Des images qui s'amoncellent et qu'on appelle un rêve. Et dans ce rêve, je me regarde courir. Et dans ma course, je te distance autant que je te poursuis. Et cette poursuite, elle me perd dans succession de couloirs longilignes, toujours le même, jamais identique, de compartiment en compartiment, deuxième et première classe mélangées.
Courir dans mon sommeil pour t'échapper.
Mes jambes qui s'agitent dans le vide, et la surface du sol qui pourtant me frappe et se déroule sous mes pieds. Les voix de personnages déjà évanescents se désincrustent de leurs décors, mosaïque sonore à jamais incomplète, et pourtant si douce, qui m'effraie et m'attire.
Courir dans mon sommeil pour t'échapper.
Mais, dis-moi, si je coure dans le sens inverse du déplacement des wagons, est-ce que, moi, je me déplace réellement ? Ou bien est-ce que je reste juste suspendue dans cet air de couleurs diluées ?
Courir dans mon sommeil comme pour t'échapper...
Le couloir s'épuise, les vitres et les sièges transpirent leur propre matière. Il y a déjà longtemps que les voix se sont tues. Je suis fatiguée de tout ce mouvement et peu à peu ma verticalité m'échappe.
Courir dans mon sommeil comme pour t'échapper.
Mais, dis-moi, pourquoi je te fuis, au juste ? Et qu'est-ce que tu es ?