Notes : Afin de profiter au mieux de la lecture de cet épisode, merci de laisser vos enceintes allumées et de cliquer, si le coeur vous en dit, sur les liens présents au sein même du texte.
« Nous n'avons pas fait tout ce chemin pour nous arrêter là, maintenant, alors que c'est aujourd'hui même que notre pays a le plus besoin de nos efforts, de nos talents, de notre volonté à tous pour lui assurer un avenir meilleur, pour nous assurer un avenir meilleur, et commencer à vivre de façon indépendante, enfin, car c'est ce à quoi nous aspirons, c'est pour cela que nous avons combattu et c'est pour cela que nous avons surmonté cette première épreuve. Ne l'oubliez pas, c'était il y a moins d'un an seulement, et rien ne peut être garanti, rien ne peut être sûr sans que nous nous investissions personnellement à cent pour cent pour sauvegarder les fruits de notre labeur passé. Nous n'avons pas fait tout ce chemin pour nous permettre de nous reposer, pour nous permettre de nous contenter de ce que l'on nous impose. Nous n'avons pas fait tout ce chemin pour nous laisser dicter notre conduite par les États voisins, aussi influents soient-ils, aussi convainquant puissent-ils paraître pour certains diplomates peu scrupuleux. Nous n'avons pas fait tout ce chemin pour tomber à notre tour dans la corruption, dans les scandales et dans les luttes de pouvoir. Nous n'avons pas fait tout ce chemin pour rentrer dans le rang, pour s'effacer, pour se taire, pour étouffer le peuple. Nous n'avons pas fait tout ce chemin pour faillir et pour nous contenter du minimum. Si nous en sommes là, aujourd'hui, nous ne le devons qu'à nous-mêmes, au peuple, aux républicains, aux démocrates et c'est nous-mêmes, encore une fois, qui porterons notre pays de manière à accomplir ce que nous avons commencé d'engager il a déjà plusieurs années de cela. La souveraineté, l'indépendance, la liberté : ces droits-là nous les avons gagnés par la lutte, par la volonté, par le courage. Désormais, il nous faut ensemble porter bien haut les valeurs de la Nouvelle Carthage et nous battre ensemble pour accomplir nos rêves et nos espoirs. Il ne tient qu'à nous de faire de notre pays notre idéal, il ne tient qu'à nous de compléter le travail de tous nos prédécesseurs, tous nos héros, qui, comme mon mari, ont payés de leur personne et parfois de leur vie pour permettre la réalisation de ce rêve. Il est de notre devoir de ne pas les décevoir, il est de notre devoir de faire de la Nouvelle Carthage ce qu'elle aurait toujours dû être : notre nation. »
Dans l'axe du soleil couchant, son corps semblait disparaître, happé par la lumière qui se diffusait comme un châle autour de ses épaules, contre ses cheveux, roulant contre sa peau, coulant le long de son dos. Elle se tenait très droite, les bras tendus, ses mains posées à plat sur son pupitre. Derrière elle, les sons étouffés de la marée, la respiration régulière d'une mer aux odeurs aigres douces, mais que l'on ne pouvait que deviner, jamais le bleu de sa robe ne venant troubler ma vue, jamais l'écume ne ses vagues ne s'exposant à moi. Devant cette ambiance de carte postale, l'eau elle-même semblait inexistante, comme si les éléments de ce cadre n'avaient été qu'un décors fabriqué et que l'océan, lui, en réalité, n'existait pas.
Arto Pizzetti observait, au loin, près de dix bons mètres derrière la foule de journalistes, les bras croisés sur son torse, le menton relevé, les yeux plissés. Il n'était pas évident de correctement distinguer la silhouette d'Emma Faure lorsqu'on la fixait de cette façon, son corps éclipsant momentanément le soleil couchant. Tout ce que distinguait Pizzetti, c'était une ombre vague, c'était une dilution de couleurs chaudes dans l'air encore frais d'une après-midi d'hiver. Tout ce que distinguait Pizzetti, c'était une femme ensevelie sous des courants invisibles, c'était une femme qui peu à peu s'effaçait de sa réalité et qui d'un coup, l'espace d'une seconde ou d'un temps, reparaissait furtivement, alors qu'un nuage engloutissait quelques rayons de soleil récalcitrant. Cette femme, pensa Pizzetti, sa robe noire collée contre sa peau, ce n'était pas une femme ordinaire. Rien à voir avec la beauté, se corrigea-t-il instantanément. De la trempe d'une Erin Bakura ou d'une Maryse Bastie, sans aucun doute. Pizzetti pouvait affirmer ce genre de choses. Il lui suffisait d'un coup d'oeil, d'un éclat de voix, d'un souffle, d'une image, et c'était bon, il savait. Et, effectivement, Emma Faure, il savait, elle n'était pas comme les autres, il l'avait compris tout de suite, c'était évident.
La voix d'Emma Faure s'était dissipée dans l'air marin et une salve d'applaudissements avait retenti en réaction. Quelques flashs crépitaient, quelques stylos de journalistes s'activaient et rebondissaient frénétiquement contre le papier de leurs carnets. Une centaine de personnes, disposées entre le pupitre de l'oratrice et la rangée de journalistes, s'étaient levées. Emma Faure descendait de son piédestal et rejoignait le flou d'une foule enthousiaste, acquise à sa cause, grandiose. Depuis notre point d'observation reculé, il me sembla qu'elle souriait, mais la lumière diffuse du soleil couchant était maintenant si lourde que je ne pouvais être sûr de rien. Je me contentais de regarder passivement les mouvements de corps et de masses, à l'instar de Pizzetti lui-même qui ne bougeait pas même un bras. Les journalistes s'étaient déjà agglutinés autour de leur héroïne si bien que ni l'enquêteur ni moi-même ne pouvions plus la distinguer. Elle n'était plus qu'une ombre qui continuait mystérieusement de stagner derrière son pupitre, dans l'axe du soleil couché, là-bas, tout contre les effusions éparses de l'océan invisible.
Lorsque Emma Faure ne fut plus à portée de vue, lorsque la foule, déjà, commençait, sinon à se clairsemer, au moins à se dissiper, Arto Pizzetti décroisa ses bras et, sans un ultime regard vers le ciel ombragé, sans une dernière attention en direction d'Emma Faure, il se retourna, rejoignant par l'arrière un petit chemin de terre qui, peu à peu, devenait une route. Une bourrasque légère le décoiffa, entrouvrit légèrement son manteau, et il continua de marcher le long de cette route déserte, jusqu'à disparaître au loin et, plusieurs dizaines de minutes plus tard, retrouver une petite ville pittoresque de la pointe néo-carthaginoise. C'était la pointe nord.
*
Le jour suivant fut moins ensoleillé, ce qui ne voulait pas dire qu'il ne faisait pas beau pour autant, simplement que la lumière était le plus souvent effacée, diffuse, traînant plus les lignes et les graduations du réel dans une apparence d'image que dans une image à proprement parlé.
Arto Pizzetti se présenta seul devant la grille d'une propriété privée, discrètement gardée par une dizaine d'hommes et femmes qui, eux, paraissaient tout sauf discrets. L'enquêteur s'approcha du duo de gardiens et, bien que séparé d'eux par les barreaux de la grille, il leur demanda s'ils pouvaient prévenir la maîtresse de maison de son arrivée. Le premier gardien pris son nom, l'écrivit sur un coin de feuille. Le second lui demanda d'attendre quelques minutes. Le premier gardien s'éloigna de la grille et Pizzetti choisit de ne pas faire semblant de discuter avec son acolyte, comme il avait pu le faire lors de ses visites précédentes : il laissa son regard se perdre quelque part, au loin, dans les brumes du ciel clair. Il attendit le retour du premier gardien et, lorsqu'il eut finit d'attendre, il s'impatienta et, lorsqu'il eut fini de s'impatienter il se résolut à nouer un ersatz de dialogue avec l'autre gardien qui, jusque là, ne semblait pas prêter attention à lui, ni d'ailleurs à quoi que ce soit d'autre.
- J'ai rendez-vous ici depuis une semaine. C'est le cinquième que l'on me donne et je ne peux plus me permettre de repousser sans arrêt. Je suis ici depuis plus de dix jours et je ne l'ai toujours pas vue... J'ai besoin de la voir, vous comprenez ? Le gardien acquiesça sans pour autant émettre le moindre mot, le moindre son. Son regard resta obliquement accroché à ces quelques détails, droit devant, que les gens normaux ne remarquent pas mais que les gardiens, eux, connaissent par coeur. C'est précisément pour cela qu'on les paie : pour être attentif à ces détails lointains qui, au moindre moment, peuvent devenir des détails inquiétants, voire des détails importants et puis, enfin, éventuellement, des menaces, des événements. Je comprends bien, reprit tout de même Pizzetti, qu'elle soit très occupée en ce moment et qu'avec toutes ces histoires d'opposants et d'assassinat, tout ce dont on m'a parlé ces derniers jours, oui, je comprends qu'il faille renforcer la sécurité, mais croyez-moi, la sécurité, justement, c'est mon boulot, c'est pour ça que je suis là, je suis en pleine enquête, une enquête importante, je vous l'ai déjà dit n'est-ce pas ? Bref, j'ai besoin de la voir, de la voir maintenant, alors puisque votre collègue ne semble pas revenir, je vais devoir vous demander de bien vouloir m'aider à votre tour. J'ai ici des directives européennes, je suis accrédité et reconnu pour ces opérations, je ne devrais donc pas avoir autant de mal à faire mon travail, même ici en Nouvelle Carthage. Vous comprenez ?
- Oui.
- Alors vous allez pouvoir m'aider ?
- Non. Je regrette : vous devez attendre le retour de mon collègue, il est allé se renseigner pour vérifier si... Il fut coupé.
- Si Madame Faure est disponible, oui, je sais, on me répète ça à chaque fois...
- Alors si vous savez, pourquoi vous continuez à discuter comme ça ?
Arto Pizzetti décida qu'il ne servait plus à rien d'argumenter, d'essayer d'embrouiller qui que ce soit parce que, au final, de toute façon, c'était lui que l'on embrouillait, peu importe son enthousiasme et ses efforts. Il était l'intrus et ils étaient les gardes, la hiérarchie était normalement respectée. Il n'y avait pas grand chose qu'il pouvait faire, sinon attendre. Attendre, et s'il finissait par en avoir marre une nouvelle fois, il tenterait de pénétrer dans la propriété par d'autres moyens, c'était décidé.
Il n'eut pas besoin d'en arriver à une telle extrémité. Au terme d'un nouveau quart d'heure de patience forcée, le premier gardien revint et ouvrit la grille. D'un geste de la main il fit signe à Pizzetti d'entrer, sans pour autant esquisser le moindre sourire, et Pizzetti le suivit, lui aussi sans rien dire, sans un regard pour personne. On le conduisit jusqu'au « coeur de la propriété », le tout en suivant un petit chemin de terre qui ne permettait même pas à deux personnes de marcher l'un à côté de l'autre ; une petite allée jaune-orangée trop étroite pour cela. Autour, de part et d'autre du chemin en question, un gazon à ras dont la couleur n'était pas tellement verte, mais tendait plutôt vers le gris clair ou le jaune paille, selon les altérations de la lumière du jour.
- Voilà, dit le gardien après s'être arrêté devant une porte-fenêtre entrouverte, Mme Faure va vous rejoindre dans quelques minutes, en attendant prenez place, s'il vous plaît et asseyez-vous, elle ne devrait pas en avoir pour trop longtemps.
Sur quoi le gardien désigna du doigt trois chaises de jardin fragiles entreposées sur le gazon. Au centre, une petite table ronde qui semblait bancale. Pizzetti remercia vaguement son interlocuteur et celui-ci disparut, certainement en chemin pour retrouver son poste de contrôle. Il pouvait bien aller où il voulait, pensa l'enquêteur, lui s'en moquait complètement. Suivant ses recommandations, cependant, il s'assit sur l'une des trois chaises, au hasard, et, le regard tourné vers ce qu'il pensait être l'horizon marin, il se laissa couler dans ses propres pensée intérieures. L'une d'elles l'amenait à se demander quelle genre de personne pouvait être cette Emma Faure... Durant les dix jours qu'il avait passé à la Nouvelle Carthage, il en avait appris beaucoup sur sa personnalité publique, mais il était clair qu'en réalité, il ne savait pratiquement rien d'elle. Tout ce qu'il connaissait lui était dicté par les différents portraits élaborés dans les journaux de l'île (les pour et les contre et même les neutres, car il en existait quelques uns). Le reste se résumait à une silhouette, seul élément de cette femme dont il pouvait lui-même se faire une opinion : cette silhouette évanescente qu'il avait observé la veille. Est-ce qu'en « vrai », en face à face, elle serait aussi intimidante que l'apparition qu'elle suggérait dans ses discours ? Allait-elle pouvoir l'aider dans ses recherches ? Et surtout (il se demanda après coup pourquoi il pensa ce « surtout » qui apparut bien malgré lui) parviendrait-il à la traiter dans son interrogatoire comme un « témoin normal » ? Allait-il pouvoir évacuer le fait qu'elle était presque un chef d'état ? Un petit bruit (d'insecte ou d'oiseau, probablement), grésilla derrière son oreille. Elle semblait provenir d'un des buissons du jardin. Pendant un temps il avait cru que... Mais non, Emma Faure n'était toujours pas arrivée. Arto Pizzetti commençait à craindre que cet entretien ne se déroule jamais... Depuis dix jours qu'il était ici, à chaque fois qu'il se croyait proche du moment fatidique, quelque chose (une broutille, souvent) parvenait à tout chambouler. S'il devait se souvenir à présent du nombre exact de fois où... Mais Arto Pizzetti n'eut pas à se souvenir du nombre exact de fois où... car dans son dos une ombre était apparue et cette ombre prenait forme dans un corps de femme à mesure que l'enquêteur se retournait pour lui faire face, et cette femme, il la reconnaissait pour être la même silhouette évanescente qu'il avait observé la veille. L'espace de quelques secondes, Pizzetti en vint à oublier jusqu'à son nom.
- Bonjour, lui dit-elle tout de même, ignorant ou feignant d'ignorer cet air déconcentré qui trônait sur le crâne de l'enquêteur. Excusez-moi de vous avoir fait attendre, je crois que ce n'est pas la première fois en plus... Je suis assez occupée comme vous pouvez l'imaginer en ce moment... Et puis, comme Pizzetti se contentait de sourire vaguement sans rien dire, Emma Faure décida qu'elle devrait tout faire elle-même, y compris, s'il le fallait, conduire son propre entretien. Bref, reprit-elle, je suis à vous maintenant. Que puis-je faire pour vous, monsieur... Elle hésita.
- Bloy, répondit Pizzetti. Léon Bloy (cf. épisode 12). Je suis dépêché ici par le Ministère des Affaires Étrangères français, j'enquête sur une affaire dont je ne peux malheureusement pas vous dévoiler le détail.
- Une affaire importante j'imagine.
- Suffisamment importante pour venir jusqu'ici et solliciter votre... disons, participation, oui.
- Bien, je vous écoute, donc.
- J'aimerais tout d'abord connaître votre... Il fut coupé.
- Excusez-moi, juste un instant. Vous voulez boire quelque chose ? Je veux dire, pendant l'entretien ? Non ? Vous êtes sûr ? Bon, comme vous voulez, pour ma part je vais me chercher un thé glacé à l'intérieur, j'ai l'impression d'avoir la gorge complètement desséchée... Si vous voulez bien m'excuser...
Sur quoi elle se leva de sa chaise, sourit et, sans attendre de réponse de son interlocuteur, elle disparut à l'intérieur de la résidence, résidence que Pizzetti, durant ses visites fréquentes des jours précédents, n'avait jamais eu la chance d'observer de si prêt. L'intérieur, visible depuis la transparence de la porte-fenêtre, semblait simple et raffiné. Une sorte de résidence présidentielle avant l'heure, en quelques sortes... Lorsque Emma Faure ressortit par la même porte-fenêtre, l'enquêteur ne put se retenir de remarquer que le rouge de sa robe (une robe simple, ni de gala, ni même une robe de ministre, comme celle qu'elle avait pu porter la veille) résonnait étrangement aux dilutions de couleurs qui flottaient dans la lumière du jour. Elle revint s'asseoir, son verre à la main, exactement à la même place que précédemment.
- Voilà, c'est mieux comme ça. Je vous écoute maintenant.
- Bien... Je voudrais d'abord vous parler de vos études... Est-il exact que vous avez fréquenté la faculté de médecine de Paris il y a une quinzaine d'années ?
- Oui, c'est exact. J'y ai même fait une partie de mon internat. Pour une raison que Pizzetti ne parvenait pas à s'expliquer, la mention du passé universitaire d'Emma Faure la plongea dans un sérieux inexistant quelques minutes auparavant.
- Durant ces années vous avez côtoyé je crois un certain... (Il fit mine de se rappeler du nom de sa proie) Luca Pacioli.
- Oui. Luca, Félix – mon mari – et moi-même, entre autres, nous nous sommes retrouvés dans la même promotion et nous sommes plus ou moins devenus amis au fil du temps.
- Plus ou moins ?
- Ce type d'études ne laisse pas beaucoup d'espace pour une vie sociale épanouie. J'imagine que vous devez, vous aussi, avoir eu votre propre expérience de ces désagréments.
- Que pouvez-vous me dire sur Luca Pacioli ?
- Et bien... Emma Faure paraissait surprise par la nature de cette question. C'était quelqu'un d'assez exubérant, et sans doute n'était-il pas le plus irréprochable de notre promotion, il lui est arrivé de commettre certaines erreurs, mais après tout c'était notre métier de nous tromper, de nous former, vous comprenez. Donc je suis sûre qu'il est devenu un bon médecin. Il travaillait suffisamment dur pour ça.
- Vous parlez comme si vous n'aviez pas revu le docteur Pacioli depuis cette époque...
- Sauf erreur de ma part, il me semble que c'est le cas. (Elle marqua une pause, portant le verre de thé glacé à ses lèvres, buvant quelques gorgées et le reposant sur la surface bancale de la table de jardin) Déjà, durant mon internat je commençais à le perdre de vue... Ensuite je suis partie achever ma formation à Londres et je ne l'ai plus revu depuis. Pourquoi est-ce qu'il vous intéresse autant ?
- Et concernant votre mari ? Vous pouvez me dire si Félix Faure avait gardé contact avec lui ?
Il est possible qu'ils se soient croisés au fil des années, oui, mais je n'ai pas souvenir qu'il m'en ait parlé. Vous savez ce que c'est, ce genre d'amitiés, on se dit qu'on va rester en contact toute la vie et puis, passé quinze jours, on ne se voit déjà plus et on commence à s'oublier mutuellement.
- Vous ne semblez pas particulièrement sentimentale.
- J'ai apprécié cette époque, mais je crois que le présent a plus besoin de ma concentration et de mes efforts.
- C'est pour cela que vous vous êtes lancée dans la politique ?
- C'est possible, oui. Mais j'ai plus l'impression que l'on m'a lancé sans me demander mon avis. L'assassinat de Félix a changé beaucoup de choses. Il y eut un silence.
- Étiez-vous au courant que des envoyés français s'étaient invités en Nouvelle Carthage lors des affrontements, l'année dernière ?
- Oui, plusieurs groupes humanitaires (pas seulement français, d'ailleurs) ont déployés quelques équipes sur l'île pour aider à l'organisation des dispensaires, par exemple, ainsi que... Elle fut coupée.
- Non, je parlais plutôt de militaires, d'envoyés militaires. Spécifiquement français, d'ailleurs.
- Oh, je vois. J'ai entendu ce genre de rumeurs, des militaires, des escadrons... J'ai même eu accès à un article allemand qui prétendait que des commandos de l'armée américaine avait été secrètement déployés afin de préparer en Nouvelle Carthage un poste stratégique en Europe. Mais plus sérieusement, non, il s'agit surtout de fantasmes de journalistes ou de rancoeur d'hommes politiques battus, si vous voulez mon avis.
- On dit qu'il s'agirait d'une manipulation qui remonterait à... Il fut coupé à son tour.
- On dit beaucoup de choses, M. Bloy. Surtout en France, d'ailleurs. Comme si l'on souhaitait taire le succès néo-carthaginois à coup de « il parait » et de conditionnels, c'est étrange n'est-ce pas...
- Oui, effectivement, c'est étrange.
Il y eut un nouveau silence, et c'est via un jeu de regards aussi directs qu'agressifs que l'enquêteur voulut poursuivre son interrogatoire. Les yeux d'Emma Faure soutinrent ce défi, tout en conservant une certaine décontraction que Pizzetti ne pouvait que lui envier. C'est tout naturellement, également, qu'elle termina en une gorgée son verre de thé glacé. L'enquêteur reprit alors ses questions comme si de rien n'était, comme s'il n'admettait pas d'avoir échoué vis à vis de celle qu'il commençait à considérer comme son adversaire.
- Expliquez-moi, dit-il cette fois-ci sans la fixer, ce que faisait Luca Pacioli en Nouvelle Carthage, il y a un an environ, c'est à dire en pleins conflits avec l'armée française ? Emma Faure ne parvint pas à maîtriser le sursaut de l'un de ses sourcils (le gauche) et ses traits se raffermirent presque aussitôt, comme si chaque expression dégagée par son corps devait nécessiter son contrôle absolu.
- Luca est venu en Nouvelle Carthage ? Vraiment ? Vous en êtes sûr ?
- Oui. Nos sources sont extrêmement fiables. C'était faux. Arto Pizzetti ne pouvait pas se permettre de laisser planer le moindre doute, même si son intuition vaguement appuyée par quelques preuves factuelles était exacte. Il avait donc choisi de bluffer, ce qui pouvait d'ors et déjà le disqualifier auprès d'Emma Faure dans l'optique où celle-ci aurait été un minimum au courant.
- Et bien si tel est le cas je l'ignorais... Et je dois vous avouer que je suis un peu furieuse... Pizzetti parut déconcerté à son tour. Le rebond qu'avait pris cette femme était un rebond irrégulier et il lui sembla qu'avec cette réaction auquel il ne s'attendait pas, elle parvenait à échapper à son étreinte.
- Pourquoi cela ?
- Parce que j'étais responsable de la politique médicale sur l'île pendant les affrontements. C'était donc mon boulot de savoir ce qu'il s'y passait. Or si Luca était vraiment en Nouvelle Carthage comme vous semblez le croire, je n'ai pas fait correctement mon métier. Vos sources disent-elles où il était affecté ?
- Non. Pizzetti avait répondu sans aucune hésitation. Bluffer était une chose, mais accumuler les erreurs et les approximations ne lui apporterait rien sinon perdre la confiance supposée de son interlocutrice. Je constatai avec un brin de satisfaction que mon protégé pouvait être audacieux sans pour autant devenir insouciant. Mais il aurait été vu, reprit-il en observant attentivement les mouvements du coin des lèvres de son interlocutrice, autour de l'ancienne préfecture. Pensez-vous qu'il soit possible qu'il ait passé, disons, quelques semaines tout au moins, à travailler auprès de votre QG sans que vous ou votre mari ou n'importe qui dans votre entourage ne le sache ?
- Non. Cela me paraît très peu crédible. C'est pourquoi je me permets de m'interroger sur la fiabilité de vos sources... J'espère que vous ne le prendrez pas mal cependant. Pizzetti ignora cette dernière remarque et choisit de poursuivre une approche périphérique de son interrogatoire.
- Vous saviez que Mme Pacioli était décédée en... (Il jeta un oeil à son carnet de notes, cette fois-ci non pour imprimer un effet dédaigneux à sa question, comme précédemment, mais bien parce qu'il n'était plus très sûr de la date exacte de l'évènement en question.) Octobre 1918 ?
- Je ne savais même pas qu'il y avait une « Mme Pacioli »... Le visage d'Emma Faure se teinta d'un voile, un sourire mi amusée, mi ironique alors que son regard, lui, tendait à s'abaisser et à se fondre dans le prolongement de son cou. Pizzetti ne le manqua pas, il pencha son buste en avant, aplatissant au passage les quelques pages de son carnet, resté sur ses genoux.
- A quoi pensez-vous ? Il y eut un long silence. Il se brisa lorsque la veuve de Félix Faure se redressa.
- J'étais en train de me dire que Luca devait avoir bien changé depuis le temps, car il ne se passe pas une minute sans que vous m'appreniez certaines informations sur lui qui ne coïncident pas vraiment avec ce dont je me rappelle.
- Lesquelles ?
- Et bien, ça ne lui ressemble pas d'être venu jusqu'ici sans me faire savoir qu'il était là, pas plus que ça ne lui ressemble de s'être marié, d'ailleurs. J'ai un peu de mal à l'imaginer avoir une relation équilibré, je crois... Et puis... Elle choisit elle-même de s'interrompre.
- Et puis ?
- Et puis tout cet entretien qui ne cesse de me suggérer que Luca est recherché par le Ministère des Affaires Étrangères... Je n'imagine pas Luca commettre quoi que ce soit de répréhensible... D'autant plus que si, comme je le crois, il est recherché pour fraude fiscale... Elle s'interrompit à nouveau.
- Fraude fiscale ? Vous croyez vraiment que toute cette affaire concerne une simple fraude fiscale ?
Le visage d'Emma s'inclina de façon à suggérer qu'elle ne saisissait pas la portée de cette dernière réplique. Pizzetti, pendant ce temps, se reprochait intérieurement d'avoir lâché une phrase qui pouvait l'avoir compromis, sachant que toute sa stratégie d'investigateur était basé sur l'élaboration d'un flou artificiel qui lui permettait d'égarer son interlocuteur pour mieux pouvoir lui soutirer les informations qu'il recherchait.
- Il va falloir que vous éclaircissiez les choses pour moi, M. Bloy. Je ne comprends pas très bien la finalité de cette interrogatoire. Si Luca est recherché par vos services, j'en conclue qu'on le soupçonne d'avoir commis quelques délits dont j'ignore la nature. Mais si vous n'êtes pas plus précis dans vos recherches et dans vos questions, je crains de ne rien pouvoir faire pour vous et donc, par conséquent, je crains de perdre mon temps et de vous faire perdre le vôtre par la même occasion... Alors expliquez-moi maintenant.
Pizzetti hésita le temps de quelques secondes, quelques longues secondes qu'il passa à observer son interlocutrice, les effets de lumière le long de sa peau, la profondeur de son regard et ces micro-expressions qu'elle laissait échapper, autant de signes à analyser et dont il fallait se méfier, car il avait l'intime conviction que cette femme le manipulait dans chacune de ses paroles, dans chacun de ses gestes. Il observa longuement, comme si les horloges s'étaient momentanément engluées, cette équilibriste superbe qui la déroutait en même temps qu'elle l'agaçait. Cette équilibriste en robe rouge qui choisissait toujours de rebondir de telle façon qu'il ne parvenait jamais à la saisir au vol et à lui faire dire ce qu'il avait besoin d'entendre.
- Je ne peux pas exactement vous communiquer le contenu de l'enquête, Mme Faure. Ce que je peux vous dire, c'est que le docteur Pacioli est impliqué dans une affaire suffisamment importante pour que je me déplace jusqu'ici et que j'interroge la probable future responsable de votre pays. S'il ne s'agissait que d'une suspicion de fraude fiscale, comme vous l'avez sous-entendu tout à l'heure, croyez-moi, je n'aurais pas attendu dix jours avant de pouvoir vous rencontrer et je serais déjà reparti à l'heure actuelle...
- Si j'avais su que l'interrogatoire serait de cette nature, croyez-moi, M. Bloy, j'aurais pris la peine d'inviter mon avocat à cette entrevue, car il me paraît claire maintenant que c'est en tant que témoin que je suis entendue... Je pourrais même partir de suite, vous savez ? Il n'y a aucun protocole qui m'oblige à vous répondre à l'heure actuelle...
Cette dernière déclaration parut porter le coup de grâce à Arto Pizzetti. Pour lui, c'était d'ors et déjà plié, il était vaincu. Emma Faure avait trouvé la faille, la faille de son discours et de son attitude. Elle allait se lever, quitter la petite table de jardin, laisser là son verre désormais vide et le laisser seul, lui, sans réponses, sans nouveaux éléments dans sa quête du médecin fantôme. Mais c'était aussi et justement parce qu'il se pensait battu que Pizzetti décida d'invoquer des moyens qui, ironiquement, allait le condamner définitivement.
- On soupçonne Luca Pacioli d'être le témoin d'un meurtre, Mme Faure. On pense que Luca Pacioli pourrait être l'auteur de ce meurtre, également, car il constitue notre seule piste viable. Vous comprenez désormais, je l'espère, l'importance de la situation et de vos déclarations. Nous savons que Pacioli était en Nouvelle Carthage l'année dernière. Nous cherchons maintenant à comprendre où il a disparu, car il a disparu... Le regard d'Emma Faure était à présent plus affûté qu'à n'importe quel autre moment de la conversation. De deux choses l'une, pensa l'enquêteur, soit elle est vraiment étrangère à toute cette histoire, soit elle y est mouillée jusqu'au cou.
- Que Luca soit venu en Nouvelle Carthage il y a un an, je veux bien le concevoir. Je peux même imaginer qu'il possède des informations qui vous intéresse concernant votre meurtre mystérieux... Mais ce dont je suis sûre, c'est que je ne l'ai pas croisé une seule fois, ni au QG de la préfecture, ni ailleurs.
La main gauche d'Emma se replia sur son genou, sous la table de jardin, de manière à fuir le champ de vision de l'enquêteur (c'est du moins ce dont il était persuadé). Il décida donc de pousser l'interrogatoire jusqu'au bout. Il n'avait plus le temps d'attendre. A présent, pensait-il, elle pouvait partir à n'importe quel moment, il fallait donc s'assurer de récupérer le plus d'informations possibles avant que ce moment n'advienne.
- Vous vous rendez bien compte qu'en protégeant Pacioli, vous vous rendez indirectement complice de ce pourquoi on le recherche actuellement ?
- M. Bloy, je ne protège pas Luca. Je pense pour ma part que vous faîtes fausse route. Je ne peux pas vous aider dans cette affaire. Pizzetti choisit de ne pas entendre cette dernière remarque.
- Depuis ces quatre dernière années, savez-vous que le docteur Pacioli s'est retrouvé directement ou indirectement impliqué dans trois affaires de meurtre ? Trois, Mme Faure, pas une seule petite affaire où les rares indices prêtent parfois à confusion, trois. A ce niveau-là, croyez bien qu'il n'y a plus de hasard, Mme Faure. Elle se redressa, son visage conservant son masque glacé qui s'y était peu à peu déposé au fil de l'interrogatoire.
- Sauf votre respect, monsieur, je pense que vous vous égarez. Je crains fort que notre entretien se termine. Une fois encore, Pizzetti passa outre ces dernières répliques.
- Nous allons faire le compte ensemble si vous le voulez bien... Septembre 1916, une première mort suspecte en Allemagne où l'on sait avec précision qu'il a passé un court séjour. Octobre 1918, mort de sa femme, une chute mortelle d'une échelle dans la propriété familiale. Plus récemment maintenant : en mai 1919, assassinat du responsable des indépendantistes en Nouvelle Carthage, votre mari, Félix Faure, dans les locaux de son QG.
- Je vais devoir vous demander de vous taire.
- Plusieurs témoignages concordants indiquent que le corps de votre mari a été découvert en compagnie d'un homme, un médecin, dont la description coïncide parfaitement avec le signalement de Luca Pacioli !
- La seule piste logique concernant l'assassinat de mon mari conduit à l'état qui vous emploie actuellement, monsieur. Les autres hypothèses ne sont que pures spéculations de votre part. Je connais les théories des journalistes et elles ne m'intéressent pas. J'aurai attendu mieux de la part d'un fonctionnaire du Ministère des Affaires Étrangères.
- Tout ce qu'il vous suffit de me dire, c'est... Il fut coupé et sèchement coupé.
- Il suffit maintenant. Cet entretien est terminé. Si vous souhaitez m'entendre à nouveau, je vous prierais de vous adresser directement à mon avocat. Je n'ai plus rien à vous dire.
L'enquêteur se leva en même temps que l'équilibriste dont il n'avait pu percer la garde. Quelques nuages commençaient à se désintégrer ça et là dans l'horizon marin qu'avait imaginé Pizzetti un peu plus tôt. Il était clair que son interrogatoire avait échoué. Il était clair qu'il n'avait pas su mener à bien son entretien. Nul doute que la présence de Bakura aurait pu aider, Pizzetti le regretta après coup.
Si vous voulez bien patienter quelques secondes, je vais demander à ce que l'on vous raccompagne.
- Inutile, répondit du tac au tac l'enquêteur, je connais le chemin.
- Dans ce cas c'est moi qui vous escorterai, répliqua à son tour Emma Faure, une absence de sourire siégeant au centre de son visage comme un trou béant, un gouffre qui absorbait tout entier la fierté de l'enquêteur et qui, avec elle, faisait disparaître tous les espoirs qu'avait suscité cet entretient.
De retour devant la grille où Pizzetti avait longuement patienté plus d'une heure plus tôt, Emma Faure, après avoir demandé à l'un des deux gardiens qu'on lui ouvre, s'était penché en direction de l'enquêteur et lui avait tendu une main ferme et froide.
- Je vous souhaite tout de même de réussir dans votre enquête, monsieur... Elle hésita et interrogea du regard l'envoyé du ministère. Monsieur comment déjà ?
- Bloy, précisa à nouveau Pizzetti.
- M. Bloy, c'est vrai. Je vous prie de bien vouloir m'excuser, mais pendant un moment, j'ai cru que vous étiez quelqu'un d'autre...
Pizzetti fit mine de ne pas relever cette dernière pique adressée à son attention. L'homme à la double identité s'éloigna alors du portail, et par conséquent de la propriété. Derrière lui, l'équilibriste venait de solidement retrouver ses appuis, flottant à nouveau sur un fil invisible suspendu au dessus de la piste. L'enquêteur, lui, avait chuté, plusieurs fois, lourdement, et son visage comme ses vêtements étaient recouverts d'une poussière rouge et humiliante. Une couleur d'échec et de défaite qui allait marquer son égo pour quelques jours au moins à ce qu'il me semblait. Arto Pizzetti n'avait pas réussi là où il ne pouvait qu'échouer. Il était donc temps pour moi de l'aider à progresser, de l'aider avant que son corps n'ait quitté le sol de la Nouvelle Carthage.
*
Conscient de ses erreurs et de sa maladresse, Arto Pizzetti voulut déserter la Nouvelle Carthage au plus vite. Sans doute commençait-il à douter de la validité et de la pertinence de ses pistes, sans doute regrettait-il d'avoir agit seul, sans le soutien de sa collègue Erin Bakura, restée en Allemagne. Je pense pour ma part qu'il s'agissait avant tout d'une question de fierté : c''est parce que ce pays constituait le décors de son échec que Pizzetti voulait le quitter le plus vite possible. Il était pourtant dans mon intérêt de le retenir et de le détourner, ne serait-ce que quelques minutes, du navire dans lequel il s'apprêtait à embarquer.
C'est dans ce but que je demandai l'intervention de la voyante, cette curieuse Alicia, mon anonyme adjuvante (cf. épisode 4). C'est avec grand fracas qu'elle cogna de pleine face le corps de Pizzetti. C'est avec grand fracas qu'elle laissa échapper ses affaires sur le sol et c'est le plus brusquement du monde qu'elle approcha son visage du sien et qu'elle lui dit :
- Vous êtes en retard, M. Pizzetti. En retard de plusieurs mois.
- Je vous demande pardon ? Vous êtes qui ?
- J'ai aidé beaucoup de monde dans le passé, je sais beaucoup de choses. Je sais où sont allés certaines personnes qui vous intéressent...
- Quoi ?
- Un médecin, je crois... Pizzetti ouvrit de grands yeux sur ce qu'il ne parvenait pas à identifier : était-ce une ennemie potentielle, un piège, une folle ou bien l'aide inespérée qu'il n'avait pas réussi à trouver chez Emma Faure ?
- Comment vous savez ça ?
- Je n'ai pas le temps de vous expliquer. Vous êtes très surveillé, M. Pizzetti. Sachez simplement que votre homme n'est jamais revenu en Europe après son... son séjour ici.
- Vous voulez dire qu'il est toujours en Nouvelle Carthage.
- Non. Le Groenland, M. Pizzetti, savez-vous qu'un bateau, un seul bateau, y est parti il y a plus de six mois maintenant. Il y avait beaucoup de monde à son bord, beaucoup de français...
- Le Groenland ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
- Vous connaissez le Capitaine Scott, M. Pizzetti ?
- Non. Qui est-ce ?
- Un conseil, dans ce cas : cherchez-le. Trouvez-le. Vous trouverez votre médecin avec. Et n'oubliez pas : le Groenland, il faudra vous couvrir. Maintenant filez prendre votre bateau, interrogez qui vous voudrez pour confirmer ce que je viens de vous dire. Au-revoir.
Et la voyante disparut, de même que ses affaires, de même que son odeur, sa présence et la froideur de ses mains. Arto Pizzetti se retrouva seul face à lui-même, de nombreuses interrogations en tête. Un peu plus loin, au bout du quais, un marin criait que le navire qu'il s'apprêtait à prendre lèverait l'ancre avec une heure de retard.
L'enquêteur laissa son regard vagabonder quelque part sur la gauche, dans l'aléatoire progression du paysage alentour, laissant son esprit digérer ces informations improbables et suspectes qu'ils venaient de subir.