlane s'assoit sur le banc à côté du prince masqué. Ils restent tous les deux sans rien dire, sans bouger, plusieurs secondes, plusieurs minutes durant)
Le prince masqué (regardant soudain en direction de l'endroit où se tenait Orlane à son arrivée) :
Tu es venue ! J'étais tellement en avance que j'ai cru que tu ne viendrais jamais ! (Il se lève brusquement)
Orlane :
Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ? (Le prince masqué se rapproche de l'emplacement initial d'Orlane, tournant le dos au banc, et donc à Orlane) Eh ! Regarde-moi quand je te parle ? Qu'est-ce que tu fiches ?
Le prince masqué (regardant droit dans les yeux d'une personne invisible) :
Comme tu es belle aujourd'hui ! Cette robe te va très bien !
Orlane (regarde ses vêtements, l'air de ne rien comprendre) :
Si tu le dis…
Le prince masqué :
Oh ! J'allais oublier ! Je t'ai cueilli ces fleurs. (Il les sort de derrière son dos et les tend à la personne invisible. Les fleurs tombent par terre, sans que le prince masqué ne s'en soucie) J'espère qu'elles te plairont.
Orlane :
Euh… Merci… J'irai les ramasser tout à l'heure…
Le prince masqué :
De rien. Mais, je t'en prie, viens t'asseoir. Ne reste pas debout ! (Attrape la main de la personne invisible et la conduit, sans cesser de la regarder, jusqu'au banc. Le prince masqué lâche la main invisible et vient se rasseoir à côté d'Orlane. Il tourne la tête vers elle et la regarde en souriant). Si je t'ai demandé de venir, c'est que…
Orlane :
Tu m'as demandée de venir ?
Le prince masqué :
J'avais besoin d'être auprès de toi… De te voir, de te sentir… Pardon, je ne dis vraiment que des banalités…
Orlane :
Oui, j'avais remarqué… Pourquoi est-ce qu'on est là ?
Le prince masqué :
Ce que je voulais surtout te dire, c'est que… L'été que l'on a passé ensemble restera gravé à jamais dans ma mémoire.
Orlane (se redressant brusquement) :
C'est un souvenir, c'est ça ? Oh merde !
Le prince masqué :
Et que l'odeur des jours de pluie…
Orlane (se levant complètement désormais) :
" Sera toujours associée à ton image " !
Le prince masqué :
Sera toujours associée à ton image, ruisselante…
Orlane :
Oh merde…
(Elle se masque la bouche avec la main et commence à faire les cent pas autour du banc. Le prince masqué, lui, continue de fixer les yeux invisibles)
Qu'est-ce que je dois faire là ? Je suis vraiment dans ce souvenir ?
Le prince masqué (qui fait désormais mine de caresser des cheveux invisibles) :
Au fond de moi, j'ai toujours su que j'avais besoin d'être avec toi… Contre toi… Avec toi…
Orlane :
J'en reviens pas que t'ais réussi à m'avoir avec ça !
Le prince masqué :
Je pense qu'il est temps qu'on pense à nous désormais… Juste nous…
Orlane :
Bah voyons… Je veux me réveiller ! Je veux sortir d'ici ! Je veux retourner dans le labyrinthe ! Je veux retourner là où j'aurais quelque chose à faire !
Le prince masqué :
Qu'est-ce que tu en dis ? Tu es d'accord ?
Orlane :
Et toi, connard de loup, t'es où ? Pourquoi les gens ne sont pas là quand on a besoin d'eux ! Eh ! Ramènes-toi tout de suite !
Le prince masqué :
Je veux qu'on fasse l'amour, maintenant.
Orlane (se retournant d'un coup pour fixer le prince masqué de ses yeux écarquillés) :
Quoi ?
Le prince masqué (répétant avec l'exact même intonation, comme un écho) :
Je veux qu'on fasse l'amour, maintenant. Je te veux ici et tout de suite.
Orlane :
Tu n'as jamais dit ça !
Le corps du prince masqué se redresse alors soudain, il lâche la personne invisible et tourne sa tête vers Orlane. Il la regarde, dans les yeux, d'un regard perçant.
Le prince masqué :
Non, mais ici c'est mon souvenir. C'est moi qui décide. Ce sont mes règles du jeu.
Tout devient alors noir. Lorsque la lumière reparaît, le jardin a disparu. Les corps d'Orlane et du prince masqué sont sur le sol, gisants, inanimés, de retour dans le labyrinthe.
Scène 2 :
Le labyrinthe. Une statue de femme est désormais visible dans le fond.
Orlane se relève péniblement, comme si elle sortait d'un long sommeil. Elle parvient à se mettre debout et se frotte les yeux. Le prince masqué l'imite, sans éprouver le moindre effort.
Le prince masqué :
J'ai fait un drôle de rêve… Mais je l'ai oublié…
Orlane :
Moi je m'en rappelle… Je ne sais pas pourquoi je me suis retrouvée là dedans d'ailleurs…
Le prince masqué :
Ah bon…
Orlane :
Je me demande vraiment où est ce con de loup… (Elle regarde brièvement autour d'elle mais le loup n'est pas là) Peu importe. Maintenant que je t'ai trouvé, on va pouvoir s'en aller. Viens. (Elle le prend par la main, mais il ne bouge pas)
Le prince masqué :
S'en aller ? Où ça ?
Orlane :
Je ne sais pas. Loin d'ici. Hors du labyrinthe.
Le prince masqué :
Pour quoi faire ?
Orlane :
Parce que ce n'est pas notre monde ici ! Enfin, tu ne vas pas me dire que tu veux rester là ?
Le prince masqué :
Je ne sais pas trop… Je crois que je n'ai pas encore fait ce que j'avais à faire ici…
Orlane :
Il n'y rien que tu puisses faire, ici. Il n'y a rien. Il n'y a personne. Allez, suis-moi ! (Elle lui prend la main à nouveau, mais il refuse toujours de bouger)
Le prince masqué :
Non. Partez sans moi.
Orlane le lâche et commence à reculer lentement, les yeux grands ouverts.
Orlane :
Pardon ?
Le prince masqué :
Je dois rester ici. Partez s'il vous plait.
Orlane :
Tu ne sais pas qui je suis ?
Le prince masqué :
Partez s'il vous plait.
Orlane :
Tu m'as oubliée ?
Le prince masqué :
Partez s'il vous plait. S'il vous plait…
Orlane se retourne alors, et commence à partir. Le prince masqué part dans l'autre direction. Orlane s'arrête alors et fait demi-tour. Elle suit le prince masqué sans que celui-ci ne s'en rende compte. Ils se dirigent tous deux jusqu'à la statue.
Scène 3 : Le labyrinthe, près de la statue
Il s'agit d'une statue de femme, élevée sur un piédestal, qui porte robe et bijoux. Sa tête est tournée vers le sol.
Le prince masqué en fait le tour, lentement, en l'observant, de la tête aux pieds. Après avoir fait le tour, il commence à la frotter avec un chiffon. Orlane et le loup sont cachés, à l'écart, et l'observent.
Orlane :
Mais qu'est-ce qu'il fiche ?
Le loup :
Depuis qu'il a trouvé la statue, il ne peut plus la quitter.
Orlane (surprise) :
Qu'est-ce que tu fais là, toi ?
Le loup :
Je suis ton guide, je suis obligé d'être là.
Orlane :
Alors où est-ce que tu étais tout à l'heure, quand j'avais besoin de toi ?
Le loup :
Je ne peux pas être partout à la fois.
Orlane :
Et pourquoi est-ce que tu ne réponds pas à mes questions ?
Le loup :
Chut. Il va nous entendre.
Orlane :
Je m'en fiche ! Réponds-moi !
Le loup :
Ton prince est amoureux, Orlane.
Orlane :
Quoi ?
Le loup :
Il ne peut plus quitter la statue désormais. Il est amoureux d'elle. Il va falloir que tu fasses avec.
Orlane :
Mais…
Le loup :
Il t'a oubliée, qui plus est. Il ne repartira jamais avec toi.
Orlane :
Alors, qu'est-ce que je fais maintenant ? Pourquoi est-ce que tu m'as fait venir ici si tu savais tout ça !?
Le loup :
Je ne le savais pas. Je viens de l'apprendre. J'en suis désolé. Mais je ne peux pas te dire ce que tu dois faire. Je ne suis que ton guide. Je t'ai amenée jusqu'ici, et je t'ai donnée les informations que je possédais. Maintenant, c'est à toi d'agir, comme bon te semblera. (Il fait mine de s'en aller, mais Orlane le retient)
Orlane :
Oh non ! Tu ne vas pas encore me laisser comme ça ! Tu vas rester là, avec moi, et tu m'aideras !
Le loup :
A faire quoi ? Il n'y a rien que je puisse faire pour t'aider, désormais.
Orlane :
Tu ne sers vraiment à rien, alors ! Dégage, puisque c'est comme ça.
Orlane s'avance vers la statue et le prince masqué, le loup s'apprête à sortir mais il se ravise.
Le loup :
Orlane. (Elle se retourne et le regarde) Il faut que je te donne ma dernière information. Ce serait plus juste que tu la connaisses.
Orlane :
Vas-y.
Le loup :
Ton prince est un raté, Orlane. Voilà. Fais-en ce que tu veux. Je crois que nous ne nous reverrons plus, désormais. Adieu.
Orlane :
Merci pour l'info, mais je le savais déjà. Adieu. (Le loup sort)
Scène 4
Orlane se rapproche du prince masqué, toujours en train de nettoyer la statue. Il ne s'interrompt pas.
Orlane :
Alors… Qu'est-ce que tu fais ici ?
Le prince masqué :
Je nettoie.
Orlane :
Je vois… Pour quelle raison ?
Le prince masqué :
Parce que la princesse doit être parfaite. Sinon, ce n'est plus une princesse.
Orlane (jetant un œil nouveau sur la statue après avoir entendu le mot " princesse ") :
Ah bon… C'est donc elle la princesse ? C'est pour elle que tu es venu jusqu'ici ?
Le prince masqué :
Je crois, oui…
Orlane :
Tu crois ? Tu ne t'en rappelles plus non plus ?
Le prince masqué (agacé) :
Peut être… Je ne sais plus… Mais qu'est-ce que ça peut vous faire, de toute façon ?
Orlane :
Rien, j'imagine… Mais, parle-moi plutôt de cette princesse. Qui est-ce ?
Le prince masqué (souriant désormais) :
C'est la princesse. Ma princesse. Regardez comme elle est belle ! Elle me rappelle des choses étranges… Les jours de pluie… (Se tournant brusquement vers Orlane, le regard exalté) Je suis amoureux d'elle, vous savez !
Orlane :
Mais… Ce n'est qu'une statue, n'est-ce pas ? On ne peut pas aimer une statue.
Le prince masqué :
Pourquoi pas ? Moi, je l'aime, en tous cas. Elle est tellement belle. Je m'occuperai d'elle jusqu'à la fin !
Orlane :
Quelle fin ?
Le prince masqué :
Je ne sais pas. J'imagine qu'il y en aura une. Il y en a toujours une, pas vrai ?
Orlane :
Pourquoi s'est-elle transformée en statue ?
Le prince masqué :
Elle est tellement plus jolie comme ça ! Elle reste toujours identique malgré le temps qui passe ! Et tant que je serai là pour m'en occuper, elle restera belle. Jusqu'à la fin…
Orlane :
Tu veux dire que c'est toi qui l'as transformé ?
Le prince masqué :
C'est mon amour qui l'a métamorphosé.
Orlane :
Je comprends, alors. Comment est-ce que tu t'y es pris ?
Le prince masqué :
Elle m'a accordé une danse. Quelle belle danse ! Et j'ai souhaité très fort que rien ne change ! Plus jamais !
Orlane :
Et ton vœu a été exaucé…
Le prince masqué :
Regardez comme elle est belle ! Je suis amoureux d'elle !
Scène 5
Orlane dégaine son épée et menace le prince masqué, sous les yeux de la statue. Sa tête suit les déplacements des deux personnages.
Le prince masqué :
Qu'est-ce que vous faites ?
Orlane :
Je n'ai pas le choix. Recule.
Le prince masqué :
Je n'ai rien ! Je n'ai pas d'argent ! Prenez tout ! Ne me tuez pas !
Orlane :
Tais-toi. Prépare-toi à refaire ta petite danse. Je l'emmène.
Le prince masqué :
Vous n'avez pas le droit ! Laissez-la moi ! Pourquoi est-ce que vous faites ça !?
Orlane :
La noble raison, c'est que je veux sauver la princesse en détresse. La vraie raison, c'est que je veux que tu souffres.
Le prince masqué :
Pourquoi ?
Orlane :
Pour m'avoir fait vivre dans ton faux souvenir. Pour m'avoir fait venir ici. Pour m'avoir fait perdre mon temps. Pour t'avoir connu.
Le prince masqué fait mine de s'effondrer sur le sol pour mieux saisir l'épée qui se trouve au pied de la statue de la princesse. Il se relève brusquement, fait un pas en arrière et pointe l'épée vers celle d'Orlane.
Orlane :
Qu'est-ce que tu vas bien imaginer ?
Le prince masqué (sa main tremble et, par conséquent, son épée également) :
Je ne vous laisserai pas me la prendre ! Elle est à moi ! A moi !
Le prince masqué attaque Orlane, qui se défend. Leur duel ne dure pas longtemps. Le prince masqué ne sait pas se servir de son épée, contrairement à Orlane. Au moment de porter un coup, il lâche son épée, comme si elle lui brûlait la main. Orlane en profite et lui passe son épée au travers du corps. Le prince masqué tombe sur le sol.
Scène 6
Orlane laisse tomber son arme à son tour et se retourne vers la statue, sans accorder un regard au prince masqué.
La statue de la princesse (chuchotant) :
Tu as vaincu mon fiancé. Maintenant, c'est à toi que j'appartiens. (Elle tend les bras à Orlane dans un mouvement saccadé. Elle la rejoint sur le piédestal)
Orlane :
Qu'est-ce que je dois faire ?
La statue de la princesse (chuchotant) :
Tout ce que tu veux.
Orlane sert alors ses bras autour de la taille de la statue, et les bras de la statue viennent se poser, toujours en un mouvement haché, délicatement sur la taille d'Orlane. De la musique commence à se faire entendre. Orlane emmène la statue de la princesse sur le sol, elles descendent du piédestal. Elles commencent alors à danser. Progressivement, durant cette danse, la statue de la princesse se défige. A la fin de la danse, elle redevient complètement souple et fluide. Elle redevient la princesse.
Scène 7
Orlane (tenant la princesse par la main) :
Tout est bizarre ici…
La princesse (souriante) :
Oui, c'est vrai.
Orlane :
Au fait, je m'appelle Orlane.
La princesse :
Enchantée. Je suis la princesse.
Orlane :
C'est ce que j'avais cru comprendre… Tu n'as pas de nom ?
La princesse :
Quel nom voudriez-vous que je porte ?
Orlane :
Je ne sais pas… Ce n'est pas à moi de décider.
La princesse :
Dans ce cas, prévenez-moi si vous changez d'avis. Jusqu'à ce moment, je serais " la princesse ".
Orlane :
De toute façon, je ne crois pas qu'on se reverra… Je n'ai plus rien à faire ici. Je dois m'en aller.
La princesse :
Si vous partez, je pars avec vous.
Orlane :
Toi aussi tu veux retourner dans le monde ?
La princesse :
Oui, si c'est là que vous allez.
Orlane :
Tu es sûre que c'est ce que tu veux ?
La princesse :
Oui, puisque c'est ce que vous voulez. Je vous suivrai quoiqu'il arrive.
Orlane :
Je vois… Dans ce cas, ne perdons pas de temps, partons tout de suite.
La princesse :
Oui, mademoiselle Orlane.
Les deux jeunes femmes commencent à marcher, à s'éloigner du corps du prince masqué, qui n'est déjà plus sur le sol jusqu'à ce qu'elles soient arrêtées par le loup. Derrière lui, une porte. La sortie.
Scène 8
Le loup (en travers du chemin, bloquant le passage) :
Où est-ce que vous allez ?
Orlane :
Tiens, je croyais que je ne devais plus te revoir.
Le loup :
Je ne peux pas te laisser sortir, Orlane.
Orlane :
Je n'ai plus rien à faire ici. Je ne sers plus à rien désormais. Je vais aller ailleurs, là où je servirais à quelque chose. Et la princesse m'accompagne.
La princesse :
Oui.
Le loup :
Tu ne peux pas faire ça. Je le dis pour ton bien.
Orlane :
La princesse veut partir avec moi, et ça, tu n'y peux rien. Laisse nous passer maintenant.
Le loup :
Je ne peux pas t'empêcher de partir. Je ne suis que ton guide. Ce n'est pas de mon ressort. Mais je peux te dire que tu vas faire une erreur. Ne pars pas.
Orlane (écartant le loup qui ne répond rien) :
Je regrette, mais je ne peux plus écouter qui que ce soit, désormais. Je me fie à moi-même et je sais que je dois sortir. Pour elle (elle montre la princesse) et pour moi.
Le loup :
La princesse ne veut pas réellement s'en aller.
Orlane :
Ah oui ? Dis-lui.
La princesse :
Je vous suivrai, mademoiselle Orlane, où que vous alliez.
Le loup :
Elle ne veut pas réellement s'en aller.
Orlane :
Ca n'a plus d'importance. C'est trop tard. (Orlane s'apprête à ouvrir la porte, à passer le seuil du labyrinthe, avant de se retourner. Elle adresse sa dernière réplique au loup) Est-ce que tu sais si mon prince est mort ?
Le loup :
Non. Ici, personne ne meurt. Ici, c'est différent. Il se réveillera, un jour ou l'autre, mais lorsque ce sera le cas, je doute fort qu'il se souvienne de quoi que ce soit.
Orlane acquiesce d'un signe de tête, sans rien dire, puis se retourne vers la porte à nouveau. Elle l'ouvre, adresse un signe de la main en direction du loup, la princesse l'imite, puis elles disparaissent, ensemble.
Le loup (regardant en l'air) :
Ne m'en veuillez pas, j'ai fais ce que j'avais à faire. Je ne pouvais pas l'empêcher de faire ça.
Epilogue
Orlane est de retour à l'orée de la forêt. Elle est seule. A quelques mètres de là, se trouvent le villageois et le policier, qui discutent. La nuit est tombée. Orlane regarde autour d'elle, mais ne trouve pas la princesse.
Orlane (paniquée) :
Eh ! Princesse ? Y a quelqu'un ? Oh !
Le conteur :
Orlane reparut, seule, à l'endroit exact où elle avait disparu, sans que le temps ne se soit écoulé. Elle chercha la princesse, celle là même qu'elle était censée protéger et sauver mais elle ne la trouva pas. La princesse avait disparu. Hors du labyrinthe, il se peut que certains êtres ne puissent survivre…
Orlane :
Qui est là ? Qui parle ? Je vous entends ! Répondez !
Le conteur : Elle aperçut alors les deux hommes qui avaient essayé de la prévenir, de l'empêcher d'entrer dans la gueule du labyrinthe. Elle se dépêcha d'aller jusqu'à eux.
Orlane :
Excusez-moi, vous n'auriez pas vu une princesse par hasard ?
Le villageois (ne remarquant pas Orlane) :
Il ne faut pas croire ce qu'on raconte, c'est tout. Les princes, les labyrinthes… Et puis quoi encore ?
Orlane :
Eh ! Je vous parle !
Le policier (ne remarquant pas non plus Orlane) :
Je comprends, bien sûr, mais mon métier, ce n'est pas d'empêcher les gens de raconter n'importe quoi. Je veux bien interdire l'accès à la forêt, mais ça s'arrête là.
Le conteur :
Evidemment, personne ne remarquait Orlane désormais. Elle n'était plus rien aux yeux de ce monde. Elle n'existait pas, elle n'existait plus. C'était terminé.
Orlane (se retournant brusquement vers le conteur) :
Qu'est-ce que vous avez dit ? Je quoi ? Pourquoi ? Et la princesse, elle est où la princesse ?
Le conteur :
Le choc était dur à encaisser. La princesse s'était volatilisée dans les airs, personne ne savait ce qu'elle était devenue. Peut être dans le labyrinthe à nouveau, peut être ailleurs, voire nulle part. Peut être, également, n'avait-elle jamais existé. On ne sait jamais le fin mot de ce genre d'histoire.
Orlane :
Alors qu'est-ce que je fais, maintenant ? Il n'y a aucun endroit où je puisse être utile ?
Le conteur :
Mais Orlane n'était pas seule pour autant. Il ne lui restait plus qu'une chose à accomplir, plus qu'une chose et elle trouverait la place qu'elle cherchait depuis si longtemps.
Orlane :
Quelle chose ?
Le conteur :
Cette chose, c'était… (Le conteur se dirige alors vers Orlane, et lui chuchote quelque chose à l'oreille. Orlane est surprise, peut être même a-t-elle peur. Elle se passe la main dans les cheveux, se frotte le visage, puis s'assoit sur le sol. Elle y reste quelques secondes avant de se relever. Elle fait un signe de tête au conteur, un signe d'approbation. Elle se redresse, lève la tête et déclare…)
Orlane :
Il était une fois.
L'obscurité se fait alors brusquement, juste après les ultimes paroles d'Orlane. Tout est avalé par le noir. L'histoire est terminée.